Étude sur une traduction arabe d’un sermon de Schenoudi
Le manuscrit arabe 144 de la Bibliothèque Nationale, folios 9 à 20
- 01 — L’exorde : les remèdes sont dans l’Église
- 02 — Les promesses faites à ceux qui se convertissent
- 03 — Le véhément appel à la pénitence
- 04 — Les reproches du Seigneur
- 05 — Le corps, le combat et l’imminence de la mort
- 06 — Promesses et menaces : la fin du sermon
- 07 — La question d’authenticité
- 08 — Eug. Tisserant

Étude sur une traduction arabe d’un sermon de Schenoudi
Le manuscrit arabe 144 de la Bibliothèque Nationale, folios 9 à 20
Eugène Tisserant · 01 septembre 2026 · 17 min de lecture · 2 vues
Amélineau a écrit quelque part1 : « Je ne crois pas qu’il existe dans les bibliothèques d’Europe un manuscrit arabe ayant trait à ce célèbre moine (Schenoudi) ; du moins je n’en connais pas. » Il était bon d’ajouter cette formule de restriction, car il y a dans une bibliothèque d’Europe que M. Amélineau connaît très bien une traduction en arabe d’un sermon de Schenoudi.
Le manuscrit de la Bibliothèque Nationale, fonds arabe, n° 144, contient du folio 9 au folio 20 un sermon que M. Nau avait remarqué dans le catalogue du baron de Slane2, et qui jusqu’ici n’a été signalé dans aucune étude sur Schenoudi, ni par M. Amélineau, ni par M. Leipoldt. Voici la notice qui se trouve sous le n° 144 :
« 2° (Fol. 9) Homélie dans laquelle le grand S. Abou Scheloudah, archimandrite universel, invite les hommes à se repentir de leurs péchés. »
Dans une note, on relève une erreur de lecture du baron de Slane, bien permise à qui se contente de lire le titre, mais qu’il est facile de corriger : « Au lieu d’Abou Scheloudah lisez Abou Schenoudah ; il s’agit d’Abba Schenouti, le célèbre archimandrite copte. H. Z. » À la vérité, la forme du noun est un peu insolite, mais en prolongeant la lecture du manuscrit on ne tarde pas à trouver plusieurs exemples de cette graphie défectueuse, et la lecture du nom propre devient tout à fait certaine lorsqu’on a remarqué le point diacritique supérieur qui se promène, un peu en dehors de sa place, au-dessus du waw.
Voici d’ailleurs les paroles par lesquelles le scribe annonce le sujet de sa copie :
« Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, Dieu unique, à lui gloire à jamais. Nous commençons, avec l’aide de Dieu (qu’il soit exalté !) et la beauté de son secours, à copier l’homélie qu’a prononcée le grand saint Abou Schenoudah, archimandrite du monde entier, pour avertir l’homme qu’il doit se convertir et revenir de ses péchés et de sa voie perverse, et qu’il doit suivre continuellement l’Église sainte, catholique, apostolique, et qu’il doit implorer le pardon de ses péchés de la bonté de Dieu dans l’Église, et les prophètes, et les disciples, et les martyrs, et tous les ordres des anges, dans la paix du Seigneur. Amen. »
Un texte de Jérémie3 fournit à Schenoudi son entrée en matière : ce n’est pas à Galaad qu’il faut chercher des remèdes contre le mal, c’est dans l’Église sanctifiée par l’Esprit-Saint que sont maintenant tous les médecins et les remèdes ; c’est dans l’Église que se tiennent Moïse, le chef des prophètes, les prophètes, les apôtres, les martyrs ; tous les saints de l’Ancien et du Nouveau Testament se sont réunis en elle, et leur maître à tous nous appelle : « Venez, ô hommes fatigués et appesantis par les fardeaux4 ! » et il dit encore : « Que celui qui a soif vienne vers moi, certes, je le désaltérerai, et celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de lui5. »
Alors Schenoudi entre dans le vif de son sujet : « Que sont ces fleuves qui sortiront de l’homme, sinon les paroles des prophètes et des apôtres ? Qu’est-ce que cette eau ? Leurs commandements et leurs paroles que nous entendons à chaque instant dans les églises de Dieu. » Et voici comment ces fleuves sortiront de l’homme : « Ceux qui parlent ayant la bouche pleine de tout bien et de joie en pourvoient les autres. » Il s’agit ici de la joie éternelle, de la sagesse et de l’intelligence qui viennent de Dieu. « Celui qui fera les œuvres du Seigneur vivra à jamais », car « il est réveillé, celui qui dormait ; le Christ s’est levé d’entre les morts, lui, prémices de tous ceux qui dormaient ; nous ressusciterons donc de la mort du péché, afin que nous vivions avec lui, parce qu’il nous a tous fait nous relever avec lui, dans le baptême, de ce qui nuit ; et de même que tous meurent de la mort du premier Adam, de même encore ils vivent avec le Christ, qui est le second Adam. » Suivons les traces des saints.
Puis vient un long développement sur l’invitation de la Sagesse contenue dans les Proverbes, chapitres viii et xi ; écoutons la Sagesse, car elle a dit : « Certes, j’ai crié vers vous, mais vous n’avez pas répondu ; ma main s’est tendue vers vous, mais vous ne vous êtes pas tournés ; et à cause de cela, moi, maintenant, je me moque de votre silence. Lorsque je ferai descendre sur vous la colère et que vous me supplierez, alors je ne répondrai pas à vous qui m’appellerez, et vous ne me trouverez pas. »
