
Églises coptes au Vieux Caire
Histoires des églises et des monastères
Naguib Mahfouz Naguib · 27 août 2026 · 7 min de lecture · 0 vue
Panorama des sanctuaires du Vieux Caire réunis dans l’enceinte de la forteresse de Babylone: Saint-Serge, Sainte-Barbe, la Sainte-Vierge dite « Qasriyat al-Rihan », Saint-Georges, le monastère des religieuses de Saint-Georges et la synagogue Ben Ezra, ancienne église de l’archange Michel.
I. L’église Saint-Serge (Abou Serga)
Élevée à l’emplacement même où, selon la tradition, la Sainte Famille séjourna lors de sa fuite en Égypte, l’église fut construite à la fin du IVe siècle ou au début du Ve siècle. Elle porte le nom de Serge et Bacchus, deux soldats martyrisés à Rusafa, en Syrie, au début du IVe siècle sous le règne de Maximien. L’édifice se trouve à trois mètres sous le niveau de la rue.
Son importance historique et artistique n’est pas moindre que celle de l’église de la Sainte Vierge dite « l’église Suspendue ». Après le monastère de Saint-Macaire (Abou Makar), ce fut la première église d’Égypte où les patriarches célébraient la divine liturgie après leur consécration à Alexandrie.
#### Le plan général
L’église compte trois sanctuaires du côté est. La nef est séparée des deux ailes latérales et du côté ouest, face aux sanctuaires, par trois rangées de colonnes de marbre dont certaines portent des figures de saints. La nef et le sanctuaire central sont couverts d’une charpente à pignon de bois; le sanctuaire nord est coiffé d’une coupole. L’étage supérieur, qui entoure la nef, était réservé aux femmes.
La nef abrite un ambon de marbre porté par dix colonnes; en son centre se trouve le lakkan, bassin servant au lavement des pieds, et au milieu du sol occidental une cuve.
#### La crypte de la Sainte Famille
Située sous les trois sanctuaires, c’est une petite chapelle divisée en trois travées par deux rangées de colonnes de marbre. La travée droite comporte un autel avec une niche dans le mur sud, surmontée d’une croix en haut-relief, et un baptistère à l’est; la travée centrale un autel avec niche dans le mur est; la travée gauche un autel avec niche dans le mur nord.
On y commémore chaque année l’entrée du Christ en Égypte, le 24 bachans du calendrier copte, correspondant au 1er juin.
#### Les sanctuaires
L’iconostase du sanctuaire sud est de bois incrusté d’ivoire simple.
Celle du sanctuaire central, de bois incrusté d’ivoire, porte de belles inscriptions; elle est surmontée de l’icône de la Sainte Vierge Marie portant le Christ, entourée à droite et à gauche des icônes des apôtres.
À l’intérieur du sanctuaire central, l’autel est abrité par un baldaquin de bois porté par quatre colonnes. À l’intérieur de la coupole est représenté le Christ trônant, entouré des quatre vivants et des anges; à l’extérieur, sur les quatre faces, figurent l’Annonciation, Siméon portant l’Enfant Jésus et le sacrifice d’Isaac. Derrière l’autel, un banc de marbre semi-circulaire, où les prêtres prenaient place selon leur rang pour la lecture des épîtres, est dominé par la cathèdre patriarcale; le mur qui l’entoure est décoré de mosaïques.
À l’étage supérieur se trouvent deux églises, dont l’une, dans l’aile sud, est dédiée aux patriarches Abraham, Isaac et Jacob; l’iconostase de son sanctuaire est de bois.
L’église conservait un autel de bois de noyer, chef-d’œuvre de menuiserie, aujourd’hui exposé au Musée copte.
II. L’église Sainte-Barbe
Dédiée à sainte Barbe, l’église fut construite à la fin du IVe siècle ou au début du Ve siècle.
#### Sainte Barbe
Née au début du IIIe siècle à Nicomédie, en Orient, d’un père païen fortuné nommé Dioscore, elle se convertit au christianisme sous l’influence du maître égyptien Origène et choisit la virginité. Ayant reproché à son père son culte des idoles, elle fut mise à mort par lui.
#### L’édifice
Cette église compte parmi les plus belles et les plus remarquables des églises coptes. Démolie au Xe siècle, elle fut reconstruite, comme l’église Saint-Serge, par Jean ibn al-Abah, ministre du calife al-Mustansir. Elle a néanmoins conservé son caractère ancien et sa magnifique porte de bois de sycomore ornée de belles inscriptions. S’y ajoute une iconostase de sycomore composée de quarante-cinq panneaux décorés d’inscriptions en relief.
L’église compte trois sanctuaires du côté est. La nef est séparée des ailes latérales et du côté ouest par trois rangées de colonnes de marbre. La nef et le sanctuaire central sont couverts d’une charpente à pignon de bois, et l’étage supérieur entourant la nef était réservé aux femmes.
La nef abrite un ambon de marbre porté par dix colonnes de marbre, décoré d’inscriptions en relief parsemées de croix; le sol porte un lakkan de forme circulaire.
#### Le sanctuaire sud
Son iconostase est de bois incrusté d’ivoire, à panneaux inscrits. Au-dessus, un cadre réunit quatre icônes: la Cène, la Crucifixion, la Descente de croix et la Descente du Christ aux enfers.
#### Le sanctuaire central
Son iconostase, de bois incrusté d’ivoire, est ornée d’inscriptions exquises datant du XIIIe siècle. Au-dessus se déploient de grandes icônes représentant saint Luc l’évangéliste, saint Jean-Baptiste, saint Jean l’évangéliste, l’archange Gabriel, le Seigneur Jésus-Christ, la Sainte Vierge Marie, saint Matthieu l’évangéliste, l’archange Michel et saint Marc. À l’intérieur, l’autel est précédé d’un banc surmonté de mosaïques.
#### Le sanctuaire nord
Son iconostase de bois porte des motifs en relief remontant à l’époque fatimide. Au-dessus, un cadre réunit quatre icônes: l’apparition du Christ à sainte Marie-Madeleine, l’apparition du Christ à saint Thomas, l’Ascension et la descente du Saint-Esprit sur les disciples.
Du côté nord se trouve une autre église, dédiée aux saints Abakir et Jean.
III. L’église de la Sainte Vierge Marie, dite Qasriyat al-Rihan
Dédiée à la Sainte Vierge Marie, Mère de Dieu, cette église porte un nom dont l’origine demeure incertaine. Il évoque des plantes en pot et le basilic odorant, peut-être par métaphore du vase pur d’où sortit l’Enfant divin.
L’église, petite et de plan carré, a subi de nombreuses modifications, restaurations et même reconstructions, comme sa forme actuelle le révèle; elle conserve néanmoins certains de ses éléments anciens. La nef et les sanctuaires sont couverts de coupoles de brique reposant sur des colonnes de marbre. L’édifice compte trois sanctuaires du côté est.
#### Le sanctuaire sud
Son iconostase est de bois incrusté d’ivoire simple.
#### Le sanctuaire central
Au-dessus de l’iconostase, treize icônes représentent la Sainte Vierge Marie portant le Christ, entourée des apôtres disposés de part et d’autre.
À l’intérieur, l’autel est surmonté d’un baldaquin à quatre colonnes, décoré à l’intérieur de l’image du Christ entouré d’anges, et à l’extérieur de figures d’anges. Sur les murs, la partie haute porte les images des douze disciples, au-dessous desquelles se trouvent des icônes de saints. La coupole du sanctuaire représente la Sainte Vierge Marie recevant l’annonce de l’archange Gabriel, et le prophète Élie montant sur son char de feu devant Élisée.
Au-dessus de l’iconostase est peint un triangle au milieu duquel une croix porte le Seigneur Jésus-Christ, surmonté d’une colombe et flanqué de deux visages d’anges; au-dessous, la Cène; à droite l’archange Michel, à gauche la Sainte Vierge Marie. Au-dessus du sanctuaire figure l’Ascension du Christ.
#### Le sanctuaire nord
Son iconostase est de bois incrusté d’ivoire simple et date du XVIIIe siècle. Du côté ouest, l’ambon est fixé au mur et repose sur deux colonnes; il est de bois incrusté d’ivoire simple. À côté se trouvent une grande icône de la Sainte Vierge Marie datée de 1783 et deux autres icônes de la Vierge, dont l’une est de facture arménienne.
IV. L’église Saint-Georges
Elle comptait parmi les plus belles églises de la forteresse romaine de Babylone. Elle fut édifiée en 684 par le riche scribe Athanase.
L’église actuelle s’élève sur les ruines de l’ancien édifice bâti à l’intérieur de la forteresse, incendié il y a environ deux siècles, dont la plupart des éléments ont disparu. Le bâtiment moderne suit les lignes du plan basilical et comprend une nef, deux ailes et trois sanctuaires. Il a conservé une salle de l’édifice ancien, dite « salle des mariées », datant du XIVe siècle.
V. Le monastère Saint-Georges des religieuses
Le monastère abrite une chapelle monumentale du Xe siècle dont la couverture a été remplacée. Une grande partie de sa menuiserie d’origine subsiste heureusement, notamment une porte de sept mètres de haut, flanquée de deux portes plus petites, toutes ornées de belles inscriptions en relief représentant des oiseaux.
VI. La synagogue juive, ancienne église de l’archange Michel
Située au milieu des églises coptes, cette synagogue fut autrefois une église dépendant de l’église de la Sainte Vierge Marie dite « l’église Suspendue ». Le patriarche Michel III, 56e pape, fut contraint de la vendre aux Juifs pour deux mille dinars d’or afin d’acquitter les taxes annuelles imposées par le gouverneur Ibn Touloun.
La tradition juive fait remonter le lieu à une époque antérieure à l’ère chrétienne et rapporte que Moïse aurait vécu dans cette région. S’il en est ainsi, l’ancienne synagogue aurait été démolie avant la construction de l’église de l’archange Michel rattachée à l’église Suspendue, avant que les Juifs ne l’achètent et ne la transforment de nouveau en synagogue.
On dit que Moïse et Jérémie prièrent en ce lieu, et qu’y fut aménagé un espace particulier, la geniza, destiné à conserver les rouleaux de la Torah. Le rabbin Abraham ben Ezra, venu de Jérusalem en Égypte en 1115, reconstruisit la synagogue, qui porte encore son nom.
