Discours catéchétique
- 01 — Chapitre I — Mais puisque la doctrine de notre sainte religion sait discerner une différence de…
- 02 — Chapitre II — De même que nous apprenons à connaître le Verbe, en nous élevant de la sphère de notre…
- 03 — Chapitre III — Ainsi, en sondant d’un regard attentif les abîmes du mystère, l’esprit a, dans une…
- 04 — Chapitre IV — Si le sectateur du judaïsme combat ces doctrines, il ne sera plus aussi difficile…
- 05 — Chapitre V — Toutefois le païen sera peut-être conduit par les idées générales, et le Juif par les…
- 06 — Chapitre VI — Mais vous vous demandez peut-être quelle est la cause de cette faute volontaire ; c’est…
- 07 — Chapitre VII — Et que personne ne demande si Dieu prévoyait ce malheur que l’humanité devait s’attirer…
- 08 — Chapitre VIII — Mais on s’indigne, en tout cas, quand on tourne les yeux vers la dissolution du corps…
- 09 — Chapitre IX — Jusqu’ici notre doctrine obtiendra peut-être l’assentiment de celui qui considère…
- 10 — Chapitre X — Mais, dira-t-on, c’est une chose petite et aisée à circonscrire que la nature humaine…
- 11 — Chapitre XI — Si vous vous demandez, d’autre part, comment la divinité se mélange à l’humanité, il…
- 12 — Chapitre XII — Quant au fait que Dieu s’est manifesté sous une forme charnelle, que celui qui en…
- 13 — Chapitre XIII — Mais, dit-on, la naissance et la mort caractérisent la nature charnelle
- 14 — Chapitre XIV — Quelle est donc la cause, dit-on, qui a fait descendre la divinité à cette basse…
- 15 — Chapitre XV — Nous ne sommes pas en peine de trouver à cette objection encore une réponse en rapport…
- 16 — Chapitre XVI — Mais, dit-on, la transformation elle-même qui s’opère dans notre corps est une forme de…
- 17 — Chapitre XVII — Mais on prétendra que l’objection qui nous avait été proposée ne se trouve pas encore…
- 18 — Chapitre XVIII — Et peut-être serait-il superflu, si l’on croit fermement que Dieu a fait un séjour dans…
- 19 — Chapitre XIX — Cependant, puisque ni les païens ni les défenseurs des doctrines juives ne veulent voir…
- 20 — Chapitre XX — Tout le monde convient que la foi doit attribuer à la Divinité non seulement la…
- 21 — Chapitre XXI — Qu’est-ce donc que la justice ?
- 22 — Chapitre XXII — En quoi consiste donc ici la justice ?
- 23 — Chapitre XXIII — Quelle rançon devait donc naturellement préférer le possesseur ?
- 24 — Chapitre XXIV — Mais il est naturel qu’un esprit attentif à l’enchaînement du discours cherche où se…
- 25 — Chapitre XXV — Que la Divinité ait revêtu notre nature, c’est un fait qui ne saurait présenter rien…
- 26 — Chapitre XXVI — Mais peut-être, en examinant la justice et la sagesse qui s’observent dans ce plan…
- 27 — Chapitre XXVII — Il était rigoureusement logique que celui qui se mêlait à notre nature acceptât d’en…
- 28 — Chapitre XXVIII — Mais les adversaires tournent en ridicule notre nature ; ils reviennent sans cesse sur…
- 29 — Chapitre XXIX — Passant de cette question à une autre, les adversaires essaient encore d’injurier notre…
- 30 — Chapitre XXX — Si l’on s’imagine réfuter notre doctrine en faisant valoir que, même après…
- 31 — Chapitre XXXI — Mais même devant des raisons de ce genre, les adversaires ne restent pas à court de…
- 32 — Chapitre XXXII — Que mettent encore en avant les adversaires ?
- 33 — Chapitre XXXIII — Les adversaires en effet nous entendent tenir des propos de ce genre : « Dans le…
- 34 — Chapitre XXXIV — Mais ils cherchent une preuve de la présence de la divinité quand on l’invoque pour…
- 35 — Chapitre XXXV — L’entrée de l’homme dans l’eau, et sa triple immersion renferment un autre mystère
- 36 — Chapitre XXXVI — La raison universelle et renseignement des écritures montrent en effet que l’on ne peut…
- 37 — Chapitre XXXVII — Mais puisque l’être humain est double, formé par le mélange d’une âme et d’un corps…
- 38 — Chapitre XXXVIII — Il ne manque, je crois, à notre exposé aucune des questions qui intéressent la…
- 39 — Chapitre XXXIX — Les autres êtres qui naissent doivent en effet l’existence à l’impulsion de leurs…
- 40 — Chapitre XL — Mais l’enseignement catéchétique, s’il s’arrête à ce qui a été dit, ne me paraît pas…

Discours catéchétique
Saint Grégoire de Nysse · 16 août 2016 · 133 min de lecture · 3 011 vues
L’enseignement catéchétique est nécessaire aux initiateurs du mystère de la piété, pour permettre à l’Église de s’accroître par l’augmentation des âmes sauvées, en faisant entendre aux infidèles la parole digne de foi de la doctrine.
Toutefois la même méthode d’enseignement ne saurait convenir à tous ceux qui viennent écouter la parole. Il faut, au contraire, s’inspirer de la diversité des religions pour y ajuster diversement ; la catéchèse, et tout en proposant le même but à l’enseignement, recourir, suivant les cas, à des arguments différents. 2 Le sectateur du judaïsme a, en effet, telles préventions qui ne sont pas celles de l’homme élevé dans l’hellénisme ; de même pour l’Anomé en, le Manichéen, les partisans de Marcion, de Valentin, de Basili de, et toute la série de ceux qui se sont égarés dans l’hérésie. Chacun d’eux a des préventions particulières ; d’où la nécessité d’entrer en lutte contre les croyances sur lesquelles ils se fondent. Car la nature de la maladie doit déterminer la forme du traitement qu’on lui applique. 3 On ne traitera pas par les mêmes remèdes le polythéisme du Grec et l’incrédulité du Juif touchant Dieu le Fils unique, et on n’aura pas recours aux mêmes armes pour renverser, dans les esprits livrés aux erreurs des hérésies, les fictions erronées qu’ils brodent sur les dogmes.
Et en effet, les raisons qui peuvent remettre dans le droit chemin le partisan de Sabellius ne sont pas celles qui feront du bien à l’Anomé en, pas plus que la lutte engagée contre le Manichéen n’est profitable au Juif. Il faut, encore une fois, considérer les opinions préconçues des individus, et régler son enseignement sur la nature de l’erreur dont chacun d’eux est atteint, en mettant en avant, dans chaque discussion, certains principes et propositions vraisemblables, afin que les points sur lesquels les parties sont d’accord permettent de découvrir la vérité, par la suite logique de l’argumentation.
Ainsi donc, toutes les fois que l’on discute avec un homme attaché aux croyances grecques on fera bien de débuter ainsi : Croit-il à la divinité, ou partage-t-il l’opinion des athées ? S’il nie l’existence de Dieu, on l’amènera, en parlant de la savante et sage économie du monde, à reconnaître là l’existence d’une puissance qui s’y manifeste et qui est supérieure à l’univers. Si au contraire il ne met pas en doute l’existence de la divinité, mais se laisse entraîner a croire à une multitude de dieux, ayons recours à une argumentation de ce genre : 5 La divinité, selon lui, est-elle parfaite ou imparfaite ? Si, comme il est probable, il confesse la perfection de la nature divine, obligeons-le à étendre cette perfection à tous les aspects de la divinité, de peur qu’il ne considère le divin comme un mélange de contraires, l’imparfait s’y unissant au parfait.
Qu’il s’agisse de la puissance, ou de !a faculté de concevoir le bien, de la sagesse, de l’incorruptibilité, de l’éternité, ou de toute autre conception convenant à la divinité qui vienne à être envisagée, il reconnaîtra, par la suite logique du raisonnement, que la perfection doit être partout considérée dans la nature divine.
[6J Ce point étant accordé, il ne sera plus difficile d’amener la pensée, qui s’est dispersée sur une foule de dieux, à l’aveu d’une divinité unique. Si l’adversaire reconnaît en effet qu’il faut accorder à l’objet de la discussion une perfection absolue, mais en ajoutant qu’il y a une foule d’entités divines marquées des mêmes caractères, il faut de toute nécessité, dans ces natures que ne distingue aucune différence, et qui sont envisagées avec les mêmes attributs, montrer ce qui leur est propre ; ou, si la pensée ne peut concevoir aucune particularité là où il n’existe pas de différence, ne pas supposer de distinction. 7 Car si l’on ne découvre pas de différence de plus ou de moins, en vertu de cette idée que la notion de perfection exclut un amoindrissement, ni aucune différence d’infériorité ou de supériorité (car on ne concevrait plus de divinité là où subsisterait ce qualificatif d’infériorité), ni aucune différence d’ancienneté et de nouveauté, puisque la notion du, divin exclût la négation de l’éternité ; — si donc l’idée de divinité reste une et identique à elle-même, et que le raisonnement ne découvre nulle part aucune particularité, de toute nécessité la conception erronée d’une multitude de dieux se trouvé acculée à l’aveu d’une divinité unique.
En effet, si la bonté et la justice, la sagesse et la puissance lui sont accordées au même degré, et si l’immortalité, l’éternité et tout autre attribut conforme à la piété lui sont reconnus de la même manière, toute différence disparait, de quelque façon que l’on raisonne, et avec elle disparaît nécessairement la croyance au polythéisme, puisque cette identité absolue nous amène à croire à l’unité.
Mais puisque la doctrine de notre sainte religion sait discerner une différence de personnes dans l’unité de nature, il ne faut pas que notre exposé, en luttant contre les Grecs, se laisse entraîner au judaïsme. Il convient donc, à l’aide d’une distinction habile, de corriger à son tour l’erreur qui se manifeste sur ce point.
Ceux-là même qui restent étrangers à nos doctrines ne conçoivent pas la divinité sans verbe, et leur assentiment sur ce point suffira à expliquer notre propre thèse. Convenir en effet que Dieu ne va pas sans verbe revient à lui accorder expressément le verbe dont on ne le suppose pas dépourvu. Mais on parle aussi dans les mêmes termes de la parole humaine. Si donc l’adversaire déclare se représenter le verbe divin à la ressemblance de notre parole, on pourra l’amener ainsi à une conception plus élevée. 3 Il faut en effet, de toute nécessite, se persuader que le verbe, comme toutes les autres facultés, est proportionné à la nature. On distingue dans l’homme un certain pouvoir, une vie, une sagesse ; Mais on ne se fonderait pas sur la similitude des termes pour supposer chez la divinité une vie, ou une puissance, ou une sagesse du même genre.
Le sens de ces mots-là se rapetisse à la mesure de notre nature. Comme notre nature est périssable et faible, notre vie par suite est éphémère, inconsistante notre puissance, incertain notre verbe. 4 Dans la nature souveraine, au contraire, tous les attributs qu’on lui accorde s’étendent pour se proportionner à la grandeur du sujet. Par conséquent, lorsqu’on parle du Verbe de Dieu, on ne doit pas s’imaginer qu’il tient sa réalité de l’acte de la parole, pour perdre ensuite celle réalité, à la façon de notre propre verbe. Comme notre nature périssable a un verbe périssable, ainsi la nature incorruptible et éternelle possède un Verbe éternel et substantiel.
Une fois que la suite du raisonnement aura ainsi amené l’adversaire à confesser la substance éternelle du Verbe divin, force lui sera bien de convenir que la substance du Verbe est douée de vie. Il serait impie, en effet, d’attribuer au Verbe une substance inanimée à la façon des pierres. S’il est une substance pensante et incorporelle, il possède absolument la vie ; s’il est dépourvu de vie, il est aussi absolument dépourvu de substance. Mais précisément, on a montré l’impiété d’une conception qui donnerait le Verbe comme dépourvu de substance. On a donc, du même coup, démontré en bonne logique que le Verbe dont il est question possède la vie. 6 Or, si l’on a la conviction que la nature du Verbe est simple, selon toute apparence, et qu’elle ne se montre ni double ni composée, on ne saurait envisager le Verbe vivant comme participant à la vie.
En effet, une conception de ce genre, soutenant que l’un est contenu dans l’autre, rentrerait dans le cas d’une nature composée. Mais il faut nécessairement, si l’on reconnaît l’unité de nature, regarder le Verbe comme vivant de lui-même, et non comme participant à la vie. 7 Si donc le Verbe vit, étant lui-même la vie, il a aussi, d’une façon absolue, la faculté de vouloir, car aucun des êtres vivants n’est dépourvu de volonté. Mais cette volonté doit logiquement, comme le veut la piété, être tenue pour puissante. Refuser de lui reconnaître la puissance, sérail soutenir absolument son impuissance. 8 Mais précisément la conception du divin exclut l’impuissance. Aucune dissonance en effet n’est admise dans la recherche de la nature divine, et il faut, de toute nécessité, convenir que la puissance du Verbe répond à sa volonté, pour qu’on n’aille pas envisager dans cette unité un mélange et une réunion de contraires ; l’impuissance et la puissance s’observeraient en effet dans la même volonté, si dans certains cas elle était puissante, et impuissante dans d’autres.
La volonté du Verbe, étant toute-puissante, doit nécessairement n’incliner vers rien de ce qui est mal, car la tendance au mal est étrangère à la nature divine. Tout ce qui est bon, elle doit le vouloir, et, le voulant, le pouvoir absolument ; et cette puissance ne doit pas rester inefficace, mais transformer en actes tous ses désirs du bien. 9 Le monde est une œuvre bonne, et aussi tout ce qu’il renferme, avec la sagesse et l’habileté qui s’y observent. Donc, tout est l’œuvre du Verbe, du Verbe vivant et substantiel, puisqu’il est le Verbe de Dieu ; doué de volonté, puisqu’il vit ; capable d’exécuter tout ce qu’il choisit de faire ; choisissant absolument ce qui est bon et sage, portant enfin tous les caractères de l’excellence.
Ainsi le monde est reconnu une œuvre bonne, et il a été démontré plus haut qu’il était l’ouvrage du Verbe, du Verbe qui choisit le bien et qui peut le réaliser ; d’autre part, le Verbe dont nous parlons est différent de celui dont il est le Verbe. Car cette notion rentre, en un sens, dans celles qui sont dites relatives, puisqu’il faut bien, avec le Verbe, entendre aussi l’auteur du Verbe ; le Verbe en effet ne peut exister qu’en étant le Verbe de quelqu’un. Si donc l’esprit des auditeurs distingue par un terme marquant la relation le Verbe lui-même de celui dont il procède, ce mystère lie risquera plus, en combattant les conceptions païennes, de s’accommoder aux doctrines des adeptes du judaïsme. Il évitera au contraire l’absurdité des unes et des autres en reconnaissant que le Verbe est à la fois vivant, actif et créateur, ce que refuse d’admettre le Juif, et qu’il n’y a pas de différence de nature entre le Verbe lui-même et celui dont il procède.
Nous disons en effet, pour ce qui est de nous, que le verbe procède de l’intelligence, sans se confondre avec elle, ni s’en distinguer absolument : car en tant qu’il procède d’elle, il s’en distingue et n’est pas la même chose, mais en tant qu’il est la manifestation de l’intelligence, il ne saurait être regardé comme s’en distinguant. Si par sa nature, il ne fait qu’un avec elle, il s’en distingue en tant que sujet. Il en est de même pour le Verbe de Dieu. En tant qu’il a son existence propre, il se distingue de celui dont il la tient ; mais en tant qu’il montre en lui-même tous les caractères que l’on observe en Dieu, il se confond par sa nature avec celui que font reconnaître les mêmes marques. Qu’il s’agisse de la bonté, de la puissance, de la sagesse, de l’éternité, du privilège d’être inaccessible au mal et à la mort, de la perfection complète, ou en général de tout autre attribut dont on fera un signe distinctif de ridée du Père, on reconnaîtra aux mêmes signes le Verbe qui tient de lui son existence.
