
Démonstration évangélique
Eusèbe de Césarée · 258 min de lecture · 1 vue
Introduction
Voici, ô Théodore, honneur de l’épiscopat, homme de Dieu uniquement consacré à son service, qu’après avoir terminé avec l’aide de Dieu et celle de son Verbe Notre-Seigneur, la première préparation à la connaissance de l’Évangile, dans un écrit renfermé en quinze livres, je marche à la conclusion de mon plan par celui que je vous offre: veuillez accueillir, ô tête chérie, ainsi que la demande que je vous adresse, de concourir à l’achèvement de mon travail par le secours de vos prières. Désormais je me propose d’appuyer la démonstration de l’Évangile sur les prophéties contenues depuis les temps les plus reculés dans les livres saints des Hébreux. Comment et d’après quelle méthode? Le voici: vous connaissez ces hommes chéris de Dieu, célèbres dans tout l’univers, Moïse et les interprètes de la volonté divine, qui ont brillé après lui, les prophètes et les hiérophantes. Ce sont là les témoins dont je veux faire usage pour démontrer la relation de leurs prédictions avec ce qui est venu en lumière bien des siècles après elles, prédictions vérifiées par la première prédication de l’Évangile de notre Sauveur, puis parce que nous voyons chaque jour s’accomplir sous nos yeux, et dont l’Esprit divin nous a annoncé l’avènement, en sorte qu’on peut dire que ce qui n’était pas arrivé, l’était cependant pour nous; que ce qui n’avait jamais eu de germe d’existence, existait déjà à nos regards. Ce n’est pas tout encore: nous sommes instruits à l’avance par ces. mêmes Écritures des faits qui doivent se produire dans l’avenir, de manière à les connaître en partie, et en sondant les temps futurs, à signaler les éventualités que l’accomplissement des premiers oracles nous donne lieu d’attendre chaque jour. Quels sont ces faits? ils sont infinis en variété comme en nombre, embrassant l’universalité de la race humaine, se distribuant sur chacun des membres qui la composent: ils sont donc généraux et particuliers. Cependant pour nous restreindre aux Hébreux et à leur histoire dans son rapprochement avec les nations du dehors, combien ne voyons-nous pas annoncées d’avance de destructions de villes, de variations dans les temps, de révolutions dans les états, de prospérités réalisées, d’adversités infligées, de peuples asservis, de sièges de villes, de dynasties détrônées puis rétablies, enfin mille choses qui ne trouveront leur place que dans la longue suite des siècles à venir?Toutefois celui auquel nous vivons, ne réclame pas la preuve de tout cet ensemble de faits; renvoyant aux temps qui suivront, l’examen de ceux qui les concernent, nous constaterons par ce qui nous est connu, la vérité des prophéties, gage de la certitude de ce que nous passons sous silence.
Chapitre premier
Quel est le but et l’objet de cet ouvrage.
Il est à propos de dire d’abord en quoi, dans l’état présent des choses, les prophéties; nous paraissent devoir contribuer utilement à la démonstration de l’Évangile. Elles ont proclamé que le Christ (en lui donnant ce nom), que le Verbe de Dieu, Dieu et Seigneur lui-même, qu’un ange du grand conseil viendrait un jour habiter parmi les hommes, qu’il serait le docteur de toutes les nations répandues sur tout l’univers, tant grecques que barbares, pour les initier à la connaissance du vrai Dieu, et leur enseigner un mode d’adoration digne du créateur de toutes, choses: tel a été reflet de la prédication de l’Évangile. Elles ont annoncé qu’il serait enfant, qu’on l’appellerait Fils de l’Homme. Elles ont dit quelle serait la famille dont il sortirait; la manière inusitée de sa conception au sein d’une vierge. Elles n’ont pas même omis le lieu de sa naissance, en nommant Bethléem, célèbre jusqu’aux confins de la terre par la foule des fidèles qui pour la plupart viennent le visiter: elles ont indiqué exactement le temps de son apparition;, et cela s’est réalisé. En sorte qu’on peut dire dos prophètes que ce sont des historiens divins qui ont devancé l’histoire. Il vous sera facile en parcourant cet écrit de voir par vos propres yeux que les relations des saints évangélistes étaient déjà rapportées dans les livres des prophètes savoir: les miracles opérés par Jésus-Christ, ses enseignements sur le dogme sur la morale et sur l’ensemble qui constitue la piété. Mais quoi! quand on y voit hautement annoncé qu’un nouveau rite religieux serait proposé à tous les hommes, a-t-on raison de s’étonner de la vocation des disciples de Jésus-Christ et de la prédication d’un nouveau Testament? Après tout ce que nous venons de citer, nous trouvons encore retracée s juges, les outrages les plus indignes, des flagellations sans motif, des invectives atroces, suivies de la mort la plus infâme; et de sa part un silence admirable, une douceur, une patience, et une résignation sans bornes. Tous ces faits s’appliquant à un même personnage, signalé ne devant venir que dans les derniers siècles, appelé à subir de la part des hommes les mauvais traitements qu’il a endurés, ont été révélés longtemps à l’avance de la manière la plus claire par les plus anciens oracle des Hébreux. Ils ont en outre rendu témoignage qu’après sa mort il ressusciterait, qu’il se montrerait à ses disciples, qu’il leur communiquerait l’esprit divin, qu’il remonterait au ciel pour partager le trône royal où son père est assis, et qu’à la fin des siècles, il ferait une seconde et glorieuse apparition. À la suite de toutes ces choses, vous entendrez les gémissements et les soupirs de chacun des prophètes qui déplorent de différentes manières tous les maux qui doivent fondre sur la nation des Juifs, à cause des impiétés commises par celui dont la venue leur était prédite, le renversement complet du royaume national qui leur avait été transmis par leurs ancêtres, et qui devait durer jusqu’à cette même époque, se maintenir jusqu’après l’attentat sur la personne du Christ, l’abolition de leurs lois héréditaire, la cessation de leur ancien culte, la perte de l’indépendance qu’ils tenaient de leurs pères; celle de la liberté, en devenant esclaves de leurs ennemis; leur métropole royale livrée aux flammes; leur temple si vénérable et si pur, réduit en cendres; un sombre désert remplaçant leur antique population; leur ville occupée par des nations étrangères; leur dispersion chez tous les peuples de l’univers, sans l’espoir de voir un terme ou une relâche à toutes des infortunes. Ce faisceau de preuves frapperait même les yeux d’un aveugle suivant les proverbes: les événements répandent la lumière sur ces prédictions depuis le premier jour, où, levant une main sacrilège sur le Christ, ce peuple a appelé sur lui le principe de tous les malheurs. Il ne convenait pas cependant à ces hommes inspirés de ne peindre dans leurs prophéties que des tableaux affligeants et de n’étendre leurs science de l’avenir que sur un horizon de deuil; il leur ont fait succéder des images plus riantes, lorsqu’ils ont proclamé l’annonce de biens promis en commun à tous les hommes par suite de l’avènement du Christ, comme compensation de la réprobation d’un seul peuple. Ils ont fait retentir les promesses faites à toute nation, à toute la race humaine d’acquérir, en recevant l’Évangile, la connaissance du vrai Dieu, la délivrance de l’empire des démons, la cessation de l’ignorance et de l’erreur, l’éclat de lumière de la vraie piété; ils ont fait connaître comment les disciples du Christ rempliront l’univers de sa doctrine; comment l’Évangile, qui contient un mode nouveau et entièrement à part du culte religieux, sera prêché à tous les hommes; comment les églises chrétiennes seront fondées par eux chez toutes les nations et comment le peuple chrétien, tirant son nom d’un seul maître, occupera l’univers; comment les attaques des souverains et des rois contre l’Église du Christ ne pourront l’anéantir, parce qu’elle tire sa force de Dieu lui-même. En entendant les théologiens hébreux proclamer à haute voix leurs oracles, en voyant les événements confirmer toutes ces prophéties, qui pourrait ne pas reconnaître avec admiration qu’ils étaient investis d’une mission divine? Oui pourrait méconnaître le caractère de vérité empreint dans leurs enseignements et dans les dogmes qui réunissent la théologie à la philosophie? Cette démonstration n’a pas besoin des prestiges de l’éloquence, de la profondeur des pensées, de la subtilité capiteuse des syllogismes; elle est toute dans un enseignement simple, dépouillé d’artifice, dont la sincérité et la véracité pures s’appuient sur la vertu de ces hommes divins et sur leur science profonde de la divinité. Or, des hommes qui, avant des temps de la plus haute antiquité, ont pu voir et parler de faits qui ne viendraient au jour qu’après bien siècles, n’ont pu tenir cette connaissance de l’esprit humain, mais de celui de Dieu. Et comment ne méritent-ils pas d’être crus dans les dogmes qu’ils ont enseignés à ceux qui les approchaient?
Si donc je ne m’abuse dans ma manière de voir, je pense que quiconque est convaincu sincèrement que notre Sauveur et Seigneur Jésus est véritablement le Christ de Dieu, doit se persuader d’abord qu’on ne peut pas raisonnablement admettre cette vérité, sans la rattacher aux témoignages inscrits dans les prophéties à son égard; et il doit s’efforcer de communiquer cette persuasion à tous ceux qui conféreront avec lui. Néanmoins ce n’est pas légèrement et sans le secours des démonstrations qu’une semblable entreprise peut être conduite à son terme. C’est pourquoi abordant ce travail d’après l’engagement formel que j’ai pris, avec l’aide de Dieu, ce compléter entièrement l’oeuvre de la démonstration évangélique, je me vois forcé à essayer de constater qu’elle repose sur ces mêmes théologiens de l’héhraïsme: et qu’on ne dise pas, comme quelques personnes pourraient être tentées de le faire, que ce traité a pour objet d’attaquer les Juifs; il s’en faut de beaucoup: il est bien plutôt écrit en leur faveur, s’ils pouvaient venir à résipiscence. D’une part il établit le christianisme sur le témoignage prophétique des temps antérieurs, de l’autre il plaide la cause des Juifs en montrant l’accomplissement sans réserve de tout ce que leurs prophètes ont annoncé. Les enfants des Grecs eux-mêmes pourraient en tirer avantage, si leur esprit s’éclairait; car par la coïncidence de cette merveilleuse prescience de l’avenir et de l’accomplissement, suivant les prophéties, des faits prédits, ne montrons-nous pas la divinité, l’évidence, la vérité de notre foi? et, par cette démonstration plus logique qu’aucune autre, ne fermons-nous pas la bouche à nos calomniateurs, qui ne cessent de nous objecter jusqu’à satiété, dans les diatribes que ces vils sycophanles vomissent chaque jour contre nous, que nous ne pouvons rien prouver par des démonstrations exaetes, et que nous exigeons de nos néophytes qu’ils se bornent aune foi aveugle? Or, cet ouvrage lui-même ne sera pas sans force pour rétorquer cette fausse imputation, de même qu’il réfutera les blasphèmes et les opinions erronées des hérétiques ennemis de Dieu (les Manichéens) contre les prophètes, en montrant l’accord dé l’ancienne et de la nouvelle loi, tout en laissant le soin d’expliquer les expressions de ces prophètes par de vastes et savants commentaires à ceux qui, voulant entreprendre cette tâche, seront capables de l’amener à bien. Pour nous, nous mettrons à profit la leçon de cel auteur inspiré (Jésus, fils de Sirach, XXXII, 9) qui nous recommande de rassembler beaucoup de pensées dans peu de paroles. Voilà le modèle que nous nous sommes proposé de suivre, n’alléguant de textes qu’autant qu’ils intéressent le sujet de cet écrit, et ne les interprétant, pour les rendre clairs, qu’autant que la matière nous en fera une loi. Mais voilà assez d’introduction. Je vais commencer enfin à démontrer ce que j’avance, puisque la tourbe des accusateurs qui nous obsède, dit que nous ne pouvons administrer aucune preuve évidente de vérité par le moyen des démonstrations, et que nous ne permettons à ceux qui viennent nous trouver d’admettre d’autre motif de crédibilité que la foi; que nous ne leur persuadons rien de plus que de nous suivre bouche close, sans examen aucun, mais avec une détermination stupide, à la manière des brutes, dans tout ce que nous leur disons. Voilà, disent-ils, pourquoi les chrétiens se donnent le nom de fidèles (πιστοί), c’est qu’ils n’ont qu’une foi (πίστις) sans raison. Déjà dans la préparation à cet ouvrage nous avons divisé, comme il était convenable de le faire, les accusations dirigées contre nous, nous avons placé en tête celle des nations adonnées à l’idolâtrie, qui nous reprochent d’être déserteurs des dieux de la patrie, et qui soutiennent que c’est une énormité de notre part d’avoir donné la préférence aux doctrines des Barbares sur celles des Grecs, en ce que nous adoptons les oracles des Hébreux. La seconde est celle des Hébreux eux-mêmes, qui se croient fondés dans la plainte qu’ils nous adressent de faire usage de leurs Écritures, sans nous conformer à leur genre de vie. Les choses ayant été distinguées de la sorte, nous avons répondu de notre mieux à la première accusation dans la préparation évangélique, en avouant qu’en effet nous sommes originaires grecs, ou que, si nous sommes sortis des nations étrangères, nous avons pris les sentiments et les opinions de la Grèce. Nous ne nierons pas non plus que nous sommes issus de parents asservis à l’erreur du polythéisme. Ce n’est pas cependant par une impulsion irréfléchie et dépourvue d’examen, que nous avons changé, mais par un jugement sain et un raisonnement approfondi, qui nous ont fait admettre comme judicieuse et parfaitement convenable l’étude à faire des prophéties des Hébreux. Il est maintenant à propos de nous prémunir contre la seconde agression, et de compléter ainsi ce qui pouvait manquer à notre ouvrage: je veux dire celle des disciples de la circoncision, que nous n’avons pas encore examinée: c’est dans les livres de la démonstration évangélique en effet que se trouve la vraie place de ce complément. Permettez donc qu’après avoir invoqué le Dieu commun des Juifs et des païens, par l’entremise de notre Sauveur, nous discutions d’abord cette question: Quel est le mode de culte religieux en honneur parmi nous? Nous y entremêlerons les solutions à toutes les objections qui nous sont opposées.
Chapitre II
Quel est le genre de culte introduit dans le christianisme.
J’ai déjà dit précédemment dans la préparation que le christianisme n’est ni l’hellénisme ni le judaïsme; qu’il porte en soi un caractère particulier d’adoration, lequel n’est ni nouveau ni déplacé, mais le plus ancien de tous sans contredit, habituel et familier aux hommes aimés de Dieu pour leur piété et leur justice., qui ont vécu avant Moïse, Mais avant tout, examinons ce qu’est le judaïsme et l’hellénisme, pour nous efforcer de découvrir auquel des deux les hommes chers à Dieu, qui ont vécu avant Moïse, inclinaient ls plus. Le judaïsme peut être justement défini la constitution politique instituée par la loi mosaïque et se rattachant à la croyance en un seul Dieu de l’univers. L’hellénisme, pour le signaler en un mot, est la superstition qui admet la pluralité des dieux, d’après les traditions répandues chez toutes les nations. Que nous restera-t-il à dire de ces hommes chéris de Dieu qui ont précédé Moïse et le judaïsme, et dont ce prophète nous a conservé le souvenir, tels qu’Enoch auquel il rend témoignage en disant: Enoch plut au Seigneur; Noé, dont il dit encore: Noé était un homme juste dans sa génération; Seth et Japh et, dont il a écrit: Béni soit le Seigneur Dieu de Seth et que Dieu étende ses faveurs jusqu’à Japh et; puis, après tous ceux-ci, Abraham, Isaac et Jacob, auxquels on peut raisonnablement adjoindre Job et plusieurs autres qui ont imité leur manière de vivre? Dirons-nous qu’ils aient été Juifs ou païens? Juifs? on ne pourrait pas convenablement leur donner ce nom, Moïse n’ayant pas encore introduit sa législation dans le monde;.si en effet le judaïsme n’est rien autre que le culte fondé par Moïse, Moïse n’ayant paru sur la terre que dans des temps bien postérieurs à ceux dont nous parlons, il est clair qu’il ne saurait y avoir avant son temps des Juifs qui se soient signalés par leur piété. Cependant il ne convient pas non plus de les ranger parmi les païens puisqu’ils n’étaient pas subjugués par la superstition du polythéisme. En effet Abraham, dit-on, quitta irrévocablement la maison paternelle et toute sa parenté pour s’attacher à Dieu seul, auquel il rend hommage en disant: J’étendrai ma main vers le Dieu tres-haut qui a créé le ciel et la terre. Jacob est rapporté par Moïse pour avoir dit à sa famille et à tout ce qui lui appartenait: Otez du milieu de vous les dieux étrangers, et levons-nous pour monter à Bethel, et y faire un sacrifice au Seigneur qui m’a exaucé au jour de mon affliction, qui était avec moi et m’a sauvé dans la voie où je marchais; et ils donnèrent à Jacob leurs dieux étrangers qui étaient dans leurs mains, et les boucles qui pendaient à leurs oreilles, et Jacob les cacha sous le thérébinthe du pays de Sichem et les anéantit jusqu’à ce jour. Si les hommes qui nous sont signalés comme amis de Dieu furent étrangers à l’erreur des idolâtres, si nous les avons montrés en dehors du judaïsme, ils n’étaient donc ni païens, ni Juifs; ils étaient justes et pieux, aussi bien que tous les autres qui les imitèrent. Il nous reste maintenant à comprendre quel était Je rit religieux suivant lequel il est raisonnable de croire qu’ils se sont sanctifiés. Examine a donc si ce troisième corps de croyants (Τάγμα) que nous avons démontré comme placé entre le judaïsme et l’hellénisme, qui est le plus ancien et le plus vénérable de tous, n’est pas précisément celui qui a été prêché dans ces derniers temps à toutes les nations par Notre-Seigneur? Et si cela est, le christianisme ne serait donc ni le judaïsme ni l’hellénisme, mais cette organisation religieuse qui se trouve entre eux deux, qui a précédé toutes les autres; ce serait une philosophie primitive, mais qui n’est devenue une loi pour tous les hommes répandus dans l’univers entier que dans ces derniers temps; de manière qu’en quittant l’hellénisme on ne doive pas nécessairement tomber dans le judaïsme, mais dans le christianisme; de même que celui qui se séparera volontairement du culte judaïque ne sera pas forcé aussitôt de devenir païen. L’homme qur s’isolera à la fois de chacun des troupeaux juif et païen viendra à cette loi et à cette règle de conduite intermédiaire adoptées jadis par les justes que Dieu a chéris, et que notre Sauveur et Seigneur a renouvelées après une longue interruption, d’accord avec les prédictions de Moïse et des autres prophètes à ce sujet. En effet, dans les oracles qui se rapportent à Abraham, Moïse, dans son style prophétique, dit que dans les temps postérieurs, ce ne seront plus les descendants d’Abraham, ce ne igneur dit à Abraham, sortez de votre terre et de votre parenté; de la maison de votre père, et allez dans la terre que je vous montrerai; je ferai sortir de vous une grande nation; je vous bénirai; je rendrai glorieux votre nom; vous serez béni; et je bénirai ceux qui vous béniront; je maudirai ceux qui vous maudiront; et en vous seront bénies toutes les tribus de la terre. « Puis Dieu dit (Ibid., XVIII, 17); » Cacherai-je à Abraham mon fils ce que j’aurai fait? d’Abraham sortira une grande et populeuse nation, et en lui seront bénies toutes les nations de la terre Comment toutes les nations et toutes les tribus de la terre devaient-elles être bénies en Abraham, si elles ne lui appartenaient d’aucune manière ni par l’âme ni par le corps? Quant aux relations charnelles, quelle consanguinité existait entre Abraham et les Scythes, les Égyptiens, les Ethiopiens, les Indiens, les Bretons et les Espagnols? Comment toutes ces nations et celles encore plus éloignées d’Abraham, devaient-elles être bénies à cause de leur parenté avec lui? Sous le rapport de l’âme, il n’existait non plus aucune cause d’intimité entre ces peuples et le patriarche. Comment aurait-elle pu se concilier avec leurs mariages incestueux des mères avec les fils, des pères avec les filles, avec ces rapprochements immoraux des mêmes sexes, avec les sacrifices humains, avec les apothéoses d’animaux irraisonnables,avec les consécrations de statues inanimées, avec le culte superstitieux des esprits malfaisants et guides d’erreur? Elles considéraient comme des actions lousblcs et pieuses de brûler vivants les vieillards, de livrer au bûcher les tendres fruits de leurs unions. Comment des êtres adonnés à des mœurs aussi féroces auraient-ils été avancés au point d’entrer en partage de bénédictions avec cet homme chéri de Dieu, sinon parce qu’en renonçant à ces habitudes d’atrocité, ils devaient adopter en leur place un jour un genre de vie pieux en harmonie avec celui d’Abraham? En effet, lui-même était étranger de naissance et d’habitudes à la piété dans laquelle plus tard il a vécu: il dut, pour l’acquérir, renoncer à la superstition paternelle, abandonner sa maison, sa parenté, les façons de penser et d’agir qu’il tenait de ses auteurs, le genre de vie dans lequel il était né et avait été élevé, pour suivre Dieu qui lui rendait les oracles que nous lisons à son sujet. Si Moïse, qui n’est venu au monde qu’après Abraham, qui est l’auteur de la constitution politique qu’il a donnée aux Juifs en vertu de ses lois, en eût fait de telles qu’elles eussent rendu plus parfaits les hommes chers à Dieu, qui l’avaient précédé; telles qu’elles eussent pu convenir à toutes les nations, en sorte que toutes ces nations, en se conformant aux lois de Moïse, eussent pratiqué la piété envers Dieu, aurait-on pu dire que les hommes de toute nation qui, en se conformant aux lois de Moïse et en suivant les rites judaïques, remplissaient déjà toutes les règles les plus accomplies de la piété, aussi bien que ceux qui naîtraient d’eux et qui les imiteraient, seraient cependant bénis de la bénédiction ré-servée à Abraham par les divins oracles? Il nous eût suffi d’exécuter à la lettre tout ce que Moïse avait ordonné. Mais comme il est constant que la forme du gouvernemenl de Moïse n’était pas applicable à toutes les autres nations, mais seulement aux Juifs et non pas à tous, mais à ceux-là seuls qui habitaient en Judée, il était donc nécessaire d’établir en dehors des lois de Moïse une autre règle de conduite telle que celle d’Abraham, à laquelle toutes les nations de la terre se conformant, elles deviendraient dignes de participer à la bénédiction qui lut avail été donnée.
Chapitre III
La loi de Moïse ne convenait qu’au peuple juif, et alors seulement qu’il habitait la terre promise. Un autre prophète et une nouvelle loi étaient nécessaire.
En vous appliquant aux raisonnements suivants, vous comprendrez avec évidence que les institutions de Moïse ne pouvaient, comme je l’ai dit, être convenables qu’aux Juifs et non pas à tous, c’est-à-dire que n’étant praticables par aucun de ceux qui vivaient dans la dispersion, elles n’étaient faites que pour les Juifs habitants de la Judée.
Moïse dit quelque pari, dans ses lois Exode
, Xxiii,17); »
Trois fois dans l’année chaque individu mâle se présentera devant le Seigneur votre Dieu. « Il détermine avec plus de précision le lieu de cette présentation où tous les hommes doivent trois fois l’an se réunir, en disant (Id
., XXIV, 23;
Deut
., XVI, 16): »
A trois époques de l’année tout sujet mâle se présentera devant le Seigneur votre Dieu, dans le lieu que le Seigneur se sera choisi.
Vous voyez donc que ce n’est pas en toute ville ni dans un lieu quelconque qu’il prescrit de se présenter; mais dans le lieu que le Seigneur votre Dieu se sera choisi. Il règle par la loi l’obligation de se réunir à trois époques de l’année, et il désigne les époques où ce rassemblement devait se faire, dans le lieu où Dieu avait ordonné qu’on l’adorât: l’une est Pâque. La seconde, cinquante jours plus tard, à la fête nommée Pentecôte. La troisième enfin avait lieu le septième mois après la pâque au jour du pardon, auquel même encore aujourd’hui les Juifs s’imposent le jeûne; il prononce des imprécations contre ceux qui transgresseront cette loi (Deut., XXVII, 20). Ainsi donc ceux qui trois fois dans l’année devaient se rendre à Jérusalem pour y accomplir les exigences de la loi, ne pouvaient pas résider loin de la Judée,, mais dans le voisinage de ses confins. Si par conséquent il était impossible aux Juifs habitant les contrées éloignées de la Palestine de remplir ce devoir imposé par la loi, ne doit-on pas dire à bien plus forte raison qu’il ne saurait s’étendre à toutes les nations jusqu’aux dernières limites de la terre? Écoutez de quelle manière le même législateur commande à la femme, après l’accouchement, de se présenter et d’offrir des sacrifices au Seigneur. Voici ses paroles (Lévitiq., XII, 1): Le Seigneur parle à Moïse en disant: « Parlez aux enfants d’Israël, et dites-leur: La femme qui aura conçu et donné le jour à un enfant mâle, sera impure pendant sept jours. » Puis après quelques autres prescriptions, il ajoute (Ibid Lorsque les jours de la purification auront été accomplis pour son fils ou pour sa fille, elle offrira un agneau d’un an en holocauste, un petit de colombe ou une tourterelle pour ses péchés; elle se tiendra devant la porte du tabernacle du témoignage, et offrira ces victimes au Seigneur par l’entremise du prêtre. Le prêtre implorera son pardon et la purifiera de la source de son sang. « Voici la loi pour la femme accouchée d’un fils ou d’une fille.
En outre de ces règlements le même ordonne pour la purification de ceux qui ont enseveli et touché des corps morts qu’ils se serviront de la cendre d’une génisse (offerte en holocauste) pendant sept jours consécutifs, pendant lesquels ils se sépareront de ceux avec qui ils habitent. Voici ce qu’il dit. Voici une disposition légale à perpétuité pour les enfants d’Israël et pour les prosélytes qui habitent au milieu d’eux: « Celui qui aura touché les restes mortels de toute âme d’homme sera impur et se purifiera pendant sept jours. Il sera purifié le troisième et le septième jour. S’il ne se purifie pas le troisième et le septième jour, il ne sera pas pur. Tout homme ayant touché les restes mortels dune âme d’homme, s’il venait à mourir sans avoir été purifié, souillerait le tabernacle du témoignage du Seigneur. Cette, âme sera repoussée d’Israël, parce que l’eau de la purification n’a point été versée sur elle. Elle sera impure, et son impureté subsistera: telle est la loi. L’homme qui mourra dans si maison rendra impur pendant sept jours celui qui entrera dans cette maison, et tous les objets qu’elle contient. Tout vase ouvert, tout ce qui n’est pas scellé par des liens sera impur. Quiconque sur la surface d’un champ aura touche le glaive d un homme tué par blessure ou mort naturellement, ou qui aura touché une tombe, sera impur pendant sept jours. Ils prendront pour l’impur de la cendre de l’holocauste, afin de l’en purifier. Ils la répandront sur le vase, et prendront de l’hysope, et l’homme pur lavera et aspergera la maison, les meubles, les âmes de tous ceux qui sont dans cette maison, aussi bien que celui qui a touché un os humain, soit d’un mort par blessure, soit d’un autre mort, ou qui a touché une tombe. L’homme pur accomplira ces actes purificatoires de l’impur le troisième et le septième jour, puis il lavera ses vêtements, plongera son corps dans l’eau, et sera impur jusqu’au soir. L’âme de l’homme qui se sera souillée et n’aura pas été purifiée, sera bannie de la synagogue, parce que l’eau de la purification n’a pas été versée sur elle. Et cette disposition de loi est à perpétuité.
Par celle législation, Moïse nous enseigne le mode d’aspersion de l’eau (Nombres, XIX, 2), en ordonnant de brûler entièrement une génisse rousse et sans tare, de jeter une partie de la cendre qui en sort dans l’eau dont on doit faire usage pour l’aspersion de ceux qui se sont souillés par le contact d’un mort. Où doit-on brûler la génisse, où doit-on prendre les victimes pour la femme relevée de couche, où doit-on accomplir toutes les autres dispositions de la loi, si cela ne se fait pas indistinctement en tout lieu, et seulement dans celui que le Seigneur a désigné? Nous le voyons clairement par ce qui suit (Deut
XII, 13} : »
Il y aura un lieu que le Seigneur votre Dieu choisira pour qu’on y invoque son nom. C’est là que vous apporterez toutes les choses que je vous ai commandé aujourd’hui d’apporter. « Puis il établit une distinction très minutieuse à cet égard en disant (Ib Faites bien attention de ne pas offrir vos holocaustes où vous vous trouverez mais seulement dans le lieu que le Seigneur. votre Dieu se sera choisi dans une de vos villes. C’est là que vous apporterez vos holocaustes et que vous exécuterez toutes les pratiques que je vous ordonne en ce jour. » Puis il ajoute (Ibid Vous ne pourrez pas manger dans toutes les villes la dîme du blé, ni du vin, ni de l’huile, les premiers-nés de vos vaches et de vos brebis, ni les choses que vous aurez consacrées par des vœux ont vous vous serez confessés, ni toutes les prémices de vos travaux manuels. Ce ne sera qu’en présence du Seigneur votre Dieu que vous mangerez ces aliments dans le lieu que le Seigneur votre Dieu se sera choisi, vous ainsi que vos fils et votre fille, et votre esclave, et votre servante, et l’étranger qui est dans vos villes. « Puis il continue, et pour confirmer ce qu’il a avancé, il dit: Or, lorsque vous aurez pris ce que vous aurez voué, vous irez au lieu que le Seigneur votre Dieu se sera choisi.
Et: Vous prendrez la dîme de tous les fruits de vos semences; et les fruits de vos champs d’année en année; et vous les mangerez devant le Seigneur votre Dieu dans le lieu que le Seigneur votre Dieu se sera choisi pour que son nom y soit invoqué Ibid., XIV, 22).
Ensuite il songe à ce qu’il faut faire si ce lieu est trop éloigné, et les fruits de la terre abondants, et établit cette loi à celle occasion: Si le chemin est trop long, et si vous ne pouvez porter la dîme, parce que le lieu que le Seigneur votre Dieu a choisi pour que son nom y soit invoqué est éloigné, et que le Seigneur votre Dieu vous a bénis, vous vendrez tout; vous prendrez l’argent en votre main, et vous irez au lieu que le Seigneur votre Dieu a choisi, et vous achèterez ce qui vous plaira, des boeufs, des brebis, du vin, de la bière, tout ce que vous voudrez, et vous mangerez en présence du Seigneur votre Dieu Il désigne encore expressément ce lieu, et dit: Parmi les premiers-nés de vos bœufs et de vos brebis, vous choisirez les mâles pour les offrir au Seigneur votre Dieu. Vous ne travaillerez pas avec le premier-né du bœuf, et vous ne tondrez pas le premier-né de vos brebis, mais chaque année vous les mangerez en présence du Seigneur votre Dieu, vous et votre famille, dans le lieu que se sera choisi le Seigneur votre Dieu Voyez encore avec quelle précision il détermine que la célébration des fêtes ne se fera que dans le lieu désigné: Vous observerez le mois des gerbes nouvelles, et vous célébrerez la pâque en l’honneur du Seigneur votre Dieu, en immolant des brebis et des bœufs dans le lieu que le Seigneur votre Dieu se sera choisi Deut., XVI, 1). Et il renouvelle cet ordre, et dit: Vous ne pourrez offrir la pâque dans aucune des villes que le Seigneur votre Dieu vous aura données, mais dans le lieu qu’il se sera choisi. Là vous immolerez la pâque au coucher du soleil, moment où vous êtes sorti d’Égypte; vous ferez cuire la victime et vous la mangerez dans le lieu que se sera choisi le Seigneur votre Dieu Telle est la loi de la célébration de la pâque. Écoutez ce qu’il prescrit sur celle de la Pentecôte.
Chapitre V
ous compterez sept semaines entières, du moment que vous aurez mis la faucille à la moisson, et vous célébrerez la fête des semaines en l’honneur du Seigneur votre Dieu, selon les richesses que je vous aurai données, et la mesure des bénédictions du Seigneur votre Dieu. Et vous ferez des festins de réjouissance en présence au Seigneur votre Dieu, vous, votre fils et votre fille, votre serviteur et votre servante, le lévite qui est en votre ville et l’étranger, l’orphelin et la veuve qui demeurent parmi vous, dans le lieu que le Seigneur votre Dieu se sera choisi pour que son nom y soit invoqué Écoutez-le encore prescrire une troisième fête: Pendant sept jours vous célébrerez la fête des tabernacles. quand vous aurez recueilli les fruits de l’aire et du pressoir, et vous ferez des festins en ces jours solennels, vous, votre fils et votre fille, votre serviteur et votre servante, dans te lieu que le Seigneur votre Dieu se sera choisi Puisque la loi désigne si fréquemment le lieu, en répétant si souvent de s’y rendre avec toute sa famille et tous ses domestiques, comment s’adresserait-elle à ceux qui seraient même peu éloignés de la Judée? Comment à toutes les nations de la terre? D’autant plus qu’impitoyable pour les transgresseurs de ses prescriptions, elle charge d’imprécations ceux qui ne l’observent pas exactement, et dit: Maudit celui qui ne sera pas demeuré dans l’observance des commandements de cette loi (Deut., XXVII, 26).
Voyez encore les impossibilités de la loi de Moïse pour tous les hommes. Après avoir distingué les péchés volontaires et ceux où l’on tombe difficilement, après avoir établi des peines pour chacun de ceux qui sont dignes des plus grands supplices, il fixe une autre manière de purifier ceux qui se sont souillés involontairement. Une de ces dispositions est ainsi conçue Lév
., IV, 27):
Si quelqu’un d’entre le peuple de cette terre pèche involontairement en contrevenant à quelqu’un des préceptes du Seigneur, ou en ne l’observant pas, s’il pèche et s’il reconnaît la faute qu’il a commise, il prendra pour offrande une jeune chèvre sans tache; il la présentera pour la souillure qu’il a contractée au lieu où s’immolent les holocaustes, et le prêtre prendra de son sang Remarquez qu’il est ordonné à celui qui a failli par inadvertance de se rendre au lieu où s’immolent les holocaustes. Or, ce lieu est celui dont il a été question si souvent déjà, celui que le Seigneur votre Dieu se sera choisi. Comme l’auteur de la loi comprit que ce commandement ne pouvait être exécuté de tous les hommes, il indiqua clairement qu’il ne rétablissait pas pour tous, et dit: Si quelqu’un d’entre le peuple de cette terre se rendait volontairement coupable. Il établit une seconde loi: Si quelqu’un a entendu un serment, s’il a été témoin, s’il a vu ou s’il a su et qu’il n’ait pas déclaré, il portera son péché Que doit-il donc faire, sinon prendre une victime et expier promptement sa faute? Et encore où ira-t-il, sinon au lieu où s’immolent les holocaustes. Voici une troisième loi: Si quelqu’un touche une chose impure, le cadavre d’une bête immonde, s’il en prend, il est souillé: il péchera s’il touche quelqu’impureté de l’homme, de toute souillure qui souille celui qui la touche; s’il ne s’en est pas aperçu, s’il l’apprend ensuite, il est coupable. Que doit donc faire celui qui est souillé? il viendra encore en ce lieu et offrira pour la souillure dont il est entaché une brebis, un agneau ou une jeune chèvre. Telle est encore la loi qui concerne celui qui a fait serment et a juré de faire bien ou mal en ce qu’un homme peut jurer, qui l’oublie, se le rappelle ensuite, transgresse une partie de son serment et reconnaît sa faute: Cet homme prendra une victime et se rendra en ce lieu: le prêtre priera pour son péché et ce péché lui sera remis. Une autre loi établit la prescription suivante: « Celui qui aura oublié et aura transgressé par imprudence un point de la loi du Seigneur, offrira au Seigneur un bélier pour son péché. Il le présentera au grand prêtre, évidemment dans le lieu indiqué. À ces lois il joint un sixième précepte.
Si un homme pèche, s’il transgresse un des commandements qu’il faut observer, s’il l’ignore, s’il pèche et reconnaît son péché, il offrira encore un bélier au grand prêtre, et le prêtre priera pour, lui, pour l’ignorance où il s’est trouvé, et son péché lui sera remis Lév V, 17).Une septième loi dit: Si un homme pèche et méprise les commandements du Seigneur, s’il nie un dépôt à son voisin, parce qu’il s’en est servi ou l’a dérobé, ou pour lui faire injure, s’il a trouvé un objet perdu, et le nie, s’il fait un faux serment sur ce qu’un homme ne peut commettre sans péché, s’il pèche et tombe, il rendra ce qu’il a dérobé, il réparera l’injustice qu’il a commise, il restituera le dépôt qui lui a été confié, et l’objet perdu qu’il a trouvé; il rendra eu son. entier ce pourquoi il a fait un faux serment, et le cinquième de plus Id., VI, 2). Quand le coupable avait révélé son iniquité, et qu’il avait satisfait à la loi, il fallait que, négligeant toute autre affaire, il se rendit en toute hâte au lieu que s’était choisi le Seigneur, emmenant avec lui un bélier sans tache. Le prêtre, priait pour lui devant le Seigneur, et son iniquité était remise. C’est ainsi que l’admirable Moïse a distingué avec soin ceux qui tombaient involontairement ou par ignorance, de ceux qui péchaient par malice; et pour les retenir, il porte contre eux des peines irrémissibles. Or, celui qui n’accorde leur pardon à ceux qui ont failli involontairement que lorsqu’ils auront révélé leur iniquité, et qui ensuite leur impose une légère satisfaction par l’offrande prescrite, et qui.par le voyage précipité à la maison de Dieu se propose d’exciter le zèle et la piété de ceux qui suivent la religion dont il est le ministre, comment se peut-il faire qu’il n’enchaîne pas l’entraînement do ceux qui commettraient l’iniquité de plein gré? Pourquoi donc discuter encore, puisque, comme nous l’avons dit plus haut, Moïse récapitulant la loi, fait ces imprécations: Maudit soit celui qui ne s’appliquera pas à conformer sa conduite à tout ce qui est écrit dans la loi Il fallait donc aussi que ceux qui habitent aux extrémités de la terre, s’ils voulaient observer la loi de Moïse, éviter ces malédictions terribles, et participer à la bénédiction promise à Abraham, se soumissent à ces ordonnances; que trois fois dans l’année ils se rendissent à Jérusalem? Il fallait donc que chez toutes les nations, Ies femmes qui voulaient servir Dieu, au moment où elles étaient délivrées de leur fruit et soulagées des douleurs de l’enfantement, entreprissent un aussi long voyage, pour offrir le sacrifice prescrit par Moïse à la naissance de chaque enfant? Il fallait donc que celui qui avait touché un mort, qui s’était parjure, qui avait commis quelque faute involontairement, accourût des extrémités de la terre, s’empressât de se soumettre à l’expiation légale, afin de ne pas encourir la terrible malédiction? Mais ne sentez-vous pas combien il eût été difficile de vivre suivant les institutions de Moïse à ceux-là même qui habitaient auprès de Jérusalem, ou qui vivaient dans la Judée seulement? Combien donc l’eût-il été aux autres nations.? Aussi notre Sauveur et Seigneur, le Fils de Dieu donnant, après sa résurrection, ses avis à ses disciples: Allez, dit-il, e nseignez toutes tes nations: puis il ajoute enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai appris Matth., XXVIIII, 19). Il n’ordonnait pas d’enseigner aux peuples les lois de Moïse, mais ce qu’il leur avait appris lui-même, c’est-à-dire les paroles de vie qui sont contenues dans les Évangiles, aussi ses disciples et les apôtres, dans leur délibération au sujet des Gentils, convinrent-ils qu’il était impossible que les ordonnances de Moïse pussent convenir aux nations, puisque ni eux ni leurs pères n’avaient pu les suivre; c’est pourquoi Pierre parle ainsi dans les Actes: Pourquoi donc maintenant tenter le Seigneur en imposant aux disciples un joug que nos pères ni nous n’avons pu porter (Act., XV• 10)? C’est pourquoi Moïse lui-même annonce qu’après lui s’élèvera un autre prophète qui sera le législateur de toutes les nations; il désigne ainsi le Christ, et exhorte les Juifs à croire en lui: voici sa prédiction: « Le Seigneur dieu vous suscitera du milieu de vos frères un prophète comme moi; vous écouterez tout ce qu’il vous dira; or, tout homme qui n’écoutera pas ce prophète sera retranché de son peuple Deut
., Xv111, 15). »
Plus loin le législateur annonce que ce prophète, évidemment le Christ, qui doit sortir des Juifs, gouvernera les nations: Que tes pavillons sont beaux, ô Jacob; les tentes, ô Israël, dit-il, sont comme tes vallées ombragé es, comme un jardin planté sur le bord du fleuve, comme les tentes qua élevées le Seigneur. Un homme sortira de sa race, qui gouvernera la multitude des nations, et sa puissance croîtra sans cesse Nomb., XX!V; 5). Mais de laquelle des douze tribus du peuple juif dté promis, et il est l’attente des nations Genèse XLIX, 10). « Quelle fut cette attente, sinon celle qui a été annoncée à Abraham, lorsqu’il lui fut promis qu’en lui seraient bénies les nations de la terre. Moïse parut donc avoir bien compris lui-même que la loi qu’il donnait ne pourrait pas convenir à toutes les nations, et que pour l’accomplissement des promesses faites à Abraham, il fallait un autre prophète. C’est assurément celui qui devait sortir de la tribu de Juda et gouverner toutes les nations, suivant sa prédiction.
Chapitre IV
Pourquoi en recevant les oracles des Juifs, nous rejetons leurs observances.
Ainsi donc nous avons reçu et adopté comme nous étant propres les livres sacrés des Juifs, parce qu’ils contiennent les oracles qui nous concernent, et surtout parce que Moïse n’a pas prédit seul le législateur futur, mais que généralement les prophètes qui l’ont suivi l’ont également annoncé.
Ainsi David dit: « Établissez, Seigneur, un législateur sur eux, afin que les peuples sachent qu’ils ne sont que des hommes Ps
. IX,). « Remarquez qu’il parle d’un législateur des nations. Aussi ordonne-t-il ailleurs aux nations de de plus chanter le cantique ancien de Moïse, mais un cantique nouveau: » Chantez, dit-il, au Seigneur un cantique nouveau (Ps. XCV); que toute la terre chante un hymne au Seigneur. Racontez sa gloire au milieu des nations, et ses merveilles au milieu de tous les peuples, parce que le Seigneur est grand, il est digne de toutes louanges; il est terrible par dessus tous les dieux. Tous les dieux des nations ne sont que des démons; mais le Seigneur a fait les cieux. Apportez au Seigneur, familles des nations, apportez au Seigneur la gloire due à son nom, et dites parmi les nations que le Seigneur a régné. Aussi la terre sera affermie et ne sera point ébranlée. « Ailleurs le saint roi dit: » Chantez au Seigneur un cantique nouveau, car il a opéré des merveilles. Il a révélé sa justice aux yeux des nations. Les incrédules de la terre ont vu le salut de notre Dieu (Ps. XCVII).
Or, remarquez encore que ce n’est pas aux Juifs, mais à toutes les nations de la terre qu’il annonce ce nouveau cantique, tandis que l’ancien, celui de Moïse, ne convenait qu’aux seuls Hébreux. Jérémie, autre prophète des Juifs, appelle ce nouveau cantique la nouvelle alliance, lorsqu’il dit: « Voilà que les jours viennent, dit le Seigneur, où j’établirai une nouvelle alliance avec la maison d’Israël et la maison de Juda; non pas selon l’alliance que j’ai formée avec leurs pères, au jour où je les ai pris par la main pour les tirer de la terre d’Égypte; car ils ont transgressé mon alliance; et je les ai abandonnés, dit le Seigneur. Voici l’alliance que je ferai avec Israël, dit le Seigneur: Je confierai ma loi à leur intelligence, et je l’écrirai dans leur cœur, et je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple (Jérémie, XXXI, 31). ».
Vous voyez que Dieu distingue deux alliances, dont il nomme l’une l’ancienne et l’autre la nouvelle. Il ajoute que la nouvelle ne sera pas semblable à l’ancienne qui a été donnée aux ancêtres de ce peuple. Parce que les Juifs, déchus de la piété de leurs pères, imitèrent la vie et les mœurs des Égyptiens, qu’ils se livrèrent aux errements du polythéisme et au culte superstitieux que les nations rendent aux idoles, l’ancienne alliance leur fut imposée comme pour les relever de leur chute, et réformer des cœurs corrompue par les erreurs dont ils s’étaient infectés réciproquement. « Car, dit l’apôtre, la loi n’est pas établie pour les justes, mais pour les méchants, les rebelles, les impies et les pécheurs, et pour tous les prévaricateurs
(I
Tim., I, 9). « Mais la nouvelle alliance apprend à ceux que la charité de notre Sauveur et la miséricorde divine a relevés, à marcher, à courir vers ce royaume promis, et elle appelle tous les hommes sans distinction à une seule et même participation des biens célestes.
La nouvelle alliance est appelée loi nouvelle par Isaïe, autre prophète des Juifs, qui dit: « Car la loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur, de Jérusalem, il jugera les nations; toutes les nations viendront, et tous les peuples se réuniront, et diront: » Venez, montons sur la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob Isaïe, II, 3). Or quelle sera cette loi sortie de Sion, et différente de celle que Moïse a promulguée dans le désert, sur le mont Sinaï, sinon la loi de l’Évangile que notre Sauveur Jésus-Christ et ses apôtres ont fait sortir de Sion, et qui s’est répandue chez toutes les nations? Car il est certain que c’est de Jérusalem, de la montagne de Sion qui en est proche, sur laquelle notre Sauveur et Seigneur se tint fréquemment et annonça la plus grande partie de sa doctrine, que la loi de la nouvelle alliance a commencé à répandre ses lumières parmi les hommes conformément à ce que le Christ avait dit à ses disciples: « Allez, enseignez toutes les nations, et enseignez-leur à garder tout ce que je vous ai appris Matth., XXVIII, 19). Que leur avait-il ordonné, sinon les instructions et les préceptes du Nouveau Testament?
Puis donc qu’à l’antique alliance a succédé une nouvelle, il faut considérer quel est le caractère de celle-ci, et celui de la loi et du cantique nouveaux prédits.
Chapitre V
Caractère de la nouvelle alliance dont le Christ est auteur. Ainsi l’ancienne alliance et la loi de Moïse ne convenaient qu’à la nation juive, et alors seulement qu’elle habitait la terre qui lui appartenait; mais elles ne pouvaient s’accommoder aux autres peuples du monde, ni même aux Juifs qui avaient quitté leur patrie. La nouvelle alliance devait donc être d’une exécution assez facile pour que ceux des Gentils qui voudraient la suivre ne pussent éproude règle au fidèle Abraham et à ses ancêtres.
Or si vous voulez rapprocher la règle des chrétiens et le culte répandu par Jésus-Christ sur la terre, des règles de piété et de justice qui ont dirigé Abraham et ceux, que les saints livres comparent à ce patriarche, vous les trouverez semblables. En effet, ces fidèles évitèrent les erreurs du polythéisme, le culte rendu aux idoles; ils détournèrent leurs yeux de la créature sensible; ils n’attribuèrent la divinité ni au soleil, ni à la lune, ni à quelqu’une des parties de l’univers; mais ils élevèrent leurs cœurs jusqu’au Dieu suprême, le puissant créateur du ciel et de la terre. C’est ce que constate Moïse lui-même lorsque, dans ses récits des temps antiques, il fait dire à Abraham: « J’étendrai ma main vers le Dieu Très-Haut, qui a créé le ciel et la terre Gen., XV, 21). Et lorsqu’il raconte précédemment que Melchisédec, qu’il nomme prêtre du Très-Haut, bénit Abraham en ces termes: » Qu’Abraham soit béni du Dieu Très-Haut qui a créé le ciel et la terre. « Énoch et Noé se sont conservés justes et agréables à Dieu en vivant comme Abraham: ainsi de Job, cet homme juste, simple, irréprochable, pieux et éloigné de tout mal, qui vivait avant les jours de Moïse; lorsque la perte de ses biens vint éprouver sa religion envers le Dieu de l’univers, il donna un grand exemple de résignation à la postérité en proférant cette parole pleine de sagesse: » Je suis sorti nu du sein de ma mère, et fait comme il a plu au Seigneur; que le nom du Seigneur soit béni Job
, I,22)
C’est en adorant le Dieu du monde qu’il fit entendre cette parole qu’il développa plus tard en ces termes: « Dieu est sage, il est puissant et grand: il agite la terre en ses fondements,et ses colonnes sont ébranlées: il commande au soleil et le soleil ne se lève pas; il enferme les astres comme sous un seau; seul il a étendu les cieux Job
, IX, 3)
Si donc la doctrine du Christ a appris aux nations à honorer avec une religion égale le Dieu qu’adorèrent les fidèles qui vinrent avant Moïse, il est évident que nous suivons le même culte. Or si nous avons la même religion, nous partageons avec eux la même bénédiction. Le Verbe de Dieu que trous appelons le Christ, fut connu d’eux aussi, car ils furent honorés de sa présence sensible et de la manifestation de sa divinité d’une manière bien supérieure. Moïse appelle celui qui a apparu aux amis de Dieu, et leur a souvent exposé les prophéties tantôt Dieu et Seigneur, tantôt l’Ange de Dieu, et montre ainsi que ce n’était pas le Dieu suprême, mais le second qui est nommé Dieu, le Seigneur des amis de Dieu, et l’Ange du Père suprême (). Il dit donc: Jacob alla à Charam. Arrivé en certain lieu, il s’y endormit, car le soleil était couché. Il prit une pierre qu’il trouva, la plaça sous sa tète, s’endormit en ce lieu, et eut un songe. Une échelle était dressée sur le sol, elle haut touchait le ciel; les anges de Dieu en montaient et descendaient les degrés. Le Seigneur était appuyé sur l’échelle et lui dit:Je suis le Seigneur, le Dieu d’Abraham,votre père, et le Dieu d’Isaac. Ne craignez pas; cette terre où vous dormez, je vous la donnerai, à vous et à votre race. Votre postérité sera aussi nombreuse que le sable de la terre Gen., XXVIII, 10). L’historien sacré ajoute: Jacob s’étant levé au matin, prit la pierre sur laquelle il avait reposé sa tête, et l’éleva comme un monument.
Plus loin il appelle le Dieu et le Seigneur qui s’est montré à lui, l’Ange du Seigneur. Jacob dit donc: L’ange du Seigneur m’a dit en songe: Jacob: Me voici, répondis-je. Et l’ange: J’ai vu tout ce que Laban vous a fait. Je suis le Dieu qui vous a apparu dans le lieu du Seigneur, où vous avez oint la pierre, et où vous avez fait un vœu. Gen., XXXI, 11). Celui qui déjà s’était montré à Abraham, est appelé Dieu et Seigneur, il révèle la puissance de son père à cet homme fidèle, et lui a confié comme au sujet d’un autre Dieu, plusieurs révélations que nous examinerons en leur temps. On ne saurait dire que ce soit un autre qui a répondu à Job après le long exercice de sa vertu. En effet, celui qui lui apparut d’abord dans un tourbillon et dans les nuées, s’annonce comme le Dieu de l’univers, ensuite il se révèle de telle sorte que Job s’écrie: É coutez-moi, et je parlerai; j’avais d’abord entendu le son de votre voix, et maintenant mes yeux vous voient Job, XLII, 4). Si donc il est impossible que le Dieu immense, invisible, sans principe, et qui est le roi de l’univers, ait pu être vu par des gens de chair, quel est celui qui a apparu à ces justes, sinon le Verbe Dieu que nous reconnaissons Seigneur après le Père?
Mais pourquoi nous arrêter davantage sur cette question, lorsqu’il nous est facile d’en puiser des preuves dans les livres saints? C’est ce que nous ferons à loisir en cet ouvrage, afin d’établir que c’est le Verbe de Dieu seul qui a apparu aux fidèles patriarches. Ainsi donc pour ce qui concerne le créateur du monde et le Christ, nos croyances et celles des anciens sont les mêmes. Aussi les fidèles qui précédèrent Moïse étaient-ils appelés christs, comme aujourd’hui nous sommes nommés chrétiens. Or écoutez ce que dit le roi prophète: « Ils étaient peu nombreux alors, faibles et voyageurs sur cette terre, ils erraient de nation en nation, et de royaume en royaume. Dieu ne permit pas que l’homme leur fît outrage. En leur faveur il menaça les rois, et il dit: Ne touchez pas à mes christs, et n’offensez pas mes prophètes Ps. CIV, 12). Or la pensée du psaume et la suite montrent que ces paroles se rapportent à Abraham, à Isaac et à Jacob. Ils portaient donc le nom de christs, comme nous. suivant
Table des matières
DE d’EUSÈBE DE CÉSARÉE
Eusèbe de Césarée
LIVRE I chapitres VII à X
Eusèbe
Démonstration évangélique
LIVRE ΙI αʹ. βʹ. γʹ.
Livre second
Dans le livre précédent nous avons exposé les fondements de la vraie religion où la prédication de l’Évangile a fait entrer tous les hommes, et la manière de vivre en Jésus-Christ; nous avons avancé et prouvé, nous le pensons, que, malgré les dispositions les plus favorables, il était impossible aux Gentils de suivre les lois de Moïse: nous reprenons le sujet de plus haut pour revenir sur les témoignages des prophéties, afin de réfuter d’une manière plus convaincante les fils de la circoncision qui s’élèvent contre nous. Comme ils prétendent que nous n’avons aucune part aux promesses qui leur furent faites, que c’est à eux que s’adressèrent les prophètes, qu’est annoncé le Christ qu’ils aiment à appeler leur sauveur et leur libérateur, et que ce sont eux qui doivent attendre l’accomplissement des promesses, que nous ne pouvons y prétendre qu’après eux, étant d’une autre race et n’ayant jamais eu des prophètes que des oracles dictés par l’indignation, nous tirerons nos réponses de leurs prophéties elles-mêmes. Nous ne nierons pas que la promesse du Christ de Dieu leur ait été adressée, que son avènement doive être la rédemption d’Israël, puisque les Écritures en contiennent évidemment la prédiction; mais qu’ils excluent les nations des biens attendus du Christ, comme si ces faveurs n’eussent été promises qu’à Israël à l’exception des Gentils; c’est ce que nous ne saurions leur accorder, puisqu’ils le prétendent contre le témoignage des livres sacrés.
Chapitre premier
Les prophètes anciens ont adressé leurs plus grandes promesses à nous, les Gentils.
Et d’abord, comme les Juifs s’attribuent les oracles les plus glorieux, et les ont sans cesse sur les lèvres, nous leur opposerons les prédictions adressées aux Gentils qui font voir qu’une multitude de prophéties annonçaient tous les peuples les faveurs du ciel et le salut, et qu’elles n’en rapportaient l’accomplissement qu’à la venue du Christ. Cela établi, nous démontrerons qu’il ne faut pas dire que c’est à eux plutôt qu’à nous qu’il convient d’attendre le Christ de Dieu. Lorsque nous aurons montré que les Juifs et les Grecs ont des prétentions égales à l’espérance des promesses, et que sous ce rapport, ceux que Dieu doit sauver parmi les nations ne le cèdent en rien aux fils de la circoncision, nous établirons ensuite par surabondance que les divins oracles rapportent au moment de la venue du Christ et de la vocation des Gentils la destruction et l’abandon du peuple juif; que c’est au petit nombre que les faveurs divines sont réservées; que la ville sera prise avec son temple qu’enfin leur culte sera aboli: ce qui s’est réalisé. Nous exposerons en son lieu et avec clarté comment les prophéties montrent en même temps à Israël, dans l’avènement du Christ, le soulagement de ses infortunes et les jouissances des faveurs célestes, et en même temps la privation de cet mêmes faveurs et l’abolition du culte divin. Cependant nous abordons ici notre première proposition, et pour l’établir, nous réunissons quelques-unes des innombrables prophéties. Puis donc qu’ils ne cessent de nous objecter qu’ils sont en possession des plus honorables prédictions, comme si les bienfaits antiques les concernaient seuls, voici le moment de leur opposer les promesses adressées aux nations et rapportées par les prophètes.
1. De la Genèse
Les nations seront bénies, comme le fut Abraham.
Le Seigneur dit: « Je ne cacherai pas à mon serviteur Abraham ce que je dois faire. Abraham doit être le chef d’un peuple grand et nombreux, et toutes les nations de la terre seront bénies en lui » (Genèse, XVIII, 17), La parole divine ne dit pas qu’elle voilera aussi à cet ami de Dieu le mystère caché au grand nombre, mais qu’elle le lui révélera. Ce mystère, c’est la bénédiction des nations, caché aux jours du saint patriarche, parce qu’elles étaient plongées dans une affreuse superstition; il est révélé aujourd’hui que la doctrine évangélique de notre Sauveur en ramenant les Gentils au culte d’Abraham les a fait participer à sa bénédiction. Nous avons montré assez longuement dans le livre précédent, qu’il n’était pas possible aux nations de vivre suivant les préceptes de Moïse, afin qu’on ne crût pas que l’oracle s’adressât aux prosélytes qui se trouvaient parmi les Juifs, comme nous avons fait voir aussi que ce n’est qu’aux fidèles que le Christ a choisis parmi les nations que s’applique la bénédiction annoncée à Abraham. Nous y renvoyons les lecteurs studieux.
2. Du même livre
Toutes les nations de la terre doivent être bénies en celui qui doit sortir de la race d’Isaac.
En répondant à Isaac, le Seigneur lui dit entre autres choses: « J’accomplirai le serment que j’ai fait à Abraham votre père, et je multiplierai votre race comme les étoiles au ciel. Je donnerai toute cette terre à votre postérité, et toutes les nations du monde seront bénies en celui qui naîtra de vous Genèse., XXVI, 3). Notre Sauveur et Seigneur Jésus naquit de la race d’Isaac selon la chair: » C’est en lui que les nations de la terre sont bénies; elles en ont reçu la connaissance du Dieu de toute créature; elles ont appris de lui à bénir les amis de Dieu; aussi sont-elles bénies de la bénédiction qu’elles ont souhaitée, selon cette parole de Dieu à Abraham: « Ceux qui vous béniront seront bénis Gen
., XII, 2). »
3. De la Genèse
La multitude des peuples et des nations sortiront de Jacob, quoique la nation juive seule descende de lui.
Or, le Seigneur lui dit: (il s’agit de Jacob): Je suis le Seigneur Dieu, croissez et multipliez-vous, des nations et une multitude de peuples sortiront de vous Id., XXXV, 11). Mais de Jacob n’est descendu que la nation juive, ce qui est évident. Comment donc l’oracle peut-il avec vérité dire une multitude de nations? Depuis que le Christ de Dieu, sorti delà race de Jacob, a réuni les nations par la prédication de l’Évangile, la prophétie a commencé à avoir par lui et en lui son accomplissement, et l’aura bien plus encore. δʹ. θνη εʹ. ςʹ. ζʹ. ηʹ. θʹ. ιʹ. ιαʹ. Ἰδοὺ
4. Du deutéronome
La joie toute divine des nations.
Cieux, réjouissez-vous avec lui; que les fils de Dieu l’adorent; réjouissez-vous, nations, avec son peuple, et que ses anges leur donnent de la force. « Au lieu de ces mots: » Réjouissez-vous, nations, avec son peuple; Aquila dit: « Poussez des cris, nations qui êtes son peuple; » et Théodotion: « Tressaillez de joie, nations qui êtes son peuple.
5. Du psaume XXI
Des extrémités de la terre et du sein de toutes les nations on accourra vers Dieu; et la race qui viendra et le peuple qui naîtra suivront la loi de la justice.
« Les nations des extrémités de la terre se souviendront du Seigneur et se tourneront vers lui; toutes les familles des peuples se prosterneront en sa présence, car au Seigneur appartient l’empire, et il gouvernera toutes les nations. » Le psalmiste ajoute: « La génération avenir sera consacrée au Seigneur,et l’on annoncera sa justice au peuple futur que le Seigneur doit former » (Ps. XXL 29).
Ces paroles sont claires et ne demandent pas d’explication.
6. Du psaume XLVI
Prédiction de la piété et de l’allégresse des nations. Royaume universel de Dieu.
Peuples, datiez des mains, faites éclater votre joie devant Dieu par vos transports; car le Seigneur est le Très-Haut, le terrible, le grand roi de la terre. « Le psalmiste dit plus bas: » Dieu est le roi de l’univers; chantez ai ce intelligence. Dieu a régner sur les nations; Dieu est assis sur le trône de sa sainteté. Les princes des peuples seront unis au Dieu d’Abraham. « Ces paroles ne sont pas moins claires et n’ont pas besoin de développement.
7. Du psaume LXXXV
La piété des nations.
Nul parmi les dieux n’est semblable à vous, ô Seigneur, et aucune œuvre n’est semblable à la vôtre. Toutes les nations que vous avez créées viendront, Seigneur, et elles fléchiront le genou devant vous. Elles glorifieront votre nom, parce que vous êtes grand, vous opérez des merveilles. Seul vous les Dieu » {Ps. LXXXV, 7). Ces paroles sont encore fort claires.
8. Du psaume XCV
La piété de toutes les nations. Le cantique nouveau. Le royaume de Dieu et le renouvellement de la terre.
Chantez au Seigneur un cantique nouveau; ô monde, chantez le Seigneur et bénissez,son nom; annoncez de jour en jour le salut qu’il accorde. Racontez sa gloire parmi les nations, et ses merveilles au milieu des peuples; car le Seigneur est grand et digne de toute louange; il est terrible plus que tous les dieux Le saint roi ajoute: « Apportez au Seigneur, familles des nations, apportez au Seigneur la gloire due à son nom. Et ensuite » dites aux nations: Le Seigneur a régné, aussi a-t-il affermi la terre, et elle ne sera pas ébranlée. « Ces paroles encore ne contiennent point d’obscurité.
9. Prophétie de Zacharie
Toutes les nations et en particulier le peuple égyptien, le plus superstitieux de tous, reconnaîtront le Dieu unique et véritable; le culte spirituel suivant la loi divine et la grande solennité. Et alors les restes de toutes les nations qui auront attaqué Jérusalem monteront chaque année pour adorer le Roi, le Seigneur tout-puissant, et célébrer la fête des tabernacles. Et alors ceux de toutes les tribus de la terre qui n’auront pas monté à Jérusalem pour adorer le Roi, le Seigneur tout-puissant, auront un sort semblable. Si l’Égypte refuse de monter et de venir, elle sera frappée du fléau que le Seigneur doit infliger aux nations qui ne viendront pas célébrer la fête des tabernacles. Tel sera le châtiment de l’Égypte et celui des peuples qui ne seront pas allés célébrer la fête des tabernacles. « Or il est facile de voir que ces paroles ne s’appliquent qu’à la vocation des Gentils, si nous nous rappelons ce que nous avons dit sur Jérusalem et sur la fête des tabernacles: d’ailleurs nous les expliquerons en leur lieu (Zacharie., XIV 16).
10. Prophétie d’isaïe
L’élection des apôtres et la vocation des Gentils « Buvez ceci, agissez avec vitesse, contrée de Zabulon, la terre de Nephtali, et vous, autres habitants des rivages de la mer au delà du Jourdain; Galilée des nations, peuple assis dans les ténèbres. Vous voyez une grande lumière,, vous qui habitez la région et l’ombre de la mort; la lumière resplendira en vous » (Is., IX, 1).,
11. Prophétie du même
La vocation des Gentils.
Villes, écoutez-moi; peuples, prêtez l’oreille: il régnera longtemps, dit le Seigneur. « Puis le prophète ajoute parlant du Christ aux Gentils: » Je vous ai établis pour l’alliance de la nation, pour la lumière des peuples et le salut des extrémités de la terre » (Is., XLIX, 1). Vous-même, vous pourrez trouver chez tous les prophètes une multitude de passages qui contiennent les promesses faites aux nations; le manque de temps nous empêche de les recueillir et de les expliquer; d’ailleurs nous avons cité ce qui est nécessaire pour établir la vérité; car nous avons voulu montrer aux fils de la circoncision qui se glorifient que Dieu les a préférés aux nations et qu’il les a honorés seuls des promesses, qu’ils n’ont rien de particulier a revendiquer pour eux en ces faveurs divines. Puis donc qu’il est prouvé que les Gentils ont leur part des promesses, voyons maintenant comment ils seront appelés de Dieu et mis en possession de ces promesses; car il est intéressant de connaître la cause d’une si grande faveur pour les nations. Mais quelle sera-t-elle sinon l’avènement du Christ que ceux de la circoncision eux-mêmes reconnaissent pour leur Sauveur. Il faut alors montrer que l’attente de la vocation des nations se borne au Christ de Dieu, qui viendra sauver et les Juifs et les Gentils. Je citerai les paroles des prophètes sans y ajouter ici d’explication; car je me propose de le faire plus tard avec plus d’étendue, avec l’aide de Dieu, lorsque j’aurai réuni toutes les prophéties sur les Gentils. ιβʹ. ιγʹ. ιδʹ. ιεʹ. ιςʹ.
Chapitre II
Les prophètes ont annoncé qu’à la venue du Christ la connaissance et le culte de Dieu concentrés d’abord chez les Juifs se répandraient parmi les nations.
12. Du psaume II
Les embûches tramées contre le Christ; Dieu l’appelle son fils; il reçoit de son père les nattons en héritage.
Pourquoi les nations ont-elles frémi? Pourquoi les peuples ont-ils médité de vains complots? Les rois de la terre se sont levés; les princes se sont ligués contre le Seigneur et contre son Christ, « et le reste. Le psalmiste ajoute: » Le Seigneur m’a dit: Vous êtes mon fils; je vous ai engendré aujourd’huiί demandez-moi et je veus donnerai les nations pour héritage et la terre entière pour empire
13. Du psaume LXXI
Le règne du Christ; la vocation des Gentils et la bénédiction de toutes les tribus du monde.
Seigneur, donnez votre jugement au roi, et votre justice au fils du roi, pour juger votre peuple, « et le reste.Le psalmiste ajoute Il dominera de la mer à la mer et du fleuve » aux extrémités de la terre, et toutes les nations lui seront assujetties, toutes les nations de la terre seront bénies en lui; toutes les nations le béniront. « Il dit à la fin du psaume: » Toute la terre sera remplie de sa majesté; qu’il soit ainsi, qu’il soit ainsi
14. Du psauue XCVII
Le cantique nouveau; manifestation aux Gentils de son bras et de son salut; le nom hébreux de son fils est salut. Chantez au Seigneur un cantique nouveau; car il a opéré des merveilles. Sa: droite et son bras puissant l’ont délivré. Le Seigneur a manifesté son salut; il.a révélé sa justice aux yeux des nations. Il s est rappelé sa miséricorde pour Jacob et sa fidélité en faveur de la maison d’Israël. Les extrémités de la terre ont vu le salut de notre Dieu; que toute la terre retentisse de la gloire du Seigneur. « Le saint roi ajoute: » Que la mer et tout ce qu’elle renferme, que l’univers entier elses habitants tressaillent d’allégresse. Les fleuves applaudiront de concert; les montagnes s’agiteront à la face du Seigneur; car il vient pour juger la terre. Il jugera le monde avec justice et les peuples avec équité.
15. De la genese
À la destruction du royaume de Juda, le Christ viendra accomplir l’attente des nations.
Le sceptre ne sortira pas de Juda, ni le prince de sa postérité, jusqu’à ce que vienne celui qui est promis, et qui est l’attente des nations Gen
., XLIX, 10)
16. De sophohie
La manifestation du Christ; la destruction de l’idolâtrie; la religion des Gentils.
Le Seigneur fondra sur eux; il anéantira tous les dieux des nations; tous les hommes, ceux des îles, des nations se prosterneront en sa présence Soph
., IV, 11)
ιζʹ. ιηʹ. ιθʹ. κʹ. καʹ. κβʹ. κγʹ.
17. Du même
Le jour de la résurrection du Christ; la réunion des Gentils; la connaissance de Dieu répandue parmi tous les hommes, un seul culte; les Éthiopiens présenteront leurs. offrandes au Christ. Attendez-moi donc, dit le Seigneur, au jour où je ressusciterai en témoignage; car ma volonté sur toutes les nations est de réunir les rois et de répandre sur eux ma fureur, toute la fureur de mon indignation. Aussi toute la terre sera consumée du feu do ma colère; car alors je changerai la langue des peuples, et les paroles qu’elle proféra afin que tous invoquent le nom du Seigneur et le servent sous le même joug. Ils m’apporteront leurs dons des fleures les plus reculés de l’Éthiopie Soph
18. De Zacharie
L’avènement du Christ; les nations recourront à lui; le Seigneur formera des peuples parmi les nations. Tressaille et réjouis-toi, fille de Sion, car je viens et j’habiterai au milieu de toi, dit le Seigneur, et les nations viendront en foule vers le Seigneur en ce jour, elles seront son peuple, elles habiteront en ton sein, et tu sauras que le Seigneur tout puisσant m’a envoyé vers toi Zach
., II, 10)
19. De ISAÏE.
La naissance du Christ qui doit sortir de la tige de Jessé; la vocation des Gentils.
Un rejeton naîtra de la tige de Jessé, une fleur s’élèvera de ses racines, et l’esprit de Dieu se reposera sur lui, « et le reste. Le prophète ajoute: » En ce jour le rejeton de Jessé, celui qui doit commander aux nations se lèvera, et les peuples espéreront en lui Is
., XI. 1)
20. Du même
L’avènement du Christ et les bienfaits qu’il répondra sur les nations.
Voici mon serviteur, je le défendrai. Voici celui que j’ai choisi; il est l’objet de ma complaisance. J’ai répandu mon esprit sur lui: il portera la justice parmi les nations. Il ne criera pas, il ne sera pas trop indulgent: sa voix ne sera pas entendue au dehors; il ne brisera pas le roseau froissé; il n’éteindra pas la mèche qui fume encore; mais il jugera dans la vérité. Il sera environné d éclat, et ne sera pas abattu jusqu’à ce qu’il ait établi la justice sur la terre. Les nations espèrent en son nom. Moi, le Seigneur Dieu, je t’ai appelé dans ma justice, je te prendrai par la main, je te rendrai fort. Je t’ai donné pour signe elle l’alliance avec ton peuple, et pour lumière aux nations, pour ouvrir les veux des aveugles, pour faire tomber les chaînes des captifs, et délivrer de la servitude ceux qui étaient assis dans les ténèbres. Je suis le Seigneur Dieu; tel est mon nom. Je ne donnerai pas ma gloire à un autre et ma puissance aux idoles. Ce qui était dès le commencement, le voilà consommé. J’annonce des événements nouveaux; ils vous ont été prédits avant qu’ils arrivent Isaïe
, XLII, 3)
21. Du même,
La naissance du Christ et la vocation des Gentils, Îles, écoutez-moi: peuples, prêtez l’oreille. Encore un temps bien long, dit le Seigneur. Dès le sein de ma mère il a prononcé mon nom comme un glaive tranchant; il m’a couvert de la protection de sa main; il m’a regarde comme une flèche choisie; il m’a tenu en réserve en son carquois. « Isaïe ajoute: » Voici que je vous ai envoyé pour établir l’alliance avec votre race, pour être la lumière des nations, et le salut des hommes jusqu’aux extrémités de la terre ld
., XLIX, 1)
22. Du même
L’avènement du Christ. La vocation des Gentils.
Voici ce que dit le Seigneur, votre rédempteur, le Dieu d’Israël. « Sanctifiez celui qui néglige son âme, qui est l’horreur des esclaves des puissants. Les rois le verront, les princes se lèveront et l’adoreront, » etc. Le prophète dit ensuite: « Je vous ai exaucé au temps favorable; je vous ai secouru au jour du salut, et je vous ai établi pour être médiateur de l’alliance avec les nations, pour ressusciter la terre, et réunir les héritages déserts; pour dire aux captifs, sortez; et à ceux qui sont dans les ténèbres, de voir la lumière; ils se rassasieront sur toutes les voies, et dans tous lés sentiers ils trouveront leur nourriture. Ils n’éprouveront ni la faim, ni la soif; la chaleur, ni le soleil ne les affligera; mais celui qui est miséricordieux les consolera et les conduira aux sources des eaux. J’aplanirai toutes les montagnes pour leur servir de route, et je placerai leur nourriture en tous les sentiers. Voici que ces peuples viennent des pays lointains, les uns de l’aquilon et des rivages de la mer; les autres de la terre des Perses. Cieux, réjouissez-vous, que la terre tressaille, que les montagnes fassent éclater leur joie, car le Seigneur a eu pitié de son peuple, et il a consolé es opprimés qui gémissaient en son sein lbid
., Lix,7)
23. Du même
L’avènement du Christ et la vocation des Gentils.
Prêtez l’oreille et suivez mes voies; écoutez-moi, et votre âme vivra dans l’abondance, et j’établirai avec vous l’éternelle alliance de sainteté promise à David. Je l’ai donné pour témoignage aux peuples, pour guide et pour maître aux nations. Les nations qui ne vous connaissaient pas, vous invoqueront, et les peuples qui vous ignoraient accourront vert vous, À cause du Seigneur votre Dieu, du saint d’Israël qui vous a glorifié » (Id., LV, 3).
Ainsi donc la venue du Christ devait être le salut et des Juifs et des nations. Il faut montrer par cette troisième partie qu’en cet avènement étaient faites les plus magnifiques promesses aux Gentils elles plus terribles menaces aux Juifs. Leurs oracles sacrés, en effet, annoncent clairement à ce peuple sa ruine et son abandon en punition de son incrédulité, de sorte que loin de leur être comparables nous sommes bien plus favorisés qu eux. Ici encore je citerai les passages des prophètes simplement et sans y ajouter d’explication, parce qu’ils sont clairs, et que d’ailleurs la moment viendra plus tard de les développer avec toute retendue nécessaire. κδʹ. κεʹ. κςʹ. κζʹ.
« ` κηʹ. κθʹ. λʹ. Καὶ
Chapitre III
À la vocation des Gentils par le Christ, les Juifs devaient perdre les rites de leur culte et la religion divine.
24. De jérémie
La nation juive est rejetée, et les nations sont adoptées à sa plac. Voici ce que dit le Seigneur: « Demeurez sur les tte, et ils ont dit, nous ne t’écouterons point. Aussi les nations ont-elles entendu et ceux qui paissent les troupeaux Jér
.,Vi, 16)
25. Du même
La religion des Gentils; l’impiété du peuple juif; les maux qui doivent fondre sur lui après l’avènement du Christ.
Seigneur, ma force et mon appui, mon refuge au jour de la tribulation, les nations viendront a vous des extrémités de la terre, et diront: Vraiment, nos pères ont adoré des idoles vaines, qui ne leur ont été d’aucun secours. Si l’homme se fait des dieux, sont-ce là des dieux? Aussi je leur montrerai en ce temps, je leur ferai connaître mon bras et ma puissance, et ils sauront que mon nom est le Seigneur Jér
.,Xvi, 19)
Le péché de Juda est écrit avec une plume de fer sur une pointe de diamant, et gravé dans l’étendue de leur cœur, lorsqu’ils se sont rappelés leurs bois sacrés dans les forêts épaisses, sur les collines élevées, sur les montagnes, dans les plaines. Je livrerai votre force, vos trésors et vos lieux hauts dans toute retendue de votre terre À cause de vos péchés. Vous demeurerez délaissés, privés de l’héritage que je vous ai donné; je vous ferai servir vos ennemis dans une terre que vous ne connaissez pas; parce que le feu de ma colère est allumé; il brûlera éternellement Id
.. XVII, 1)
26. D’amos
La dispersion des Juifs dans l’univers; le renouvellement par l’avènement du Christ, et par sa royauté; la vocation des Gentils.
Voici ce que j’ordonne:j’agiterai la maison d’Israël au milieu de toutes les nations, comme on agite le blé dans un crible, et aucun grain ne tombera sur la terre: Ils périront par le glaive tous les pécheurs de mon peuple,qui disent: Cet maux ne viendront pas, ils ne s’approcheront pas de nous. En ce jour je rétablirai le tabernacle de David qui est tombé, et j’en réparerai les brèches; j’en enlèverai les ruines, je le rebâtirai comme il fut aux jours anciens, afin que le reste des hommes me cherche, ainsi que les nations qui m’étaient soumises. « Le Seigneur a parlé; c’est lui qui accomplira ces promesses (Amos
, IX, 9)
27. De michée
L’accusation des princes du peuple Juif, et la destruction de la métropole; la manifestation du Christ et de la maison de Dieu qui est son Église; la prédication de la parole dévie et de la loi, et la vocation des Gentils.
Écoutez donc ces dernières paroles, princes de la maison de Jacob et restes d’Israël; vous qui haïssez le jugement et pervertissez la justice, qui bâtissez Sion avec le sang, et Jérusalem sur l’iniquité des princes jugeaient pour des présents et les prophètes ont prédit pour un salaire. Ils se reposaient sur le Seigneur, en disant: Le Seigneur n’est-il pas avec nous? les maux ne nous atteindront pas. Aussi, à cause de vous, Sion sera labourée comme un champ; Jérusalem deviendra comme un monceau de pierres, et la montagne du temple deviendra forêt Michée
, III, 9)
Et au dernier des jours la maison du Seigneur sera apparente: elle sera préparée sur le haut des monts, élevée au-dessus des collines. Les peuples se hâteront vers elle, et les nations accourront, en disant: Venez; montons à la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob. On nous enseignera ses voies; nous marcherons en ses sentiers, parce que la loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur, de Jérusalem (Id., IV, 1).
28. De Zacharie
L’avènement du Christ et la destruction des préparatifs de guerre des Juifs; la paix des Gentils et le royaume du Seigneur qui s’étendra jusqu’aux extrémités de la terre.
Tressaille d’allégresse, fille de Sion; pousse des cris de joie, fille de Jérusalem; voilà que ton roi vient vers toi, juste et Sauveur, doux lui-même; monté sur une ânesse et sur le poulain de l’ânesse. Il perdra les chars d’Éphraïm et les coursiers de Jérusalem. Il brisera l’arc des combats. L’abondance de la paix sortira des nations, il commandera d’une mer à l’autre, et des rives des fleuves au extrémités de la terre Zach
., IX, 9)
29. De malachie
Lorsque le culte spirituel sera donné aux Gentils par le Christ, la nation des Juifs sera rejetée, et son culte charnel aboli.
Ma volonté ne repose pas sur vous, dit le Seigneur tout-puissant, et je ne recevrai pas de victime de vos mains, car depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, mon nom est glorifié parmi les nations, et en tout lieu l’on offre a mon nom l’encens et une victime pure, parce que mon nom est grand parmi les nations, dit le Seigneur ton Impuissant; mais vous, vous le déshonorez Malach
I, 10)
30. D’isaïe
La ruine du Juifs;la prédication de la parole de Dieu et de la loi nouvelle; la manifestation de l’Église; la piété des Gentils.
La fille de Sion sera délaissée comme la tente dans la vigne, et comme la cabane dans un champ de concombres, comme une. ville après un siège Is
I. 8). Le prophète dit ensuite
comment Sion la cité fidèle s’est-elle changée en courtisane? la justice s’y est endormie; maintenant des meurtriers s’y recèlent; il ajoute Elles seront comme le térébinthe dépouillé de ses feuilles, et comme un jardin sans eau, leur force sera comme la paille de l’étoupe et leurs grains comme une étincelle de feu; les injustes et les pécheurs seront consumés, et nul ne pourra éteindre ces flammes.
Après ces imprécations, il continue ainsi: « Dans les derniers jours la montagne du Seigneur apparaîtra, la main du Seigneur sera préparée sur le haut des monts; elle sera élevée sur le haut des collines. Tous les peuples se hâteront vers elle, et la multitude des nations accourra en disant: Venez, montons à la montagne du Seigneur et à la maison du Dieu de Jacob. Il nous enseignera ses voies, et nous les parcourrons » parce que la loi sortira de Sion, et la parole du Seigneur, de Jérusalem, et il jugera les nations. λαʹ. λβʹ. λγʹ. λδʹ.
31. Du même
La destruction de la gloire de Dieu de l’univers; la destruction des cités des Juifs et leur incrédulité.
Le Seigneur des armées dit: « Il en sera de même que si l’on glane un épi dans la vallée fertile, où est abandonnée une paille, ou comme de deux ou trois olives abandonnées à l’arbre ou de quatre ou cinq oubliées à ses rameaux. Voici ce que dit le Seigneur, le Dieu d’Israël, en ce jour l’homme espérera en celui qui l’a créé. Ses yeux se tourneront vers le saint d’Israël; ils ne se lèveront plus vers les autels ni vers les idoles, ouvrages de ses mains; alors ils ne regarderont plus les bois sacrés, ni les abominations; vos villes seront abandonnées,comme elles le furent par les Amorrhéens et les Hévéens à l’approche des fils d’Israël; elles deviendront désertes, parce que vous avez abandonné Dieu, votre Sauveur, et vous ne vous êtes pas rappelé le Seigneur votre Dieu, aussi planterez*vous en vain; au jour où vous aurez planté, vous serez déçus
32. Du même
Les villes de la Judée sont détruites; les nations se réjouiront en Dieu.
Seigneur mon Dieu, je vous glorifierai; je célébrerai votre nom, parce que vous avez consommé des prodiges, le dessein antique est véritable. Oui, Seigneur, parce que vous avez changé les cités en monceaux de ruines, leurs cités même fortifiées, pour que les fondements s’écroulent. La cité des impies ne sera plus rebâtie. Aussi vous bénira-t-on, car vous êtes le défenseur de toute cité pauvre, et la protection de celui que la misère rend pusillanime. Le Seigneur appellera toutes les nations à cette montagne; elles boiront le vin de l’allégresse; elles seront inondées de parfums sur cette montagne. Annoncez ces merveilles aux nations, car tel est le dessein de Dieu pour tous les peuples; la mort engloutit en triomphant Is., XXV,8). Et encore: « Le Seigneur a essuyé les larmes de tous les yeux; Dieu a enlevé l’opprobre du peuple de dessus la terre; car c’est la bouche du Seigneur qui l’a prononcé
33. Du même
La promesse des faveurs divines à l’Église abandonnée autrefois des nations; le désespoir des Juifs; leurs crimes et ta vocation des Gentils.
Oubliez le passé, et ne vous rappelez plus les événements antiques, j’en prépare de nouveaux, qui vont éclater maintenant, vous les connaîtrez; je trouverai un chemin dans la solitude, et je ferai couler des fleuves dans les déserts sans eaux; les bêtes sauvages, les sirènes, les petits de l’autruche me béniront, parce que j’ai conduit dans la solitude une eau pour abreuver la race de mes élus. Le peuple que je me suis formé, racontera ma gloire. Ce n’est pas vous, ô Jacob que j’ai appelé; ô Israël, je ne vous ai pas fait servir, vous ne m’avez pas offert des holocaustes de vos troupeaux, et vous ne m avez pas glorifié en vos sacrifices; vous ne m avez pas rendu hommage par vos présents; je ne vous ai pas fatigué à recueillir l’encens; vous n’avez pas eu à acheter les parfums; je n’ai point désiré la graisse de vos victimes; mais quand je vous guidais, vous vous abandonniez à l’iniquité et à l’injustice Le prophète ajoute: « Revenez à moi, et vous serez sauvé, peuple des extrémités de la terre; je suis le Seigneur, et il n’y en a pas d’autre; je jure par moi-même, la justice sortira de ma bouche, et ma parole ne changera pas; tout genou fléchira devant moi, et toute langue jurera par le Dieu véritable, et dira: la justice et la gloire reviendront au Seigneur, et tous ceux qui se séparent du Seigneur seront confondus ls
., XLIII, 18)
34. Du même
L’avènement du Christ sur la terre, les crimes des Juifs, et la promesse des faveurs de Dieu à toutes les nations.
Voici ce que dit le Seigneur: « Quel est l’acte de répudiation par lequel j’ai abandonné ta mère? ou à quel débiteur t’ai-je vendu? tu as été vendu à tes péchés, et j’ai abandonné ta mère à les iniquités, aussi je suis venu et il ne se trouvait pas un homme; j’ai appelé et personne pour entendre, » etc. (Is., XLV, 22). Le prophète ajoute: « Vous qui, privés de la lumière, marchez dans les ténèbres, espérez au nom du Seigneur, et appuyez-vous sur votre Dieu; tous maintenant vous allumez des feux, et vous excitez la flamme: marchez à la lumière de vos feux et à la lueur de vos flammes, voilà mon œuvre contre vous. Vous dormirez dans la douleur, » et le reste. Il continue: « Écoutez, écoutez-moi; mon peuple et ses rois, prêtez-moi l’oreille, la loi sortira de ma bouche, et ma justice sera la lumière des nations: le juste approche; le Sauveur apparaîtra comme la lumière, et les nations espéreront en mon bras » (id., I, 1). λεʹ. Ἐν ἀλλ´ αὐτῷ suite
35. Du même
Les impiétés des Juifs et la destruction de leur religion; la vocation des Gentils. Le bras du Seigneur ne peut-il pas sauver, et son oreille s’est-elle endurcie jusqu’à ne pas entendre? vos iniquités vous séparent de votre Dieu, et c’est à cause de vos péchés qu’il a détourné son visage de vous, pour ne pas faire miséricorde; car vos mains sont souillées de sang, et vos doigts d’iniquités. Vos lèvres ont proféré le mensonge, et votre langue se prépare à l’injustice; nul ne fait entendre la vérité, et il n’y a pas de jugement équitable; ils se confient au néant et disent des choses vaines; car ils conçoivent le travail et ils enfantent l’iniquité; ils ont rompu les œufs des aspics et tissu la toile des araignées. Celui qui veut manger de ces œufs, quand il les aura brisés, y trouvera une eau pure et au milieu un serpent; leurs toiles ne les vêtiront pas,et ils ne pourront s’envelopper de leurs œuvres; leurs œuvres sont des œuvres d’iniquité; leurs pieds courent au mal; ils sont prompts pour répandre le sang, leurs pensées sont des pensées vaines, le ravage et la désolation sont dans leurs voies, ces sentiers se recourbent qu’ils parcourent sans connaître la paix; aussi l’équité s’est, éloignée d’eux, et la justice ne les connaît pas; ils ont attendu la lumière, les ténèbres les ont entourés, ils ont espéré l’éclat du jour, et ils ont marché dans l’obscurité de la nuit; de leurs mains ils ont cherché le mur comme les aveugles, et ils l’ont touché comme privés de la lumière. Ils tomberont en plein midi comme au milieu de la nuit; ils gémiront comme les mourants; ils deviendront comme l’ours et la colombe, etc.(Is., LIX,l). Isaïe ajoute: « l’Occident craindra le nom du Seigneur, et l’Orient vénérera son nom glorieux Sans extraire d’autres passages du grand nombre de semblables qui se trouvent dans les prophéties,nous nous arrêterons à ceux que nous venons de citer, et nous les expliquerons en leur lieu, persuadé que nous sommes que nous en avons assez avancé pour faire sentir que les Juifs n’ont rien de plus favorable que les nations; car s’ils prétendent que seuls ils ont droit à la bénédiction d’Abraham, parce que c’est de lui qu’ils tirent leur origine, les Gentils n’ont-ils pas aussi la promesse non seulement delà bénédiction d’Abraham, mais aussi de celle d’Isaac et de Jacob. En effet, Dieu annonce clairement que les nations seront bénies comme les Juifs le furent, et invite à la joie que goûtèrent les bienheureux et fidèles patriarches, d’après ces paroles: » Nations, réjouissez-vous avec son peuple Ps. XLVI, 10); et celles-ci: « Les princes des peuples se sont assemblés avec le Dieu d’Abraham » Se glorifient-ils d’être héritiers du royaume de Dieu? mais il est prédit que Dieu régnera sur les nations. « Annoncez aux nations, dit le prophète, que le Seigneur a régné Id,. XCV, 10). Et ailleurs Dieu a régné sur les nations Id XLVI, 9). Se vantent-ils d’avoir été choisis pour exercer les fonctions du sacerdoce et du culte de Dieu, il sera facile d’établir que la parole divine promet aux Gentils un semblable ministère, quand elle dit: » Apportez au Seigneur, familles des peuples, apportez au Seigneur la gloire et la vénération, immolez des victimes et entrez en son sanctuaire Ps, XCV, 8). Vous y pourrez joindre aussi celte prophétie d’Isaïe: « Sur la terre d’Égypte il s’élèvera un autel; les Égyptiens reconnaîtront le Seigneur; ils offriront leurs sacrifices; ils feront des vœux au Seigneur, et il les accompliront Is., XIX, 19). Or, remarquez ici que le prophète dit que hors de Jérusalem et sur la terre d’Égypte on élèvera un autel au Seigneur; que les Égyptiens sacrifieront sur cet autel; qu’ils y formeront des vœux et qu’ils les accompliront: et même, ce ne sera pas seulement sur cette terre, mais encore dans la vraie Jérusalem, quelle qu’elle soit, que les nations et les Égyptiens eux-mêmes, peuple le plus attaché au culte des idoles, sont invités par la prophétie à célébrer la fête des tabernacles, dont il faut chercher le sens, non dans les paroles, mais dans la pensée qui les a suggérées. Si Jacob fut jadis le peuple de Dieu, et Israël la part de son héritage, un jour viendra où toutes les nations seront données au Seigneur comme héritage, car le Père a dit au Fils: Demandez-moi, et je vous donnerai les nations en héritage Ps. XXVIII). Et le prophète ne fait-il pas entendre que sa puissance ne s’étendra pas seulement sur la Judée, mais encore d’une mer à l’autre, et jusqu’aux extrémités de la terre Toutes les nations lui seront soumises dit-il, et en lui seront bénies les tribus de la terre.
Cette bénédiction se répandit sur elles parce que Dieu manifesta son salut à toutes les nations. Déjà nous avons fait sentir que le nom de Jésus traduit de l’hébreu en grec exprime salut, de sorte que le nom de notre Sauveur Jésus-Christ n’est autre que le salut de Dieu. Le saint vieillard Siméon l’atteste, puisque ayant pris entre ses bras le petit enfant Jésus, il dit: « Maintenant, Seigneur, vous laisserez aller votre serviteur en paix, selon votre parole. Car mes yeux ont vu votre salut, que vous, avez préparé devant la face de tous les peuples, pour être la lumière qui éclairera toutes les nations » (Luc, I, 29). L’auteur des psaumes fait connaître ce salut, quand il dit: « Le Seigneur a révélé son salut; il a manifesté sa justice aux yeux des nations » {Ps. XCVII,2).
Suivant Isaïe, à la présence de celui qui est leur salut, tous les nommes s’humilieront devant le Dieu de l’univers qui doit. leur donner son salut; et ils se prosterneront devant lui, non pas dans celte Jérusalem terrestre de la Palestine, mais chacun en son pays, même ceux des lies des nations. Lorsque sera accomplie la prophétie,les hommes n’invoqueront plus les dieux de leurs pères, ni les idoles où les démons, mais le nom du Seigneur, qu’ils serviront dans un saint accord, aux extrémités mêmes des fleuves de l’Éthiopie. On offrira à sa gloire des hosties d’intelligence non sanglantes, suivant la nouvelle alliance établie par le Christ, non pas dans la Jérusalem terrestre, ni sur l’autel qui est élevé en son sein, mais aux extrémités de l’Éthiopie.
S’il est honorable d’être le peuple de Dieu et de passer pour tel, et que la plus grande des promesses divines soit celle qui est adressée à ceux qui en seront dignes: « Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple Jer., XXIV, 7); Israël a conçu d’abord une juste satisfaction d’être le seul peuple de Dieu; mais le Seigneur étant descendu sur la terre a promis le même bonheur aux nations, lorsqu’il leur dit: » Je viens moi-même habiter au milieu de vous. Plusieurs peuples recourront au Soigneur, et formeront son peuple » (Zach., II, 11). C’est de cette nation nouvelle qu’il est dit avec une si grande justesse: « Et je dirai à celui qui n’était pas mon peuple: Vous êtes mon peuple. Et il me dira: Vous êtes le Seigneur mon Dieu Osée, II, 24). Si notre Dieu est vraiment le Christ qui devait sortir de la tige de Jessé, comme les Juifs l’avouent, de sorte que l’on ne peut hésiter davantage, remarquez qu’il est annoncé comme le chef qui doit s’élever pour commander non plus à Israël, mais aux nations, et qu’il est dit des nations et non pas d’Israël,qu’elles espèreront en lui, car il est leur attente; aussi le prophète dit de lui qu’il donnera la sagesse aux nations, qu’il sera leur lumière; que les nations espèreront en son nom; enfin qu’il sera le salut non seulement des Juifs, mais aussi de tous les hommes, jusqu’aux extrémités de la terre. Aussi le père qui l’a envoyé sur la terre, lui dit-il. » Je vous ai envoyé pour établir l’alliance avec votre race pour être la lumière des nations, pour renouveler la terre, et recueillir les héritages abandonnés Il avertit ainsi le monde que toutes les nations qui d’abord ne savaient rien du Christ, dès qu’elles connaîtront sa loi et sa puissance, invoqueront son nom; que les peuples qui l’ignoraient autrefois accourront à lui. Mais pourquoi s’appesantir davantage sur ce sujet? Ces paroles des prophètes, celles que nous emprunterons plus tard aux saints livres où l’on peut recueillir ces prophéties, nous donnent la facilité de fermer la bouche aux enfants circoncis, lorsqu’ils prétendent qu’ils sont les seuls héritiers des promesses, et que nous, les élus des nations, nous sommes bien inférieurs à eux, et entièrement étrangers à ces mêmes promesses. Nous avons au contraire montré plus haut qu’il fut prédit que toutes les nations jouiraient des bienfaits de l’avènement du Christ, et que le grand nombre des Juifs seraient frustrés des promesses faites à leurs ancêtres en punition de leur manque de foi dans le Christ, tandis que parmi eux quelques rares fidèles suivraient la croyance de notre Sauveur et Seigneur Jésus, et jouiraient par là de la rédemption spirituelle prédite depuis longtemps. C’est ce que nous apprend le divin apôtre, quand il dit: « Pour Israël, Isaïe s’écrie: Quand le nombre des enfants d’Israël serait égal à celui du sable de la mer, les restes seulement seraient sauvés. Le Seigneur dans sa justice réduira son peuple à un petit nombre, parce que le Seigneur fera sur la terre un grand retranchement. » Et selon ce qu’Isaïe avait dit auparavant: « Si le Seigneur des armées ne nous avait laissé quelque reste de notre peuple, nous serions devenus semblables à Sodome et à Gomorrhe Rom., IX, 27). Après ces paroles et d’autres encore, l’Apôtre ajoute: » Dieu a-t-il rejeté son peuple? non sans doute; car je suis moi-même de la race d’Abraham et de la tribu de Benjamin. « Dieu n’a pas rejeté son peuple qu il a connu dans sa prescience. Ne savez-vous que l’Écriture rapporte d’Élie, comme il invoque Dieu contre Israël: » Seigneur, ils ont tué vos prophètes; ils ont renversé vos autels; je suis demeuré seul, et ils ne cherchent qu’à m’ôter la vie. « Mais qu’est-ce que Dieu lui répond? » Je me suis réservé sept mille hommes qui n’ont pas fléchi le genou devant Baal Rom., II, 1). Ainsi donc même en ce temps, Dieu a fait un choix par sa grâce. Par ces paroles l’Apôtre fait clairement entendre qu’après la ruine générale de la nation juive, c’est lui-même, ce sont les autres apôtres et les évangélistes de notre Sauveur, ce sont les Juifs qui ont cru et qui croient aujourd’hui encore en Jésus-Christ, qui forment cette semence précieuse désignée par le prophète en ces termes: « Si le Seigneur des armées n’avait réservé quelques restes de notre peuple, nous serions devenus semblables à Sodome et à Gomorrhe. » Il montre ici qu’il faut entendre dans les autres prophéties par les restes du tout préservés par le choix, de la grâce.
Nous allons donc maintenant développer les oracles des prophètes sur ce reste préservé, afin qu’on soit plus convaincu que la promesse du salut par l’avènement du Christ ne fut pas faite indistinctement à toute la nation juive, mais à ce petit nombre de fidèles qui crurent en notre Sauveur et Seigneur Jésus, comme l’événement l’a prouvé. suite
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DE d’EUSÈBE DE CÉSARÉE
