Deir el Gizāz, le couvent de Samuel
Un monastère thébain retrouvé par les textes, puis perdu de nouveau
- 01 — Le problème posé : un monastère invisible
- 02 — Premier argument : la « recension B » du Synaxaire est thébaine
- 03 — Deuxième argument : les notices brèves sont des abrégés de textes locaux
- 04 — Troisième argument : la vérification par les ostraca et les papyri
- 05 — Quatrième argument : la localisation déduite avant toute fouille
- 06 — Cinquième argument : les couvents du désert se sont repliés sur les villages
- 07 — La découverte du kôm, 1947-1948
- 08 — Le sondage de 1949
- 09 — Le plan des ruines
- 10 — La chronologie établie par la fouille
- 11 — L’identification : Deir el Gizāz, couvent de Samuel, Tsénti, Deir es Sanad
- 12 — Le couvent de la « Source » et les graffites de 1952
- 13 — La thèse générale : l’hagiographie copte comme source topographique
- 14 — Pourquoi la fouille est restée inédite
- 15 — Portée pour l’histoire monastique copte

Deir el Gizāz, le couvent de Samuel
Un monastère thébain retrouvé par les textes, puis perdu de nouveau
Samuel Metias · 31 août 2026 · 19 min de lecture · 10 vues
Il est rare qu’une enquête d’histoire monastique parte d’un catalogue de saints pour aboutir à des murs. C’est pourtant le trajet accompli par Jean Doresse entre 1943 et 1952 : des notices d’un recueil hagiographique copte-arabe jusqu’à un tas de ruines du désert thébain, à cinq kilomètres des cultures, que ni les inventaires archéologiques ni les cartes du Survey n’avaient retenu. Cette notice restitue l’ensemble des arguments et des thèses de son mémoire, publié tardivement dans la revue Aegyptus en 19891, et en propose la cartographie.
La question de départ est formulée comme un défi : pouvait-il subsister, dans la région thébaine — la mieux explorée d’Égypte —, un monastère entièrement oublié ? Un site à ce point ruiné qu’il aurait échappé aux inventaires de Vladimir de Bock, de Somers Clarke, de Winlock et de Crum ; qu’aucune carte, pas même les plus détaillées, n’en aurait porté la mention ; et que le silence sur lui aurait commencé dès le Moyen Âge, jusqu’à manquer au guide des églises et monastères compilé en arabe par Abou Salih ?
La réponse de Doresse est affirmative, et il en tire une thèse de méthode : ce site, il l’a d’abord rencontré dans les textes, plusieurs années avant de poser le pied en Égypte ; il l’a ensuite retrouvé sur le terrain, à l’emplacement même que les textes suggéraient. L’accord entre la déduction littéraire et la découverte matérielle constitue à ses yeux la démonstration principale.
