De la Foi aux Choses qu’on ne voit pas
- 01 — Chapitre VIII — Exhortation a persévérer dans la foi — De la foi aux choses qu’on ne voit pas
- 02 — Chapitre II — Sans la foi que devient la famille, la société humaine ?
- 03 — Chapitre III — Motifs de croire au christianisme. Prophéties respectives au Christ et a l’eglise
- 04 — Chapitre IV — Ce que nous voyons accompli doit nous engager a croire ce que nous n’avons pas vu
- 05 — Chapitre V — Le présent autorise à croire le passé et l’avenir
- 06 — Chapitre VI — Le christianisme prouvé par les juifs
- 07 — Chapitre VII — Merveilleuse conversion du monde entier à la foi du Christ
- 08 — Chapitre VIII — Exhortation a persévérer dans la foi

De la Foi aux Choses qu’on ne voit pas
Saint Augustin · 22 juin 2016 · 25 min de lecture · 3 473 vues
Oeuvres Complètes de Saint Augustin, Traduites pour la première fois en français, sous la direction de M. Raulx, Tome Vème, Commentaires sur l’Écriture, Bar-Le-Duc, L. Guérins & Cie éditeurs, 1867. p. 537-542.
Croire aux choses que nous ne voyons pas de nos yeux, ce n’est pas, pour nous autres chrétiens, témérité blâmable, mais foi digne d’éloge.
CHAPITRE PREMIER. DANS LES CHOSES MÊME NATURELLES, ON CROIT SOUVENT SANS VOIR. NOUS NE VOYONS PAS LA BONNE VOLONTÉ D’UN AMI ET NOUS Y CROYONS. VOIT-ON L’AMITIÉ ?
1. Plusieurs pensent qui il faut rire de la religion chrétienne plutôt que l’embrasser, parce qu’an lieu de mettre sous les yeux ce qu’on peut voir, elle oblige it croire ce qu’on ne voit pas. Pour réfuter ces. hommes qui s’estiment sages en ne rien croyant de ce qu’ils ne peuvent voir, nous ne pouvons sans doute découvrir aux regards humains les objets divins de notre foi ; du moins nous leur démontrons que, même dans l’ordre des choses humaines, il faut croire beaucoup de choses sans les voir. Et tout d’abord à ces insensés, tellement esclaves de leurs sens qu’ils estiment ne devoir croire que ce que les sens leur découvrent, disons que non-seulement ils croient, mais qu’ils connaissent une multitude de choses que les yeux du corps ne peuvent voir.
Notre âme renferme en grand nombre des objets invisibles par nature. Pour n’en donner qu’un exemple : qu’y a-t-il de plus simple, de plus clair, de plus certain pour la vue intérieure de l’âme, que la foi même qui nous fait croire, oui que l’assurance que nous croyons une chose ou que nous ne la croyons pas, bien que cette assurance soit tout à fait étrangère à notre vue corporelle ? Comment donc ne rien croire de ce que nous ne voyons pas des yeux du corps, quand nous voyons avec certitude que nous croyons ou que nous ne croyons pas, même alors que la vue du corps ne joue aucun rôle ?
3. Mais tu dis que si tu crois à ton ami, bien que tu ne puisses voir son coeur, c’est parce que tu l’as vu à l’oeuvre dans les épreuves, et que tu as connu son affection pour toi au milieu des périls, où il t’est resté fidèle. Faut-il donc, selon toi, souhaiter d’être malheureux, pour nous assurer de l’attachement de nos amis ? Pour goûter avec certitude le bonheur d’avoir des amis, il faudra donc être en proie à l’adversité ? On ne jouira d’une amitié éprouvée, qu’au prix de la douleur et de la crainte ? Et comment ne pas redouter plutôt, que désirer, un bonheur, qui a le malheur pour pierre de touche ? Et cependant il est vrai qu’on peut voir un véritable ami dans la prospérité, mais qu’on n’en est sûr que dans l’adversité.
Certainement tu ne te jetterais pas dans le danger pour éprouver un ami, si tu n’avais la foi ; et si tu t’y engages pour l’éprouver, c’est parce que tu crois d’abord et avant l’épreuve même. En effet si nous ne devons pas croire aux choses que nous ne voyons pas, bien que nous croyions au coeur d’un ami qui n’a, pas encore été éprouvé ; même quand nous avons fait cette épreuve à nos dépens, nous croyons encore à la bienveillance plutôt que nous ne la voyons ; à moins qu’on ne dise alors que la foi est si grande que nous nous imaginons voir par ses yeux ce que nous croyons au lieu que nous devons croire parce que nous ne pouvons voir.
