Contre l’hérésie de Noët
Dernière partie du Syntagma
- 01 — Exposé de l’hérésie
- 02 — Réfutation de l’hérésie
- 03 — Démonstration de la vérité
- 3.1 — Source

Contre l’hérésie de Noët
Dernière partie du Syntagma
Saint Hippolyte de Rome · 26 août 2026 · 30 min de lecture · 8 vues
1. D’autres introduisent une autre doctrine, disciples d’un certain Noët qui était smyrniote d’origine et vivait naguère. Cet homme s’enflant en vint à l’orgueil ; enorgueilli d’opinions de l’esprit étranger, il dit que le Christ est lui-même le Père et que c’est le Père qui est né, qui a souffert et qui est mort. Vous voyez quel orgueil du cœur et quelle enflure de l’esprit étranger ont pénétré en lui.
Déjà d’ailleurs, d’après ses autres méfaits, la preuve de sa culpabilité se porte sur ce fait qu’il ne parlait pas dans un esprit pur ; blasphémant en effet contre l’Esprit Saint 1 il fut chassé du saint clergé. Il disait qu’il était Moïse et son frère Aaron. Apprenant cela, les bienheureux prêtres le convoquèrent devant l’Église et l’interrogèrent, mais il nia en disant qu’il ne songeait pas aux premières places. Dans la suite, ayant fait son gîte en certains et s’étant recruté dix compagnons d’erreur, il décida de soutenir purement son opinion. Le convoquant de nouveau, les bienheureux prêtres prouvèrent sa culpabilité, mais il riposta en ces termes : « Quel mal fais-je donc en glorifiant un seul Dieu, le Christ, et aucun autre que lui 2, qui est né, qui a souffert et qui est mort ? »
Les prêtres lui répliquent : « Nous aussi nous glorifions un seul Dieu, mais comme nous savons ; et nous tenons le Christ, mais comme nous savons, Fils de Dieu, qui a souffert comme il a souffert et qui est mort comme il est mort, qui est ressuscité le troisième jour et qui est monté au ciel, qui est à la droite du Père et qui vient juger les vivants et les morts. Et nous disons ce que nous avons appris ». Alors ayant prouvé sa culpabilité, ils le chassèrent de l’Église, et il s’éleva à un si grand orgueil qu’il fonda une secte.
2. Et ils veulent présenter un fondement pour leur opinion en disant : « Il a dit dans la Loi : Je suis le Dieu de vos Pères ; vous n’aurez pas d’autre Dieu que moi 3, et de nouveau ailleurs : C’est moi le premier et moi le dernier, et après moi il n’y en a pas 4 ». C’est ainsi qu’ils prétendent soutenir un seul Dieu, et ils répliquent : « Si donc je confesse que le Christ est Dieu, c’est lui le Père, puisque Dieu est un. Or le Christ a souffert, lui qui est Dieu. Donc le Père a souffert, puisque le Père c’était lui. » Mais il n’en est pas ainsi, car ce n’est pas ce que les Écritures veulent dire.
Ils se servent encore d’autres témoignages, en disant : « Il est écrit : C’est notre Dieu ; on n’en comptera point d’autre que lui. Il a trouvé toute voie de la science, et il l’a donnée à Jacob son serviteur et à Israël son bien-aimé. Après cela il s’est fait voir sur la terre et a conversé avec les hommes. 5 Tu vois donc que c’est le Dieu qui était seul et qui ensuite s’est fait voir et a conversé avec les hommes.
Et il dit ailleurs : « L’Égypte a été ruinée ; les commerçants de l’Éthiopie et les Sabéens géants viendront à toi. Ils seront tes esclaves et marcheront devant toi enchaînés par des menottes. En toi ils adoreront et en toi ils prieront, parce qu’en toi est Dieu et il n’y a de Dieu que toi ; car tu étais Dieu et nous ne le savions pas, le Dieu d’Israël Sauveur. » 6 Tu vois comment les Écritures proclament un seul Dieu et le déclarent visible.
D’après ces témoignages je suis dans la nécessité, puisqu’un seul Dieu est confessé, de le soumettre à la souffrance. Le Christ en effet était Dieu, et il a souffert pour nous, lui qui était le Père, afin de pouvoir nous sauver. Et nous ne pouvons pas dire autre chose, car l’Apôtre aussi confesse un seul Dieu en disant : « Ils ont les patriarches, dont le Christ est issu selon la chair, lui qui est Dieu sur toutes choses béni pour les siècles. » 7
3. Et voilà comment ils veulent interpréter ces textes. Ils s’en servent à leur tour d’une manière unilatérale, comme Théodote 8 qui voulait soutenir que le Christ est un simple homme. Mais ni les uns ni les autres n’ont rien pensé de vrai : les Écritures elles-mêmes prouvent leur ignorance, et rendent témoignage à la vérité. Vous voyez, frères, quelle opinion téméraire et présomptueuse ils ont introduite en disant effrontément : « C’est le Père qui est Christ et qui est Fils ; c’est lui qui est né, lui qui a souffert, lui qui s’est ressuscité lui-même ». Mais il n’en est pas ainsi. Les Écritures disent correctement autre chose, si Noët lui aussi les comprend ; mais si Noët ne les comprend pas, ce n’est pas une raison pour rejeter les Écritures. Car personne ne niera un seul Dieu, mais on n’enlèvera pas non plus l’Économie 9. Il faut donc d’abord réfuter l’interprétation que ces gens-là donnent de ces chapitres et les montrer selon la vérité, car il convient bien d’expliquer d’abord qu’ « il y a un seul Dieu, le Père, à partir de qui tout est, et pour qui nous sommes, et un seul Seigneur, Jésus Christ, par le moyen de qui tout est, et en qui nous sommes. » 10
