Contre Ceux qui se scandalisent
- 01 — 2. Quelle est donc la cause d’une si grande infirmité ?c’est cet esprit de curiosité inquiète, c’est ce désir de connaître la raison de toutes choses, de pénétrer les secrets de l’incompréhensible, de l’ineffable providence de Dieu, de scruter impudemment cette sagesse, dont les desseins sont infinis, dont les voies sont invisibles, et de s’enquérir de toutes choses
- 02 — 3. Aussi lorsque tu vois représentés les séraphins volant autour du trône sublime et élevé de la Divinité, se cachant de leurs ailes étendues les yeux, les pieds, le dos, le visage, et faisant, retentir le ciel des cris de leur admiration, ne crois pas qu’ils aient en effet des pieds et des ailes : car ce sont de purs esprits ; mais considère qu’on veut par ces images exprimer la nature insaisissable, incompréhensible de Celui qui est assis sur le trône. (Isaï, VI, 2, 3.)
- 03 — 4. C’est pourquoi, lorsque Moïse eut montré toute la création sortie du néant et brillante de toute sa beauté, lors qu’harmonieuse, admirable, digne d’une profonde admiration, il eut déployé aux yeux l’oeuvre divine, comme des hommes pleins de folie et de démence devaient un jour critiquer les ouvrages du Seigneur, réprimant d’avance leurs jugements ignorants et leurs paroles insensées, d’un seul mot il ferme leur bouche impudente : Dieu vit toutes les choses qu’il avait faites, et elles étaient (358) très-bonnes. (Gen. I, 31.)
- 04 — 5. Quoi donc ! me dira-t-on : ne voulez-vous pas que j’arrive à la pleine assurance, à l’entière conviction que Dieu gouverne tout par sa providence ?
- 05 — 6. À ceux qui ont l’esprit droit il suffit, même avant toute autre démonstration, de la seine parole de Dieu pour les tenir assurés non-seulement de sa providence, mais encore de l’amour extraordinaire qu’il nous porte
- 06 — 7. Cette première démonstration suffit, je le répète, à ceux qui ont l’esprit droit ; mais, puisqu’il y a de ces hommes de boue qui résistent, qui ne se laissent pas persuader, qui n’écoutent que la chair, je vais, autant qu’il me sera possible de le faire, leur démontrer la divine Providence par le spectacle de la création. I
- 07 — 8. C’est encore par un effet de cette bonté que Dieu nous a donné la loi écrite, qu’il nous a envoyé les prophètes, qu’il a fait ses miracles
- 08 — 9. Ce qu’il y aurait de mieux pour toi, ce serait de ne. pas vouloir tout connaître, ni dès le début, ni plus tard ; mais si ta curiosité est si grande et si active, attends au moins la fin, regarde où tendent les choses, et ne te trouble pas, ne t’effraye pas dès le commencement
- 09 — 10. Comme Abraham était chargé d’années et que sa vieillesse l’avait rendu comme mort aux joies de la paternité : car il n’était pas plus en état d’être père que les morts eux-mêmes ; comme donc ce juste était vieux et très-vieux, qu’il avait dépassé de beaucoup les limites naturelles de l’âge où l’on peut encore avoir des enfants, et qu’il avait dans Sara une épouse plus stérile que la pierre, Dieu lui promit de lui donner une postérité si féconde, que le nombre de ses descendants égalerait le nombre des étoiles du ciel. (Gen. XV, 5.)
- 10 — 11. Les justes dont je viens de parler n’ont recherché ni pourquoi, ni comment s’accompliraient les promesses du Seigneur ; mais, lors même qu’ils voyaient que tout était désespéré aux yeux de la raison humaine, ils ne se troublaient pas, ils ne s’effrayaient pas, ils supportaient courageusement toutes les épreuves.. ils s’en remettaient à l’avenir, assurés que la parole du Tout-Puissant ne saurait faillir, et ne se laissaient pas abattre dans le moment même par les événements contraires. Ils étaient en effet pleinement convaincus que Dieu a dans sa sagesse des ressources infinies, qu’il peint, même après avoir tout obscurci, remettre tout dans un plus beau jour, et qu’il lui est très-facile de mener à leur fin ses promesses
- 11 — 12. Si tu cherches à savoir pourquoi le scandale est permis, si, ne t’inclinent pas devant les raisons cachées des conseils de Dieu, tu t’efforces de satisfaire sur tous les points ton inquiète curiosité, de questions en questions combien d’autres difficultés ne vas-tu pas te proposer ?
- 12 — 13. Dis-moi, je t’en prie, de quels prêtres Abraham a-t-il eu le secours ? de quels docteurs pouvait-il consulter les lumières ? par qui a-t-il été catéchisé, exhorté, conseillé ?
- 13 — 14. Maintenant, dis-moi, n’y a-t-il pas eu du temps même des apôtres mille scandales comme ceux dont tu te plains ?
- 14 — 15. La croix de Jésus, qui a relevé le monde tout entier, détruit l’erreur, mis le ciel sur la terre, coupé les nerfs de la mort, rendu l’enfer inutile ; renversé la citadelle de Satan, fermé la bouche des démons, donné aux hommes la beauté des anges, ruiné les autels et abattu les temples des faux dieux, soufflé par toute la terre un esprit nouveau et inconnu, accordé à tous des biens infinis, les plus grands et les plus précieux des biens, la croix n’a-t-elle pas été pour beaucoup un scandale ?
- 15 — 16. Quel sort a-t-il été fait au juste Abel, dis-moi, lorsque, tué par la main de son frère, il fut frappé d’une mort violente et prématurée ?
- 16 — 17. Tout en glorifiant notre Maître commun pour tous ses autres bienfaits, ne le glorifierons-nous pas, ne le célébrerons-nous pas, ne l’admirerons-nous pas surtout pour sa croix et pour la mort ignominieuse qu’il a subie ?
- 17 — 18. Si donc tu vois des hommes qui se scandalisent (382) de ce qui arrive, pense d’abord à ceci : c’est que le scandale leur vient non des événements mais de leur propre faiblesse, comme le prouvent ceux qui ne se sont pas perdus
- 18 — 19. Pense à tous ceux qui ont obtenu la couronne du martyre : les uns ont été battus de verges, les autres ont été jetés en prison, ceux-ci ont été chargés de chaînes comme des malfaiteurs, ceux là ont été chassés de leur patrie, d’autres ont perdu leurs biens, d’autres ont dû quitter leur pays pour vivre sur une terre étrangère, d’autres ont donné leur vie, soit réellement, soit par l’intention
- 19 — 20. Ne te laisse donc pas scandaliser aujourd’hui ni par ce pasteur méprisable, qui s’est jeté sur le troupeau avec plus de férocité qu’un loup, ni par aucun magistrat, par aucun prince, si cruel qu’il puisse être. Rappelle-toi que de bien plus grands malheurs (384) ont affligé le temps des apôtres
- 20 — 21. Si tu me demandes pourquoi, dans l’Ancien et dans le Nouveau Testament, il y a tant de périls, tant d’afflictions, tant d’embûches, connais-en la cause. Cette cause, quelle est-elle ?
- 21 — 22. Que dirai je de l’épouse de Pharaon ? N’a-t-elle pas accusé Joseph ? ne l’a-t-elle pas calomnié ? ne l’a-t-elle pas fait charger de chaînes et jeter en prison ? n’a-t-elle pas suspendu sur sa tête la menace des plus terribles dangers ? ne l’a-t-elle pas mis à mort autant qu’il a été en elle ? n’a-t-elle pas jeté sur lui l’opprobre et l’infamie ? mais en quoi lui a-t-elle nui soit alors, soit aujourd’hui ?
- 22 — 23. On peut trouver dans ces épreuves la meilleure explication de l’abondance des bonnes oeuvres et de la puissance de l’Église
- 23 — 24. Aussi, voyez maintenant : le visage joyeux, l’oeil confiant, le coeur plein d’assurance, ils se portent sur les places publiques, ils remplissent les maisons, ils courent se réunir

Contre Ceux qui se scandalisent
Saint Jean Chrysostome · 16 juin 2016 · 142 min de lecture · 3 119 vues
1. Lorsque les médecins veulent soigner des personnes attaquées de la fièvre ou de quelque autre mal, ils cherchent d’abord à voir les malades, parce que, s’ils étaient loin d’eux, ils ne pourraient leur enlever leurs souffrances.
Telle est en effet et la condition de leur art, et la nature de ces maladies. Nous qui voulons traiter non pas une ou deux personnes, mais toute : celles qui souffrent du scandale sur la terre, nous ne sommes nullement soumis aux (354) mêmes nécessités. Nous ne demandons pas à entrer dans la demeure de nos malades, nous n’avons pas besoin de savoir dans quel lieu ils sont alités, nous ne désirons pas même voir ces malheureux. Nos mains ne sont point armées d’instruments, nous ne faisons point faire de-dépenses aux infirmes que nous traitons, en leur ordonnant d’acheter les remèdes que réclame leur guérison. Qu’ils nous soient inconnus, qu’ils habitent aux dernières extrémités de la terre, qu’ils se trouvent au milieu des barbares, qu’ils vivent dans l’abîme même de la mendicité, qu’ils soient pressés par une telle pauvreté, qu’ils ne puissent pas même se procurer les aliments nécessaires à l’existence : aucune de ces circonstances ne nous empêchera de les soigner.
Nous ne bougeons pas de place, et sans instruments, sans remèdes, sans aliments, sans potions, sans frais, sans long voyage nous chassons cette maladie. Comment cela ? en préparant ce discours, remède qui tiendra. lieu de toutes ces choses à nos malades, et qui fera même plus d’effet que tout.. ce que nous venons d’énumérer. Car il nourrit mieux que du pain, il guérit mieux qu’un médicament, il brûle avec plus d’ardeur que le feu, et pourtant il n’apporte avec lui aucune douleur ; il arrête le cours fétide des pensées mauvaises, il coupe, plus au vif que le fer, les plaies corrompues, et cela saris faire souffrir, sans forcer à aucune dépense, sans réduire à la pauvreté. Aussi, puisque nous avons préparé ce remède, nous le faisons parvenir à tous, et tous je le sais, obtiendront guérison, si seulement ils veulent prêter à mes paroles une oreille attentive et un esprit bienveillant.
Dans le traitement des maladies du corps, il est. loin d’être inutile, il est au contraire très-avantageux au malade, pour se guérir de son infirmité, de connaître la cause de cette infirmité. far, s’il la connaît, non-seulement il se délivrera du rial qui le tourmente, mais dans la suite il ne se laissera plus tomber dans les mêmes souffrances, sachant d’où la douleur lui est déjà venue une première fois, et se mettant en garde contre elle. Agissons de même nous aussi, et apprenons tout d’abord à ceux qui souffrent de la maladie que nous voulons traiter, d’où leur est venue cette maladie du scandale. Car s’ils le savent et qu’ils veuillent s’en prémunir avec vigilance, ce n’est pas de cette infirmité seule ni pour un seul jour, mais d’elle et de bien d’autres, et cela pour toujours qu’ils seront délivrés.
Telle est en effet la vertu de ce remède, qu’il guérit le mal dont on souffre dans le moment même, et qu’il prévient tous les autres qui peuvent survenir. Ce n’est pas d’une seule, ni de deux, ni de trois, mais de mille manières, que dans la vie, le scandale frappe les faibles. Mais de quelque manière qu’ils en soient atteints, notre discours leur promet délivrance, si seulement, comme je l’ai déjà dit, ils veulent écouter mes paroles, et les graver dans leur esprit. Ce traitement que je prépare, je ne le tirerai pas seulement des saintes Écritures, mais encore de ce qui se voit, de ce qui arrive continuellement dans la vie, de sorte que notre remède puisse devenir le partage de Ceux même qui ne lisent pas les Écritures. Mais il faut qu’ils le veuillent, et je ne cesserai pas de le répéter.
Car e n’est ni par contrainte, ni par violence que ce remède pourrait servir à un seul de ceux qui lutteraient contre lui, où qui-ne se soumettraient pas aux divins oracles. C’est de ces oracles que viendra la guérison, de ces oracles bien plus encore que de la démonstration que nous allons faire en nous appuyant. sur les faits : car les faits qui frappent les yeux méritent beaucoup moins notre foi que la parole révélée de Dieu. Aussi ceux-là seront plus terriblement punis ; qui, ayant entendu les Écritures, n’en auront retiré aucune utilité pour leur santé spirituelle et ne se seront pas guéris. Pour que ce malheur ne leur arrivé point, entreprenons de les sauver, et disons d’abord la cause de leur maladie.
A-t-il donc existé un homme plus sage que saint Paul ? Dites-moi : n’était-ce pas un. vase d’élection ? n’avait-il pas obtenu du Saint-Esprit une grâce immense, merveilleuse ? le Christ ne parlait-il point par sa bouche ? n’a-t-il point été reçu dans le secret des conseils cachés de la divinité ? n’a-t-il point entendu ce qu’il est défendu à toute bouche humaine de raconter ? n’a-t-il pas été ravi au paradis ? n’a-t-il pas été emporté jusqu’au troisième ciel ? (355) n’a-t-il point parcouru la terre et la mer ? n’a-t-il point appris la : sagesse aux barbares ? l’Esprit n’a-t-il point opéré souvent et diversement en lui ? n’a-t-il point dirigé des peuples, des cités entières ? Dieu n’a-t-il pas mis toute la terre entre ses mains ? Eh bien ! cet homme si grand, si sage, si puissant, si inspiré, et qui a accompli des prodiges si étonnants, lorsqu’il fut amené à considérer la divine Providence, non pas même tout entière, mais seulement sous un de ses aspects, écoutez comme il fut frappé d’admiration, comme il fut pris de vertige, comme aussitôt il recula et céda devant l’incompréhensible.
Il ne cherchait pas à voir comment Dieu étend sa providence aux anges, aux archanges, aux chérubins ; aux séraphins et aux autres puissances invisibles ; ou au soleil et à la lune, au ciel, à la terre et à la mer ; ou à toute la race humaine, aux animaux, aux plantes, aux semences, aux herbes, à l’air, aux vents, aux sources, aux fleuves ; ou à la naissance, à la croissance, à l’entretien de la nature et à toutes les choses du même genre. Il n’envisageait cette providence que dans ses desseins sur les Juifs et sur les Gentils : c’est en effet d’eux seuls qu’il parle dans tout son discours, enseignant comment Dieu appelait à lui les Gentils, comment il repoussait les Juifs, et comment dans sa miséricorde il veillait au salut des uns et des autres.
Écoutez donc ses paroles : Voyant qu’en se plaçant à ce seul point de vue, une mer immense s’ouvrait devant lui, et voulant plonger ses regards dans cette profondeur de la pensée divine, comme s’il avait été arrêté par l’obscurité mystérieuse de cette science, de cette économie, de cet ordre divin, frappé de stupeur, et plein d’admiration pour les conseils ineffables, infinis, insaisissables, incompréhensibles de la sagesse et de la providence de Dieu, il recula, laissa échapper ces paroles, et s’écria dans le trouble de son âme : O profondeur des trésors, de la sagesse et de la science de Dieu ! Ensuite, pour montrer qu’il voyait cette profondeur, mais qu’il ne pouvait pas faire comprendre combien elle était immense, il ajoute : Que tes jugements sont inscrutables ! que tes voies sont impénétrables !
Il n’a pas dit seulement : les jugements sont incompréhensibles, mais ils sont inscrutables. Car non-seulement personne ne peut les comprendre, mais personne ne peut même commencer à les scruter. Ainsi, non-seulement on ne peut pas suivre cette sagesse jusqu’au terme où elle aboutit, on ne peut pas même la saisir à son point de départ. Après avoir dit : Que tes jugements sont inscrtutables ! que tes voies sont impénétrables ! ; après avoir admiré, après avoir été frappé d’étonnement, il termina son discours en glorifiant le Seigneur par ces paroles : Qui est-ce qui connu les desseins de Dieu ? Qui a été son conseiller ? ou qui lui a donné quelque chose le premier, pour en prétendre récompense ? Car toutes choses sont de lui et par lui et pour lui : gloire à lui dans tous les siècles ! Amen. (Rom. II, 34, 36.)
L’Apôtre veut dire : il est la source, il est le principe des biens, il n’a besoin d’aucune aide, il n’a besoin d’aucun conseiller ; il n’est redevable à aucun de sa science, de son intelligence. Comme il veut, il fait, il est la cause, l’origine, la source de tous les biens ; il est le créateur ; c’est lui qui a créé ce qui n’était pas ; c’est lui qui, après avoir créé, gouverne et conserve comme il lui plaît. Car ces paroles : Toutes choses sont, de lui, et pour lui, n’ont pas d’autre sens que celui-ci : c’est que Dieu est l’Ouvrier, le Créateur du monde, qu’il gouverne et conserve tout. Ensuite, se souvenant du présent, qu’il nous a fait, l’Apôtre dit ailleurs : Grâces soient rendues à Dieu de son don ineffable ; (II Cor. IX, 15.) Quant à la paix du Seigneur, non-seulement elle surpasse toute parole, toute interprétation, mais l’Apôtre nous fait entendre qu’elle surpasse toute pensée, lorsqu’il dit : La paix du Seigneur, laquelle surpasse toute intelligence, gardera vos coeurs.
(Phil. IV, 7.) Si donc infinie est la profondeur des trésors, de la sagesse, et,de la science de Dieu ; introuvables, ses jugements ; impénétrables ses voies ; inexplicable, son présent ; si la paix du Seigneur surpasse toute intelligence, et non pas seulement la. tienne, la mienne, celle de tout autre homme, celle même de saint Paul et de saint Pierre, mais encore celle des anges, des archanges et de toutes les puissances célestes : quelle défense auras-tu à présenter, dis-moi ? quel pardon peux-tu espérer, toi qui as montré une telle folie, une telle démence, qui as voulu comprendre l’incompréhensible, qui as demandé l’explication de la Providence tout entière ? Celui qui a été doué de tant de science, qui a joui d’un crédit si merveilleux auprès de Dieu, qui a obtenu de si grandes grâces, saint Paul, s’humilie et (356) recule devant une recherche qui dépasse les forces de son esprit, non-seulement il ne peut pas trouver, mais il ne peut pas même commencer à trouver une explication, parce qu’elle est impossible : et tu ne serais pas le plus malheureux des hommes, le plus plongé dans l’erreur et la démence, toi qui fais tout le contraire de l’Apôtre !
Encore, n’est-ce pas tout ce qu’il a dit : mais, comme il écrivait aux Corinthiens, et qu’il parlait de la science, montrant que quand nous aurions appris beaucoup de choses, les limites de nos connaissances seraient pourtant très-resserrées, il s’exprima en ces termes : Si quelqu’un croit savoir quelque chose, il n’a encore rien connu comme il faut le connaître. (I Cor. VIII, 2.) Ensuite, enseignant que notre science est très-incomplète, qu’un bien petit nombre de connaissances sont accordées au siècle présent, qu’uh bien plus grand nombre sont réservées à l’avenir, il ajoutait : Nous ne connaissons qu’imparfaitement, et noue ne prophétisons qu’imparfaitement ; mais quand la perfection sera venue, alors ce qui est imparfait sera aboli. Il ne s’arrêta pas là : mais voulant faire voir quelle distance sépare cette science imparfaite de la parfaite, et. combien grands sont ses vides, il le rendit sensible par plusieurs exemples, et il dit : Quand j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je jugeais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant ; mais lorsque je suis devenu homme, j’ai quitté ce qui tenait de l’enfant.
Nous ne voyons maintenant que comme dans un miroir et dans des énigmes, mais alors nous verrons face à face. (I Cor. XIII, 11,12.) Vois-tu quelle différence il y a entre ces deux manières de connaître ? Elle n’est pas plus grande entre un enfant et un homme fait ; entre voir dans un miroir, dans des énigmes ou à travers quelque voile obscur et voir d’une vue claire, c’est-à-dire face à face. Pourquoi donc cette fureur, cette rage, cette audace avec laquelle tu scrutes témérairement les mystères que ta raison ne peut comprendre ? Pourquoi ne pas se laisser persuader par ces paroles de saint Paul : Qui donc es-tu, ô homme, pour contester avec Dieu ? Un vase d’argile dit-il à celui qui l’a fait : Pourquoi m’as-tu fait ainsi ? (Rom. IX, 20.) Vois-tu quelle. obéissance il réclame ? quel silence ?
Ce n’est pas qu’il veuille nous enlever notre libre arbitre ; non, certes, mais il montre que celui qui se livre à ces recherches doit être aussi muet que l’argile, qui laisse le potier la façonner comme il veut, qu’il ne doit ni résister, ni montrer une vaine curiosité. C’est pourquoi il nous rappelle notre nature, et nous parle de l’argile et de potier, bien que le potier ne soit pas d’une autre nature que l’argile. Que si notre nature est la même, notre obéissance doit être aussi la même. Entre Dieu et nous la distance est infinie, qu’on nous examine dans nôtre nature, dans notre intelligence ou à tout autre point de vue : quel pardon obtiendra-t-il donc celui qui aura été assez téméraire et impudent pour s’enquérir de tout ce qu’a fait Dieu, son Créateur ?
O homme ! considère qui tu es. Car, c’est là le sens de ces paroles de l’Apôtre : Qui es-tu ? N’es-tu pas de l’argile ? N’es-tu pas cendre. et poussière, fumée, foin, herbe de foin ? Car ce sont là les comparaisons qui reviennent continuellement dans les prophètes, lorsqu’ils veulent exprimer la bassesse de notre condition. Au contraire, Celui que tu veux connaître est éternel, immuable, il existe toujours et de la même manière, il est sans commencement et sans fin, il est incompréhensible, il surpasse l’intelligence, il dépasse le raisonnement, il est inexplicable, ineffable, insaisissable, non pour moi ou pour toi seulement, mais pour les prophètes et pour les apôtres, mais pour ces puissances supérieures, pures, invisibles, immatérielles, qui jouissent dans le ciel d’une vie immortelle.
