Catéchèse en deux parties attribuée à Saint Basile de Césarée
Notice critique et traduction de M. Chaine (1908)
- 01 — Notice de l’éditeur
- 1.1 — Une lettre apocryphe de saint Luc
- 02 — Texte de la catéchèse
- 03 — Lettre de la fondation de l’Église parmi les gentils

Catéchèse en deux parties attribuée à Saint Basile de Césarée
Notice critique et traduction de M. Chaine (1908)
Saint Basile le Grand · 31 octobre 2024 · 35 min de lecture · 742 vues
Une lettre apocryphe de saint Luc§
L’attribution de cette catéchèse à saint Basile ne nous fournit qu’un nouvel exemple d’un procédé souvent utilisé dans la littérature chrétienne orientale, pour accréditer certains récits du genre merveilleux. Elle n’a pas d’autre intérêt pour ce qui regarde l’histoire de l’archevêque de Césarée. À la simple lecture, le faux apparaît manifeste.
Comme l’indique le sommaire du scribe, cette catéchèse comprend deux parties traitant, chacune, un sujet distinct. Le premier de ces récits nous raconte la construction de la première église dédiée à la Vierge par les Apôtres. L’autre nous rapporte l’histoire d’une église dédiée également à la Vierge, construite par l’auteur de notre composition.
L’histoire de la construction de la première église dédiée à la Vierge par les Apôtres relève de cette littérature apocryphe si florissante jadis dans la vallée du Nil, dont les fouilles modernes nous ont apporté déjà tant de débris. Elle appartient à l’ensemble des compositions qui constituent comme le cycle de la Vierge. On peut la rattacher également aux actes apocryphes des Apôtres, soit du fait que la rédaction en est attribuée à saint Luc, soit du fait qu’elle se rapporte aux prédications de saint Paul et de saint Barnabé. Sa rédaction remontant sans doute à un moment où la littérature apocryphe surabondait, où il était difficile d’accréditer de pareils récits, l’auteur en fait un ouvrage retrouvé, qui était tombé dans l’oubli jusqu’à son temps. Il fait même l’historique de sa découverte. Dans la maison de Marie, mère de Jean Marc, il trouve une foule de livres anciens et parmi eux une lettre. Cette dernière est écrite en caractères grecs, elle est de la main de saint Luc, le médecin d’Antioche. C’était au cours d’un voyage à Jérusalem.
Nous retrouvons cette particularité de l’invention dans maints autres documents du même genre et de même valeur. Tels les « Acta Pilati » : la plupart des manuscrits de ces derniers portent en titre que les hauts faits de Notre-Seigneur Jésus-Christ furent trouvés sous le règne de l’empereur Théodose le Grand, à Jérusalem, dans le prétoire de Ponce Pilate, parmi les registres publics, en la dix-neuvième année. Tel encore le Testament des trois patriarches Abraham, Isaac et Jacob, dont le récit est mis dans la bouche de saint Athanase d’Alexandrie1. Le patriarche nous assure qu’il a trouvé ce récit dans des recueils anciens provenant des Apôtres. C’est là une manière de s’exprimer pour dissimuler un manque de preuves, c’est une formule pour déguiser l’apocryphe.
Quoi qu’il en soit néanmoins de son authenticité comme du fond même de la narration, notre récit renferme plusieurs détails intéressants, tant au point de vue de la chronologie qu’il suppose que pour les personnages qui y sont nommés. Dans les livres anciens trouvés à la maison de Marie2, il nous semble reconnaître Josèphe, l’auteur des Antiquités judaïques. Nicodème est sans doute l’auteur supposé des Acta Pilati, désignés aussi sous le nom d’évangile de Nicodème. De Gamaliel, s’il s’agit du maître de saint Paul, nous ne connaissons guère de lui que les quelques décisions qu’en a conservé la Mishna. C’est la première fois que nous lui voyons attribuer quelque ouvrage3. Une particularité à noter aussi est la distinction que d’aucuns pourraient voir établie entre deux personnages du nom de Luc. Il nous est parlé, en effet, d’un Luc scribe ou docteur et d’un autre qualifié du titre de médecin originaire de la ville d’Antioche. Ce n’est là, croyons-nous, qu’une distinction apparente, nous nous trouvons simplement en présence de deux épithètes employées indifféremment par l’auteur de notre récit ; toutefois, la manière du rédacteur peut laisser place au doute.
La seconde partie de la catéchèse n’appartient à l’histoire dans aucun de ses détails, tout y est du plus pur merveilleux. On peut classer cette composition à côté des prodiges qui accompagnent la plupart des récits hagiographiques de la littérature orientale. Elle nous atteste cependant, tout comme l’épisode concernant les Apôtres, sinon la vérité des faits qu’elle rapporte, du moins l’existence et la popularité du culte de la Vierge dès les premiers siècles. C’est l’âme de vérité que contiennent ces légendes, et par ce sentiment dont elles témoignent elles peuvent se rattacher à l’histoire. Notons également la proclamation de la primauté de Pierre. Elle n’a aucune relation avec la nature du fait rapporté, son insertion au cours de la narration paraît être bien intentionnelle, dans un but uniquement disciplinaire.
Nous n’avons aucune donnée positive pour déterminer la date de composition de nos deux récits. Peut-être existèrent-ils à l’origine séparément, jusqu’à ce qu’un moine compilateur d’anecdotes édifiantes les adaptât sous forme de sermon pour servir de lecture dans les monastères. Ils sont de source grecque, le style, la langue l’indiquent ainsi que l’auteur auquel est attribuée notre catéchèse. Nous ne trouvons aucun détail qui soit proprement égyptien.
Nulle part, dans la littérature copte, nous n’avons trouvé trace de ces deux récits. Le Synaxaire arabe de l’Église d’Alexandrie qui les contient tous les deux n’est qu’un résumé de notre document4.
Le manuscrit du Vatican, auquel nous l’avons emprunté, n’est pas le seul cependant qui contienne cette catéchèse. Dans le fonds des manuscrits coptes de la Bibliothèque de Leipzig, nous trouvons la seconde partie, l’histoire de la construction de l’église de la Vierge par saint Basile5. Dans la description qui en est donnée, il n’est point parlé de la lettre de saint Luc ; d’après les quelques indications fournies également par Crum, il paraît évident que le récit qu’il contient appartient à une rédaction différente de la nôtre.
Le manuscrit du Vatican (Copte 67, fol. 69-89) que nous avons utilisé semble appartenir au Vᵉ siècle ; c’est aussi la date supputée pour celui de Leipzig.
