Traité de la Grâce et du Libre-Arbitre
- 01 — Chapitre premier — Introduction
- 02 — Chapitre II — L’homme est doué du libre arbitre
- 03 — Chapitre III — La volonté requise, même pour connaître la loi
- 04 — Chapitre IV — La grâce nécessaire a la volonté pour faire le bien
- 05 — Chapitre V — La grâce essentiellement gratuite
- 06 — Chapitre VI — En couronnant nos mérites, Dieu couronne ses dons
- 07 — Chapitre VII — La grâce, principe de tous nos mérites
- 08 — Chapitre VIII — La vie éternelle est une grâce
- 09 — Chapitre IX — La grâce pour la grâce
- 10 — Chapitre X — La loi et la grâce
- 11 — Chapitre XI — La loi n’est point la grâce
- 12 — Chapitre XII — La justice de la loi et la justice de la grâce
- 13 — Chapitre XIII — La nature n’est point la grâce
- 14 — Chapitre XIV — Si la grâce nous est donnée selon nos mérites
- 15 — Chapitre XV — Il faut vouloir et pouvoir
- 16 — Chapitre XVI — Dieu nous donne la volonté et l’action
- 17 — Chapitre XVII — Éloge et importance de la charité
- 18 — Chapitre XVIII — La charité vient de Dieu
- 19 — Chapitre XIX — La charité et la science
- 20 — Chapitre XX — Dieu tient dans ses mains le coeur et la volonté des méchants
- 21 — Chapitre XXI — Dieu agit sur le coeur des hommes pour incliner leur volonté
- 22 — Chapitre XXII — Les jugements de Dieu sont incompréhensibles
- 23 — Chapitre XXIII — Dieu fait miséricorde a qui il veut
- 24 — Chapitre XXIV — Conclusion

Traité de la Grâce et du Libre-Arbitre
Saint Augustin · 105 min de lecture · 2 vues
In Oeuvres complètes de Saint Augustin, sous la direction de M. Raulx, Tome XVI ème Bar-le-Duc 1871, pp. 268-294
Cet ouvrage est un enchaînement de citations de l’Ancien et du Nouveau Testament, qui établissent à la fois la liberté humaine et la nécessité de la grâce. Les préceptes divins, les exhortations directes adressées à l’homme, prouvent jusqu’à la dernière évidence que l’homme peut agir ou ne pas agir, et que la décision appartient toujours à sa propre volonté. Les témoignages des Prophètes, de l’Évangile et de saint Paul, nous font toucher du doigt l’infirmité de notre volonté pour le bien, la divine assistance qui change les coeurs de pierre en coeurs de chair, inspire les salutaires pensées d’où naissent librement les bonnes oeuvres, et qui prépare notre vouloir à l’accomplissement de la loi Réfutation de cette dernière erreur des Pélagiens : Si la grâce n’est pas conférée selon les mérites des oeuvres, elle l’est du moins selon les mérites de la volonté. Examen de cette question : Pourquoi Dieu commande-t-il ce qu’il doit lui-même donner, et commande-t-il l’impossible ?
1. Pour répondre à ceux qui exaltent et défendent le libre arbitre de l’homme jusqu’à nier et tenter de détruire la grâce, par laquelle Dieu nous appelle vers lui, nous délivre de nos péchés et nous fait acquérir les mérites nécessaires pour parvenir à la vie éternelle, j’ai déjà composé de volumineux ouvrages et dicté de nombreuses lettres, autant du moins qu’il a plu à Dieu de m’accorder le secours de ses lumières. Mais à côté de cette première classe d’adversaires, il s’en élève d’autres qui défendent la grâce de Dieu jusqu’à nier le libre arbitre de l’homme, ou du moins imaginent qu’en défendant la grâce on nie par le fait même le libre arbitre. Pour montrer que même ces derniers sont dans l’erreur, pressé du reste par votre grande charité, j’ai pris le parti de vous adresser ce livre, à vous Valentin, notre bien-aimé frère, et à lotis vos religieux.
En effet, quelques membres de votre communauté, venus à Hippone, nous oint appris qu’il s’était élevé parmi vous certaines dissensions au sujet de la grâce et du libre arbitre : voilà pourquoi nous les avons chargés de vous présenter ce livre et les lettres qui l’accompagnent. Ainsi donc, frères bien-aimés, ne vous laissez point troubler par l’obscurité de cette question, et rendez grâces à Dieu de toutes celles que vous comprenez. Quant aux matières qui vous paraissent au-dessus de la portée de votre intelligence, faites en sorte qu’elles ne troublent
1. Voir les lettres CCXIV et CCXV, tom. III, pag. et suiv.
ni la paix ni la charité qui doivent régner entre vous, et demandez à Dieu qu’il daigne vous éclairer. Enfin, jusqu’à ce qu’il vous donne la grâce de percevoir ce que vous ne comprenez pas encore, marchez de telle sorte que vous puissiez parvenir à cette faveur. C’est l’avertissement que nous donne l’apôtre saint Paul qui, après avoir constaté son imperfection, ajoutait : « Quelle que soit notre perfection pour connaître ces vérités » ; comme s’il eût dit : Nous sommes parfaits, mais pas encore au degré que nous devons posséder. Il continue : « Et si vous avez quelque autre sentiment de vous-mêmes, Dieu vous découvrira ce que vous devez en croire ; cependant, pour ce qui regarde les connaissances auxquelles nous sommes parvenus, demeurons dans la même règle ». En effet, c’est en marchant selon ces connaissances, que nous pourrons atteindre la perfection vers laquelle nous tendons, et Dieu nous révélera d’autres connaissances, si nous n’abandonnons pas celles que déjà nous avons reçues.
