Réfutation de Secundinus, manichéen
- 01 — Chapitre I — Je suis très-sensible à la bienveillance que vous me témoignez dans votre lettre, et…
- 02 — Chapitre II — Je l’avoue, c’est par crainte que j’ai quitté les Manichéens, mais par crainte de ces…
- 03 — Chapitre III — Pour vous rendre évidente l’erreur manichéenne, je n’invoquerai d’autres arguments que…
- 04 — Chapitre IV — Pour expliquer cette création, vous allez peut-être imaginer qu’il s’est servi d’une…
- 05 — Chapitre V — Le néant, c’est donc de là qu’est sorti l’univers, sous la main créatrice du Tout
- 06 — Chapitre VI — Supposons qu’au point de vue même de la substance divine, Jésus-Christ ne soit pas le…
- 07 — Chapitre VII — Dans ce texte de l’Apôtre il y a deux points nécessaires à considérer entre nous…
- 08 — Chapitre IX — Mais en affirmant l’immutabilité de l’âme, peut-être pensez-vous pouvoir vous
- 09 — Chapitre XI — Déchoir, ce n’est pas encore retomber dans le néant, mais c’est y tendre ou s’en…
- 10 — Chapitre XII — Mais j’oublie que ce n’est qu’une lettre, déjà beaucoup trop longue, que j’écris pour…
- 11 — Chapitre XIII — Il y a dans cette proposition trois choses que je remarque et que, sans doute, vous…
- 12 — Chapitre XIV — De plus, si ce consentement, tout mauvais qu’il soit, est une substance, nous devons…
- 13 — Chapitre XV — De quelle substance ?
- 14 — Chapitre XVI — Nous disions tout à l’heure que l’âme pèche en consentant au mal ; voyez maintenant si…
- 15 — Chapitre XVII — Vous m’objecterez peut-être qu’il n’y a pas consentement coupable quand la chose aimée…
- 16 — Chapitre XVIII — Rappelez-vous ces paroles de votre lettre : « L’âme, quand elle consent au mal, pèche…
- 17 — Chapitre XIX — Puisque l’idée d’une nature du mal nous paraît une chimère, d’où vient donc le mal que…
- 18 — Chapitre XX — Comment donc se peut-il que vous ne renonciez point encore à votre impiété, à vos…
- 19 — Chapitre XXI — Mais, en ami bienveillant, vous me reprochez d’avoir quitté la doctrine manichéenne…
- 20 — Chapitre XXII — Quant à ces paroles qui n’obtiennent
- 21 — Chapitre XXIII — Vous citez aussi, avec un ton de mépris dédaigneux, ces autres paroles : « Placez votre…
- 22 — Chapitre XXIV — Vous prodiguez les éloges à mes moeurs et à mon zèle d’autrefois, et vous cherchez ce…
- 23 — Chapitre XXV — « Nous nous sommes échappés », dites-vous, »
- 24 — Chapitre XXVI — Fuyez ces erreurs, je vous prie, et parce que le Seigneur.a dit que la voie étroite…

Réfutation de Secundinus, manichéen
Saint Augustin · 75 min de lecture · 2 vues
Je suis très-sensible à la bienveillance que vous me témoignez dans votre lettre, et soyez assuré que l’affection dont vous m’entourez est pour moi un nouveau motif de vous prodiguer mon amour. Mais hélas ! je suis saisi d’une profonde tristesse quand je vous vois, par opposition contre moi et surtout contre l’immuable vérité, vous attacher obstinément à ces opinions dont la fausseté me paraît de la dernière évidence. Quant aux fausses idées que vous vous faites de moi, je les méprise facilement ; il me suffit pour cela de savoir que ce que vous pensez de moi, bien à tort assurément, peut encore se supposer dans un homme. Vous êtes dans l’erreur à mon égard, cependant cette erreur ne va pas jusqu’à me jeter absolument au ban de l’humanité ; en effet, si je ne suis pas coupable des erreurs dont vous m’accusez, ces erreurs du moins ne sont pas inconciliables avec un esprit humain.
Je ne me crois donc pas obligé à beaucoup d’efforts pour me justifier à vos yeux sur ce point. Ce n’est pas sur moi que repose votre espérance, et vous pouvez être bon, quoique je sois mauvais. Ayez d’Augustin l’opinion qu’il vous plaira ; mon seul désir, c’est que ma conscience ne m’accuse pas aux yeux de Dieu. Je puis dire comme l’Apôtre : « Peu m’importe d’être jugé par vous ou par le genre humain ». Je ne marcherai donc pas sur vos traces, je rougirais de supposer en vous arbitrairement la plus légère disposition mauvaise. Je ne dis pas que vous avez voulu me déchirer tout en prodiguant des formes flatteuses ; pour moi, je vous juge uniquement d’après vos paroles. Malgré la mauvaise opinion que vous avez sur moi ; quoique vous supposiez qu’en quittant l’hérésie manichéenne, j’aie voulu me soustraire à certaines mortifications de la chair qu’il m’aurait fallu subir dans votre secte ; quoique vous disiez que je n’ai embrassé le catholicisme que
1. I Cor. IV, 3.
dans des vues d’ambition, je porte la charité plus loin à votre égard, et je veux bien croire que vos soupçons ne sont pour moi que de la bienveillance ; je suis persuadé également que votre lettre vous a été inspirée, non pas dans le but de m’accuser, mais dans le désir sincère de me ramener au bien. De votre côté, si votre bienveillance veut bien alter jusqu’à croire à la sincérité de mes paroles, comme je ne puis dévoiler physiquement à vos yeux et vous prouver les dispositions qui m’animent intérieurement et que vous incriminez avec violence, vous changerez promptement d’opinion à mon égard, et vous ne vous exposerez plus affirmer témérairement ce que vous ignorez.
