Lettres 31 à 123
- 01 — Lettre XXXI. (Année 396.)
- 02 — Lettre XXXII. (Année 396.)
- 03 — Lettre XXXIII. (Année 396.)
- 04 — Lettre XXXIV — — Il s’agit d’un jeune homme qui, après avoir menacé de tuer sa mère qu’il avait coutume…
- 05 — Lettre XXXV. (Année 396.)
- 06 — Lettre XXXVI. (Année 396.)
- 07 — Lettre XXXVII. (Année 397.)
- 08 — Lettre XXXVIII — (397.)
- 09 — Lettre XXXIX. (Année 397.)
- 10 — Lettre XLI. (Année 397.)
- 11 — Lettre XLII. (Année 397.)
- 12 — Lettre XLIV. (Année 398.)
- 13 — Lettre XLVI. (Année 398.)
- 14 — Lettre XLVII. (Année 398.)
- 15 — Lettre XLVIII. (Année 398.)
- 16 — Lettre XLIX. (Année 399.)
- 17 — Lettre LI — (399 ou 400.)
- 18 — Lettre LIII. (Année 400.)
- 19 — Lettre LVI. (Année 400.) — Augustin a son très-cher Fils, l’éminent et honorable Seigneur céler
- 20 — Lettre LVII. (Année 400.) — Augustin a son très-cher Fils, l’honorable et digne Seigneur celer, salut dans le Seigneur
- 21 — Lettre LIX. (Année 401.)
- 22 — Lettre LX — (401.)
- 23 — Lettre LXI — (101.)
- 24 — Lettre LXIV — (401.)
- 25 — Lettre LXVI. (Année 398.)
- 26 — Lettre LXVII. (Année 492.)
- 27 — Lettre LXVIII. (Année 402.)
- 28 — Lettre LXXI. (Année 407)
- 29 — Lettre LXXII. (Année 404.)
- 30 — Lettre LXXIII. (Année 397.)
- 31 — Lettre LXXIV. (Année 404.)
- 32 — Lettre LXXV. (Année 404.)
- 33 — Lettre LXXVII. (Année 400.)
- 34 — Lettre LXXVIII. (Année 401.)
- 35 — Lettre LXXIX — — Saint Augustin châtie l’ignorante et orgueilleuse perversité d’un prêtre manichéen
- 36 — Lettre LXXX — (405.)
- 37 — Lettre LXXXI. (Année 405.)
- 38 — Lettre LXXXII. (Année 405.)
- 39 — Lettre LXXXIII. (Année 404.)
- 40 — Lettre LXXXIV. (Année 405)
- 41 — Lettre LXXXV. (Année 405.)
- 42 — Lettre LXXXVI. (Année 405.)
- 43 — Lettre LXXXVII. (Année 404.)
- 44 — Lettre XCI. (Année 405.)
- 45 — Lettre XCII. (Année 408.)
- 46 — Lettre XCIII. (Année 408.)
- 47 — Lettre XCIV. (Année 408.)
- 48 — Lettre XCVI. (Année 408.)
- 49 — Lettre CVI (Année 409)
- 50 — Lettre CVII. (Année 409.)
- 51 — Lettre CVIII. (Année 409.)
- 52 — Lettre CIX. (Année 409.)
- 53 — Lettre CXIII. (Année 410.)
- 54 — Lettre CXIV. (Année 410.)
- 55 — Lettre CXV. (Année 410.)
- 56 — Lettre CXVI. (Année 410.)
- 57 — Lettre CXVII. (Année 410.)
- 58 — Lettre CXVIII. (Année 401.)
- 59 — Lettre CXIX. (Année 410.)
- 60 — Lettre CXX. (Année 410)
- 61 — Lettre CXXII. (Année 410.)

Lettres 31 à 123
Saint Augustin · 972 min de lecture · 11 vues
On trouvera ici, au milieu de traits fins et délicats, des traces trop visibles d’une littérature en décadence ; saint Augustin reçoit de son temps ce qui a cessé d’être le bon goût ; mais ce qui part du cœur n’appartient qu’à lui seul. La conversion de saint Paulin avait beaucoup retenti en Italie, dans les Gaules et en Afrique ; saint Augustin désire que le prêtre de Nole fasse une apparition dans les contrées africaines pour leur édification.
AUGUSTIN A SES TRÈS-CHERS SEIGNEURS ET FRÈRES PAULIN ET THÉRASIE, TOUS DEUX VRAIMENT SAINTS, VRAIMENT BIENHEUREUX ET ÉMINENTS PAR L’ABONDANCE DES GRACES DE DIEU, SALUT DANS LE SEIGNEUR.
1. Tandis que, pour tromper l’absence et me trouver avec vous, je souhaitais que vous eussiez reçu au plus tôt ma réponse à votre première lettre (si toutefois il est possible de vous répondre), des retards m’ont valu le bénéfice d’une seconde lettre de vous. Que le Seigneur est bon de ne pas nous accorder souvent ce que nous voulons, pour nous accorder ce que nous aimons mieux ! car vous m’écrirez autre chose, après avoir reçu ma lettre, que ce que vous m’avez écrit avant de l’avoir reçue. Je vous ai lus avec grande joie, et cette joie m’eût manqué si, comme je le souhaitais et comme je l’aurais voulu, ma réponse fût promptement parvenue à votre sainteté. Maintenant, me voilà avec un double plaisir, celui de tenir ce que vous m’avez écrit, et celui d’espérer encore une autre lettre. Ainsi, sans que le retard puisse m’être imputé à faute, la libérale bonté du Seigneur a fait ce qu’elle a jugé le meilleur selon mon désir.
2. Nous avons reçu avec grande allégresse dans le Seigneur les saints frères Romain et Agile, comme une seconde lettre de vous, mais une lettre qui entend et qui répond, qui nous apporte quelque chose de votre douce présente, mais qui redouble en nous le vif désir de vous voir. Nous avons appris de leur bouche plus de choses sur vous que vous n’auriez jamais pu nous en dire dans des lettres, et que nous n’aurions jamais pu vous en demander. Et (ce qu’aucun papier ne retrace) il y avait dans leurs récits une telle joie, que sur leur visage et dans leurs yeux nous vous lisions avec bonheur vous-mêmes, écrits en quelque sorte au fond de leurs coeurs. De plus, une page, quelle qu’elle soit et quelque bonnes choses qu’elle renferme, n’en profite pas elle-même pendant qu’elle se remplit au profit des autres ; mais cette lettre vivante, représentée par nos frères, nous la lisions dans leurs entretiens : elle nous apparaissait d’autant plus sainte, qu’elle s’était plus abondamment inspirée de vous-mêmes. Aussi nous l’avons transcrite en nos âmes, par notre soin attentif à écouter tout ce qui vous touche, et dans le désir d’imiter la même sainteté.
4. Je voudrais néanmoins savoir si vous supportez
1. Ci-des. tom. I, Lettre XXX, n. 2.
portez plus patiemment et plus facilement que nous cette absence corporelle. S’il en est ainsi, je n’aime pas, je l’avoue, tant de force, à mains que nous ne soyons pas dignes d’être désirés autant que nous vous désirons. Pour moi, si j’avais le courage de supporter votre absence, ce courage me déplairait, car je ne poursuivrais plus qu’avec nonchalance les moyens de vous voir ; or, quoi de plus absurde qu’une force qui se change en indolence ? Mais il faut que votre charité sache par quels soins ecclésiastiques je suis retenu ici. Le très-saint père Valère qui vous salue avec nous autant qu’il vous désire, comme vous l’apprendrez par nos frères, ne veut pas me souffrir pour prêtre sans ajouter à ce fardeau celui d’être son coadjuteur. Sa grande charité et l’extrême désir du peuple ont été les marques auxquelles j’ai reconnu la volonté du Seigneur ; de précédents exemples de coadjutorerie ne m’ont pas permis d’opposer un refus.
Quoi que le joug du Christ soit doux par lui-même et son fardeau léger, pourtant je me sens si neuf et. si faible, que cette chaîne me blesse et ce poids m’accable ; mais il serait plus aisé à porter si j’avais l’ineffable consolation de vous voir quelque temps, vous qu’on dit libres de soins de ce genre. C’est pourquoi je vous prie, je vous demande et demande encore de daigner venir en Afrique, qui souffre plus de la soif d’hommes tels que vous que de la sécheresse.
5. Dieu sait que, si nous souhaitons vous voir apparaître dans ces contrées, ce n’est pas seulement pour nous ni pour ceux qui ont appris de nous ou de la renommée la grandeur de vos résolutions chrétiennes ; mais c’est pour les autres qui n’en ont pas entendu parler ou bien ne croient pas ce qu’on leur en a dit, et qui cependant s’attacheraient avec foi et amour aux saintes merveilles dont ils ne pourraient plus douter. Vous faites bien et miséricordieusement ce que vous faites, mais que la. lumière de vos oeuvres luise devant les hommes de nos contrées, afin qu’ils les voient et qu’ils glorifient votre Père qui est aux cieux. Des pêcheurs qui, à la voix du Seigneur, avaient quitté leurs barques et leurs filets, se réjouirent en racontant qu’ils avaient renoncé à tout pour le suivre. Et véritablement celui-là méprise tout, qui méprise ce qu’il a pu et ce qu’il a voulu avoir : mais ce qui était dans son désir avait pour témoins les yeux de Dieu ; ce qu’il possédait
6. Ce qui se remue et s’enfante dans mon cœur est au-dessus de toute parole. Vous comprenez pieusement qu’il ne s’agit point ici de votre propre gloire, mais de la gloire du Seigneur en vous, car votre prudence a l’oeil fixé sur l’ennemi, et vous travaillez, dans votre amour, à devenir de doux et humbles serviteurs du Christ : mieux vaudrait en effet garder humblement les richesses de la terre, que d’y renoncer orgueilleusement. Comme, donc, vous comprenez qu’il ne s’agit point ici de votre gloire, mais de la gloire du Seigneur, jugez de l’insuffisance et de la pauvreté de mes expressions : j’ai parlé des louanges du Christ, et les anges eux-mêmes n’en sont pas capables. C’est donc cette gloire du Christ que nous souhaitons de faire paraître aux yeux des hommes de notre pays ; les saints exemples que donne votre union conjugale apprendront à l’homme et à la femme à fouler aux pieds la vanité et à ne pas désespérer d’atteindre à la perfection. Je ne sais pas ce qu’il y aurait de meilleur, ou de ne pas refuser de vous montrer tels que vous êtes, ou d’avoir voulu le devenir.
7. Je recommande à votre bonté et à votre charité Vétustin, qui ferait pitié aux coeurs les moins religieux ; il vous apprendra les causes de son malheur et de son voyage. Quant à son projet de se consacrer au service de Dieu, on en jugera avec plus de certitude lorsque le
1. Luc, XVIII, 22, 23.
temps l’aura mûri, lorsque Vétustin sera d’un âge plus avancé et qu’il ne sera plus sous le coup des craintes qui maintenant l’assiégent. J’ai envoyé à votre sainteté et à votre charité trois livres, et plût à Dieu que leur grandeur répondît à la grandeur de la question, qui est celle du libre arbitre ! Votre affection pour moi me rassure sur la fatigue que vous imposera la lecture de ces ouvrages. Je sais que notre frère Romani en, qui a tout ou presque tout ce que j’ai pu écrire, n’a pas ces trois livres-là ou ne les a pas en entier ; je n’ai pas pu donner tous mes ouvrages pour vous être portés, mais je vous les ai indiqués pour les lire. Romani en les avait déjà tous et les emportait avec lui : c’est par lui que je vous ai adressé une première réponse.
Avec l’expérience de votre sainteté et la sagacité spirituelle que vous a accordée le Seigneur, vous avez vu, je crois, tout ce qu’il y a de bon dans le cœur de cet homme et le reste de faiblesse qui s’y trouve encore. Vous avez lu, j’espère, avec quelle sollicitude je l’ai recommandé à votre bienveillance et à votre charité, lui et son fils, et par quelle étroite amitié ils me sont unis. Que par vous le Seigneur les édifie ! c’est ce que nous avons surtout à lui demander, car je sais combien vous le voudriez.
8. J’ai appris de nos frères que vous écrivez contre les païens : si nous méritons quelque chose de votre coeur, envoyez incessamment pour que nous lisions. Votre cœur est un tel oracle du Seigneur, que nous en attendons les réponses les plus satisfaisantes et les plus claires contre des objections bruyantes et vides. Je crois que votre sainteté a les livres du très-saint pape Ambroise ; je désire beaucoup ceux qu’il a écrits contre les ignorants et les superbes qui prétendent que le Seigneur a beaucoup appris dans les ouvrages de Platon.
9. Le très-saint frère Sévère, jadis notre condisciple, aujourd’hui évêque de Milève où depuis longtemps il était bien connu de nos frères, vous rend avec nous ses devoirs, et salue votre sainteté. Tous nos frères qui servent le Seigneur avec nous font de même autant qu’ils vous désirent ; ils vous désirent autant qu’ils vous aiment et vous aiment autant que vous êtes bons. Le pain que nous vous envoyons deviendra une bénédiction féconde par
1. Ces livres de saint Ambroise ne nous sont point parvenus.
2. Milève, aujour d’hui Milah, à onze lieues à l’ouest de Constantine. l’affectueuse manière dont vous le recevrez. Que Dieu vous garde à jamais de cette génération corrompue, seigneurs et frères très-chers et très-purs, véritablement bons et très-éminents par l’abondance de la grâce divine !
1. Ps. XI, 8.
