Lettre de Secundinus à Augustin
- 01 — Chapitre II — Dans ce combat il ne s’agit donc pas des armes, mais des esprits qui s’en servent
- 02 — Chapitre III — Avec ma faible intelligence de romain, j’ai lu les écrits de votre grandeur ; vous y…
- 03 — Chapitre IV — Je conviens qu’il y a plus que de l’absurdité à adresser à votre sainteté un semblable…
- 04 — Chapitre V — Toutefois, je vous prie et vous conjure de nouveau de me pardonner tout ce qui, dans…
- 05 — Chapitre VI — Si l’origine du combat laisse encore dans votre esprit quelques doutes, on peut les…
- 06 — Chapitre VII — Mais, en me permettant de vous tenir ce langage, ne puis-je pas me comparer au Jourdain…

Lettre de Secundinus à Augustin
Saint Augustin · 13 min de lecture · 7 vues
LETTRE De Sécundinus à Augustin.
Traduction de M. l’abbé BURLERAUX.
1. Je rends grâces à l’ineffable et auguste Majesté, à son Fils unique, Roi de toutes les lumières, Jésus-Christ, et au Saint-Esprit, qui m’ont donné occasion d’offrir en toute sécurité mes hommages à votre haute sainteté, que je proclame digne de toutes mes louanges et de tous mes respects. Quoi de plus juste ? Ces trois personnes de la Trinité ne sont-elles pas pour nous le gage assuré de la possession de tous les biens et de l’éloignement de tous les maux ? ne servent-elles pas de protection infaillible à votre bienveillance ? ne nous arrachent-elles pas au mal, non pas à ce mal qui n’est rien ou qui est le fruit des factions et des passions humaines, mais à ce mal dont nous sommes menacés pour l’avenir ? Malheur à celui qui s’exposera à en devenir la victime !
Pour vous, je le proclame en toute sincérité, vous méritez d’obtenir ces bienfaits de leur part, de trouver en elles l’aliment éternel de la vérité qui vous éclaire, et le flambeau toujours brillant placé sur le chandelier de votre coeur, pour assurer la possession de votre trésor contre les dilapidations du futur ennemi. Que ces personnes sacrées préservent de toute ruine la demeure que vous avez édifiée, non pas sur le sable de l’erreur, mais sur le roc de la science ; qu’elles éloignent de nous cet esprit cruel qui inspire aux hommes la crainte et la perfidie afin de détourner les âmes de l’étroit sentier tracé par le Sauveur, et qui souffle sa rage à ces princes contre lesquels, dans son épître aux Ephésiens, l’Apôtre avoue qu’il eut à soutenir un rude combat.
Voici ses paroles : « Ce n’est ni la chair ni le sang que nous avons à combattre, mais les princes, les puissances et les esprits d’iniquité répandus dans les airs ». Quoi de plus naturel ? Si l’on prend les armes, n’est-ce pas contre celui qui est armé, qui marche déjà au combat ? Les corps des hommes, telles sont les
1. Ephés. VI, 12.
armes du péché, comme celles de la justice ce sont les préceptes salutaires. Telle est la doctrine de Paul, telle est aussi celle de Manès.
Dans ce combat il ne s’agit donc pas des armes, mais des esprits qui s’en servent. L’enjeu de cette guerre, ce sont les âmes. Au milieu des combattants est placée l’âme à laquelle, dès le commencement, sa propre nature a donné la victoire. Si elle prête main-forte il l’esprit des vertus, elle possédera avec lui la vie éternelle et le royaume auquel le Sauveur nous appelle. Mais si elle se laisse entraîner par l’esprit des vices, si elle consent à ses séductions, et qu’après ce consentement elle fasse pénitence, elle obtiendra le pardon de ces souillures. En effet, elle subit, malgré elle, les conséquences de son mélange avec la chair. Mais si, après avoir acquis la connaissance d’elle-même, elle consent au mal, elle ne s’arme pas contre l’ennemi, son péché devient l’oeuvre de sa volonté propre.
Vient-elle à rougir de nouveau de ses erreurs, elle trouve l’Auteur des miséricordes lui ouvrant son sein pour la recevoir. En effet, ce ne serait point parce qu’elle a péché qu’elle serait punie, mais parce qu’elle ne s’est pas repentie de son péché, Mais si elle quitte la vie sans avoir reçu le pardon de son péché, elle est impitoyablement repoussée, comparée à la vierge folle placée à la gauche du souverain Juge, chassée par le Seigneur du festin des noces, à cause des souillures de son vêtement, et précipitée dans ce lieu où il y aura des pleurs, des grincements de dents et les tourments du feu allumé dès le commencement pour le démon et ses anges.Ce feu, ou vous conviendrez dans votre prudence qu’il a été allumé par l’archange, ou qu’il n’est rien. Pourquoi donc les justes régneront-ils ? Pourquoi les Apôtres et les martyrs seront-ils couronnés ? Est-ce parée qu’ils n’ont vaincu que le néant ? O quelle déception pour la
1. Rom. VI, 13.
puissance du vainqueur quand on proclame l’impuissance absolue de l’adversaire ! Changez d’avis, je vous en prie, dépouillez la perfidie de la race carthaginoise ;vous n’avez quitté la vérité que sous les coups de la crainte, revenez-y franchement, et ne cherchez pas d’excuses dans de honteux mensonges.
