La Doctrine Chrétienne
- 01 — Chapitre XIX — Mort et résurrection du corps et de l’ame — Chapitres XX et XXI. Résurrection pour le chatiment
- 02 — Livre quatrième — Prologue
- 03 — Chapitre XVIII — L’orateur chrétien n’a que des sujets relevés a traiter — Chapite XIX. Il faut cependant varier le style
- 04 — Livre premier — Pour découvrir le sens de l’Écriture, il faut se rappeler que tout ce qu’elle comprend…
- 05 — Chapitre premier — Pour traiter de l’Écriture, il faut savoir en découvrir et en exposer le sens
- 06 — Chapitre II — Les choses et les signes
- 07 — Chapitre III — Division des choses
- 08 — Chapitre IV — De la jouissance et de l’usage
- 09 — Chapitre V — L’objet de notre jouissance est la sainte Trinité
- 10 — Chapitre VI — Dieu ne peut se définir
- 11 — Chapitre VII — Tous les hommes comprennent sous l’idée de Dieu l’être le plus excellent
- 12 — Chapitre VIII — Dieu est la sagesse immuable et doit être préféré a tout
- 13 — Chapitre IX — Tous les hommes portent le même jugement
- 14 — Chapitre X — Pureté d’amenécessaire pour voir Dieu
- 15 — Chapitre XI — La sagesse incarnée nous apprend a purifier notre coeur
- 16 — Chapitre XII — Comment la sagesse divine est venue a nous
- 17 — Chapitre XIV — Comment la sagesse divine a guéri l’homme
- 18 — Chapitre XV — La résurrection et l’ascension de Jésus-Christ soutiennent notre foi ; Le jugement la stimule
- 19 — Chapitre XVI — Jésus-Christ purifie son église
- 20 — Chapitre XVII — La voie de la patrie ouverte dans le pardon des péchés
- 21 — Chapitre XVIII — Les clefs confiées a l’église
- 22 — Chapitre XIX — Mort et résurrection du corps et de l’ame
- 23 — Chapitre XXII — Dieu seul objet de notre jouissance
- 24 — Chapitre XXIII — L’homme s’aime naturellement. Quand cet amour est-il désordonné !
- 25 — Chapitre XXIV — Personne ne hait sa propre chair, pas même celui qui la chatie
- 26 — Chapitre XXV — Quel amour on doit a son corps
- 27 — Chapitre XXVI — Du commandement qui prescrit l’amour de Dieu, du prochain et de soi-même
- 28 — Chapitre XXVII — Ordre dans lequel on doit aimer
- 29 — Chapitre XXVIII — Qui doit-on secourir de préférence
- 30 — Chapitre XXIX — On doit tendre a ce que Dieu soit universellement aimé
- 31 — Chapitre XXX — Tous les hommes et les anges mêmes sont notre prochain
- 32 — Chapitre XXXI — Dieu se sert de nous et n’en jouit pas
- 33 — Chapitre XXXII — Comment Dieu se sert de l’homme
- 34 — Chapitre XXXIII — Comment il faut jouir de l’homme
- 35 — Chapitre XXXIV — Le Christ est la première voie qui mène a Dieu
- 36 — Chapitre XXXV — L’amour de Dieu et du prochain est la plénitude et la fin de l’Écriture
- 37 — Chapitre XXXVI — Ce qu’il faut penser d’une interprétation defectueuse de l’Écriture, si elle sert a édifier la charité
- 38 — Chapitre XXXVII — On doit instruire un interprète qui se trompe
- 39 — Chapitre XXXVIII — La charité demeure éternellement
- 40 — Chapitre XXXIX — L’Écriture n’est point nécessaire a l’homme qui possède la foi, l’espérance et la charité
- 41 — Chapitre XL — Dans quel esprit on doit lire l’Écriture
- 42 — Livre deuxième — Saint Augustin traite ici dés signes et des termes en usage dans l’Écriture
- 43 — Chapitre premier — Nature du signe et ses différentes espèces
- 44 — Chapitre II — Quels signes sont l’objet de ce livre
- 45 — Chapitre III — La parole est au premier rang parmi les signes
- 46 — Chapitre IV — Origine des lettres
- 47 — Chapitre V — Diversité des langues
- 48 — Chapitre VI — Utilité qui ressort de l’obscurité de l’Écriture
- 49 — Chapitre VII — Les sept degrés qui conduisent a la sagesse
- 50 — Chapitre VIII — Livres canoniques
- 51 — Chapitre IX — Règle a suivre dans l’étude de l’Écriture
- 52 — Chapitre X — Obscurité de l’Écriture dans les signes qu’elle emploie
- 53 — Chapitre XI — La science des langues nécessaire pour l’intelligence des signes
- 54 — Chapitre XII — Utilité des différentes interprétations
- 55 — Chapitre XIII — Comment il faut corriger un défaut de traduction
- 56 — Chapitre XIV — Sources ou l’on doit puiser la connaissance des termes et des locutions inconnues
- 57 — Chapitre XV — Excellence de la version italique et de celle des septante
- 58 — Chapitre XVI — Utilité de la connaissance des langues, de la nature, des nombres et de la musique pour l’intelligence des signes figurés
- 59 — Chapitre XVII — Origine de la fable des neuf muses
- 60 — Chapitre XVIII — Ne pas mépriser ce que les profanes ont de bon et d’utile
- 61 — Chapitre XIX — Deux sortes de sciences parmi les paiens
- 62 — Chapitre XX — Sciences humaines remplies de superstitions
- 63 — Chapitre XXI — Superstitions des astrologues
- 64 — Chapitre XXII — Vanité des prédictions fondées sur l’observation des astres
- 65 — Chapitre XXIII — Pourquoi il faut rejeter la science des astrologues
- 66 — Chapitre XXIV — Tout usage superstitieux suppose le commerce avec les démons
- 67 — Chapitre XXV — Les institutions humaines exemptes de superstitions sont en partie superflues et en partie utiles et nécessaires
- 68 — Chapitre XXVI — Institutions humaines a rejeter ; Celles qu’il faut adopter
- 69 — Chapitre XXVII — Sciences qui ne sont pas d’institution humaine
- 70 — Chapitre XXVIII — Utilité de l’histoire
- 71 — Chapitre XXIX — Utilité de la connaissance des animaux, des plantes, des arbres, pour l’intelligence de l’Écriture
- 72 — Chapitre XXX — Utilité des arts mécaniques
- 73 — Chapitre XXXI — Utilité de la dialectique
- 74 — Chapitre XXXII — D’où provient la logique dans les conclusions
- 75 — Chapitre XXXIII — Conséquences vraies de propositions fausses, et conséquences fausses de propositions vraies
- 76 — Chapitre XXXIV — Connaissance des régles, des conséquences et de la vérité des propositions
- 77 — Chapitre XXXV — Science de la définition et de la division des choses, vraie en elle-même
- 78 — Chapitre XXXVI — Mèmes observations sur les règles de l’éloquence
- 79 — Chapitre XXXVII — Utilité de la rhétorique et de la dialectique
- 80 — Chapitre XXXVIII — Origine de la science des nombres
- 81 — Chapitre XXXIX — Sciences auxquelles on peut s’appliquer
- 82 — Chapitre XL — Il faut profiter de ce que les païens ont de vrai
- 83 — Chapitre XLI — Dans quel esprit il faut étudier l’Écriture
- 84 — Chapitre XLII — Différence entre les livres saints et les livres profanes
- 85 — Livre troisième — Après avoir parlé, dans le livre précédent, de la connaissance des signes, le saint…
- 86 — Chapitre premier — Objet de ce livre
- 87 — Chapitre II — Ambiguité qui hait de la division des termes
- 88 — Chapitre III — Incertitu de qui naît de la prononciation
- 89 — Chapitre IV — Ambiguité qui provient des paroles
- 90 — Chapitre V — Ne pas prendre a la lettre les expressifs figurées
- 91 — Chapitre VI — Utilité des figures pour les juifs
- 92 — Chapitre VII — Culte des idoles et des créatures
- 93 — Chapitre VIII — Les juifs et les gentils affranchis différemment de la servitude des signes
- 94 — Chapitre IX — Comment on est esclave des signes
- 95 — Chapitre X — Comment reconnaitre qu’une expression est figurée
- 96 — Chapitre XI — Règle pour juger ce qui, dans l’Écriture, présente un caractère de sévérité
- 97 — Chapitre XII — Règle pour juger des actions qui paraissent criminelles
- 98 — Chapitre XIII — Suite du même sujet
- 99 — Chapitre XIV — Erreur de ceux qui ne croient pas a la justice absolue
- 100 — Chapitre XV — Règle pour les expressions figurées
- 101 — Chapitre XVI — Des passages qui renferment quelque précepte
- 102 — Chapitre XVII — Il y a des préceptes communs a tous, d’autres qui sont particuliers
- 103 — Chapitre XVIII — On doit considérer le temps où une chose a été commandée ou permise
- 104 — Chapitre XIX — Les mechants jugent des autres d’après eux-mêmes
- 105 — Chapitre XX — Continuation du même sujet
- 106 — Chapitre XXI — Modération de David quoiqu’il ait été adultère
- 107 — Chapitre XXII — Actions louées dans l’Écriture, maintenant contraires aux bonnes moeurs
- 108 — Chapitre XXIII — Conclusion a tirer des fautes des hommes les plus célèbres
- 109 — Chapitre XXIV — Examiner avant tout la nature de l’expression
- 110 — Chapitre XXV — Le même terme n’a pas toujours la mène signification
- 111 — Chapitre XXVI — Les passages clairs servent à dissiper les obscurités
- 112 — Chapitre XXVII — Un même passage peut être interprété différemment
- 113 — Chapitre XXVIII — L’Écriture s’explique mieux par elle-même que par la raison
- 114 — Chapitre XIX — Nécessité de la connaissance des diverses sortes de figures
- 115 — Chapitre XXX — Règles du donatiste tichonius
- 116 — Chapitre XXXI — Première règle de tichonius
- 117 — Chapitre XXXII — Deuxième règle
- 118 — Chapitre XXXIII — Troisième règle
- 119 — Chapitre XXXIV — Quatrième règle
- 120 — Chapitre XXXV — Cinquième règle
- 121 — Chapitre XXXVI — Sixième règle
- 122 — Chapitre XXXV — Septième règle
- 123 — Livre quatrième — Le saint Docteur, après avoir enseigné la manière d’interpréter l’Écriture et d’en…
- 124 — Chapitre premier — Il n’est pas ici question de préceptes de rhétorique
- 125 — Chapitre II — Le docteur chrétien doit se servir de l’art de la rhétorique
- 126 — Chapitre III — À quel age et de quelle manière il convient d’apprendre la rhétorique
- 127 — Chapitre IV — Devoirs du docteur chrétien
- 128 — Chapitre V — La sagesse préférable a l’éloquence dans l’orateur chrétien
- 129 — Chapitre VI — La sagesse jointe a l’éloquence dans les auteurs sacrés
- 130 — Chapitre VII — Traits d’éloquence tirés de l’ecriture
- 131 — Chapitre VIII — L’obscurité des auteurs sacrés n’est pas a imiter
- 132 — Chapitre IX — Manière de traiter les sujets difficiles et obscurs
- 133 — Chapitre X — Importance de la clarté dans le discours
- 134 — Chapitre XI — Instruire clairement et agréablement
- 135 — Chapitre XII — L’orateur doit instruire ; Plaire et toucher
- 136 — Chapitre XIII — Il faut parvenir a toucher l’auditeur
- 137 — Chapitre XIV — L’art de plaire ne doit pas nuire a la vérité ni a la gravité
- 138 — Chapitre XV — Avant de parler, l’orateur doit prier
- 139 — Chapitre XVI — Les règles de l’éloquence ne sont pas inutiles, quoique Dieu lui-même fasse les docteurs
- 140 — Chapitre XVII — Trois genres d’éloquence
- 141 — Chapitre XVIII — L’orateur chrétien n’a que des sujets relevés a traiter
- 142 — Chapitre XX — Exemples tirés de l’ecriture pour chaque genre de style
- 143 — Chapitre XXI — Exemples tirés des docteurs de l’église
- 144 — Chapitre XXII — On doit varier le discours par les différents genres de style
- 145 — Chapitre XXIII — Manière d’allier les trois genres de style
- 146 — Chapitre XXIV — Effets du sublime
- 147 — Chapitre XXV — But que se propose le style tempéré
- 148 — Chapitre. XXVI. Dans chaque genre, l’orateur doit se faire entendre avec clarté, avec plaisir et avec docilité
- 149 — Chapitre XXVII — Puissance de l’orateur dont la vie répond a ses discours
- 150 — Chapitre XXVIII — L’orateur doit plus s’attacher a la vérité qu’a la forme
- 151 — Chapitre XXIX — Un orateur peut se servir d’un discours composé par un autre
- 152 — Chapitre XXX — L’orateur doit prier avant de parler
- 153 — Chapitre XXXI — Augustin s’excuse sur la longueur de ce livre

La Doctrine Chrétienne
Saint Augustin · 298 min de lecture · 3 vues
IN OEUVRES COMPLÈTES DE SAINT AUGUSTIN, traduites pour la première fois en français sous la direction de M. Raulx, Tome IV, p. 1-87. BAR-LE-DUC,1866.
Chapitre XIX — Mort et résurrection du corps et de l’ame — Chapitres XX et XXI. Résurrection pour le chatiment§
Chapitre XVIII — L’orateur chrétien n’a que des sujets relevés a traiter — Chapite XIX. Il faut cependant varier le style§
1. Il y a pour l’interprétation de l’Écriture, des règles que l’on peut, je crois, donner avec avantage à ceux qui s’appliquent à les étudier ils en profiteront, non-seulement quand ils liront les oeuvres de ceux qui ont porté la lumière dans les passages obscurs des divines lettres, mais encore lors qu’ils en donneront aux autres l’intelligence. J’ai résolu de formuler ces préceptes en faveur de ceux qui ont le désir et la faculté de les apprendre, pourvu toutefois que notre, Dieu et Seigneur ne me refuse point pour les écrire, les inspirations qu’il a coutume de m’envoyer quand j’y réfléchis. Avant de commencer, je crois devoir répondre à ceux qui blâmeront mon dessein, ou qui le blâmeraient, si je ne prévenais leur critique ; et si malgré mes observations, certains esprits persistent à censurer mon oeuvre, du moins ils ne feront aucune impression sur les autres : ils ne les détourneront pas d’une utile étude pour les jeter dans une ignorante paresse, comme ils auraient pu le faire, si l’on n’était prémuni et fortifié contre leurs attaques.
2. Quelques-uns censureront cet ouvrage, parce qu’ils ne comprendront pas les règles que j’y dois établir. D’autres en auront l’intelligence ; mais quand ils voudront les appliquer, quand ils chercheront à s’en servir pour l’interprétation (les divines Écritures, et qu’ils se verront dans l’impossibilité de découvrir et d’expliquer ce qu’ils désirent, ils penseront que je me suis livré à un travail inutile. N’y trouvant aucun secours pour eux-mêmes, ils jugeront qu’il ne peut servir davantage à personne. Il se rencontrera, une troisième espèce de censeurs, parmi ceux qui en réalité interprètent ou croient bien interpréter les livres saints. Sans avoir jamais la aucune règle du genre de celles que j’ai dessein de tracer, ils croient à tort ou â raison qu’ils ont obtenu la grâce de commenter l’Écriture, et ils crieront partout que ces règles ne sont nullement nécessaires, et due tout ce que l’on peut découvrir de salutaires clartés dans la profondeur des divins oracles est dû exclusivement à l’assistance divine.
3. Je répondrai à tous en peu de mots. À ceux qui ne comprennent pas les préceptes que je trace, je dirai que leur défaut d’intelligence n’est pas un motif de me censurer. Pourraient-ils me censurer, si, voulant voir à son déclin ou à son croissant la lune ou tout autre astre peu apparent, la faiblesse de leurs yeux ne leur permettait pas même d’apercevoir mon doigt qui le leur montre ? Pour ceux qui, même avec la connaissance et l’intelligence de ces règles, ne pourront pénétrer dans les obscurités des divines Écritures, qu’ils se regardent comme capables d’apercevoir mon doigt, mais non les astres vers lesquels je le dirige pour les leur indiquer. Que les uns et les autres cessent donc de me blâmer, et qu’ils conjurent le ciel de communiquer à leurs yeux la lumière. Si je puis mouvoir mon doigt pour indiquer, je ne puis donner des yeux pour faire voir le mouvement que j’imprime ni l’objet que je désigne.
4. Venons à ceux qui se félicitent des dons du ciel, qui se glorifient de comprendre et d’exposer les saints Livres, sans le secours de préceptes semblables à ceux que j’ai dessein de formuler, et qui, pour ce motif, s’arrêtent à l’idée que je n’ai entrepris qu’un travail superflu. Sans doute ils peuvent se réjouir des dons précieux qu’ils ont reçus de Dieu ; mais pour tempérer l’amertume de leurs critiques, ne doivent-ils pas se rappeler que c’est de la bouche des hommes qu’ils ont reçu la connaissance des lettres mêmes ? Parce qu’Antoine, ce saint et parfait solitaire d’Égypte, parvint, sans aucune connaissance des lettres ; à retenir de mémoire les divines Écritures, qu’il lui suffisait d’entendre lire, et à en acquérir l’intelligence par ses gages méditations, a-t-il le droit de les insulter ?
A-t-il aussi ce droit, l’esclave barbare devenu chrétien, de qui nous ont parlé dernièrement les hommes les plus graves et les plus dignes de foi ? Sans aucun maître pour lui enseigner les lettres, il en obtint par ses prières une pleine connaissance ; car, après trois jours de supplications, il put, au grand étonnement de ceux qui étaient là ; parcourir à la lecture le volume qui lui fut présenté.
5. Si l’on révoque en doute la véracité de ces faits, je ne lutterai pas. Mais je m’adresse à des chrétiens qui se flattent de connaître les Écritures sans le secours de l’homme ; s’il en est ainsi, ils jouissent assurément d’un grand privilège. Ce qu’ils ne peuvent nier toutefois, c’est que nous avons tous appris notre propre langue par l’habitude de l’entendre parler dès notre première enfance, et que c’est de la même manière, ou par les leçons d’un précepteur, que nous avons acquis la connaissance de toute autre langue étrangère ; grecque ou hébraïque, peu importe. Maintenant dirons-nous à tous nos frères de ne plus en enseigner aucune à leurs enfants, parce qu’en un instant les apôtres remplis des lumières de l’Esprit-Saint descendu sur eux, se sont mis à parler les langues de toutes les nations ; ou que celui qui n’aura pas reçu des dons semblables ne doit pas se regarder comme chrétien, mais douter s’il a reçu le Saint-Esprit ?
Loin de là ; que chacun de nous apprenne humblement de l’homme ce qu’il doit apprendre de lui, et que celui qui instruit les autres communique sans orgueil et sans envie ce qu’il a reçu. Ne tentons point non plus celui à qui nous avons donné notre foi ; trompés par les ruses et la perversité de l’ennemi, peut-être refuserions-nous, pour entendre et apprendre l’Évangile même, d’aller dans les églises en lire le texte sacré, ou en écouter la lecture et la prédication ; peut-être attendrions-nous que nous fussions ravis jusqu’au troisième ciel, soit avec notre corps, soit sans notre corps, ainsi que s’exprime l’Apôtre, pour y entendre des paroles ineffables qu’il n’est. pas permis à l’homme de rapporter, » pour y voir Jésus-Christ, notre Seigneur, et recevoir l’Évangile de sa bouche, plutôt que de celle des hommes.
6. Loin de nous, de telles prétentions, elles sont trop pleines d’orgueil et de dangers ; rappelons-nous plutôt qu’instruit par la voix di vine qui l’avait terrassé du haut du ciel, Paul lui-même fut envoyé vers un homme pour recevoir de lui les sacrements-et être incorporé à l’Église. Après avoir appris de la bouche d’un ange que ses prières avaient été exaucées, et ses aumônes agréées de Dieu, le centurion Corneille fut également adressé à Pierre pour être baptisé de sa main. Il devait non-seulement recevoir de lui les Sacrements, mais encore apprendre ce qu’il faut croire, ce qu’il faut espérer et ce qu’il faut aimer. L’ange, sans doute, pouvait faire tout cela ; mais la condition de l’homme serait bien vile,
si Dieu semblait ne vouloir pas transmettre sa parole aux hommes par l’organe des hommes. Eh ! comment serait vraie cette maxime : « Le temple de Dieu est saint et vous êtes ce temple, » si Dieu ne rendait point d’oracles du sein de ce temple humain, s’il ne faisait plus entendre que du haut du ciel et par le ministère des anges, tout ce qu’il veut faire connaître aux hommes ? Ensuite, si nous n’avions rien à apprendre de nos semblables, la charité elle-même qui nous étreint dans le nœud de l’unité, ne pourrait plus travailler au mélange et à la fusion des cœurs.
7. Aussi l’Apôtre ne renvoya point à un ange cet eunuque qui lisait le prophète Isaïe sans le comprendre ; et. ce qu’il n’entendait point ne lui fut ni expliqué par un ange, ni découvert intérieurement par une révélation divine, sans le concours d’aucun homme. Une inspiration céleste lui adressa Philippe, qui connaissait le prophète Isaïe ; cet apôtre s’assit près de lui, et dans un langage humain lui découvrit ce que cette prophétie avait d’obscur pour lui. Moïse ne conversa-t-il pas avec Dieu ? Cependant il reçut avec prudence et sans orgueil le conseil que lui donnait son beau-père, un étranger, pour le gouvernement et l’administration d’un peuple si nombreux. Ce grand homme savait que, quel que soit celui qui dicte un sage conseil, il faut l’attribuer non à celui qui le donne, mais au Dieu immuable qui est la vérité même.
8. Enfin, celui qui sans avoir étudié aucun précepte, remercie le ciel de lui avoir donné l’intelligence de toutes les obscurités de l’Écriture, celui-là ne se trompe point, car il est vrai que de lui-même il n’a pas cette intelligence ; elle ne vient pas de lui mais du ciel ainsi, il cherche la gloire de Dieu et non la sienne. Cependant, s’il lit et comprend sans aucun interprète humain, pourquoi affecte-t-il d’expliquer lui-même aux autres ? pourquoi ne les renvoie-t-il pas à Dieu ? Eux aussi ne devraient yen à l’homme et ne seraient éclairés que par l’enseignement du Maître intérieur ? Il craint sans doute d’entendre : « Mauvais serviteur, pourquoi ne mettrais-tu pas mon argent entre les mains des banquiers ? »
Ces hommes livrent à d’autres, par leurs discours ou leurs écrits, ce qu’ils comprennent dans les Écritures, et moi, si je livre à mon tour, non-seulement ce qu’ils comprennent, mais encore les règles à observer pour bien comprendre, pourront-ils m’en faire un crime ? Personne ne doit rien considérer comme sa propriété, si ce n’est peut-être le mensonge. Tout ce qui est vrai procède de Celui qui a dit : « Je suis la vérité. » Qu’avons nous en effet que nous n’ayons point reçu ? Et si nous l’avons reçu, pourquoi nous en glorifier comme si. nous ne l’avions point reçu ?
9. Celui qui lit en présence d’auditeurs qui savent lire, exprime sans doute ce qu’il connaît ; mais celui qui enseigne les lettres, apprend aux autres à lire ; chacun d’eux néanmoins ne communique que ce qu’il a reçu. De même exposer ce qu’on comprend dans l’Écriture, c’est remplir en quelque sorte l’office du lecteur qui fait entendre les lettres qu’il connaît ; mais tracer des règles pour conduire à l’intelligence de l’Écriture, c’est ressembler au maître qui enseigne les lettres, c’est-à-dire qui apprend à lire ; et si celui qui sait lire n’est point, quand il rencontre un ouvrage, dans la nécessité de recourir à un lecteur étranger pour connaître ce qui y est écrit, celui qui aura été instruit des règles que je travaille à formuler, pourra également s’en servir comme des lettres ; et s’il vient à rencontrer dans les Saints Livres quelque passage obscur, il ne sera point forcé de chercher un interprète pour en comprendre le sens caché ; mais en marchant dans la voie qui va s’ouvrir, il le pénètrera lui-même sans erreur, du moins sans tomber dans une interprétation absurde ou dangereuse.
Cet ouvrage même pourra montrer suffisamment que mon travail est utile et que c’est à tort qu’on voudrait le blâmer ; cependant si l’on juge que par ces observations préliminaires, nous avons convenablement répondu à tous nos détracteurs, voici ce qui s’offre à nous dès l’entrée de la carrière où nous voulons marcher.
