Du Don de la Persévérance
- 01 — Chapitre premier — Ce qu’on entend ici par persévérance
- 02 — Chapitre II — La persévérance est un don de Dieu. Témoignages de saint Paul, de saint pierre et de saint Cyprien, expliquant l’oraison dominicale
- 03 — Chapitre III — Troisième demande de l’oraison dominicale
- 04 — Chapitre IV — Quatrième demande
- 05 — Chapitre V — Dernières demandes
- 06 — Chapitre VI — On ne saurait perdre, mais on peut obtenir la persévérance
- 07 — Chapitre VII — Dieu veut qu’on lui demande la persévérance au nom de Jésus-Christ
- 08 — Chapitre VIII — Dieu donne aux uns la grace parce qu’il est miséricordieux, il la refuse aux autres sans être injuste
- 09 — Chapitre IX — Les jugements de Dieu sont impénétrables
- 10 — Chapitre X — Pourquoi le Seigneur ne fit-il point ses grands miracles a tyr et a sidon
- 11 — Chapitre XI — Du sort fait par Dieu aux petits enfants
- 12 — Chapitre XII — La grâce de Dieu purement gratuite
- 13 — Chapitre XIII — La grace donnée absolument selon la volonté de Dieu
- 14 — Chapitre XIV — Le dogme de la prédestination ne saurait interdire la prédication
- 15 — Chapitre XV — On peut abuser du dogme de la prescience divine, comme du dogme de la prédestination
- 16 — Chapitre XVI — Quand on doit prêcher et quand on doit taire la vérité
- 17 — Chapitre XVII — Le dogme de la prédestination ne doit pas plus interdire l’exhortation a la vertu que le dogme de la grace en général
- 18 — Chapitre XVIII — La prescience et la prédestination
- 19 — Chapitre XIX — La prédestination enseignée par saint Cyprien, saint Ambroise, saint grégoire de nazianze
- 20 — Chapitre XX — Avant même l’hérésie de Pélage, Augustin enseignait la prédestination
- 21 — Chapitre XXI — Qu’elle ingratitude de nier la grace
- 22 — Chapitre XXII — Manière de prêcher au peuple la prédestination
- 23 — Chapitre XXIII — La prédestination dans les prières de l’église
- 24 — Chapitre XXIV — Modèle de prédestination dans Jésus-Christ fait homme. — Conclusion

Du Don de la Persévérance
Saint Augustin · 137 min de lecture · 2 vues
Traduction de M. l’abbé BARDOT.
In Oeuvres complètes de Saint Augustin, sous la direction de M. Raulx, Tome XVI ème Bar-le-Duc 1871, pp. 349-385.
Dans ce deuxième livre, qui fait suite au livre de la Prédestination et qui est adressé également à Prosper et à Hilaire, saint Augustin démontre : 1° Que la persévérance dans la grâce du Christ est véritablement un don de Dieu ; 2° que pour maintenir l’homme dans les sentiments d’une humilité sincère, il est fort utile de publier cette vérité.
1. Dans un livre précédent, où nous traitions du commencement de la foi, nous avons dit quelques mots de la persévérance : il s’agit maintenant de traiter ce sujet d’une manière plus complète. Or, nous prétendons que la persévérance, par laquelle on demeure jusqu’à la fin en Jésus-Christ, est un don de Dieu. Par le mot de fin, je désigne ici le terme de cette vie où nous ne courons d’autre péril que celui de tomber. Tant qu’un homme vit sur la terre, nous ignorons s’il a reçu ce don précieux. Car, s’il vient à tomber avant de mourir, on dit aussitôt qu’il n’a point persévéré, et on le dit en toute vérité. Comment, en effet, pourrait-on dire que celui qui n’a point persévéré a cependant reçu ou possédé la persévérance ? Si quel qu’un, après avoir vécu dans la chasteté, vient à déchoir de cet état et à tomber dans le vice opposé ; s’il perd de la même manière la justice, la patience, la foi même, on dit avec raison qu’il a possédé, mais qu’il ne possède plus ces vertus : il a été chaste, il a été juste, patient, fidèle autrefois ; mais depuis qu’il a cessé de pratiquer ces vertus, il a cessé d’être ce qu’il était : comment donc un homme qui n’a point persévéré a-t-il pu posséder la persévérance, puisque ceux-là seuls possèdent ce don, qui persévèrent réellement ?
Et qu’on ne vienne point m’opposer ce raisonnement : Si un homme a vécu dix années, par exemple, depuisqu’il a embrassé la foi, et que son apostasie date seulement du milieu de ce temps, ne peut-on pas dire qu’il a persévéré pendant cinq années ? Si l’on croit pouvoir employer e mot de persévérance dans ce sens, je ne dispute point sur les mots : mais on ne peut en aucune manière dire que celui qui n’a point persévéré jusqu’à la fin, a cependant possédé cette persévérance dont nous traitons ici, et par laquelle on persévère réellement jusqu’à la fin en Jésus-Christ. Un homme qui a été chrétien seulement pendant un an, ou même pendant aussi peu de temps que l’on voudra, mais qui a vécu chrétiennement jusqu’à sa mort, a bien plus de part à cette persévérance que celui qui, après avoir été chrétien pendant de longues années, se laisse ébranler dans sa foi quelques instants avant de mourir.
