Du Cantique Nouveau
- 01 — Chapitre premier — Passage de l’ancienne vie a la vie. Nouvelle
- 02 — Chapitre II — Ratons notre marche vers la patrie
- 03 — Chapitre III — De la voie terrestre vers la patrie
- 04 — Chapitre IV — Différentes espèces de voyageurs
- 05 — Chapitre V — La vraie et la fausse prédication
- 06 — Chapitre VI — Erreur des manichéens
- 07 — Chapitre VII — Erreur des ariens
- 08 — Chapitre VIII — Hérésie des pélagiens
- 09 — Chapitre IX — Réfutation des hérésies
- 10 — Chapitre X — Exhortation aux catéchumènes

Du Cantique Nouveau
Saint Augustin · 24 min de lecture · 2 vues
In Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Bar-Le Duc, 1869, Tome XII. P. 323-329.
1. Quiconque désire le baptême de Jésus-Christ désire une vie nouvelle. Qu’il quitte donc la vie ancienne pour parvenir à la vie nouvelle : N’y eut-il pas l’Ancien Testament, l’ancien cantique, l’homme ancien ? aujour d’hui c’est le Testament nouveau, le cantique nouveau pour l’homme nouveau. Prouvons ce que nous disons par les témoignages des saintes Écritures. Nous lisons dans Jérémie : « Voici que des jours viennent, dit le Seigneur, et j’accomplirai mon testament nouveau sur la maison de Juda ». David dit également « O Dieu, je vous chanterai un cantique nouveau » ; et encore : « Chantez au Seigneur un cantique nouveau ». L’apôtre saint Paul ajoute : « Vous dépouillant du vieil homme, revêtez le nouveau » ; et ailleurs : « Tout ce qui était ancien est passé, tout est devenu nouveau ».
Quelles choses anciennes sont passées ? lesquelles sont devenues nouvelles ? Si j’ai un auditeur spirituel, non-seulement il comprend, mais il voit ce qui est devenu nouveau. Si au contraire il est parmi vous un auditeur charnel qui juge tout par les yeux de la chair et rien par l’esprit, il sourit et répond : Je vous en prie, dites-moi ce qui est devenu nouveau. Le ciel que je vois n’est-ce pas celui que je contemplais auparavant, et les étoiles brillent-elles d’un nouvel éclat ? Le soleil ne parcourt-il pas toujours la même carrière pendant le jour, et la lune pendant la nuit ? La mer a-t-elle rompu ses digues, ou la terre enfanté des productions nouvelles ? Comme au commencement le jour n’est-il plus de douze heures, sauf à s’accroître
en été et à décroître en hiver ? Parmi les mortels a-t-on cessé de mourir, a-t-on cessé de naître ? Si donc tout se passe comme au commencement, si tout a conservé son mouvement et sa fin, pourquoi vient-on nous dire : « Tout ce qui était ancien est passé, tout est devenu nouveau ? » Paul, répondez à celui qui nous pose cette question ; devant vous surtout je sens mon impuissance, répondez pour moi. Écoutez donc l’Apôtre. Auditeur charnel, pourquoi cherchez-vous à tout voir par les yeux de la chair ? Elevez plus haut votre esprit, afin que vous puissiez comprendre cette parole : « Tout ce qui était ancien est passé, tout est devenu nouveau ». Quelles choses anciennes sont passées, lesquelles sont devenues nouvelles ?
« Le premier homme est l’homme terrestre formé de la terre ; et le second homme est l’homme céleste descendu du ciel ». Adam, l’homme ancien fait du limon de la terre, est passé ; Jésus-Christ est venu, le Dieu homme envoyé du ciel. La vétusté des esprits est passée ; la nouveauté des croyants est venue ; la vie charnelle est passée et remplacée par la vie spirituelle. Est-ce peu de chose que cette nouveauté démontrée par l’Homme-Dieu au point qu’en mourant il s’est chargé de votre vieillesse, qu’en ressuscitant il a montré en lui votre jeunesse, et qu’en montant au ciel il a affermi votre droit à la gloire ? Les choses anciennes sont passées ; quelles choses anciennes ? Celles qui vous rendaient enfants d’Adam, enfants charnels. Quelles choses sont devenues nouvelles ? C’est que vous êtes devenus enfants de Dieu, enfants spirituels. Tout ce qui était ancien est passé ; vous étiez terre : tout est devenu nouveau ; vous êtes presque devenus célestes. Car « les cieux racontent la gloire de Dieu ». Vous paraît-il impossible de devenir des
hommes célestes, quand vous n’êtes encore que des hommes terrestres ? Celui qui a fait de rien le ciel et la terre, ne peut-il pas de la terre faire le ciel ? Les choses anciennes sont passées ; vous adoriez des pierres : tout est devenu nouveau, vous adorez le vrai Dieu. Les choses anciennes sont passées ; la mortalité n’est plus : tout est devenu nouveau, l’immortalité a été promise. Les choses anciennes sont passées ; toute chair avait péri par le péché de l’homme et de la femme : tout est devenu nouveau ; la chair a été renouvelée par l’enfantement miraculeux d’une Vierge. Les choses anciennes sont passées ; la nation ancienne a disparu : tout est devenu nouveau ; Jérusalem la cité céleste de la nouveauté a surgi dans sa puissance. Vous désirez donc parvenir à cette cité nouvelle, vous qui avez inscrit vos noms dans le livre de vie.
