Discours sur les Psaumes 11 à 20
- 01 — Discours sur le psaume XI — Les élus sur la terre
- 02 — Discours sur le psaume XII — Soupirs du juste
- 03 — Discours sur le psaume XIII — Les blasphèmes
- 04 — Discours sur le psaume XIV — Le vrai juste
- 05 — Psaume pour David (ps XIV, 1)
- 06 — Discours sur le psaume XV — Le chant de la résurrection
- 07 — Discours sur le psaume XVI — L’église de la terre
- 08 — Discours sur le psaume XVII — Chant de délivrance
- 09 — Discours sur le psaume XIX — Le Christ dans sa passion

Discours sur les Psaumes 11 à 20
Saint Augustin · 82 min de lecture · 12 vues
Ici-bas les justes sont en butte aux manoeuvres scandaleuses des impies. Le Seigneur les console par la promesse du Sauveur, qui mettra fin aux gémissements des opprimés.
POUR LA FIN, PSAUME DE DAVID POUR L’OCTAVE (Ps. XI, 1).
1. Nous avons dit, au psaume sixième, que cette octave peut s’entendre du jour du jugement. L’octave peut se dire encore de Cᵉ siècle éternel que Dieu doit donner aux saints, quand sera écoulé ce temps qui marche de sept jours en sept jours.
3. « Chacun tient à son prochain le langage du mensonge (Id.3) ». Par prochain, il faut comprendre tout homme, puis qu’il n’est permis de nuire à personne, et que « l’amour du prochain ne fait point ce qui est mal (Rom. XIII, 10). Leurs lèvres sont trompeuses, ils parlent en un coeur et en un coeur (Ps XI, 3), d’une manière perverse. Cette répétition » en un coeur et en un cœur », montre la duplicité.
4. « Que le Seigneur perde toutes les lèvres trompeuses ». « Toutes les lèvres », dit le Prophète, afin que nul ne se croie exempt : comme l’Apôtre a menacé de l’affliction l’âme de tout homme qui fait le mal, du juif d’abord, puis du gentil (Rom. II, 9), « La langue qui se glorifie » est la langue de l’orgueilleux.
5. « Ils ont dit : Nous glorifierons nos paroles, nos lèvres sont indépendantes, qui nous dominera (Ps. XI, 5) ? » Ce langage est celui des superbes et des hypocrites, qui espèrent de leur langage la séduction des hommes, et qui sont indociles à Dieu.
6. « À cause de la désolation des opprimés, et des gémissements des pauvres, je me lèverai, dit le Seigneur (Ps. XI, 6) ». C’est ainsi que, dans l’Évangile, le Seigneur prend en pitié ce peuple disposé à l’obéissance, mais qui n’avait point de pasteur. Aussi disait-il : « La moisson est abondante, mais il y a peu d’ouvriers (Matt. IX, 37) ». Nous pouvons attribuer ces paroles à Dieu le Père, qui a daigné envoyer son Fils à cause des pauvres et des misérables, c’est-à-dire de ceux qui étaient dans la pauvreté, dans l’indigence des biens spirituels. De là vient qu’il commença son discours sur la montagne en s’écriant : « Bienheureux les pauvres en esprit, parce que le royaume des cieux leur appartient (Id. V, 3). » Je mettrai dans le Sauveur », il ne dit point ce qu’il mettra, mais « dans le Sauveur » se doit entendre de Jésus-Christ, d’après cette parole : « Mes yeux ont vu votre Sauveur (Luc, II, 30) ».
Dès lors nous devons comprendre qu’il a mis dans le Sauveur ce qui est nécessaire pour mettre fin à la misère des pauvres, et consoler le gémissement des opprimés. « J’agirai en lui avec confiance » ; ainsi qu’il est dit dans l’Évangile, « que Jésus les enseignait comme ayant autorité, et non comme leurs scribes (Matt. VII, 29) ».
7. « Les paroles du Seigneur sont des paroles pures (Ps. XI, 7) ». C’est le Prophète qui, en son propre nom, apprécie « les paroles du Seigneur comme des paroles pures ». Ces paroles sont pures, parce que le déguisement ne les a point altérées. Beaucoup prêchent la vérité, mais non d’une manière pure, car ils l’échangent contre les avantages de ce monde. C’est de ceux-là que l’Apôtre a dit qu’ils n’annoncent pas Jésus-Christ avec des vues pures (Philipp. I, 17). « C’est un argent que le feu a purifié de toute terre ». Car la persécution excitée par les impies a éprouvé la parole du Seigneur. « Purifié sept fois », par la crainte de (Isa. XI, 2) Dieu, par la piété, par la science, par la force, par le conseil, par l’intelligence et par la sagesse (Matt.
V, 3-9). Les degrés de béatitude sont aussi au nombre de sept, et le Seigneur les énumère dans un même discours sur la montagne, rapporté par saint Matthieu : « Bienheureux les pauvres en esprit, bienheureux ceux qui sont doux, bienheureux ceux qui pleurent, bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, bienheureux les miséricordieux, bienheureux ceux qui ont le coeur pur, bienheureux les pacifiques (Id. VII, 29). Ce sont là sept chefs principaux, dont tout le discours peut être regardé comme le développement. Car le huitième : « Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice », désigne ce feu qui a sept fois épuré l’argent. C’est à la fin de ce sermon qu’il est dit de Jésus-Christ qu’ « il enseignait comme ayant l’autorité, et non comme leurs scribes (Id. VII, 29) », ce qui a rapport à ces paroles : « J’agirai en lui avec confiance (Ps. XI, 6) ».
8. « Pour vous, Seigneur, vous nous garderez, et nous préserverez éternellement de cette génération (Id. 8) », ici-bas comme des pauvres et des opprimés, là-haut comme des riches et des opulents.
9. « Les impies tournent dans leur cercle (Id. 9) » ; c’est-à-dire qu’ils sont insatiables de ces biens temporels, et cette soif est comme une roue qui accomplit sa révolution en sept jours, et qui n’arrive jamais à l’octave ou à l’éternité, qui fait le titre du psaume. Salomon a dit aussi : « Un roi sage dissipe les impies, et leur envoie un cercle de maux (Prov. XX, 26) ». « Dans la profondeur de vos jugements, vous multipliez les enfants des hommes (Ps. XI, 9) ». Parce qu’il y a dans les choses du temps, cette multiplicité qui nous éloigne de l’unité de Dieu. « De là vient que le corps corruptible appesantit l’âme, et cette habitation terrestre abat l’esprit, capable des plus hautes pensées (Sag. IX, 15) ».Or, les justes se multiplieront selon la profondeur de Dieu, quand ils s’élèveront de vertu en vertu (Ps. LXXXIII, 8).
