Des Hérésies
- 01 — Chapitre I — Les Simoniens étaient attachés au parti de Simon le Magicien, dont il est parlé aux…
- 02 — Chapitre XII — À ce qu’on dit, les Sécundiens se confondraient avec les Valentiniens, s’ils…
- 03 — Chapitre XX — Les Archonticiens tiraient leur nom des principautés auxquelles ils attribuaient la…
- 04 — Chapitre XXV — Les Tatianistes, ainsi appelés de Tati en, leur maître, portent aussi le nom…
- 05 — Chapitre XXVI — Les Cataphrygiens
- 06 — Chapitre XXX — Les Aloges, ou, comme qui dirait, les hommes sans verbe, (parce qu’en grec, ?
- 07 — Chapitre XXXII — Les Elcéséens et les Sampséens, dont Epiphane fait ensuite mention comme si c’était ici…
- 08 — Chapitre XXXV — Les Bardésanistes furent ainsi nommés d’un certain Bardésane, qui fut d’abord un…
- 09 — Chapitre XXXIX — D’après le témoignage d’Epiphane, on ne rencontre plus d’Angéliques, c’est-à-dire, de…
- 10 — Chapitre XLI — Noet, dont il vient d’être question, eut pour disciple Sabellius, maître des Sabelliens…
- 11 — Chapitre LXIII — Les Passalorynchites s’étudient tellement au silence, que, pour ne pas le rompre, quand…
- 12 — Chapitre LXVI — Les Floriniens, disciples d’un prêtre nommé Florin, qui rapportait à Dieu la création…
- 13 — Chapitre LXVIII — D’autres hérétiques marchent toujours nu-pieds, parce que le Seigneur a dit soit à…
- 14 — Chapitre LXXI — Philastre parle d’autres hérétiques qui ne prennent aucun repas avec leurs semblables
- 15 — Chapitre LXXIII — Une autre secte prétend qu’en Jésus-Christ la divinité a souffert au moment où son…
- 16 — Chapitre LXXXIV — Les Helvidiens étaient disciples d’Hélvidius : ils soutenaient une opinion tout opposée…

Des Hérésies
Saint Augustin · 59 min de lecture · 7 vues
1. Le nom de Quodvultdeus signifie : Ce que Dieu veut. essayer, demander, chercher, frapper, le résultat me semble toujours incertain : une seule chose est pour moi hors de doute ; c’est que je ne puis ni demander, ni chercher, ni frapper suffisamment, si Dieu ne m’en inspire le désir et la volonté. J’entreprends donc ce, travail sur tes pressantes instances, et pour me conformer à la volonté de Dieu : mais, pour m’aider à parvenir au terme, ce n’est point assez, tu le vois, de me presser par d’incessantes demandes ; il faut aussi me soutenir de tes ardentes prières : il. faut, de plus, engager à intercéder auprès de Dieu en ma faveur ceux de tes frères que tu pourras déterminer à le faire avec toi. Voilà pourquoi, le Seigneur aidant, je me suis hâté d’envoyer à ta Charité la première partie de mon livre et ce prologue.
Tous ceux d’entre vous qui pourront connaître, par ce moyen, que j’ai déjà mis la main à l’œuvre, sauront combien ils doivent m’assister près de Dieu pour l’achèvement du travail immense que vous désirez me voir mener à bonne fin. Si je juge de tes désirs par la teneur même de ta première lettre de demande, tu voudrais un traité court, concis et sommaire dans lequel je ferais connaître toutes les hérésies qui ont existé et qui existent encore, depuis l’origine de la religion chrétienne, héritage divin promis à nos pères : quelles erreurs les hérétiques ont soutenues et soutiennent : ce qu’à l’encontre de l’enseignement catholique ils ont pensé autrefois et pensent aujourd’hui sur la foi, la Trinité, le baptême, la pénitence, l’humanité et la divinité du Christ, la résurrection, le Nouveau et l’Ancien Testament.
Mais comprenant que la réponse à de telles questions serait de grande étendue, il t’a paru utile qu’on y joignit un abrégé contenant en général, as-tu dit, tout ce en quoi. ils s’écartent de la vérité. Puis, tu as ajouté : « Quelles sont les sectes qui confèrent le baptême ou ne le confèrent pas ? Celles dont l’Église baptise les anciens adeptes, sans néanmoins rebaptiser. Comment, enfin, reçoit-elle ceux qui reviennent à elle ? Que répond-elle à chacun d’eux d’après la loi, l’autorité et la raison ? » Ces diverses questions me font admirer l’élévation d’un esprit qui souhaite si vivement connaître la vérité en tant de grandes choses, et qui, néanmoins, réclame la brièveté pour éviter l’ennui. Tu t’es aussi aperçu de ce que pouvait me suggérer ce passage de ta lettre ; aussi, tu as couru au-devant de ma pensée en ajoutant : « Que votre béatitude le croie bien ; je suis assez clairvoyant pour imaginer le nombre et la grandeur des volumes qu’il faudra pour résoudre ces questions ; mais ce n’est pas ce que je demande, nous l’avons déjà ».
Aussi, pour m’indiquer, sous forme de conseil, la manière de demeurer concis tout en exposant la vérité, tu reviens à ta première recommandation : « Surtout, que votre méthode soit brève et serrée dans ce compendium, où vous exposerez, suffisamment pour instruire, les opinions de chaque hérésie, et la doctrine de l’Église catholique opposée à chacune d’elles ». Mais c’est de nouveau réclamer un long ouvrage ; non pas qu’on ne puisse ou qu’on ne doive l’exécuter avec concision, mais parce qu’il y a tant de sujets à traiter, qu’il est indispensable d’y consacrer un grand nombre de pages ; et pourtant tu me dis : « Faites un résumé complet si quelqu’un veut connaître d’une manière plus ample, plus claire et plus approfondie, l’objection et la réponse, il ira consulter les précieux et magnifiques ouvrages écrits sur ces matières par différents auteurs, et surtout par votre révérence ».
En t’exprimant de la sorte, tu me demandes donc comme un mémorial complet de toutes les erreurs et des vérités que leur oppose l’Église. Voici ma réponse. Un savant du nom de Celse a réuni, en six volumes assez considérables, les opinions de tous les fondateurs des sectes philosophiques qui ont paru jusqu’à son temps : il ne pouvait aller plus loin ; mais il n’en a réfuté aucune : il les a exposées en assez peu de mots pour ne point prendre à tâche de les blâmer ou de les louer, de les soutenir ou de les défendre, se bornant à les énumérer et à les faire connaître : il parle d’une centaine de philosophes, et pourtant, tous n’ont pas établi une erreur nouvelle : mais il a pensé qu’il fallait citer même ceux qui avaient suivi les erreurs de leurs maîtres sans y rien changer.
Nous avons encore six, livres, rédigés par un des nôtres, Epiphane, évêque de Chypre. Cet auteur, mort depuis peu de temps, parle de quatre-vingts hérésies ; mais, à l’exemple de Celse, il ne fait qu’un simple récit dépouillé de toute polémique en faveur de la vérité contre l’erreur. Ces écrits sont très-succincts, et si on voulait les réunir en un seul volume, il serait loin d’équivaloir en étendue à tels autres livres écrits par d’autres ou par nous. Si j’imite sa brièveté, tu n’auras ni ce que tu réclames de moi, ni ce que tu es en droit d’en attendre. L’essentiel pour moi, en ce moment, n’est donc pas de suivre les traces d’Epiphane ; les preuves que je t’en donnerai, et ta pénétration d’esprit suffiront à te le faire comprendre, lorsque j’aurai terminé mon ouvrage.
En lisant les livres de cet écrivain, tu verras tout ce qui leur manque pour ressembler au travail que tu me demandes de faire, et à plus forte raison, à celui que je conçois moi-même. Tu demandes une réfutation courte, concise et sommaire de toutes les hérésies qu’on énumérera ; mais, enfin, tu veux qu’on les réfute ; c’est ce qu’Epiphane n’a pas fait. Pour moi, Dieu aidant, je veux aller plus loin : avec mon livre, il sera possible d’éviter toute hérésie connue ou inconnue on pourra devenir capable de juger sainement de celles qui pourraient surgir. Sache-le bien toute erreur n’est pas une hérésie ; quoique aucune opinion mauvaise ne puisse être une hérésie qu’autant qu’elle s’appuie sur quelque erreur. À mon avis, il est très-difficile sinon impossible, de comprendre, d’une manière précise, ce qui constitue l’hérésie : je m’efforcerai, néanmoins, de l’expliquer dans le cours de cet ouvrage, si le Seigneur daigne éclairer mon intelligence et diriger mon raisonnement vers le but que je me propose d’atteindre : lors même que nous ne parviendrions point à connaître le caractère distinctif de l’hérésie, nous verrons et nous dirons en temps et lieu, de quelle utilité peuvent être nos recherches ; car si nous réussissons à avoir une idée juste, il est facile de comprendre quel avantage on en retirera.
La première partie de cet ouvrage roulera donc sur les hérésies qui ont attaqué la doctrine de Jésus-Christ, depuis sa venue en ce monde et son ascension glorieuse, autant, du moins, que nous avons pu les connaître : dans la seconde, nous chercherons à bien définir en quoi consiste l’hérésie. Lorsque le Seigneur fut monté au ciel, on vit paraître : I. Les Simoniens, II. Les Ménandriens, III. Les Saturniniens, IV. Les Basilidiens, V. Les Nicolaïtes, VI. Les Gnostiques, VII. Les Carpocratiens, VIII. Les Cérinthiens ou Mérinthiens, IX. Les Nazaréens, X. Les Ebionites, XI. Les Valentiniens, XII. Les Sécundiens, XIII. Les Ptolémaïtes, XIV. Les Marcites, XV. Les Colorbasiens, XVI. Les Héracléonites, XVII. Les Ophites, XVIII. Les Caïnites, XIX. Les Séthiens, XX.
Les Archonticiens, XXI. Les Cerdoniens, XXII. Les Marcionites, XXIII. Les Apellites, XXIV. Les Sévériens, XXV. Les Tatianites ou Encratites, XXVI. Les Cataphrygiens, XXVII. Les Pépuziens ou Quintilliens, XXVIII. Les Artotyrites, XXIX. Les Tessarescédécatites, XXX. Les Alogiens, XXXI. Les Adamiens, XXXII. Les Elcéséens et les Sampséens, XXXIII. Les Théodotiens, XXXIV. Les Melchisédéciens, XXXV. Les Bardésanistes, XXXVI. Les Noétiens, XXXVII. Les Valésiens, XXXVIII. Les Cathares ou Novatiens, XXXIX. Les Angéliques, XL. Les Apostoliques, XLI. Les Sabelliens ou Patripassiens, XLII. Les Origénistes, XLIII. D’autres Origénistes, XLIV. Les Paulinianistes, XLV. Les Photiniens, XLVI. Les Manichéens, XLVII. Les Hiéracites, XLVIII. Les Méléciens, XLIX.
Les Ariens, L. Les Vadianites ou Anthropomorphites, LI. Les Semi-Ariens, LII. Les Macédoniens, LIII. Les Aériens, LIV. Les Aétiens ou Eunomiens, LV. Les Apollinaristes, LVI. Les Antidicomarites, LVII. Les Massaliens ou Euchites, LVIII. Les Métangismonites, LIX. Les Séleuciens ou Hermiens, LX. Les Proclianites, LXI. Les Patriciens, LXII. Les Ascites, LXIII. Les Passalorynchites, LXIV. Les Aquariens, LXV. Les Coluthiens, LXVI. Les Floriniens, LXVII. Ceux qui ne sont pas d’accord sur l’état du monde, LXVIII. Ceux qui marchent nu-pieds, LXIX. Les Donatistes ou Donatiens, LXX. Les Priscillianistes, LXXI.Ceux qui ne mangent pas en société, LXXII. Les Rhétoriens, LXXIII. Ceux qui disent qu’en Jésus-Christ la divinité a souffert, LXXIV. Ceux qui reconnaissent trois formes en Dieu, LXXV.
Ceux qui disent l’eau coéternelle à Dieu, LXXVI. Ceux qui ne veulent pas voir dans l’âme l’image de Dieu, LXXVII. Ceux qui pensent que les mondes sont innombrables, 4 LXXVIII. Ceux qui soutiennent que les âmes se changent en démons ou en animaux, LXXIX. Ceux qui prétendent que, par sa descente aux enfers, le Christ a délivré toutes les âmes, LXXX. Ceux qui soutiennent que la génération divine du Christ a eu lieu dans le temps, LXXXI. Les Lucifériens, LXXXII. Les Jovinianistes, LXXXIII. Les Arabiques, LXXXIV. Les Helvidiens, LXXXV. Les Paterniens ou Vénustiens, LXXXVI. Les Tertullianistes, LXXXVII. Les Abéloïtes, LXXXVIII. Les Pélagiens ou Célestiens.
Les Simoniens étaient attachés au parti de Simon le Magicien, dont il est parlé aux Actes des Apôtres. Ce personnage reçut le baptême de la main de saint- Philippe, et quand il vit que les Apôtres donnaient le Saint-Esprit par l’imposition des mains, il leur offrit de l’argent pour obtenir d’eux le même pouvoir. Ses magies lui avaient servi à tromper un grand nombre de personnes ; et il enseignait l’abominable communauté des femmes. Selon lui, Dieu n’a pas créé le monde : les corps ne doivent pas ressusciter. Il assurait qu’il était le Christ, et se faisait passer pour Jupiter : Minerve était personnifiée par lui en une personne de mauvaise vie, nommée Hélène, dont il avait fait la complice de ses crimes ; il donnait à ses disciples son portrait et celui de cette concubine, comme des objets dignes d’adoration, et à Rome il les avait fait placer, par autorité publique, parmi les images des dieux.
Ce fut dans cette ville que saint Pierre mit fin à ses magies, en le faisant mourir, parla vertu toute-puissante de Dieu. II. Le chef des Ménandriens fut Ménandre, magicien lui-même comme Simon, son maître : il attribuait la création du monde, non à Dieu, mais aux anges. III. Les Saturniniens reçurent leur nom de Saturnin, qui établit en Syrie l’hérésie de Simon. Suivant eux encore, sept anges ont seuls formé le monde à l’insu de Dieu le Père. IV. La doctrine des Basilidiens, disciples de Basili de, différait de celle des Simoniens, en ce qu’ils comptaient autant de cieux qu’il y a de jours dans l’année, trois cent soixante-cinq. Aussi regardaient-ils comme saint le mot aß ?asa ?, 1. Act. VIII, 9-19. dont les lettres, suivant la manière de compter des Grecs, forment un pareil nombre.
Il y en a sept : a, ß, ?, a, s, a, ?, ; c’est-à-dire, un, deux, cent, un, deux cent, un, soixante : ce qui fait, en tout, trois cent soixante-cinq. V. Les Nicolaïtes tiraient leur nom de Nicolas, l’un des sept diacres qui avaient été ordonnés par les Apôtres. Accusé d’un attachement excessif à une très-belle femme qu’il avait épousée, Nicolas voulut dissiper ce soupçon et offrit, dit-on, de la livrer à quiconque voudrait devenir son mari. Ce fait servit de prétexte à la formation d’une secte corrompue dans laquelle s’établit la communauté des femmes. Les Nicolaïtes ne font aucune difficulté de se nourrir de viandes immolées aux idoles, et pratiquent d.’ autres cérémonies du culte païen. Ils racontent encore, sur le monde, des choses vraiment fabuleuses, mêlant à leurs discours je ne sais quels noms barbares de princes, propres à effrayer leurs auditeurs, plus capables de faire rire que de faire trembler les personnes prudentes.
Ils attribuent aussi la création, non à Dieu, mais à des esprits auxquels ils croient réellement, ou que leur folle vanité les porte à imaginer. 1. Act. VI, 5. pour ainsi parler, moins par une grande science, que par une grande et ’vaniteuse manie de raconter des fables. On dit aussi qu’au nombre de leurs dogmes se trouve celui d’un Dieu bon et d’un Dieu mauvais. VII. Les Carpocratiens suivent les enseignements de Carpocrate : toute action honteuse, tout raffinement d’immoralité leur sont connus. Il est, selon eux, impossible d’éviter les principautés et les puissances, de traverser leurs légions pour atteindre à un ciel plus élevé, sans assouvir toutes les convoitises de la chair, car elles plaisent à ces esprits.On raconte aussi que, d’après l’opinion de Carpocrate, Jésus n’avait été qu’un simple homme, né de Joseph et de Marie, mais doué d’un esprit si élevé, qu’il connaissait les choses célestes et devait les annoncer à ses semblables.
La Loi et la résurrection des corps étaient, l’une et l’autre, une pure chimère, et la création de l’univers n’avait point Dieu pour cause : elle n’avait eu lieu que par le pouvoir de je ne sais quelles intelligences. Cette secte a, dit-on, compté parmi ses membres, une femme nommée Marcelline, qui rendait un culte d’adoration à Jésus, à Homère et à Pythagore, et brûlait de l’encens devant leurs images. VIII. Les Cérinthiens, ainsi appelés de Cérinthe, étaient les mêmes que les Mérinthiens, à qui Mérinthe aurait donné son nom. Ils attribuaient aux anges la création du monde, et recommandaient la circoncision et l’observation d’autres préceptes de la loi Mosaïque pareils à celui-là. Suivant leurs assertions, Jésus n’avait été qu’un homme ; il n’était pas ressuscité, mais il devait, un jour, sortir d’entre les morts.
Après qu’il serait revenu à une nouvelle vie, commencerait son règne sur la terre, et alors, pendant un espace de mille ans, ses élus s’adonneraient à tous les plaisirs de la table et de la débauche. Voilà pourquoi on les a nommés Chiliastes. IX. Tout en reconnaissant que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, les Nazaréens accomplissaient scrupuleusement les prescriptions de l’ancienne Loi, dont les chrétiens ont appris, à l’école des Apôtres, à comprendre le sens spirituel, et à délaisser l’observance charnelle. X. Aux yeux des Ebionites, Jésus-Christ n’était, non plus, qu’un homme les préceptes 1. Cité de Dieu, liv. XX, ch. 7. — 2. Liv. I, contre Cresconius, ch. XXXI. charnels de la Loi, la circoncision et toutes les autres observances, dont nous a délivrés le Nouveau Testament, étaient choses sacrées pour eux.
Epiphane assimile à ces hérétiques les Sampséens et les Elcéséens, au point d’en faire les membres d’une même secte, et de les désigner sous le même numéro, quoiqu’il remarque entre eux quelques divergences d’opinion : néanmoins, dans la suite, il parle d’eux en particulier, et leur assigne un rang à part. A en croire Eusèbe, les Elcéséens disaient qu’en temps de persécution il est permis de renier extérieurement la foi, pourvu qu’on y reste attaché dans le fond du coeur. XI. Les Valentiniens. Valentin, leur chef, avait imaginé une foule de fables sur la nature des choses, entre autres, trente Eons ou siècles. Le principe de tous les Eons étaient le silence et la profondeur, à laquelle il donnait le nom de père. De tous les deux, comme de deux époux, étaient nés l’esprit et la vérité, qui, avaient produit huit Eons en l’honneur de leur père.
L’esprit et la vérité avaient, de même, deux enfants, la parole et la vie, qui avaient, à leur tour, engendré dix Eons : puis, la parole et la vie avaient mis au monde l’homme et l’Église, qui avaient eux-mêmes enfanté douze Eons : d’où résultaient trente Eons, qui avaient, comme nous l’avons fait remarquer, pour premier principe, la profondeur et le silence. Le Christ, envoyé par le père, c’est-à-dire, par la profondeur, n’avait apporté en ce monde qu’un corps spirituel et céleste : la Vierge Marie ne lui avait rien donné de sa substance : elle avait été, pour lui, comme un canal ou un vaisseau, où il était passé, sans y rien prendre de charnel. La résurrection de la chair n’aura jamais lieu : l’esprit et l’âme de l’homme ne parviendront au salut que par les mérites de Jésus-Christ.
