De la Prédestination des Saints
- 01 — Chapitre premier — Saint Augustin se rend au désir qui lui est manifesté
- 02 — Chapitre II — La foi est elle-même un don de Dieu
- 03 — Chapitre III — Erreur de saint Augustin sur cette matière, avant son épiscopat
- 04 — Chapitre IV — Nous avons tout reçu de Dieu
- 05 — Chapitre V — La grace seule discerne les hommes entre eux
- 06 — Chapitre VI — Les voies de Dieu sont impénétrables
- 07 — Chapitre VII — La foi et les oeuvres
- 08 — Chapitre VIII — La parole et l’enseignement du Père
- 09 — Chapitre IX — Saint Augustin justifie le langage tenu par lui a une autre epoque
- 10 — Chapitre X — La foi est un don de Dieu
- 11 — Chapitre XI — C’est Dieu qui nous fait faire le bien
- 12 — Chapitre XII — Nous serons jugés sur nos oeuvres réelles
- 13 — Chapitre XIII — Le baptême n’est pas donné dans la prévision de la pénitence
- 14 — Chapitre XIV — Les pélagiens condamnés par l’Écriture et la tradition
- 15 — Chapitre XV — L’humanité de Jésus-Christ prédestinée gratuitement
- 16 — Chapitre XVI — Les dons et la vocation de Dieu sont sans repentance
- 17 — Chapitre XVII — C’est Dieu qui le premier choisit les hommes
- 18 — Chapitre XVIII — Dieu nous a choisis afin que nous fussions saints et immaculés
- 19 — Chapitre XIX — Dieu opère en nous le commencement même de la foi
- 20 — Chapitre XX — Dieu agit surtout en vue de notre bonheur éternel
- 21 — Chapitre XXI — Conclusion

De la Prédestination des Saints
Saint Augustin · 106 min de lecture · 3 vues
Traduction de M. l’abbé BURLERAUX.
In Oeuvres complètes de Saint Augustin, sous la direction de M. Raulx, Tome XVI ème Bar-le-Duc 1871, pp. 321-348
Le parti des semi-pélagiens, dans les Gaules, avait pour chef le célèbre Jean Cassi en, fondateur de l’abbaye de Saint-Victor, à Marseille. Saint Prosper d’Aquitaine, illustre disciple d’Augustin sur la Grâce, et retiré temporairement à Marseille, était chaque jour le témoin attristé des luttes soutenues par les plus hauts personnages de la Gaule contre la doctrine de l’évêque d’Hippone. Dans une lettre qu’il adressa à ce dernier, il le mit au courant de tout ce qui se passait autour de lui et le supplia de venir en aide à la vérité méconnue. Il cite même au nombre des adversaires le grand évêque d’Arles, Hilaire. Un autre laïque vint unir sa faible voix à celle de saint Prosper ; ce fut Hilaire, moine de Syracuse, lequel marque avec plus de précision encore que saint Prosper les divers points sur lesquels les semi-pélagiens des Gaules s’éloignaient de la doctrine de saint Augustin. C’est donc à la prière de ces deux chers fils que saint Augustin composa deux nouveaux livres : celui de la Prédestination des Saints et celui du Don de la Persévérance.
Dans le premier de ces deux livres, le Docteur réunit les preuves les plus frappantes, tirées de l’Écriture, pour établir que la foi est un don de Dieu, et non pas l’oeuvre,de la volonté humaine ; il raconte son erreur à ce sujet depuis l’année 394 jusqu’à l’année 397, époque de ses livres à Simplici en, et cite sa rectification sur ce point. Il parle d’une vocation qui se fait selon le décret de la volonté de Dieu, vocation, qui n’est pas commune à tous les appelés, mais qui est particulière aux prédestinés ; il caractérise la différence entre la prédestination et la grâce ; l’une est la préparation de la grâce dans les conseils de Dieu, l’autre est le don actuel qu’il nous en fait. On ne saurait lire ces deux livres sans un respect particulier et une sorte d’émotion religieuse, car ce sont les derniers ouvrages que saint Augustin ait achevés.
1. Nous connaissons ces paroles de saint Paul aux Philippiens : « Il ne m’est pas pénible, et il vous est avantageux que je vous écrive les mêmes choses ». Toutefois, écrivant aux Galates, et remarquant qu’il avait assez fait pour eux, et qu’il ne leur avait pas épargné le ministère de la parole, le même Apôtre s’écriait : « Du reste, que personne n’exige de moi de nouveaux travaux », ou selon plusieurs manuscrits : « Que personne ne me cause de nouvelles peines ». De mon côté, je ne puis taire la peine que j’éprouve, en voyant l’économie de la grâce toujours attaquée malgré le nombre et l’évidence des oracles divins qui en prouvent si bien la gratuité absolue, car la grâce n’est plus une grâce si elle est donnée à cause et en proportion de nos mérites. Toutefois, frères bien-aimés, Prosper et Hilaire, le zèle et la charité avec lesquels vous protestez contre ces erreurs qui ont déjà fait tant de victimes ; le désir si pressant que vous me témoignez de recevoir de moi un nouvel ouvrage après tant de livres et de lettres que
j’ai composés sur cette matière ; tout cela m’inspire pour vous une affection que je ne puis dépeindre, et cependant je n’ose dire encore que je vous aime comme je le dois. Voilà pourquoi je ne puis me refuser à vous répondre, et à traiter, non point avec vous, mais par vous, un sujet qui me paraissait épuisé.
2. Dans mes lettres je crois voir ces frères pour lesquels vous déployez un zèle si louable, afin de les détromper sur cette sentence poétique : « Chacun est à soi-même sa propre espérance », et de leur épargner cette condamnation port plus poétique, mais prophétique : « Maudit soit celui qui place dans l’homme son espérance » ; il me semble dès lors que je dois les traiter comme l’Apôtre traitait ceux à qui il disait : « Si vous avez quelque autre sentiment de vous-mêmes, Dieu vous révélera ce que vous devez en croire ».En effet, la prédestination des saints est pour eux une matière entièrement ignorée ; et cependant, s’ils ont sur ce point quelque autre sentiment, Dieu leur révélera ce qu’ils doivent en croire pourvu qu’ils profilent des lumières qui déjà leur ont été données. Voilà pourquoi ces paroles : « Si vous avez quelque autre sentiment de vous-mêmes, Dieu vous révélera ce que vous devez en croire », sont immédiatement
suivies de celles-ci : « Cependant, pour ce qui regarde les connaissances auxquelles nous sommes déjà parvenus, appliquons-les fidèlement ».
Or, ces frères, que vous entourez d’une sainte et affectueuse sollicitude, en sont arrivés à croire avec l’Église de Jésus-Christ, la transmission du péché du premier homme au genre humain tout entier, et pour effacer cette souillure l’application nécessaire à chacun de la justice du second Adam. Ils avouent également que la volonté des hommes est prévenue par la grâce de Dieu, et que personne ne peut se suffire à lui-même, soit pour commencer, soit pour compléter une bonne oeuvre. Toutes ces vérités qu’ils proclament sont autant de points qui les séparent de l’erreur des Pélagiens. Si donc ils marchent à la lumière de ces vérités ; s’ils prient celui qui donne l’intelligence, supposé qu’ils se trompent sur la prédestination, Dieu lui-même leur révélera ce qu’ils doivent en croire.
De notre côté, prodiguons-leur le témoignage de notre affection, et le ministère de notre parole, dans le but, autant du moins que Dieu nous en fera la grâce, de leur offrir par ce livre les enseignements les plus convenables et les plus utiles. Savons-nous si Dieu n’a pas résolu de se servir de notre bassesse pour opérer eu eux ces. précieux résultats ? trop heureux serons-nous de les servir dans la libre charité de Jésus-Christ.
