De la Nature du Bien
- 01 — Chapitre II — Comment ces principes suffisent pour réfuter les manichéens
- 02 — Chapitre III — Biens généraux que nous trouvons dans les choses créées
- 03 — Chapitre IV — Le mal n’est que la corruption du mode, de la beauté et de l’ordre
- 04 — Chapitre V — Une chose d’un ordre supérieur, quoique corrompue, l’emporte sur une chose d’un ordre inférieur, quoique non corrompue
- 05 — Chapitre VI — La nature incorruptible constitue le souverain bien
- 06 — Chapitre VII — Pour les ames raisonnables il y a une corruption volontaire et une corruption pénale
- 07 — Chapitre VIII — De quoi résulte la beauté de l’univers
- 08 — Chapitre IX — Chaque faute a son chatiment déterminé
- 09 — Chapitre X — Le néant, principe et cause de la corruption
- 10 — Chapitre XI — Comment une chose peut nuire, et a qui
- 11 — Chapitre XII — Tous les biens viennent de Dieu
- 12 — Chapitre XIII — Dieu, source de chaque bien particulier
- 13 — Chapitre XIV — Pourquoi les biens inférieurs sont désignés différemment
- 14 — Chapitre XV — La beauté dans le corps d’un singe est un bien, quoique d’un ordre inférieur
- 15 — Chapitre XVI — Dieu a justement ordonné la privation des biens
- 16 — Chapitre XVII — Aucune nature n’est mauvaise en elle-même
- 17 — Chapitre XVIII — L’hylé des anciens n’était pas un mal
- 18 — Chapitre XIX — L’être véritable n’appartient qu’a Dieu
- 19 — Chapitre XX — La douleur dans les natures bonnes
- 20 — Chapitre XXI — Etymologie de l’expression : Modique
- 21 — Chapitre XXII — Le mode se trouve-t-il en Dieu de quelque manière
- 22 — Chapitre XXIII — Pourquoi dit-on un mauvais mode, une mauvaise forme, un mauvais ordre ?
- 23 — Chapitre XXIV — L’immutabilité de Dieu prouvée par l’Écriture
- 24 — Chapitre XXV — Fausse interprétation de ces paroles : Rien n’a été fait sans lui
- 25 — Chapitre XXVI — Les créatures tirées du néant
- 26 — Chapitre XXVII — Explication des paroles de l’apôtre
- 27 — Chapitre XXVIII — Le péché est l’oeuvre propre du pécheur
- 28 — Chapitre XXIX — Dieu n’est nullement souillé par nos péchés
- 29 — Chapitre XXX — Dieu avteur des biens infimes et terrestres
- 30 — Chapitre XXXI — Il appartient également a Dieu de punir et de pardonner
- 31 — Chapitre XXXII — Le pouvoir de nuire vient de Dieu
- 32 — Chapitre XXXIII — Les anges devenus mauvais par le péché
- 33 — Chapitre XXXIV — La nature du péché
- 34 — Chapitre XXXV — Pourquoi la défense faite a Adam
- 35 — Chapitre XXXVI — Le mal vient de l’abus des créatures
- 36 — Chapitre XXXVII — Dieu tire le bien du mal
- 37 — Chapitre XXXVIII — L’enfer en soi n’est pas un mal
- 38 — Chapitre XXXIX — En quel sens le feu de l’enfer est-il éternel
- 39 — Chapitre XL — Rien ne peut nuire a Dieu
- 40 — Chapitre XLI — Erreurs manichéennes sur la nature du bien et du mal
- 41 — Chapitre XLII — Blasphèmes manichéens contre la nature de Dieu
- 42 — Chapitre XLIII — La nature de Dieu accusée par les manichéens
- 43 — Chapitre XLIV — Turpitu des incroyables imaginées en Dieu par Manès
- 44 — Chapitre XLV — Turpitu des justement attribuées aux manichéens
- 45 — Chapitre XLVI — Criminelle doctrine de la lettre fondamentale
- 46 — Chapitre XLVII — Manès commande la perpétration de ces horreurs
- 47 — Chapitre XLVIII — Augustin demande a Dieu la conversion des manichéens

De la Nature du Bien
Saint Augustin · 57 min de lecture · 6 vues
Dieu, tel est le bien suprême et infini ; c’est dire clairement que ce bien est souverainement immuable et dès lors essentiellement immortel, essentiellement éternel. Tous les autres biens particuliers n’ont d’autre principe que ce bien suprême, mais ils ne sont pas de même nature. Ce qui est de même nature que lui, n’est autre que lui-même ; mais ce qui a été fait par lui, n’est pas ce qu’il est lui-même. Puisque seul il est immuable, tous les autres biens tirés du néant sont soumis au changement. S’ils existent, c’est de lui qu’ils ont reçu l’être, car il est tout-puissant, et du néant ou de ce qui n’est as il peut créer des biens ou plus grands ou plus petits, célestes et terrestres, spirituels et corporels. Il est aussi souverainement juste. voilà pourquoi ce qu’il a tiré du néant, il n’a pu l’égaler à ce qu’il a engendré de sa propre nature.
Ainsi donc, tous les biens particuliers, quel que soit leur degré dans l’échelle des êtres, les grands comme les petits, n’ont que Dieu pour principe. D’un autre côté, toute nature en tant que nature est toujours un bien ; à ce titre elle est nécessairement l’oeuvre du Dieu suprême et véritable, car tous les biens, que leur excellence les rapproche du souverain bien ou que leur simplicité les en éloigne et les place au dernier rang, tous ont infailliblement pour principe le bien suprême. De là je conclus que tout esprit est soumis au changement, et que tout corps vient de Dieu : l’esprit et la matière c’est là toute la nature créée. Donc toute nature est nécessairement ou esprit ou corps. Dieu aussi est Esprit, mais l’Esprit immuable ; tout esprit soumis au changement n’est qu’une nature créée, quoique supérieure au corps.
De son côté, le corps n’est pas un esprit, quoique dans le sens figuré on donne le nom d’esprit au vent, parce qu’il nous est invisible en lui-même, quoique ses effets nous soient parfaitement sensibles.
Nous connaissons des hommes qui, ne pouvant comprendre que toute nature, esprit ou corps, est bonne par elle-même, parce qu’ils voient l’esprit victime de l’iniquité, et le corps, de la mortalité, ne trouvent d’autre parti à prendre que de soutenir que Dieu n’est l’auteur ni de l’esprit méchant ni du corps mortel. C’est à eux que nous nous adressons en ce moment. Ils avouent que tout ce qui est bien n’a d’autre principe que le Dieu suprême et véritable : c’est là une vérité hors de toute discussion, et je déclare que s’ils veulent en peser les conséquences, elle suffit à elle seule pour les arracher à l’erreur.
