De la Grandeur de l’Âme
- 01 — Chapitre ier
- 02 — Chapitre II — Nature de l’ame
- 03 — Chapitre III — Grandeur de l’ame
- 04 — Chapitre IV — L’amen’est pas un néant, bien qu’elle n’ait ni longueur, ni largeur. — La hauteur. — Le vent
- 05 — Chapitre V — La force de l’ame est infinie
- 06 — Chapitre VI — La longueur est quelque chose de simple
- 07 — Chapitre VII — POUR DÉCOUVRIR LA VÉRITÉ, LA VOIE D’AUTORITÉ EST PLUS COURTE, ET LA PLUPART DU TEMPS…
- 08 — Chapitre VIII — DES FIGURES MATHÉMATIQUES
- 09 — Chapitre IX — Quelle est la plus belle figure ? -dans un triangle qu y a-t-il d’opposé a l’angle ?
- 10 — Chapitre X — Parfaite égalité dans les figures
- 11 — Chapitre XI — Quelle est la figure la plus parfaite ? Le signe. — Le point
- 12 — Chapitre XIII — L’esprit incorporel voit des choses incorporelles. — Qu’est-ce que l’esprit ?
- 13 — Chapitre XIV — Ce que peut l’esprit incorporel
- 14 — Chapitre XV — Objection — L’ame se développe avec l’age
- 15 — Chapitre XVI — Réponse a l’objection. — Le développement de l’ame est indépendant de celui du corps
- 16 — Chapitre XVII — C’est par métaphore, que l’on dit de l’ame qu’elle croit avec le temps
- 17 — Chapitre XVIII — LA FACULTÉ DE PARLER, QU’UN ENFANT ACQUIERT PEU A PEU, NE DOIT PAS ÊTRE ATTRIBUÉE AUX…
- 18 — Chapitre XIX — En quel sens on dit que l’ame croît ou décroît
- 19 — Chapitre XX — L’ame sait-elle quelque chose d’elle-même ?
- 20 — Chapitre XXI — Les forces plus grandes a un age plus avancé, ne sont pas une preuve de l’accroissement de l’ame
- 21 — Chapitre XXII — D’ou vient le développement des forces corporelles
- 22 — Chapitre XXIII — L’ame sent par tout le corps, sans être étendue comme lui. — Qu’est-ce que sentir, et qu’est-ce que voir ?
- 23 — Chapitre XXIV — Examen de la définition du sens
- 24 — Chapitre XXV — Comment il faut peser une définition
- 25 — Chapitre XXVI — Les bêtes sont-elles douées de science et de raison
- 26 — Chapitre XXVIII — Raison et raisonnement
- 27 — Chapitre XXVIII — Les betes ont des sensations sans avoir la science
- 28 — Chapitre XXIX — En quoi différent la science et la sensation
- 29 — Chapitre XXX — BIEN QUE L’AME REÇOIVE DES SENSATIONS DE TOUTES LES PARTIES CORPORELLES, ELLE N’EST PAS…
- 30 — Chapitre XXXI — SI UN VER CONTINUE A SE MOUVOIR APRÈS AVOIR ÉTÉ COUPÉ, EST-CE UNE PREUVE QUE L’AME SOIT…
- 31 — Chapitre XXXII — COMPARAISON INGÉNIEUSE : COMMENT LA VIE PEUT CONTINUER A SE MANIFESTER DANS LES PARTIES…
- 32 — Chapitre XXXIII — Les sept degrés de la puissance de l’ame
- 33 — Chapitre XXXIV — La nature divine est seule préférable a la nature de l’ame. Aussi l’homme ne doit adorer que Dieu
- 34 — Chapitre XXXV — Autres manières de désigner les sept degrés de la puissance de l’ame
- 35 — Chapitre XXXVI — MERVEILLEUSE HARMONIE ENTRE L’UNIVERS ET LA RELIGION VÉRITABLE

De la Grandeur de l’Âme
Saint Augustin · 130 min de lecture · 12 vues
Traduit par M. l’abbé MORISOT.
(Oeuvres complètes de Saint Augustin, Bar-Le-Duc, 1863, Tome III.)
Dans ce dialogue, l’interlocuteur de saint Augustin lui propose six questions. — Afin de traiter plus à fond la troisième, c’est-à-dire quelle est la grandeur de l’âme, le saint Docteur distingue tout d’abord deux sortes de grandeur, l’une consiste dans l’étendue locale, l’autre dans la puissance et la vertu. — La première, étant l’apanage du corps, ne saurait convenir à l’âme qui est incorporelle. — Ainsi la grandeur de l’âme consiste dans sa vertu. — Saint Augustin assigne à cette grandeur sept degrés, auxquels il rattache toute la puissance de l’âme humaine, soit dans ses rapports avec le corps, soit en elle-même, soit devant Dieu.
EVODIUS PROPOSE SEPT QUESTIONS AU SUJET DE L’AME. — D’OU VIENT L’AME. — SA PATRIE EST EN DIEU. — L’AME EST UNE SUBSTANCE SIMPLE.
1. Ev. Te voyant beaucoup de loisirs, je te prie de me répondre sur certaines questions qui me tourmentent, non sans cause et hors de propos, du moins je le crois. Souvent, quand je t’accablais d’une foule de demandes, tu as cru devoir me repousser par je ne sais quelle maxime des Grecs, qui nous défend de rechercher ce qui est au-dessus de nous ; mais aujour d’hui je ne crois pas que nous soyons au-dessus de nous. En t’interrogeant donc au sujet de l’âme, je ne mérite point d’entendre : « Que nous fait ce qui est au-dessus de nous ? » mais peut-être mérité-je d’apprendre ce que nous sommes. — Aug. Dis en quelques mots ce que tu veux savoir de l’âme. — Ev. Je le ferai : car depuis longtemps tout est préparé dans ma pensée. Je te demanderai donc d’où vient l’âme, ce qu’elle est, sa grandeur, pourquoi est-elle unie au corps, que devient-elle pendant qu’elle lest unie et après l’avoir quitté ?
2. Aug. Cette question, d’où vient l’âme, a
2. Maxime de Socrate : a uper emas ti pros emas ;
nécessairement un double sens. Demander, en effet, d’où vient l’homme, quand on veut connaître sa patrie, et demander d’où il vient, quand on recherche de quels éléments, de quelles parties il se compose, sont deux questions d’un sens bien différent. Dans lequel de ces deux sens faut-il te répondre, quand tu demandes d’où vient l’âme ? Veux-tu savoir de quelle région, pour ainsi parler, de quelle patrie elle nous est venue, ou bien quelle est sa substance ? — Ev. En vérité, je voudrais connaître l’un et l’autre, et quant à la question qui doit avoir la priorité, je préfère m’en rapporter à ton jugement. — A. Je crois que l’âme a une certaine habitation, une certaine patrie en Dieu même qui l’a créée. Sa substance, je ne la puis nommer ; car je ne crois point qu’elle soit de ces natures qui entrent dans nos usages et dans nos connaissances, et que nous touchons au moyen de ces sens corporels.
L’âme ne me paraît formée ni de terre, ni d’eau, ni d’air, ni de feu, ni de tous ces éléments, ni même d’un mélange de quelques-uns. Si tu me demandais de quoi cet arbre est formé, je nommerais les quatre éléments si connus dont il faut croire qu’il est composé ; mais si tu en venais à me demander encore d’où viennent la terre, l’eau, l’air, le feu, je ne trouverais plus rien à répondre ; ainsi quand tu cherches de quoi est composé l’homme, je puis dire d’une âme et d’un corps ; si, de plus, tu me 286 questionnes en particulier au sujet du corps, j’ai recours à ces quatre éléments, et si c’est au sujet de l’âme, comme elle me paraît être quelque chose de simple et avoir une substance propre, je ne serai pas plus embarrassé que si tu me demandais d’où vient la terre, comme je le disais tout à l’heure. — Ev.
Je ne comprends pas que après avoir dit que l’âme est faite par Dieu, tu soutiennes qu’elle a une substance propre. — Aug. Je ne puis nier non plus que là terre soit faite par Dieu, quoiqu’il me soit impossible : de dire quels sont, pour m’exprimer ainsi, les autres éléments qui la composent. La terre est un corps simple, par là même qu’elle est terre, et c’est pourquoi elle est appelée un élément de tous ces corps qui se forment des quatre éléments. Il n’y a donc point contradiction à dire que l’âme est faite par Dieu, et qu’elle a une substance propre. Car cette nature qui lui appartient en-propre, c’est Dieu qui l’a faite, comme celle du feu, celle de l’air, celle de l’eau et celle de la terre, qui doivent toutes entrer dans la composition des autres.
