Contre les juifs (saint Augustin)
- 01 — Chapitre II — Les livres de l’ancien testament nous concernent : Nous en observons mieux les préceptes que les juifs
- 02 — Chapitre IV — Le Christ annoncé dans le psaume quarante-quatrième
- 03 — Chapitre V — La transformation des anciens rites prédite aussi par le titre du soixante-huitième psaume, ou le prophète a parlé de la passion de Jésus-Christ
- 04 — Chapitre VII — Les juifs interprètent faussement en leur faveur certaines prophéties. Oracles prophétiques les plus défavorables aux juifs
- 05 — Chapitre VIII — Isaïe a prédit que Dieu abandonnerait les juifs
- 06 — Chapitre IX — Abandon des juifs plus clairement prédit par malachie
- 07 — Chapitre X — Avec quelle charité il faut attirer les juifs a la foi

Contre les juifs (saint Augustin)
Saint Augustin · 41 min de lecture · 6 vues
Il est bon de relire l’enseignement de l’Église sur les relations avec le Judaïsme pour éviter les interprétations littérales et hors contexte des avis des Pères de l’Église.
«… Ce combat d’anéantissement mené contre le sang juif n’est-il pas un outrage à la très sainte humanité de notre Rédempteur, de la Vierge Marie et des Apôtres ? Tout cela n’est-il pas en radicale opposition avec le comportement de notre Seigneur et Sauveur, qui sur la croix, continuait de prier pour ses persécuteurs ? N’est-ce pas une tache noire dans la chronique de cette Année sainte qui devait être une année de paix et de réconciliation ?… » (Extrait de la lettre de Sainte Thérèse-Bénédicte de la Croix - Edith Stein - au Pape Pie XI, du 12 avril 1933)
COMMISSION PONTIFICAL BIBLIQUE - LE PEUPLE JUIF ET SES SAINTES ÉCRITURES DANS LA BIBLE CHRÉTIENNE
Audience du 28 avril 1999
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Oeuvres complètes de saint Augustin traduites pour la première fois en français, sous la direction de M. Raulx, Bar-Le-Duc, L. Guérin & Cie, éditeurs, 1869, Tome XIV, p. 23-32.
CHAPITRE PREMIER. SÉVÉRITÉ DE DIEU MANIFESTÉE PAR LA DESTRUCTION DU PEUPLE JUIF. SA BONTÉ DANS LA VOCATION DES GENTILS. L’AVEUGLEMENT DES JUIFS CONDAMNÉ PAR LES TEXTES DE L’ANCIEN TESTAMENT.
1. Le bienheureux apôtre Paul, docteur des Gentils dans la foi et la vérité, nous exhorte à demeurer stables et fermes dans une même croyance, dans la croyance dont il s’est montré le fidèle ministre : en cela, il nous donne un précepte qu’il confirme par un exemple capable de nous effrayer. « Tu vois », nous dit-il, « la sévérité et la bonté de Dieu : sa sévérité envers ceux qui sont tombés ; et sa bonté envers toi, si toutefois tu demeures ferme dans cette même bonté ». Il est sûr, qu’en s’exprimant ainsi, il a voulu parler des Juifs pareils aux branches d’olivier, violemment arrachées d’une souche fertile, ils ont été séparés de leurs saints patriarches en raison de leur infidélité : afin que les Gentils fussent, à cause de leur foi, comme un olivier sauvage, greffé sur un olivier fertile, et devinssent participants de la sève à la place des branches naturelles qui en ont été privées. « Mais », dit-il encore, « garde-toi de t’élever par présomption, contre les branches naturelles car, si tu penses t’élever au-dessus d’elles, considère que ce n’est pas toi qui portes la racine, n mais que c’est la racine qui te porte ».
Et parce que quelques-uns d’entre les Juifs arrivent au salut, il ajoute : « Autrement, tu seras toi-même retranché comme eux : pour eux, s’ils ne demeurent pas dans leur infidélité, ils seront greffés sur la tige, car Dieu est tout-puissant pour les y enter de nouveau ». À ceux, au contraire, qui persévèrent dans le mal, s’adresse cette sentence prononcée par l’Éternel : « Les enfants de ce royaume seront jetés dans les ténèbres extérieures ; là sera le pleur et le grincement de dents ». Mais aux nations qui persévèrent dans le bien, s’applique ce qui est dit auparavant : « Plusieurs viendront d’orient et d’occident, et prendront place dans le royaume des cieux avec Abraham, Isaac et Jacob ». Ainsi, par une juste sévérité de la part de Dieu, l’orgueilleuse infidélité des branches naturelles leur a-t-elle mérité d’être séparées de leur racine, c’est-à-dire des patriarches, tandis que la grâce divine a greffé l’olivier sauvage sur cette racine en récompense de son humble fidélité.
2. Quand on cite aux Juifs ces passages, ils méprisent à la fois l’Évangile et l’Apôtre : ce que nous leur disons, ils rie l’entendent pas, parce qu’ils ne comprennent point ce qu’ils lisent ; car, évidemment, s’ils savaient de qui le Prophète a voulu parler en ce passage « Je l’ai établi pour être la lumière des nations et le salut que j’envoie jusqu’aux extrémités de la terre », ils ne seraient ni assez aveugles, ni assez malades pour ne pas reconnaître, dans le Seigneur Jésus, la lumière et le salut. Si encore ils comprenaient à quels hommes s’applique ce verset prophétique qu’ils chantent inutilement et sans profit pour eux : « Leur voix a éclaté dans toute la terre, et leurs paroles se font entendre jusqu’aux extrémités du monde » ; ils s’éveilleraient à la voix des apôtres : et verraient que leur parole vient de Dieu. Invoquons donc le témoignage des saintes Écritures, car elles jouissent, aussi chez eux, d’une grande autorité, et si nous ne pouvons les guérir de leur infidélité en leur offrant ce moyen de salut, nous les convaincrons du moins d’erreur par l’évidence de la vérité.
3. Nous devons d’abord réfuter une erreur commune parmi les Juifs : à les entendre, les livres de l’Ancien Testament ne nous concerneraient en aucune manière, puisque nous observons, non les anciens. rites, mais des rites nouveaux. À quoi vous sert la lecture de la Loi et des Prophètes, puisque vous ne voulez point en observer les préceptes ? Voilà ce qu’ils nous disent, parce que nous ne pratiquons pas la circoncision du prépuce sur les enfants mâles ; parce que nous mangeons des viandes déclarées immondes par la Loi ; parce que nous n’observons point, d’une manière charnelle, leurs sabbats, leurs néoménies, et leurs jours de fêtes ; parce que nous n’immolons à Dieu aucune victime tirée de nos troupeaux, et que nous ne célébrons point la pâque avec un agneau et des pains azymes ; parce qu’enfin nous négligeons d’autres anciens rites, que l’Apôtre désigne sous le nom générique d’ombres des choses futures.
Saint Paul les appelait ainsi, car, de leur temps, ils annonçaient la révélation-des mystères à la connaissance desquels nous avons été appelés, afin que, dégagés des ombres anciennes, nous jouissions de leur pure lumière. Il serait trop long d’engager avec eux une discussion sur chacun de ces points en particulier, de leur faire comprendre comment, en nous dépouillant du vieil homme, nous pratiquons la circoncision sans nous dépouiller de la chair de notre corps ; de leur dire que nous apportons, dans nos moeurs, la sévérité qu’ils apportent dans le choix de leurs viandes : en un mot, de leur montrer que nous offrons nos corps à Dieu, comme une hostie vivante, sainte et agréable ; qu’au lieu du sang des brutes, nous répandons nos âmes intelligentes en de saints désirs, et que nous sommes purifiés de toute souillure par le sang de Jésus-Christ, comme par le sang d’un agneau sans tache.
À cause de la ressemblance de son corps avec un corps de péché, le Sauveur a été figuré parles boucs des anciens sacrifices, et celui qui reconnaît en sa personne la plus grande victime, ne fait point difficulté, en face des branches de la croix, de le considérer comme le taureau de la loi mosaïque. Trouvant en lui notre repos, nous observons véritablement le sabbat, et pour nous la célébration de la nouvelle lune n’est autre chose que la sanctification d’une vie nouvelle : notre pâque, c’est le Christ ; la sincérité et la vérité, voilà nos azymes ; le vieux levain ne s’y trouve pas, et s’il y a d’autres mystères figurés par les présages antiques, nous ne nous arrêterons pas maintenant à les expliquer ; cela est inutile : nous nous bornerons donc à dire qu’ils ont eu leur perfection en Jésus-Christ, dont le règne n’aura pas de fin. Toutes choses devaient, en effet, se trouver accomplies en Celui qui est venu, non pour détruire la Loi et les Prophètes, mais pour les accomplir.
CHAPITRE III. JÉSUS-CHRIST N’A POINT ABOLI LA LOI EN RAISONNANT : IL L’A CHANGÉE EN L’ACCOMPLISSANT. LE CHANGEMENT DES RITES ANCIENS A ÉTÉ PRÉDIT DANS LES PSAUMES.
4. Jésus-Christ n’a point aboli par le raisonnement les anciens signes des choses futures, mais il les a changés en faisant ce qu’ils prédisaient : car il voulait, pour annoncer que le Christ était déjà venu, des rites différents de ceux qui annonçaient sa venue future. Mais que signifie ce titre : « Pour ce qui doit être changé », placé en tête de certains psaumes que les Juifs ont entre les mains, auxquels ils reconnaissent l’autorité des saintes lettres ? (Le texte de ces mêmes psaumes a trait au Christ.) Evidemment il annonce le changement futur par le Christ de rites que nous savons aujour d’hui, parce que nous le voyons, avoir été changés par lui. De cette manière, le peuple dé Dieu, qui est maintenant le peuple chrétien, n’est point obligé d’observer les lois des temps prophétiques, non qu’elles aient été condamnées, mais parce qu’elles ont subi une transformation. Les mystères prédits par les anciens rites ne devaient point non plus disparaître, mais il fallait que les signes de ces mystères fussent appropriés aux époques diverses auxquelles ils étaient destinés.
