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Ruines d'une basilique paléochrétienne dans le désert égyptien

Vie de Constantin

Eusèbe de Césarée · 134 min de lecture · 4 vues

Livre premier

Chapitre premier

Preface

Nous avons vu deux fois les réjouissances publiques, avec lesquelles tous les peuples ont célébré en l’honneur de l’Empereur, les jeux qui se renouvellent de dix en dix ans, depuis le commencement de son règne. En la vingtième année j’eus l’honneur de relever la grandeur de ses victoires, par un discours que je prononçai en présence des saints Évêques;. au milieu desquels il était. Depuis peu, et en la trentième année de son Empire, je fis dans son palais un autre panégyrique à sa louange. Je voudrais bien continuer maintenant son éloge.

Mais la nouveauté des objets qui m’environnent, me donne de l’étonnement, et me réduit au silence. De quelque côté que je me tourne, soit vers l’Orient., ou vers l’Occident, soit que je regarde le ciel ou la terre, l’image de ce Prince le présente à moi. Je vois les Princes ses enfants, qui comme de nouveaux astres, répandent.par tout l’univers la splendeur de sa puissance, et le font régner avec une autorité plus absolue que jamais. Ils ne jouissaient pendant sa vie, que de la dignité de Césars. Mais maintenant, ils ont succédé à tous ses titres aussi bien qu’à sa piété.

Chapitre II

Suite de la Préface.

J’AVOUE que je suis ravi en admiration, quand je considère que cet Empereur qui conversait, il y a peu de jours parmi nous dans un corps mortel, reçoit après sa mort, et lorsque la nature rejette tout ce qui lui est inutile, les mêmes honneurs et les mêmes louanges qu’il recevait durant sa vie. Que si je porte mon esprit jusques au ciel,, et que j’y voie sa bienheureuse âme, qui s’est dépouillée d’un vêtement corruptible, pour se revêtir de l’immortalité, et qui a changé un Royaume temporel, et sujet à mille faiblesses, avec un autre qui est éternel, et qui n’a ni imperfection, ni défaut, je demeure comme interdit, me condamne moi-même au silence, et laisse le soin de le louer à la parole éternelle et divine, qui peut seule confirmer invinciblement la vérité de ce qu’elle avance.

Chapitre III

Honneurs rendus aux Princes. Châtiment des Tyrans.

CETTE parole infaillible et immuable a fait voir, des cette vie, l’accomplissement de ce qu’elle avait prédit; que ceux qui l’honoreraient, en seraient récompensés, et que ceux qui se déclareraient ses ennemis, seraient les auteurs de leur propre ruine. Elle a montré combien la fin des Tyrans, qui prennent les armes contre Dieu, est funeste, et combien la mort qui a terminé l’heureuse vie de Constantin, est elle-même heureuse, souhaitable, louable et digne d’être consacrée par des monuments solides et durables. Les hommes, qui d’eux-mêmes ne sont que faiblesse, ont trouvé une faible consolation contre la mort, quand ils ont fait le portrait de ceux qu’ils voulaient honorer, et qu’ils ont espéré d’éterniser leur mémoire, ou par une image de cire, ou par une statue, ou pat une inscription gravée sur le bois, ou sur la pierre. Il ne faut pas un fort long espace de temps pour détruire ces monuments, qui ne représentent que le corps, et qui ne conservent. lien de l’âme. Cependant ceux dont l’espérance a les mêmes bornes que leur vie, s’en sont contentés. Mais Dieu qui est le commun Sauveur de tous les hommes, et qui prépare aux personnes de piété, des récompenses qui font au dessus de nos pensées, leur en donne comme un gage et un échantillon dés ici bas. se font les promesses contenues dans les livres des Prophètes, et accomplies en la personne de ceux qui ont été éminents en sainteté, et fut tout en celle de notre incomparable Empereur, qui s’étant rendu plus agréable à Dieu qu’aucun de ses prédécesseurs, a été proposé à notre siècle comme un parfait modèle de vertu.

Chapitre IV

Honneurs rendus à Constantin.

DIEU qui l’avait choisi pour autoriser la piété dans toute l’étendue de l’univers, lui a été favorable durant le cours de son règne, et depuis le commencement jusques à la fin. Il l’a mis seul entre les Princes sur un lieu élevé, comme une éclatante lumière, pour éclairer tous les peuples, et comme un éloquent Prédicateur, pour publier les saintes maximes de la véritable Religion.

Chapitre V

Année de sa vie et de son règne.

DIEU l’a maintenu un peu plus de trente ans sur le trône, et un peu plus de soixante sur la terre. Comme il l’avait destiné pour être une image vivante de sa puissance; il l’a fait triompher de l’orgueil aveugle, et de l’impiété désespérée des Tyrans et des Géants, qui avaient pris les armes contre la Majesté souveraine et éternelle. Pour eux ils sont disparus, presqu’aussitôt qu’ils avaient commencé de paraître, au lieu que Dieu qui est seul, a armé son serviteur seul contre la multitude des impies, lui a donné la force de les exterminer de dessus la terre, et l’a établi comme le Docteur de tous les peuples, qui déclare hautement qu’il ne connaît qu’un Dieu et qu’il déteste les Idoles.

Chapitre VI

Piété de Constantin récompensée par ses victoires.

Chapitre VII

Constantin comparé à Cyrus et à Alexandre L’ANCIENNE Histoire n’a jamais célébré aucun Prince qui ait paru sur le trône avec autant d’éclat que Cyrus. Cependant toute sa vie n’a pas été heureuse, puisque sa mort a été infâme, et que non seulement elle a été violente, mais qu’elle lui a été procurée par une femme. Les Grecs publient qu’Alexandre réduisit à son obéissance une infinité de nations. Mais ils demeurent aussi d’accord qu’ayant ruiné sa santé par l’ivrognerie, et par les débauches, il périt misérablement, avant que d’être parvenu à un âge parfait. Il ne vécut que trente-deux ans, et n’en régna pas plus que dix. Il passa avec une impétuosité égale à celle de la foudre, ruina les Villes, et réduisit en servitude les nations. Mais au temps qu’il pleurait la perte d’un jeune garçon, dont il avait été éperdument amoureux, la mort l’enleva dans la fleur de sa. jeunesse, et dans un pays étranger, sans enfants, sans postérité, de peur qu’il ne troublât plus longtemps la tranquillité publique. Son Royaume fut partagé à l’heure-même par les Officiers qui avaient autrefois combattu sous ses enseignes. Ce n’est cependant qu’à l’excès de ces désordres qu’il doit sa réputation, et on ne le loue que de ce qu’il a commis tant de crimes.

Chapitre VIII

Constantin réduit presque tout l’univers à son obéissance.

NOTRE Empereur commença de régner à l’âge, auquel ce Roi de Macédoine cessa de vivre. Mais il vécut deux fois autant de temps que lui, et en régna trois fois autant. après avoir établi dans son armée une discipline toute conforme à la modestie et à la piété Chrétienne, il la mena jusques en Angleterre. Il réduisit à son obéissance la Scythie, ce Pays qui s’étend si avant dans le Nord, et qui est habité par divers peuples. Il étendit les bornes de son Empire d’un côté jusques en Éthiopie vers le Midi, et de l’autre vers l’Orient. Il répandit la lumière de sa piété jusques aux Indes, et gagna de telle sorte l’affection des Princes, des Seigneurs et des Satrapes, qu’ils lui envoyaient des Ambassadeurs et des présents, qu’ils lui érigeaient des statues dans leur Pays, et qu’ils y rendaient son nom plus célèbre que n’avait jamais été celui d’aucun Empereur. Il faut pourtant avouer qu’il souhaitait bien moins d’être connu de ces peuples, que de leur faire connaître Dieu, dont il publiait la gloire.

Chapitre IX

Constantin laisse à ses enfants l’Empire qu’il avait reçu de son père.

LES paroles par lesquelles il a publié cette gloire ont été soutenues par des actions solides, par la pratique constante de toute sorte de vertus, par la piété, par la libéralité qu’il a exercé envers les amis et ses proches, par la clémence dont il a usé envers ses sujets. Dieu, dont il avait avancé la gloire, a récompensé ses longs travaux d’un règne éternel. Il lui adonné trois fils pour successeurs de sa puissance, et exile passera à leur postérité par une succession continuelle. Il semble qu’il n’y a que Dieu, qui lui a fait des honneurs si extraordinaires sur la terre, et qui l’a élevé à une gloire immortelle dans le Ciel, qui puisse tracer dignement son éloge, dont il conserve le sujet écrit en des caractères qui ne se peuvent effacer.

Chapitre. X

L’Histoire de la vie de Constantin est utile et même nécessaire au public. Bien que je comprenne assez combien il est difficile de parler dignement du bonheur qui a accompagné cet incomparable Prince dans tout le cours de la vie, au lieu qu’il n’y a nul danger à s’en taire, je ne puis néanmoins me dispenser d’en tracer un léger crayon pour le faire con-naître à la postérité, et pour éviter au même temps le reproche que l’on me pourrait faire que j’appréhende le travail. Car bien que j’aie fort-peu de suffisance, je crois devoir employer le peu que j’en ai à relever le mérite de ce Prince qui s’est perpétuellement occupé à procurer la gloire de Dieu. Je suis même persuadé que ce sera un ouvrage fort utile au public. Ne serait-ce pas une chose honteuse qu’il le soit trouvé d’excellents esprits qui aient écrit l’Histoire de Néron, et de quelques autres Empereurs encore plus scélérats que lui, et qui aient traité avec beaucoup d’élégance un sujet si odieux, et que je passasse sous silence les éminentes qualités d’un Prince auquel l’antiquité n’a jamais eu de pareil, et que Dieu m’a fait la grâce non seulement de voir, mais de connaître, et d’entretenir familièrement?

Chapitre XI

Qu’il ne sera parlé dans la vie de Constantin que des actions qui regardent la piété. IL me convient mieux qu’à nul autre de publier ce que je fais des vertus de notre Empereur, et de le faire connaître à ceux que les bons exemples excitent à l’amour de Dieu. Quelques-uns ont entrepris par amitié, par haine, ou par vanité d’écrire des vies où il n’y avait rien de recommandable, et des actions qui n’étaient pas bonnes à être imitées. Ils ont quelquefois employé des termes fort magnifiques pour représenter les crimes les plus atroces. Ils ont exposé aux yeux de toute la postérité des actions qui devaient être ensevelies sous les ténèbres, et ont enseigné le mal à des personnes innocentes, et qui par une faveur particulière de Dieu n’en avaient point de connais-sance.. Je n’ai pas comme eux les avantages de l’éloquence pour embellir mon sujet. Mais j’ai un sujet dont la beauté peut donner des ornements au discours. Ceux qui apportent à la lecture un esprit bien disposé, n’en sauraient faite de si utiles que celles qui contiennent des actions de piété. C’est pourquoi je ne crois pas devoir maintenant représenter les guerres, les batailles, les victoires, les triomphes de Constantin, ni les lois qu’il a faites pour le gouvernement de son état, et pour le bien des sujets. Je passerai sous silence toutes ses autres entreprises, et ne parlerai que de celles qui regardent le service de Dieu. Je choisirai les plus propres à être transmises à la postérité, et en ferai le récit en moins de paroles qu’il me sera possible. C’est ici le temps de publier avec une entière liberté les louanges de cet incomparable Empereur. Il ne m’était pas permis de le faire durant sa vie, à cause des changement, auxquels l’inconstance des hommes est sujette. Je prie Dieu et son Verbe Divin, de m’aider dans ce travail.

Je le commencerai par le récit de ce qui arriva à Constantin dès sa jeunesse.

Chapitre XII

Constantin est élevé dans le Palais des Tyrans, comme Moïse l’avait été. IL est rapporté dans l’ancienne Histoire que les. Juiss furent autrefois traitas fort tyranniquement par les Rois d’Égypte. Mais quand Dieu eut agréable de les délivrer du joug de cette injuste domination, il disposa de telle sorte de l’éducation de Moïse, qu’il fut élevé dans le Palais des Rois, et qu’il y apprit les maximes du Pays. Lorsqu’il fut parvenu à âge d’homme, et que la justi-divine voulut venger les innocents, et châtier leurs persécuteurs, le Prophète sortit de la Cour pour exécuter les ordres de Dieu. Il se sépara des tyrans, qui l’avaient nourri dans son bas âge, et le joignit à ses frères. Dieu l’établit Chef des Juiss, les délivra de la servitude par son ministère, et fit tomber du ciel les châtiments. sur les tyrans qui les avaient opprimés. Cette ancienne Histoire est connue de tout le monde, bien qu’elle soit prise par plusieurs pour une fable. Le même Dieu a produit en notre siècle un miracle, qui n’a rien de fabuleux, et qui ayant été exposé à nos propres yeux, est plus certain que tout ce que nous saurions apprendre par le rapport d’autrui. Les tyrans ont pris les armes contre Dieu, et persécuté son Église. Constantin.qui les a depuis exterminés, a vécu avec eux dans sa jeunesse, comme Moïse la fidèle serviteur de Dieu avait vécu avec ceux d’Égypte. Bien qu’il fût en un âge fort susceptible de mauvaises impressions, il ne prit aucune part à la corruption de leurs mœurs. La bonté de son naturel soutenue par l’Esprit de Dieu, ne se porta qu’à la piété, à laquelle il fut aussi excité par l’exemple de son père. Nous ne saurions nous dispenser de parler de ce père si célèbre, de Constance le plus illustre Empereur de notre siècle, ni de remarquer en peu de paroles ce qu’il y a dans si vie qui peut relever la gloire de Constantin son fils.

Chapitre XIII

Constance s’abstient de persécuter les Chrétiens.

PENDANT que l’Empire était gouverné par quatre Princes, Constance garda une conduite toute contraire à celle des autres, et entretint inviolablement la paix avec Dieu. Il s’éloigna toujours de l’impiété avec laquelle ils attaquèrent l’Église, et ruinèrent de fond en comble les lieux de nos assemblées et de nos prières. Il ne souilla jamais comme eux sa conscience par l’effusion du sang innocent. Jamais il ne s’assujettit, comme eux au culte des Idoles, et jamais il ne contraignit comme eux ses sujets de subir le joug de la même servitude. Il procura aux peuples une paix profonde, à la faveur de laquelle ils pussent vaquer sûrement aux exercices de la piété. Au lieu que les autres Empereurs surchargèrent si fort leurs sujets d’impositions, qu’ils leur rendirent la vie plus fâcheuse et plus insupportable que la mort; Constance gouverna les siens avec une douceur paternelle. Comme ses louanges sont dans la bouche de tout le monde, je ne choisirai qu’une ou deux de ses actions, par où l’on pourra juger du reste, et je commencerai à traiter le sujet que je me fuis proposé.

Chapitre XIV

Constance remplit par adresse le trésor public, et rend à l’heure-même à ses sujets tout ce qu’ils y avaient apporté.

COMME Constance était en grande réputation de modération, de douceur, de piété, et qu’en effet il traitait si favorablement ses sujets, que son trésor était presqu’épuisé, Dioclétien, qui était le premier et le plus ancien des Empereurs, envoya lui reprocher le peu de soin qu’il prenait des intérêts de l’État, et la pauvreté à laquelle il se réduisait lui-même par sa négligence. Constance ordonna aux Ambassadeurs de Dioclétien, de demeurer quelque temps à la Cour, et à l’heure-même ayant envoiy quérir les plus riches de ses sujets, il leur déclara qu’il avait besoin d’argent, et que c’était une occasion où ils pouvaient lui donner des preuves de l’affection, qu’ils avaient à son service. Il n’y eut personne qui ne portât avec joie de l’or, de l’argent et des meubles précieux au trésor royal, et qui ne s’empressât d’exécuter les ordres de son Prince avec plus d’ardeur et de zèle que les autres. Quand le trésor royal fut rempli d’un amas prodigieux de toute sorte de richesses, Constance les montra aux Ambassadeurs de Dioclétien, et leur dit, qu’il y avait longtemps qu’elles étaient à lui, et qu’il les avait laissées jusques alors, comme en dépôt entre les mains de ses sujets. Les Ambassadeurs s’en furent partis, Constance loua l’affection que ses sujets lui avaient témoignée, et leur rendit ce qu’ils avaient apporté à son trésor. Cette action est sans doute une grande mar-que de sa douceur. J’en rapporterai une autre qui est une preuve de sa piété.

Chapitre XV

Persécution excitée par la autres Empereurs.

LES Gouverneurs des Provinces persécutèrent par l’ordre de Dioclétien tous ceux qui faisaient profession du culte de. Dieu. Les premiers qui combattirent pour la défense de la Religion, et qui s’exposèrent au fer, au feu, et à toute sorte de périls et de supplices, furent des Officiers de la Cour. Les Princes qui les condamnèrent à la mort, perdirent par leur faute les meilleurs sujets qu’ils eussent, et se privèrent du fruit des prières qu’ils faisaient continuellement pour la prospérité de l’Empire.

Chapitre XVI

Constance chasse de son palais les Chrétiens, qui avaient voulu sacrifier aux Idoles, et y retient ceux qui avaient refusé de le faire.

CONSTANCE, au lieu de suivre leur exemple, prit une résolution pleine d’une rare sagesse, et se porta à une action fort merveilleuse, et que l’on ne saurait entendre, sans être surpris d’étonnement. Il donna le choix à tous les Officiers de la Cour, et même aux Juges qui étaient élevés aux premières dignités, on de sacrifier aux Idoles, et de conserver leur rang et leurs charges en sacrifiant, ou s’ils recreusaient de sacrifier, de perdre leurs charges, et ses bonnes grâces. Lorsqu’ils se furent déclarés, et que les uns eurent pris un parti, et les autres un autre, Constance découvrit le secret qu’il avait tenu cache jusques alors, blâma le trop grand désir que les uns avaient de conserver leur bien, et leur vie, les déclara incapables de leurs charges, et jugea qu’ayant été infidèles à Dieu, ils ne seraient pas fidèles à leur Prince. Il loua au contraire la fidélité des autres, jugea ou ils ne seraient pas moins attachés au service de leur maître, qu’ils l’étaient à celui de leur Dieu, qu’ils défendraient l’Empire avec plus de courage que les autres, et qu’ils en seraient la principale force, et. le plus riche trésor.

Chapitre XVII

Piété de Constance envers le Sauveur.

VOILA le crayon que je voulais faire légèrement de la vie et des mœurs de Constance, père de Constantin. Quiconque considéra avec quelque attention, la manière dont il est mort, reconnaitra aisément la différence que Dieu a voulu mettre entre sa fin et celle des autres Princes. Après avoir donné durant plusieurs années l’exemple de toutes les vertus dignes d^un grand Empereur, après avoir reconnu le seul Dieu qui a créé l’univers, et avoir condamné l’impiété de ceux qui en adoraient plusieurs, il fortifia son palais par les prières des personnes de piété, et passa le reste de sa vie avec autant de repos que de réputation. Il jouit de ce bonheur si rare, que plusieurs font consister à ne recevoir aucune injure, et à n’en faire à personne. Durant le cours paisible de son règne, il confiera toute sa famille, l’Impératrice sa femme, et les Princes ses enfants au service de Dieu, qui est le Souverain des Empereurs. Sa Cour était une assemblée de vérité- Fidèles, parmi lesquels il y avait de saints Ministres, qui faisaient de continuelles prières pour la conservation de la personne du Prince, au lieu que dans la Cour des autres Empereurs, il n’était pas permis de parler des Chrétiens.

Chapitre XVIII

Constance se trouve le plus ancien des Empereur. Il a un grand nombre d’enfants. DIEU ne laissa pas sa piète sans récompense. Il eut bientôt après le premier rang parmi les Empereurs. Les deux plus anciens ayant renoncé.par je ne sais quel motif, à la souveraine puissance, en la seconde année de la persécution, il fut reconnu en qualité de premier. Il y avait longtemps qu’il avait été déclaré César, avec Galère. Mais après qu’il eut rempli cette dignité avec beaucoup de gloire, il fut élevé au comble des honneurs, et proclamé le premier des Empereurs. Il eut un plus grand nombre d’enfants qu’aucun de ses Collègues. Lorsqu’il fut prêt de payer, dans une extrême vieillesse, le tribut que tous les hommes doivent à la nature, Dieu fit en force que Constantin son fils aîné se trouva présent pour recueillir la succession de l’autorité souveraine.

Chapitre XIX

Constantin fait un voyage en Palestine avec Dioclétien.

CONSTANTIN vivait alors au milieu des Collègues de Constance son père, de la même sorte que Moïse avait vécu dans la Cour des Rois d’Égypte. Lorsqu’il fut parvenu à la fleur de son âge, il se mit en grande considération auprès d’eux. Je le vis alors passer par la Palestine à la droite de Dioclétien le plus ancien des Empereurs. Pendant que tout le monde courait en foule pour le voir, et pour admirer les marques de générosité et d’élévation qui paraissaient sur son visage. Il n’y avait personne qu’il ne surpassât en hauteur, en bonne-mine, et en force. Il était pourtant beaucoup plus avantageusement partagé des vertus de l’âme, que de celles du corps. Il avait un excellent naturel qu’il avait cultivé par l’étude, et que Dieu avait relevé par les dons d’une sagesse céleste.

Chapitre XX

Constantin va trouver Constance son père.

L’ARDEUR de son courage, et l’élévation de son âme, donnèrent de la jalousie et de la crainte aux autres Empereurs. Quand il eut découvert leur mauvais dessein, et les pièges qu’ils lui avaient dressés il s’enfuit comme Moïse, et alla trouver son père. Dieu le favorisa en tout cela d’une protection si visible, que l’injustice de ses ennemis lui ouvrit en quelque sorte le chemin, par où il arriva à l’Empire.

Chapitre XXI

Mort de Constance.

CONSTANTIN ayant heureusement évité le. piège que ses ennemis lui avaient dressé, arriva enfin après un long voyage auprès de Constance son père, qu’il trouva proche de sa fin.

Lorsqu’il le son séant, l’embrassa étroitement, assura qu’il était délivré par sa présence des inquiétudes, dont il avait été agité, remercia Dieu de lui avoir fait cette grâce, et témoigna qu’il était content de mourir. Ayant ensuite mis ordre à ses affaires, et pris congé de ses enfants, qui entouraient son lit, il laissa selon la loi de la nature, son Empire à Constantin son fils aîné, et passa de cette vie à une autre.

Chapitre XXII

Constantin est proclamé Empereur.

L’EMPIRE ne vaqua pas par la mort de Constance. Constantin se revêtit à l’heure même de la pourpre impériale, et fit renaître en sa personne toutes les vertus de son Père. Les funérailles du Prince défunt furent célébrées avec une pompe extraordinaire. L’air retentissait des cris de tout le peuple, qui témoignaient qu’il trouvait heureusement le père dans le fils, et qui se réjouissait de lui voir prendre possession de l’autorité absolue. Les Provinces étaient ravies de joie, de ce que Dieu avait si promptement pourvu à leurs besoins.

Chapitre XXIII

Mort des Tyrans.

Je ne crois pas devoir parler ici de la mort de ceux qui ont persécuté l’Église, ni déshonoré la m’émoie des bons Princes, par le récit des cri-mes des méchants. Les malheurs qui leur sont arrivés, sont plus que suffisants pour instruire et pour corriger ceux qui en ont été témoins.

Chapitre XXIV

Constantin parvient à l’Empire par l’ordre de Dieu.

VOILA comment Dieu, qui a créé l’univers par sa puissance et qui le gouverne par sa sagesse, a élevé lui-même sur le trône Constantin, fils de Constance, de sorte qu’il s’est réservé lui seul la gloire de sa promotion, au lieu que celle des autres Princes appartient souvent aux hommes.

Chapitre XXV

Victoires remportées par Constantin sur les Anglais.

DES qu’il fut en possession de la souveraine puissance, il visita les Provinces qui avaient relevé de l’obéissance de son père, et y donna tous les ordres nécessaires. Il dompta les peuples qui habitent sur les bords du Rhin, et de l’Océan, réprima leur insolence, et apaisa leur fureur. Il y en eut d’autres, qu’il se contenta d’arrêter par la crainte, et de retenir au delà de leurs frontières; et c’étaient des naturels farouches et intraitables, qu’il ne pouvait porter par aucun moyen à entretenir la paix. après être venu heureusement à bout de ces desseins-là, il jeta les yeux d’un autre côté, passa en Angleterre, et la réduisit à son obéissance.

Chapitre XXVI

Constantin entreprend de délivrer Rome.

CONSIDERANT ensuite l’univers comme un vaste corps, dont Rome était comme le chef, qui gémissait sous la domination des Tyrans, il crut d’abord que les Princes qui gouvernaient les autres parties de l’Empire, et qui le surpassaient en âge, devaient employer leur puissance pour la mettre en liberté’. Mais quand il vit que ceux qui l’avaient entrepris, n’en avaient remporté que de la honte, et que nul autre n’était en état de l’entreprendre, il protesta qu’il ne pouvait voir la Capitale du monde dans l’oppression, et prit les armes pour exterminer les Tyrans.

Chapitre XXVII

Constantin se résout à n’adorer qu’un seul Dieu.

COMME il était persuadé qu’il avait besoin d’une puissance plus considérable et plus invincible que celle des armées, pour dissiper les illusions de la magie dans lesquelles Maxence mettait sa principale confiance, il eut recours à la protection de Dieu. Il délibéra d’abord sur le choix de celui qu’il devait reconnaître. Il considéra que la plupart de ses prédécesseurs, qui avaient adoré plusieurs Dieux et qui leur avaient offert de l’encens et des sacrifices, avaient été trompés par des prédictions pleines de flatterie; et par des oracles, qui ne leur promettaient que d’heureux succès, et qu’ils étaient enfin péris misérablement, sans qu’aucun de leurs Dieux se fût mis en peine de les secourir. Que son père avait seul reconnu leur égarement, et seul pris le bon chemin, qu’il n’avait adoré que Dieu durant toute sa vie, et que Dieu avait été en récompensé son protecteur, le conservateur de son Empire, et l’auteur de tous ses biens. Il fit une sérieuse réflexion sur la multitude des maux, dont avaient été accablés ceux qui avaient suivi une multitude de Dieux, et reconnut qu’aucun d’eux n’avait laissé de postérité, ni même la moindre mémoire de son nom, au lieu que le Dieu de son père lui avait donné d’illustres preuves de sa puissance. Il remarqua aussi que ceux qui en prenant les armes contre les tyrans avaient mis leur espérance dans la protection des Dieux n’en avaient tiré aucun avantage, l’un étant revenu avec ses troupes, sans avoir rien fait de considérable, et l’autre ayant été tué au milieu de son armée. Après avoir longtemps médité toutes ces raisons, il jugea que c’était la dernière de toutes les extravagances d’adorer des Idoles, de la faiblesse et du néant desquelles il avait des preuves si convaincantes, et il se résolut d’adorer le Dieu de Constance son père.

Chapitre XXVIII

Vision de Constantin.

CONSTANTIN implora la protection de ce Dieu, le pria de se faire connaître à lui, et de l’assister dans l’état où se trouvaient ses affaires. Pendant qu’il faisait cette prière, il eut une merveilleuse vision, et qui paraîtrait peut-être incroyable, si elle était rapportée par un autre. Mais personne ne doit faire difficulté de la croire, puisque ce Prince me l’a racontée lui-même longtemps depuis, lorsque j’ai eu l’honneur d’entrer dans ses bonnes grâces, et que l’événement en a confirmé la vérité. Il assurait qu’il avait vu en plein midi une croix lumineuse avec cette inscription. VAINQUEZ A LA FAVEUR DE CE SIGNE, et qu’il fut extrêmement étonné de ce spectacle, de même que ses soldats qui le suivaient.

Chapitre XXIX

Songe de Constantin.

CETTE vision fit une si sorte impression dans l’esprit de Constantin qu’il en était encore tout occupé la nuit suivante. Durant son sommeil le Sauveur lui apparut avec le même signe qu’il lui avait montré en l’air durant le jour, et lui commanda de faire un Etendard de la même forme, et de le porter dans les combats pour se garantir du danger.

Chapitre XXX

Constantin fait faire un étendard en forme de croix.

CONSTANTIN s’étant levé dès la pointe du jour raconta à ses amis le songe qu’il avait eu, et ayant envoyé quérir des Orfèvres, et des Lapidaires, il s’assit au milieu d’eux, leur proposa le dessein et la figure du signe qu’il avait vu, et leur commanda d’en faire un semblable, enrichi d’or, et de pierreries.

Chapitre XXXI

Description de l’Etendard fait en forme de croix.

J’AI vu l’Etendard que les Orfèvres firent par l’ordre de ce Prince, et il m’est aisé d’en décrire ici la figure. C’est comme une pique, couverte de lames d’or, qui a un travers en forme d’Antenne qui fait la croix. Il y a au haut de la pique une couronne enrichie d’or et de pierreries. Le nom de notre Sauveur est marqué sur cette couronne par les deux premières lettres; dont la seconde est un peu coupée. Les Empereurs ont porté depuis ces deux mêmes lettres sur leur casque. Il y a un voile de pourpre attaché au bois qui traverse la pique. Ce voile est de figure carrée, et couvert de perles, dont l’éclat donne de l’admiration. Comme la pique est fort haute elle a au bas du voile le portrait de l’Empereur et de ses enfants, fait en or jusques à demi-corps seulement. Constantin s’est toujours couvert dans la guerre, de cet Etendard comme d’un rempart, et en a fait faire d’autres semblables pour les porter dans toutes ses armées.

Chapitre XXXII

Constantin lit l’Écriture sainte.

CONSTANTIN ayant l’esprit tout rempli de l’étonnement qu’une vision si extraordinaire lui avait causé, jugea qu’il n’y avait point d’autre Dieu qu’il dut reconnaître, que celui qui lui était apparu, et ayant envoyé quérir les Prêtres, et ses ministres, il leur demanda, qui était ce Dieu, et ce que signifiait la figure si lumineuse et si éclatante qu’il lui avait montrée. Les Prêtres lui répondirent que le Dieu qui lui était apparu était le fils unique de Dieu, que la figure qui lui avait été montrée, était la marque de l’immortalité, et le trophée de la victoire que le Fils de Dieu avait remportée sur la mort. Ils lui déduisirent les raisons pour lesquelles il est descendu du Ciel en terre, et lui expliquèrent le mystère de son Incarnation. L’Empereur les écouta avec une merveilleuse attention. Il compara leurs discours avec la vision qu’il avait eue, et ne douta point qu’ils ne lu enseignassent la vérité par l’ordre de Dieu. II s’appliqua ensuite à la lecture des livres sacrés, retint toujours les Prêtres auprès de lui, et se résolut d’adorer le Dieu dont ils lui avaient découvert les mystères. L’espérance qu’il avait mise en sa protection, l’excita bientôt après à entreprendre d’éteindre l’embrasement qui avait été allumé par la rage des Tyrans.

Chapitre XXXIII

Adultères commis à Rome par Maxence.

LE Tyran qui s’était emparé de la ville Impériale était monté à cet excès d’impudence, et d’impiété que de se plonger publiquement dans les plus sales débauches. Il arrachait les femmes d’entre les bras de leurs maris, et les leur renvoyaient après les avoir violées. Il fit cet outrage aux personnes de la première qualité, et aux plus considérables du Sénat. Il jouit d’un grand nombre de femmes de condition, sans pouvoir rassasier son incontinence. Mais il ne put jamais jouir d’aucune femme Chrétienne. Il n’y en eut point qui n’aimât mieux perdre la vie que l’honneur.

Chapitre XXXIV

La femme d’un Préf et se procure la mon pour conserver sa pudicité.

LA femme d’un des principaux du Sénat, et qui avait la dignité de Préf et, ayant appris que les Ministres des débauches de Maxence étaient à la porte de son logis, et que son mari avait consenti qu’ils l’emmenassent, de peur d’être maltraitée, elle leur demanda un peu de temps pour se parer, et étant entrée dans son cabinet, s’enfonça un poignard dans le sein, et publia par une action si éclatante non seulement à tous les peuples de son siècle, mais aussi à tous les siècles à venir, qu’il n’y a que parmi les Chrétiens où l’on trouve une pudicité invincible, et exempte de la mort.

Chapitre XXXV

Massacre du peuple de Rome.

LES grands et les petits, les Magistrats et le peuple étaient dans l’oppression, et redoutaient la violence avec laquelle le Tyran commettait les crimes les plus horribles. La patience qu’ils conservaient au milieu des plus injustes traitements ne les mettait en aucune sûreté. Il commanda un jour, pour un fort léger sujet, aux soldats de sa Garde de faire main-basse sur le peuple, qui fut à l’heure-même massacré par les armes non des Scythes et des Barbares, mais de ses propres citoyens. Il n’est pas aisé de faire le dénombrement des Sénateurs qu’il condamna sur de fausses accusations, à dessein d’enlever leur bien.

Chapitre XXXVI

Maxence s’adonne à la magie.

MAXENCE couronna ses autres crimes par les cruautés et les sacrilèges de la magie tantôt en ouvrant le ventre des enceintes, et des enfants nés depuis peu de jours, tantôt en égorgeant des lions, et en offrant d’abominables sacrifices. pour évoquer les démons, et détourner la guerre dont il était menacé. Il espérait obtenir la victoire par ces artifices. Il traitait cependant ses sujets avec une dureté si extraordinaire qu’ils souffrirent sous son règne une disette dont il n’y avait point eu d’exemple dans les siècles précédents.

Chapitre XXXVII

Défaite de Maxence.

LA compassion que Constantin eut de leur misère lui mit les armes entre les mains contre celui qui en était l’auteur. Ayant imploré la protection de Dieu, et du Sauveur son Fils unique. Il fit marcher son armée sous l’Etendard de la crois à dessein de rétablir les Romains en possession de leur ancienne liberté. Maxence mettant sa confiance dans les illusions de la magie plutôt que dans l’affection de ses sujets, n’osa sortir de Rome. Mais il mit des garnisons dans toutes les Villes dont il avait opprimé la liberté, et plaça des troupes en embuscade sur les passages. Constantin dont Dieu favorisait l’entreprise força aisément toutes ces troupes, et entra jusques au cœur de l’Italie.

Chapitre XXXVIII

Mort de Maxence.

DIEU qui ne voulait pas que Constantin fut obligé de mettre le siège devant Rome pour se rendre Maître de Maxence, le lui amena hors des murailles avec des chaînes invisibles. Il fit voir la vérité du miracle, qui passe pour une fable dans l’esprit des incrédules, bien qu’il ne soit point révoqué en doute par les Fidèles, et qu’il avait autrefois opéré conthariots et son armée. Ce Tyran ayant été mis en fuite par les troupes de Constantin, qui était favorisé de la protection du ciel, il voulut passer un pont, où il avait préparé une machine pour surprendre son ennemi. Notre Religieux Prince fut assisté par le Dieu qu’il adorait, et l’impie périt dans le piège qu’il avait dressé, si bien qu’on lui peut appliquer ces paroles de l’Écriture: Il a ouvert une fosse, et l’a creusée, et il tombera contre lui, et ses violences retomberont sur sa tête.

La machine s’étant emr’ouverte au temps auquel on s’y attendait le moins, les vaisseaux coulèrent à fond. L’impie tomba le premier comme une masse de plomb avec les soldats qui l’environnaient. L’armée que Dieu avait rendue victorieuse, pouvait chanter alors les mêmes Cantiques que les Israélites avaient chantés autrefois contre Pharaon et dire comme eux: Publions les louanges du Seigneur, dont la gloire a éclaté. Il a jeté dans la mer le cheval, et celui qui était monté dessus. Il a. été mon aide, mon protecteur et mon salut. Qui est semblable à vous entre les Dieux, Seigneur, qui est semblable à vous? Votre gloire a paru dans vos saints. Elle a attiré l’admiration, et vous avez fait des prodiges.

Chapitre XXXIX

Entrée de Constantin dans Rome.

CONSTANTIN ayant à l’imitation de Moise chanté ce Cantique, ou quelque autre semblable, en l’honneur de Dieu, qui avait conduit son armée, et qui lui avait accordé la victoire, entra en triomphe à Rome, où les Sénateurs, les Chevaliers, les Hommes, les Femmes, les Enfant et tout le peuple délivrés de la servitude, accoururent au devant de lui avec toute sorte de témoignages de joie, le saluèrent comme leur libérateur, et leur conservateur, ne pouvant le lasser de faire des acclamations en son honneur. Mais sa piété ne lui permettant pas de s’enfler de ces louanges, il rendit à Dieu la gloire que l’on lui offrait, et protesta que c’était de sa main qu’il tenait la victoire, et que Rome avait reçu sa liberté.

Chapitre XL

Statue de Constantin.

CE grand Prince procura en quelque sorte le salut de tous les hommes, en élevant au milieu de Rome la Croix qui en est le signe, et en gravant une inscription qui en explique la puissance. Il fit mettre dans la main de sa Statue érigée au plus bel endroit de la Ville, une Croix avec cette inscription en langue Latine. PAR

Ce signe salutaire, qui est la marque de la veritable puissance j’ai

Delivre votre ville

DE LA DOMINATION DES TYRANS, ET J’Ai RÉTABLI LE SENAT ET LE PEUPLE

Dans leur ancienne splendeur

Chapitre XLI

Réjouissances publiques. Largesses de Constantin.

VOILA comment ce Religieux Empereur mettait sa gloire dans la confession de la Croix, et annonçait aux peuples le Fils de Dieu. Les habitants de Rome commençaient à respirer, après avoir été si longtemps accablés sous le joug de la tyrannie, et s’imaginaient jouir d’un air plus pur que jamais, et comme d’une vie toute nouvelle. Les nations qui habitent vers l’Océan, étant délivrées de leurs maux, ne songeaient qu’à faire des réjouissances publiques, et à publier tout d’une voix que Constantin était un présent du ciel, un Prince chéri de Dieu, et accordé à l’Empire pour le rendre florissant. On vit ses édits affichés aux coins de toutes les rues, par lesquels il rappelait les exilés, délivrait les prisonniers, et rendait le bien à ceux qui en avaient été injustement dépouillés.

Chapitre XLII

Honneurs déférés aux. Évêques. Églises rétablies.

L’EMPEREUR envoya quérir les Ministres consacrés au service de Dieu, leur rendit de grands honneurs, les fit asseoir à sa table, bien qu’ils semblassent n’avoir rien que de vil et de méprisable dans leurs habits et dans leur mine. Mais au lieu de regarder l’extérieur. il regardait en eux la Majesté souveraine, au culte de laquelle ils étaient attachés par leur ministère. il les menait par tout avec lui, et était persuadé qu’ils attireraient sur lui les bénédictions de Dieu. Il employa des sommes considérables, soit pour agrandir des Églises, ou pour les embellir et les parer.

Chapitre XLIII

Charité de Constantin envers les pauvres.

IL exerça sa libéralité envers plusieurs personnes à proportion de leurs besoins. Il reçut avec beaucoup de civilité les étrangers, et leur fit de grands présents. Il ne se contenta pas de distribuer de l’argent aux pauvres qui mendient dans les rues et dans les places publiques, il prit le soin de leur nourriture, et de leur vêtement. Il usa de magnificence envers ceux qui étant d’une honnête naissance, étaient tombés par malheur dans la pauvreté, donnant aux uns des terres pour leur subsistance, et aux autres des emplois. Il pourvut avec une bonté paternelle aux nécessités des Orphelins, et prit en sa protection les Veuves qui n’avaient nul appui. Il maria à des hommes riches, les filles qui n’avaient point de parents, et leur donna auparavant de grands biens pour porter dans la communauté. Enfin il répandit ses bienfaits sur tous ses sujets, avec la même profusion que le Soleil répand sa lumière sur tous les hommes. Jamais personne n’a imploré en vain son secours dans son besoin, et jamais personne ne s’est retiré de devant lui, sans en avoir reçu quelque grâce.

Chapitre XLIV

Constantin assiste aux assemblées des Evêques.

QUE si l’Empereur dont je parle, avait une inclination si bienfaisante pour tous ses sujets, il prenait un soin particulier des Chrétiens. Il convoqua comme un commun Eve que ordonné de Dieu des Conciles pour apaiser les différends qui s’étaient émus en diverses Provinces entre les Pasteurs de l’Église. Il prit la peine d’assister à leurs assemblées, de s’asseoir au milieu d’eux, d’examiner le sujet de leurs contestations, et de s’entremettre de les accorder. Il commanda alors à ses Gardes de se retirer, et se tenait assez bien gardé par la crainte de Dieu, et par l’affection de ses sujets. Il louait la sagesse et la modération de ceux qui suivaient le bon parti, et qui se portaient à la paix, et blâmait l’opiniâtreté de ceux qui refusaient de se rendre à la raison.

Chapitre XLV

Constantin souffre avec une grande modération l’indiscrétion de quelques-uns.

CONSTANTIN souffrit avec une extrême modération la chaleur indiscrète de quelques Evêques qui s’emportèrent contre lui, les exhorta par de douces paroles à entretenir la paix, et à ne point exciter de tumulte. Quelques-uns déférèrent à ses remontrances. D’autres les méprisèrent, et au lieu d’user d’aucune rigueur contre eux, il laissa à Dieu le soin de les corriger. Les séditieux d’Afrique s’étant portés à une entreprise fort insolente, ou plutôt y ayant été poussez par le démon qui ne pouvait voir sans dépit, la prospérité de l’Église, l’Empereur s’en moqua, au lieu de s’en fâcher, et témoigna qu’il reconnaissait fort bien que c’était un artifice du mauvais esprit; que pour faire de ces sortes d’entreprises, il fallait ou avoir perdu le sens, ou être possédé par le démon, et que ceux qui étaient en cet état, étaient plus dignes de compassion, que de châtiment.

Chapitre XLVI

Victoires remportées sur les étrangers.

NOTRE Empereur s’étant consacré de la sorte, au service de Dieu, pourvoyait avec une vigilance infatigable aux nécessités de l’Église. Dieu réduisit en récompense les étrangers sous ses pieds, et le rendit formidable à ses ennemis, bien que de son naturel, il fut le plus doux de tous les hommes.

Chapitre XLVII

Mort de Maximien.

L’UN des deux Princes, qui avaient renoncé à la souveraine puissance, ayant formé une conjuration contre Constantin, il mourut d’un genre de mort très-infâme. Ce fut le premier de qui l’on abattit les statues, en haine de ses crimes, et de qui l’on abolit tous les autres monuments. Ou découvrit bientôt après une autre conjuration formée par des parents-même de l’Empereur, et c’était Dieu qui la lui avait révélée. Il avait la bonté de se montrer à lui, et de l’avertir de ce qui lui devait arriver. Les grâces qu’il fit à ce religieux Prince, sont si merveilleuses, que je n’ai point de paroles qui les puissent exprimer. Il le préserva de toute sorte de dangers, durant tout le cours de sa vie, lui donna des sujets affectionnés et fidèles, fit régner la paix dans son Royaume, et fleurir la piété dans l’Église pendant son règne.

Chapitre XLVIII

Jeux. célébrés en la. dixième année du règne de Constantin.

LA dixième année du règne de Constantin s’étant cependant écoulée, on fit des réjouissances publiques dans tous les Pays de son obéissance, et on rendit à Dieu des actions de grâces, qui étaient comme des sacrifices très-purs, et où il n’y avait ni feu, ni fumée. L’Empereur en eut beaucoup de joie. Mais il eut aussi beaucoup de douleur des nouvelles qui arrivèrent d’Orient.

Chapitre XLIX

Mauvais état des affaires d’Orient.

LICINIUS persécutait les Fidèles, et tourmentait ses autres sujets avec une cruauté farouche, et semblait être excité par le démon, à faire dans le Pays qui relevait de lui, tout le contraire de ce que Constantin faisait dans le sien. L’Empire était divisé en deux parties, dont l’une ressemblait au jour, et l’autre à la nuit. L’Orient était couvert d’épaisses ténèbres, au lieu que l’Occident était éclairé d’une agréable lumière. Le démon ne put voir sans jalousie, l’éclat de cette lumière, et Licinius qui tenait ses sujets accablés sous le joug de son injuste domination, ne put souffrir la prospérité, dont jouissaient ceux de Constantin. Au lieu de suivre l’exemple de ce religieux Prince, dont il avait l’honneur d’être allié, il suivit celui des impies, dont il avait vu la mort funeste.

Chapitre L

Piège dressé par Licinius à Constantin.

Il déclara la guerre à son bienfaiteur, sans respecter ni l’amitié, ni l’alliance, ni les contrats, ni les serments. Le plus doux et le plus aimable de tous les Princes, lui avait donné des marques certaines de l’affection la plus sincère, en lui accordant sa sœur en mariage, et en lui communiquant l’autorité souveraine. Mais l’impie n’ayant que de l’ingratitude pour ses bienfaits, lui dressa des pièges. Il tâcha de les cacher. Mais Dieu les fit reconnaître. Les premières ruses de Licinius ayant été découvertes, il eut recours à d’autres, fit de nouvelles protestations d’amitié et de nouveaux serments, puis les viola à l’heure-même. Il envoya ses Ambassadeurs, pour de mander pardon de sa perfidie, et y retomba comme auparavant. Enfin il déclara la guerre, et prit les armes contre Dieu, au culte duquel il savait que Constantin était très-attaché.

Chapitre LI

Licinius défend aux Evêques de s’assembler.

LICINIUS chercha de vains prétextes pour tourmenter de pieux Ecclésiastiques qui n’avaient jamais rien fait contre son service. Ne les pouvant accuser d’aucun crime, il s’avisa de défendre aux Evêques de s’assembler, et de faire des conférences. Il est clair qu’il ne cherchait en cela que l’occasion de nous persécuter. Car si les Evêques violaient cet Edit, ils s’exposaient à être punis. S’ils le gardaient, ils ruinaient la discipline de l’Église, dont les affaires ne peuvent être traitées que dans les Conciles. L’impie gardait en ce point une conduite toute contraire à celle de notre pieux Prince. Celui-ci convoquait les Evêques pour entretenir la paix dans l’Église, au lieu que l’autre leur défendait de s’assembler, pour accroître le trouble et le détordre.

Chapitre LII

Bannissement des Chrétiens.

AU lieu que le religieux Empereur voyait volontiers les Chrétiens à sa Cour, l’impie les chassa de la tienne, bannit les plus fidèles et les plus affectionnés de ses sujets, et réduisit à la servitude ceux qu’il avait autrefois élevés aux premières dignités, en récompense de leurs services.

II enleva le bien de ceux qu’il avait proscrits, et menaça de punir de mort tous ceux qui feraient profession de notre Religion. Etant d’un naturel prodigieusement adonné aux plus infâmes débauches, il jugeait de tous les autres par soi-même, et soutenait qu’il n’était pas possible de garder la continence.

Chapitre LIII

Autres Edits de Licinius.

CE fut par ce motif qu’il fit un autre Edit, par lequel il défendit aux hommes de s’assembler dans l’Église au même temps que les femmes, aux femmes d’entrer dans les lieux, où l’on enseignait les maximes de la piété Chrétienne, et aux Evêques de se charger de l’instruction des femmes, et ordonna qu’elles seraient instruites par d’autres femmes. Bien que tout le monde se moquât de cet Edit, il en inventa un autre semblable, pour dissiper nos assemblées, et ordonna qu’elles se feraient à l’avenir hors la Ville, et en pleine campagne, sous prétexte qu’un air libre comme celui-là est plus propre à une grande multitude, qu’un air renfermé entre les murailles d’un Oratoire.

Chapitre LIV

Licinius ôte les charges à ceux qui refusent de sacrifier, et défend de porter des aliments aux prisonniers.

QUAND le Tyran vit que cette défense était méprisée, il leva le masque, et ordonna que les soldats qui servaient sous les Gouverneurs de Province, seraient licenciés, au cas qu’ils refusassent de sacrifier aux Idoles; II priva par ce moyen les Chrétiens de leurs emplois, et se priva au même temps du fruit de leurs prières. Que dirai-je de la dureté qu’il eut de défendre que l’on n’assistât des misérables qui mouraient de faim dans les prisons? On ne saurait jamais s’imaginer de cruauté si barbare que celle de cette défense. La peine proposée à ceux qui auraient eu pitié des prisonniers, fut d’être enfermés avec eux et de souffrir les mêmes incommodités, et les mêmes misères.

Chapitre LV

Lois. touchant les mariages et les testaments.

Édits pour faire de nouvelles impositions.

EST-IL. nécessaire de parler des nouvelles lois que ce Tyran fit touchant les mariages, et touchant les dernières volontés des mourants? Il abrogea les anciennes, qui avaient été si sagement établies par les Romains, et en introduisit de barbares, qui ne tendaient qu’à la ruine de ses sujets. Il inventa une manière extraordinaire de mesurer les terres, à dessein d’augmenter les impôts. Il fit mettre dans ses Registres des recettes, les noms des paysans, qui étaient morts. Il brûlait d’une avarice si insatiable, qu’après avoir amassé des trésors immenses, il se plaignait de sa pauvreté, et sentait un tourment égal à celui de Tantale. Qu’est-il besoin de faire ici le dénombrement des innocents qu’il a envoyés en exil, ou dont il a enlevé le bien, et des hommes de qualité qu’il a enfermés en d’obscures prisons, et dont il a prostitué les femmes à l’incontinence de ses esclaves? On détesterait sans doute l’horrible brutalité, par laquelle,, bien qu’il fût dans un âge presque décrépite, il tâcha de violer des femmes mariées, et des filles, s’il n’avait commis d’autres crimes, en comparaison desquels ceux-ci peuvent paraître médiocres.

Chapitre LVI

Persécution excitée par Licinius.

IL se porta à cet excès de fureur de prendre les armes contre l’Église, et d’attaquer les Evêques qu’il regardait comme ses plus irréconciliables ennemis, par la seule raison qu’ils étaient intimes amis de Constantin. Il ne profita point de l’exemple de ceux qui avaient persécuté avant lui les Chrétiens, et surtout de celui qui avait été le premier et le principal auteur des injustices et des violences, bien qu’il eut été témoin de son châtiment et qu’il en eut été même, comme par un ordre secret de Dieu, un des Ministres.

Chapitre LVII

Maximien étant rongé d’un ulcère, publie une loi en faveur des Chrétiens.

C’EST de Maximien que je parle, qui s’étant le premier souillé par le meurtre des serviteurs de Dieu, en fut puni d’un châtiment qui passa de son corps jusques à son âme. Un ulcère lui rongea les parties les plus internes, et produisit une quantité prodigieuse de vers, qui rendaient une odeur insupportable. On dit qu’étant devenu extraordinairement gros, pour avoir mangé avec trop d’excès, sa graisse se changea alors en une pourriture, que l’on ne pouvait voir sans horreur. La rigueur de ce châtiment lui fit reconnaître l’énormité des crimes, qu’il avait commis contre les Fidèles. II en demanda pardon à Dieu, arrêta le cours de la persécution, permit de rebâtir les Églises, et aux Chrétiens d’y faire les exercices ordinaires de leur Religion.

Chapitre LVIII

Maximin s’enfuit déguisé en esclave.

LICINIUS oublia tout d’un coup ce terrible châtiment, que la justice divine avait tire de Maximien, bien qu’il en eût été mieux informé que personne, puisqu’il en avait été témoin. Il publia de la même sorte le châtiment de Maximin, qui ayant voulu enchérir sur la méchanceté de celui dont je viens de parler, inventa de nouveaux genres de supplices, pour tourmenter les fidèles. Le feu, ni le fer, les dents des bêtes, les plus cruelles, les abîmes les plus profonds, ne suffisant pas pour contenter son inhumanité, il ordonna par un Edit que nous serions privés de la lumière, et incontinent après on creva l’œil droit à un nombre presque innombrable d’hommes, de femmes et d’enfants, on les estropia d’une jambe, en leur coupant le nerfs du pied, soit par le fer, ou par le feu, et on les envoya aux métaux, pour consumer par le travail le reste de leurs forces, et de leur vie. Il reçut bientôt après la punition qu’il méritait. Ayant fondé son espérance sur la multitude de ses soldats, et sur la puissance des démons qu’il adorait comme des Dieux, il donna bataille. Mais étant abandonné du secours de Dieu, il fut obligé de se dépouiller des habits Impéri aux, dont il était indigne, de se couvrir d’un habit d’esclave, de se mêler dans la foule, et de tâcher d’assurer son salut par la fuite. Mais il ne put se cacher à l’œil de la providence, qui veille sur toutes les créatures. Car au moment qu’il se tenait en sûreté, il fut percé d’un trait de feu et consumé de telle sorte, qu’il ne lui restait plus rien de son ancienne figure, et qu’il n’avait plus que des os desséchés.

Chapitre LIX

Maximin perd la vue, et fait une loi en faveur des Chrétiens. La justice divine s’étant déchargée sur lui avec une rigueur encore plus grande, les yeux lui sortirent hors de la tête, et le laissèrent dans un aussi triste aveuglement que celui, où il avait mis plusieurs Martyrs. Il confessa néanmoins, avant que de mourir, la faute qu’il avait faite, quand il avait pris les armes contre Dieu, et lui en demanda pardon. Il fit une rétractation aussi publique, et aussi solennelle que celle de Maximien, dont j’ai parlé, déclara qu’il s’était trompé, eu. adorant des démons qu’il avait pris pour des Dieux, et reconnut qu’il n’y en avait point d’autre que celui des Chrétiens. Bien que Licinius sût parfaitement toutes ces choses, non pour les avoir apprises par le rapport d’autrui, mais pour les avoir vues de ses propres yeux, il ne laissa pas de tomber dans les mêmes crimes, comme s’il eût eu l’esprit couvert d’épaisses ténèbres.

Livre second

Chapitre premier

Calomnieuses accusations des Evêques.

LICINIUS tomba de la sorte dans l’abîme de l’impiété, et suivant l’exemple de ceux, dont il avait vu le châtiment, il ralluma le feu de la persécution, qui était presque éteint, et excita un plus terrible embrasement que jamais. L’appréhension de la puissance de Constantin l’ayant empêché de prendre ouvertement les armes contre les Églises établies dans la portion de son Empire, il cacha comme un serpent le venin de sa haine, et usant de ruses, fit mourir les meilleurs Evêques sur de fausses accusations par le ministère des Gouverneurs. Le genre de leur mort fut fort nouveau, et il avait été inconnu jusques alors. Les cruautés qui furent exercées dans la Ville d’Amasée, vont au delà de l’imagination.

Chapitre II

Renversement des Églises. Massacre des Evêques.

QUELQUES Églises de cette Ville, furent rasées, et les autres furent fermées par les Gouverneurs des Provinces, de sorte que personne pouvoir plus y entrer, ni y faire les exercices ordinaires de notre Religion. La connaissance que celui qui donnait cet ordre injuste, avait de ses propres crimes, lui persuadait que l’on ne priait point Dieu pour lui dans ces saints lieux, mais seulement pour Constantin. Les Gouverneurs de Province, qui ne songeaient qu’à dater l’injustice, et la cruauté de leur maître, firent exécuter à mort les Evêques les plus célèbres par la pureté de leurs mœurs, et par l’éminence de leur sainteté. Ces hommes qui n’avaient jamais fait de mal, étaient traités comme des homicides. Quelques-uns furent hachés en pièces, et jetés dans la mer pour servir de pâture aux poissons. La violence de la persécution obligea les serviteurs de Dieu, à se retirer dans les solitudes les plus affreuses. Le Tyran avait dessein de leur déclarer à tous la guerre, et rien ne l’en aurait empêché, si Dieu n’avait pris la protection de ses saints, et n’avait suscité Constantin, pour dissiper, comme une éclatante lumière, l’obscurité, qui menaçait l’Église d’un terrible orage.

Chapitre III

Constantin entreprend la protection des Chrétiens.

LE grand Prince n’eut pas sitôt reçu la nouvelle des rigoureux traitements, que Licinius faisait aux Fidèles, que mêlant en quelque sorte la force de son courage à la douceur de son naturel, il se résolut de les venger. Il jugea qu’il y aurait de la piété à assurer le repos des peuples par la mort d’un seul homme, qui étant indigne de compassion, abuserait de sa clémence, et se porterait à de plus horribles excès que jamais, sans que les innocents, qu’il oppresserait, y pussent trouver aucun remède. Des qu’il eut pris cette résolution, il leva des troupes, et amassa des armes. Lorsque l’Infanterie et la Cavalerie furent assemblées, on vit paraître devant elles l’Etendard que j’ai décrit dans le livre précédent, et qui était la marque de la confiance qu’elles avaient en Dieu.

Chapitre IV

Constantin se prépare à la guerre, en faisant des prières, et Licinius en consultant les devins CONSTANTIN jugeant qu’il avait plus grand besoin que jamais du secours des saints Prêtres, les retint auprès de lui, comme les Gardes les plus sûrs et les plus fidèles. Quand le Tyran sut que Constantin n’attendait la victoire que du ciel, qu’il était environné d’une troupe de ministres de l’Église, et que l’on portait devant son armée le signe de notre Rédemption, il s’en moqua comme d’une faiblesse d’esprit, et en fit des railleries également insolentes et impies. Pour lui, il eut recours aux devins d’Égypte, aux imposteurs, aux empoisonneurs, aux Prêtres et aux Prophètes de ses Idoles. Il offrit des sacrifices aux Dieux qu’il adorait, et les consulta sur l’événement de la guerre. Les réponses des Oracles furent toutes conformes. Elles furent toutes conçues en des vers fort élégants, et promirent toutes la victoire au Tyran. Les Interprètes des songes, les Aruspices, qui examinent les entrailles des victimes, lui confirmèrent la même promesse, et le remplirent d’espérance. Il se mit dans cette disposition d’esprit, à la tête de ses troupes, et se prépara au combat.

Chapitre V

Discours fait par Licinius avant la bataille.

Avant que de donner la bataille, il assembla les principaux Officiers de son armée dans un bois sombre, arrosé de belles eaux, et rempli des statues de ceux qu’il prenait pour des Dieux. On dit qu’après avoir allumé des cierges, et avoir offert des sacrifices, il y fit ce discours.

Mes amis, et mes compagnons, nous adorons, les Dieux que nos ancêtres ont adorés de tout temps. Celui qui commande l’armée ennemie,, a renoncé aux coutumes de nos Peres, pour suivre l’opinion impie de ceux qui ne reconnaissent, point les Dieux, et pour introduire un certain Dieu étranger, dans lequel il met sa confiance, non tant contre nous, que contre nos Dieux, et par l’Étendard duquel il déshonore ses troupes. Cette journée décidera de la Religion des deux partis, et de la vérité des Dieux. Si nous remportons la victoire, il sera clair que ceux que nous adorons, auront eu le pouvoir de nous protéger et de nous défendre. Que si ce Dieu, dont on ne sait point l’origine, et qu’il semble que nous méprisons avec raison, est plus puissant que tous les nôtres, il faudra les abandonner et ne reconnaître que lui. Mais, si nous demeurons victorieux, comme je me le promets, il faudra tourner nos armes contre ceux qui les méprisent. Voila le discours de Licinius, tel que je l’ai appris par le rapport de quelques personnes qui l’avaient ouï de sa bouche. Il commanda incontinent après aux soldats de et tenir prêts pour donner bataille.

Chapitre VI

Présage de la défaite de Licinius.

ON dit que l’on remarqua en ce temps-là un étrange prodige dans les Villes qui relevaient de l’obéissance de Licinius. On y vit en plein midi des troupes de Constantin, qui passaient avec toutes les marques de joie que l’on a accoutumé de donner quand on a remporté la victoire. Cependant il n’y avait aucunes troupes dans ces Villes. Mais Dieu par un effet merveilleux de sa toute-puissance, représentait ce qui devait arriver.

Lorsque les deux armées furent en présence, celui qui avait rompu la pair et les traités, commença le combat. Mais Constantin ayant imploré le secours de Dieu, et montré à ses soldats l’Etendard de la croix, le repoussa. li en vint une seconde fois aux mains avec ses ennemis, et eut un avantage encore plus notable qu’à la première.

Chapitre VII

Puissance merveilleuse de la Croix, pour vaincre les ennemis.

EN tous les endroits, où l’Etendard de la croix paraissait, les ennemis prenaient la fuite. Constantin s’en étant aperçu, le fit porter à la tête des troupes qui commençaient à plier, et à lâcher le pied, et à l’heure-même, elles reprirent courage, et se sentirent animées d’une ardeur toute divine.

Chapitre VIII

Constantin choisit cinquante hommes pour porter tour à tour l’Etendard de la croix. CONSTANTIN ayant choisi parmi ses Gardes environ cinquante de ceux qui surpassaient les autres en force de corps, en grandeur de courage, et en piété, il les chargea de garder continuellement l’Etendard, et de le porter tour à tour. Il m’a raconté lui-même ce fait important, longtemps depuis, aux heures de son loisir, et m’en a remarqué une circonstance qui mérite d’être consacrée à la postérité.

Chapitre IX

Circonstance remarquable.

LE désordre s’étant mis dans l’armée, au milieu de la chaleur du combat, celui qui portait l’Etendard, eut peur, et le donna à un autre pour éviter le péril. Mais il n’en fut pas sitôt déchargé, qu’il reçut un trait dans le ventre, dont il tomba mort sur le champ, en punition de sa lâcheté et de son infidélité. Celui qui s’était chargé de l’Etendard en sa place, en fut protégé. Quel que quantité de traits que jetassent les ennemis, aucun ne tomba sur lui. C’était une chose merveilleuse à voir, que tous les traits des ennemis demeuraient dans le bois de la Croix, quoiqu’il fût fort étroit, et qu’aucun ne toucha jamais ceux qui portèrent ce signe de notre rédemption. Cette circonstance-là n’est point de moi, elle est de l’Empereur, de la bouche duquel je l’ai apprise. après que par un effet visible de la Puissance divine, il eut gagné les deux batailles, dont je viens de parler, il rangea son armée en bon ordre, et la mena plus avant.

Chapitre X

Petits combats.

LES Chefs de l’armée ennemie n’ayant pu soutenir le premier choc des troupes victorieuses, mirent bas les armes, et se jetèrent aux pieds de Constantin. Il fut ravi de joie d’avoir cette occasion d’user de clémence, et de leur sauver la vie. Il exhorta les autres à suivre l’exemple de leurs compagnons. Mais quand il vit qu’ils demeuraient sous les armes, et qu’ils étaient résolus de se défendre, il commanda de les charger. Ils prirent à l’heure-même la fuite. Les uns ayant été poursuivis furent taillés en pièces. Les autres périrent par les armes de leurs compagnons dans le désordre de leur retraite.

Chapitre XI

Fuite honteuse de Licinius.

LE Chef de leur parti prit honteusement la fuite, quand il se vit abandonné de ses soldats et de ses alliés, et frustré de l’espérance qu’il avoir mise dans le secours de ses Dieux. L’Empereur ne voulut pas que l’on le poursuivît, parce qu’il espérait que le mauvais succès de ses entreprises, le rendrait plus sage et. plus modéré. Il aimait mieux lui donner la vie, bien qu’il eu fût très-indigne., et souffrir les injures qu’il avait reçues de lui, que de s’en venger. Mais Licinius, bien loin de se corriger, eut recours aux secrets abominables de la magie, et s’enfla d’un orgueil plus insupportable que jamais. On pouvait dire de lui, ce que l’on avait dit auparavant de Pharaon, que Dieu lui avait endurci le cœur.

Chapitre XII

Constantin obtient la victoire par ses prières.

LICINIUS s’étant lié des liens de ses crimes, se précipita dans l’abîme d’une perte irréparable. Constantin au contraire jugeant qu’il ne pouvait terminer la guerre, sans donner encore une bataille, il s’adonna avec plus d’ardeur et de zèle que jamais au service de son Sauveur. Il fit dresser hors du camp, un tabernacle, pour placer la Croix, et il s’y retirait souvent, pour y faire de dévotes oraisons, à l’imitation du Prophète, qui selon le témoignage de l’Écriture, mit le Tabernacle hors du camp des Israélites.il était accompagné dans ces pieux exercices d’un petit nombre de personnes d’une fidélité reconnue, et d’une vertu éprouvée. Il n’y manquait jamais, quand il était sur le point de donner bataille. Car outre qu’il agissait toujours avec une maturité pleine de sagesse, il consultait Dieu dans toutes ses entreprises. Dieu ne dédaignait pas aussi de lui répondre très-sensiblement, et de lui prescrire ce qu’il devait faire. Alors il sortait du Tabernacle tout rempli de l’esprit divin, commandait de sonner de la trompette, et de marcher contre l’ennemi. Ses soldats fondaient à l’heure-même, faisaient main-basse, et remportaient la victoire.

Chapitre XIII

Clémence de Constantin envers les vaincus.

VOILA de quelle manière l’Empereur Constantin avait accoutumé depuis longtemps, de se préparer au tombât, et d’y animer son armée. Il voulait dépendre si absolument de la volonté de Dieu, qu’en toutes occasions il la préférait à sa propre vie. Il faisait confiance de répandre beaucoup de sang, et épargnait celui de ses ennemis, aussi bien que celui de ses soldats. Il exhortait les vainqueurs à pardonner aux vaincus..Que s’il reconnaissait que les gens de guerre n’étaient plus maîtres de leur courage, il tâchait de les modérer en leur donnant une certaine somme d’argent pour chaque homme, auquel ils auraient sauvé la vie. Sa libéralité conserva de la sorte, un grand nombre de Romains et d’étrangers.

Chapitre XIV

Assiduité des prières de Constantin.

L’EMPEREUR pratiquait ordinairement ces exercices de piété et d’autres semblables, Mais au temps dont je parle, et avant que de donner le combat, il s’enferma dans le Tabernacle, et y fit d’humbles prières à Dieu, se priva cependant de toutes sortes de divertissements, se mortifia par des jeûnes, et par d’autres austérités, et enfin demanda à Dieu la grâce d’accomplir les desseins qu’il lui avait inspirés. Il pourvoyait incessamment aux besoins de de son État, et ne songeait pas moins à conserver les ennemis que ses propres soldats.

Chapitre XV

Mauvaise foi de Licinius LICINIUS ayant demandé la paix depuis la fuite honteuse, dont nous avons parlé, Constantin qui la tenait utile à l’Empire, consentit de la lui accorder à certaines conditions. Licinius feignit de les accepter de bonne foi, et s’obligea avec serment à y satisfaire. Mais il ne laissa pas de faire secrètement des levées, et de se préparer à reprendre les armes. Il se fortifiait chaque jour par de nouvelles alliances, et recherchait d’autres Dieux que ceux qui l’avaient trompé, sans se souvenir de ce qu’il avait dit, peu auparavant, que si le Dieu de Constantin remportait la victoire, il faudrait renoncer aux autres pour l’adorer.

Chapitre XVI

Licinius défend d’attaquer l’Etendard de la croix.

LICINIUS ayant reconnu par une expérience funeste la puissance invincible du signe salutaire de la rédemption humaine, défendit à ses soldats de s’approcher, et même de jeter les yeux du côté où il serait, et se résolut d’attaquer Constantin, qui avait la bonté de différer de combattre, de peur de perdre son ennemi. L’armée de Licinius mettait sa confiance dans son nombre et dans celui de ses Dieux, et portait en forme d’Etendard certaines statues, desquelles elle attendait quelque sorte de secours. Constantin se couvrit de la cuirasse de la foi, et fit porter devant lui l’Etendard de la croix, qui donnait de la terreur à ses ennemis, et de l’assurance à ses soldats. Il fit difficulté dé commencer le combat, pour ne pas rompre le traité qu’il avait signé.

Chapitre XVII

Victoire remportée pur Constantin.

MAIS quand il vit que les ennemis étaient résolus à combattre, et qu’ils préparaient leurs armes pour cet effet, il conçut de l’indignation, fondit sur eux avec un grand cri, et sans avoir tiré presqu’aucun trait, le mit en déroute et leurs troupes et celles des démons qui les soutenaient.

Chapitre XVIII

Mort de Licinius.

CONSTANTIN condamna selon la rigueur de la guerre, l’ennemi de Dieu, et les principaux de son parti; et sur tout ceux qui lui avaient conseillé d’attaquer la piété, furent exécuté avec lui. D’autres qui avaient mis un peu auparavant leur espérance en de faux Dieux, confessèrent qu’il n’y avait que celui de Constantin qui fut véritable.

Chapitre XIX

Réjouissances publiques.

LES impies ayant été de la sorte enlevés du monde, et les nuages de la tyrannie dissipés, on vit luire les rayons d’une légitime domination, et d’une honnête liberté. Les parties de l’Empire, qui avaient été autrefois séparées, se rejoignirent, et les Provinces d’Orient et d’Occident se réunirent sous un même Prince, comme les membres du même corps sous le même chef. Ceux qui étaient autrefois assis dans les ténèbres, et dans l’ombre de la mort, regardèrent le jour avec joie, oublièrent leurs maux, publièrent les victoires de Constantin, et reconnurent la puissance du Sauveur, qui les lui avait accordées. Ce Prince victorieux rentra en possession de l’Orient, et remit l’Empire entier sous sa puissance. Il jouit seul de la Monarchie Romaine, comme il avait publié seul entre tous les Empereurs, celle que Dieu possède dans tout l’univers, et dans tous lés siècles. La tristesse et la crainte furent bannies par la joie et par l’assurance. Les peuples témoignèrent leur satisfaction par les actions de grâces qu’ils rendirent à Dieu, par les acclamations qu’ils firent en l’honneur du vainqueur, et par les louanges qu’ils donnèrent aux Princes ses enfants. La jouissance des biens présents, et l’espérance des biens à venir, effaça le souvenir des maux passés.

Chapitre XX

Lois publiées pur Constantin en faveur des Confesseurs.

ON publia alors dans la partie de l’Empire que nous habitons, des lois fort douces et fort favorables, comme on en avait publié dès auparavant dans l’autre partie. Ces lois ne respiraient que la piété, le repos des peuples, et l’honneur de l’Église. Elles rappelèrent ceux qui avaient été bannis par les Gouverneurs de Province, pour n’avoir pas voulu sacrifier aux Idoles. Elles rétablirent en possession de leurs biens ceux qui en avaient été privés. Elles licencièrent ceux, qui pour le même sujet, avaient été condamnés à rendre quelque service à la Cour. Elles remirent en liberté ceux qui avaient été relégués dans des îles, et ceux qui avaient été envoyés aux métaux, ou employés a d’autres ouvrages publics. Elles laissèrent au choix de ceux, qui en haine de la fermeté avec laquelle ils avaient fait profession de la Religion Chrétienne, avaient été interdits de leurs charges, ou d’en faire les fonctions comme auparavant, ou de vivre en repos. Enfin elles délivrèrent les hommes qui avaient été condamnés à cette peine honteuse de travailler aux ouvrages des femmes.

Chapitre XXI

Lois faites en faveur des Martyrs, et des Églises.

APRES que l’Empereur eut pourvu de cette sorte au rétablissement des Confesseurs et des Martyrs, il prit le soin de la conservation de leurs biens. Il ordonna que les proches de ceux qui avaient souffert la mort pour la défense de la roi, jouiraient de leur succession, et que s’ils n’avaient point d’héritiers, l’Église leur succéderait. Que les héritages, qui avaient été confisqués, seraient rendus aux anciens propriétaires, soit qu’ils fussent encore en nature, ou qu’ils eussent été aliénés.

Chapitre XXII

Heureux État de l’Empire.

L’empereur

envoya dans toutes les Provinces, ces lois qu’il avait faites en faveur de la Religion Chrétienne; n’étant pas content de faire sentir aux Fidèles les effets de sa bonté, il étendit sa libéralité jusques sur les Païens et les infidèles. Les peuples de l’Orient, qui avaient autrefois souhaité arec une ardeur incroyable, de jouir de la même prospérité, dont ils avaient ouï dire que jouissaient les peuples de l’Occident, ne pouvaient se lasser de se dire heureux, et de louer la générosité de l’Empereur, auquel ils en étaient redevables.

Chapitre XXIII

Reconnaissance de Constantin envers Dieu.

CONSTANTIN bien loin de s’attribuer la gloire de ses victoires, la rendit à Dieu, et protesta publiquement qu’il tenait de sa bonté, la souveraine puissance. Quiconque lira les lettres qu’il fit expédier en grec et en latin sur ce sujet, et qu’il envoya dans les Provinces, y verra de certaines marques de son humble reconnaissance. Il y en avait une adressée aux Chrétiens, et l’autre aux peuples qui ne faisaient point profession de notre Religion. Je crois devoir insérer ici la copie de cette dernière, et pour en conserver la mémoire, et pour confirmer la vérité de ce que j’ai dit de la piété de Constantin. Elle a été faite sur l’exemplaire qui est entre mes mains, et qui est signé de celle de l’Empereur.

Chapitre XXIV

Loi de Constantin touchant la Religion Chrétienne et la Piété véritable.

Constantin Vainqueur, très-Grand, Auguste: Aux Peuples de Palestine.

IL y a longtemps que ceux qui sont dans la créance, où il faut être touchant la divinité ont reconnu clairement la différence qu’il y a entre ceux qui combattent la Religion Chrétienne, et ceux qui la défendent. On voit maintenant avec une plus grande évidence que jamais l’extravagance des doutes que l’on a faits sur ce sujet, et la puissance divine se manifeste par des témoignages incontestables. Ceux qui observent cette sainte loi, jouissent de toute sorte de biens, et viennent heureusement à bout de leurs entreprises, au lieu que ceux qui demeurent dans l’impiété, ne trouvent que ce qu’ils méritent. Quel bien pourraient-ils avoir dans le temps qu’ils refusent de reconnaître l’unique Auteur de tous les biens? Les choses semblent parler d’elles-mêmes

Chapitre XXV

Exemple tiré de l’antiquité.

Quiconque

rappellera dans son esprit le temps passé, trouvera que ceux qui ont pris la justice et la probité pour règle de leur conduite, ont réussi en tout ce qu’ils ont entrepris, au lieu que ceux qui ont commis des crimes, qui, ont été si insolents qui de s’élever contre Dieu, et si cruels que de n’avoir aucune compassion des misères de leurs frères, qui ont enlevé leur bien, noirci leur réputation par de fausses accusations, et leur ont fait souffrir le bannissement, et la mort, et qui n’ont jamais conçu un sincère repentir de ces désordres, ont été traités comme ils méritaient. Ce n’est pas sans raison que deux conduites différentes, ont des succès qui le sont aussi.

Chapitre XXVI

DE ceux qui ont excité la persécution, et de qui l’ont soufferte.

CEUX qui ont la crainte de Dieu devant les yeux, et qui n’agissent que par de bonnes intentions, qui méprisent les menaces des hommes, et les périls de la vie présente par l’espérance des biens à venir, souffrent avec une patience inébranlable des traitements qui, quoique fâcheux, ne sauraient être de longue durée. Plus les travaux qu’ils ont supportés, ont été pénibles; plus la gloire, qui les a suivis, a été éclatante. Ceux au contraire qui ont foulé aux pieds la justice, qui ont maltraité les serviteurs de Dieu, qui n’ont point cru être malheureux, ni coupables, quand ils les ont condamnés à mort, pour une si bonne cause, et qui n’ont pas jugé que ceux qu’ils condamnaient de la sorte fussent heureux, bien qu’ils conservassent à Dieu, la fidélité qu’ils lui avaient promise; ceux-là, dis-je, ont eu le déplaisir de voir leurs armées en déroute, et taillées en pièces. Ils n’ont point donné de batailles, qu’ils n’aient perdues.

Chapitre XXVII

Malheurs arrivés aux auteurs de la persécution.

C’EST de ces crimes que sont venues les guerres les plus cruelles, et les désolations les plus déplorables. C’est de là qu’a procédé la disette des biens les plus nécessaires, et l’inondation des maux les plus terribles. Les auteurs de l’impiété ont eu une fin tragique, ou ont mené une vie infâme, et plus triste par leur propre aveu, que n’aurait été la mort. Leur misère a été en quelque sorte égale à leur injustice. Plus l’insolence, avec laquelle chacun d’eux s’est opposé à la loi de Dieu, a été extrême, plus le châtiment qu’il a subi, a été rigoureux. Ils n’ont pas été seulement punis par les peines de cette vie. Ils ont été tourmentés par l’appréhension des supplices, qui sont préparés dans l’autre

Chapitre XXVIII

Dieu se sert de Constantin, pour arrêter le cours de l’impiété.

UNE impiété aussi étrange, et aussi horrible que celle-là, s’étant emparée de l’esprit et du cœur d’un nombre si prodigieux de personnes, et tout l’État en étant infecté, comme d’une maladie contagieuse, qui le réduisit à un extrême danger, et qui avait besoin d’un. remède fort puissant et fort efficace, duquel Dieu a-t-il eu agréable de se servir? Quand je parle de Dieu, j’entends celui qui l’est véritablement, et qui a une puissance éternelle. On peut, sans blesser la modestie, publier les bienfaits que l’on a reçus de lui. Il a eu la bonté de se servir de moi pour l’exécution de ses desseins. Il m’a tiré par un effet de sa sagesse et de sa puissance infinie, des bords de l’Océan Britanni que, et de l’extrémité des Pays, où le Soleil se couche, et m’a donné la force de dissiper comme un déluge de maux, qui avaient couvert la face de la terre, pour attirer les hommes à l’observation de sa loi, et pour accroître la Foi et la Religion.

Chapitre XXIX

Pieux sentiments de Constantin. Eloge des Confesseurs.

JE ne manquerai jamais de reconnaissant pour un bienfait si signalé. Regardant comme une faveur singulière, la bonté que Dieu a eue de me choisir, pour me faire le Ministre, et: l’exécuteur de ses ordres, je me rendis en Orient, que je trouvai comme accablé de maux, dont l’extrémité et le danger avaient besoin des derniers remèdes. Je reconnais que je tiens de Dieu l’âme, la vie, la respiration et le sentiment. Je sais très-certainement que ceux qui ont mis en lui leur espérance, n’ont point besoin de l’estime, ni de l’affection des hommes, et qu’ils possèdent des honneurs, d’autant plus solides qu’il mènent une vie plus exempte de défauts et, de péchés. Je n’en suis pas moins obligé à les délivrer de l’oppression, qu’ils ont soufferte en certains temps, et des vexations que l’on me doit,, jamais faire à des personnes innocentes, et que l’on ne saurait accuser du moindre crime. Ce serait une chose étrange qu’ils eussent fait paraître leur fermeté et leur constance, sous le règne des Empereurs, qui ne les ont persécutés qu’en haine de leur piété, et du culte qu’ils rendaient à Dieu, Si que leur réputation et leur gloire ne reçut pas un nouvel éclat sous le règne d’un Empereur qui sert le même Dieu.

Chapitre XXX

Disposition faite en faveur des exilés.

QUE ceux qui ont été exilés par la sentence injuste d’un Juge cruel, pour avoir refusé généreusement, de renoncer à la créance, et au culte d’un Dieu, auquel ils s’étaient consacrés de tout leur cœur, et que ceux qui ont et émis au nombre des Officiers de la Cour, bien qu’ils n’en maisons, et d’y demeurer en repos. Que ceux qui ont été dépouillés de leurs biens, et réduits à une extrême misère, soient rétablis en leur premier état, et jouissent avec joie, et d’humbles actions de grâces, des effets de la bonté de Dieu

Chapitre XXXI

Rappel de ceux qui étaient dans les îles.

J’ORDONNE que ceux qui sont retenus contre leur volonté dans les geôles jouissent de l’effet de la même grâce. Qu’ils sortent de ces tristes et affreuses solitudes, où ils ne voient que des montagnes incultes, et une mer orageuse, et qu’ils aillent goûter les plaisirs innocents, que leur fournira la compagnie de leurs proches. Que ceux qui ont souffert la disette, et les incommodités qui l’accompagnent, soient comblés de biens, et délivrés de crainte. Faisant gloire comme je fais d’être serviteur de Dieu, je serais très-fâché que l’on pût dire, ou que l’on pût croire qu’aucune personne vécût en crainte sous mon règne. Je tâche autant que je puis, de réformer les abus qui se sont glissés sous les règnes précédents.

Chapitre XXXII

Rappel de ceux qui avaient été condamnés à travailler aux métaux, ou aux autres ouvrages publiques.

QUE ceux qui ont été condamnés à travailler aux métaux, ou aux autres ouvrages publics, changent cette pénible occupation et, ce laborieux exercice avec un honnête loisir et un agréable repos. Que si quelques-uns d’entre eux ont été privés de la liberté, et notés d’infamie, qu’ils soient rétablis en possession des honneurs, et des droits qui leur appartenaient auparavant

Chapitre XXXIII

Rétablissement de ceux qui avaient été privés de leurs charges.

QUE ceux qui ayant autrefois possédé des charges dans les armées, en ont été privés sous ce cruel prétexte qu’ils en estimaient moins l’exercice, que celui de leur Religion, aient la liberté, ou d’y rentrer, et d’en faire les fonctions, ou de vivre en repos. Il est bien juste qu’après avoir signalé leur courage au milieu des plus terribles tourments il ne dépende que de leur choix, ou de jouir des Donneurs de leurs charges, ou de goûter la douceur du loisir.

Chapitre XXXIV

Rétablissement de ceux gui avaient été condamnés à travailler aux Ouvrages des femmes, ou réduits en servitude.

QUE ceux qui ont été dégradés de noblesse, et condamnés injustement à travailler aux manufactures de toiles, et à d’autres ouvrages semblables, ou qui nonobstant l’avantage de leur naissance, ont été censés esclaves du fisc, rentrent en possession de leur liberté, et passent agréablement le reste de leur vie. Que ceux qui étant d’une condition libre, ont été vendus par la plus violente et la plus inhumaine de toutes les usurpations, et ont souvent gémi, lorsqu’ils étaient contraints de rendre des services, auxquels ils n’étaient point accoutumés, se réjouissent de se voir rétablis en un moment leurs parents, d’être exempts des services, qui sont au dessus d’eux, et qu’ils perdent le souvenir de leu misère

Chapitre XXXV

Restitution du bien des Martyrs, et des Confesseurs.

JE ne puis dissimuler l’injustice qui a été soufferte par ceux qui sous divers prétextes, ont été dépouillés de leurs biens. Si quelques-uns en haine de ce qu’ils avaient généreusement soutenu de rudes combats pour la défense de leur sol, ont été dépouillés de leurs biens, ou si d’autres pour avoir confessé qu’ils étaient Chrétiens, ont été contraints d’abandonner leur Pays; ou enfin si d’autres ont été privés de ce qu’ils possédaient, sans avoir été condamnés à mort, leur succession doit être recueillie par leurs proches. Les lois ayant adjugé les successions aux plus proches parents, ils seront aisés à reconnaître; et d’ailleurs il n’y a rien de si juste que de rendre ces biens là aux héritiers, auxquels ils auraient appartenu, si les Martyrs et les Confesseurs étaient morts d’une mort naturelle.

Chapitre XXXVI

Disposition faite en faveur de l’Église, au défaut des proches.

QUE s’il ne se trouve aucun parent qui puisse recueillir la succession des Martyrs, des Confesseurs, ou de ceux qui pour conservent leur foi, ont quitté leur Pays, elle appartiendra à l ’Église. Les morts ne feront pas fâchés d’avoir pour héritière, celle pour laquelle ils se font exposés à toute sorte de dangers. Je crois ne devoir pas omettre que si quelques-uns de ceux, dont je viens de parler, a trouvé à propos de faire donation de son bien, mon intention est qu’elle soit exécutée

Chapitre XXXVII

Restitution des terres et des maisons qui ont appartenu aux Martyrs, et aux Confesseurs.

COMME je souhaite que cette loi-ci soit si claire, qu’il n’y ait personne qui n’en entende la disposition; que ceux qui sont détenteurs, ou d’une maison, ou d’une terre, ou d’un autre héritage qui ait autrefois appartenu à ceux dont j’ai parlé, sachent qu’ils le doivent déclarer eux-mêmes, et en faire incessamment la restitution. Bien qu’ils aient reçu de grands revenus sans titre légitime, je ne crois pas que l’équité permette que l’on les oblige de les rendre

Chapitre XXXVIII

Déclaration recuise au cas proposé.

J’entens

néanmoins qu’ils déclarent par un acte exprès la quantité des revenus qu’ils ont touchés, et qu’ils me demandent les lettres de grâce nécessaires en ce cas. Ce sera comme une satisfaction publique, qu’ils feront de leur avarice. Ils diront peut-être pour leur excuse qu’au temps où l’on ne voyait que de tristes mages des plus horribles cruautés, au temps, auquel on arrachait les maîtres de leurs mai-sons, et on les massacrait sans pitié, auquel on bannissait les innocents, et auquel les héritages demeuraient comme abandonnés, et exposés en proie, ils n’ont pu se dispenser de s’en emparer. Que ceux qui prétendent couvrir leur cupidité de ce prétexte, sachent qu’ils ne le pourront faire impunément, et que le soin que je prendrai de m’y opposer, fait une partie du culte que je dois à Dieu. Il leur serait maintenant périlleux de retenir ce qu’il leur a été autrefois nécessaire d’accepter. D’ailleurs il faut arrêter autant que l’on peut, soit par la raison ou par l’exemple, le cours de la cupidité

Chapitre XXXIX

Restitution des biens usurpés par les Princes sur l’Église.

Si le fisc se trouve en possession des biens, dont je parle, il ne les pourra conserver. Il restituera aux Églises ce qu’il aura usurpé sur elles, soit maisons, terres, jardins, ou autres héritages avec toutes les dépendances.

Chapitre XL

Restitution des Oratoires et des Cimetières.

QUI pourrait douter si les lieux qui ont été consacrés par les reliques des Martyrs, et qui conservent la mémoire précieuse de leur mort, appartiennent à l’Église? Qui ferait difficulté d’ordonner qu’ils lui soient restitués? On ne saurait rien faire de si agréable à Dieu, ni de si utile à soi-même, que de prendre soin que les biens qui ont été enlevés aux Églises par des scélérats sous de très-injustes prétextes, leur soient rendus sans aucun retardement.

Chapitre XLI

Restitution des biens qui avaient été ou donnés ou vendus, encore qu’ils appartinssent à l’Église.

POUR n’oublier aucun cas, auquel il ne soit pourvu, que ceux qui ont acquis du fisc des biens appartenant aux Églises, ou qui en ont obtenu le don, sachent que c’est en vain qu’ils ont prétendu les posséder, et bien qu’en les achetant, ils aient mérité d’encourir ma disgrâce, je ne laisserai pas de leur faire sentir autant qu’il me sera possible, les effets de mon affectation

Chapitre XLII

Exhortation à la piété COMME il paraît avec toute sorte de certitude et d’évidence que la misère et la tristesse qui avaient couvert la face de la terre, sont dissipées par la puissance infinie de Dieu, et par ses soins qu’il a eu agréable que j’aie pris pour ce sujet jeune doute point que chacun ne reconnaisse la grandeur de la grâce qu’il nous a faite, quand il a exterminé les méchants, qu’il a rendu la paix et la joie aux gens de bien, et qu’il leur a permis de s’acquitter en sûreté des devoirs de la piété, et de rendre aux personnes consacrées à son service, les honneurs qui leur sont dus. Ces personnes pieuses et saintes sortiront comme de l’obscurité de la nuit, pour jouir de la lumière du jour, et observeront la présente loi avec une parfaite fidélité, et une entière soumission. Qu’elle soit publiée dans les Provinces d’Orient.

Chapitre XLIII

Exécution de cette loi.

VOILA ce que contenait la première lettre qui nous fut envoyée de la part de l’Empereur. Elle fut à l’heure-même observée très-activement, et on vit sous son règne tout le contraire de ce que l’on avait vu sous la domination des tyrans. Ceux en faveur desquels l’Edit avait été fait, jouirent de l’effet de la libéralité de l’Empereur.

Chapitre XLIV

Gouvernement des Provinces accordés. à des Chrétiens. Idolâtrie défendue. L’EMPEREUR garda incontinent après une conduite toute conforme à la loi qu’il venait de faire à l’avantage de la Religion. Il donna la plus grande partie des Gouvernements à des Chrétiens, et défendit aux Gouverneurs qui étaient encore attachés aux superstitions du Paganisme, d’offrir des sacrifices aux Idoles. Il fit la même défense aux Préfets du Prétoire qui précédaient les Gouverneurs, et possédaient les premières dignités. Il voulait que s’ils faisaient profession de la piété Chrétienne, ils en suivissent les règles; et s’ils étaient encore Païens, il ne pouvait souffrir qu’ils adorassent publiquement les Idoles.

Chapitre XLV

Idolâtrie défendue.

Églises bâties.

ON publia deux autres lois en même temps. La première tendait à abolir le culte des Idoles qui avait été en usage dans les Villes et à la campagne, et défendait généralement d’ériger des statues en l’honneur des Dieux., de prédire l’avenir, et d’égorger des victimes. La seconde loi ordonnait que l’on bâtirait des Églises plus spacieuses, et plus vastes qu’auparavant, comme si l’on eut été assuré que tous les peuples renonceraient aux erreurs et aux extravagances du Paganisme, pour se soumettre humblement au service de leur Créateur. La piété inspirait cette pensée à l’Empereur, et le portait à donner ces ordres-là aux Gouverneurs des Provinces. Il était ordonné par la même loi que l’on tirerait du trésor Royal, tout ce qui serait nécessaire pour l’accomplissement d’un si louable dessein, et que l’on n’éviterait aucune dépense. L’Empereur écrivit pour ce sujet à tous les Evêques, et me fit l’honneur de m’écrire en ces termes, avant que d’avoir écrit à aucun autre.

Chapitre XLVI

Lettre de Constantin à Eusèbe, et aux autres Evêques pour la constitution des Églises.

LES fidèles serviteurs de nôtre Sauveur ayant été persécutés jusques ici par la violence des tyrans: Je suis très-persuadé, mon très-cher frère, que les édifices des Églises, sont en très-mauvais état par le peu de soin que l’on a eu de les entretenir, et que l’on n’a pu même,, les parer avec la bienséance convenable, à cause de la crainte de la persécution. Mais maintenant que la Religion Chrétienne est libre, et que le dragon a été privé de l’autorité absolue, par un ordre de la Providence, et par un effet,, de mes soins; je ne doute point que tout le monde ne reconnaisse la grandeur et la majesté de Dieu, et que ceux qui ont commis des fautes, par erreur, ou par faiblesse, ne tâchent de s’en corriger. Avertissez les Evêques, les Prêtres, et les Diacres de votre connaissance, qu’ils pourvoient avec une application particulière aux bâtiments des Églises, aux réparations de celles qui tombent en ruine, à l’augmentation de celles qui sont trop petites, et à la construction entière de celles qui seront jugées nécessaires. Demandez au Gouverneur de la Province, et au Préf et du Prétoire, ce qui sera nécessaire pour cet effet, et que les autres le demandent de la même sorte. Ils ont ordre de satisfaire exactement à tout ce que votre sainteté désirera de leur part. Je prie Dieu qu’il vous conserve, mon très-cher frère On envoya à chaque Evêque une copie de cette lettre. Chaque Gouverneur de Province reçut un ordre conforme, et la volonté de l’Empereur fut exécutée avec une merveilleuse promptitude dans l’étendue de tous les Pays de son obéissance.

Chapitre XLVII

Constantin écrit une lettre contre les Idoles.

CONSTANTIN faisant de jour en jour de nouveaux progrès dans la piété, écrivit une lettre aux habitants des Provinces, touchant l’aveuglement, avec lequel ses prédécesseurs avaient adoré les Idoles. Il exhorta ses sujets par la même lettre à reconnaître Dieu, l’unique Souverain de l’Univers, et à mettre l’espérance de leur salut dans la médiation de Jésus Christ. Je l’ai traduite de Latin en Grec sur l’original écrit de sa propre main, et je l’insérerai ici pour faire entendre à toute la postérité, la voix éclatante avec laquelle il a publié les grandeurs de Dieu son Maître.

Chapitre XLVIII

Edit de l’Empereur Constantin contre le culte des Dieux.

Préface de la Vertu et du Vice.

Constantin, Vainqueur, très-Grand, Auguste: Aux Habitants des Provinces d’Orient.

TA lumière que la nature a répandue dans l’esprit de tous les hommes, suffit pour leur faire découvrir les soins que la Providence prend du gouvernement de l’univers. Ceux qui s’avancent par l’étude vers la vérité, ne doutent point que quiconque fait une sérieuse réflexion sur la diversité des objets, qui font ex-posés à ses yeux, n’arrive enfin à la connaissance de leur principe. C’est pourquoi une personne sage ne s’étonnera jamais de la multitude, ni de la variété des opinions, qui partagent les hommes touchant le choix qu’ils doivent faire d’un genre de vie. Rien ne relève si fort la beauté de la Vertu, que la laideur du Vice qui lui est contraire. L’une a des récompenses certaines; et l’autre ne peut attendre qu’un rigoureux châtiment, qui sera prononcé par un Juge également Souverain et équitable. Je vous proposerai ici le plus clairement qu’il me sera possible, l’espérance sainte que j’ai des biens à venir

Chapitre XLIX

De Constance père de Constantin. De Dioclétien, et de Maximien.

J’AI toujours eu un grand éloignement des Empereurs précédents, en haine de la dureté de leur naturel. Il n’y a eu que Constance mon père, qui a eu de la douceur pour ses sujets, comme il a eu de la piété envers Dieu. Les autres ont été des esprits mal faits qui se portaient bien moins à la clémence, qu’à la cruauté durant tout le cours de leur règne. Ils ont usé de rigueur, et combattu la bonne doctrine. Leur fureur est montée jusques à cet excès que d’exciter une guerre civile au milieu d’une profonde paix.

Chapitre L

Persécution excitée à l’occasion du silence, auquel l’oracle était réduit.

ON dit qu’Apollon déclara en ce temps-!à par une voix sortie du fond d’une caverne, et non de la bouche d’un homme, que les gens de bien l’empêchaient de dire la vérité, et qu’ils étaient cause des fausses prédictions qu’il avait faites. Dioclétien laissa croître ses cheveux, pour témoigner sa douleur et déplora le malheur, où le siècle était réduit de n’avoir plus d’Oracles. Mais voyons la suite.

Chapitre LI

Constantin reconnaît dès sa jeunesse l’innocence des Chrétiens.

JE vous prends maintenant à témoin, Seigneur, qui êtes dans le ciel. Vous savez qu’étant encore fort jeune, j’entendis que le misérable Empereur, qui tenait alors le premier rang, demanda à un de ses Gardes, qui étaient ces gens de bien, dont on faisait tant de bruit, et qu’un Prêtre Païen qui était présent, lui répondit que c’étaient les Chrétiens. Ayant écouté cette réponse avec beaucoup de joie, il tira contre l’innocence, l’épée qui ne doit être employée, que contre le crime. Il écrivit avec la pointe de cette épée, s’il est permis de parler ainsi, des Edits sanglants, et commanda aux Juges de se servir de toute l’adresse de leur esprit pour inventer de nouveaux supplices

Chapitre LII

Persécution des Chrétiens.

La piété fut alors persécutée avec une licence effrénée, et accablée de toute sorte d’outrages. La modestie qui attire le respect des plus barbares, fut exposée aux railleries sanglantes, et aux plus rigoureux traitements que les Romains pussent inventer. Y a-t-il des supplices, des naufrages, ou des incendies dans quelque âge, ou quelque condition ait été exempte La terre a pleuré, le ciel a gémi, et le Soleil a été obscurci de l’horreur de ces misères

Chapitre LIII

Douceur des étrangers envers les Chrétiens.

LES étrangers se vantent aujourd’hui de la civilité, avec laquelle ils ont reçu les Chrétiens, qui étaient chassés de leur Pays, et de la bonté qu’ils ont eue non seulement de leur sauver la vie, mais de leur permettre l’exercice de leur Religion. C’est une tache honteuse, dont le nom Romain a été flétri en ce siècle

Chapitre LIV

Punition des auteurs de la persécution.

Qu’est-il

besoin de rafraîchir la mémoire de cette affliction générale, et de ce deuil commun de l’univers? Les auteurs de ces maux sont péris misérablement et ont été précipités au fond de l’enfer. Ils ont pris les armes les uns contre les autres; se sont détruits par leur propres forces, et n’ont laissé ni postérité, ni mémoire de leur nom. Un malheur aussi extrême, et aussi déplorable que celui-là, ne leurs serait sans doute jamais arrivé, s’ils n’avaient été trompés par les impostures de leur Apollon.

Chapitre LV

Prière de Constantin. Confession de la puissance de la Croix.

JE vous supplie maintenant, ô Dieu, dont la grandeur est infinie, de regarder d’un œil favorable les peuples d’Orient, qui ont gémi si. longtemps dans l’oppression, et de permettre qu’ils reçoivent du soulagement par mon ministère. Ce n’est pas sans raison, Seigneur, que je vous fais cette humble prière, puisque je n’ai rien entrepris que par votre ordre. Votre Etendard a toujours précédé mon armée et l’a rendue victorieuse, et toutes les fois que la nécessité publique m’engage à prendre les armes, je le suis comme un signe de l’espérance que j’ai en votre bonté. C’est pour cela que je vous offre sans cesse un cœur rempli de votre amour, et de votre crainte. J’ai un amour sincère pour votre nom, et une crainte salutaire de la puissance, dont vous m’avez donné tant de marques, et par laquelle vous avez affermi ma foi. C’est pourquoi je me présente avec joie, pour soutenir votre sainte maison, quelles exécrables tyrans ont tâché d’abattre

Chapitre LVI

Constantin souhaite que tout le monde embrasse la Religion Chrétienne, et ne contraint pourtant personne de l’embrasser.

JE souhaite de tout mon cœur pour le bien commun de toute la terre, que votre peuple jouisse d’une paix profonde, et qui ne soit troublée par aucun tumulte, je consens que ceux. qui sont encore engagés dans les erreurs du paganisme, jouissent du même repos que les Fidèles. L’équité que l’on gardera envers eux, et l’égalité du traitement, que l’on fera tant à eux qu’aux autres, contribuera notablement à les. mettre dans le bon chemin. Qu’aucun n’en inquiète un autre. Que chacun choisisse ce qu’il jugera le plus à propos. Néanmoins ceux qu’jugeront sainement, assureront hardiment qu’il n’y a que ceux qui gardent vos commandements qui mènent une vie innocente et sainte. Que ceux qui se soustraient de votre obéissance, aient des temples consacrés au mensonge, puisqu’ils en veulent avoir. Pour nous, nous demeurerons dans la maison de votre vérité, où vous nous avez reçus dès le commencement. Nous souhaitons qu’ils y entrent aussi bien que nous, et qu’ils jouissent de l’avantage de notre société.

Chapitre LVII

Actions de grâces.

NOTRE Religion n’est pas nouvelle. Nous tenons pour certain que vous l’avez instituée avec le culte qui vous est dû, dés que vous avez créé l’univers. Les hommes s’en sont éloignés depuis, et font tombés en diverses erreurs. Mais pour les en retirer, vous avez envoyé votre Fils qui leur a présent une lumière très-éclatante

Chapitre LVIII

Actions de grâces rendues à Dieu par Constantin.

VOS ouvrages sont des preuves manifestes de ce qu’ « je dis. Vous nous avez rendus innocents, et fidèles par Votre puissance. Le cours du Soleil et de la Lune est réglé, et il y a une merveilleuse justesse dans le mouvement des astres. Les saisons ont une révolution égale et perpétuelle. La masse de la terre est appuyée sur votre parole, comme sur un fondement inébranlable. Les vents se promènent dans l’air. Les eaux coulent incessamment sur la terre. La mer demeure renfermée dans l’étendue des bornes ’que vous lui avez posées. Il n’y a rien dans l’un ni dans l’autre de ces Eléments qui ne soit d’un admirable usage. Si l’univers n’avait été disposé de la sorte par l’ordre de votre Providence, il y a longtemps que les qualités contraires, et le combat réciproque des parties qui le composent, en auraient causé la ruine. Les esprits qui sec font la guerre, la feraient aux hommes avec beaucoup plus de cruauté, bien qu’ils la fassent déjà d’une manière invisible.

Chapitre LIX

Continuation d’actions de grâces.

JE vous rends de très-humbles actions de grâces, mon Dieu et mon Seigneur. Plus on remarque de différence dans les inclinations, et dans les sentiments des hommes; plus ceux qui ont découvert la vérité, se sentent affermis dans.la Religion. S’il y a quelqu’un qui ne veuille point être guéri; qu’il n’en rejette la faute sur aucun autre. On offre le reméde.et la guérison à tout le monde. Chacun doit seulement prendre garde de ne point offenser une Religion dont l’innocence et la sainteté sont manifestes. Jouissons tous en commun de la douceur de la paix, qui nous est accordée, et préservons notre conscience de tout ce qui la pourrait souiller

Chapitre LX

Exhortation à la paix.

QUE personne n’inquiète ceux qui ne sont pas de son sentiment. Si quelqu’un a quelque lumière, qu’il s’en serve, autant qu’il lui sera possible, pour éclairer les autres, sinon qu’il les laissent en repos. Autre chose est de donner des combats, pour acquérir la couronne de l’immortalité, et autre chose d’user de violence pour contraindre à embrasser une Religion. Le désir que j’ai eu de ne rien dissimuler de la vérité, m’a oblige à m’étendre sur ce sujet un peu plus que ma douceur ordinaire ne semblait le permettre: Vu principalement que les superstitions du Paganisme, sont entièrement abolies, comme quelques-uns l’assurent. C’est ce que j.’aurais tâché de persuader à tout le monde, si la préoccupation de quelques-uns ne leur était un obstacle invincible.

Chapitre LXI

Contestation excitée par Arius.

L’EMPEREUR publia ces vérités à tous les habitants des Provinces par la lettre qu’il leur écrivit, et tâcha de les détourner de l’idolâtrie, et de les porter au culte du vrai Dieu. Au milieu de la joie qu’il tirait de l’heureux succès d’une si louable entreprise, il reçut nouvelle d’un tumulte qui avait notablement troublé la paix de l’Église. Il en fut très-sensiblement touché, et songea à l’heure-même aux moyens d’y apporter du remède. Voici quel était le sujet du tumulte. L’état de l’Église était florissant, et les fidèles s’adonnaient avec joie à toute sorte de saints exercices. Leur repos était si bien affermi qu’il ne pouvait être ébranlé par aucun ennemi étranger. Mais la jalousie leur dressa un piège. Elle se glissa parmi eux, et incontinent après entra impudemment dans les assemblées des saints Evêques, elle les commit les uns contre les autres, et leur suscita des différends et des querelles sous prétexte de doctrine. Cette petite étincèle excita un grand embrasement, qui commença dans Alexandrie, s’étendit sur l’Égypte, sur la Libye, sur la haute Thébaï de, et désola de telle sorte un grand nombre d’autres Provinces, que non seulement les Prêtres entrèrent en des contestations pleines d’aigreur; mais que les peuples prenant aussi parti dans les mêmes différends, firent une division, et un schisme très-funeste. Le scandale en fut si horrible que la doctrine sainte de notre Religion devint le sujet des railleries impies, et des bouffonneries sacrilèges que les Païens faisaient sur leurs théâtres.

Chapitre LXII

D’Arius, et des Partisans de Méléce.

LES uns disputaient dans Alexandrie avec une opiniâtreté invincible sur les plus sublimes mystères. D’autres contestaient dans l’Égypte, et dans la haute Thébaï de sur une question qui avait été proposée dès auparavant, de sorte qu’il n’y avait aucune ’Église qui ne fût divisée. La Libye entière, et les autres Provinces sentirent des atteintes du même mal. Ca les Ecclésiastiques d’Alexandrie ayant écrit aux Evêques touchant leur différend, il n’y en eut aucun qui ne se déclarât pour l’un des deux partis.

Chapitre LXIII

Constantin envoie un Evêque à Alexandrie, pour terminer le différend.

L’EMPEREUR étant sensiblement touché de la division de l’Église, et n’en ayant pas un moindre déplaisir qu’il aurait eu d’une disgrâce qui serait arrivée à sa famille, envoya à Alexandrie un homme célèbre par la solidité de sa foi, et par la générosité de la profession qu’il en avait faite en présence des persécuteurs durant les plus mauvais temps, et lui donna une lettre pour les auteurs du différend. Je crois qu’il sera très à propos de l’insérer en cet endroit, comme une preuve authentique du soin que ce Prince prenait des affaires de l’Église.

Chapitre LXIV

LETTRE de Constantin à Alexandre Evêque, et à Arius, Prêtre.

Constantin, Vainqueur, à Alexandre Evêque, et à Arius, Prêtre.

DIEU qui a la bonté de seconder tous mes desseins, et de conserver tous les hommes, m’est témoin que j’ai été porté par deux motifs à entreprendre ce que j’ai heureuseté exécuté.

Chapitre LXV

Soins pris par Constantin pour rendre la paix à l’Église.

JE me suis d’abord proposé de réunir les esprits de tous les peuples dans une même créance au sujet de la divinité, et ensuite j’ai souhaité de délivrer l’univers du joug de la servitude sous laquelle il gémissait. J’ai cherchait dans mon esprit des moyens aisés pour venir à bout du premier dessein, sans faire beaucoup d’éclat, et je me suis résolu de prendre les armes pour exécuter le second. Je me persuadais que si j’étais as sez heureux, pour porter les hommes à adorer tous le même Dieu, ce changement de Religion en produirait un autre dans le Gouvernement de l’Empire

Chapitre LXVI

Différends apaisés en Afrique.

L’indiscretion

et la témérité que quelques-uns avaient eue de diviser les peuples d’Afrique en plusieurs opinions touchant les matières de la Religion, et en plusieurs sectes, ayant passé jusques à un excès de folie et d’extravagance tout-à-fait insupportable, je n’ai point trouvé d’autre moyen d’en arrêter le cours, que d’enlever du monde l’ennemi commun du genre humain, qui s’opposait aux décrets de vos saintes assemblées, et que d’envoyer quelques-uns de mes Officiers, pour mettre d’accord ceux qui formaient, et entretenaient les disputes et les querelles.

Chapitre LXVII

Que la Religion s’est répandue de l’Orient dont le reste du monde.

LA lumière de la véritable Religion étant sortie par une faveur particulière de Dieu de l’Orient, pour se répandre sur le reste de la terre, j’ai jeté d’abord les yeux de mon esprit sur vous, comme sur des Pasteurs qui sont obligés de veiller au salut de tous les peuples. Dès que j’eus remporté la victoire, et triomphé des vain c us, la première affaire à laquelle je m’appliquai, fut celle dont je parle

Chapitre LXVIII

Constantin exhorte les Ecclésiastiques à la paix.

QUE les desseins de la Providence sont merveilleux, et que ses secrets sont impénétrables! Quelle nouvelle frappa mes oreilles, ou plutôt quelle douleur perça mon cœur, lorsque j’appris que vous aviez excité entre vous des contestations beaucoup plus fâcheuses que celles qui duraient encore en Afrique? Je reconnus que vôtre pays, d’où j’espérais que verdirait la guérison des autres, avait lui-même besoin de remède. Quand j’ai considéré l’origine, et le sujet de votre différend, il m’a semblé fort léger et fort peu digne d’être agité avec tant de chaleur. Etant obligé de vous écrire pour vous exhorter à la paix, j’ai imploré le secours de Dieu, et me suis résolu de m’interposer pour vous mettre d’accord. Quand vos contestations seraient plus importantes, et plus engagées qu’elles ne le sont, je ne laisserais pas d’espérer rétablir parmi vous une parfaite intelligence. Il y a donc plus d’apparence de me promettre de vous réunir, puisque vous n’avez aucune raison de vous diviser.

Chapitre LXIX

Occasion de la contestation.

J’APPRENDS que vos disputes sont nées.de ce que vous Alexandre, avez demandé aux autres de vôtre Église ce qu’ils tenaient touchant un. endroit de.la Loi, ou plutôt touchant une question fort inutile, et que vous Arius, avez indiscrètement, fait une réponse qui ne devait jamais entrer dans votre esprit, et que si elle y était entrée ne devait. jamais sortir de votre « bouche. C’est de là que sont venus vos différends,et vos disputes, le refus de la communion, le schisme, qui sont la correspondance mutuelle des fidèles, et qui les sépare du corps de l’Église. Demandez-vous pardon les uns aux autres, et vous accordez aux conditions raisonnables,, que votre conserviteur vous propose. Il ne fallait ni faire les questions que vous avez faites, ni y répondre. Car bien que ces questions-là, qui ne sont point nécessaires, et qui ne sont agitées pour l’ordinaire que par des personnes qui ont trop de loisirs, servent à exercer l’esprit, il est plus à propos de les tenir secrètes, que de les publier légèrement devant le peuple. Combien y a-t-il peu de personnes qui soient capables de pénétrer une matière si relevée et de l’expliquer avec des paroles qui répondent à sa dignité? Quand il y aurait des personnes capables de l’expliquer de la forte, à combien de personnes du peuple la pourraient-ils faire entendre? Les plus habiles peuvent-ils entrer dans l’examen de ces questions, sans se mettre en danger de faire de grandes fautes? Il n’en faut parler qu’avec beaucoup de retenue, de peur que si ceux qui en voudraient parler ne les expliquaient qu’imparfaitement, ou si ceux qui les écoutaient les comprenaient trop grossièrement, le peuple ne tombât ou dans le blasphème ou dans le schisme.

Chapitre LXX

Exhortation à la paix.

QUE ceux qui.ont interrogé les autres indiscrètement, et que ceux qui leur ont répondu mal à propos se pardonnent réciproquement. Il ne s’agit entre vous d’aucun commandement de notre loi, ni d’aucun dogme qui regarde le culte qui est dû à Dieu. Vous êtes tous dans le même sentiment, et il est aisé que vous vous réunissez dans la même communion.

Chapitre LXXI

Suite de la même exhortation.

LA bienséance ni la raison-même ne permettent pas que vous gouverniez le peuple de Dieu, pendant que vous contestez ensemble,, avec aigreur pour un sujet très-léger. Je me servirai d’un petit exemple, pour avertir des personnes aussi éclairées que vous, de leur devoir. Vous savez que bien que les Philosophes de la même secte conviennent dans les mêmes principes, ils ne s’accordent pas toujours dans les suites et les dépendances de leur doctrine..Ils ne laissent pas pour cela d’être en bonne intelligence. N’est-il pas plus juste que vous qui avez l’honneur d’être les Ministres de Dieu. vous accordiez ensemble touchant les points de notre Religion? Faites, je vous prie, une réflexion sérieuse sur ce que je vous ai déjà dit, et,, considérez s’il est raisonnable, que pour un vain combat de paroles, les frères s’arment contre, les frères, et divisent l’assemblée sainte des Fidèles. C’est une basse conduite, qui convient à des personnes ignorantes comme est le peuple, ou faibles comme sont les enfants, mais qui ne convient nullement à des hommes éclairés et sages, comme doivent être les Prêtres. Eloignons-nous des pièges que le démon nous dresse. Notre Dieu et notre Sauveur nous présente à tous la même lumière. Je vous prie de me permettre, à moi, dis-je, qui fais gloire de le servir, et de l’honorer, d’achever avec son assistance, l’ouvrage que j’ai commencé; et d’exciter son peuple par la force de mes raisons à se réunir dans une même communion. Puisque vous faites tous profession de la même foi, comme je ne l’ai déjà que trop répété, que vous êtes d’accord touchant les points de la Religion, et que vous observez les mêmes commandements, le sujet sur lequel vous contestez ne concernant aucun article capital de la piété, il n’a point dû causer de schisme. Je ne dis pas ceci pour vous obliger à être tous de même sentiment touchant l’opinion impertinente, ou enfin touchant l’opinion telle quelle soit, qui vous divise. Vous pouvez conserver la communion, et la paix, bien que vous ne soyez pas d’accord touchant quelques points de peu d’importance. N’ayez tous que la même pensée et la même foi, touchant l’unité de Dieu, et l’étendue de la providence. Que si en disputant avec peut-être trop de subtilité sur ces questions vaines et inutiles, vous ne vous accordez pas les uns avec les autres, que chacun retienne son sentiment dans. le secret de l’on cœur. Mais conservez inviolablement le lieu de la au sein les uns des autres, et vous embrassez étroitement. Chassez de votre cœur toute sorte de haine, et vous reconnaissez pour frères, L’amitié est quelquefois plus tendre et plus sincère après la réconciliation, qu’elle n’avait été avant la rupture.

Chapitre LXXII

Larmes de L’Empereur. Voyage différé.

Delivrez-moi

de mes soins, et de mes inquiétudes, rendez-moi la beauté du jour et le repos de la nuit. Sans cela je ne pourrais m’empêcher de fondre en larmes, et de passer le reste de ma vie dans la douleur. Comment pourrais-je être dans la joie, pendant que le peuple de Dieu, et que mes chers conserviteurs sont séparés les uns des autres par un pernicieux schisme? Pour vous faire comprendre la grandeur de mon déplaisir, je vous dirai qu’étant arrivé depuis peu de temps à Nicomédie, j’avais résolu de partir incontinent après, pour aller en Orient. Comme j’étais sur mon départ, cette nouvelle me l’a fait différer, de peur que je ne visse de mes propres yeux, ce que j’ai peine à entendre raconter. Ouvrez-moi donc par votre réconciliation le chemin que vous m’avez fermé par vos querelles. Faites en sorte que je vous puisse voir, vous et les autres peuples ravis de joie, et rendre à Dieu des actions de grâces pour votre bonne intelligence

Chapitre LXXIII

Continuation des disputes.

VOILA la lettre que cet Empereur très-chéri de Dieu, écrivit pour tâcher de rétablir la paix dans l’Église. Comme celui, qui avait été chargé de la porter, était un Evêque d’une rare piété, il n’omit rien de ce qui pouvait contribuer à l’accomplissement des volontés de l’Empereur. Mais l’affaire était trop importante pour être terminée par une lettre. L’aigreur des contestations s’augmenta, et se répandit par tout l’Orient par un effet de l’envie et de la malignité du démon, qui ne pouvait souffrir la prospérité de l’Église.

Table

Des matieres de l’histoire de l’eglise de cousin

ABLE DES MATIÈRES d’EUSÈBE DE CÉSARÉE

Eusèbe de Césarée

Harangue a la louange de l’empereur

Constantin, chapitres I à IX - chapitres X à XVIII Τ

Harangue a la louange de l’empereur

Constantin,

Prononcée en la trentième année de son règne par Eusèbe Evêque de Césarée.

Exor de

JE ne parais pas ici pour y débiter des fables, ni des discours ingénieusement composés à dessein de charmer, comme par le chant dès Sirènes, ceux qui me feront l’honneur de m’écouter. Je n’y présente point non plus des fleurs dans des vases d’or, et je n’y apporte point les ornements de l’éloquence pour plaire à ceux qui les recherchent par une vaine curiosité. J’aime mieux suivre l’avis des Sages, et exhorter tout le monde à s’éloigner des grands chemins, et à éviter la foule du peuple. Je viens faire par une nouvelle méthode le Panégyri que de l’Empereur. Quel que presse qu’il y ait autour je moi, je tiendrai une route qui n’a été battue de personne, et où il n’est pas permis d’entrer sans s’être lavé les pieds. Ceux qui n’ont qu’une Rhétori que de Collège, tachent de plaire au peuple par des narrations puériles. Mais, ceux qui sont instruits des mystères de la sagesse savent faire un meilleur choix. Ils préfèrent les vertus Chrétiennes de l’Empereur, à ses vertus purement humaines, et lui laissent donner de basses louanges par ceux qui n’ont que de bas sentiments. Constantin ayant heureusement réuni en sa personne la sagesse sacrée, et la sagesse profane, la science de l’Église qui se rapporte au service de Dieu, et la science du monde qui tend à l’utilité des hommes, celle-ci pourra être louée en d’autres assemblées comme une science qui est en effet fort louable, et qui est sort utile à la société civile, bien qu’elle soit beaucoup inférieure à la science de l’Église. Mais ceux qui ont le droit d’entrer dans le Sanctuaire ne doivent parler en présence des fidèles, que des vertus surnaturelles de l’Empereur. Que les fidèles préparent donc leurs oreilles pour écouter les mystères, qu’ils ouvrent leurs cœurs pour les recevoir, et qu’ils les étendent avec le mouvement d’une joie céleste. Nous suivons des Oracles rendus non par une fureur aveugle, mais par l’Esprit saint. Et ces Oracles-là nous donnent l’idée véritable de l’Empire absolu que Dieu exerce sur tous les êtres, de l’Empire légitime que notre Prince exerce sur nous à l’Imitation de Dieu, de la domination injuste que les Tyrans avaient usurpée, et des différents effets de ces différentes manières de gouverner. Nous suivrons cette idée, et entrerons dans notre matière. Ε Ἀ Τ

Chapitre I

Nous célébrons aujourd’hui une grande fête, en l’honneur de l’Empereur, de qui nous sommes les sujets fidèles, et nous y faisons paraitre une joie extraordinaire suivant l’ordre de Dieu. C’est le souverain Empereur, et qui est seul véritablement Souverain, qui nous exhorte à célébrer cette fête. Celui qui m’honore de son audience, bien loin d’être fâché que je parle de la sorte, approuvera mon discours, et reconnaîtra avec moi que Dieu est infiniment élevé au dessus des êtres créés, que son trône est dans le Ciel, et que la terre ne lui sert que de marchepied.

La lumière qui l’environne, éblouit par son éclat, et empêche de le regarder. Des armées d’esprits célestes l’entourent comme leur Seigneur et leur Maître. Une multitude incroyable d’Anges, et d’Archanges tirent de lui toute leur lumière, comme d’une source inépuisable. Les substances intelligentes qui sont au delà du Ciel, publient ses louanges. Le Ciel est comme un voile bleu, qui répare ceux qui sont dans le Palais, et ceux de dehors.

Le Soleil, la Lune et les autres astres courent autour de lui, comme Ces Officiers à l’entrée de son Palais, et éclairent par son ordre, les créatures qu’il a placées dans une région ténébreuse. Pourquoi ferais-je difficulté de publier, qu’il est le Seigneur des Empereurs, et le principe de toute domination y puisque je sais que notre victorieux Prince lui attribue la gloire de ses victoires, et célèbre continuellement là grandeur? Les très-pieux Césars le reconnaissent pour l’unique Auteur de leurs biens, selon les instructions qu’ils ont reçues de Constantin leur père. Les armées et les peuples, les habitants des villes et de la campagne, les Magistrats et les Gouverneurs de Province s’assemblent pour lui rendre le culte qui lui est dû, selon les préceptes que le Sauveur leur en a donnez. Enfin les nations les plus éloignées, et les plus contraires en coutumes et en mœurs conviennent comme par une inclination secrète de la Nature, de l’invoquer. La terre le reconnaît pour son Seigneur, et déclare aux plantes et aux arbres qu’elle produit, et aux animaux qu’elle porte, quelle obéît à ses ordres. Les fontaines et les rivières disent en leur langage qu’il est l’auteur de tout ce qu’il y a de merveilleux et de surprenant dans leur origine et dans leur cours. Les flots qui sortent du sein de la mer, et qui au lieu d’inonder la terre, s’élèvent jusques au ciel, respectent les bornes qu’il leur a prescrites. La chute réglée des pluies pendant l’hiver, l’éclair et le bruit des tonnerres, l’agitation des vents, le mouvement que ces vents impriment aux nuées, le découvrent à ceux qui ne sont pas assez éclairés pour le reconnaître d’eux-mêmes. Le Soleil, ce globe resplendissant de lumière, qui continue son vaste cours depuis le commencement des siècles, ne reconnaît point d’autre Maître que lui. Mais il suit aussi ses ordres avec tant d’exactitude, qu’il ne s’est jamais écarté du cercle auquel il l’a attaché.

La Lune qui a une clarté beaucoup inférieure à celle du Soleil, et qui reçoit tantôt une diminution, et tantôt un accroissement de lumière, est aussi parfaitement soumise que lui, aux commandements du même Maître. La multitude des astres, qui sont attachez au Firmament, et qui y gardent un mouvement si juste, publient que c’est de lui qu’ils reçoivent l’éclat qu’ils répandent. Les cieux annoncent sa gloire, et confessent que leur harmonie vient de lui. La succession continuelle des jours, et des nuits, la vicissitude des saisons, et l’ordre de tout l’univers sont voir la grandeur de sa puissance. les puissances invisibles, qui remplissent l’air, chantent ses louanges. Enfin tout le monde récite des Hymnes en son honneur. Les Cieux qui sont au dessus de nous, et les Chœurs des Anges qui sont au dessus des cieux, le révèrent. Les esprits sortis d’une lumière intellectuelle, l’appellent leur Dieu, et leur Père. L’éternité qui précède tous les temps, rend témoignage à sa divinité. Enfin son Verbe et son Fils unique qui est dans toutes choses, avant toutes choses, et après toutes choses, le grand Pontife du grand Dieu, qui est plus ancien que le temps, est consacré à son culte, et lai sait des prières pour nôtre salut. Ce Fils uni-que que de Dieu possède une puissance absolue sur l’Univers, et une gloire égale à celle de son Père dans son Royaume. C’est une lumière qui est au dessus de toutes les créatures, et qui sépare les substances qui n’ont point de principe, ni de commencement d’avec celles qui en ont. Il procède du sein de la divinité, qui n’a ni commencement ni sin, et éclaire de la lumière de sa sagesse, qui est une lumière infiniment plus éclatante que celle du Soleil, la région qui est au dessus du Ciel. Ce Verbe de Dieu, est le Seigneur du monde, qui se répand sur toutes les choses, et dans toutes les choses visibles et invisibles.

Chapitre II

C’est de sa main que nôtre Empereur très-cheri de Dieu, a reçu la souveraine puissance, pour gouverner son État, comme Dieu gouverne le monde. Le Fils unique de Dieu règne avant tous les temps, et régnera après tous les tems avec son Père. Notre Empereur qui est aimé par le Verbe, règne depuis plusieurs années par un écoulement, et une participation de l’autorité divine. Le Sauveur attire au service de son Père, le monde qu’il gouverne comme son royaume, et l’Empereur soumet ses sujets à l’obéissance du Verbe. Le Sauveur commun de tous les hommes chasse par sa vertu divine, comme un bon Pasteur, les puissances rebelles qui volent dans l’air et qui tendent des pièges à son troupeau. Le Prince qu’il protège, défait avec son secours les ennemis de la vérité, les réduit à son obéissance, et les condamne au châtiment qu’ils méritent. Le Verbe qui est la raison substantielle, qui existe avant le monde, jette dans les esprits des semences de science et de venté, par lesquelles il les rend capables de servir son Père. Notre Empereur qui brule d’un zèle sincère pour la gloire de Dieu, rappelle toutes les nations à sa connaissance, et leur annonce à haute voix la vérité, comme l’Interprète du Verbe. Le Sauveur ouvre la porte du royaume de son père à ceux qui y arrivent d’ici bas. L’Empereur qui se propose continuellement son exemple, extermine l’erreur, assemble les personnes de piété dans les Églises et prend tout le soin possible pour sauver le vaisseau, de la conduite duquel il est chargé. Il est le seul de tous ceux qui ont gouverné cet Empire, qui ait reçu de Dieu la grâce de solenniser trois sois les jeux et les réjouissances publiques, qui se renouvellent de dix en dix ans, à compter depuis sa proclamation. Ce n’est pas aussi en l’honneur des puissances terrestres, m des démons qui trompent le peuple, qu’il célèbre cette fête, comme faisaient ses prédécesseurs. Ce n’est qu’en l’honneur de Dieu, à qui il rend d’humbles actions de grâces, des saveurs qu’il a reçues de sa bonté.. Il ne fait point son Palais du sang des victimes selon l’usage profane des anciens, il ne tâche point de le rendre les démons propices par le feu, et par la fumée des sacrifices. Il offre au Seigneur souverain de l’univers son cœur comme une pure et une agréable victime. Cette victime est pure et agréable, non par ce qu’elle a d’extérieur, ni par le sang qui coule de ses veines, mais par ce qu’elle a d’intérieur, par les mouvements par lesquels elle se porte à Dieu, par la sincérité de sa piété, par la serveur de les prières, par la sainteté de ses actions. Il immole cette hostie comme des prémices du royaume, qu’il gouverne, et il immole ensuite comme un Pasteur le troupeau qu’il assujettit à l’obéissance de la foi.

Chapitre III

Dieu reçoit avec joie ce sacrifice, loue la piété du Pontife qui le lui présente, récompense de nouveaux dons les nouveaux effets de sa piété, et ajoute de nouvelles années à son Empire. Il lui fait la grâce singulière d’associer à chaque dizaine d’années, un des Princes ses enfants, et de l’élever sur le trône. En la dixième année de son règne, il a communiqué à Constantin son sils-aine l’autorité souveraine. Il l’a communiquée au second en la vingtième année, et il l’a communiquée au trentième en celle-ci, dont la solennité nous assemble. Maintenant que nous encrons dans la quatrième dizaine, et que la proclamation des trois Césars, est achevée, nous voyons l’accomplissement de la prophétie conçue en ces termes: Les Saints du très-Haut recevront l’Empire; Dieu a multiplié de la sorte les années, et la postérité de notre très-pieux Empereur, et sait fleurir son règne avec la même vigueur, que s’il ne faisait que de commencer. Il a préparé lui-même la cérémonie que nous célébrons, quand il lui a accordé la victoire sur ses ennemis, et qu’il l’a proposé à son siècle, comme un modèle très-accompli de piété. Cet Empereur gouverne par les Princes ses enfants, les sujets les plus éloignés de sa capitale, comme le Soleil éclaire de tes rayons les peuples les plus éloignés de sa sphère. Il nous a fournis nous autres, qui habitons l’Orient, à la conduite d’un fils tout-a-sait digne de lui.il a donné d’antres peuples au second, et d’autres au troisième. Ce sont comme autant d’effusions qu’il fait de sa lumière, pour éclairer les sujets qui habitent les Provinces. Il a attaché les quatre Césars au char de l’Empire, qu’il conduit lui-même par là sagesse, et par le moyen duquel il parcourt l’univers, l’honore et le réjouit de sa présence. Il lève les yeux au ciel, pour y chercher l’idée de la domination, qu’il exerce sur la terre. Il garde dans l’étendue de les États, la même forme de gouvernement, que Dieu garde dans tout l’univers. Il use du droit que Dieu a accordé à l’homme seul, d’imiter son pouvoir Monarchi que. Le gouvernement d’un seul est sans doute le plus parfait. Le gouvernement opposé qui est possédé également par plusieurs, est toujours rempli de confusion et de désordre. Aussi n’y a-t-il qu’un Dieu. La pluralité des Dieux en détruirait non seulement l’unité, mais la nature, de sorte que s’il y avait plusieurs Dieux, il n’y en aurait aucun. Il n’y a qu’un souverain et indépendant Seigneur de l’univers, qui n’a qu’une parole et une loi qui n’est point exprimée par des syllabes sensibles, ni imprimée sur le papier ou sur les autres matières que le temps détruit, mais qui est vivante et subsistante par elle-même, et qui prépare le royaume de son Père à ceux qui lui sont soumis. Les armées célestes, les esprits invisibles, les Anges qui rendent à Dieu un service continuel, et qui gouvernent le monde par ses ordres, le suivent comme leur Chef, comme leur Général, comme un souverain Pontife, comme le Prophète de Dieu, comme l’Ange du grand Conse il, comme la splendeur de la lumière de son Père, qui l’a donné en qualité de Verbe, de Loi, et de Sagesse, à ceux qui sont soumis à son obéissance. Ce Verbe pénétrant toutes les créatures, et se répandant au milieu d’elles, leur communique avec abondance les bienfaits de son Père, et donne aux hommes qui sont son image, une portion de sa puissance, et les vertus dont ils ont besoin. Il n’y a que Dieu qui soit sage de sa nature, qui soit bon, et qui soit puissant. Il est la source de l’innocence et de la justice, de la raison et de la sagesse, de la lumière et de la vie. Il est le dispensateur de la vérité et de la vertu, le distributeur des royaumes, et de l’autorité de les gouverner.

Chapitre IV

Comment l’homme sait-il que Dieu possède tous ces avantages? Comment de si hautes vérités sont-elles venues jusques-à nous! Comment une langue aussi grossière que la nôtre a-t-elle appris à expliquer des mystères si relevés? Qui est-ce qui a vu le Roi invisible, et qui a découvert en lui tant de merveilles? Nous connaissons par les sens les objets sensibles, les organes corporels servent à voir les corps, et à les toucher. Mais jamais les yeux du corps n’ont vu le royaume invisible. Jamais mortel n’a découvert la beauté de la sagesse. Qui a vu la justice? Qui a conçu l’idée de la souveraine puissance, et de la légitime domination? Qui a montré aux hommes une substance spirituelle, et qui n’a ni traits corporels, ni figure extérieure? Le Verbe de Dieu qui par son immensité est présent en tous lieux, est sans doute le seul qui a expliqué ces vérités si importantes et si sublimes. Il est le principe et comme le Père de la substance raisonnable et intellectuelle, qui est la principale partie de l’homme. Il est uni au Père, et fait couler de lui sur les hommes qui sont ses enfants les eaux de ses grâces. C’est de cette source que procèdent les notions de raison et de sagesse, de prudence et de justice que les Grecs et les Barbares ont eues naturellement, sans les avoir reçues d’aucun maître. C’est de-là que viennent les arts et les sciences, la philosophie, l’amour de l’étude, la connaissance du bien, le zèle pour le service de Dieu, et le désir de mener une vie conforme à ses préceptes. C’est de ce principe que l’homme a tiré l’autorité et le pouvoir qu’il exerce sur les créatures inférieures. Cette raison souveraine qui a crée les esprits raisonnables, qui leur a imprimé l’image de Dieu, qui leur a communiqué l’autorité, et qui leur a enseigné à commander et à obéir, leur a promis le Royaume du Ciel, et leur en a donné un gage, et une assurance par sa présence, et par sa vie corporelle et visible. Il a exhorté tous les hommes à se préparer à ce Royaume, et à se couvrir de la robe avec laquelle il y faut entrer. Il a répandu sa Doctrine par tout le monde où le Soleil répand sa lumière. Il a appelé tous les peuples au Royaume de son Père, et leur a donné l’espérance de le posséder.

Chapitre V

Notre Empereur très-chéri de Dieu jouit dès cette vie de cette espérance. II est paré des vertus qui sont comme des ruisseaux qui coulent de cette source inépuisable. Il a la raison, la sagesse, et la bonté par la participation de la raison éternelle, de la sagesse incréée, de la bonté infinie. Il est juste, tempérant, et vaillant par la justice, par la tempérance, et par la vaillance que Dieu lui a communiquée. Il mérite avec justice le titre d’Empereur puis qu’il imite autant qu’il peut le maître des Empereurs, et qu’il tâche de gouverner son État avec une justice qui ait quelque rapport à celle avec laquelle Dieu gouverne l’Univers. Quiconque prend une conduite contraire, quiconque renonce au souverain Seigneur de l’Univers, et qui au lieu de se parer des vertus convenables à un Empereur se souille de crimes, au lieu de se revêtir de douceur s’arme de cruauté, au lieu d’exercer la libéralité ne répand que le poison de la haine, au lieu de garder une conduite pleine de modération et de sagesse n’agit que par légèreté et par emportement, quiconque enfin au lieu de suivre la lumière de la raison s’égare et s’abîme dans les débauches, s’abandonne aux passions, et tombe dans l’impiété il déclare la guerre à Dieu, commet des impiétés, et des meurtres. Quelqu’empire que puisse exercer celui qui est sujet à ces vices, jamais il ne méritera le titre d’Empereur. Comment celui qui porte les marques et les caractères des Démons pourrait-il être l’image de l’autorité absolue avec laquelle Dieu gouverne l’Univers? Comment celui qui est assujetti à l’obéissance d’un grand nombre de maîtres cruels, pourrait-il être le maître des autres? Sans doute on ne saurait commander quand on est esclave, et que l’on obéit à la volupté, à l’amour des femmes, à la passion du bien amassé par des voies injustes, à la colère, à la crainte, et à tous les esprits impurs qui sont leur joie de nôtre ruine. Avouons-donc qu’il n’y a point d’autre Empereur que le nôtre, puisqu’il n’y en a point qui soit libre comme lui, ni qui soit comme lui au dessus des parlions, et qui méprise les plaisirs, et se prive même de ceux qui sont innocents, et légitimes. il est maître de sa colère et de son courage. Il est vainqueur non seulement des ennemis étrangers dont il a dompté l’orgueil, mais des domestiques, et de ses propres mouvements dont il a réprimé la violence, il imite Dieu comme son modèle, et le représente comme un miroir. Il représente la tempérance, la justice, la valeur, la pièce, la sagesse dont Dieu lui a donné et le commandement, et l’exemple. Il sr connaît sort bien, et sait que les vertus qu’il possède, sont des dons du Ciel. Il porte seul la robe de pourpre pour marque de son autorité, et mérite seul d’avoir cette autorité parce qu’il implore jour et nuit le secours du Père céleste, et qu’il brule du désir de parvenir à son Royaume. Comme il sait qu’il n’y a rien ici bas qui ne soit sujet au changement, et à la corruption, et qui ne passe avec la même rapidité que l’eau d’un fleuve qui se hâte de se précipiter dans l’Océan, il souhaite avec une ardeur incroyable de devenir sujet d’un Royaume, où Dieu donne des biens stables et permanents. Il porte la. pensée et son ambition jusques à ce Royaume. Il aspire à la lumière qui y brille, et en comparaison de laquelle tout ce qu’il y a sur la terre de plus éclatant, n’est que ténèbres. Le soin que les Princes prennent de gouverner leurs sujets ne s’étend point au de-là d’une vie qui d’elle-même est sore courte, et sujette à la mort. Il n’est pas beaucoup plus considérable que celui que les Pasteurs prennent de leurs troupeaux, et il est d’autant plus fâcheux et plus incommode que les hommes sont plus difficiles à gouverner que les bêtes. Les louanges des flatteurs, et les applaudissements des peuples sont plus de peine à l’Empereur, qu’ils ne lui donnent de plaisir. Il a l’âme naturellement trop ferme, et un trop grand zèle de maintenir la vigueur des lois et de la discipline, en obligeant tour le monde à faire exactement son devoir, pour caresser bassement le peuple. Quand il voit de nombreuses armées soumises à ses ordres, il n’en conçoit ni de l’étonnement, ni de la vanité. II sait à l’heure-même réflexion sur soi-même, et se reconnaît sujet à toutes les faiblesses de notre nature. Il se moque des habits à fleurs rehaussées d’or, de la pourpre Impériale, et du diadème, et il déplore la faiblesse du peuple qui admire ces ornements.. Il recherche d’autres ornements fort différents, et se pare non le corps mais l’esprit par la connaissance de Dieu, par la tempérance, la justice, la piété, et les autres vertus qui conviennent à un Prince. Il regarde les richesses que la plupart des hommes désirent avec une ardeur si excessive, l’or, l’argent, et les pierreries, comme des pierres, et des matières inutiles. Il ne les estime que ce qu’elles valent, et est très-persuadé qu’elles ne préservent d’aucun mal, qu’elles ne détournent aucune maladie, et qu’elles n’exemptent point de la mort. Il ne laisse pas de s’en servir pour l’utilité de ses sujets. Mais il rit en même temps de ceux qui sont-il simples que de les admirer. Il a l’ivrognerie en horreur et s’abstient de tous ces mets si recherchés, et si délicats, qui ne servent qu’à irriter l’appétit, et à provoquer à l’intempérance. Il croit qu’ils conviennent à tout autre plutôt qu’à lui, qu’ils sont extrêmement préjudiciables, et qu’ils obscurcissent l’esprit. La grandeur de son âme, et la connaissance qu’il a des vérités divines, lui sont rechercher des avantages plus excellents que ceux de la rie présente. Il aspire sans-cesse à un Empire qui n’a n’a point de fin. Il s’en approche par les mouvements de sa piété. Il y porte ses sujets par ses préceptes, et par ses exemples. Dieu ne laisse pas aussi les vertus de ce Prince sans récompense. Il lui donne dès cette vie des gages de celle qu’il lui réserve dans l’autre. Il le couronne de prospérité, et de gloire. Il prolonge li durée de son règne.

Il en rend la trentième année célèbre par cette cérémonie, où l’Univers sait éclater les marques d’une joie publique; et où il est probable que les Anges entrent dans les mêmes sentiments que les hommes. Dieu-même se réjouit comme un bon Père de la piété de ses enfants, et accorde un long et heureux règne à l’Empereur qui leur a enseigné les devoirs de cette piété. Il ne se contente pas de l’avoir maintenu trente ans sur le trône. Il donne à son Empire une durée qui n’a ni diminution ni accroissement. parce qu’elle n’a ni commencement, ni fin. C’est une durée dont on ne saurait découvrir le centre, et où l’on ne saurait marquer ni un tems présent, ni un temps passé, ni un temps avenir. Le passé n’est plus, l’avenir n’est pas encore. Le présent passe plus vite que la pensée. L’éternité n’est point soumise au calcul des hommes. Elle ne relève que de Dieu, à qui elle rend la gloire qu’elle a reçue de lui. Dieu la gouverne du haut du Ciel. Il la tient non enchaînée avec une chaîne d’or comme disent les Poètes, mais attachée à sa sagesse avec une chaîne invisible, et a placé au milieu d’elle, les années, les mois, les jours et les nuits dans un ordre qui a une beauté merveilleuse. L’éternité n’a d’elle-même aucunes bornes. Elle s’étend à l’infini. Mais Dieu en a comme entrecoupé le milieu par la distinction des temps. C’est comme une ligne droite qu’il a divisée par plusieurs points. Il a mis les nombres dans son unité, et lui a donné diverses formes au lieu qu’elle n’en avait aucune. Il a produit produit d’abord une matière informe qui devait recevoir toutes les substances. Il a donné ensuite des qualités à la matière, et l’a embellie par le nombre de deux, au lieu qu’elle n’avait auparavant nulle beauté. Par le nombre de trois il a composé de matière et de forme un corps capable des trois dimensions de la longueur, de la largeur, et de la profondeur. Ayant ensuite doublé le nombre de deux, il a inventé les quatre éléments, la terre, l’eau, l’air, et le feu comme des sources d’où coulent tous les biens qui sont dans le monde. Au reste le nombre de quatre produit celui de dix, car en ajoutant un, deux, trois, et quatre ensemble, on trouve dix pour produit. Le nombre de dix étant multiplié par celui de trois donne l’espace d’un mois. Douze mois mesurent le cours du Soleil. Voila comment la suite des années et la révolution des laitons ont embelli le tems pour la satisfaction, et le plaisir de ceux à qui Dieu et il accorde la jouissance. Il a mis le temps au milieu de l’éternité et a marqué des points dans ces vastes espaces comme les bornes de la carrière où les Athlètes courent, comme les hôtelleries où les voyageurs se reposent. Ce souverain Seigneur du monde à distingué les parties du temps, en attribuant au jour l’éclat de la lumière, et à la nuit l’obscurité des ténèbres, qui ne sont dissipées que par la faible lueur des étoiles. Il a embelli le Ciel par le Soleil, par la Lune, et par les Astres, comme un voile par une agréable diversité de couleurs. Après avoir étendu l’air il l’a rempli des espèces si différentes des oiseaux. Il a affermi là terre comme au milieu, et au centre de l’Univers, et l’a entourée de l’Océan comme d’un vêtement bleu. Il en a sait la demeure et tout ensemble, la mère et la nourrice des animaux.. Il l’a arrosée des eaux dés pluies, et des fontaines. Il l’a couverte de plantes, et de fleurs. Il y a formé l’homme à son image. Il lui a inspiré une âme intelligente, et raisonnable, capable de science et de sagesse, et lui a donné le droit de commander aux animaux, qu’il n’avait faits que pour sou usage. Ce n’est que pour la commodité de l’homme qu’il a rendu la mer navigable, et la terre seconde. Il lui a donné un esprit capable de discipline. Il lui a assujetti les animaux qui volent dans l’air,et qui nagent dans la mer. Il lui a permis de contempler le Ciel, et de découvrir le mouvement et le cours des astres. Il lui a accordé à lui-seul la connaissance de la Religion, et le droit de l’appeler son Père, et de publier ses louanges.

Chapitre VI

Outre tout ce que je viens de dire le Créateur de l’Univers a partagé l’année en quatre saisons. L’hiver est terminé par le printemps, qui bien qu’il commence l’année ne laisse pas d’en être aussi comme le milieu, et de la tenir en quelque sorte d’équilibre. L’été succède avec ses ardeurs à l’agréable température du printemps. L’automne tempère les ardeurs de l’été et est comme destiné ses eaux, et la prépare aux fleurs du printemps. Le souverain Seigneur de l’Univers ayant partagé de la sorte les siècles en quatre saisons avec une sagesse admirable, en a confié le gouvernement à son Fils unique. Celui-ci l’ayant accepte comme un héritage qui lui vient de la bonté de son Père, unit par une merveilleuse harmonie toutes les pièces qui sont renfermées au dessus et au dessous du Ciel. Il pourvoit avec un soin non pareil aux nécessités des créatures raisonnables qui habitent sur la terre. Il a mis des bornes à leur vie, et a voulu que cette vie qui a des bornes, fut comme le passage à une autre qui n’en a point. Il leur a enseigné qu’il y a un état heureux dont jouiront ceux qui s’en seront rendus dignes par leur piété, comme il y a des supplices préparés à ceux qui les auront mérités par leurs crimes. Alors il distribuera les couronnes à peu près de la même sorte qu’on les distribue aux Vainqueurs après les combats. Il déclare dés maintenant que la plus magnifique de toutes les récompenses est réservée à nôtre religieux Empereur, et il lui en donne dés ici un gage par cette cérémonie qu’il lui permet de célébrer avec tant de magnificence, et tant de pompe en cette année dont le nombre est produit par la multiplication réciproque de celui de trois et de dix, qui sont des nombres parfaits. Le nombre.de trois est le premier produit de l’unité. L’unité est la mère de tous les nombres. Elle préside aux mois, et aux années, au changement des saisons, et à la révolution des siècles. Elle est le principe, et la base de la multitude. Elle est stable, et fixe au même état. Au lieu que la multitude croît, ou diminue par l’addition, ou pat la soustraction des nombres, l’unité ne souffre aucun changement et ne reçoit ni accroissement, ni diminution. Elle est l’image de cette substance indivisible, et séparée de toutes les autres, et par la puissance de laquelle subsiste tout l’Univers. L’unité produit tous les nombres en ajoutant les uns aux autres, ou en les multipliant les uns parles autres. On ne saurait concevoir le nombre sans l’unité, au lieu que l’unité subsiste par elle-même, et indépendamment des nombres, qu’elle est plus excellente qu’eux, qu’elle les sait, et n’est faite par aucun. Le nombre de trois approche sort de la perfection de l’unité. Il ne peut être divisé, et est le premier de tous les nombres composés du pair, et de l’impair. Le nombre de deux qui est pair étant joint à l’unité, fait le nombre de trois qui est le premier des impairs. Le nombre de trois est le premier qui enseigne aux hommes la justice, et l’égalité parce qu’il a un commencement parfaite-ment égal au milieu, et un milieu parfaitement égal à la fin. Il est une image sensible des trois personnes Divines, dont la nature n’a ni commencement, ni principe; et est le principe et le commencement, la source et l’origine de tous les êtres. Ainsi le nombre de trois peut être considéré avec raison comme le commencement de toutes choses. Celui de dix est comme la sin, il termine tout, il est parfait, et renferme toutes les espèces des proportions et des nombres, tous les tons Se tous les accents de l’harmonie. L’unité produit par addition le nombre de dix, et tourne deux, trois, et quatre sois autour de lui jusques à ce que par dix dizaines elle soit parvenue au nombre de cent. Ces dizaines sont bornes. Dix unités sont une dizaine. L’unité est dix fois dans le même nombre de dix, qui est la fin, le terme, la borne, et la perfection de l’unité: il est le terme qui arrête les nombres, et qui les empêche de s’étendre, et il est la perfection de l’unité. Lorsque le nombre de trois multiplie celui de dix, il produit celui de trente, qui est un nombre sort naturel. Il tient le même rang parmi les dizaines, que le nombre de trois parmi les unitez.il est la mesure et la règle du cours que tient la plus éclatante des planètes après le Soleil. La Lune emploie un mois composé de trente jours à parcourir l’espace qui s’étend depuis le point, où elle se sépare du Soleil, jusques celui où elle s’y rejoint. Quand elle a fourni cette carrière, elle se lève comme de nouveau, et sait de nouveaux jours avec une nouvelle lumière. Elle est parée de dix unités, de trois dizaines, et de dix ternaires, s’il est permis d’user de ce terme. Le règne de notre victorieux Empereur, jouit des mêmes avantages par la libéralité du souverain Seigneur de l’univers. Il refleurit en nos jours, et prend un nouveau commencement.

Il a rempli les trente années, s’étendra au de-là, et servira d’assurance et de gage de la possession du bonheur qui est promis dans un autre siècle, où des millions d’Astres plus éclatants, sans comparaison que le Soleil, brillent autour du souverain Empereur, par la splendeur qu’il leur communique, où l’âme jouit de la vue d’une beauté incorruptible et immortelle, où il n’y a point de douleur, Si où il n’y a que des plaisirs innocents, où le temps n’a point de bornes, et où il n’est point mesuré par l’espace des jours, des mois et des années, où la durée est égale à une vie qui n’a point de fin.

C’est un siècle où la lumière n’est point répandue par le Soleil, par la Lune, ni par les autres Astres, mais parle Verbe qui est Dieu, et Fils unique de notre Dieu et de notre Roi. C’est pour cela que la Théologie mystique l’appelle le Soleil de justice, et la lumière des lumières. C’est pour le même sujet que nous croyons qu’il éclaire les puissances célestes par les rayons de sa justice et de sa sagesse, et que suivant ses promesses, il reçoit les âmes saints, non dans la partie convexe du ciel visible, mais dans son sein. L’œil du corps n’a point vu, l’oreille n’a point entendu, l’esprit entouré du corps n’a point connu ce qui est préparé aux personnes de piété, comme à vous très religieux Empereur, qui êtes le seul que Dieu ait choisi, pour purger la vie des hommes des crimes dont elle était toute souillée, et à qui il ait montré le signe de nôtre Rédemption, par la force duquel il a vaincu la mort, et triomphé de ses ennemis. Vous avez opposé aux statues des démons ce monument de vôtre victoire, ce fléau des Idoles, et vous avez dompté l’orgueil des barbares et des démons, qui sont une autre espèce d’ennemis barbares.

Chapitre VII

Comme nous ne subsistons que par l’union de deux substances, dont l’une est corporelle et visible, l’autre spirituelle et invisible, nous avons aussi à combattre deux sortes d’ennemis, dont les uns sont visibles et déclarés; et les autres invisibles et secrets. Les premiers attaquent nos corps avec des armes sensibles. Les seconds dressent des pièges à nos âmes par des machines sort subtiles, et imperceptibles aux sens. Les ennemis que l’on voit, sont des peuples aussi sauvages et aussi farouches que les bêtes, qui sont irruption contre les nations civilisées, et polies, qui ravagent la campagne, désolent les Villes, et mettent tout à feu et à sang. Les ennemis que l’on ne voit point, et qui sont plus cruels que ceux que l’on voit, ce sont les démons qui corrompent l’esprit de l’homme, qui remplirent l’air, et qui par les machines détestables de l’impiété, ont réduit tous les peuples sous leur tyrannie, de sorte que ne connaissant plus le vrai Dieu, et ne l’honorant non plus que s’il n’était point, ils en ont introduit d’étrangers et d’imaginaires. C’est de cette source que procède l’erreur, qui leur a sait prendre la génération des corps, pour une divinité, et la corruption de ces mêmes corps pour une autre divinité contraire. Ils ont adoré sous le nom de Vénus, cette première divinité, qui préside à la naissance, et sous le nom de Pluton, la seconde qui cause la mort et qui enlève les richesses. Les hommes de ce temps-là ont cru que la cause de la naissance était une divinité, parce qu’ils ne connaissaient point d’autre vie, que celle qui commence par cette naissance corporelle et sensible. Ils ont cru aussi que la cause de la mort était une autre divinité, parce qu’ils se sont imaginez qu’il n’y avait rien au delà, et qu’ils n’ont pas porté plus loin leurs pensées, ni leurs espérances. D’ailleurs la créance, où ils ont été, qu’ils n’auraient aucun compte à rendre après la destruction que la mort produit, leur a donné la licence de s’abandonner aux crimes les plus énormes, et de commettre des abominations qui ne pourraient être expiées par mille morts. Ils n’ont point eu Dieu devant les yeux. Ils ne se sont point attendus à paraitre à son jugement; ils n’ont reconnu que la mort pour Juge, et dans la créance qu’elle détruit l’homme entier, ils l’ont adorée comme une divinité fort puissante et fort riche. Ils n’ont pas révéré la mort seule comme une divinité. Ils ont révéré avant elle et plus profondément qu’elle, tout ce qui pouvoir contribuer à leur rendre la vie commode et agréable. Ils ont pris pour un Dieu le plaisir du corps, les aliments, les fruits des arbres, la bonne chère, l’ivrognerie, les cupidités les plus grossières, et les plus charnelles. C’est de là que sont venus les mystères de Cérès et de Proserpine, l’enlèvement dé Proserpine fait par Pluton, qui la ramena depuis, et la rendit. C’est de-là que sont venus les mystères de Bacchus, où l’on célèbre les victoires qu’il remporta sur Hercule. C’est de-là que sont venus les adultères de Cupidon et de Venus, la passion furieuse que Jupiter avait pour les femmes, et pour Ganymè de, et toutes les autres sables qui représentent les Dieux comme d’infâmes esclaves de la volupté. C’a été par ces traits empoisonnez de l’impiété et de la superstition que les cruels ennemis de Dieu, le souverain.des Empereurs, ont percé tous les hommes, et les ont tellement assujettis à leur injuste domination, qu’ils les ont obligés de consacrer leurs statues, et d’élever des temples en leur honneur, dans toutes les parties du monde. Ceux qui tenaient en ce temps-là la place des souverains croient si fort prévenus de cette erreur, qu’ils sacrifiaient leurs proches à ces faux Dieux, qu’ils poursuivaient à main armée les défenseurs de la vérité, qu’ils faisaient la guerre non aux étrangers, mais à leurs amis, à leurs parents et à leurs frères, et enfin à tous ceux qui adoraient le vrai Dieu, et qui lui rendaient le culte solide qui consiste dans la sainteté des mœurs, et dans la piété. Voila comment ces Princes insensés ont immolé aux démons, comme des victimes, des hommes qui étaient consacrés au service du Seigneur et du Maître de tous les Princes. Ces illustres témoins de la Religion, et ces généreux défenseurs de la piété se couvrirent de la patience, et méprisèrent tous les gentes de mort. Ils se moquèrent du fer, du feu, des clous, des dents des bêtes, des abîmes de la mer, de la cruauté avec laquelle on leur coupa les membres, on leur creva les yeux, on les laissa sans aliments, et on les accabla de travail dans les mines. L’amour dont ils brulaient, pour leur Roi, leur fit trouver des délices dans ces tourments. Les femmes firent paraître dans ces combats un courage égal à celui des hommes, et remportèrent de semblables victoires. Quelques-unes ayant été menacées de la prostitution, aimèrent mieux perdre la vie, que la pudeur. Voila comment les fidèles sujets du souverain Maître de l’Univers, soumirent généreusement les attaques des Idolâtres. Cependant les démons qui sont les ennemis du culte de Dieu, et du salut des hommes, prenaient un singulier plaisir à voir répandre le sang qui leur était offert. Qu’était-il juste, qu’était-il raisonnable que Dieu fit alors en saveur de ses serviteurs opprimés? Pouvait-il les abandonner? Un sage Pilote a-t-il jamais manqué d’employer toute son adresse pour sauver le vaisseau qu’il a entrepris de conduire? Un vaillant Général a-t-il jamais livré son armée aux ennemis? Un bon Pasteur a-t-il jamais négligé le soin d’une brebis égarée? N’a-t-il pas mis le reste du troupeau en sureté, et n’est-il pas allé après cela chercher la brebis, à dessein même de combattre les bêtes les plus cruelles qui la voudraient dévorer? Notre Pasteur a conservé les ouailles raisonnables. Notre Pilote a préservé son vaisseau du naufrage. Notre Général a conserve son armée. Il a secondé la valeur de ceux qui combattaient pour ses intérêts. Il a loué leur zèle et leur constance. Il a distribué une couronne immortelle à ceux qui sont morts pour son service, et les a placés parmi les Anges. Il a retenu les autres pendant quelque temps sur la terre, afin qu’ils y servissent comme d’une semence pour faire revivre la piété, Si qu’après avoir été spectateurs du châtiment des impies, ils en pussent aussi être témoins. Quand il lui a plu d’étendre son bras, et de se venger de ses ennemis, il les a frappés avec une main invisible, et les a contraints de révoquer solennellement leurs édits, et de renoncer à l’impiété. Il a élevé au même tems ceux qui croient abaissés, et a opéré la plupart de ces merveilles par le ministère de son serviteur. La piété de notre Empereur lui fait recevoir avec joie ce titre de serviteur de Dieu. Il l’a opposé seul à ses ennemis, et l’a sait triompher seul de toutes leurs forces. Ils étaient en grand nombre, parce qu’ils étaient les amis des démons, qui sont aussi en grand nombre. Ou plutôt ils n’étaient rien dès lors, puisqu’ils ne sont rien maintenant, et qu’ils ne paraissent plus. Notre Empereur que notre Dieu a établi, demeure seul comme sa fidèle image. Les tyrans qui ne connaissaient point Dieu, ont enlevé les personnes de piété par les meurtres les plus cruels et les plus barbares. L’Empereur, à l’imitation du Sauveur, a conservé les tyrans-mêmes, et leur a enseigné la douceur, et la piété. Il a vaincu les deux sortes d’ennemis, que j’ai dit que nous avions à combattre. Il a vaincu les hommes les plus barbares, en les dépouillant de leurs mœurs farouches, et en les accoutumant à une manière de vivre conforme à la raison, et aux lois. Et il a vaincu les démons, qui sont les ennemis invisibles, en rendant leur défaite toute publique, et en publiant les avantages que le Sauveur avait remportés sur eux. Il y longtemps que ce Sauveur commun de tous les hommes, a défait invisiblement ces esprits invisibles. Mais l’Empereur les a poursuivis comme son ministre, et a partagé leurs dépouilles entre ses soldats.

Chapitre VIII

L’Empereur ayant remarqué que le peuple qui n’a que l’ignorance en partage, regardait avec une crainte respectueuse, ces statues d’or et d’argent que la superstition avait fabriquées, crue les devoir ôter comme des pièges, qui avoient été dressés à dessein de faire tomber ceux qui marchent dans un lieu obscur. Il n’eut pas besoin pour ce dessein de la puissance de ses armées. Il n’employa qu’un ou deux de ses domestiques. qu’il envoia dans les Provinces. Ils y allèrent presque seuls, et sans autre force que celle qu’ils tiraient du zèle de l’Empereur, et de leur propre piété. Ils passèrent au travers des peuples Idolâtres. Ils pénétrèrent les retraites les plus secrètes que l’erreur eut aux Villes ou à la campagne. Ils obligèrent les Prêtres des Idoles à les tirer des lieux, ou ils les avaient cachées. Ce qu’ils ne purent faire sans attirer les railleries de tout le monde. Ils ôtèrent ensuite à ces statues les ornements, dont elles étaient déguisées, et en découvrirent toute la laideur. Enfin les ayant sait fondre, ils mirent à part la matière la plus riche et la plus unie, et laissèrent le reste aux Païens, comme pour leur reprocher la vanité de leur superstition. Au même tems que l’on sondait ces statues d’or, et d’argent, l’Empereur fit enlever celles qui n’étaient que de cuivre et de bronze, et entraîner comme des captifs ces Dieux de la Grèce, autrefois si fort vantés par les fables. L’Empereur chercha ensuite s’il y avait quelque reste de il superstition païenne. Comme un aigle découvre du haut du ciel ce qui le fait sur la terre, il découvrit de sou Palais un piège qui avait été dressé en Phénicie pour faire misérablement périr les âmes. C’était un bois et un temple consacré à l’honneur d’un infâme démon sous le nom de Vénus, non dans une place publique, pour servir d’ornement à une grande Ville, mais en un endroit du mont Liban. On y tenait une école ouverte d’impudicité. Il y avait des hommes qui renonçant à la dignité de leur sexe, s’y prostituaient comme des femmes, et qui croyaient se rendre la divinité propice par l’infamie de cette monstrueuse corruption. C’était un lieu privilégié pour commettre impunément l’adultère, et d’autres abominations. Personne n’en pouvait arrêter le cours, puisque personne ne pouvait entrer en ce lieu-là, pour peu qu’il eut d’honnêteté et de retenue. L’Empereur en ayant eu connaissance, jugea que ce temple ne méritait pas d’être éclairé des rayons du Soleil, et commanda qu’il fût démoli avec les statues et les ornements. Cet ordre sut exécuté à l’heure-même par des soldats, et ceux qui avaient été autrefois les plus adonnés à la débauche, changèrent de mœurs, de peur d’être châtiés avec la rigueur dont l’Empereur les menaçait. Ce Prince arracha de la sorte à la malice le masque, dont elle se couvrait pour tromper les simples, et publia hautement la gloire du Sauveur. Les Idoles demeurèrent sans appui. Il n’y eut ni Dieu, ni Démon, ni Devin, ni Prêtre qui entreprît de les protéger. La lumière de la foi avait dissipé les ténèbres du paganisme, et il n’y avait plus personne qui ne condamnât l’aveuglement de ses ancêtres, et qui ne s’estimât fort heureux d’en avoir été délivré. Les ennemis visibles et invisibles ayant été ainsi vaincus par la force que l’Empereur avait reçue du Ciel, l’Univers commença à jouir d’une très-profonde paix.

On ne vit plus de guerres non plus que de Dieux. Il n’y eut plus de sang répandu, comme il y en avait eu pendant que la superstition était en vigueur. a Ecrite suite

Chapitre IX

Comparons l’état présent de nos affaires avec le passé, et reconnaissons l’heureux changement qui est survenu. Autrefois il n’y avait point de Ville qui n’eut des bois, et des temples consacrez en l’honneur des Dieux, et qui n’eut soin de parer et d’enrichir ces temples de divers ornements. Ceux qui avaient entre les mains l’autorité souveraine, prenaient un grand soin du culte des Dieux. Les peuples les honoraient en public et en particulier; dans les temples, et dans leurs maisons. Ils ont eu pour récompense de leur fausse piété, non la paix, dont nous goutons maintenant les fruits, mais des divisions domestiques et des guerres civiles qui ont souillé leurs mains du sang de leurs proches. Ceux qui étaient reconnus pour des Dieux, promettaient aux Princes, de leur découvrir l’avenir. Mais la preuve convaincante de la fausseté de leurs promesses, et de l’imposture de leurs prédictions, est qu’ils n’ont pu prédire leur propre ruine. Jamais aucun de ces Oracles si vantés par l’antiquité, a-t-il prédit l’avènement du Sauveur, et la prédication, par laquelle il devait instruire les hommes de la divinité de son Père? Jamais l’Oracle d’Apollon, ou de quelqu’autre démon a-t il prédit qu’il serait abandonné? Jamais a-t-il nommé celui qui lui imposerait un jour silence? Quel Devin a prévu que le culte des Dieux serait aboli parle culte d’un nouveau Dieu, que la Religion Chrétienne serait embrassée par toutes les nations; que les Idoles seraient renversées par notre saint et pieux Prince et des trophées érigés sur leurs débris? Y a-t-il eu quelque Héros qui ait prédit que ses statues seraient fondues, et que la ma-tiére en serait employée à un usage avantageux à la société civile? Y a-t-il jamais eu quelque Dieu qui ait dit que ses statues seraient coupées en lames? Où étaient leurs protecteurs, lorsque des mains aussi faibles que celles des hommes, ont abattu les monuments qui avoient été élevés à leur gloire? Où sont ces esprits inquiets qui allumaient autrefois le feu de la guerre, et qui voient maintenant leurs vainqueurs jouir de la paix? Où sont les hommes qui avaient mis en eux leur confiance? Où sont ceux qui après avoir porté la superstition jusques au dernier excès, et avoir pris les armes contre les défenseurs de la vérité, sont péris misérablement? Où sont les Géants qui avaient eu l’insolence de déclarer la guerre à Dieu? Ou sont les dragons qui aiguisaient leurs langues contre le souverain Maître de l’univers? Ces ennemis déclarés du Seigneur absolu des Empereurs ont mis espérance dans la multitude des Dieux, ont marché à la tête de leurs armées qui semblaient être innombrables, et ont porté pour enseignes les images des morts. Mais notre Empereur s’étant couvert de la cuirasse de la piété, et ayant opposé à ses ennemis le signe de nôtre salut, a défait les impies et les démons. Il a reconnu à l’heure-même la grâce que Dieu lui avait faite de favoriser ses armes, et lui a rendu la gloire de sa victoire. Il a érigé au milieu de sa capitale l’Étendard par la force duquel il l’a remportée, et a ordonné a ses sujets de le regarder comme le boulevard de l’Empire. Il a plus particulièrement donné ces préceptes aux gens de guerre qu’aux autres. Il leur a enseigné à mettre leur espérance non dans la constitution de leur corps, ni dans la force de leurs armes, mais dans la protection de Dieu, qui est l’Auteur de tous les biens et le dispensateur de la victoire. Ce que je vais ajouter, est encore plus merveilleux, et pourrait paraître incroyable. C’est qu’il leur a prescrit la méthode de prier, qu’is leur a appris à lever les yeux au Ciel, et à porter leur esprit jusques à Dieu, pour l’invoquer comme le Dieu des armées, comme l’arbitre des combats, comme le protecteur et le défenseur de ceux qui le servent. Il leur a marqué le jour qui est le premier de tous les autres, qui est le jour de la lumière et de la vie, de la résurrection, de l’immortalité, du Seigneur et du salut, comme un jour particulièrement destiné à l’exercice de la prière, Il a observé lui-même la loi qu’il leur a imposée. Il a sait de son Palais une Église où il adore le Sauveur, et où il Ce nourrit des vérités de l’Écriture. il a choisi pour ses principaux Officers des hommes consacrés au service de Dieu, et recommandables par la pureté de leurs mœurs, et par l’éminence de leur piété. Il révère ce signe de notre rédemption, ce trophée de ses victoires, ce monument de la défaite de ses ennemis, parce qu’il en a éprouvé la puissance. Il a vu ses ennemis mis en déroute, et les armées invisibles des démons dissipées par la force toute-puissante de ce signe. II a vu l’insolence de ceux qui avaient déclaré la guerre à Dieu réprimée, la bouche des impies fermée, la calomnie confondue, les barbares domptés, la fourberie découverte, la superstition abolie. Pour témoigner sa reconnaissance de ces bienfaits, il a élevé des arcs de triomphe par toute la terre. Il a bâti des temples avec une magnificence convenable à un grand Prince, et a commandé de construire des Oratoires. Les villes et les Provinces ont vu élever en très-peu de temps des Ouvrages, qui ont publié la libéralité de l’Empereur, et l’impiété des tyrans. Il n’y a pas longtemps que comme des chiens furieux, ils déchargèrent sur des édifices qui n’avaient point de sentiment, la rage qu’ils ne pouvaient décharger sur Dieu-même, qu’ils ruinèrent de fond en com-ble des lieux consacrés à la prière, et firent voir dans la cruauté de ces destructions l’image d’une Ville abandonnée au pillage. L’insolence qu’ils ont eue de prendre les armes contre Dieu, a été suivie d’un prompt châtiment. Ils ont été emportés par un tourbillon, sans qu’il soit resté aucun vestige d’eux. Bien qu’ils fussent en grand nombre, ils ont tous été exterminés par la justice divine. Notre Empereur qui avait marché seul contre ses ennemis à la faveur du signe de notre salut, ou plutôt qui n’avait pas marché seul, puisqu’ii était soutenu par le maître des Empereurs, a élevé bientôt après dans la Ville de ion nom, dans la capitale de Bithynie, et dans plusieurs autres, des Églises plus magnifiques que celles qui avaient été démolies. Il choisit entre toutes les villes d’Orient, Jérusalem et Antioche, pour y consacrer les plus illustres monuments de sa magnificence et de sa piété. Il entreprit d’élever dans Antioche comme dans la Métropole, un Ouvrage d’une structure toute singulière, soit que l’on en considère l’étendue ou la beauté. C’est une Église d’une vaste enceinte, et d’une prodigieuse hauteur, qui a huit côtés, qui est accompagnée de divers appartements, et enrichie de tous les ornements de l’art. Il fit construire au milieu de la Ville, qui était autrefois la capitale de la Palestine et du royaume des Juifs à l’endroit du saint Sépulcre une Église très-belle et très-riche, en l’honneur de la croix. Il n’y a point de langage qui puisse exprimer la diversité ni l’excellence des ornements, dont il honora ce monument de la victoire remportée par le Sauveur sur la mort. Il choisit outre cela trois cavernes, qui avoient été honorées par l’accomplissement des plus grands mystères, pour y construire trois autres Églises. La première est celle où le Sauveur parut sur la terre, revêtu d’un corps mortel. La seconde est celle d’où il disparut en montant au Ciel, et la troisième celle où il donna des combats, et remporta des victoires. En honorant ces trois lieux par la dédicace de la consécration de trois Églises, il a excite cous les peuples à reconnaître et à révérer le signe de la rédemption. Il trouve aussi dans les honneurs qu’il rend à ce glorieux trophée la récompense de sa vertu, l’agrandissement de sa famille, l’affermissement de son trône, la prolongation de son règne, la promette et l’assurance d’une heureuse postérité, et d’une longue suite de descendants. La grandeur de la puissance du Dieu que nôtre Empereur adore paraît dans la souveraine équité avec laquelle il distribue les châtiments, et les récompenses. L’impiété de ceux qui ont démoli les Églises a été suivie d’un prompt châtiment. Ils sont morts sans enfants, sans postérité, sans successeurs. Mais notre Empereur qui laissé par toute la terre des marques de son affection, et de son zèle au service du souverain maître de l’Univers, qui élève des temples en son honneur, et qui parc ces temples avec tous les ornements de la nature et de l’art, qui le montre et le prêche à tous les peuples, est visiblement favorite de sa protection. suite

Notes et références

  1. Saint Eusèbe de Césarée, *Vie de Constantin*, traduction bilingue (grec-français), édition numérisée sur remacle.org.