Vie de Constantin
- 01 — Livre premier
- 02 — Chapitre premier — Preface
- 2.1 — Preface
- 03 — Chapitre II — Suite de la Préface
- 04 — Chapitre III — Honneurs rendus aux Princes
- 05 — Chapitre IV — Honneurs rendus à Constantin
- 06 — Chapitre V — Année de sa vie et de son règne
- 07 — Chapitre VI — Piété de Constantin récompensée par ses victoires
- 08 — Chapitre VII — Constantin comparé à Cyrus et à Alexandre L’ANCIENNE Histoire n’a jamais célébré aucun…
- 09 — Chapitre VIII — Constantin réduit presque tout l’univers à son obéissance
- 10 — Chapitre IX — Constantin laisse à ses enfants l’Empire qu’il avait reçu de son père
- 10.1 — Chapitre. X
- 11 — Chapitre XI — Qu’il ne sera parlé dans la vie de Constantin que des actions qui regardent la piété
- 12 — Chapitre XII — Constantin est élevé dans le Palais des Tyrans, comme Moïse l’avait été
- 13 — Chapitre XIII — Constance s’abstient de persécuter les Chrétiens
- 14 — Chapitre XIV — Constance remplit par adresse le trésor public, et rend à l’heure-même à ses sujets…
- 15 — Chapitre XV — Persécution excitée par la autres Empereurs
- 16 — Chapitre XVI — Constance chasse de son palais les Chrétiens, qui avaient voulu sacrifier aux Idoles…
- 17 — Chapitre XVII — Piété de Constance envers le Sauveur
- 18 — Chapitre XVIII — Constance se trouve le plus ancien des Empereur
- 19 — Chapitre XIX — Constantin fait un voyage en Palestine avec Dioclétien
- 20 — Chapitre XX — Constantin va trouver Constance son père
- 21 — Chapitre XXI — Mort de Constance
- 22 — Chapitre XXII — Constantin est proclamé Empereur
- 23 — Chapitre XXIII — Mort des Tyrans
- 24 — Chapitre XXIV — Constantin parvient à l’Empire par l’ordre de Dieu
- 25 — Chapitre XXV — Victoires remportées par Constantin sur les Anglais
- 26 — Chapitre XXVI — Constantin entreprend de délivrer Rome
- 27 — Chapitre XXVII — Constantin se résout à n’adorer qu’un seul Dieu
- 28 — Chapitre XXVIII — Vision de Constantin
- 29 — Chapitre XXIX — Songe de Constantin
- 30 — Chapitre XXX — Constantin fait faire un étendard en forme de croix
- 31 — Chapitre XXXI — Description de l’Etendard fait en forme de croix
- 32 — Chapitre XXXII — Constantin lit l’Écriture sainte
- 33 — Chapitre XXXIII — Adultères commis à Rome par Maxence
- 34 — Chapitre XXXIV — La femme d’un Préfet se procure la mon pour conserver sa pudicité
- 35 — Chapitre XXXV — Massacre du peuple de Rome
- 36 — Chapitre XXXVI — Maxence s’adonne à la magie
- 37 — Chapitre XXXVII — Défaite de Maxence
- 38 — Chapitre XXXVIII — Mort de Maxence
- 39 — Chapitre XXXIX — Entrée de Constantin dans Rome
- 40 — Chapitre XL — Statue de Constantin
- 40.1 — Ce signe salutaire, qui est la marque de la veritable puissance j’ai
- 40.2 — Delivre votre ville
- 40.3 — Dans leur ancienne splendeur
- 41 — Chapitre XLI — Réjouissances publiques
- 42 — Chapitre XLII — Honneurs déférés aux
- 43 — Chapitre XLIII — Charité de Constantin envers les pauvres
- 44 — Chapitre XLIV — Constantin assiste aux assemblées des Evêques
- 45 — Chapitre XLV — Constantin souffre avec une grande modération l’indiscrétion de quelques-uns
- 46 — Chapitre XLVI — Victoires remportées sur les étrangers
- 47 — Chapitre XLVII — Mort de Maximien
- 48 — Chapitre XLVIII — LA dixième année du règne de Constantin s’étant cependant écoulée, on fit des…
- 49 — Chapitre XLIX — Mauvais état des affaires d’Orient
- 50 — Chapitre L — Piège dressé par Licinius à Constantin
- 51 — Chapitre LI — Licinius défend aux Evêques de s’assembler
- 52 — Chapitre LII — Bannissement des Chrétiens
- 53 — Chapitre LIII — Autres Edits de Licinius
- 54 — Chapitre LIV — Licinius ôte les charges à ceux qui refusent de sacrifier, et défend de porter des…
- 55 — Chapitre LV — Édits pour faire de nouvelles impositions
- 56 — Chapitre LVI — Persécution excitée par Licinius
- 57 — Chapitre LVII — Maximien étant rongé d’un ulcère, publie une loi en faveur des Chrétiens
- 58 — Chapitre LVIII — Maximin s’enfuit déguisé en esclave
- 59 — Chapitre LIX — Maximin perd la vue, et fait une loi en faveur des Chrétiens
- 60 — Livre second
- 61 — Chapitre premier — Calomnieuses accusations des Evêques
- 62 — Chapitre II — Renversement des Églises
- 63 — Chapitre III — Constantin entreprend la protection des Chrétiens
- 64 — Chapitre IV — Constantin se prépare à la guerre, en faisant des prières, et Licinius en consultant…
- 65 — Chapitre V — Discours fait par Licinius avant la bataille
- 66 — Chapitre VI — Présage de la défaite de Licinius
- 67 — Chapitre VII — Puissance merveilleuse de la Croix, pour vaincre les ennemis
- 68 — Chapitre VIII — Constantin choisit cinquante hommes pour porter tour à tour l’Etendard de la croix
- 69 — Chapitre IX — Circonstance remarquable
- 70 — Chapitre X — Petits combats
- 71 — Chapitre XI — Fuite honteuse de Licinius
- 72 — Chapitre XII — Constantin obtient la victoire par ses prières
- 73 — Chapitre XIII — Clémence de Constantin envers les vaincus
- 74 — Chapitre XIV — Assiduité des prières de Constantin
- 75 — Chapitre XV — Mauvaise foi de Licinius LICINIUS ayant demandé la paix depuis la fuite honteuse, dont…
- 76 — Chapitre XVI — Licinius défend d’attaquer l’Etendard de la croix
- 77 — Chapitre XVII — Victoire remportée pur Constantin
- 78 — Chapitre XVIII — Mort de Licinius
- 79 — Chapitre XIX — Réjouissances publiques
- 80 — Chapitre XX — Lois publiées pur Constantin en faveur des Confesseurs
- 81 — Chapitre XXI — Lois faites en faveur des Martyrs, et des Églises
- 82 — Chapitre XXII — Heureux État de l’Empire
- 82.1 — L’empereur
- 83 — Chapitre XXIII — Reconnaissance de Constantin envers Dieu
- 84 — Chapitre XXIV — Loi de Constantin touchant la Religion Chrétienne et la Piété véritable
- 85 — Chapitre XXV — Exemple tiré de l’antiquité
- 85.1 — Quiconque
- 86 — Chapitre XXVI — DE ceux qui ont excité la persécution, et de qui l’ont soufferte
- 87 — Chapitre XXVII — Malheurs arrivés aux auteurs de la persécution
- 88 — Chapitre XXVIII — Dieu se sert de Constantin, pour arrêter le cours de l’impiété
- 89 — Chapitre XXIX — Pieux sentiments de Constantin
- 90 — Chapitre XXX — Disposition faite en faveur des exilés
- 91 — Chapitre XXXI — Rappel de ceux qui étaient dans les îles
- 92 — Chapitre XXXII — Rappel de ceux qui avaient été condamnés à travailler aux métaux, ou aux autres…
- 93 — Chapitre XXXIII — Rétablissement de ceux qui avaient été privés de leurs charges
- 94 — Chapitre XXXIV — Rétablissement de ceux gui avaient été condamnés à travailler aux Ouvrages des femmes…
- 95 — Chapitre XXXV — Restitution du bien des Martyrs, et des Confesseurs
- 96 — Chapitre XXXVI — Disposition faite en faveur de l’Église, au défaut des proches
- 97 — Chapitre XXXVII — Restitution des terres et des maisons qui ont appartenu aux Martyrs, et aux Confesseurs
- 98 — Chapitre XXXVIII — Déclaration recuise au cas proposé
- 98.1 — J’entens
- 99 — Chapitre XXXIX — Restitution des biens usurpés par les Princes sur l’Église
- 100 — Chapitre XL — Restitution des Oratoires et des Cimetières
- 101 — Chapitre XLI — Restitution des biens qui avaient été ou donnés ou vendus, encore qu’ils appartinssent…
- 102 — Chapitre XLII — Exhortation à la piété COMME il paraît avec toute sorte de certitude et d’évidence que…
- 103 — Chapitre XLIII — Exécution de cette loi
- 104 — Chapitre XLIV — Gouvernement des Provinces accordés
- 105 — Chapitre XLV — Idolâtrie défendue
- 106 — Chapitre XLVI — Lettre de Constantin à Eusèbe, et aux autres Evêques pour la constitution des Églises
- 107 — Chapitre XLVII — Constantin écrit une lettre contre les Idoles
- 108 — Chapitre XLVIII — Edit de l’Empereur Constantin contre le culte des Dieux
- 109 — Chapitre XLIX — De Constance père de Constantin
- 110 — Chapitre L — Persécution excitée à l’occasion du silence, auquel l’oracle était réduit
- 111 — Chapitre LI — Constantin reconnaît dès sa jeunesse l’innocence des Chrétiens
- 112 — Chapitre LII — Persécution des Chrétiens
- 113 — Chapitre LIII — Douceur des étrangers envers les Chrétiens
- 114 — Chapitre LIV — Punition des auteurs de la persécution
- 114.1 — Qu’est-il
- 115 — Chapitre LV — Prière de Constantin
- 116 — Chapitre LVI — Constantin souhaite que tout le monde embrasse la Religion Chrétienne, et ne contraint…
- 117 — Chapitre LVII — Actions de grâces
- 118 — Chapitre LVIII — Actions de grâces rendues à Dieu par Constantin
- 119 — Chapitre LIX — Continuation d’actions de grâces
- 120 — Chapitre LX — Exhortation à la paix
- 121 — Chapitre LXI — Contestation excitée par Arius
- 122 — Chapitre LXII — D’Arius, et des Partisans de Méléce
- 123 — Chapitre LXIII — Constantin envoie un Evêque à Alexandrie, pour terminer le différend
- 124 — Chapitre LXIV — LETTRE de Constantin à Alexandre Evêque, et à Arius, Prêtre
- 125 — Chapitre LXV — Soins pris par Constantin pour rendre la paix à l’Église
- 126 — Chapitre LXVI — Différends apaisés en Afrique
- 126.1 — L’indiscretion
- 127 — Chapitre LXVII — Que la Religion s’est répandue de l’Orient dont le reste du monde
- 128 — Chapitre LXVIII — Constantin exhorte les Ecclésiastiques à la paix
- 129 — Chapitre LXIX — Occasion de la contestation
- 130 — Chapitre LXX — Exhortation à la paix
- 131 — Chapitre LXXI — Suite de la même exhortation
- 132 — Chapitre LXXII — Larmes de L’Empereur
- 132.1 — Delivrez-moi
- 133 — Chapitre LXXIII — Continuation des disputes
- 133.1 — Table
- 133.2 — Des matieres de l’histoire de l’eglise de cousin
- 133.3 — Eusèbe de Césarée
- 133.4 — Harangue a la louange de l’empereur
- 133.5 — Constantin, chapitres I à IX - chapitres X à XVIII Τ
- 133.6 — Harangue a la louange de l’empereur
- 133.7 — Constantin,
- 133.8 — Exor de
- 134 — Chapitre I — Nous célébrons aujourd’hui une grande fête, en l’honneur de l’Empereur, de qui nous…
- 135 — Chapitre II — C’est de sa main que nôtre Empereur très-cheri de Dieu, a reçu la souveraine puissance…
- 136 — Chapitre III — Dieu reçoit avec joie ce sacrifice, loue la piété du Pontife qui le lui présente…
- 137 — Chapitre IV — Comment l’homme sait-il que Dieu possède tous ces avantages ?
- 138 — Chapitre V — Notre Empereur très-chéri de Dieu jouit dès cette vie de cette espérance
- 139 — Chapitre VI — Outre tout ce que je viens de dire le Créateur de l’Univers a partagé l’année en quatre…
- 140 — Chapitre VII — Comme nous ne subsistons que par l’union de deux substances, dont l’une est corporelle…
- 141 — Chapitre VIII — L’Empereur ayant remarqué que le peuple qui n’a que l’ignorance en partage, regardait…
- 142 — Chapitre IX — Comparons l’état présent de nos affaires avec le passé, et reconnaissons l’heureux…

Vie de Constantin
Eusèbe de Césarée · 134 min de lecture · 11 vues
Chapitre premier§
Preface§
Nous avons vu deux fois les réjouissances publiques, avec lesquelles tous les peuples ont célébré en l’honneur de l’Empereur, les jeux qui se renouvellent de dix en dix ans, depuis le commencement de son règne. En la vingtième année j’eus l’honneur de relever la grandeur de ses victoires, par un discours que je prononçai en présence des saints Évêques ;. au milieu desquels il était. Depuis peu, et en la trentième année de son Empire, je fis dans son palais un autre panégyrique à sa louange. Je voudrais bien continuer maintenant son éloge.
Mais la nouveauté des objets qui m’environnent, me donne de l’étonnement, et me réduit au silence. De quelque côté que je me tourne, soit vers l’Orient., ou vers l’Occident, soit que je regarde le ciel ou la terre, l’image de ce Prince le présente à moi. Je vois les Princes ses enfants, qui comme de nouveaux astres, répandent par tout l’univers la splendeur de sa puissance, et le font régner avec une autorité plus absolue que jamais. Ils ne jouissaient pendant sa vie, que de la dignité de Césars. Mais maintenant, ils ont succédé à tous ses titres aussi bien qu’à sa piété.
Chapitre II§
Suite de la Préface.
J’AVOUE que je suis ravi en admiration, quand je considère que cet Empereur qui conversait, il y a peu de jours parmi nous dans un corps mortel, reçoit après sa mort, et lorsque la nature rejette tout ce qui lui est inutile, les mêmes honneurs et les mêmes louanges qu’il recevait durant sa vie. Que si je porte mon esprit jusques au ciel, et que j’y voie sa bienheureuse âme, qui s’est dépouillée d’un vêtement corruptible, pour se revêtir de l’immortalité, et qui a changé un Royaume temporel, et sujet à mille faiblesses, avec un autre qui est éternel, et qui n’a ni imperfection, ni défaut, je demeure comme interdit, me condamne moi-même au silence, et laisse le soin de le louer à la parole éternelle et divine, qui peut seule confirmer invinciblement la vérité de ce qu’elle avance.
Chapitre III§
Honneurs rendus aux Princes. Châtiment des Tyrans.
CETTE parole infaillible et immuable a fait voir, des cette vie, l’accomplissement de ce qu’elle avait prédit ; que ceux qui l’honoreraient, en seraient récompensés, et que ceux qui se déclareraient ses ennemis, seraient les auteurs de leur propre ruine. Elle a montré combien la fin des Tyrans, qui prennent les armes contre Dieu, est funeste, et combien la mort qui a terminé l’heureuse vie de Constantin, est elle-même heureuse, souhaitable, louable et digne d’être consacrée par des monuments solides et durables. Les hommes, qui d’eux-mêmes ne sont que faiblesse, ont trouvé une faible consolation contre la mort, quand ils ont fait le portrait de ceux qu’ils voulaient honorer, et qu’ils ont espéré d’éterniser leur mémoire, ou par une image de cire, ou par une statue, ou pat une inscription gravée sur le bois, ou sur la pierre.
Il ne faut pas un fort long espace de temps pour détruire ces monuments, qui ne représentent que le corps, et qui ne conservent. lien de l’âme. Cependant ceux dont l’espérance a les mêmes bornes que leur vie, s’en sont contentés. Mais Dieu qui est le commun Sauveur de tous les hommes, et qui prépare aux personnes de piété, des récompenses qui font au dessus de nos pensées, leur en donne comme un gage et un échantillon dés ici bas. se font les promesses contenues dans les livres des Prophètes, et accomplies en la personne de ceux qui ont été éminents en sainteté, et fut tout en celle de notre incomparable Empereur, qui s’étant rendu plus agréable à Dieu qu’aucun de ses prédécesseurs, a été proposé à notre siècle comme un parfait modèle de vertu.
Chapitre IV§
Honneurs rendus à Constantin.
DIEU qui l’avait choisi pour autoriser la piété dans toute l’étendue de l’univers, lui a été favorable durant le cours de son règne, et depuis le commencement jusques à la fin. Il l’a mis seul entre les Princes sur un lieu élevé, comme une éclatante lumière, pour éclairer tous les peuples, et comme un éloquent Prédicateur, pour publier les saintes maximes de la véritable Religion.
Chapitre V§
Année de sa vie et de son règne.
DIEU l’a maintenu un peu plus de trente ans sur le trône, et un peu plus de soixante sur la terre. Comme il l’avait destiné pour être une image vivante de sa puissance ; il l’a fait triompher de l’orgueil aveugle, et de l’impiété désespérée des Tyrans et des Géants, qui avaient pris les armes contre la Majesté souveraine et éternelle. Pour eux ils sont disparus, presqu’aussitôt qu’ils avaient commencé de paraître, au lieu que Dieu qui est seul, a armé son serviteur seul contre la multitude des impies, lui a donné la force de les exterminer de dessus la terre, et l’a établi comme le Docteur de tous les peuples, qui déclare hautement qu’il ne connaît qu’un Dieu et qu’il déteste les Idoles.
Chapitre VI§
Piété de Constantin récompensée par ses victoires.
Chapitre VII§
Constantin comparé à Cyrus et à Alexandre L’ANCIENNE Histoire n’a jamais célébré aucun Prince qui ait paru sur le trône avec autant d’éclat que Cyrus. Cependant toute sa vie n’a pas été heureuse, puisque sa mort a été infâme, et que non seulement elle a été violente, mais qu’elle lui a été procurée par une femme. Les Grecs publient qu’Alexandre réduisit à son obéissance une infinité de nations. Mais ils demeurent aussi d’accord qu’ayant ruiné sa santé par l’ivrognerie, et par les débauches, il périt misérablement, avant que d’être parvenu à un âge parfait. Il ne vécut que trente-deux ans, et n’en régna pas plus que dix. Il passa avec une impétuosité égale à celle de la foudre, ruina les Villes, et réduisit en servitude les nations. Mais au temps qu’il pleurait la perte d’un jeune garçon, dont il avait été éperdument amoureux, la mort l’enleva dans la fleur de sa. jeunesse, et dans un pays étranger, sans enfants, sans postérité, de peur qu’il ne troublât plus longtemps la tranquillité publique.
Son Royaume fut partagé à l’heure-même par les Officiers qui avaient autrefois combattu sous ses enseignes. Ce n’est cependant qu’à l’excès de ces désordres qu’il doit sa réputation, et on ne le loue que de ce qu’il a commis tant de crimes.
Chapitre VIII§
Constantin réduit presque tout l’univers à son obéissance.
NOTRE Empereur commença de régner à l’âge, auquel ce Roi de Macédoine cessa de vivre. Mais il vécut deux fois autant de temps que lui, et en régna trois fois autant. après avoir établi dans son armée une discipline toute conforme à la modestie et à la piété Chrétienne, il la mena jusques en Angleterre. Il réduisit à son obéissance la Scythie, ce Pays qui s’étend si avant dans le Nord, et qui est habité par divers peuples. Il étendit les bornes de son Empire d’un côté jusques en Éthiopie vers le Midi, et de l’autre vers l’Orient. Il répandit la lumière de sa piété jusques aux Indes, et gagna de telle sorte l’affection des Princes, des Seigneurs et des Satrapes, qu’ils lui envoyaient des Ambassadeurs et des présents, qu’ils lui érigeaient des statues dans leur Pays, et qu’ils y rendaient son nom plus célèbre que n’avait jamais été celui d’aucun Empereur. Il faut pourtant avouer qu’il souhaitait bien moins d’être connu de ces peuples, que de leur faire connaître Dieu, dont il publiait la gloire.
Chapitre IX§
Constantin laisse à ses enfants l’Empire qu’il avait reçu de son père.
LES paroles par lesquelles il a publié cette gloire ont été soutenues par des actions solides, par la pratique constante de toute sorte de vertus, par la piété, par la libéralité qu’il a exercé envers les amis et ses proches, par la clémence dont il a usé envers ses sujets. Dieu, dont il avait avancé la gloire, a récompensé ses longs travaux d’un règne éternel. Il lui adonné trois fils pour successeurs de sa puissance, et exile passera à leur postérité par une succession continuelle. Il semble qu’il n’y a que Dieu, qui lui a fait des honneurs si extraordinaires sur la terre, et qui l’a élevé à une gloire immortelle dans le Ciel, qui puisse tracer dignement son éloge, dont il conserve le sujet écrit en des caractères qui ne se peuvent effacer.
Chapitre. X§
L’Histoire de la vie de Constantin est utile et même nécessaire au public. Bien que je comprenne assez combien il est difficile de parler dignement du bonheur qui a accompagné cet incomparable Prince dans tout le cours de la vie, au lieu qu’il n’y a nul danger à s’en taire, je ne puis néanmoins me dispenser d’en tracer un léger crayon pour le faire con-naître à la postérité, et pour éviter au même temps le reproche que l’on me pourrait faire que j’appréhende le travail. Car bien que j’aie fort-peu de suffisance, je crois devoir employer le peu que j’en ai à relever le mérite de ce Prince qui s’est perpétuellement occupé à procurer la gloire de Dieu. Je suis même persuadé que ce sera un ouvrage fort utile au public. Ne serait-ce pas une chose honteuse qu’il le soit trouvé d’excellents esprits qui aient écrit l’Histoire de Néron, et de quelques autres Empereurs encore plus scélérats que lui, et qui aient traité avec beaucoup d’élégance un sujet si odieux, et que je passasse sous silence les éminentes qualités d’un Prince auquel l’antiquité n’a jamais eu de pareil, et que Dieu m’a fait la grâce non seulement de voir, mais de connaître, et d’entretenir familièrement ?
Chapitre XI§
Qu’il ne sera parlé dans la vie de Constantin que des actions qui regardent la piété. IL me convient mieux qu’à nul autre de publier ce que je fais des vertus de notre Empereur, et de le faire connaître à ceux que les bons exemples excitent à l’amour de Dieu. Quelques-uns ont entrepris par amitié, par haine, ou par vanité d’écrire des vies où il n’y avait rien de recommandable, et des actions qui n’étaient pas bonnes à être imitées. Ils ont quelquefois employé des termes fort magnifiques pour représenter les crimes les plus atroces. Ils ont exposé aux yeux de toute la postérité des actions qui devaient être ensevelies sous les ténèbres, et ont enseigné le mal à des personnes innocentes, et qui par une faveur particulière de Dieu n’en avaient point de connais-sance.
Je n’ai pas comme eux les avantages de l’éloquence pour embellir mon sujet. Mais j’ai un sujet dont la beauté peut donner des ornements au discours. Ceux qui apportent à la lecture un esprit bien disposé, n’en sauraient faite de si utiles que celles qui contiennent des actions de piété. C’est pourquoi je ne crois pas devoir maintenant représenter les guerres, les batailles, les victoires, les triomphes de Constantin, ni les lois qu’il a faites pour le gouvernement de son état, et pour le bien des sujets. Je passerai sous silence toutes ses autres entreprises, et ne parlerai que de celles qui regardent le service de Dieu. Je choisirai les plus propres à être transmises à la postérité, et en ferai le récit en moins de paroles qu’il me sera possible.
C’est ici le temps de publier avec une entière liberté les louanges de cet incomparable Empereur. Il ne m’était pas permis de le faire durant sa vie, à cause des changement, auxquels l’inconstance des hommes est sujette. Je prie Dieu et son Verbe Divin, de m’aider dans ce travail.
Je le commencerai par le récit de ce qui arriva à Constantin dès sa jeunesse.
Chapitre XII§
Constantin est élevé dans le Palais des Tyrans, comme Moïse l’avait été. IL est rapporté dans l’ancienne Histoire que les. Juiss furent autrefois traitas fort tyranniquement par les Rois d’Égypte. Mais quand Dieu eut agréable de les délivrer du joug de cette injuste domination, il disposa de telle sorte de l’éducation de Moïse, qu’il fut élevé dans le Palais des Rois, et qu’il y apprit les maximes du Pays. Lorsqu’il fut parvenu à âge d’homme, et que la justi-divine voulut venger les innocents, et châtier leurs persécuteurs, le Prophète sortit de la Cour pour exécuter les ordres de Dieu. Il se sépara des tyrans, qui l’avaient nourri dans son bas âge, et le joignit à ses frères. Dieu l’établit Chef des Juiss, les délivra de la servitude par son ministère, et fit tomber du ciel les châtiments. sur les tyrans qui les avaient opprimés.
Cette ancienne Histoire est connue de tout le monde, bien qu’elle soit prise par plusieurs pour une fable. Le même Dieu a produit en notre siècle un miracle, qui n’a rien de fabuleux, et qui ayant été exposé à nos propres yeux, est plus certain que tout ce que nous saurions apprendre par le rapport d’autrui. Les tyrans ont pris les armes contre Dieu, et persécuté son Église. Constantin.qui les a depuis exterminés, a vécu avec eux dans sa jeunesse, comme Moïse la fidèle serviteur de Dieu avait vécu avec ceux d’Égypte. Bien qu’il fût en un âge fort susceptible de mauvaises impressions, il ne prit aucune part à la corruption de leurs mœurs. La bonté de son naturel soutenue par l’Esprit de Dieu, ne se porta qu’à la piété, à laquelle il fut aussi excité par l’exemple de son père.
Nous ne saurions nous dispenser de parler de ce père si célèbre, de Constance le plus illustre Empereur de notre siècle, ni de remarquer en peu de paroles ce qu’il y a dans si vie qui peut relever la gloire de Constantin son fils.
Chapitre XIII§
Constance s’abstient de persécuter les Chrétiens.
PENDANT que l’Empire était gouverné par quatre Princes, Constance garda une conduite toute contraire à celle des autres, et entretint inviolablement la paix avec Dieu. Il s’éloigna toujours de l’impiété avec laquelle ils attaquèrent l’Église, et ruinèrent de fond en comble les lieux de nos assemblées et de nos prières. Il ne souilla jamais comme eux sa conscience par l’effusion du sang innocent. Jamais il ne s’assujettit, comme eux au culte des Idoles, et jamais il ne contraignit comme eux ses sujets de subir le joug de la même servitude. Il procura aux peuples une paix profonde, à la faveur de laquelle ils pussent vaquer sûrement aux exercices de la piété. Au lieu que les autres Empereurs surchargèrent si fort leurs sujets d’impositions, qu’ils leur rendirent la vie plus fâcheuse et plus insupportable que la mort ; Constance gouverna les siens avec une douceur paternelle. Comme ses louanges sont dans la bouche de tout le monde, je ne choisirai qu’une ou deux de ses actions, par où l’on pourra juger du reste, et je commencerai à traiter le sujet que je me fuis proposé.
Chapitre XIV§
Constance remplit par adresse le trésor public, et rend à l’heure-même à ses sujets tout ce qu’ils y avaient apporté.
COMME Constance était en grande réputation de modération, de douceur, de piété, et qu’en effet il traitait si favorablement ses sujets, que son trésor était presqu’épuisé, Dioclétien, qui était le premier et le plus ancien des Empereurs, envoya lui reprocher le peu de soin qu’il prenait des intérêts de l’État, et la pauvreté à laquelle il se réduisait lui-même par sa négligence. Constance ordonna aux Ambassadeurs de Dioclétien, de demeurer quelque temps à la Cour, et à l’heure-même ayant envoiy quérir les plus riches de ses sujets, il leur déclara qu’il avait besoin d’argent, et que c’était une occasion où ils pouvaient lui donner des preuves de l’affection, qu’ils avaient à son service. Il n’y eut personne qui ne portât avec joie de l’or, de l’argent et des meubles précieux au trésor royal, et qui ne s’empressât d’exécuter les ordres de son Prince avec plus d’ardeur et de zèle que les autres.
Quand le trésor royal fut rempli d’un amas prodigieux de toute sorte de richesses, Constance les montra aux Ambassadeurs de Dioclétien, et leur dit, qu’il y avait longtemps qu’elles étaient à lui, et qu’il les avait laissées jusques alors, comme en dépôt entre les mains de ses sujets. Les Ambassadeurs s’en furent partis, Constance loua l’affection que ses sujets lui avaient témoignée, et leur rendit ce qu’ils avaient apporté à son trésor. Cette action est sans doute une grande mar-que de sa douceur. J’en rapporterai une autre qui est une preuve de sa piété.
Chapitre XV§
Persécution excitée par la autres Empereurs.
LES Gouverneurs des Provinces persécutèrent par l’ordre de Dioclétien tous ceux qui faisaient profession du culte de. Dieu. Les premiers qui combattirent pour la défense de la Religion, et qui s’exposèrent au fer, au feu, et à toute sorte de périls et de supplices, furent des Officiers de la Cour. Les Princes qui les condamnèrent à la mort, perdirent par leur faute les meilleurs sujets qu’ils eussent, et se privèrent du fruit des prières qu’ils faisaient continuellement pour la prospérité de l’Empire.
Chapitre XVI§
Constance chasse de son palais les Chrétiens, qui avaient voulu sacrifier aux Idoles, et y retient ceux qui avaient refusé de le faire.
CONSTANCE, au lieu de suivre leur exemple, prit une résolution pleine d’une rare sagesse, et se porta à une action fort merveilleuse, et que l’on ne saurait entendre, sans être surpris d’étonnement. Il donna le choix à tous les Officiers de la Cour, et même aux Juges qui étaient élevés aux premières dignités, on de sacrifier aux Idoles, et de conserver leur rang et leurs charges en sacrifiant, ou s’ils recreusaient de sacrifier, de perdre leurs charges, et ses bonnes grâces. Lorsqu’ils se furent déclarés, et que les uns eurent pris un parti, et les autres un autre, Constance découvrit le secret qu’il avait tenu cache jusques alors, blâma le trop grand désir que les uns avaient de conserver leur bien, et leur vie, les déclara incapables de leurs charges, et jugea qu’ayant été infidèles à Dieu, ils ne seraient pas fidèles à leur Prince. Il loua au contraire la fidélité des autres, jugea ou ils ne seraient pas moins attachés au service de leur maître, qu’ils l’étaient à celui de leur Dieu, qu’ils défendraient l’Empire avec plus de courage que les autres, et qu’ils en seraient la principale force, et. le plus riche trésor.
Chapitre XVII§
Piété de Constance envers le Sauveur.
VOILA le crayon que je voulais faire légèrement de la vie et des mœurs de Constance, père de Constantin. Quiconque considéra avec quelque attention, la manière dont il est mort, reconnaitra aisément la différence que Dieu a voulu mettre entre sa fin et celle des autres Princes. Après avoir donné durant plusieurs années l’exemple de toutes les vertus dignes d^un grand Empereur, après avoir reconnu le seul Dieu qui a créé l’univers, et avoir condamné l’impiété de ceux qui en adoraient plusieurs, il fortifia son palais par les prières des personnes de piété, et passa le reste de sa vie avec autant de repos que de réputation. Il jouit de ce bonheur si rare, que plusieurs font consister à ne recevoir aucune injure, et à n’en faire à personne. Durant le cours paisible de son règne, il confiera toute sa famille, l’Impératrice sa femme, et les Princes ses enfants au service de Dieu, qui est le Souverain des Empereurs. Sa Cour était une assemblée de vérité- Fidèles, parmi lesquels il y avait de saints Ministres, qui faisaient de continuelles prières pour la conservation de la personne du Prince, au lieu que dans la Cour des autres Empereurs, il n’était pas permis de parler des Chrétiens.
Chapitre XVIII§
Constance se trouve le plus ancien des Empereur. Il a un grand nombre d’enfants. DIEU ne laissa pas sa piète sans récompense. Il eut bientôt après le premier rang parmi les Empereurs. Les deux plus anciens ayant renoncé par je ne sais quel motif, à la souveraine puissance, en la seconde année de la persécution, il fut reconnu en qualité de premier. Il y avait longtemps qu’il avait été déclaré César, avec Galère. Mais après qu’il eut rempli cette dignité avec beaucoup de gloire, il fut élevé au comble des honneurs, et proclamé le premier des Empereurs. Il eut un plus grand nombre d’enfants qu’aucun de ses Collègues. Lorsqu’il fut prêt de payer, dans une extrême vieillesse, le tribut que tous les hommes doivent à la nature, Dieu fit en force que Constantin son fils aîné se trouva présent pour recueillir la succession de l’autorité souveraine.
Chapitre XIX§
Constantin fait un voyage en Palestine avec Dioclétien.
CONSTANTIN vivait alors au milieu des Collègues de Constance son père, de la même sorte que Moïse avait vécu dans la Cour des Rois d’Égypte. Lorsqu’il fut parvenu à la fleur de son âge, il se mit en grande considération auprès d’eux. Je le vis alors passer par la Palestine à la droite de Dioclétien le plus ancien des Empereurs. Pendant que tout le monde courait en foule pour le voir, et pour admirer les marques de générosité et d’élévation qui paraissaient sur son visage. Il n’y avait personne qu’il ne surpassât en hauteur, en bonne-mine, et en force. Il était pourtant beaucoup plus avantageusement partagé des vertus de l’âme, que de celles du corps. Il avait un excellent naturel qu’il avait cultivé par l’étude, et que Dieu avait relevé par les dons d’une sagesse céleste.
Chapitre XX§
Constantin va trouver Constance son père.
L’ARDEUR de son courage, et l’élévation de son âme, donnèrent de la jalousie et de la crainte aux autres Empereurs. Quand il eut découvert leur mauvais dessein, et les pièges qu’ils lui avaient dressés il s’enfuit comme Moïse, et alla trouver son père. Dieu le favorisa en tout cela d’une protection si visible, que l’injustice de ses ennemis lui ouvrit en quelque sorte le chemin, par où il arriva à l’Empire.
Chapitre XXI§
Mort de Constance.
CONSTANTIN ayant heureusement évité le. piège que ses ennemis lui avaient dressé, arriva enfin après un long voyage auprès de Constance son père, qu’il trouva proche de sa fin.
Lorsqu’il le son séant, l’embrassa étroitement, assura qu’il était délivré par sa présence des inquiétudes, dont il avait été agité, remercia Dieu de lui avoir fait cette grâce, et témoigna qu’il était content de mourir. Ayant ensuite mis ordre à ses affaires, et pris congé de ses enfants, qui entouraient son lit, il laissa selon la loi de la nature, son Empire à Constantin son fils aîné, et passa de cette vie à une autre.
Chapitre XXII§
Constantin est proclamé Empereur.
L’EMPIRE ne vaqua pas par la mort de Constance. Constantin se revêtit à l’heure même de la pourpre impériale, et fit renaître en sa personne toutes les vertus de son Père. Les funérailles du Prince défunt furent célébrées avec une pompe extraordinaire. L’air retentissait des cris de tout le peuple, qui témoignaient qu’il trouvait heureusement le père dans le fils, et qui se réjouissait de lui voir prendre possession de l’autorité absolue. Les Provinces étaient ravies de joie, de ce que Dieu avait si promptement pourvu à leurs besoins.
Chapitre XXIII§
Mort des Tyrans.
Je ne crois pas devoir parler ici de la mort de ceux qui ont persécuté l’Église, ni déshonoré la m’émoie des bons Princes, par le récit des cri-mes des méchants. Les malheurs qui leur sont arrivés, sont plus que suffisants pour instruire et pour corriger ceux qui en ont été témoins.
Chapitre XXIV§
Constantin parvient à l’Empire par l’ordre de Dieu.
VOILA comment Dieu, qui a créé l’univers par sa puissance et qui le gouverne par sa sagesse, a élevé lui-même sur le trône Constantin, fils de Constance, de sorte qu’il s’est réservé lui seul la gloire de sa promotion, au lieu que celle des autres Princes appartient souvent aux hommes.
Chapitre XXV§
Victoires remportées par Constantin sur les Anglais.
DES qu’il fut en possession de la souveraine puissance, il visita les Provinces qui avaient relevé de l’obéissance de son père, et y donna tous les ordres nécessaires. Il dompta les peuples qui habitent sur les bords du Rhin, et de l’Océan, réprima leur insolence, et apaisa leur fureur. Il y en eut d’autres, qu’il se contenta d’arrêter par la crainte, et de retenir au delà de leurs frontières ; et c’étaient des naturels farouches et intraitables, qu’il ne pouvait porter par aucun moyen à entretenir la paix. après être venu heureusement à bout de ces desseins-là, il jeta les yeux d’un autre côté, passa en Angleterre, et la réduisit à son obéissance.
Chapitre XXVI§
Constantin entreprend de délivrer Rome.
CONSIDERANT ensuite l’univers comme un vaste corps, dont Rome était comme le chef, qui gémissait sous la domination des Tyrans, il crut d’abord que les Princes qui gouvernaient les autres parties de l’Empire, et qui le surpassaient en âge, devaient employer leur puissance pour la mettre en liberté’. Mais quand il vit que ceux qui l’avaient entrepris, n’en avaient remporté que de la honte, et que nul autre n’était en état de l’entreprendre, il protesta qu’il ne pouvait voir la Capitale du monde dans l’oppression, et prit les armes pour exterminer les Tyrans.
Chapitre XXVII§
Constantin se résout à n’adorer qu’un seul Dieu.
COMME il était persuadé qu’il avait besoin d’une puissance plus considérable et plus invincible que celle des armées, pour dissiper les illusions de la magie dans lesquelles Maxence mettait sa principale confiance, il eut recours à la protection de Dieu. Il délibéra d’abord sur le choix de celui qu’il devait reconnaître. Il considéra que la plupart de ses prédécesseurs, qui avaient adoré plusieurs Dieux et qui leur avaient offert de l’encens et des sacrifices, avaient été trompés par des prédictions pleines de flatterie ; et par des oracles, qui ne leur promettaient que d’heureux succès, et qu’ils étaient enfin péris misérablement, sans qu’aucun de leurs Dieux se fût mis en peine de les secourir. Que son père avait seul reconnu leur égarement, et seul pris le bon chemin, qu’il n’avait adoré que Dieu durant toute sa vie, et que Dieu avait été en récompensé son protecteur, le conservateur de son Empire, et l’auteur de tous ses biens.
Il fit une sérieuse réflexion sur la multitude des maux, dont avaient été accablés ceux qui avaient suivi une multitude de Dieux, et reconnut qu’aucun d’eux n’avait laissé de postérité, ni même la moindre mémoire de son nom, au lieu que le Dieu de son père lui avait donné d’illustres preuves de sa puissance. Il remarqua aussi que ceux qui en prenant les armes contre les tyrans avaient mis leur espérance dans la protection des Dieux n’en avaient tiré aucun avantage, l’un étant revenu avec ses troupes, sans avoir rien fait de considérable, et l’autre ayant été tué au milieu de son armée. Après avoir longtemps médité toutes ces raisons, il jugea que c’était la dernière de toutes les extravagances d’adorer des Idoles, de la faiblesse et du néant desquelles il avait des preuves si convaincantes, et il se résolut d’adorer le Dieu de Constance son père.
Chapitre XXVIII§
Vision de Constantin.
CONSTANTIN implora la protection de ce Dieu, le pria de se faire connaître à lui, et de l’assister dans l’état où se trouvaient ses affaires. Pendant qu’il faisait cette prière, il eut une merveilleuse vision, et qui paraîtrait peut-être incroyable, si elle était rapportée par un autre. Mais personne ne doit faire difficulté de la croire, puisque ce Prince me l’a racontée lui-même longtemps depuis, lorsque j’ai eu l’honneur d’entrer dans ses bonnes grâces, et que l’événement en a confirmé la vérité. Il assurait qu’il avait vu en plein midi une croix lumineuse avec cette inscription. VAINQUEZ A LA FAVEUR DE CE SIGNE, et qu’il fut extrêmement étonné de ce spectacle, de même que ses soldats qui le suivaient.
Chapitre XXIX§
Songe de Constantin.
CETTE vision fit une si sorte impression dans l’esprit de Constantin qu’il en était encore tout occupé la nuit suivante. Durant son sommeil le Sauveur lui apparut avec le même signe qu’il lui avait montré en l’air durant le jour, et lui commanda de faire un Etendard de la même forme, et de le porter dans les combats pour se garantir du danger.
Chapitre XXX§
Constantin fait faire un étendard en forme de croix.
CONSTANTIN s’étant levé dès la pointe du jour raconta à ses amis le songe qu’il avait eu, et ayant envoyé quérir des Orfèvres, et des Lapidaires, il s’assit au milieu d’eux, leur proposa le dessein et la figure du signe qu’il avait vu, et leur commanda d’en faire un semblable, enrichi d’or, et de pierreries.
Chapitre XXXI§
Description de l’Etendard fait en forme de croix.
J’AI vu l’Etendard que les Orfèvres firent par l’ordre de ce Prince, et il m’est aisé d’en décrire ici la figure. C’est comme une pique, couverte de lames d’or, qui a un travers en forme d’Antenne qui fait la croix. Il y a au haut de la pique une couronne enrichie d’or et de pierreries. Le nom de notre Sauveur est marqué sur cette couronne par les deux premières lettres ; dont la seconde est un peu coupée. Les Empereurs ont porté depuis ces deux mêmes lettres sur leur casque. Il y a un voile de pourpre attaché au bois qui traverse la pique. Ce voile est de figure carrée, et couvert de perles, dont l’éclat donne de l’admiration. Comme la pique est fort haute elle a au bas du voile le portrait de l’Empereur et de ses enfants, fait en or jusques à demi-corps seulement. Constantin s’est toujours couvert dans la guerre, de cet Etendard comme d’un rempart, et en a fait faire d’autres semblables pour les porter dans toutes ses armées.
Chapitre XXXII§
Constantin lit l’Écriture sainte.
CONSTANTIN ayant l’esprit tout rempli de l’étonnement qu’une vision si extraordinaire lui avait causé, jugea qu’il n’y avait point d’autre Dieu qu’il dut reconnaître, que celui qui lui était apparu, et ayant envoyé quérir les Prêtres, et ses ministres, il leur demanda, qui était ce Dieu, et ce que signifiait la figure si lumineuse et si éclatante qu’il lui avait montrée. Les Prêtres lui répondirent que le Dieu qui lui était apparu était le fils unique de Dieu, que la figure qui lui avait été montrée, était la marque de l’immortalité, et le trophée de la victoire que le Fils de Dieu avait remportée sur la mort. Ils lui déduisirent les raisons pour lesquelles il est descendu du Ciel en terre, et lui expliquèrent le mystère de son Incarnation.
L’Empereur les écouta avec une merveilleuse attention. Il compara leurs discours avec la vision qu’il avait eue, et ne douta point qu’ils ne lu enseignassent la vérité par l’ordre de Dieu. II s’appliqua ensuite à la lecture des livres sacrés, retint toujours les Prêtres auprès de lui, et se résolut d’adorer le Dieu dont ils lui avaient découvert les mystères. L’espérance qu’il avait mise en sa protection, l’excita bientôt après à entreprendre d’éteindre l’embrasement qui avait été allumé par la rage des Tyrans.
Chapitre XXXIII§
Adultères commis à Rome par Maxence.
LE Tyran qui s’était emparé de la ville Impériale était monté à cet excès d’impudence, et d’impiété que de se plonger publiquement dans les plus sales débauches. Il arrachait les femmes d’entre les bras de leurs maris, et les leur renvoyaient après les avoir violées. Il fit cet outrage aux personnes de la première qualité, et aux plus considérables du Sénat. Il jouit d’un grand nombre de femmes de condition, sans pouvoir rassasier son incontinence. Mais il ne put jamais jouir d’aucune femme Chrétienne. Il n’y en eut point qui n’aimât mieux perdre la vie que l’honneur.
Chapitre XXXIV§
La femme d’un Préfet se procure la mon pour conserver sa pudicité.
LA femme d’un des principaux du Sénat, et qui avait la dignité de Préfet, ayant appris que les Ministres des débauches de Maxence étaient à la porte de son logis, et que son mari avait consenti qu’ils l’emmenassent, de peur d’être maltraitée, elle leur demanda un peu de temps pour se parer, et étant entrée dans son cabinet, s’enfonça un poignard dans le sein, et publia par une action si éclatante non seulement à tous les peuples de son siècle, mais aussi à tous les siècles à venir, qu’il n’y a que parmi les Chrétiens où l’on trouve une pudicité invincible, et exempte de la mort.
Chapitre XXXV§
Massacre du peuple de Rome.
LES grands et les petits, les Magistrats et le peuple étaient dans l’oppression, et redoutaient la violence avec laquelle le Tyran commettait les crimes les plus horribles. La patience qu’ils conservaient au milieu des plus injustes traitements ne les mettait en aucune sûreté. Il commanda un jour, pour un fort léger sujet, aux soldats de sa Garde de faire main-basse sur le peuple, qui fut à l’heure-même massacré par les armes non des Scythes et des Barbares, mais de ses propres citoyens. Il n’est pas aisé de faire le dénombrement des Sénateurs qu’il condamna sur de fausses accusations, à dessein d’enlever leur bien.
Chapitre XXXVI§
Maxence s’adonne à la magie.
MAXENCE couronna ses autres crimes par les cruautés et les sacrilèges de la magie tantôt en ouvrant le ventre des enceintes, et des enfants nés depuis peu de jours, tantôt en égorgeant des lions, et en offrant d’abominables sacrifices. pour évoquer les démons, et détourner la guerre dont il était menacé. Il espérait obtenir la victoire par ces artifices. Il traitait cependant ses sujets avec une dureté si extraordinaire qu’ils souffrirent sous son règne une disette dont il n’y avait point eu d’exemple dans les siècles précédents.
Chapitre XXXVII§
Défaite de Maxence.
LA compassion que Constantin eut de leur misère lui mit les armes entre les mains contre celui qui en était l’auteur. Ayant imploré la protection de Dieu, et du Sauveur son Fils unique. Il fit marcher son armée sous l’Etendard de la crois à dessein de rétablir les Romains en possession de leur ancienne liberté. Maxence mettant sa confiance dans les illusions de la magie plutôt que dans l’affection de ses sujets, n’osa sortir de Rome. Mais il mit des garnisons dans toutes les Villes dont il avait opprimé la liberté, et plaça des troupes en embuscade sur les passages. Constantin dont Dieu favorisait l’entreprise força aisément toutes ces troupes, et entra jusques au cœur de l’Italie.
Chapitre XXXVIII§
Mort de Maxence.
DIEU qui ne voulait pas que Constantin fut obligé de mettre le siège devant Rome pour se rendre Maître de Maxence, le lui amena hors des murailles avec des chaînes invisibles. Il fit voir la vérité du miracle, qui passe pour une fable dans l’esprit des incrédules, bien qu’il ne soit point révoqué en doute par les Fidèles, et qu’il avait autrefois opéré conthariots et son armée. Ce Tyran ayant été mis en fuite par les troupes de Constantin, qui était favorisé de la protection du ciel, il voulut passer un pont, où il avait préparé une machine pour surprendre son ennemi. Notre Religieux Prince fut assisté par le Dieu qu’il adorait, et l’impie périt dans le piège qu’il avait dressé, si bien qu’on lui peut appliquer ces paroles de l’Écriture : Il a ouvert une fosse, et l’a creusée, et il tombera contre lui, et ses violences retomberont sur sa tête.
La machine s’étant emr’ouverte au temps auquel on s’y attendait le moins, les vaisseaux coulèrent à fond. L’impie tomba le premier comme une masse de plomb avec les soldats qui l’environnaient. L’armée que Dieu avait rendue victorieuse, pouvait chanter alors les mêmes Cantiques que les Israélites avaient chantés autrefois contre Pharaon et dire comme eux : Publions les louanges du Seigneur, dont la gloire a éclaté. Il a jeté dans la mer le cheval, et celui qui était monté dessus. Il a. été mon aide, mon protecteur et mon salut. Qui est semblable à vous entre les Dieux, Seigneur, qui est semblable à vous ? Votre gloire a paru dans vos saints. Elle a attiré l’admiration, et vous avez fait des prodiges.
Chapitre XXXIX§
Entrée de Constantin dans Rome.
CONSTANTIN ayant à l’imitation de Moise chanté ce Cantique, ou quelque autre semblable, en l’honneur de Dieu, qui avait conduit son armée, et qui lui avait accordé la victoire, entra en triomphe à Rome, où les Sénateurs, les Chevaliers, les Hommes, les Femmes, les Enfant et tout le peuple délivrés de la servitude, accoururent au devant de lui avec toute sorte de témoignages de joie, le saluèrent comme leur libérateur, et leur conservateur, ne pouvant le lasser de faire des acclamations en son honneur. Mais sa piété ne lui permettant pas de s’enfler de ces louanges, il rendit à Dieu la gloire que l’on lui offrait, et protesta que c’était de sa main qu’il tenait la victoire, et que Rome avait reçu sa liberté.
Chapitre XL§
Statue de Constantin.
CE grand Prince procura en quelque sorte le salut de tous les hommes, en élevant au milieu de Rome la Croix qui en est le signe, et en gravant une inscription qui en explique la puissance. Il fit mettre dans la main de sa Statue érigée au plus bel endroit de la Ville, une Croix avec cette inscription en langue Latine. PAR
Ce signe salutaire, qui est la marque de la veritable puissance j’ai§
Delivre votre ville§
DE LA DOMINATION DES TYRANS, ET J’Ai RÉTABLI LE SENAT ET LE PEUPLE
Dans leur ancienne splendeur§
Chapitre XLI§
Réjouissances publiques. Largesses de Constantin.
VOILA comment ce Religieux Empereur mettait sa gloire dans la confession de la Croix, et annonçait aux peuples le Fils de Dieu. Les habitants de Rome commençaient à respirer, après avoir été si longtemps accablés sous le joug de la tyrannie, et s’imaginaient jouir d’un air plus pur que jamais, et comme d’une vie toute nouvelle. Les nations qui habitent vers l’Océan, étant délivrées de leurs maux, ne songeaient qu’à faire des réjouissances publiques, et à publier tout d’une voix que Constantin était un présent du ciel, un Prince chéri de Dieu, et accordé à l’Empire pour le rendre florissant. On vit ses édits affichés aux coins de toutes les rues, par lesquels il rappelait les exilés, délivrait les prisonniers, et rendait le bien à ceux qui en avaient été injustement dépouillés.
Chapitre XLII§
Honneurs déférés aux. Évêques. Églises rétablies.
L’EMPEREUR envoya quérir les Ministres consacrés au service de Dieu, leur rendit de grands honneurs, les fit asseoir à sa table, bien qu’ils semblassent n’avoir rien que de vil et de méprisable dans leurs habits et dans leur mine. Mais au lieu de regarder l’extérieur. il regardait en eux la Majesté souveraine, au culte de laquelle ils étaient attachés par leur ministère. il les menait par tout avec lui, et était persuadé qu’ils attireraient sur lui les bénédictions de Dieu. Il employa des sommes considérables, soit pour agrandir des Églises, ou pour les embellir et les parer.
Chapitre XLIII§
Charité de Constantin envers les pauvres.
IL exerça sa libéralité envers plusieurs personnes à proportion de leurs besoins. Il reçut avec beaucoup de civilité les étrangers, et leur fit de grands présents. Il ne se contenta pas de distribuer de l’argent aux pauvres qui mendient dans les rues et dans les places publiques, il prit le soin de leur nourriture, et de leur vêtement. Il usa de magnificence envers ceux qui étant d’une honnête naissance, étaient tombés par malheur dans la pauvreté, donnant aux uns des terres pour leur subsistance, et aux autres des emplois. Il pourvut avec une bonté paternelle aux nécessités des Orphelins, et prit en sa protection les Veuves qui n’avaient nul appui. Il maria à des hommes riches, les filles qui n’avaient point de parents, et leur donna auparavant de grands biens pour porter dans la communauté. Enfin il répandit ses bienfaits sur tous ses sujets, avec la même profusion que le Soleil répand sa lumière sur tous les hommes. Jamais personne n’a imploré en vain son secours dans son besoin, et jamais personne ne s’est retiré de devant lui, sans en avoir reçu quelque grâce.
Chapitre XLIV§
Constantin assiste aux assemblées des Evêques.
QUE si l’Empereur dont je parle, avait une inclination si bienfaisante pour tous ses sujets, il prenait un soin particulier des Chrétiens. Il convoqua comme un commun Eve que ordonné de Dieu des Conciles pour apaiser les différends qui s’étaient émus en diverses Provinces entre les Pasteurs de l’Église. Il prit la peine d’assister à leurs assemblées, de s’asseoir au milieu d’eux, d’examiner le sujet de leurs contestations, et de s’entremettre de les accorder. Il commanda alors à ses Gardes de se retirer, et se tenait assez bien gardé par la crainte de Dieu, et par l’affection de ses sujets. Il louait la sagesse et la modération de ceux qui suivaient le bon parti, et qui se portaient à la paix, et blâmait l’opiniâtreté de ceux qui refusaient de se rendre à la raison.
Chapitre XLV§
Constantin souffre avec une grande modération l’indiscrétion de quelques-uns.
CONSTANTIN souffrit avec une extrême modération la chaleur indiscrète de quelques Evêques qui s’emportèrent contre lui, les exhorta par de douces paroles à entretenir la paix, et à ne point exciter de tumulte. Quelques-uns déférèrent à ses remontrances. D’autres les méprisèrent, et au lieu d’user d’aucune rigueur contre eux, il laissa à Dieu le soin de les corriger. Les séditieux d’Afrique s’étant portés à une entreprise fort insolente, ou plutôt y ayant été poussez par le démon qui ne pouvait voir sans dépit, la prospérité de l’Église, l’Empereur s’en moqua, au lieu de s’en fâcher, et témoigna qu’il reconnaissait fort bien que c’était un artifice du mauvais esprit ; que pour faire de ces sortes d’entreprises, il fallait ou avoir perdu le sens, ou être possédé par le démon, et que ceux qui étaient en cet état, étaient plus dignes de compassion, que de châtiment.
Chapitre XLVI§
Victoires remportées sur les étrangers.
NOTRE Empereur s’étant consacré de la sorte, au service de Dieu, pourvoyait avec une vigilance infatigable aux nécessités de l’Église. Dieu réduisit en récompense les étrangers sous ses pieds, et le rendit formidable à ses ennemis, bien que de son naturel, il fut le plus doux de tous les hommes.
Chapitre XLVII§
Mort de Maximien.
L’UN des deux Princes, qui avaient renoncé à la souveraine puissance, ayant formé une conjuration contre Constantin, il mourut d’un genre de mort très-infâme. Ce fut le premier de qui l’on abattit les statues, en haine de ses crimes, et de qui l’on abolit tous les autres monuments. Ou découvrit bientôt après une autre conjuration formée par des parents-même de l’Empereur, et c’était Dieu qui la lui avait révélée. Il avait la bonté de se montrer à lui, et de l’avertir de ce qui lui devait arriver. Les grâces qu’il fit à ce religieux Prince, sont si merveilleuses, que je n’ai point de paroles qui les puissent exprimer. Il le préserva de toute sorte de dangers, durant tout le cours de sa vie, lui donna des sujets affectionnés et fidèles, fit régner la paix dans son Royaume, et fleurir la piété dans l’Église pendant son règne.
Chapitre XLVIII§
Jeux. célébrés en la. dixième année du règne de Constantin.
LA dixième année du règne de Constantin s’étant cependant écoulée, on fit des réjouissances publiques dans tous les Pays de son obéissance, et on rendit à Dieu des actions de grâces, qui étaient comme des sacrifices très-purs, et où il n’y avait ni feu, ni fumée. L’Empereur en eut beaucoup de joie. Mais il eut aussi beaucoup de douleur des nouvelles qui arrivèrent d’Orient.
Chapitre XLIX§
Mauvais état des affaires d’Orient.
LICINIUS persécutait les Fidèles, et tourmentait ses autres sujets avec une cruauté farouche, et semblait être excité par le démon, à faire dans le Pays qui relevait de lui, tout le contraire de ce que Constantin faisait dans le sien. L’Empire était divisé en deux parties, dont l’une ressemblait au jour, et l’autre à la nuit. L’Orient était couvert d’épaisses ténèbres, au lieu que l’Occident était éclairé d’une agréable lumière. Le démon ne put voir sans jalousie, l’éclat de cette lumière, et Licinius qui tenait ses sujets accablés sous le joug de son injuste domination, ne put souffrir la prospérité, dont jouissaient ceux de Constantin. Au lieu de suivre l’exemple de ce religieux Prince, dont il avait l’honneur d’être allié, il suivit celui des impies, dont il avait vu la mort funeste.
Chapitre L§
Piège dressé par Licinius à Constantin.
Il déclara la guerre à son bienfaiteur, sans respecter ni l’amitié, ni l’alliance, ni les contrats, ni les serments. Le plus doux et le plus aimable de tous les Princes, lui avait donné des marques certaines de l’affection la plus sincère, en lui accordant sa sœur en mariage, et en lui communiquant l’autorité souveraine. Mais l’impie n’ayant que de l’ingratitude pour ses bienfaits, lui dressa des pièges. Il tâcha de les cacher. Mais Dieu les fit reconnaître. Les premières ruses de Licinius ayant été découvertes, il eut recours à d’autres, fit de nouvelles protestations d’amitié et de nouveaux serments, puis les viola à l’heure-même. Il envoya ses Ambassadeurs, pour de mander pardon de sa perfidie, et y retomba comme auparavant. Enfin il déclara la guerre, et prit les armes contre Dieu, au culte duquel il savait que Constantin était très-attaché.
Chapitre LI§
Licinius défend aux Evêques de s’assembler.
LICINIUS chercha de vains prétextes pour tourmenter de pieux Ecclésiastiques qui n’avaient jamais rien fait contre son service. Ne les pouvant accuser d’aucun crime, il s’avisa de défendre aux Evêques de s’assembler, et de faire des conférences. Il est clair qu’il ne cherchait en cela que l’occasion de nous persécuter. Car si les Evêques violaient cet Edit, ils s’exposaient à être punis. S’ils le gardaient, ils ruinaient la discipline de l’Église, dont les affaires ne peuvent être traitées que dans les Conciles. L’impie gardait en ce point une conduite toute contraire à celle de notre pieux Prince. Celui-ci convoquait les Evêques pour entretenir la paix dans l’Église, au lieu que l’autre leur défendait de s’assembler, pour accroître le trouble et le détordre.
Chapitre LII§
Bannissement des Chrétiens.
AU lieu que le religieux Empereur voyait volontiers les Chrétiens à sa Cour, l’impie les chassa de la tienne, bannit les plus fidèles et les plus affectionnés de ses sujets, et réduisit à la servitude ceux qu’il avait autrefois élevés aux premières dignités, en récompense de leurs services.
II enleva le bien de ceux qu’il avait proscrits, et menaça de punir de mort tous ceux qui feraient profession de notre Religion. Etant d’un naturel prodigieusement adonné aux plus infâmes débauches, il jugeait de tous les autres par soi-même, et soutenait qu’il n’était pas possible de garder la continence.
Chapitre LIII§
Autres Edits de Licinius.
CE fut par ce motif qu’il fit un autre Edit, par lequel il défendit aux hommes de s’assembler dans l’Église au même temps que les femmes, aux femmes d’entrer dans les lieux, où l’on enseignait les maximes de la piété Chrétienne, et aux Evêques de se charger de l’instruction des femmes, et ordonna qu’elles seraient instruites par d’autres femmes. Bien que tout le monde se moquât de cet Edit, il en inventa un autre semblable, pour dissiper nos assemblées, et ordonna qu’elles se feraient à l’avenir hors la Ville, et en pleine campagne, sous prétexte qu’un air libre comme celui-là est plus propre à une grande multitude, qu’un air renfermé entre les murailles d’un Oratoire.
Chapitre LIV§
Licinius ôte les charges à ceux qui refusent de sacrifier, et défend de porter des aliments aux prisonniers.
QUAND le Tyran vit que cette défense était méprisée, il leva le masque, et ordonna que les soldats qui servaient sous les Gouverneurs de Province, seraient licenciés, au cas qu’ils refusassent de sacrifier aux Idoles ; II priva par ce moyen les Chrétiens de leurs emplois, et se priva au même temps du fruit de leurs prières. Que dirai-je de la dureté qu’il eut de défendre que l’on n’assistât des misérables qui mouraient de faim dans les prisons ? On ne saurait jamais s’imaginer de cruauté si barbare que celle de cette défense. La peine proposée à ceux qui auraient eu pitié des prisonniers, fut d’être enfermés avec eux et de souffrir les mêmes incommodités, et les mêmes misères.
Chapitre LV§
Lois. touchant les mariages et les testaments.
Édits pour faire de nouvelles impositions.
EST-IL. nécessaire de parler des nouvelles lois que ce Tyran fit touchant les mariages, et touchant les dernières volontés des mourants ? Il abrogea les anciennes, qui avaient été si sagement établies par les Romains, et en introduisit de barbares, qui ne tendaient qu’à la ruine de ses sujets. Il inventa une manière extraordinaire de mesurer les terres, à dessein d’augmenter les impôts. Il fit mettre dans ses Registres des recettes, les noms des paysans, qui étaient morts. Il brûlait d’une avarice si insatiable, qu’après avoir amassé des trésors immenses, il se plaignait de sa pauvreté, et sentait un tourment égal à celui de Tantale. Qu’est-il besoin de faire ici le dénombrement des innocents qu’il a envoyés en exil, ou dont il a enlevé le bien, et des hommes de qualité qu’il a enfermés en d’obscures prisons, et dont il a prostitué les femmes à l’incontinence de ses esclaves ? On détesterait sans doute l’horrible brutalité, par laquelle, bien qu’il fût dans un âge presque décrépite, il tâcha de violer des femmes mariées, et des filles, s’il n’avait commis d’autres crimes, en comparaison desquels ceux-ci peuvent paraître médiocres.
Chapitre LVI§
Persécution excitée par Licinius.
IL se porta à cet excès de fureur de prendre les armes contre l’Église, et d’attaquer les Evêques qu’il regardait comme ses plus irréconciliables ennemis, par la seule raison qu’ils étaient intimes amis de Constantin. Il ne profita point de l’exemple de ceux qui avaient persécuté avant lui les Chrétiens, et surtout de celui qui avait été le premier et le principal auteur des injustices et des violences, bien qu’il eut été témoin de son châtiment et qu’il en eut été même, comme par un ordre secret de Dieu, un des Ministres.
Chapitre LVII§
Maximien étant rongé d’un ulcère, publie une loi en faveur des Chrétiens.
C’EST de Maximien que je parle, qui s’étant le premier souillé par le meurtre des serviteurs de Dieu, en fut puni d’un châtiment qui passa de son corps jusques à son âme. Un ulcère lui rongea les parties les plus internes, et produisit une quantité prodigieuse de vers, qui rendaient une odeur insupportable. On dit qu’étant devenu extraordinairement gros, pour avoir mangé avec trop d’excès, sa graisse se changea alors en une pourriture, que l’on ne pouvait voir sans horreur. La rigueur de ce châtiment lui fit reconnaître l’énormité des crimes, qu’il avait commis contre les Fidèles. II en demanda pardon à Dieu, arrêta le cours de la persécution, permit de rebâtir les Églises, et aux Chrétiens d’y faire les exercices ordinaires de leur Religion.
Chapitre LVIII§
Maximin s’enfuit déguisé en esclave.
LICINIUS oublia tout d’un coup ce terrible châtiment, que la justice divine avait tire de Maximien, bien qu’il en eût été mieux informé que personne, puisqu’il en avait été témoin. Il publia de la même sorte le châtiment de Maximin, qui ayant voulu enchérir sur la méchanceté de celui dont je viens de parler, inventa de nouveaux genres de supplices, pour tourmenter les fidèles. Le feu, ni le fer, les dents des bêtes, les plus cruelles, les abîmes les plus profonds, ne suffisant pas pour contenter son inhumanité, il ordonna par un Edit que nous serions privés de la lumière, et incontinent après on creva l’œil droit à un nombre presque innombrable d’hommes, de femmes et d’enfants, on les estropia d’une jambe, en leur coupant le nerfs du pied, soit par le fer, ou par le feu, et on les envoya aux métaux, pour consumer par le travail le reste de leurs forces, et de leur vie.
Il reçut bientôt après la punition qu’il méritait. Ayant fondé son espérance sur la multitude de ses soldats, et sur la puissance des démons qu’il adorait comme des Dieux, il donna bataille. Mais étant abandonné du secours de Dieu, il fut obligé de se dépouiller des habits Impériaux, dont il était indigne, de se couvrir d’un habit d’esclave, de se mêler dans la foule, et de tâcher d’assurer son salut par la fuite. Mais il ne put se cacher à l’œil de la providence, qui veille sur toutes les créatures. Car au moment qu’il se tenait en sûreté, il fut percé d’un trait de feu et consumé de telle sorte, qu’il ne lui restait plus rien de son ancienne figure, et qu’il n’avait plus que des os desséchés.
Chapitre LIX§
Maximin perd la vue, et fait une loi en faveur des Chrétiens. La justice divine s’étant déchargée sur lui avec une rigueur encore plus grande, les yeux lui sortirent hors de la tête, et le laissèrent dans un aussi triste aveuglement que celui, où il avait mis plusieurs Martyrs. Il confessa néanmoins, avant que de mourir, la faute qu’il avait faite, quand il avait pris les armes contre Dieu, et lui en demanda pardon. Il fit une rétractation aussi publique, et aussi solennelle que celle de Maximien, dont j’ai parlé, déclara qu’il s’était trompé, eu. adorant des démons qu’il avait pris pour des Dieux, et reconnut qu’il n’y en avait point d’autre que celui des Chrétiens. Bien que Licinius sût parfaitement toutes ces choses, non pour les avoir apprises par le rapport d’autrui, mais pour les avoir vues de ses propres yeux, il ne laissa pas de tomber dans les mêmes crimes, comme s’il eût eu l’esprit couvert d’épaisses ténèbres.
