Un texte éthiopien du Symbole de saint Athanase
Le « Symbole d’Afrique » du manuscrit or. 793 du British Museum
- 01 — Traduction du Symbole
- 02 — La doctrine du Symbole
- 03 — Les intentions polémiques
- 04 — Le Symbole et les écrits attribués à saint Athanase
- 05 — Conclusion
- 06 — La souscription

Un texte éthiopien du Symbole de saint Athanase
Le « Symbole d’Afrique » du manuscrit or. 793 du British Museum
L. Guerrier · 01 septembre 2026 · 25 min de lecture · 0 vue
Le symbole qui suit provient du manuscrit or. 793 du British Museum. La confiscation par la douane turque, lors de notre expulsion de Syrie, des textes que nous possédions et des traductions que nous en avions faites1, épargna, par grand hasard, quelques feuillets de ce manuscrit, que nous avions fait photographier il y a déjà longtemps, mais dont nous n’avions pas eu, depuis, le loisir de nous occuper.
Le manuscrit or. 793 est du milieu du xviiiᵉ siècle ; l’écriture est petite et régulière ; sauf quelques confusions ou méprises, assez rares d’ailleurs, du copiste, le texte est correct. Le symbole s’y poursuit d’un seul trait, sans aucune séparation ; nous avons cru avantageux d’introduire des divisions numérotées, afin de faciliter les références du texte à la traduction, et réciproquement.
Ce symbole est appelé Symbole d’Afrique. La souscription l’attribue à saint Athanase. Il est de même allure que le Quicumque, mais il en diffère assez notablement.
1. — (F. 109 v° a) Le symbole de ’Afrâqjâ (Afrique) dit : Quiconque veut être sauvé, qu’il s’applique à la foi catholique, qui est apostolique, et qui enseigne l’union de la Trinité dans la non-commixtion, le conjoint dans la non-diversité.
2. — Père, dans son hypostase et dans sa personnalité, qui n’est pas changé de l’être du Père en l’être du Fils et de l’Esprit-Saint.
Fils, dans son hypostase et dans sa personnalité, qui n’est pas changé de l’être du Fils en l’être du Père et de l’Esprit-Saint.
Et Esprit-Saint, dans son hypostase et dans sa personnalité, qui n’est pas changé de l’être d’Esprit-Saint en l’être du Père et du Fils.
Joints dans l’union, et unis dans la non-séparation.
3. — Le Père générateur et non engendré.
Le Fils engendré et non générateur, image et figure de la nature du Père.
Et l’Esprit-Saint non générateur et non engendré, ni plus petit, ni plus grand, ni autre, ni différent de la nature du Père et du Fils.
4. — Une est leur divinité, une la gloire de leur majesté, une l’image et la splendeur, une l’intelligence et une la volonté du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint ; telle est l’union de la nature de la divinité de notre Dieu : divinité trine, qui n’est pas séparée, unie, qui n’est pas mélangée, égale, qui n’est pas diminuée ni augmentée, pleine, qui ne reçoit pas, combien grande en tout, qui n’a pas de limite ; elle n’a pas au-dessus d’elle de toit qui l’ombrage, ni de fondement au-dessous d’elle qui la porte ; elle est d’autant plus au-dessus du ciel des cieux, qu’elle est plus profonde que l’abîme des abîmes : comme l’amplitude du monde ne la contient pas, l’étroitesse des lieux resserrés ne la comprime pas. Elle scrute le cœur de l’homme au flambeau de la sagesse ; elle sait (F. 109 v° b) le futur comme le passé.
5. — Père non créé, qui a engendré le Fils, avant que fût créé le monde ; mais nous croyons en outre qu’il l’a engendré et qu’il ne l’a pas créé.
Et l’Esprit-Saint n’a pas engendré comme le Père, n’a pas été engendré comme le Fils, il n’a pas non plus été fait et il n’a pas été créé, mais il a créé le monde, sans abstraire sa Trinité de la nature du Père et du Fils.
6. — Père, Seigneur2, qui n’est pas plus grand que son Fils dans son être de Père.
Fils, Seigneur, qui n’est pas moindre que son Père, à cause de son être de Fils.
Et Esprit-Saint, Seigneur, égal en divinité, consubstantiel, qui n’est pas séparé du Père, et n’est pas disjoint du Fils.
7. — Le Père existe sans commencement.
Le Fils existe sans commencement.
L’Esprit-Saint existe sans commencement.
Le premier n’a pas existé plus tard que le deuxième, ni le deuxième plus tard que le troisième.
8. — Le Père est Dieu parfait.
Le Fils est Dieu parfait.
L’Esprit-Saint est Dieu parfait.
Et qu’ils ne soient pas dits trois dieux, mais un seul Seigneur, qui ne fait pas cesser sa Trinité, depuis avant le temps jusque dans les siècles des siècles.
9. — Le Père est Seigneur qui est au-dessus de tout.
Le Fils est Seigneur qui est au-dessus de tout.
L’Esprit-Saint est Seigneur qui est au-dessus de tout.
Et qu’ils ne soient pas dits trois Seigneurs, mais un seul Seigneur, qui ne fait pas cesser sa Trinité, dans les extrémités des extrémités du monde.
10. — Et lorsque le Seigneur l’a voulu, il a opéré le salut du genre humain. Il a envoyé Gabriel3 dans une ville de Galilée, du nom de Nazareth, vers une vierge qui était fiancée à un homme du nom de Joseph, qui était de la maison de David, et le nom de cette vierge était Marie. L’ange (F. 109 v° c) entra vers elle et lui dit : « Réjouis-toi d’une grande joie, le Seigneur est avec toi, tu es bénie plus que les autres femmes ; et voici : tu concevras et tu enfanteras un fils et tu l’appelleras, de son nom, Jésus ; il sera grand et sera appelé Fils du Seigneur Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père, et il régnera sur la maison de Jacob éternellement, et il n’y aura pas de fin à son règne. » Marie dit à l’ange : « Comment cela me surviendra-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange répondit et lui dit : « L’Esprit-Saint viendra sur toi. » — L’Esprit-Saint l’a visitée pour le sanctifier ; mais pour lui, il n’est pas devenu homme selon sa nature4. — Et l’ange lui dit encore : « La vertu du Très-Haut te couvrira d’ombre. » — La vertu de la divinité du Père la rendit forte pour devenir la mère de son5 Fils ; mais pour lui6, il ne s’est pas incarné d’elle. — Et alors pour la troisième fois, l’ange lui parla : « Quant à celui qui sera engendré de toi, il est saint et il est le Fils du Très-Haut. » À ce moment, Marie dit : « Qu’il me survienne comme tu me dis. » Et aussitôt le Fils du Seigneur devint, pour elle, son Fils.
11. — Et en cela nous savons qu’il n’y a pas de mélange pour la divinité de la Trinité ; car s’il y avait mélange pour la divinité de la Trinité, ce serait de ce que le Père, et le Fils, et l’Esprit-Saint auraient pris chair de Marie ; or l’ange ne lui a pas promis d’enfanter le Père et l’Esprit-Saint, mais seulement d’enfanter le Fils du Très-Haut. L’ange lui a exposé qu’il y en aurait un qui la sanctifierait, un qui l’affermirait, et un qui serait engendré par elle.
12. — Or, celui qui l’a sanctifiée est le Seigneur parfait dans sa nature, par lequel est donnée la source de la sainteté.
Celui qui l’a affermie est le Seigneur parfait dans sa nature, qui a affermi la terre contre l’eau, et aussi l’eau de la mer (F. 110 r° a) pour qu’elle n’aille pas au delà de ses limites, et la terre aussi, pour qu’elle ne soit pas arrachée par les coups de ses flots.
Quant à celui qui a été engendré par elle, il est le Seigneur parfait dans sa nature, qui concilie le feu avec le bois du buisson, le bois n’étant pas brûlé, et le feu, qui est en lui, n’étant pas éteint, qui concilie sa flamme avec le sein d’un corps débile, le sein d’une femme n’en étant pas brûlé ; et la flamme de sa divinité n’est pas changée de sa nature.
13. — Et il devint homme parfait comme nous, étant toujours Seigneur parfait comme son Père. Il a été tenu embrassé sur le sein de sa mère, tandis qu’il remplit le monde, comme son générateur ; il a été nourri par les mamelles de sa mère, tandis qu’il nourrit l’homme et l’animal, de sa main ; il grandit peu à peu, fut adolescent, jusqu’à ce qu’il devint homme.
14. — Et il est apparu dans le monde, non comme un fantôme, mais en os, et sang, et poils, et muscles, marchant, et un esprit de vie le mouvant, esprit dont la nature était la même que dans le genre humain. Quant à ceux qui disent qu’il n’avait pas d’âme ni de cœur, et qu’en lui, sa divinité tenait la place de l’âme et du cœur, ils sont ignorants et d’un cœur animal. Et pour ceux qui disent qu’il était un fantôme, le fantôme, c’est leur foi qui n’est pas glorifiée dans les souffrances du corps de notre Sauveur. Quant à nous, nous croyons qu’il a été fatigué, qu’il a sué, qu’il a eu faim, qu’il a eu soif, selon la loi de la nature humaine, et qu’il a fait des choses admirables, selon la condition de la divinité, et qu’il a été baptisé7 dans le Jourdain, de la main de Jean, fils de Zacharie, et alors le Père fut témoin, pour lui, en disant : « Celui-ci est mon Fils que j’aime, écoutez-le. » Et ensuite il vit que le ciel se fendit et que (F. 110 r° b) l’Esprit-Saint descendit sur lui, sous l’apparence d’une colombe blanche. Voilà donc comment il a établi sa Trinité, dans le lieu de son baptême, afin que soit manifesté le signe8 de sa divinité9, au grand christianisme.
Ensuite, il dit à ses disciples : « Allez et enseignez tous les peuples10, et en les baptisant, dites : Au nom du Père et du Fils et de l’Esprit-Saint. »
Il a souffert, par sa volonté ; il a goûté la mort dans son corps et il a été enseveli, par son bon plaisir ; il est ressuscité par la vertu de sa divinité, le troisième jour, et de nouveau il viendra afin de rétribuer tout homme selon ses œuvres.
15. — Quant à nous, nous croyons Dieu trine sans être séparé, uni sans être mélangé ; nous croyons que le premier n’est pas inférieur au deuxième, ni le deuxième inférieur au troisième, ni pendant une heure ni comme pendant un clin d’œil.
16. — Nous croyons encore que son humanité n’a pas été inférieure à sa divinité, et qu’après leur union, elles ont formé un seul être. Nous croyons aussi que sa divinité n’a pas été convertie en l’être de son humanité, ni son humanité en l’être de la divinité. Croyant en l’une et ayant confiance en l’autre, nous sommes nourris du lait des mamelles de l’Église, tandis que nous anathématisons toute fausse doctrine des hérétiques, pour les siècles des siècles. — Que sa miséricorde soit sur nous pour toujours. Amen.
17. — ’Atnâtjos (Athanase) a écrit cette foi, Athanase de la ville de Bâbâ qui est le siège de Pêtros (Pierre) et de Pawlos (Paul) ; Meser Zân l’a fait venir de la terre de ’Afrâqjâ (Afrique) jusqu’à la terre de ’Itjopjâ (Éthiopie). Et moi, Gijorgis (Georges) Saglâwi, je l’ai traduite11, le Seigneur aidant et confirmant sa parole par le signe qui la suit12. Amen.
