Un saint du XXᵉ siècle, le Pape Cyrille VI
- 01 — Le pape et son amour pour dieu
- 02 — La sortie vers la solitude
- 03 — L’assaut de Satan
- 04 — Une méthode particulière
- 05 — La responsabilité du « pasteur » : sa fuite de l’épiscopat
- 06 — Des larmes dans le jour de joie
- 07 — Quelques evenements de la journee de son ordination
- 08 — Une véritable paternité
- 09 — La joie de saint marc
- 10 — Le commandement spirituel
- 11 — Les armes du « chef »
- 12 — La voie du silence
- 13 — Un pasteur responsable
- 14 — Les miracles
- 14.1 — (1) L’église Copte Orthodoxe d’Alexandrie avant le règne du Pape Cyrille subissait des moments difficiles quant au fonctionnement ecclésiastique interne. (2) Cette vallée se situe entre le Caire et Alexandrie en empruntant la route du désert. (3) Cette montagne se situe dans la périphérie du Caire. (4) Amba : un mot dont l’origine est abba, c’est-à-dire père. (5) Une ville en Haute-Égypte. (6) Le Saint Chrême est utilisé pour oindre le baptisé immédiatement après le baptême, pour qu’après avoir revêtu le Christ par le baptême, il reçoive l’Esprit Saint et soit consacré comme temple de Dieu. (7) Bonnet rouge cylindrique qui se porte comme un chapeau. (8) Ville en Haute-Égypte. (9) Le lieu où vivait le Père Mina était un endroit parmi les zones désertiques surveillées par l’administration du tourisme. (10) Plusieurs de ses fils spirituels insistèrent à poser une porte et à meubler l’endroit où il vivait. (11) Journal Misr, le 10 mai 1960. (12) Prières qui doivent être faites de très bonne heure avant la Divine Liturgie du matin. (13) Les diacres le respectent en tant que pape, même s’il restait quelques heures avant son ordination. (14) Un mot grec qui veut dire « Aie pitié de nous »

Un saint du XXᵉ siècle, le Pape Cyrille VI
Père Raphaël Ava Mina · 28 juin 2016 · 31 min de lecture · 2 830 vues
L’Église copte fête cette année le centième anniversaire de la naissance d’Abba Cyrille, pape d’Alexandrie et grande figure du christianisme contemporain.
Peu connu hors des frontières de l’Égypte, il est là-bas vénéré comme l’un des grands saints de l’Église et l’un des plus familiers, pour nous il vient nous rappeler entre autres, par un exemple proche dans le temps, ce qui a été répété si souvent dans cette revue : la sainteté n ’est pas pour hier ou pour demain, elle n ’est pas pour un état particulier, elle est pour tout de suite, pour chacun et pour toutes les circonstances de la vie. Tout ce qui a été écrit en ce qui concerne votre personne. Saint et Pape Cyrille, n’est qu’un reflet pauvre de la réalité. Les mots sont incapables d’exprimer ce que vous méritez, vous, qui nous avez transportés de la dispersion et de la ruine(1) à la richesse de l’esprit et à la chaleur de la grâce par vos prières et vos Divines Liturgies.
Les pécheurs se sont repentis et les cœurs endurcis ont retrouvé la foi… Si je présente ici quelques-uns de mes souvenirs sur le Pape Cyrille, c’est pour répondre à la demande de plusieurs amis. Je prie Dieu pour que ce que j’écris soit utile pour notre développement spirituel ; ainsi, nous serons heureux d’obtenir les bénédictions des prières de ce Saint. Imitons-le comme lui il imitait le Seigneur Jésus-Christ Notre Dieu à Qui est la gloire étemelle aux siècles des siècles. Amen. Né en août 1902 et nommé Azer, il entra au monastère El-Baramos le 27 juillet 1927. Ordonné moine le 25 février 1928 et surnommé Mina, il fut ordonné prêtre le 18 juillet 1931. Le Père Mina mena une vie solitaire dans la vallée de Natroun (2) puis dans un moulin dans la montagne El Mokatam (3).
Il construisit une église dans le vieux Caire portant le nom du martyr saint Mina. Il y résida jusqu’à son ordination patriarcale en 1959. Avant son ordination, il fut nommé responsable du monastère d’Amba (4) Samuel le confesseur à Zora(5). Il fut ordonné Patriarche le dimanche 10 mai 1959. Pendant son pontificat, il réalisa :
- le renouvellement de l’ancienne Cathédrale de Saint Marc,
- la fondation du monastère Saint Mina à Mariout,
- la nouvelle Cathédrale à Amba Rueïs au Caire,
- pour la première fois dans l’histoire de l’Église Copte Orthodoxe, la construction d’églises coptes orthodoxes en Asie, en Améri que, au Canada et en Australie,
- l’envoi de prêtres en Europe et en Afrique,
- le retour du corps de saint Marc de l’Italie,
- un puissant mouvement vers la vie monastique,
- de même pour le service social,
- la consécration du Saint Chrême(6),
- enfin, pendant son pontificat, la Sainte Mère de Dieu apparut à Zeïtoun, au Caire en 1968.
Un précoce amour de Dieu l’absorba dès sa tendre enfance. Au fond de son âme s’épanouissait et jaillissait un solide et profond amour qui se manifesta alors que le jeune homme commençait à pratiquer la vie de solitude comme un moine, dans sa chambre, chez lui, se contentant de repas frugaux et abandonnant son lit confortable pour dormir par terre. Quand il acheva cette pratique dure et sévère après cinq ans, il voulut s’en aller vers le désert et devenir moine, mais il dut affronter plusieurs obstacles tels que l’objection de ses parents et de ses amis. Après avoir réussi à les franchir, il fut surpris par l’objection de Amba Youannis, le « vice-pape » de cette époque. Ces objections s’expliquent par le fait qu’à ce moment-là, la vie des monastères était réservée aux pauvres et aux personnes dont le niveau d’éducation était limité.
Azer (le Pape Cyrille) n’était pas de ces gens-là. Sa famille vivait dans l’aisance, et lui, possédait une éducation plus élevée que les gens de son temps. Par exemple il parlait couramment l’anglais. D’autre part, il vivait dans une ville et il n’était pas normal qu’un « citadin » choisisse la vie des monastères. Amba Youannis lui dit : Mon fils, les gens qui mènent une vie citadine ne peuvent pas supporter la vie difficile du monastère. Très peu peuvent persévérer et réussir dans ce domaine. Tous ces obstacles et d’autres encore ne l’ont ni affaibli ni découragé. Il réussit ainsi à aller dans le désert où il fut ordonné moine dans le monastère d’El Bara-mos. Il avait à ce moment-là vingt-cinq ans. Ayant pris le train sur le chemin du monastère, c’est avec joie qu’il partait là où sont absentes toutes les convoitises du monde.
Aussi, il se débarrassa même de ses habits du monde pour entrer dans cet « autre » monde, pour oublier la vie du monde. Par exemple, quand il descendit du train, à la station de Houkaria, il demanda au receveur du train pourquoi il ne portait pas de tarbouch <7). Le receveur lui apprit que c’était à cause de sa pauvreté ; Azer alors enleva son tarbouch et le donna au receveur qui le remercia chaleureusement. Puis, s’adressant au conducteur du train, il lui demanda quelle était sa situation. Celui-ci se plaignit de sa pauvreté et exprima ses besoins. Azer enleva immédiatement son veston pour le lui donner, lui promettant aussi de lui envoyer sa chemise et son pantalon dès son arrivée au monastère. Et de fait, il envoya au conducteur en question ce qu’il lui avait promis, par l’intermédiaire d’une personne qui visitait le monastère.
Dès son arrivée au monastère, il fut d’une extrême sévérité envers lui-même. Il s’occupa des travaux difficiles. Il servit les vieux moines, lavant leurs vêtements et remplissant leurs cruches d’eau. Quand il fut ordonné prêtre en juillet 1931, il dut aller, suite à la demande d’Amba Youannis, à l’église de Saint Marc en Alexandrie pour apprendre la tradition de la pratique de la Divine Liturgie. Ses parents demandèrent alors à Amba Youannis de lui permettre de les visiter ; malgré son accord, Azer, maintenant appelé « Mina le prêtre », d’abord refusa puis n’accepta d’y aller qu’après maintes pressions. Dans la maison de sa famille, un repas copieux l’attendait, il s’interdit de manger quoi que ce soit et il se contenta d’une tasse de café. Il s’empressa par la suite de retourner à l’église, ce qui suscita l’admiration d’Amba Youannis et sa surprise devant une telle sérénité et un tel ascétisme.
