Traité des huit esprits de malice
La gourmandise, la fornication, l’avarice, la colère, la tristesse, l’acédie, la vaine gloire et l’orgueil
- 01 — La gourmandise
- 1.1 — Chapitre I
- 1.2 — Chapitre II
- 1.3 — Chapitre III
- 02 — La fornication
- 2.1 — Chapitre IV
- 2.2 — Chapitre V
- 2.3 — Chapitre VI
- 03 — L’avarice
- 3.1 — Chapitre VII
- 3.2 — Chapitre VIII
- 04 — La colère
- 4.1 — Chapitre IX
- 4.2 — Chapitre X
- 05 — La tristesse
- 5.1 — Chapitre XI
- 5.2 — Chapitre XII
- 06 — L’acédie
- 6.1 — Chapitre XIII
- 6.2 — Chapitre XIV
- 07 — La vaine gloire
- 7.1 — Chapitre XV
- 7.2 — Chapitre XVI
- 08 — L’orgueil
- 8.1 — Chapitre XVII
- 8.2 — Chapitre XVIII
- 8.3 — Chapitre XIX

Traité des huit esprits de malice
La gourmandise, la fornication, l’avarice, la colère, la tristesse, l’acédie, la vaine gloire et l’orgueil
Évagre le Pontique · 07 octobre 2026 · 25 min de lecture · 4 vues
Du même. Sur les huit esprits de la malice.
Chapitre I§
Sur la gourmandise.
Le commencement de la fructification est la fleur, et le commencement de la vie pratique est la continence ; celui qui maîtrise son ventre amoindrit les passions, mais celui qui est vaincu par les nourritures accroît les plaisirs. Amalek est le commencement des nations, et la gourmandise le commencement des passions. La matière du feu, c’est le bois, et la matière du ventre, les nourritures. Beaucoup de bois éveille une grande flamme, et la multitude des nourritures nourrit le désir. La flamme s’obscurcit quand la matière vient à manquer, et le manque de nourritures fane le désir. Celui qui a maîtrisé la mâchoire a anéanti les allophiles, et les liens de ses mains, il les a rompus aisément. L’anéantissement de la mâchoire a engendré une source d’eau, et la gourmandise abolie a enfanté la contemplation pratique. Le piquet de la tente, en passant, anéantit la mâchoire ennemie, et la parole de continence a mis à mort la passion. Le désir de manger a enfanté la désobéissance, et le goût agréable a chassé du paradis. Le luxe des nourritures réjouit le gosier, mais il nourrit le ver de l’intempérance qui ne dort pas. Un ventre dans le besoin prépare à veiller dans la prière, mais celui qui est rempli amène un lourd sommeil. Une pensée sobre se trouve dans un régime très sec, mais une vie humide plonge l’intellect dans l’abîme. La prière de celui qui jeûne est un aigle nouveau-né qui prend son vol, mais celle de l’homme crapuleux, alourdie par la satiété, est tirée vers le bas ; l’intellect de celui qui jeûne est un astre brillant dans un ciel clair, mais celui de l’homme crapuleux est couvert dans la nuit sans lune ; un brouillard couvre les rayons du soleil, et l’épaisse absorption des nourritures obscurcit l’intellect.
Chapitre II§
Un miroir sali ne distingue pas la forme qui se présente, et la faculté de penser, émoussée par la satiété, ne reçoit pas la connaissance de Dieu. Une terre laissée en friche produit des épines, et l’intellect du gourmand fait germer des pensées honteuses. Il n’est pas possible de trouver des parfums dans la fange, ni dans le gourmand la bonne odeur de la contemplation. L’œil du gourmand s’intéresse aux banquets ; mais l’œil du continent, aux assemblées des sages. L’âme du gourmand dénombre les mémoires des martyrs, mais celle du continent imite leur vie. Un soldat lâche frémit à la trompette qui annonce la guerre, et le gourmand à la continence proclamée. Le moine gourmand est tributaire de son ventre, et, flagellé, il est sommé de payer le tri-but quotidien. Le voyageur rapide atteindra vite la cité, et le moine continent, l’état de paix ; le voyageur lent campera en plein air dans le désert, et le moine gourmand n’arrivera pas à la maison de l’impassibilité. La vapeur de l’encens embaume l’air, et la prière du continent, l’odorat de Dieu. Si tu te livres au désir des nourritures, rien ne suffira à combler le plaisir ; car le désir des nourritures est un feu, qui toujours reçoit et toujours brûle. Une juste mesure a rempli le vase, mais le ventre qui éclate ne dit pas : « Assez. » L’extension des mains a mis en déroute Amalek, et les actions élevées asservissent les passions de la chair.
Chapitre III§
Extermine hors de toi tout ce qui respire la malice, et mortifie puissamment les membres de ta chair. De même qu’un ennemi anéanti ne t’inspirera pas de crainte, de même un corps mortifié ne troublera pas ton âme. Un corps mort ne connaît pas la douleur du feu, ni l’homme continent le plaisir d’un désir mort. « Si tu frappes un Égyptien, cache-le dans le sable », et n’engraisse pas ton corps sur une passion vaincue ; car de même que ce qui est caché germe dans une terre grasse, de même la passion refleurit dans un corps adipeux. Une flamme éteinte se ranime si elle saisit des brindilles, et le plaisir amorti se ravive dans la satiété des nourritures. N’aie pas pitié d’un corps qui se lamente de sa faiblesse, et ne l’engraisse pas par le luxe des nourritures ; car s’il prend des forces, il se dressera contre toi, et il engagera contre toi une guerre sans trêve, jusqu’à ce qu’il fasse captive ton âme et te livre en esclave à la passion de la fornication. Un cheval docile aux rênes, c’est un corps dans le besoin, et jamais il ne renversera son cavalier ; car l’un cède, étranglé par le mors, et il obéit à la main de l’aurige, mais le corps est dompté par la faim et la veille, et il ne se dérobe pas à la pensée qui le monte, ni ne hennira, mû par une impulsion passionnée.
