De la Patience
Éloge de la vertu de patience
- 01 — Chapitre I — Je le confesse devant Dieu, c’est en moi trop de hardiesse, pour ne pas dire de…
- 02 — Chapitre II — Pour nous, nous avons des motifs plus efficaces et plus glorieux de pratiquer la patience
- 03 — Chapitre III — Voilà le premier tableau de la patience que ce divin maître offre à nos yeux dans le…
- 04 — Chapitre IV — Si les bons serviteurs se conforment aux inclina, tions de leurs maîtres, à combien…
- 05 — Chapitre V — Il ne sera pas néanmoins inutile de traiter plus au long un sujet qui a un rapport si…
- 06 — Chapitre VI — Disons encore que c’est la patience qui précède et qui suit la foi
- 07 — Chapitre VII — Maintenant si nous voulons parcourir tous les autres sujets pour lesquels on…
- 08 — Chapitre VIII — D’ailleurs nous sommes en cette misérable vie exposés aux plus grandes épreuves, et…
- 09 — Chapitre IX — Au reste, il y aune espèce d’impatience inexcusable, quoiqu’elle paraisse d’abord…
- 10 — Chapitre X — Voici un autre grand sujet d’impatience, c’est la passion que l’on a de se venger, afin…
- 11 — Chapitre XI — Après avoir parcouru les principaux sujets d’impatience, est-il nécessaire de nous…
- 12 — Chapitre XII — Pour ce qui regarde la paix et la charité qui doit régner parmi les hommes, pensez-vous…
- 13 — Chapitre XIII — Jusqu’ici nous avons parlé de la patience en tant Qu’elle regarde l’âme particulièrement
- 14 — Chapitre XIV — Soutenu par les forces de la patience, Isaïe est scié en deux, et ne cesse de louer le…
- 15 — Chapitre XV — Il est donc vrai qu’on ne perd rien avec cette vertu, et Dieu lui-même en est un garant…
- 16 — Chapitre XVI — Telle est la règle et la pratique de cette vertu céleste que le christianisme nous…

De la Patience
Éloge de la vertu de patience
Tertullien · 08 juillet 2016 · 43 min de lecture · 7 vues
Je le confesse devant Dieu, c’est en moi trop de hardiesse, pour ne pas dire de témérité, que d’oser composer un ouvrage sur la patience, puisque je ne puis en donner aucun exemple dans ma personne, dépourvu comme je suis de tout bien. Il faudrait cependant, lorsque l’on entreprend l’éloge de quelque vertu, commencer par faire voir qu’on la pratique, et autoriser ainsi les leçons par l’expérience, afin que les paroles ne fissent point rougir d’être si mal soutenues par les effets. Fasse le ciel que la honte de ne pas faire moi-même ce que j’enseigne aux autres m’apprenne enfin à le pratiquer ! Il est vrai qu’il y a certaines vertus, de même que certains maux, dont l’exercice paraît surpasser les forces humaines. Il faut un secours particulier de la grâce divine pour embrasser ces vertus et pour les cultiver avec fruit.
Ce qui est parfaitement bon doit venir de Dieu, il n’y a que celui qui le possède qui puisse le communiquer. C’est pourquoi, semblable à des malades qui ne cessent de publier les avantages de la santé lorsqu’ils en jouissent le moins, j’espère de trouver une espèce de consolation à parler d’un bien que je suis très-fâché de ne pas posséder. Ainsi pour mon malheur, toujours brûlant des ardeurs de l’impatience, je dois soupirer sans cesse après ma santé, la demander instamment, et ne rien omettre pour l’obtenir, surtout quand je considère dans le sentiment de ma faiblesse qu’il est difficile que la foi soit bien vigoureuse, et que la doctrine chrétienne conserve ses forces si la patience ne vient au secours. En effet, elle est \|p211 tellement inséparable des devoirs qui regardent Dieu, que sans la patience on ne saurait accomplir aucun précepte ni faire aucune œuvre qui soit agréable au Seigneur.
Ceux mêmes qui vivent dans les ténèbres du paganisme ne peuvent s’empêcher de lui donner le nom glorieux de souveraine vertu ; caries philosophes, du moins ceux qui passent pour les plus sages, font tant d’estime de la patience que, malgré la bizarre diversité de leurs sectes et l’opiniâtre opposition de leurs sentiments, ils s’accordent tous néanmoins au regard de cette vertu. Ils conspirent, ils se réunissent tous en sa faveur ; ils s’attachent, comme de concert, à elle, pour se faire une juste réputation dans le monde ; enfin ils ne s’estiment sages qu’autant qu’ils sont patients. Preuve authentique de l’excellence de cette vertu, puisque même la philosophie humaine y fonde toute sa gloire et tout son mérite ; ou plutôt n’est-ce point une honte qu’une chose si divine soit ainsi à la merci des profanes esprits du siècle ? Mais laissons là ces sages orgueilleux, dont la défectueuse sagesse sera un jour confondue et anéantie avec l’univers.
