Sur le Saint-Esprit
Traité à saint Amphiloque, évêque d’Iconium, en trente chapitres
- 01 — Chapitre I. Occasion de l’ouvrage et éloge d’Amphiloque
- 02 — Chapitre II. Réfutation de l’hérésie d’Aétius sur les prépositions
- 03 — Chapitre III. Critique de la théorie philosophique des causes
- 04 — Chapitre IV. Usage scripturaire et liberté des prépositions divines
- 05 — Chapitre V. Application de la formule « par qui » au Père
- 06 — Chapitre VI. Égalité d’honneur du Fils avec le Père
- 07 — Chapitre VII. Usage légitime des formules « avec » et « par »
- 08 — Chapitre VIII. Titres du Christ et économie du salut
- 09 — Chapitre IX. Titres sublimes et divinité du Saint-Esprit
- 10 — Chapitre X. Défense de la coordination trinitaire de l’Esprit
- 11 — Chapitre XI. Péril du reniement de la foi baptismale
- 12 — Chapitre XII. Nécessité de nommer la Trinité entière au baptême
- 13 — Chapitre XIII. Distinction essentielle entre le Saint-Esprit et les anges
- 14 — Chapitre XIV. Supériorité du baptême chrétien sur la figure mosaïque
- 15 — Chapitre XV. Grâce vivifiante de l’Esprit dans les eaux baptismales
- 16 — Chapitre XVI. L’Esprit inséparable du Père dans ses œuvres
- 17 — Chapitre XVII. Réfutation de la sous-numération inventée par les hérétiques
- 18 — Chapitre XVIII. Monarchie divine et distinction des personnes trinitaires
- 19 — Chapitre XIX. Grandeur ineffable des opérations universelles de l’Esprit
- 20 — Chapitre XX. Souveraineté de l’Esprit au-dessus de toute servitude
- 21 — Chapitre XXI. Le titre de Seigneur conféré à l’Esprit
- 22 — Chapitre XXII. Inaccessibilité du Saint-Esprit aux esprits charnels
- 23 — Chapitre XXIII. L’omniprésence du Saint-Esprit manifeste sa nature incréée
- 24 — Chapitre XXIV. L’Esprit est don divin et bonté incréée
- 25 — Chapitre XXV. Sens orthodoxe de la glorification dans l’Esprit
- 26 — Chapitre XXVI. L’Esprit Saint comme sanctuaire de la prière
- 27 — Chapitre XXVII. Autorité sacrée de la tradition apostolique non écrite
- 28 — Chapitre XXVIII. Ingratitude coupable de ceux qui méprisent l’Esprit
- 29 — Chapitre XXIX. Témoignage des Pères en faveur de la doxologie
- 30 — Chapitre XXX. Détresse de l’Église et défense de la vérité

Sur le Saint-Esprit
Traité à saint Amphiloque, évêque d’Iconium, en trente chapitres
Basile le Grand · 01 novembre 2026 · 171 min de lecture · 3 vues
Du même saint Basile, archevêque de Césarée de Cappadoce. Sur le Saint-Esprit, à saint Amphiloque, évêque d’Iconium.
1. J’ai loué ton amour de l’étude et l’ardeur de ton caractère, et je me suis réjoui au plus haut point de l’attention pénétrante et de la sobriété de ton esprit, grâce auxquelles tu estimes ne devoir laisser sans examen aucun des termes employés au sujet de Dieu selon les diverses nécessités du discours, ô tête chère et pour moi la plus précieuse de toutes, frère Amphiloque. Tu as en effet bien entendu l’exhortation du Seigneur : « Quiconque demande reçoit, et qui cherche trouve » (Mt 7, 8) ; et par ton empressement à demander, tu me parais capable d’éveiller même le plus indolent à la communication de son savoir.
Mais ce que j’admire encore davantage en toi, c’est que tu ne poses point tes questions pour tendre un piège, à la manière du plus grand nombre aujourd’hui, mais pour découvrir ce qu’est la vérité même. Car si nous avons maintenant grande abondance d’espions à l’écoute et d’interrogateurs, il est en revanche bien difficile de rencontrer une âme avide d’apprendre et cherchant la vérité pour guérir son ignorance. En effet, semblables au piège des chasseurs ou à l’embuscade des gens de guerre, les questions de la multitude recèlent une ruse cachée et préméditée : ils avancent des propos, non pour en retirer quelque profit, mais afin que, s’ils ne trouvent pas des réponses conformes à leurs désirs, ils paraissent tenir là un juste prétexte de guerre.
2. Si à l’insensé qui interroge la sagesse sera imputée, à quel prix estimerons-nous l’auditeur intelligent, que le prophète a placé aux côtés de l’admirable conseiller ? Sans doute est-il juste de le juger digne de tout accueil et de le faire progresser en avant, en nous associant à son zèle et en travaillant de concert avec lui à toute chose, tandis qu’il s’empresse vers la perfection. Car ne point écouter avec négligence les paroles de la théologie, mais s’efforcer de scruter le sens caché sous chaque vocable et sous chaque syllabe, n’est point le fait d’hommes nonchalants envers la piété, mais de ceux qui connaissent le but de notre vocation : à savoir qu’il nous est proposé de devenir semblables à Dieu, autant qu’il est possible à la nature de l’homme. Or, la ressemblance n’advient point sans la connaissance, et la connaissance n’est point séparée des enseignements. Le discours est le principe de l’enseignement, et les parties du discours sont les syllabes et les mots. Dès lors, l’examen des syllabes n’est point étranger à notre dessein.
Ce n’est point parce que ces questions sont minces, comme on pourrait le croire, qu’elles méritent pour autant d’être dédaignées ; mais puisque la vérité est difficile à saisir, il nous faut la traquer de toutes parts. Car si, à l’instar des arts, l’acquisition de la piété s’accroît par de légers progrès successifs, rien ne doit être méprisé par ceux qui sont introduits dans la connaissance ; de même que si quelqu’un dédaignait les premiers éléments sous prétexte qu’ils sont de peu de poids, jamais il n’atteindrait à la perfection de la sagesse. Le « oui » et le « non » ne sont que deux syllabes ; et pourtant, le souverain des biens, la vérité, et le comble de la malice, le mensonge, se trouvent souvent renfermés dans ces petits mots. Et que dis-je là ? Il est arrivé qu’un homme, par un simple signe de tête lors des combats pour le Christ, ait été jugé avoir accompli toute la piété. S’il en est ainsi, quelle parole théologique est assez petite pour que, selon qu’elle est bien employée ou prise à contre-sens, elle ne fasse point pencher puissamment la balance dans un sens ou dans l’autre ? Car si de la Loi « un seul iota ou un seul trait de lettre ne passera point » (Mt 5, 18), comment pourrions-nous sans péril négliger même les moindres détails ?
Ces points mêmes que tu as demandé d’éclaircir auprès de nous sont à la fois brefs et grands : brefs par la concision de leur énoncé, et pour cela peut-être faciles à mépriser ; mais grands par la puissance de ce qu’ils signifient, à l’image du grain de sénevé qui, bien qu’étant la plus petite de toutes les semences, lorsqu’il a reçu le soin convenable, s’élève à une hauteur suffisante par le déploiement de la vertu qui y était concentrée. Et si quelqu’un se rit de voir notre minutieuse méditation — pour parler comme le psalmiste — touchant les syllabes, qu’il sache bien qu’il ne récoltera de son rire qu’un fruit stérile ; pour nous, ne cédons point aux outrages des hommes et ne nous laissons point vaincre par leur dédain au point d’abandonner cette recherche. Car je suis si loin d’avoir honte de ces questions comme de choses viles que, si je parvenais à saisir ne fût-ce qu’une faible part de leur prix, je me féliciterais moi-même d’avoir été jugé digne de grandes choses, et j’affirmerais que notre frère qui poursuit cette enquête avec nous n’en a pas retiré un mince profit.
Voyant donc que, dans de si petites paroles, le combat est immense, je ne recule point devant la peine dans l’espérance des récompenses, persuadé que mon discours portera du fruit pour moi-même et procurera aux auditeurs une utilité durable. C’est pourquoi, dès à présent, avec le secours du Saint-Esprit lui-même, j’entrerai dans cette explication. Et si tu veux bien que je m’engage dans la voie de ce discours, je remonterai quelque peu à l’origine de la question.
3. Naguère, alors que je priais avec le peuple et que j’adressais la doxologie à Dieu le Père de l’une et l’autre manière, tantôt avec le Fils avec le Saint-Esprit, tantôt par le Fils dans le Saint-Esprit, quelques-uns des assistants m’ont pris à partie, prétendant que nous usions de formules étranges et contradictoires entre elles.
Pour ta part, principalement en vue de leur propre utilité, ou bien, s’ils sont absolument incurables, pour la sécurité de ceux qui les côtoient, tu as estimé nécessaire qu’un enseignement clair fût produit sur la portée de ces syllabes. Il nous faut donc nous exprimer avec concision, en donnant à notre propos, autant qu’il se peut, un point de départ universellement reconnu.
