Les Règles de saint Pacôme
Les 194 préceptes des cénobites, dans la traduction latine de saint Jérôme
- 01 — Préface de saint Jérôme
- 02 — Préceptes
- 03 — Préceptes et institutions
- 04 — Préceptes et jugements
- 05 — Préceptes et lois

Les Règles de saint Pacôme
Les 194 préceptes des cénobites, dans la traduction latine de saint Jérôme
Saint Pacôme le Père des Cénobites · 16 septembre 2026 · 51 min de lecture · 2 vues
Bien qu’un glaive aiguisé et bien poli, s’il demeure longtemps enfermé dans son fourreau, se couvre de rouille et perde l’éclat de sa beauté première, moi, affligé par la dormition de la sainte et vénérable Paula, non pour agir contre le précepte de l’Apôtre, mais pour soupirer, sa mort ayant tranché court les consolations de beaucoup, j’ai reçu des livres qui m’avaient été envoyés par l’homme de Dieu, le prêtre Silvain, lesquels il avait reçus d’Alexandrie où ils avaient été envoyés, avec la charge de les faire traduire. Il disait en effet que dans les monastères de la Thébaïde, et dans le monastère de Métanoïa, qui a changé de nom depuis Canope pour devenir, par une heureuse conversion, un lieu de pénitence, habitaient un grand nombre de Latins qui ignoraient la langue égyptienne et la langue grecque, dans lesquelles avaient été rédigés les préceptes de Pacôme, de Théodore et d’Orsiesius. Ce sont eux qui, les premiers, jetèrent à travers la Thébaïde et l’Égypte les fondements des monastères, selon le précepte de Dieu et de l’ange qui était venu vers eux précisément pour cette institution.
2. Ainsi donc, comme j’étais resté longtemps silencieux et que j’avais dévoré ma douleur dans le silence, ceux qui m’avaient été envoyés à ce sujet, le prêtre Léonce et les autres frères avec lui, me pressaient ; ayant fait venir un secrétaire, je dictai en notre langue ce qui avait été traduit de l’égyptien en grec, afin d’obéir à des hommes si considérables qui m’en donnaient l’ordre, pour ne pas dire qui m’en priaient, et pour rompre, sous d’heureux auspices comme on dit, un long silence, en me rendant à mes anciennes études, et en soulageant l’âme de cette sainte femme, qui brûla toujours de l’amour des monastères et médita ici-bas sur la terre ce qu’elle devait voir au ciel. Que la vénérable vierge Eustochium, sa fille, ait aussi de quoi proposer à ses sœurs comme règle de conduite, et que nos frères suivent les exemples des moines égyptiens, c’est-à-dire des moines de Tabennisi, qui ont dans chacun de leurs monastères des pères, des économes, des semainiers et des serviteurs, ainsi que des préposé2s pour chaque maison, en sorte qu’une maison abrite quarante frères plus ou moins, lesquels obéissent au préposé ; et il y a, selon le nombre des frères, trente ou quarante maisons dans un même monastère, et trois ou quatre maisons sont réunies en une seule tribu, afin qu’elles aillent ensemble au travail ou se succèdent par ordre dans le service de la semaine.
3. Or, quiconque entre le premier dans le monastère s’assied le premier, marche le premier, dit le premier le psaume, étend le premier la main sur la table, communie le premier à l’église ; on ne s’enquiert pas de leur âge entre eux, mais de leur profession.
4. Ils n’ont rien dans leurs cellules, hormis un psiathe et ce qui est écrit ci-dessous : deux lévitonaire1s (c’est le genre de vêtement sans manches que portent les moines égyptiens), l’un déjà usé pour dormir ou pour travailler ; un vêtement de lin, deux capuchons ; une petite peau de chèvre qu’ils appellent mélote ; une ceinture de lin, des sandales, et un bâton compagnon de route.
5. Les malades sont soutenus par des soins admirables, et des mets abondants leur sont préparés en toute quantité ; les bien portants s’imposent une plus grande abstinence. Deux fois par semaine, le mercredi et le vendredi, tous jeûnent, excepté au temps de Pâques et de la Pentecôte. Les autres jours, ceux qui le veulent mangent après midi ; et le soir, de même, la table est dressée, à cause de ceux qui peinent, des vieillards, des enfants et des chaleurs très fortes. Il en est qui mangent peu au second repas ; d’autres se contentent d’un seul mets, soit au déjeuner, soit au dîner. Quelques-uns, après avoir goûté un peu de pain, se retirent. Tous mangent ensemble. Celui qui ne veut pas aller à table reçoit dans sa cellule seulement du pain, de l’eau et du sel, qu’il veuille jeûner un jour ou deux.
6. Les frères d’un même métier sont réunis dans une seule maison sous un seul préposé : par exemple, ceux qui tissent le lin sont ensemble ; ceux qui font des nattes sont réputés former une seule famille ; les tailleurs, les charpentiers, les foulons, les fabricants de sandales sont gouvernés à part par leurs propres préposés ; et chaque semaine ils rendent compte de leurs travaux au père du monastère.
7. Tous les monastères ont un seul chef à leur tête, qui réside dans le monastère aux jours de Pâques ; hormis ceux qui sont indispensables dans leur monastère, tous se rassemblent auprès de lui, de sorte que près de cinquante mille hommes célèbrent ensemble la fête de la Passion du Seigneur.
8. Au mois qu’on nomme Mésoré, c’est-à-dire août, on observe des jours de rémission à la manière du jubilé, et les péchés sont remis à tous, et ceux qui avaient eu quelque différend se réconcilient entre eux ; et l’on désigne, selon les besoins, les chefs des monastères, les économes, les préposés, les serviteurs.
9. Les Thébains rapportent qu’un ange donna à Pacôme, à Corneille et à Syrus — celui-ci, dit-on, vit encore aujourd’hui, au-delà de cent dix ans — la science d’un langage mystique, pour qu’ils s’écrivissent entre eux et se parlassent au moyen d’un alphabet particulier, enveloppant des sens cachés sous certains signes et symboles. Ces lettres, nous les avons traduites dans notre langue telles qu’on les lit chez les Égyptiens et les Grecs, en conservant les mêmes éléments que nous y avons trouvés ; et en imitant la simplicité du parler égyptien, telle est la fidélité de notre traduction, de peur qu’un langage rhétorique ne dénature des hommes apostoliques et tout empreints de la grâce spirituelle. Quant au reste de ce que contiennent leurs traités, je n’ai pas voulu en donner un avant-goût, afin qu’on l’apprenne directement de leurs auteurs, et que ceux que charment les efforts d’une sainte manière de vivre boivent plutôt aux sources qu’aux ruisseaux.
