Les Tombés
- 01 — 2° Gloire des martyrs et des confesseurs ;
- 02 — 3° Ravages de la persécution
- 03 — 5° Gravité de leur crime
- 04 — 6° Causes de l’apostasie
- 05 — 7° Tortures
- 06 — 8° Lâcheté de certains chrétiens ;
- 07 — 9° Audace des apostats
- 08 — 10° La paix trop facilement accordée
- 09 — 11° Nécessité de la pénitence
- 10 — 12° Billets des martyrs
- 11 — 13° Exigences des apostats
- 12 — 14° Châtiments
- 13 — 15° Exhortation à la pénitence et aux bonnes oeuvres
- 14 — 16° Exemples
- 15 — 17° Persévérance

Les Tombés
Saint Cyprien de Carthage · 28 juin 2016 · 40 min de lecture · 2 951 vues
1° Joie de l’Église
1° La paix est rendue à l’Église, mes frères bien-aimés, et cette tranquillité, dont les incrédules n’attendaient plus le retour, est née pour nous de la vengeance divine. Nos âmes reviennent à la joie ; après la tempête et l’orage, nous voyons reparaître le calme et la sérénité. Louons Dieu, remercions-le de ses bienfaits. D’ailleurs nos actions de grâces n’ont pas été interrompues par la persécution ; et, malgré les attaques de l’ennemi, nous qui aimons Dieu de tout notre coeur, de tonte notre âme, de toutes nos forces, nous avons été fidèles à publier toujours et partout ses bénédictions et ses louanges. Le jour si ardemment désiré est venu enfin, et, après les ténèbres profondes d’une horrible nuit, le monde éclairé par la lumière divine a brillé d’un nouvel éclat.
Ces confesseurs qui ont rendu au Christ un glorieux témoignage et qui, par leur (55) courage et leur foi, se sont acquis une gloire immortelle, nous les revoyons avec joie ; nous. admirons leur sainteté, et, après une si longue absence, nous les pressons sur notre coeur. La voici cette cohorte brillante des soldats du Christ, qui par leur fermeté ont brisé les efforts de la persécution. Prêts à tout supporter, et les prisons et la mort, vous avez donné à vos frères un glorieux exemple et à Dieu un spectacle digne de lui. Votre voix a proclamé bien haut vos croyances et a confessé généreusement le Christ. Vos mains, consacrées aux oeuvres divines, ont repoussé les offrandes sacrilèges. Vos bouches, sanctifiées par la nourriture céleste, par le corps et le sang de Jésus-Christ, ont rejeté les mets offerts aux idoles.
Ce voile criminel, dont se couvrent honteusement ceux qui vont sacrifier, n’a jamais souillé votre tête. Votre front, marqué du sceau de la régénération, est resté pur ; il n’a pu se résoudre à porter la couronne du démon ; il n’ambitionne que celle du Christ.
2° Avec quelle joie l’Église vous reçoit dans son sein, vous qui revenez du combat ! Avec quel bonheur elle vous ouvre ses portes ! Entrez-y donc, serrez vos rangs, et montrez les trophées de votre victoire. Je vois, avec les triomphateurs, des femmes qui ont combattu contre Lᵉ siècle et vaincu la faiblesse de leur sexe. Je vois des vierges portant sur leur front une double couronne ; je vois des enfants qui ont montré des vertus bien supérieures à leur âge. Mais vos frères, qui vous saluent de leurs acclamations, ne sont pas indignes de vous ; eux aussi ont leur part de gloire. Je trouve dans leur coeur la même sincérité, dans leur foi la même intégrité et la même vigueur. Appuyés sur les préceptes divins, comme sur un fondement inébranlable, forts des traditions évangéliques, rien n’a pu les effrayer, ni l’exil, ni les tortures, ni la perte de leurs biens, ni les supplices dont ils étaient menacés.
Les jours de leur épreuve étaient fixés ; mais qu’est-ce qu’un jour pour celui (57) qui a renoncé au siècle ? comment calculer la marche du temps, quand on attend de Dieu l’éternité ? Que personne, mes frères bien-aimés, ne cherche à diminuer la gloire de ceux qui sont restés fidèles. Un jour avait été fixé pour renier Jésus-Christ ; ce jour passé, quiconque ne s’est pas rangé parmi les apostats, doit être compté parmi les confesseurs. Le premier degré de la victoire consiste à confesser le Seigneur, quand on tombe entre les mains des Gentils ; le second consiste à se retirer prudemment et à se conserver pour Dieu. La première confession est publique, la seconde secrète. La première remporte la victoire sur un juge de la terre ; la seconde, contente d’avoir Dieu seul pour juge, conserve scrupuleusement la pureté de l’âme.
D’un côté, je vois plus de courage, de l’autre plus de prudence, mais aussi plus de sécurité. L’un, quand sonne l’heure suprême, est déjà mûr pour le Ciel ; l’autre diffère son sacrifice ; mais, ne vous y trompez pas, s’il quitte son patrimoine pour ne pas trahir son Dieu, il le confessera, lui aussi, s’il tombe entre les mains des bourreaux.
