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Pigments, pinceaux et croix copte pour l'iconographie

Les icônes vues par l’Église copte orthodoxe d’Alexandrie

Paroisse copte orthodoxe Michel-Ange et Saint-Georges, Paris

Sources liturgiques et manuscrites · 30 juin 2018 · 13 min de lecture · 4 vues

Entre le sanctuaire, où le Seigneur est présent, et le sein de l’église où les fidèles se réunissent au Nom de Jésus Christ dans l’espoir de demeurer dans le sein de Dieu, se trouve une cloison en bois ou en marbre couverte par des icônes du Seigneur, des anges et des saints: c’est l’iconostase. L’Iconostase n’a pas pour objet de séparer le sanctuaire de fidèles ou de le cacher de leur vue pour les empêcher de contempler les sacrements, car nous croyons que la liturgie est le travail de l’Église toute entière en Jésus Christ, notre Seigneur. Les fidèles et le clergé y participent activement et positivement. La liturgie est la présence de l’Agneau de Dieu sur l’autel, une présence sacrementale pour chaque membre de l’Église. En vérité, l’iconostase a pour objet de laisser le premier rang des fidèles aux célestes et aux saints qui nous ont précédés au paradis. Ce sont les saints qui ont quitté notre monde, mais pas notre Église. Leurs corps ne les privent pas de demeurer membres de cette Église adorant le Seigneur. Ils participent avec nous pendant les prières ou disons nous participons avec eux pendant leurs prières. Leur départ de ce monde ne les sépare pas de nous mais Il les incite à nous aimer de plus en plus. Ils prient sans cesse pour le salut du monde tout entier. Ils sont les membres victorieux, mais ils sont toujours liés aux autres membres qui sont encore en lutte. À nos yeux corporels ils sont invisibles, mais nous sommes visibles aux yeux de Dieu et nous formons une seule famille sainte dans Jésus Christ.

Dans l’Église copte orthodoxe nous ne contemplons pas les icônes comme si elles étaient des objets d’ornement mais comme des objets exprimant une idée théologique profonde. C’est une théologie précise, exprimée secrètement par des couleurs et des dessins et qui conduisent les fidèles tout simplement à l’expérience spirituelle réelle et à la compréhension de beaucoup de dogmes et d’enseignements ecclésiastiques sans beaucoup de peine. L’icône n’est pas, donc, une simple image qui représente son objet et qui nous fait contempler un bel art ou nous montre des images et des traits humains et corporels, mais elle nous ouvre le sens caché derrière l’icône. Elle nous conduit à Dieu au moment ou nous rencontrons le Seigneur et ses saints en contemplant les événements exprimés dans l’icône. Elle nous conduit du monde matériel au monde spirituel. Le Père Jean de Cronstadt dit: « les icônes qui se trouvent dans les maisons ou dans les églises ne sont pas des simples objets d’art ou d’ornement mais elles ont pour objet d’accomplir la vie de prière par des sens visibles ». Il est probable que c’est pour cette raison que l’Église Copte Orthodoxe interdit l’usage des statues car il est difficile pour l’homme de se retirer de l’influence de la statue pour contempler le symbole qu’elle représente. L’Église ne tend pas à ériger un monument historique pour commémorer les événements sacrés et les saints mais présenter une vie et un partage avec Dieu et ses saints. »
D’après notre foi orthodoxe, les icônes sont considérées comme la demeure où le Seigneur est présent. Elles tiennent leur force non seulement de leurs sujets mais aussi de la force de leur consécration. Afin que l’icône devienne valable du point de vue ecclésiastique, l’évêque la consacre par le saint chrême. Elle devient ainsi consacrée, en possession du Seigneur et capable par le Saint Esprit d’attirer les cœurs vers les choses divines. En d’autres termes, l’icône matérielle se sanctifie par la grâce de l’Esprit Saint et devient une annonce divine qui pénètre l’homme tout entier, corps et esprit, lorsqu’il entre en contact avec elle par les sens et comprend son objet par la grâce divine. L’icône est une vérité spirituelle qui donne la grâce à ceux qui la contemplent par la foi.

Les icônes sont des livres ouverts qui nous rappellent Dieu. Elles aident les fidèles à imprégner leurs pensées des valeurs spirituelles supérieures et des vertus des saints. Dans ces livres nous lisons l’Évangile écrit dans la vie de nos saints pères. Les icônes sont un maître qui nous parle, par le langage des couleurs, de tout ce que Dieu a fait avec les hommes ou de: la nouvelle vie transfigurée et glorifiée. Elle est un livre ouvert annonçant notre foi, en Dieu et en son œuvre salutaire pour l’humanité. Père Jean de Damas dit: Si un païen te demande de lui faire savoir ta foi, amène-le à l’église et donne-lui une place parmi les icônes. Les icônes sont le cantique de la victoire et une commémoration permanente de la victoire des saints et la défaite des démons. Partout dans le monde, chaque jour des hommes vulgaires, assassins, voleurs, adultères et idolâtres, confessent leur repentir au moment où ils contemplent la croix de Christ. Ils se convertissent pour renoncer au monde et pratiquer toutes les vertus.

Les icônes nous enseignent tous les événements qui se produisirent pendant la vie de notre Seigneur sur la terre. Ces événements ont été racontés dans l’Évangile par des mots, comme si l’Évangile était une icône dessinée par des mots. Les icônes sont donc un Évangile écrit par des dessins et tous les deux ont pour but le salut des âmes par le sang précieux du Christ.

Les icônes nous aident aussi à comprendre les choses éternelles et invisibles et enflamment notre passion des choses célestes. Pour cette raison quand nous contemplons l’iconostase, nous ne voyons pas les saints aux traits humains et corporels mais nous les voyons autour du Seigneur dans le paradis. Nos âmes se reposent dans le Seigneur en attendant leur tour et ayant envie de le rejoindre. Lorsque nous entrons dans l’église fatigués par le fardeau des pensées et des préoccupations de la vie et nous contemplons les icônes sacrées, nos âmes se remplissent du calme et de la paix. Nous sentons le désir de mener la vie de sainteté et de suivre le chemin de ces combattants qui sont couronnés par la gloire au paradis« »,

Jean de Damas

Dans l’église nous regardons vers l’orient espérant l’avènement de notre Seigneur dans les nuées. Nous regardons aussi les saints sur l’iconostase nous regardant: ils sont en fait au paradis, et prient pour nous, afin que nous puissions accomplir notre lutte et les rejoindre.