Les Coptes, histoire et religion - L’ère des Martyrs
- 01 — Les persécutions sous Dèce
- 02 — La persécution de Valéri en
- 03 — L’ère des martyrs
- 04 — La tyrannie de Maximin et de Maxence
- 05 — Les derniers martyrs et la persécution de l’ombre
- 06 — La fin de Maximin et des persécutions romaines

Les Coptes, histoire et religion - L’ère des Martyrs
Samuel Metias · 15 juin 2016 · 45 min de lecture · 4 205 vues
Quand le Tibre monte jusqu’aux murs, quand le Nil n’irrigue pas les champs, que le ciel ne bouge pas ou que la terre tremble, qu’il y ait une famine ou qu’il y ait une plaie, aussitôt un cri s’élève : « Les chrétiens au lion ! » 1
En 202, l’empereur Septime Sévère, après une visite en Égypte, où il fut impressionné par le développement du christianisme en Égypte. Cette première persécution, encore locale car limitée à la province égyptienne, est la première indication du dévouement des chrétiens pour l’Église, de leurs implémentations dans le pays et le premier aperçu de leurs désirs du martyre. Les successeurs de Sévère oublieront quelque peu les chrétiens d’Égypte, ce qui permit à Démétrios et Héraclas de passer les premières plaies de la communauté.
A commencer de l’an 202 et durant sept ans, l’Église Copte souffrit aussi des persécutions sous le règne de Septime Sévère, qui, lorsqu’il visita l’Égypte et trouva que le christianisme s’était propagé, ordonna au gouverneur d’augmenter la persécution et d’empêcher la propagation de la Foi à tout prix.2
L’arrivée de Dèce sera l’annonce de la première grande persécution du monde chrétien qui commença fin 249. Saint Denys d’Alexandrie, alors patriarche d’Alexandrie, nous rappelle dans ses lettres que les persécutions en Égypte débutèrent bien avant la publication de l’édit de l’empereur. On suppose effectivement que l’Église Copte commença à être persécutée en 248, près d’un an avant la généralisation de l’offensive impérial contre le christianisme.
Chez nous ce ne fut pas à la suite de l’édit impérial que commença la persécution ; elle le précéda au contraire de toute une année.3
Cependant, si les persécutions débutèrent avant l’édit de l’empereur, dès que celui-ci fut annoncé, la violence et la haine contre les chrétiens augmentèrent. Sabinus, alors gouverneur d’Égypte, cherchera à faire mourir presque aussitôt le patriarche et les responsables du clergé, mais Dieu sauvera Saint Denys, presque contre sa volonté, tel qui le raconte à ses frères dans l’épiscopat.
Moi aussi, je parle en présence de Dieu et il sait si je mens. Ce n’est pas d’après mon propre jugement ni sans le secours de Dieu que j’ai pris la fuite, mais auparavant, quand fut publiée la persécution de Dèce, Sabinus, à l’heure même, a envoyé à ma recherche un frumentaire, et moi, pendant quatre jours, je suis resté à la maison, attendant l’arrivée du frumentaire ; mais lui parcourait tous les lieux et les explorait, les routes, les fleuves, les champs où il soupçonnait que j’étais caché ou que je circulais ; il était frappé d’aveuglement et ne trouvait pas la maison. Car il ne croyait pas qu’étant poursuivi je sois resté chez moi. Après le quatrième jour, ce ne fut pas sans peine que, Dieu m’ayant ordonné de partir et m’ayant miraculeusement frayé un chemin, mes enfants et moi et beaucoup de frères, nous partîmes ensemble. Que cela ait été l’œuvre de la Providence de Dieu, c’est ce qu’a montré la suite, où peut être nous avons été utiles à certains.
Quelle fut la manière de l’admirable disposition de Dieu ? La vérité sera dite. Un des paysans rencontrera Timothée qui fuyait, tout troublé, et lui demanda la cause de son empressement. Celui-ci dit la vérité, et l’autre, l’ayant entendu il allait festoyer à une noce, car, en de telles réunions, c’est l’usage des gens de passer la nuit entière—, l’annonça aux convives dès son entrée. Ceux-ci, d’un seul élan, comme à un signal, se levèrent tous, et, emportés par leur course, arrivèrent très vite ; ils tombèrent sur nous en poussant des cris ; les soldats qui nous gardaient ayant pris aussitôt la fuite, ils s’approchèrent de nous, alors que nous étions étendus sur des lits, sans couvertures. Et moi, Dieu le sait, pensant tout d’abord que c’étaient des brigands arrivés pour le vol et le pillage, je restai sur ma couche ; j’étais nu, avec un vêtement de lin, et je leur offris le reste de mes vêtements qui étaient près de moi.
Eux m’ordonnèrent de me lever et de sortir au plus vite. Et alors, comprenant pourquoi ils étaient là, je me mis à crier, et à les prier et à les supplier de s’en aller, et de nous laisser ; et s’ils voulaient faire quelque chose de bien, ils devaient, à mon avis, devancer ceux qui m’avaient emmené et me couper eux-mêmes la tête. Pendant que je criais ainsi, comme le savent mes compagnons qui ont pris part à ces événements, ils me firent lever de force. Pour moi, je me jetai à terre sur le dos, mais, m’ayant pris par les mains et tiré par les pieds, ils m’emmenèrent dehors. Les témoins de tout cela, Caïus, Faustus, Pierre, Paul me suivirent ; et, m’ayant pris sur leur dos, ils me conduisirent vivement hors de la petite ville et m’ayant fait monter à cru sur un âne, ils m’emmenèrent.4
Une fois libéré, le saint évêque devra se réfugier en Libye où il annoncera l’évangile, comme l’avait fait Saint Marc auparavant, et démontre ainsi à quel point l’enseignement du saint apôtre est gardé, enseigné et pratiqué par ses successeurs.
À travers l’exemple de son patriarche, nous voyons toute la ferveur et l’attachement de l’Église à Dieu et la réciproque. Le patriarche montre l’exemple car il ne fait pas qu’accepter le martyre en préférant courageusement assumer sa foi plutôt que de vivre en la reniant, il désire la martyre. Et à tous ceux qui douterait que ce comportement marquant l’amour des enfants de l’Église pour le Père est autant celui du peuple que du clergé, Denys nous conte dans ses lettres les martyres d’un grand nombre des siens.
L’édit de Dèce visait à anéantir le christianisme, mais comment anéantir un peuple que rien ne distingue ? En effet, il faut comprendre le christianisme de l’époque, car le chrétien d’aujourd’hui est souvent bien loin de l’exemple des anciens.
Car les Chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les vêtements. Ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres, ils ne servent pas de quelque dialecte extraordinaire à l’imagination ou aux rêveries d’esprits agités que leur doctrine doit sa découverte ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine humaine. Ils se répartissent dans les cités grecques et barbares suivant le lot échu à chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et la manière de vivre, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur république spirituelle. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens et supportent toutes les charges comme des étrangers.
Toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveaux nés. Ils partagent tous la même table, mais non la même couche. Ils sont dans la chair, mais ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies et leur manière de vivre l’emporte en perfection sur les lois.5
Le chrétien n’est pas différenciable des autres citoyens, du moins de l’extérieur, car sa charité et ses actes de bontés le distingue fortement de sa société. Mais le chrétien hait par-dessus tout le mal et donc les idoles qui justifient les injustes dans leurs injustices. Les idoles de l’empire, les faux dieux, voici ce qui allait aider Dèce dans sa persécution. Par son édit, il invita tout les citoyens à sacrifier aux dieux devant les magistrats. Une commission chargée de vérifier l’effectivité des faits, délivrait des certificats grâce auxquels on était laissé tranquille. Certains de ces certificats sur papyrus ont été retrouvés en Égypte. La non obtention de ce certificat équivaut à une condamnation à mort, une mort ingrate, accompagnée des pires tortures.
Quel fut donc le comportement des chrétiens devant ce choix : renier le Sauveur ou être honorer de la perfection du martyr ? Ceux qui n’avait le courage d’affronter la mort tentèrent de se cacher, d’autres chercheront délibérément à affirmer leur allégeance au Roi des rois. Si on ne peut nier qu’ils aient eu des défections, nombreux sont ceux qui sont morts pour leurs foi. Le nombre de ces derniers est estimé à plus de 16 000.
Appelés par leur nom, ils allaient aux sacrifices impurs et impies ; certains, pâles et tremblants, non pas comme des hommes qui vont sacrifier mais s’ils allaient être eux-mêmes les victimes immolées aux idoles. Ils étaient accueillis par les rires moqueurs du peuple nombreux qui les entourait ; il était évident qu’ils étaient lâches pour tout, et pour mourir et pour sacrifier. Certains autres accouraient plus résolument aux autels, soutenant avec audace qu’ils n’avaient jamais été chrétiens ; c’est à propos de ces hommes que la prédilection du Seigneur se vérifie : « ils seront difficilement sauvés ». De ceux qui restaient, les uns suivaient ceux dont on vient de parler, les autres s’enfuyaient. Certains étaient pris, et, parmi eux, les uns, après être allés jusqu’aux chaînes et à la prison, quelques uns même ayant été enfermés pendant plusieurs jours, abjuraient avant même d’aller au tribunal ; les autres, après avoir enduré quelque temps les tortures, refusaient d’aller plus loin.
Mais les solides et bienheureuses colonnes du Seigneur, fortifiées par lui et tirant de la foi ferme qui était en eux une puissance et une assurance dignes de cette foi et en rapport avec elle, furent d’admirables témoins de son royaume.6
Dèce mourut en 251 mais son successeur Gallus persévéra dans l’erreur de son prédécesseur et continua les persécutions. Cependant sous le nouvel empereur, les persécutions baissèrent en intensité et épargnèrent plus ou moins facilement la haute hiérarchie ecclésiastique.
