Les cinquante homélies spirituelles de saint Macaire
Traduction française intégrale
- 01 — Homélie I — Interprétation allégorique de la vision décrite dans le prophète Ézéchiel
- 02 — Homélie II — Touchant le royaume des ténèbres, c’est-à-dire du péché, et que Dieu seul peut ôter de nous le péché, et nous délivrer de la servitude du prince mauvais
- 03 — Homélie III — Que les frères doivent vivre dans la sincérité, la simplicité, l’amour et la paix les uns avec les autres, et mener le combat et la guerre dans leurs pensées intérieures
- 04 — Homélie IV — Les chrétiens doivent accomplir leur course en ce monde avec vigilance et soin, afin d’obtenir de Dieu et des anges les louanges célestes
- 05 — Homélie V — Grande différence entre les chrétiens et les hommes de ce monde. Ceux qui ont l’esprit du monde sont liés de cœur et d’esprit par des liens terrestres, mais les autres aspirent à l’amour du Père céleste, n’ayant que Lui seul devant les yeux avec un grand désir
- 06 — Homélie VI — Ceux qui désirent plaire à Dieu doivent offrir leurs prières dans la paix et le calme, dans la douceur et la sagesse, et ne point scandaliser autrui par de grands cris. L’homélie contient également deux questions : pour savoir si les trônes et les couronnes sont de véritables créatures, et au sujet des douze trônes d’Israël
- 07 — Homélie VII — De l’amour du Christ envers les hommes. L’homélie contient également certaines questions et réponses
- 08 — Homélie VIII — Touchant ce qui advient aux chrétiens à la prière, et touchant les mesures de la perfection — s’il est possible aux chrétiens d’atteindre la mesure parfaite
- 09 — Homélie IX — Que les promesses et les prophéties de Dieu s’accomplissent à travers de multiples épreuves et tentations, et que ceux qui s’attachent à Dieu seul sont délivrés de la tentation du Malin
- 10 — Homélie X — Par l’humilité d’esprit et le zèle, les dons de la grâce divine sont conservés, mais par l’orgueil et la paresse, ils sont détruits
- 11 — Homélie XI — Que la puissance du Saint-Esprit dans le cœur de l’homme est semblable au feu ; et de ce dont nous avons besoin pour discerner les pensées qui surgissent dans le cœur ; et touchant le serpent mort fixé par Moïse au sommet de la perche, qui était une figure du Christ. L’homélie contient deux dialogues : l’un entre le Christ et le Malin, Satan ; l’autre entre les pécheurs et ce dernier
- 12 — Homélie XII — Touchant l’état d’Adam avant qu’il ne transgressât le commandement de Dieu, et après qu’il eut perdu à la fois sa propre image et l’image céleste. L’homélie contient quelques questions fort profitables
- 13 — Homélie XIII — Quel fruit Dieu attend des chrétiens
- 14 — Homélie XIV — Ceux qui consacrent leurs pensées et leur esprit à Dieu le font dans l’espérance que les yeux de leur cœur soient illuminés, et Dieu leur accorde des mystères dans la plus grande sainteté et pureté, et leur fait part de Sa grâce. Ce que nous devons faire, nous qui désirons parvenir aux biens célestes. Ensuite, les apôtres et les prophètes sont comparés aux rayons du soleil pénétrant par une fenêtre. L’homélie enseigne également ce qu’est la « terre » de Satan et ce qu’est celle des anges, et que toutes deux sont intangibles et invisibles
- 15 — Homélie XV — Cette homélie enseigne amplement comment l’âme doit se comporter dans la sainteté, la chasteté et la pureté envers son Époux Jésus-Christ, le Sauveur du monde. Elle contient aussi certains développements pleins d’une haute instruction, à savoir si, lors de la résurrection, tous les membres sont ressuscités, ainsi que bien d’autres encore touchant le Mal, la Grâce, le Libre Arbitre et la dignité de la nature humaine
- 16 — Homélie XVI — Que les hommes spirituels sont sujets aux tentations et aux adversités qui découlent du premier péché
- 17 — Homélie XVII — De l’onction spirituelle des chrétiens et de leur gloire, et qu’il est impossible sans le Christ d’être sauvé ou d’avoir part à la vie éternelle
- 18 — Homélie XVIII — Sur le trésor des chrétiens, qui est le Christ et le Saint-Esprit, lequel les exerce de diverses manières pour parvenir à la perfection
- 19 — Homélie XIX — Les chrétiens qui désirent progresser et croître doivent se faire violence pour tout bien, afin de se délivrer du péché qui habite en eux et d’être remplis du Saint-Esprit
- 20 — Homélie XX — Seul le Christ, le véritable Médecin de l’homme intérieur, peut guérir l’âme et la revêtir du vêtement de la grâce
- 21 — Homélie XXI — L’homme chrétien a devant lui un double combat, l’un intérieur et l’autre extérieur : ce dernier, en se retirant des distractions terrestres ; le premier, dans le cœur, contre les suggestions des esprits de malice
- 22 — Homélie XXII — Touchant le double état de ceux qui quittent cette
- 23 — Homélie XXIII — De même que seuls ceux qui sont nés de la race royale peuvent porter la précieuse perle royale, de même il n’est permis qu’aux enfants de Dieu de porter la perle céleste
- 24 — Homélie XXIV — L’état des chrétiens est semblable à un négoce et semblable au levain. De même que les marchands amassent des gains terrestres, ainsi les chrétiens rassemblent leurs pensées qui étaient dispersées dans le monde. De même que le levain transforme toute la pâte en levain, ainsi le levain du péché pénètre toute la race d’Adam ; mais le Christ met un levain céleste de bonté dans les âmes fidèles
- 25 — Homélie XXV — Cette homélie enseigne que nul homme, sans être fortifié par le Christ, n’est capable de surmonter les embûches du Malin, et ce que doivent faire ceux qui désirent la gloire divine. Elle enseigne également que, par la désobéissance d’Adam, nous sommes tombés dans la servitude des passions charnelles, dont nous sommes délivrés par le mystère qui est dans la croix. Elle nous apprend en outre que la puissance des larmes et du feu divin est grande
- 26 — Homélie XXVI — Sur la dignité et le prix, la puissance et l’efficacité de l’âme immortelle, et comment elle est tentée par Satan et obtient la délivrance des tentations. Elle contient aussi quelques questions pleines d’un très grand enseignement
- 27 — Homélie XXVII — Cette homélie, comme la précédente, décrit longuement la dignité et l’état de l’homme chrétien. Puis elle enseigne bien des choses utiles touchant le libre arbitre, y entremêlant quelques questions pleines de sagesse divine
- 28 — Homélie XXVIII — Cette homélie décrit et déplore le malheur de l’âme, en ce qu’en raison du péché le Seigneur n’habite point en elle ; et au sujet de Jean le Baptiste, que nul parmi ceux qui sont nés de femmes n’est plus grand que lui
- 29 — Homélie XXIX — Dieu opère les dispensations de la grâce envers le genre humain d’une double manière, ayant dessein d’en exiger les fruits par un juste jugement
- 30 — Homélie XXX — L’âme qui doit entrer dans le royaume de Dieu doit naître du Saint-Esprit ; et comment cela s’accomplit
- 31 — Homélie XXXI — Le croyant doit être transformé dans son esprit et rassembler toutes ses pensées en Dieu ; car c’est en cela que consiste tout le service de Dieu
- 32 — Homélie XXXII — La gloire des chrétiens demeure dès à présent dans leurs âmes, et sera manifestée au temps de la résurrection, et glorifiera leurs corps selon la mesure de leur piété
- 33 — Homélie XXXIII — Il nous faut prier Dieu continuellement et avec attention
- 34 — Homélie XXXIV — De la gloire des chrétiens qui sera accordée à leurs corps à la résurrection, et comment ils seront illuminés avec l’âme
- 35 — Homélie XXXV — De l’ancien sabbat et du nouveau
- 36 — Homélie XXXVI — De la double résurrection des âmes et des corps, et de la gloire diverse des ressuscités
- 37 — Homélie XXXVII — Sur le Paradis et la loi spirituelle
- 38 — Homélie XXXVIII — Une grande exactitude et une grande intelligence sont requises pour discerner les vrais chrétiens, et qui ils sont
- 39 — Homélie XXXIX — Pourquoi la Sainte Écriture nous a été donnée par Dieu
- 40 — Homélie XL — Que toutes les vertus et tous les vices sont liés les uns aux autres et, comme une chaîne, sont enchaînés les uns aux autres
- 41 — Homélie XLI — Très profondes sont les chambres secrètes de l’âme, qui croît en partie avec la croissance de la grâce ou des méchancetés
- 42 — Homélie XLII — Ce ne sont point les choses extérieures, mais les choses intérieures qui font progresser l’homme ou lui nuisent, à savoir l’Esprit de grâce ou l’esprit de malice
- 43 — Homélie XLIII — Sur le progrès de l’homme chrétien, dont toute la puissance dépend du cœur, ainsi qu’il est ici décrit de diverses manières
- 44 — Homélie XLIV — Quel changement et quel renouvellement sont opérés chez l’homme chrétien par le Christ, qui a guéri les maux et les maladies de l’âme
- 45 — Homélie XLV — Nul art, nulle richesse de ce monde, mais le seul avènement du Christ peut guérir l’homme, dont cette homélie expose la grande parenté avec Dieu
- 46 — Homélie XLVI — /
- 47 — Homélie XLVII — Interprétation allégorique des choses accomplies sous la Loi
- 48 — Homélie XLVIII — De la foi parfaite en Dieu
- 49 — Homélie XLIX — Il ne suffit point de s’être délivré du plaisir de ce monde, si l’homme n’acquiert la béatitude de l’autre
- 50 — Homélie L — C’est Dieu qui opère des merveilles par ses saints

Les cinquante homélies spirituelles de saint Macaire
Traduction française intégrale
Saint Macaire le Grand · 08 septembre 2026 · 499 min de lecture · 2 vues
Les cinquante homélies spirituelles transmises sous le nom de saint Macaire l’Égyptien (vers 300-390), le père du désert de Scété, forment le grand recueil spirituel du monachisme d’Orient : l’habitation de l’Esprit dans le cœur, le combat contre le péché qui demeure jusque dans les parfaits, la prière continuelle, la lumière incréée qui transfigure l’âme faite trône de gloire. La critique moderne rattache la collection grecque à un moine de Mésopotamie ou d’Asie Mineure du IVe-Ve siècle, désigné comme Macaire-Syméon ou Pseudo-Macaire ; la tradition copte et byzantine l’a toujours lue sous le nom du grand Macaire, et c’est sous ce nom qu’elle a nourri la spiritualité des monastères du Wadi el-Natroun. La traduction française donnée ici est établie intégralement, homélie par homélie, sans coupe ni abrègement. Les recueils thématiques déjà publiés sur Coptipedia (« Le Véritable Chrétien », « La déification du chrétien », « L’Amour de Dieu affranchit de l’amour du monde », « La Vie communautaire et le combat invisible ») en donnaient des florilèges : on lit ici la collection complète, dans son ordre traditionnel.
1. Le bienheureux prophète Ézéchiel rapporte une vision ou apparition glorieuse et inspirée qu’il a vue, et sa description est celle d’une vision remplie de mystères indicibles. Il vit dans la plaine un char de Chérubins, quatre êtres vivants spirituels. Chaque être vivant avait quatre faces : l’une la face d’un lion, une autre la face d’un aigle, une autre la face d’un veau, et la quatrième la face d’un être humain. À chaque face se trouvaient des ailes, de sorte qu’il n’y avait de partie arrière chez aucun d’eux. Leur dos était plein d’yeux ; leur ventre était pareillement garni d’yeux ; il n’y avait aucune partie en eux qui ne fût pleine d’yeux. Il y avait aussi des roues pour chaque face, roue au milieu d’une roue. Dans les roues se trouvait un Esprit. Et Ézéchiel vit comme une ressemblance d’homme, et sous ses pieds comme un ouvrage de saphir. Le char des Chérubins et les êtres vivants portaient le Maître qui siégeait sur eux. En quelque lieu qu’Il voulût aller, c’était la face en avant. Sous les Chérubins, il vit comme une main d’homme qui soutenait et portait.
2. Et ce que vit le prophète était vrai en substance et certain, mais cela signifiait et préfigurait autre chose, de mystérieux et de divin — un mystère véritablement caché depuis les siècles et les générations, mais manifesté dans les derniers temps par l’apparition du Christ. Le mystère qu’il contempla était celui de l’âme, appelée à recevoir son Seigneur et à devenir pour Lui un trône de gloire. Car l’âme qui a le privilège d’être en communion avec l’Esprit de sa lumière, et qui est illuminée par la beauté de la gloire ineffable de Celui qui l’a préparée pour être son siège et sa demeure, devient tout entière lumière, tout entière visage, tout entière œil ; et il n’est aucune partie d’elle-même qui ne soit remplie des yeux spirituels de la lumière. C’est-à-dire qu’aucune partie d’elle n’est obscurcie, mais qu’elle est tout entière transformée en lumière et en esprit, couverte d’yeux en tous sens, et n’a point de partie postérieure, mais fait face dans toutes les directions, tandis que la beauté ineffable de la gloire de la lumière du Christ siège et se tient sur elle. De même que le soleil est semblable à lui-même en toutes ses parties, sans avoir de côté postérieur ni inférieur, mais est partout revêtu de la gloire de la lumière et n’est en vérité que lumière, sans différence entre ses parties, — ou de même que le feu, la lumière même du feu, est partout semblable, n’ayant en soi ni premier ni dernier, ni plus grand ni moindre, — ainsi l’âme qui est parfaitement illuminée par la beauté ineffable de la gloire de la lumière de la face du Christ, qui est en parfaite communion avec le Saint-Esprit et qui a le privilège d’être la demeure et le trône de Dieu, devient tout entière œil, tout entière lumière, tout entière visage, tout entière gloire, tout entière esprit, rendue telle par le Christ qui la conduit, la guide, la porte et la soutient, et la pare et l’orne ainsi de beauté spirituelle ; car il est dit : « une main d’homme était sous les Chérubins », parce que c’est Lui qui est porté sur elle et qui la dirige.
3. Les quatre êtres vivants qui portaient le char étaient un symbole des puissances souveraines de l’âme. De même que l’aigle est le roi des oiseaux, le lion celui des bêtes sauvages, le taureau celui des animaux domestiques, et l’homme celui des créatures en général, ainsi l’âme possède elle aussi ses puissances souveraines. Ce sont la volonté, la conscience, l’intelligence et la faculté d’aimer. C’est par elles que le char de l’âme est dirigé, et sur elles que Dieu repose. Selon une autre interprétation, ce symbolisme s’applique à l’Église des saints dans les cieux. De même qu’il est dit ici que les êtres vivants étaient d’une hauteur démesurée et remplis d’yeux, et qu’il n’était possible à personne d’en concevoir le nombre des yeux ni la hauteur, parce que la connaissance n’en avait pas été donnée ; et de même qu’il en est des étoiles dans le ciel, dont la vue et l’admiration ont été accordées à tous les hommes, sans qu’il leur soit donné d’en connaître et d’en concevoir le nombre ; et des plantes de la terre, dont la jouissance a été accordée à tous, alors qu’il est impossible à quiconque d’en connaître le nombre ; de même, en ce qui concerne l’Église des saints dans les cieux, d’y entrer et d’en jouir a été accordé à tous ceux qui veulent bien lutter, mais d’en voir et d’en concevoir le nombre est réservé à la seule connaissance de Dieu.
Le Cavalier est donc porté et véhiculé par le char ou le trône des êtres vivants qui sont tout œil, en d’autres termes, par toute âme qui est devenue son trône et son siège, et qui est maintenant œil et lumière. Il y monte, la gouverne par les rênes de l’Esprit et la dirige selon son intelligence. Car, de même que les êtres vivants spirituels n’allaient pas où ils avaient dessein d’aller, mais là où Celui qui était assis sur eux et les dirigeait le savait et le voulait, de même ici, c’est Lui qui tient les rênes et conduit par son Esprit ; et ils avancent en conséquence, non selon leur propre volonté lorsqu’ils ont l’intention de parcourir le ciel. Parfois, laissant de côté le corps, Il conduit et emporte l’âme dans la pensée à travers le ciel ; parfois, lorsqu’il Lui plaît ainsi, Il vient dans le corps et ses affaires ; parfois, lorsqu’Il le veut, jusqu’aux extrémités de la terre, et Il dévoile à l’âme des mystères révélés. Ô le noble, le bon et seul véritable Cocher ! De la même manière, nos corps aussi recevront ce privilège lors de la résurrection, l’âme étant ainsi préglorifiée dès maintenant et mêlée à l’Esprit.
4. Que les âmes des justes deviennent lumière céleste, le Seigneur Lui-même l’a déclaré aux apôtres lorsqu’Il a dit : « Vous êtes la lumière du monde ». Il les façonna d’abord Lui-même en lumière, et ordonna que par eux le monde fût illuminé. « On n’allume pas non plus une lampe, dit-Il, pour la mettre sous le boisseau, mais sur le chandelier, et elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Que votre lumière luise ainsi devant les hommes ». En d’autres termes : Ne cachez point le don que vous avez reçu de Moi, mais donnez-le à tous ceux qui sont disposés à le recevoir. Et encore : « La lumière du corps, c’est l’œil ; si ton œil est rempli de lumière, tout ton corps est éclairé, mais si ton œil est mauvais, tout ton corps est ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, combien grandes sont ces ténèbres ! » De même que les yeux sont la lumière du corps et que, tant que les yeux sont sains, le corps tout entier est éclairé, mais que, si quelque accident leur advient et qu’ils s’obscurcissent, le corps tout entier se trouve dans les ténèbres, de même les apôtres furent établis pour être les yeux et la lumière du monde entier. C’est pourquoi le Seigneur leur adressa cet avertissement : Si vous qui êtes la lumière du corps, vous demeurez fermes et ne vous en détournez point, voici que tout le corps du monde est illuminé ; mais si vous qui êtes la lumière, vous vous obscurcissez, combien grandes seront ces ténèbres, lesquelles ne sont rien de moins que le monde. Ainsi les apôtres, étant eux-mêmes lumière, dispensèrent la lumière aux croyants, illuminant leurs cœurs de cette céleste lumière de l’Esprit dont ils étaient eux-mêmes illuminés.
Mt 6, 22-23 ; Lc 11.
34. 5. Et étant eux-mêmes du sel, ils assaisonnèrent et salèrent toute âme croyante du sel du Saint-Esprit ; car le Seigneur leur dit : « Vous êtes le sel de la terre », entendant par terre les cœurs des hommes. Ils dispensèrent dans les âmes des hommes le sel céleste de l’Esprit, les assaisonnant et les préservant de la corruption et de la décomposition, au lieu de cet état insipide où elles gisaient. La chair, si elle n’est pas salée, se corrompt et s’emplit d’une odeur fétide, de sorte que chacun se détourne de cette mauvaise odeur, et les vers rampent dans la chair corrompue, y font leur demeure, s’en nourrissent et y creusent ; mais lorsque le sel survient, les vers qui y habitent sont détruits et l’odeur repoussante disparaît ; car le propre du sel est de tuer les vers et de chasser la mauvaise odeur. De la même manière, toute âme qui n’est point salée du Saint-Esprit et ne participe pas au sel céleste, qui est la puissance de Dieu, se corrompt et s’emplit de la mauvaise odeur des pensées perverses, en sorte que la face de Dieu se détourne de la puanteur affreuse des vaines pensées de ténèbres et des passions qui habitent en une telle âme. Les vers mauvais et redoutables, qui sont les esprits de malice et les puissances des ténèbres, y vont et viennent, y demeurent, y creusent, y rampent, la dévorent et la mènent à la ruine. « Mes plaies sont infectes et corrompues », dit le Psaume. Mais lorsque l’âme se réfugie auprès de Dieu pour obtenir son secours, qu’elle croit et demande le sel de vie, qui est l’Esprit bon et ami des hommes, alors le sel céleste vient, détruit ces vers redoutables, chasse la mauvaise odeur et purifie l’âme par l’action efficace de sa puissance ; ainsi, rendue saine et exempte de corruption par ce sel véritable, l’âme redevient propre et utile au service du Seigneur céleste. C’est pourquoi, dans la Loi, Dieu ordonna en figure que tout sacrifice fût salé de sel.
6. Il faut d’abord que la victime soit immolée par le prêtre, et qu’elle meure,… puis dépecé et salé, et ensuite placé sur le feu. À moins que le prêtre n’immole d’abord l’agneau, de sorte qu’il meure, celui-ci n’est ni salé ni offert au Seigneur en holocauste. Ainsi, notre âme doit-elle aussi venir au Christ, le véritable Grand Prêtre, être immolée par Lui, et mourir à sa propre manière de penser ainsi qu’à la mauvaise vie de péché qu’elle menait auparavant. La vie doit la quitter — cette vie de passions mauvaises. De même que le corps, lorsque l’âme s’en est allée, est mort, ne vit plus de la vie qu’il vivait auparavant, et n’entend ni ne marche plus, de même, lorsque le Christ, notre Grand Prêtre céleste, par la grâce de Sa puissance, immole notre vie selon le monde et la met à mort, elle meurt à la vie de malice qu’elle menait, et elle n’entend plus, ne parle plus, et ne conserve plus aucune citoyenneté dans les ténèbres du péché, parce que les mauvaises passions qui étaient son âme l’ont, par grâce, quittée. L’Apôtre s’écrie : « Le monde est crucifié pour moi, et moi pour le monde » (Gal. 6, 14). L’âme qui vit encore dans le monde et dans les ténèbres du péché, et qui n’a point été mise à mort par Lui, mais garde encore en elle l’âme de méchanceté, c’est-à-dire l’opération ténébreuse des passions du mal, et qui se trouve gouvernée par elle, n’appartient pas au corps du Christ, n’appartient pas au corps de lumière, mais elle est véritablement le corps des ténèbres et demeure partie intégrante des ténèbres ; tandis que ceux qui possèdent l’âme de lumière, c’est-à-dire la puissance du Saint-Esprit, sont partie intégrante de la lumière.
7. Mais quel qu’un dira peut-être : « Comment se fait-il que tu appelles l’âme le corps des ténèbres, alors qu’elle n’est point une création des ténèbres ? » Écoute et comprends-moi bien. De même que la tunique ou le vêtement que tu portes a été fait par un autre, et que tu le revêts, et que ta maison a été créée ou bâtie par un autre, et que tu y habites, de même, lorsqu’Adam transgressa le commandement de Dieu et prêta l’oreille au serpent mauvais, il fut vendu, ou se vendit lui-même, au diable, et le Malin revêtit son âme comme un vêtement — son âme, cette belle création, que Dieu avait façonnée à Sa propre image. Ainsi l’Apôtre dit : « Ayant dépouillé les principautés et les puissances, Il a triomphé d’elles par la croix. » Tel était le dessein de la venue du Seigneur, afin de les chasser et de recouvrer Sa propre maison et Son temple, l’homme. C’est pourquoi l’âme est appelée le corps des ténèbres de la méchanceté, tant que les ténèbres du péché sont en elle, parce qu’elle y vit pour le monde mauvais des ténèbres et qu’elle y est retenue captive. Ainsi Paul l’appelle le corps du péché, le corps de la mort, en disant : « afin que le corps du péché fût détruit » et : « Qui me délivrera du corps de cette mort ? » D’autre part, l’âme qui a cru en Dieu, qui a été délivrée du péché, qui est morte à la vie des ténèbres, qui a reçu la lumière du Saint-Esprit pour sa vie et qui, par ce moyen, est venue à la vie véritable, passe désormais son existence en celle-ci pour toujours, parce qu’elle y est retenue captive par la lumière de la Divinité. Car l’âme en elle-même n’est ni de la nature de la Divinité, ni de la nature des ténèbres de la méchanceté, mais elle est une créature spirituelle, belle, grande et admirable, une noble ressemblance et image de Dieu. C’est par la transgression que la méchanceté des passions des ténèbres est entrée en elle.
8. Quelle que soit la réalité à laquelle l’âme se mêle, elle lui est dès lors unie dans les mouvements de sa volonté. Soit elle possède en elle la lumière de Dieu et vit en elle dans toutes les vertus, et appartient à la lumière du repos ; soit elle possède les ténèbres du péché et va au-devant de la condamnation. L’âme qui désire vivre avec Dieu dans le repos et la lumière éternelle doit venir, comme il a été dit auparavant, au Christ, le véritable Grand Prêtre, être immolée et mourir au monde ainsi qu’à son ancienne vie dans les ténèbres de la malice, pour être transportée dans une autre vie et dans une conduite divine. De même que lors qu’un homme meurt dans une ville, il n’entend plus la voix des personnes qui s’y trouvent, ni leurs propos, ni le bruit qu’ils faire, mais est une fois pour toutes morte et transférée dans une autre contrée, où il n’y a ni voix ni aucun des cris de cette cité, de même l’âme, lors qu’elle a été une fois mise à mort et qu’elle est morte à cette cité des passions mauvaises dans laquelle elle habite et vit, n’entend plus au-dedans d’elle-même la voix des entretiens des ténèbres ; on n’y entend plus les discours ni les clameurs des vaines disputes, ni le tumulte des esprits des ténèbres ; mais elle est transférée dans une cité toute remplie de bonté et de paix, dans la cité de la lumière de la Divinité, et c’est là qu’elle vit et qu’elle entend, là qu’elle a son droit de cité, qu’elle parle et s’entretient, et là qu’elle accomplit des œuvres spirituelles qui sont dignes de Dieu.
9. Prions donc pour que nous soyons nous-mêmes mis à mort par sa puissance, que nous mourions au monde de la malice des ténèbres, que l’esprit du péché soit détruit en nous, que nous revêtions et recevions l’âme de l’Esprit céleste, que nous soyons transportés de la malice des ténèbres dans la lumière du Christ, et que nous reposions dans la vie de siècle en siècle. Car, de même que les chars s’élancent sur l’hippodrome, et que celui qui prend l’avantage sur l’autre est pour lui un obstacle, un frein et une entrave, de sorte qu’il ne peut progresser ni remporter le premier la victoire, de même les pensées de l’âme et celles du péché se disputent la course dans l’homme. Si la pensée du péché vient à prendre les devants, elle fait obstacle, freine, gêne et entrave l’âme, si bien que celle-ci ne peut s’approcher de Dieu ni remporter la victoire. Mais là où le Seigneur monte et prend lui-même en main les rênes de l’âme, il triomphe toujours, dirigeant et guidant avec art le char de l’âme vers une pensée céleste et inspirée, pour l’éternité. Il ne combat point contre la malice ; détenant toujours en lui-même la puissance suprême et l’autorité, il accomplit lui-même la victoire. Ainsi, les Chérubins ne sont point menés là où ils inclineraient d’eux-mêmes à aller, mais là où le Cavalier ou le Cocher les dirige. Là où il veut, ils vont ; et il les soutient. « Une main d’homme », est-il dit, « était sous HOMÉLIE 19… d’eux. Ces saintes âmes sont menées et conduites par l’Esprit du Christ, qui en tient les rênes, partout où il lui plaît — quand il lui plaît, dans de célestes entretiens ; quand il lui plaît, dans le corps ; là où il lui plaît, elles exercent leur ministère. Comme les ailes sont les pieds de l’oiseau, de même la céleste lumière de l’Esprit saisit les ailes des pensées des âmes dignes, les guidant et les gouvernant selon ce qu’il sait être le meilleur.
10. Lors donc que tu entends ces choses, examine-toi toi-même pour voir si tu les possèdes en acte et en vérité dans ta propre âme. Ce ne sont point là de simples paroles proférées ; c’est une œuvre de vérité qui s’accomplit dans ton âme. Si tu ne la possèdes point, mais que tu sois dépourvu de tels biens spirituels, tu devrais éprouver un deuil, une tristesse et un tourment continuels, comme quel qu’un qui est encore mort pour le Royaume. Semblable à un blessé, crie sans cesse vers le Seigneur et demande avec foi que cette vie véritable te soit accordée à toi aussi. Lorsque Dieu façonna notre corps, Il ne lui accorda pas d’avoir la vie par sa propre nature ni par le corps lui-même, non plus que la nourriture et le breuvage, le vêtement et les chaussures ; Il établit qu’il recevrait du dehors toutes les ressources nécessaires à la vie, ayant fait le corps tout nu en lui-même, et il est tout à fait impossible au corps de vivre séparé des choses extérieures à lui-même, sans nourriture, sans breuvage et sans vêtement. S’il tente de subsister par sa seule nature, sans rien recevoir du dehors, il dépérit et périt. Il en va de même pour l’âme. Elle ne possède pas la lumière divine, quoi qu’elle soit créée à l’image de Dieu. C’est ainsi qu’Il a réglé sa condition, et Il a trouvé bon qu’elle n’eût point la vie éternelle de sa propre nature ; mais c’est de Sa divinité, de Son Esprit, de Sa lumière, qu’elle tire une nourriture et un breuvage spirituels, ainsi qu’un vêtement céleste, lesquels sont la vie de l’âme, la vie véritable.
11. De même donc que nous avons vu que la vie du corps ne vient point de lui-même, mais du dehors, de la terre, et qu’en dehors des choses extérieures il lui est impossible de vivre, ainsi aux CINQUANTE HOMÉLIES SPIRITUELLES De plus, à moins que l’âme ne naisse dès à présent dans cette terre des vivants, qu’elle n’y puise spirituellement sa nourriture et ne s’y développe en grandissant pour le Seigneur, et qu’elle ne soit revêtue par la Divinité de l’ineffable vêtement de la beauté céleste, il lui est impossible, privée de cette subsistance, de vivre par elle-même dans la jouissance et le repos. La nature divine contient le pain de vie, qui a dit : « Je suis le pain de vie », et l’eau vive, et le « vin qui réjouit le cœur de l’homme », et « l’huile d’allégresse », ainsi que toute la variété de la nourriture de l’Esprit céleste, et le céleste vêtement de lumière qui vient de Dieu. C’est en ces choses que consiste la vie éternelle de l’âme. Malheur au corps lors qu’il ne s’appuie que sur sa propre nature, car alors il dépérit et meurt ; et malheur à l’âme si elle ne prend appui que sur sa propre nature et ne met sa confiance que dans ses propres œuvres, n’ayant point la communion de l’Esprit de Dieu, car elle meurt, la vie éternelle de la Divinité ne lui ayant pas été accordée. Lorsque les hommes sont malades, dès que le corps n’est plus capable de recevoir de nourriture, tout espoir est perdu pour eux, et tous les véritables amis, les proches et ceux qui les aiment sont en larmes. De même, Dieu et les saints anges sont en larmes sur les âmes qui ne sont point nourries de la céleste nourriture de l’Esprit et ne sont point revenues à la vie dans l’incorruptibilité. Ces choses, je le répète, ne sont pas de simples paroles proférées, mais l’œuvre de la vie spirituelle, l’œuvre de vérité accomplie dans l’âme digne et fidèle.
12. Si donc tu es devenu un trône de Dieu, et que le Cocher céleste est monté sur toi, et que ton âme tout entière est devenue un œil spirituel, et ton âme tout entière lumière ; et si tu as été nourri de cette nourriture de l’Esprit, et si tu as été abreuvé de l’Eau vive, et si tu as revêtu les vêtements de la lumière ineffable ; si ton homme intérieur est affermi dans l’expérience 1 Ps. 27, 13, et ailleurs. * Jean 6.
35. 3 Jn 4, 10. 4 Ps. 104, 15. 6 Ps. 45.
7. HOMÉLIE I ii et la pleine certitude de toutes ces choses, voici, tu vis, tu vis en vérité de la vie éternelle, et ton âme dès lors est en repos auprès du Seigneur. Voici, tu as reçu ces choses du Seigneur et tu les possèdes en vérité, afin que tu vives de la vie véritable. Mais si tu as conscience de ne rien posséder de tout cela, alors pleure, mène deuil et lamente-toi, parce que jusqu’à présent tu n’as pas encore trouvé les richesses célestes et éternelles. Sois donc dans l’affliction à cause de ton indigence, implorant le Seigneur nuit et jour, car tu es demeuré captif de la redoutable misère du péché. Plût à Dieu que l’homme acquît au moins cette inquiétude à cause de sa pauvreté, et que nous ne demeurions point sans souci, comme si nous étions comblés ! Car celui qui est véritablement affligé, et qui cherche et demande sans cesse au Seigneur, trouvera promptement la rédemption et les richesses célestes, comme le Seigneur l’a dit au terme de son discours sur le juge inique et la veuve : « Combien plus Dieu fera-t-il justice à ceux qui crient vers lui nuit et jour ? Oui, je vous le dis, il leur fera promptement justice » (Lc 18, 7-8). À lui soient la gloire et la puissance aux siècles des siècles. Amen.
Luc 18.
