Les Apophthegmes des Pères — fragments coptes de Paris
Trois feuillets sahidiques de la Bibliothèque nationale
- 01 — Le manuscrit et son histoire
- 02 — Traduction
- 03 — Premier feuillet, recto
- 04 — Premier feuillet, verso
- 05 — Deuxième feuillet, recto
- 06 — Deuxième feuillet, verso
- 07 — Troisième feuillet, verso

Les Apophthegmes des Pères — fragments coptes de Paris
Trois feuillets sahidiques de la Bibliothèque nationale
E. Porcher · 28 août 2026 · 11 min de lecture · 5 vues
Le manuscrit et son histoire§
Zoega, sous l’article clxix de son Catalogue publié en 1810, reproduit en entier, sans traduction, 44 feuilles d’un manuscrit sahidique, en fragments, dont l’un contient 32 feuilles, un autre 5, et les autres une seule feuille. Il appelle ce livre Sahidicæ linguæ thesaurum et promptuarium historiæ monasticæ Ægypti. L’année suivante, en 1811, Champollion, âgé alors de vingt et un ans, dix ans avant de déchiffrer la pierre de Rosette, se propose de le traduire et de le publier avec quelques commentaires (1).
Il y a dans le fonds copte de la Bibliothèque nationale de Paris, tome 129⁴, fol. 32 à 35, 3 feuilles du même précieux manuscrit : la première (fol. 32) porte à droite la pagination copte (2) et à gauche le chiffre 1 (3) ; la seconde feuille ne porte pas de pagination copte ; elle est complète, si on réunit au folio 33, qui laisse une lacune, le fragment folio 34 qui la remplit ; la troisième feuille (fol. 35) est incomplète : on trouve des restes de mots jusqu’à la ligne 24, alors que la page complète devrait en contenir 42 ; la colonne extérieure, déchirée, ne laisse voir que les lettres initiales au recto et les finales au verso ; d’ailleurs la colonne intérieure elle-même est en grande partie illisible au verso.
Nous reproduisons ces trois feuilles colonne par colonne et ligne par ligne, en numérotant les lignes de cinq en cinq. Dans la traduction, nous marquons le commencement de chaque paragraphe d’après la notation de notre texte, et nous renvoyons aux passages correspondants des éditions latines ou grecques. On les trouve dans la Patrologie latine de Migne, tome LXXII : Vitæ Patrum, livre V, chapitres x et xi, chaque article portant un numéro spécial. Pour le texte grec, nous renvoyons soit aux Histoires des solitaires égyptiens publiées par M. Nau dans cette revue (ROC), soit à la Patrologie grecque de Migne, tome LXV.
Nous n’avons pas traduit les paragraphes dont le texte est trop imparfait. Nous avons donné cette édition uniquement pour que les lecteurs de cette revue, qui ont sous les yeux le texte grec de tant d’apophthegmes, puissent lui comparer quelques textes coptes.
E. Porcher, Petit Séminaire de Paris.
Traduction§
Premier feuillet, recto§
[Un des vieillards a dit : « Quand nous nous réunissions ensemble au début, nous parlions par utilité, nous nous tenions à part et nous nous élevions vers le ciel.] (Fol. 1 r° a, ligne 2) (4) Mais maintenant, quand nous nous réunissons ensemble, nous nous abaissons à la détraction, et chacun s’obstine à entraîner son voisin dans l’abîme. »
(Ligne 10) (5) Un vieillard dit : « Si l’homme intérieur est vigilant, il peut alors préserver l’homme extérieur. Mais si cela n’est pas, gardons de toutes nos forces notre langue de tout mal. »
(Ligne 19) (6) Il dit encore : « Il est besoin d’œuvre spirituelle. Car c’est pour cela que nous sommes venus ici. Celui qui professe de la bouche et qui n’accomplit pas l’œuvre court un danger. »
(Ligne 27) (7) Un autre de nos Pères dit : « Il faut que l’homme ait un ouvrage dans son intérieur. Si en effet il est occupé à l’ouvrage de Dieu, l’ennemi vient chez lui quelquefois, mais il ne trouve pas de place pour y demeurer. Mais s’il est dominé et subit la captivité de l’ennemi, l’esprit de Dieu vient vers lui souvent, mais, ne trouvant pas de place pour lui à cause de la malice, il s’en va. »
(Fol. 1 r° b, ligne 6) (8) Un frère demanda à un vieillard : « Dis-moi une parole : de quelle façon serai-je sauvé ? » Celui-ci répondit : « Faisons les plus petites actions avec soin, et nous serons sauvés. »
(Ligne 14) (9) Des moines d’Égypte vinrent à Scété : ils virent les vieillards, poussés par leur grande faim à cause du régime monastique, manger avec passion ; ils en furent scandalisés. Quand le prêtre sut cela, il voulut les guérir. Il prêcha au peuple dans l’église, en disant : « Jeûnez, prolongez votre discipline et votre régime, mes frères, [tant que ceux d’Égypte ne sont pas partis]. »
Ceux d’Égypte voulurent partir, mais il les retint. Et quand ils eurent jeûné le premier jour, ils eurent faim. [Ils jeûnèrent deux jours, tandis que] ceux de Scété jeûnèrent toute la semaine. Quand ils eurent atteint le samedi, les gens d’Égypte prirent place pour manger avec les vieillards. [Un] des Égyptiens mangea d’une manière désordonnée. Un des vieillards prit sa main en disant : « Mange avec discipline, comme un moine. » Celui-ci, l’un d’eux, repoussa sa main en disant : « Laisse-moi, Père ; je meurs : toute la semaine, je n’ai rien mangé de chaud. » Il leur dit : « Si vous êtes fatigués à ce point parce que vous avez jeûné deux fois, pourquoi vous scandalisez-vous des frères qui ont observé leur discipline de cette façon pendant tout le temps ? » Ils se repentirent, furent édifiés de leur discipline, et s’en allèrent avec joie.
Premier feuillet, verso§
(Fol. 1 v° a, ligne 31) (10) Un frère prit l’habit et s’isola aussitôt, en disant : « Je suis un anachorète. » Les vieillards l’apprirent ; ils vinrent, le saisirent, [l’obligèrent à] circuler dans les cellules des frères en faisant pénitence et en disant : « Pardonnez-moi : je ne suis pas un anachorète, mais je suis un homme pécheur, et un novice. »
(Fol. 1 v° b, ligne 8) (11) Les vieillards ont dit : « Si tu vois un jeune homme monter vers le ciel de sa volonté propre, saisis son pied et tire-le à terre, à l’endroit même : car la chose n’est pas utile pour lui. »
(Ligne 16) (12) Un frère dit à un grand vieillard : « Je voudrais, Père, trouver un vieillard selon mon cœur pour mourir avec lui. » Le vieillard lui dit : « C’est bien ce que tu demandes ? » L’autre assura qu’il en était ainsi, mais il ne comprenait pas la pensée du vieillard. Lorsque le vieillard vit que c’était cela sa pensée, qu’il avait bien agi, il lui dit : « Si tu trouves un vieillard selon ton désir, veux-tu rester avec lui ? » Et il répondit : « Oui, certainement. » Le vieillard dit : « Ce n’est donc pas pour que tu suives la volonté du vieillard, mais [pour qu’il suive la tienne]… »
Deuxième feuillet, recto§
(Fol. 2 r° a)… Pour qu’à une parole utile ne se mêlent pas des paroles étrangères, pour cela même il ne laisse pas son voisin s’attarder auprès de lui ; et s’il vient lui poser une question, il le renvoie.
(Ligne 10) (13) Abba Hamoi dit à Abba Schoi (14), tout au début : « Comment me vois-tu ? » Celui-ci dit : « Je te vois, mon Père, comme un ange. » Et plus tard il lui dit encore : « Comment me vois-tu ? » Mais l’autre répondit : « Comme Satan. Car la bonne parole que tu me dis est comme une épée qui pénètre en moi. »
(Ligne 26) (15) Abba Salonis (16) dit : « Si l’homme ne dit pas dans son cœur : « Je suis seul avec Dieu », il n’obtiendra pas le repos dans le monde. »
(Ligne 34) (17) Il dit encore : « Si l’homme veut jusqu’au temps du soir, il parviendra à une mesure de divinité. »
(Ligne 39) (18) Abba Bessarion dit, sur le point de mourir : « Il faut que le moine soit tout yeux, comme les Chérubins et les Séraphins. »
(Fol. 2 r° b, ligne 3) (19) Abba Daniel voyageait avec Abba Hamoi. Abba Hamoi dit : « À quel moment serons-nous assis nous-mêmes dans notre cellule ? » Abba Daniel lui dit : « Qui donc nous enlèverait le Seigneur actuellement ? Le Dieu de la cellule est aussi le Dieu du dehors. »
(Ligne 16) (20) Abba Évagrius dit : « C’est une grande chose de prier sans inquiétude. »
(Ligne 20) (21) Le même dit encore : « Pense en tout temps à ta sortie hors du corps, et n’oublie pas le châtiment éternel : alors le péché ne demeurera pas dans ton âme. »
(Ligne 28) (22) Abba Théodore, de Enaton (23), dit : « Si Dieu nous impute nos négligences au sujet de la prière, et les distractions qui arrivent quand nous psalmodions, nous ne pourrons pas être sauvés. »
(Ligne 39) (24) Abba Théonas dit sur la manière dont notre cœur s’occupe de la contemplation de Dieu…
Deuxième feuillet, verso§
(Fol. 2 v° a, ligne 5) (25) Les frères tentèrent une fois Abba Jean le Nain, parce qu’il ne permettait pas à sa conscience de parler des affaires de ce monde. Et ils lui dirent : « Nous rendons grâces à Dieu. Le ciel a envoyé souvent de la pluie cette année, les palmiers ont bu, et ils produiront des rameaux pleins de sève ; et les frères trouveront leur ouvrage manuel. » Mais Abba Jean leur dit : « Telle est la manière du Saint-Esprit. On se renouvelle et on produit des rameaux verts par la crainte de Dieu. »
(Ligne 29) (26) On dit à son sujet qu’il tressait la matière de deux corbeilles en une seule, sans s’en apercevoir, sa pensée étant occupée de la contemplation.
(Ligne 35) (27) Abba Jean le Nain a dit : « Je ressemble à un homme assis au pied d’un arbre, qui voit beaucoup de bêtes féroces et de reptiles venir vers lui ; comme il ne peut pas se dresser contre elles, il se hâte de monter dans l’arbre pour se sauver. Telle est ma manière aussi : quand je suis assis dans ma cellule, et que je vois les pensées mauvaises m’entourer, ne pouvant rien contre elles, je me hâte de fuir aux pieds de Dieu par la prière, et je suis sauvé de l’ennemi. »
(Fol. 2 v° b, ligne 18) (28) Il y avait un vieillard souffrant à Scété, non seulement tourmenté dans son corps, mais encore manquant de fixité dans son esprit. Il alla vers Abba Jean le Nain, il le questionna sur l’oubli, il entendit sa parole, et s’en retourna dans sa cellule. Mais il oublia ce qu’Abba Jean lui avait dit. Il retourna pour l’interroger ; il entendit sa parole et revint à sa cellule. Il oublia encore ce qu’il avait dit, et ainsi un grand nombre de fois…
Troisième feuillet, verso§
(Fol. 3 v° a, ligne 2) (29)… Il lui dit — je lui dis : « Quand je suis dans ma cellule, le deuil est avec moi ; mais si quelqu’un vient chez moi, ou si je sors de ma cellule, je ne le trouve plus. » Il me dit : « Il ne t’est pas soumis pour toujours ; mais tu l’as comme d’emprunt. » Je lui dis : « Que veut dire cette parole ? » Il dit : « Si l’homme prend de la peine dans une œuvre autant qu’il peut, il trouve ce qu’il cherche chaque fois qu’il en a besoin. »
(Ligne 19) (30) Pendant qu’Abba Silvain résidait dans la montagne de Sinaï, son disciple Zacharie sortit pour son service…
(Fol. 3 v° b, ligne 1) (31) Elle — Synclétique — disait encore : « Nous n’avons pas ici-bas la sécurité ; car l’Écriture dit : « Que celui qui est debout voie à ne pas tomber » (32)… »
