Les Actes du martyre de saint Isidore
D’après un manuscrit sahidique du monastère de Hamouli
- 01 — Notice de l’éditeur
- 02 — Le martyre de saint Isidore
- 03 — Arrestation et jugement de saint Isidore
- 04 — Les supplices endurés par saint Isidore
- 05 — Supplices et résurrections de saint Isidore
- 06 — Arrestation et martyre des fidèles du Christ
- 07 — Guérison et baptême par saint Isidore
- 08 — Prodiges de saint Isidore et martyres
- 09 — Miracles et sauvetage de saint Isidore
- 10 — Martyre des soldats et supplice d’Isidore
- 11 — Isidore ressuscité confond le roi impie
- 12 — Isidore confond le roi par les idoles
- 13 — Résurrection d’Isidore et envoi à Séleucie
- 14 — Andronichos reconnaît Isidore et le protège
- 15 — Tempête apaisée et martyre des soldats
- 16 — Martyre d’Isidore et règne de Constantin
- 17 — Témoignage de Sôtérichos sur saint Isidore
- 18 — Colophon du manuscrit

Les Actes du martyre de saint Isidore
D’après un manuscrit sahidique du monastère de Hamouli
Henri Munier · 28 août 2026 · 89 min de lecture · 2 vues
Il existe, parmi les manuscrits coptes qui proviennent de l’ancien monastère de Hamouli, un gros volume de cent vingt-huit pages dont l’importance au point de vue hagiographique et philologique n’échappera à aucun de ceux qui s’intéressent aux études coptes. Il renferme les Actes du martyre de saint […]
Les soixante-cinq feuillets, qui forment l’ouvrage dans sa totalité, ne nous sont pas malheureusement parvenus dans toute leur intégrité. Ils ont été la proie de l’humidité, qui a tellement rongé le début qu’il ne reste plus que des débris où apparaissent deux ou trois lignes incomplètes. Mais rapidement, à partir de la cinquième page, la bonne qualité du parchemin et la largeur des marges ont mieux préservé le texte ; et le récit, d’abord coupé par une lacune d’une ou deux lignes par colonne, peut bientôt se lire d’un bout à l’autre, sans aucune interruption.
Le volume entier est formé de huit cahiers numérotés au dernier verso ; chacun d’eux comprend huit feuillets ; seul le septième n’en renferme que sept (1). Les trente-neuf premières pages ont perdu leur numérotage ; mais à partir de la quarantième les chiffres sont visibles jusqu’à la fin. Le dernier feuillet n’a pas été paginé.
De la reliure, il ne subsiste que des bribes de ficelle et quatre débris qui ne donnent aucune idée de la forme et de la dimension de la couverture. Cependant les deux pièces de parchemin qui garnissaient les plats intérieurs nous sont parvenus dans un bien meilleur état de conservation ; la seconde
…des deux feuilles est très piquée de trous de vers ; elle est couverte d’une écriture fine et pressée qui nous donne le colophon aux multiples dédicaces. Le texte est disposé, par page, en deux colonnes qui renferment chacune un nombre de lignes variant de vingt-cinq à vingt-huit. Il est écrit en onciale droite et espacée, d’un type identique au spécimen publié par M. W. Budge (Coptic miscellaneous texts, pl. III). Chaque paragraphe est précédé, dans la marge, d’une majuscule tracée en plus gros caractères, entourée de couleur rouge et ornée des motifs ordinaires que l’on retrouve dans tous les manuscrits de l’époque. Les phrases et les parties d’une proposition sont terminées par un point que suit parfois un ou deux tirets. Une seule miniature vient rompre, à la page 71, la longue monotonie des colonnes et des lignes : elle représente une vague gazelle, grossièrement dessinée à la plume et reconnaissable seulement à ses cornes. Le dernier feuillet porte en haut de la page, à la hauteur des premières lignes, un signet en cuir foncé. Le récit est rédigé entièrement dans le pur dialecte saïdique ; cependant, dans le colophon, on rencontre des formes empruntées au dialecte fayoumique. L’orthographe des mots grecs est assez fidèlement respectée, comme elle l’est dans tous les manuscrits coptes ; l’auteur a une tendance marquée à remplacer l’e par un a. L’e auxiliaire n’apparaît qu’à de rares intervalles. Il est presque toujours signalé par un tiret que la négligence du scribe a quelquefois omis de tracer ou qu’il a souvent placé au-dessus de la lettre voisine. On trouve aussi le tiret pour marquer le début et la fin des mots, l’accentuation et le redoublement des voyelles. Les ï sont généralement surmontés du tréma par intermittence et sans règle apparente ; souvent même ils por
Le saint apa Isidore n’est pas une figure entièrement nouvelle. Déjà, en 1913, O. von Lemm publiait, sur ce martyr, six feuillets coptes que Zoega avait jadis catalogués dans la collection Borgia (CL) (2). Mais comme le texte
… fragmentaire commence et finit en pleine action, — c’est l’épisode du martyre de Martin et le miracle des statues parlantes, — on ne connut rien des origines, de la personnalité et du lieu de sépulture du nouveau saint (1). En somme, la partie la plus intéressante échappait.
Grâce au manuscrit de Hamouli, nous pouvons désormais identifier d’une façon certaine et complète la physionomie de saint Isidore et connaître dans le détail les multiples supplices et les nombreux miracles de sa longue passion. Nous voyons aujourd’hui que les grandes lignes de son histoire ont dû être prises dans un texte grec qui racontait le martyre d’Isidore d’Antioche, dont les reliques se trouvaient dans l’île de Chio : sa fête est célébrée le 15 mai suivant les Acta sanctorum des Bollandistes (3). Mais, ainsi qu’on le constatera dans la traduction ci-jointe, l’auteur copte n’a utilisé que le nom du protagoniste, le lieu de sa naissance et l’emplacement de son tombeau. Muni de ces trois données, il a composé, suivant les règles chères aux hagiographes…
(1) Voir le compte rendu dans les Analecta, Passion de saint Isidore est appelée un nouvel exemple de martyre à résurrection. Lemm (Bruchstucke…) n’a trouvé qu’une seule mention de saint Isidore dans un papyrus de Djêmé (Thèbes), où il est question d’une église dédiée au saint apa Isidore. En restaurant le temple de Déîr-el-Médinéh, E. Baraize (Compte rendu des travaux exécutés à Déîr-el-Médinéh, dans les Annales du Service des Antiquités…) a rencontré sur les parois de la chapelle du couvent une dédicace toute semblable. C’est une inscription grecque tracée à l’ocre rouge par un prêtre Paul, fils de Théophile, prêtre de la sainte Église de Papa Isidore martyr. Pour être complet, il faut ajouter la dédicace suivante trouvée au Couvent de Saint-Paul près de la mer Rouge et publiée par Isidore, son père Pantiléon…
(2) J’ai tenu à traduire de nouveau ces six feuillets déjà connus pour ne pas interrompre le récit et donner une étude complète qui dispensât de recourir constamment aux pages 62-66 de la brochure d’O. von Lemm.
graphes coptes, un récit complètement différent. C’est vraiment un « drame à cent actes divers » simplement calqué sur le modèle du martyrologe. Pour donner aux Actes plus d’autorité et un semblant de véracité, l’auteur a mis son récit dans la bouche d’un témoin oculaire, Sotérichos, qu’il appelle « grand serviteur du palais du père d’Isidore ». Il lui fait dire qu’il passa cinq ans à accompagner Isidore et qu’il n’a point exagéré les prodiges et les miracles de son maître. Un témoignage si solennel ne trompera personne. Nous sommes sûrs d’être une fois encore en présence d’Actes imaginaires fabriqués de toutes pièces. Les Bollandistes ont déjà trop souligné le « caractère mensonger de ces » textes misérables « utiles surtout aux folkloristes et aux » collectionneurs de monstruosités hagiographiques » », pour que nous revenions encore sur ce sujet (1).
Mais lorsqu’on parcourra le nouveau manuscrit de Hamouli, il faudra pourtant avouer que ce jugement est, cette fois, par trop sévère. Si, de nos jours, le savant Bollandiste n’y trouve pas autant d’attrait et d’identification que le moine égyptien, pieux et simple du moyen âge, il saura cependant reconnaître qu’à part l’immense intérêt philologique et la nouvelle moisson de mots connus et peu connus, il y a bien çà et là quelques passages qui pourraient figurer à la meilleure place dans les anthologies de la littérature copte, tels, par exemple, le récit de Martin, qui charme par son allure animée, la narration de la tempête, la légende sur la fondation de Constantinople.
À ces titres, ce nouveau texte méritait d’être connu, et M. G. Foucart, directeur de l’Institut français d’archéologie, aura sûrement la vive reconnaissance des savants pour avoir bien voulu accorder la plus large place dans ce Bulletin aux Actes presque entièrement inédits du martyre de saint Isidore.
