Les actes des martyrs de l'Église copte — étude critique
- 01 — Introduction
- 02 — Notes d’Émile Amélineau
- 03 — Chapitre premier
- 04 — Notes d’Émile Amélineau
- 05 — Chapitre deuxième
- 06 — Notes d’Émile Amélineau
- 07 — Chapitre troisième
- 08 — Notes d’Émile Amélineau
- 09 — Chapitre quatrième
- 10 — Notes d’Émile Amélineau
- 11 — Chapitre cinquième
- 12 — Notes d’Émile Amélineau
- 13 — Chapitre sixième
- 14 — Notes d’Émile Amélineau
- 15 — Chapitre septième
- 16 — Notes d’Émile Amélineau
- 17 — Chapitre huitième
- 18 — Notes d’Émile Amélineau
- 19 — Chapitre neuvième
- 20 — Notes d’Émile Amélineau
- 21 — Chapitre dixième
- 22 — Notes d’Émile Amélineau
- 23 — Étude critique sur le martyre de saint Georges d’après le texte copte — Ouverture
- 24 — Notes d’Émile Amélineau
- 25 — Étude critique — Chapitre premier
- 26 — Notes d’Émile Amélineau
- 27 — Étude critique — Chapitre deuxième
- 28 — Étude critique — Chapitre troisième
- 29 — Notes d’Émile Amélineau
- 30 — Étude critique — Chapitre quatrième
- 31 — Notes d’Émile Amélineau
- 32 — Étude critique — Chapitre cinquième
- 33 — Notes d’Émile Amélineau

Les actes des martyrs de l'Église copte — étude critique
Émile Amélineau · 27 août 2026 · 527 min de lecture · 4 vues
Introduction
Pou de pays semblent avoir été aussi éprouvés que l’Égypte par les persécutions que subit le Christianisme naissant; nul n’en a conservé un plus vif souvenir. L’admiration qu’excitè rent les martyrs fut si grande que maintenant encore, malgré la distance des temps, elle n’a rien perdu de son intensité. F^a haine du persécuteur a survécu à toutes les vicissitudes politiques. Cependant que n’a pas eu à souffrir la communauté chrétienne en Égypte depuis la conquête musulmane, depuis surtout que les Mamlouks et les Turcs, s*élant saisis du pou voir, gouvernèrent l’antique royaume des Pharaons! Il n’y a pas une seule avanie qui n’ait été faite aux chrétiens d’Egyp te, pas- une honte dont ils n’aient été abreuvés, pas un tourment qui ne leur ait été infligé, pas une injustice, si criante fut-elle, qui n’ait été commise a leur égard par le fanatisme musulman, venant en aide au pouvoir lopins despo tique et servi par la force brutale. Cependant, les Coptes n’ont gardé de celte persécution séculaire qu’un souvenir minime en comparaison du souvenir vivace qu’ils ont toujours con servé des persécutions primitives.
Il y a eu a la conservationde ce souvenirplusieurs raisons. La première celle que l’on donne tout d’abord et que toiit le monde sait, c’est que les Coptes ont daté leur ère de la pre mière année du règnodo Dioctétien, en la nommant ère des sainte martyrs. Le fait est indubitable et la qualification d’ère des martyrs, donnée à cette année 281 qui commence le règne de Dioctétien, montre bien que les années de la persécution sont restées, pour les Coptes, l’une do ces époques marquant hllcment dans la vie d’un peuple que celle vie semble renouvelée et qu’on eu distingue le renouvellement par le complet abandon du passé. Mais alors il semble que celte ère dût commencer à Tannée même en laquelle fut promulgué l’édit que tout le monde sait, et non en 28V.
Si le contraire a eu lieu, c’est qu’il y a une seconde raison. Celto raison se trouve dans la haine politique vouée à Dioclétien, après l’expédition contre Achille en 295, tout autant que dans la haine religieuse causée par h persécution de dix années, par laquelle il essaya d’enrayer l’envahissement do l’empire ro main par le Christianisme. Celte haine politique fut en gran de partie la cause de la conversion de l’Égypte au Christia nisme. Jusqu’à la persécution de Dioclélien, comme on le verra facilement au cours do ce travail! il n’y avait pas un graiyl nombre do chrétiens en Égypte, Après la persécution l’Égypte presqueloule entière fut chrétienne, quoique le vieux culte se perpétuât jusqu’il l’année même du concile de Chal cédoine (451} ’ dans la Haute Égypte, et plus longtemps en core sans doute à Philés *. La parole de Tertullien s’était vérifiée:le sang des martyrs était devenue une semonce de chrétiens. L’Égypte était sortie de ce bain de sang avec une apparence de jeunesse nouvelle.
« Quand je parle de l’Égypte, il faut avant tout délimiter ce que j’entends par ce mol. J’entends par l’Égypte tout le pays compris ordinairement sous cette appellation, àl’excep ".’ I. Cf. Rciillout: Mémoire sur lei ttlemnvjes p. 50ct seqq. — K. Amélineau: Monuments pour servir A l’histoire de l’Égyptechrétienneau r IV* et V’siècle », p. 110 et seqq: ilû et seqq.
fiuu un second mémoire qui n’appreud rien de nouveau pour l’époque dont c parle’. « - ’: *. "..:.-’.;; -. »
lion de la ville d’Alexandrie. Il serait vraiment trop facile de me dire que l’Église chrétienne était florissante en celle ville dès le milieu du second siècle;que c’est à cette époque que remonte rétablissement de la célèbre école de philosophie chrétienne, dont l’enseignement renommmé attira des disciples de toutes les parties du monde et qui lit de l’église d’Alexandrie la première église du monde, en gloire comme en influence. Je sais tout cela, mais je sais aussi que les Cop tes n’ont jamais reconnu cette ville comme faisant partie de la terre nationale, qu’ils l’ont toujours regardée comme une étrangère,, et avec assez de raison. Le fait que dans la ville d’Alexandrie la nouvelle religion trouvait des adhérents en assez grand nombre suffisait pour en écarter l’Égypte. Les chrétiens d’Alexandrie était ni des Crées ou appartenaient à ce mélange de toutes les nations qui s’y donnaient rendez vous pour leur commerce, leur instruction ou leurs plaisirs. La Vieille race égyptienne se tint en masse aussi éloignée de la ville que de la nouvelle religion.
La preuve de ce fait se trouve dans l’observation suivante. Le plus grand nombre des martyrs dont les Actes parlent était originaire dans le Delta des villes du littoral, comme Péluse, ou des villes ayant des colonies grecques, comme Prosôpis; on encore ils appartenaient a l’armée où les relations avec les soldais d’origine grecque étaient obliga toires. Sur le parcours du Nil, les martyrs chrétiens se rencontrent le plus souvent dans les villes importantes connues des marchands grecs qui, à chaque instant, rehion? laient ou descendaient le fleuve.
Il est peu question des villages intérieurs du Delta, un peu plus des villages de la moyenne Égypte et du Fayoum; il n’est pas fait mention des villages de la Haute Égypte, a l’exception de la banlieue de quelques grandes villes, comme Panopolis, Ptolémaïs et Latopolis. Il est facile de le compren dre par ce qui se passe encore aujourd’hui. Les Grecs sont de grands coureurs d’aventure, ils pénètrent partout oùils ont l’espoir do faire un peu de commerce et de gagner quelque argent. En vite d’arriver au but final, ils s’imposent de lourds sacrifices, se plient admirablement aux exigences du climat et des habitants, se font tres*vilo un langage hybride, grâce à leur étonnanteaptitude pour les langues, et entrent aussitôt en relation avec les indigènes.
Ils oui pénétré jusqu’au Soudan, jusqu’au Darfour et plus loin encore, a la suite des conquêtes égyptiennes de notre siècle. En Égypte, il n’est pas un centre important de population dans le Delta et le Fayoum ou l’on no soit assuré de rencontrer une colonie grecque. Sur le parcours du Ml, depuis Hénisouef jusqu’à Assouan, il n’y a pas uno seule ville, peut-être pas un gros bourg ou l’on no trouve te Itakal grec, vendant de tout avec bonne humeur et trompant de tout son cteur. Il en était de même autrefois, et je ne me tromperai pas en écrivant que le Christianisme s’établit dans le Délia, sur lo littoral de la Méditerranée, dans le Fayoum et le long du Nil par infiltration grecque. Qu’il en ait été ainsi, c’est ce que prouve ce fait que les grands dignitaires de l’Eglise d’Alexandrie ont tous des noms grecs pendant les trois premiers siècles et longtemps après, que le grec élait et resta la langue officielle de l’Eglise chrétienne, parce qu’elle avait été la langue de la prédication dans Alexandrie.
Je ne veux pas prétendre que la source du prosélytisme chrétien en Égypte fut uniquement grecque: les Égyptienscon vertis se firent sans aucun doute prédicateurs de leur croy ance; mais ce fut la source première et principale. Au fond, pendant les trois premiers siècles de noire ère, on est réduit aux conjectures et aux probabilités sur la dillusion du Christianisme en Égypte. A part la tradition qui fait de S1 Marc l’apôtre d’Alexandrie et des environs, les quelques mentions des prédications gnostiques dans plusieurs nomes 1,
Ces renseignements ont été conservés par S’Epiphanen propos de ll;ii- l’nle et île Valentin. Cf. K. Amélineau. Essai sur le Onoticisme égyplit », p. 78; 167-168. II? sont confirmé pour l)a*ilide par un parchemin copte dont j’ai une copie en ma possession, oeuvre d’un apologiste copte, « t qui contient nue ci talion de rilérésiologic d’Agrippa Castor réfutant Uàsilide. on no trouve aucun renseignement sur l’établissement de la religion chrétienne dans te bassin du Nil. Pendant trois siècles, si le Christianisme fit quelques progrès en Égypte, ce fut sans bruit et d’une manière latente. Quand on examine froidement les choses, il est facile do comprendre qu’il en devait être ainsi. L’Égypte a toujours haï les étrangers: on reprochait a Auiasis d’avoir des mercenaires grecs; long temps on ne leur concéda que quelques villes où ils pouvaient exercer leur commerce, comme la Chine le fait encore aujourd’hui.
Lorsqu’après la conquête assyrienne, la conquête persane et la conquête grecque, l’antique Égypte fui définitivement asservie, si les étrangers eurent toute liberté d’accès dans le pays, le peuple garda toujours sa défiance contre eux. De particulier à particulier, il put s’établir quelque confiance; de peuple à peuple, la confiance se refusa toujours. Outre celte première raison, l’Égypte, moins que toute attire contrée, avait besoin de changer de religion. Elle était restée fidèlement attachée à ses antiques rites, aux rêveries religieuses de ses pères; elle continuait de lire ses livres sacrés, d’user des charmes tout puissants de ses magiciens. Elle avait dans le Livre des morts un recueil de préceptes moraux qui ne le cédaient en pureté a aucun autre, pas même à la loi du Sinaï.
De plus elle était restée dans son ignorance séculaire, ayant eu des idées élevées, mais n’ayant fait aucun progrès depuis la XXe dynastie. Elle n’avait pas eu ces écoles de philosophie spiritualiste qui, tout en se trompant bien souvent, avaient forcé l’esprit humain à chercher la solution des plus grands problèmes de noire destinée et avaient fait progresser l’humanité. Pour toutes ces raisons, l’Égypte n’avait pas bcsoin.de devenir chré tienne 1.
Si elle le devint, c’est qu’une cause nouvelle se produisit. Celte cause fut la haine vouée à Dioclétien a la suite de la
Il n’y a eu qu’un tre » petit nombre de martyrs en Égypte avant Dioclétien. \: — ti — répression sévère dont il usa après la révolte d’Achille. Le caractère froid et positif de cet empereur était l’opposé du caractère égyptien essentiellement Imaginatif et prompt. Il n’y avait guère d’entente possible: l’empereur méprisa ce peuple et le peuple égyptien le lui rendit à sa manière, comme j’aurai l’occasion de l’exposer tout au long. Du moment que l’empereur haïssait la nouvelle religion, c’était que cette religion avait du bon, sans doute, car Dioclélien avait le génie du mal: en (ont cas, c’était une bonne manière de lui faire de l’opposition politique. On le lit comme on le pensait. La cruauté de la procédure romaine vint en aide à l’opposition politique.
Au lieu que dans les autres pays, on était obligé « le pourchasser les chrétiens, de ne les faire appréhender que sur dénonciation, en Égypte on n’eut aucunement cette peine, les chrétiens se présentaient d’eux mêmes au martyre et s’y rendaient comme a une fête. On pourra en juger d’ailleurs au cours de celle étude. Quand la perséculion commença, les chrétiens étaient en petit nombre; des villes entières ne contenaienl pas un seul chrétien; après la persécution le contraire fut vrai. Les campagnes étaient presque entièrement converties, les villes l’étaient en grande majorité. Le spectacle des martyres avait opéré ce grand changement. Il y eut un engouement universel: on se racontait les prodige opérés par les martyrs et l’on se convertissait.
La légende pour se former n’avait pas besoin d’altendre la morl, elle se formait du vivant même des héros. C’est là un point délicat. En Europe nous ne croyons pas a celte sorte de formation: nous sommes habi tués à considérer la question religieuse comme d’un ordre trop élevé pour croire a l’infatualion originelle, aux prestiges et au charlatanisme. Je ne veux pas affirmer qu’il y ail charlatanisme, prestige ou infatuation; mais je peux affirmer, sans crainte « le me tromper, qu’aujourd’hui encore, en Égypte, il se forme des légendes pieuses sur le compte de certains individus que l’on proclame les saints _1_. »
île Dieu sans attendre leur mort: je l’ai vu de mes propres yeux 1,
J’en ai tiré des conclusionsqui ni3 semblent justes, La preu- ve de cet engouement du peuple est sensible: il n’est jamais raconté que « tans les campagnes de l’Égypte, il y ait eu, après la persécution, « le luîtes entre le christianisme triomphant et le paganisme mourant, car le premier avait définitivement vaincu; au contraire dans les villes, où le clergé païen était resté puissant, où l’élément gréeo-tfgypticn dominait par la richesse, par les connaissances et par l’influence, il y eut « les luîtes meurtrières a Panopolis, à AnUcopolis el à Alexandrie *, Schnoudi « lans la Haute-Égypte, l’archevêque Théophile à Alexandrie furent les héros de ces luttes sanglantes. Par un triste retour « les choses humaines, un demi-siècle ne s’était pas « écoulé « pie les persécuteurs devenaient persécutés à leur tour. On les maltraita même si fort que leurs descendants ont pu pardonner aux Domains et aux Arabes, Mamlouks ou Turcs, mais qu’ils gardent encore toute leur haine pour les empereurs byzantins, leurs séides et leurs corréligionaires latins. » » » » » » »
Au fond la haine vouée à Dioctétien est une haine que le temps a rendue poétique. L’examen des Actes-des Marjtyrs nous le montrera. Cet examen me semble important et pour l’histoire proprement dite et pour les éludes religieuses. Il fera suite a l’élude que j’ai publiée sur le Christia nisme chez les anciens coptes 3. Pour le faire en toute connaissance de cattse, j’ai ramassé tous les documents qu’il m’a été possible de trouver en Europe cl en Égypte. J’ai
à l’histoire tle l’Égypte chrétienne « « r IV el V siècles p. LXXIV* et i99, » »
« « « « s. p. 110 et seqq. pour ce qui se rapporte à Schnoudi et âMacaire deTkCo » ou Aulteonolis. Quant à Théophile, les historiens giecs nous renseignent.—• Cf. Jeun Natal. Chron.eohA9d — Kutychii annales toi ». I, p. 527 et 519 — Jean de Xikiou, p. 450 — Pour le récit des premiers faits cf: E. Amélineau. Les moines égyptiens, toi ». I: Histoire de Schnoudi, p. 2*. »3-339.
~ * s traduit tous ces documents et j’en ai tiré les conclusions que je présente aujourd’hui au public en partie, avant de publier les documents eux-mêmes.
Ces « locumenls sont de trois sortes, (’eux de la première catégorie sont copies; ce^ix des « letix dernières sont arabes. Les documents « le la première catégorie se trouvent réunis pour la plus grande partie à Home, à la bibliothèque valicaneet au musée llorgia de la Propagande; le reste est à la bibliothèque nationale et dans quelques bibliothèques privées de l’Angleterre 1. A l’exception d’un tiers environ des Actes de la valicane, j’ai copié tout le reste. » » »
partie par M. Hyvernal: cet auteur annonce une préface devant contenir une étude approfondie sur la valeur des Actes c/es Martyrs de VEyyplc; depuis trois ans que <*elle annonce est faite, rien n’a paru encore, el je risquerais fort d’attendre trois ans, sinon plus, avant que celle étude ne paraisse, puisqu’elledoit faire suite au second volumedelexles el que le premier a mis trois ans à paraître. Je ne vois donc pas pourquoi je m’abstiendrais de publier les résultats d’études qui me sont personnelles: ne devant mes conclusions qu’à mes études, j’ai bien le droit de les faire connaître. D’ailleurs j’ai en ma possession trois fois plus d’Actes de martyrs que n’en contiennent la bibliothèque valicane et le musée Dorgia. Mon élude sera donc plus complète 2.
Les documents de’la seconde série sonl arabes, el par là il faul entendre « pic ce sonl des traductions arabes de documents copies. Il ne semble pas que jusqu’ici on se soit aperçu de celle filiation d’teuvrcs; je crois avoir été le »
Zouche. Celle dernière ne contient qu’un seul martyr d’ailleurs publié par Al. Iludge. transactions of Ihe Society of Itibtieal Atcfucology!8$7.
(tohlicatioii aurait pu être excellente? malheureusement elle fourmille de aules et de contre sens. J’aurai l’occasion de faire quelques observations à ce sujet dans la suite de sentir mon travail. Avant d’enIreprend*; une pareille la force nécessaire: ta bouuc volonté ne publication, il faudrait se « uffit pas. »
premier à le démontrer, sinon à m’en apercevoir 1. Cette démonstration augmente « le beaucoup la valeur « le ces traductions, car, l’origine une fois admise, il leur faut accorder la même valeur qu’aux ouvrages originaux, en tenant compte toutefois des faiblesses inhérentes à la nature des traducteurs. Malgré ces faiblesses, on s’en peut reposer sur la fidélité des traducteurs coptes; quoique l’arabe dont ils se sonl servis soit une sorte de langue hybride, ils compre naient leur propre langue et ont su presque toujours rendre ce qu’ils comprenaient. Pour les Actes des martyrs, les tra ductions arabes sont en beaucoup plus grand nombre que les originaux coptes. La bibliothèque nationale « le Paris en possède un très grand nombre; pendant mon séjour en Égypte, j’en ai moi-même recueilli un nombre plus considé rable encore. C’est sur tous ces documents que s’appuiera le présent travail. » » »
La troisième série comprend les abrégés « le documents copies qui nous sonl parvenus en arabe. Malgré le nombre « les originaux el des traductions conservés, il esl facile de comprendre « pie la plupart des ouvrages primitifs ont disparu. Par bonheur ils ont presque tous été conservés dans une UÏlivre inappréciable en l’espèce, leSynaxare jacoÔite*. Celte uMivre a été connue d’un grand nombre de savants; mais on n’en pouvait soupçonner la valeur, parce que l’on n’avait pu au préalable déterminer la valeur des documents coptes. M. Wiistcnfeld en a publié une traduction allemande; mais sa traduction n’est pas complète pour la raison suivante: il ne s’est servi que d’un seul manuscrit. Or ce manuscrit ne représentait « juc le synaxarc de l’église à laquelle il apparte nait. Mais en Égypte comme en Europe, chaque église avait son martyrologe particulier, comme maintenant encore chaque » » » »
V siècle. Introduction p. MAI II et Seqq.
On le nomme n’v.m parce qu’on le lis « H dan* les réunions tiommécè sjnaxes, du grec « ’ivirw. » »
diocèse a son Propre des Saints, renfermant le plus souvent des saints locaux,.régionaux ou nationaux. Les exemplaires des synaxares qui se trouvent dans les collections européen nes proviennent d’Alexandrie ou de la liasse-Égypte: j’ai été assez heureux pour en rapporter un triple exemplaire provenant de la Haute-Égypte- et contenant une grande quantité de vies de saints qui ne se retrouvent pas dans les autres 1.
Je peux donc, je crois, me servir de celle triple série de documents en toute sùrelé de conscience scientifique pour arriver à connaître comment les Copies oui entendu faire des Actes de Martyrs. Je m’en tiendrai aux Actes purement égyptiens, auxquels j’ajouterai les Persans pour des raisons que j’expliquerai plus loin. Comme tous sont inconnus ou à peu près, je les ferai connaître et juger, puis j’en Tirerai les conclusions qui me sembleront nécessaires. On pourra discuter les conclusions, c’est le droit de lout lecteur; mais on devra tenir pour certain que la plus petite nuance de mes phrases repose sur un texte. Il n’est pas juste de faire retomber sur moi, comme on Ta fait, le genre d’esprit des Copies. Si leurs écrits scandalisent, ce n’est pas ma faute; c’est à eux qu’il faut le reprocher, non 5 moi.
Mon devoir d’historien est « le faire connaître les fails, mon droit « le les juger. Mes jugements tombent sous la critique, je le répète, mais les faits doivent être admis, si l’on admet mes traduc tions. Ces traductions sont aussi fidèles « pie j’ai pu les faire: on peut les mettre en suspiscion, mais alors il faut les discuter scientifiquement. D’un autre côlé, il est facile de dire que Ton ne doit pas attacher d’importance à de pareilles » » »
« I. Je ne peux ici démontrer par quelles raisons je suis arrivé à celle con- clusion. Je pense bien faire un jour celle démonstration eu publiant les documents que j’ai réunis. Je n’ignore pas que la rédaction du synaxare e*l attribuée à nu évéque; maïs celle attribution, d’ailleurs légitime! ne saurait en rien fournir de? arguments coiilre ma manière de voir. i »\ruvre de l’évoque fut adoptée, mais amplifiée d’après le procédé même nui avait servi à la composer. Cest ce procédé dont je suis parvenu à me rendre un compte très-exact.
« euvrcs; mais nue semblable réflexion esl le contraire de la critique scientifique. Je n’admets pas qu’ils y ait deux manières déjuger les oeuvres historiques, selon qu elles sont en faveur de nos idées ou qu’elles sont contre nos idées. Les Copies n’ont sans doute pas compris l’histoire comme nous la comprenons; mais on no peut nier que, dans leurs ouvrages, ils ne se soienl peints eux-mêmes au naturel, qu’ils se connais sent eux-mêmes aussi bien que les Crées ou les Latins pouvaient les connaître et que, si le jugement qu’ils ont porté, la peinture qu’ils ont faite d’eux-mêmes, différent du jugement ou « le la peinture que nous connaissons d’après les auteurs grecs ou latins, ce ne soient ces derniers qu’il faille mettre en suspicion, el non les premiers.
La chose paraîtrait toute simple, s’il s’agissait d’un sujet où les idées religieuses ne seraient pas en cause. D’ailleurs les auteurs grecs ou latins savaient parfaitement bien ce qu’ils faisaient: si l’on trouve dans leurs onivres des jugements qui ne répondent pas à la réalilé, c’est qu’ils ont eu soin delaguer les faits qui les scandalisaient’. Ils ont sans doute eu raison à leur point de vue, mais ce point de vue était faux. Comment ne pourrais je pas croire des gens qui vous racontent naïvement quelque gros crime comme un acte d’héroïque vertu, qui s’en félici tent el se vantent d’avoir eu des pères aussi vertueux? Si nous jugeons autrement, c’est que la moralité humaine a progressé, el non pas que le crime n’a jamais été commis. Je comprends que l’évidence des conclusions dérange des idées toutes faites et sur lesquels on sommeille tranquillement; mais ce ne sera jamais pour moi une raison de ne pas faire connaître les faits que me révèlent mes éludes. » »
J’ai démontré ce point jusqu’à l’évidence dan, l’introduction du second volume de mes Monument., etc.. maintenant en cours d’impression et qui comprend le documents ayant Irait au cénobitisme pakhomien. Le Actes grecs ont passé sous silence une foule de faits; or, tous ces fait* ont traij aux moeurs inavouibles des cénobites, f/auteur copte n’a pas eu le même
Notes d’Émile Amélineau
1. Kevilluut: Mémoire sur les Blemmyes, p. 67. 1/auteur;r fait paraître de
2. J’ai cité des exemples dans Vfntrotluclion de mes monuments f>our sertir
3. Cf E. Amélineau: Montnn. p. serr. A l’hist. de tEy. chr. nujc IV el V
4. /Terne des religions, uovemb.-dec. 1886, janVier-Ktrier 1887. ’
5. Celles dcLordCrawford, Earl of Crawford audllalcarres, et celle de!,ord
6. Je fournirai ainsi des idées cl je rendrai service à 51. Hyvernal. Sa
7. Cf. E. Amélineau: Monuments p. sert, à l’hisl. de VEy. cht. aux IV’ el
8. Cet ouvrage correspond aux m>{n« dôges grecs et aux martyrologes latin*" »
Chapitre premier
On a cru jusqu’ici que le premier martyr fut le diacre S’ Etienne. D’après les Coptes, c’est une profonde erreur. Le premier martyr fut un égyptien, et il mourut pour le Christ alors que celui-ci n’avait que deux ans. On pourrait objecter qu’à ce compte les SS. Innocents précédèrent le martyr « égyptien; mais l’objection n’a aucune valeur, et l’auteur des Actes de ce premier martyr a pris soin de faire cjbscrver que les enfants de Helhlécm furent martyrs contre leur gré, sans avoir conscience « le la confession qu’ils faisaient, tandis qUc le martyr égyptien était un homme dans toute la force de l’âge, ayant toute sa raison et sachant parfaitement à quoi il s’exposait en confessant Jésus le Messie. » »
Ce bienheureux homme se nomma Eudémon: il naquit à Ermcnt (llermonlhis). Lu jour, ses amis cl lui étaient tranquillement assis dans sa maison, buvant et se racontant les nouvelles. L’un parla de l’arrivée à Eschmounein (llcrmo polis) d’une femme ayant un petit enfant semblable aux en fants des rois; un autre fit réflexion que si ce petit enfant était venu en Égypte, évidemment le culte des idoles allait cesser. Quand ses amis furent partis, Eudémon, curieux de savoir ce qu’il en était, sella sa monture et se rendit à Esch — u— mouncïn. A son arrivée l’en fa ni Jésus lui sourit et lui dit: « Donjour, Eudémon! lu t’es donné la peine de venir jusqu’ici pour nie voir, à mon tour j’irai habiter clic/ toi pour l’éternité. » — Le brave Eudémon répondit: « Mon Seigneur, je ne demande pas mieux que lu viennes habiter chez moi et je serai ton serviteur à jamais! » L’homme n’avait pas compris la parole de l’enfant: celui-ci lui expliqua plus clairement qu’il s’agissait simplement de mourir pour lui et il ajouta: « Xe crains rien, car je le prendrai chez moi, dans mon royaume, au séjour de la joie durable, et lu seras le premier des martyrs! » Eudémon, bien coulent, se pros terna devant le Messie, prit congé el s’en retourna chez lui. Dès qu’il fut de retour à Ermenl, le bruit se répandit dans tout le pays qu’il était allé voir Jésus le Messie; les habitants pleins d’horreur à celte nouvelle coururent à lui el lui demandèrent si le bruit avait quelque fondement. Il ne nia point et confessa sa visite. Aussitôt les idolâtres le percèrent de leurs épées. C’est ainsi « |u’Eudémon fut le premier martyr, et, comme à la tin de l’idolâtrie, trois siècles plus lard, sa maison fui convertie en église, la prédiction de l’enfant Jésus eut un accomplissement tardif, il est vrai, mais réel ’. »
Pour un Égyptien, il n’était pas possible que l’Égypte, qui avait tlonné asile au Messie persécuté dès son enfance, n’eût pas fourni le premier martyr « le sa divinité. Malgré cette précocité « le dévouement, la terre d’Égypte ne compte plus d’autres martyrs jusqu’au règne « leDèce*. Du règne de ce roi « impie, l’ennemi de Dieu, qui organisa une terrible persécution contre les chrétiens et mit en exécution la loi des païens impurs, afin de rechercher les chrétiens, qui versa le sang d’un grand nombre de saints, recherchant partoul ceux qui adoraient le vrai Dieu 3, » le synaxarc copie a conservé les » » »
mais ce martyre fut l’hocas, évèque de la ville de l’ont et disciple de S Jean l’KvangélisIe (10 Touba).:t. Chronique de Jean de Sikiou p. III.— {Not.el Kst.de..Mss. tome XXIV, partie orientale). noms de sept martyrs dont deux seulement sonl Egyp tiens.
En un même jour, quatre frères, Maxime, Diomèdc, Cclros et Philippe, originaires de la province d’Afrique 1, furent martyrs et sotilTrirent divers genres de tourments. Leurs actes ne renferment rien que d’ordinaire. Les deux Égyptiens étaient tous deux habitants d’Alexandrie, l’un était le patriar che Démélrius, et l’autre un vieillard, nommé Matra. Le patriarche fut arrêté pour avoir volé le bras de la statue d’or d’Apollon, l’avoir coupé en morceaux et avoir distribué les morceaux aux pauvres. Lorsqu’on se fut aperçu de la disparition du bras divin, on arrêta un grand nombre de coupables et le patriarche, pour ne pas faire condamner des innocents, alla se dénoncer. On le jela dans une fournaise de feu el le Seigneur le sauva; on le cloua sur un morceau de bois et l’ange du Seigneur * le délivra; un aveugle recouvra la vue en se frottant tes yeux avec le sang du martyr; finalement on lui trancha la tète d’un coup d’épée3.Le second martyr qui fit sa confession, avec une foule d’autres martyrs, était aussi originaire « l’Alexandrie.
Lorsque Dèce cul édicté la persécution, le résumé du synaxare dit qu’il renouvela le culte des idolesl cl tyrannisa les chrétiens. Ses ordres étant arrivés au port d’Alexandrie, on apprit au gouverneur que le vieillard Matra était chrétien; le vali * fil tous ses clTorls pour le faire renoncer à la religion chrétienne; ce fut peine inutile, le vieillard lui répondit par les termes mêmes « lu concile de Nicée el lui assura « pie le Messie était vrai Dieu de vrai l)iettf tandis que les idoles étaient faites de » » »
romaine de Mauritanie — Synaxare, I" llator.
« Amélineau. le Christianisme des Anciens Coptes iftev.de* Itel. t. XV p. 5 ».}
était établi dans le monde entier officiellement. La conséquence est que les Actes sont postérieurs à cet établissement.
main d’homme, ne voyaientni n’entendaient. Le vali furieux lui fit trancher la tête hors de la ville \
Ces martyrs sonl « le peu d’importance: le dernier au contraire est celui d’un saint qui jouit d’une immense vogue en Égypte, je veux parler de Mercorios, (S Mercure). Les 1 »
écrivains coptes ont eu tant de confiance en lui qu’ils l’ont chargé de lancer le Irait céleste qui tua Julien l’Apostat dans sa campagne contre les Perses *. Mercorios ouvre la série des grands capitaines qui préfèrent les rangs de la milice céleste à ceux des armées terrestres; il était étranger, comme le furent tous « es semblables. L’Égypte pouvait fournir des recrues, mais plus « le général. S1 Mercure naquit à Home. Son père et toute sa famille aimaient passionnément la chasse aux bêtes sauvages. Un jour que son grand père et son père se livraient à cet exercice, ils rencontrèrent, près de la ville, des Cynocéphales anlropophages qui mangèrent son grand père; ils manifestaient aussi l’intention de manger son père, mais ils fuie ni arrêtés par ïanye du Seiyncttr qui les en empêcha, en les assurant que de cet homme naîtrait un fruit de beauté.
Comme celle assurance n’eut sans dotilc pas suffi aux Cynocéphales, l’ange les entoura d’un cercle de feu. Ce cercle de feu le gênant, ils en sortirent pour se prosterner aux pieds « lu père du futur Mercorios, ils promi rent de se convertir. En effet, ils s*? défirent de leur caractère sauvage, devinrent doux comme des moutons, suivirent les chasseurs à la ville el furent baptisés. Sur ces entrefaites naquit le saint, que l’on nomma d’abord Philopater. Les Cynocéphales resteront au service de son père jusqu’à ccqu’il oîil atteint l’âge de se faire soldai: alors ils raccompagnèrent » » »
l. Synaxare, SHaha. i. Chronique de Jean deSikiou, lue. cil. p. W.>. < IVndautuue cet impie se disposait à attaquer les l’erse*, le châtiment envoyé par X. S. J. C. vint l’atteindre, et il rut lue par la main de son serviteur,"le martyr Mercorios.
enfermée dans un cercle d- feu. Les Kgyplietis étaient d’aussi habiles înean tateurs que Wotau. Cet éidsode des Cynocéphales" baptisés montre aussi que la mention du Cynocéphale sur laquelle j’ai attiré l’attention n’est pas isolée. — Christ, de anc. copte*, loc. cil. p. 51.: r
à la guerre el lui rendirent les plus grands services. En effet, à la prière du saint, ils recouvraient leur première nature et dévoraient les ennemis de leur mallre; le combat fini, ils redevenaient civilisés. Avec de pareils auxiliaires, Mercure remporta les succès les plus signalés: les ennemis étaient si épouvantés de voir des hommes à visage de cynocéphale, car les Cynocéphales avaient conservé leur visage naturel, qu’ils perdaient complètement courage et lâchaient pied pour ne pas être mangés. Après la campagne, les Cynocéphales ne pouvant plus rendre service au saint moururent d’une belle mort, cl les habitants décernèrent à l’envi au général Philo paler le nom de Mercorios, en raison de ses succès 1. Cepen dant les barbares se révoltèrent contre le roi Dècc, le roi marcha à leur rencontre; mais, en les voyant nombreux comme les sables « le la mer, son coeur défaillit.
Mercure lui « lit: « N’aie pas peur, nous serons victorieux î » Un ange lui apparut, lui remit une épée à deux tranchants, lui assurant la victoire el lui recommandant « le confesser son Dieu après la défaite des ennemis. Muni de cette arme divine, Mercure marcha aux ennemis elles mit dans la plus complète déroule. Le roi voulut remercier les dieux en leur offrant du lait; Mercure refusa « le sacrifier, défit son ceinturon, le lança à la tète du roi, dépouilla ses habits et confessa le Christ. Le roi, lotit étonné de ce changement, voulut le persuader, se mit en colère en voyant qu’il ne réussissait pas, le fil foucllerct, par crainte--« le la multitude, l’envoya à Césaréc pour y avoir la lêtc tranchée *; » » » » »
Tirerai-jc une conclusion exagérée de ce qui précède en disant qu’un pays qui, pendant une « horrible persécution », ne fournit que deux martyrs ne devait pas être un pays où le Christianisme fut très répandu? On aura observé aussi « pic Déméirius l’archevêque et le vieillard Matra étaient d’AIexan »
tendaient pas lous très bien le grec.
dric. Ce premier examen confirme donc ce que j’ai écrit en commençant.Je ne fais pas remarquer icilesimpossibilités que renferment les récits de ces deux martyres: il me suffira de dire que ces premiers spécimens d’Actes de martyrs portent le
Notes d’Émile Amélineau
9. Syn’trarc. 8 Mésoré.
10. Lesynaxare mentionne cependant nu martyresous le règne de Hadrien;
11. Les Coptes ont toujours Compris sous cetle dénomination la province
12. Sur le rôle de cel ange du Seigneur dans les oeuvres copies, voir K.
13. Synaxare* 10 Mesuré.
14. On voit par là qu’aux y’eus du rédacteur de ces Aclet le Christianisme
15. C’est le terme arabe qui revient à chaque instant diiisleSymt-jr<r< pour
16. Ou voit qu’il n’y a pa« que la Walkyrîe du cycle îles Xiel’ieluiig qui élail »
17. Celte raison est donnée parles Coptes; on voit que les écrivains n’en
18. Synaxare, 23, llator.
Chapitre deuxième
Avec la persécution de Dioctétien, le nombre des martyrs et de leurs Actes devient tellement grand qu’il semble presque fabuleux au premier coup d’iwil. El, en écrivant ce mot de fabuleux, je ne pense pas aux romans de pure imagination auxquels l’on a donné la forme d’Actes des Martyrs, je pense aux martyrs qui semblent bien avoir existé, avoir souffert et être morts réellement. Mais dès le commencement j’avoue qu’il estasses difficile de reconnaître ceux qui ont vraiment existé de ceux qui ne doivent leur existence qu’à l’imagina tion des scribes égyptiens. Ce que j’aurai à dire sur l’époque à laquelle furent composés ces Actes, j’emploie le mot parce qu’il est d’usage courant et consacré, et les raisons qui don nèrent tant de vogue à ce genre littéraire, montrera surabon damment que cet embarras est bien réel et non fictif.
En ou tre, la matière est d’une abondance tellement touffue qu’il n est possible d’y mettre un peu d’ordre qu’en élaguant un nombre considérable de petits sujets. Il y a un martyr pres que à chaque jour de l’année, quand il n’y en a pas trois ou quatre. Il faut donc nécessairement se borner et trouver une division qui contente l’esprit, si elle ne correspond pas exactement aux faits en eux-mêmes, car ces faits s’entrecroi sent tellement qu’ils se mélangent les uns aux autres cl for
ment un fouillis presque inextricable. J’adopterai donc, pour les martyrs égyptiens auxquels j’attribue la réalité, une réali té presque fantastique, il est vrai, l’ordre géographique et je passerai en revue, tour à tour, les héros de la liasse cl de la Haute Égypte.
Cette division est assez commode, car il est ainsi permis de ranger les martyrs autour de leurs persécuteurs les plus célè bres. A ce propos, je devrais tout d’abord présenter à mes lecteurs le Dioctétien tel que l’ont façonné les auteurs coptes; mais ce Dioctétien est du domaine de la légende pure, cl, à ce titre, je le réserve pour le cycle des romans où il joue un grand rôle. De même Maximien, quoiqu’il voyage en Égypte et s’occupe beaucoup de certains martyrs, n’est qu’un person nage réellement secondaire. Les personnages principaux, ceux qui se mêlent si intimement au drame que sans eux le drame n’existerait pas, ou serait tellement différent qu’il y au rait substitution d’existence, ce sont les gouverneurs de la liasse et de la Haute Égypte. Arménîus cl Arien, auxquels il faut joindre quelques valis ’ ou gouverneursde district, coin mcCulcien, Publius et certains autres que nous rencontrerons en chemin. Ce sont eux les véritables premiers sujets du dra me qui commence et, pour que nous n’en ignorions, les au teurs coplc3sesont chargés de nous les faire connaître, eux cl leurs familles.
A tout seigneur, tout honneur. Arien était gouverneur d’Antinoë cl présidait au gouvernemement de toute la pro vince de Thébaïde. Celle province allait depuis tes pyramides jusqu’à la ville « te Hyène, l’Assouan actuelle. Il avait sous ses ordres plusieurs gouverneurs particuliers et un gouver neur dont la juridiction s’étendait sur plusieurs nomes, Cul cien. C’est du moins ce qu’on est en droit de conclure de la prérogative qui est dévolue à Arien sur ce territoire, tandis »
Ce mot est le synonyme de gouverneur. Il est continuellement employé dan le? traductions arabes. Il se dit tout aussi bien des gouverneurs géné raux que des gouverneurs de district; cep uidanl, dans le premier ca il est souvent remplacé par émir.
qu’au contraire lorsqu’il se trouve devant le gouverneur d’A lexandrie, il n’occupe plus, évidemment, que la seconde place.
Son histoire était fort connue el les Coptes n’ont pas manqué de la raconter. H était arrivé un jour déguisé, on ne sait trop pourquoi, dans la ville d’AntinocY II n’était pas encore gouverneur général de la Thébaïdc; peut-être s’élail il rendu à Antinoë pour faire le commerce, ou voyager pour son agrément. Quoi qu’il en soit, il se logea chez l’évéquc de la ville, nommé Abadion, homme d’une grande vertu, qui avait un beau garçon, auquel il avait appris la sagesse, la philosophie, les sciences et la médecine 1. Le fils de l’évéquc, nommé Philippe, devenu fort savant, avait un ami auquel il apprenait la médecine: c’était le fils d’un émir nommé Héraclamon, gouverneur d’Antinoë et qui lui-même avait nom Coin Unis, nom destiné à une immense célébrité chez les chrétiens d’Égypte.
Les deux amis étaient beaux, soi gnaient les malades pour rien, opéraient des cures miraculeuses. Arien, en voyant leur beauté, les aima cl chercha de se marier avec la soeur de Colulhiis. Il réussit en son désir et l’évéquc bénit le mariage; puis, l’évéquc consa cra Coltilhus prêtre en lui prophétisant qu’il serait martyr de la main d’Arien, ce qui ne semblait guère probable. Sur ces entrefaites eut lieu l’apostasie de Dioctétien. L’empereur envoya chercher Arien qui se cacha; il promit alors dix rotolisi de- pièces « l’or à quiconque lui amènerait le vali. Arien lui épargna la peine de le faire chercher davantage et se livra lui-même; il vit que l’empereur adorait les idoles: pour lui plaire, il fil comme l’empereur el pour sa récom pense il fut nommé gouverneur général du pays d’Égypte*! »
spécifique à ces expressions, maïs il n’est pas, aujourd’hui, facile de bien spécifier ce sem,
tions coutuuiièrcs aux écrivains coptes.
L’empereur lui donna les ordres les plus sévères au sujet des chrétiens, lui prescrivant de n’avoir pi lié ni du vieillard en raison de sa vieillesse, ni du jeune homme en raison de sa jeunesse, et de couper la têto à tous ceux qui n’adoreraient parles dieux du rôîrAfin« |ue ces dieux fussent bien authen tiques, Dioclétien en remit une collection énorme à Arien qui devait la promener par tout son gouvernement. Arien partit pour l’Égypte cl, à son arrivée, les villes tremblèrent et tout le pays d’Égypte fut dans lu terreur. De ville en ville et de village en village, Arien remonta le Nil jusqu’à Antinoë. Le bruit de son retour, de son apostasie et de sa nouvelle dignité l’y avait précédé: personne ne sortit à sa rencontre et sa femme, pour ne pas le voir, se cacha. L’ayant cherchée sans la trouver, il fit venir l’évêque et lui dit: « Rassemble les chrétiens afin qu’ils entendent lire l’ordre du roi el adorent les dieux. — L’évêque lui répondit: « Apprends moi ce que » » »
« « tu as gagné auprès du roi! Tu es parti en ami, tu reviens en ennemi; tu es parti comme un homme et tu es retourné com me un animal vorace. » — Arien reprit: « Les gens du Sahid ont le coeur dur; c’est pourquoi l’on m’a envoyé pour les punir et leur faire adorer les dieux. » — L’évêque répondit de nouveau: « Prends garde à ces idoles ; si on te les vole, on les vendra. » — L’évéquc, voyant qu’il n’en pourrait rien tirer, le quitta et se rendit à l’église où il rassembla tout son peuple et lui apprit ce qui élait advenu d’Arien. Il ajouta: H 0 mes enfants bien-aimés, le temps de notre séparation est arrivé. » — Le peuple entier fondit en larmes et s’écria: « C’est toi qui nous as instruits ainsi que nos enfants, prie je Seigneur de ne pas nous séparer dans le royaume céleste. Nous sommes prêts à mourir de la même mort que loi. »
passé en Égypte. Le texte. hiéroglyphiques contiennent de semblables allocutions du roi aux dieux ou de scribe aux rois; on a souvent dit que c’était là de la paraphrasée! que le scribesavaient donné libre carrière à leur verre. C’est une erreur: tous ces discour se prononçaient autrefois comme
Les voyant si bien disposés, l’évêque les conduisit au gouver neur et ils s’écrièrent: « Nous tous, nous confessons le Seigneur le Messie, roi du ciel et de la terre. » Arien se mît en colère et ordonna de leur couper la tête: le sang coulait comme de Peau dans les rues, el^ dans les airs, les Anges recevaient les âmes des martyrs, les ceignaient de la cou ronne de victoire et les faisaient monter aux cieux. C’est ainsi que le gouverneur Arien fit son entrée dans la carrière tle la persécution. Il n’y a personne qui ne voie au premier abord combien tout ce récit est romanesque, combien il est éloigné de la vérité et du vraisemblable. Cependant c’est l’un des plus vraisemblables de ceux que je regarde comme ayant eu un fond « le réalité suffisante pour qu’on y puisse découvrir le minime substralum de vérité qui s’y trouve. Ici, il est vrai semblable et sans doute vrai qu’il y eut des martyrs à Antinoë et que l’un de ces martyrs fut l’évêque de la ville, qu’un autre fut sans doute ce Colulhus qu’on lit le #beau frère d’Arien. Mais je dois poursuivre celte histoire en laissant momentanément de coté l’évêque Abadion. »
A côté du martyr d’Abadion existe celui de Colulhus, et ils sont loin d’être d’accord sur tous les points. Tout d’abord, le gouverneur Iléraklamon est si vieux qu’il demande au roi de l’exempter du gouvernement et que le roi lui donne Arien pour successeur. Il n’est pas question du voyage d’Arien près de Dioctétien, ni de son terrible retour, ni de la fuite de sa femme, soeur de Colulhus. Bien que le gouverneur pour
« il* $tt prononcent encore aujourd’hui. (Tétaient des formules de politesse. A moi-même, qui n’ai jamais été et qui ne nie suis jamais donné comme un bien grand personnage, que de fois ne m’a-t-on pas dit: • Que ton arrivée parmi nous soit la bienvenue I Tu nous honores et tu nous glorifies! Tu es la lumière de nos yeux! Notre pauvreté est au service de ta Seigneurie, nous sommes tes rerviteurs pour faire tout ce que tu voudras. Ton amitié est la joie de nos coeurs, ete. » Et tout cela fort sérieusement. J’aTOue que les ftremières fois je fus fort étonné, mais je m’habituai à ces belles phrases qui ont plaisir à l’oreille et je n’y attachai d’autre sens que celui qui y atta chaient mes interlocuteurs, c est-à-dire aucun. Ces! une bonne chose que d’avoir des formules qui remplissent bien la bouche sans engager autrement celui qui les prononce. - -21
« suive son beau-frèro, c’est celui-ci qui va le trouver et au milieu d’une assemblée l’injurie, lui, son empereur et ses dieux. Arien n’osa rien lui faire, mais il l’envova à Débités » où on le garda en prison pendant trois ans; la sumr du martyr réussit même à le faire élargir et ce ne fut ipiNiir autre gouverneur qui, n’ayant pas à respecter les mêmes liens de parenté et ayant eu ses exhortations méprisées, lui lit trancher la tête après l’avoir tourmenté de divers sup plices.
Il faut avouer que ce second Arien n’est pas si farouche que le premier, qu’il n’esl pas aussi dénué de tout sentiment d’humanité que nous l’aurions pu supposer d’abord; mais il faut avouer aussi que l’auteur du second martyre n’avait pas les mêmes aptitudes littéraires que le premier. Cependant, de quelque manière qu’Arien ait été nommé gouverneur de la Haute Kgypte et qu’elle « pt’ait été sa conduite envers les membres de sa famille, la vérité exige de dire que Dioctétien avait eu la main heureuse en lui conférant la dignité de vali pour tout le Sa’id. Arien pensait évidemment que les naturels « le la Haute Kgyple avaient la léle dure et qu’il fallait les corriger. Il prit sa charge au sérieux et ne s’épargna pas. A chaque instant, les martyres nous le représentent parcourant son gouvernement du nord au sud et du sud au nord; il est partout, à Akhmim, àLouqsor, à Ksnch, à Assottan, à Anlinoi-, à Alexandrie, jusque dans les plus petites villes et les moindres villages.
Il devait considérer les chrétiens comme les geiis les plus rebelles de son gouvernement, et, si l’on ajoutait foi aux Actes des martyrs, il faudrait avouer qu’il aurait assez eu de raisons pour penser de la sorte. Cependant de même que, malgré ses voyages incessants, il se trouve toujours à Antinoë lorsque quelque martyr se présente, de même, malgré sa faveur à chaque instant renouvelée, il est bon vivant, a le mot pour rire, se montre rempli « le pitié et ne fait torturer les chrétiens qu’à son corps « léfcndanl. Il en résulte que sa figure est à peu près insaisissable et que l’on » » » »
ne peut presque jamais être sur qu’on ne se trouve pas en présence de purs romans.
Aussi le plus sûr moyen de savoir ce qui dut se passer en ces temps troublés est de considérer ce qui se passe encore aujourd’hui. Malgré h division dos gouvernements, il faut assez souvent encore que les mottdirs se déplacent, quittent le chef-lieu de leur gouvernement else rendent, en personne, dans les localités où on leur a signalé des désordres ou un re fus, par trop énorme, de payer l’impôt. Kn outre, il va « le temps en temps des inspections générales et le moudir est oblige d’aller faire son rapport au Caire. Cette conduite de vait être obligatoire pour Arien au moment où l’on sortait d’une révolte, où la Haute Kgypte en particulier était sans cesse en bulle aux incursions des nomades, Dlemmyes ou autres, et où la question politique se compliquait de la ques tion religieuse.
Le long du tlettve étaient échelonnées des stations militaires, des châteaux, comme disent les traduc tions arabes, au fond des castrum; le gouverneur général devait les inspecter, veiller à leur approvisionnement, veiller aussi à la rentrée des impôts, à exercer la justice autant qu’il le pouvait en ce singulier pays; par conséquent il lui fallait souvent être en voyage. La seule’route utilisable, alors com me aujourd’hui, était le fleuve. Le gouverneur voyageait dans une dahabich pompeusement ornée, suivi de toute’sa maison militaire el civile, même de personnes qui lui étaient simplement utiles et non nécessaires. C’était toute une tlotille et quiconque connaît l’Égypte se représente exactement ce qui se passait. Ces voyages étaient le plus souvent fort longs; le vent n’était pas toujours bon, à la rame on n’avance que lentement, à la cordclle il n’est pas toujours possible de faire avancer les barques à cause des bancs de sable.
Il ne fallait pas être pressé. Mais il fait si bon de naviguer sur les eaux du Nil!les gens, toujours dç bonne humeur, chantaient leurs chansons séculaires, jouaient de la flûte, faisaient résonner les cymbales elles tambours, et la journée passait comme un »
rêve. Le soir on abordait à une petite anse, prés d’un gros bourg, ou dans une ville, et l’on y passait la nuit à dormir ou dans les plaisirs « pie l’Égypte a toujours prodigués à qui les voulait prendre. Les étapes étaient toujours les mêmes, el pour le gouverneur elles étaient nécessairement indiquées par la distribution géographique des stations militaires, à la (été des routes qui commandaient le trafic avec la mer Rou ge ou les oasis, près des villes exposées aux incursions cl partout où le service de l’administration impériale l’exigeait. La preuve, et une preuve évidente qu’il en fut ainsi, c’est que toutes les scènes que je viens d’énumérer se retrouvent dans »
avait même quelques autres de plus: le gouverneur traînait après lui quelque chrétien qu’il espérai! toujours de fléchir on qu’il voulait montrer comme une preuve vivante de sa sévérité, afin de faire peur à ceux qui seraient tentés de les imiter; de temps à autre, on lui faisait endurer quelque petit supplice: le gouverneur faisait dresser son tribunal, apporter ses dieux qui le suivaient toujours, interrogeait le chrétien, le torturait et quand il en avait assez lui faisait trancher la tête. La chose allait le plus simplement du monde quelque fois; d’autrefois elle souffrait plus « le difficultés, il y avait révolte et alors massacre général. D’autres fois encore, s’il fallait ajouter foi aux récits coptes, il y aurait eu des mésaven tures aussi comiques que soudaines, où le pauvre gouver neur se voyait bien attrappé: toutes ses barques restaient au milieu du fleuve sans pouvoir avancer ou reculer, ou bien il préparait des festins et ne pouvait les manger. Ce sont cespe litsépisodcs qui égaient le récit. Et maintenant les documents vont prouver qu’il en fut bien ainsi. »
Tout d’abord, il semble bien que les soldats chrétiens furent les premières victimes de la persécution: les récits de leurs martyres forment une portion considérable des Actes des martyrs d’Égypte. Le premierqui ouvre la liste est Victor d’Assiout. Il était soldat au château de Schou, quoiqu’il n’eut
« pie douze ans, dit le texte ’. Lorsque l’édil de Dioclétien eut été promulgué, où l’empereur ordonnait de faire un sacrifice à ses dieux, le jeune soldat s’exempta du sacrifice. C’était une grave infraction à la discipline militaire. Le commandant de la station lui parla avec douceur, l’encourageant à obéir; mais, comme il ne put rien obtenir, il le fil mettre en prison. Les parents du Jeune homme, ayant appris la confession de leur fils, vinrent l’encourager à persister dans son dessein. Une seconde tentative du commandant ne réussit pas mieux que la première. Il écrivit alors au gouverneur d’Assiout el fit mener Victor jusqu’à celte ville par une escorte de soldats. Le gouverneur essaya à son tour de la persuasion, il promit au jeune homme d’écrire au roi à son sujet et d’en obtenir pour lui le gouvernement d’une ville, s’il voulait lui obéir.
Le jeune homme lui répondit: « Le royaume « le ce monde est périssable, l’or se ternit, les vêtements s’usent, la beaulé du corps se flétrit, périt et se consume dans le tombeau; il no m’est pas permis d’abandonner le Seigneur Jésus le Messie, le créateur du ciel et de la terre, celui qui nourrit tous les êtres corporels, pour adorer des idoles de pierre en lesquelles habite Iblis *. » Le gouverneur le fit mettre à la question, puis ou l’attacha à la queue des chevaux et on le traîna jusqu’à un village nommé Ibsldla. Là, on lui proposa de, nouveau d’adorer les idoles; et il refusa. Le gouverneur écrivit alors sa sentence et le condamna à être jeté dans le four à bains du village de Mousha, un peu à l’est du village d’ibstdla. On l’y conduisit.
L’ange du Seigneur lui apparut quand il eut fait sa prière, après en avoir demandé la per mission aux soldats. Cet ange lui promit les biens éternels du royaume des cictix, un siège au festin des mille ans, aide et assistanceà lotis ceux qui, se trouvant incapables depayer une dette ou en péril sur le fleuve, invoqueraient le Seigneur par » »
Il y a peut être erreur; mais peut être aussi que le jeune Victor n’était qu’un domestique de Légionnaire ou simplement une jeune recrue. 3, Ces! le nom arabe du diable employé par lé traducteur. - - 2a
son intercession. Celui qui écrirait son martyre aurait son nom écril au livre de vie. Ainsi rassuré, Victor se retourna vers les soldats cl leur dit: i< Achevez ce que vous avez reçu l’ordre de faire! » Et en eltel les soldats achevèrent ce qu’ils avaient reçu l’ordre de faire, ils le lièrent et le jetèrent dans le four. C’est ainsi qu’il acheva sa belle passion et son heureux martyre, qu’il obtint la couronne dans le royaume « les cieux ’.
Ce martyreavait lieu tout prèsd’Antinoê, mais non par l’ordre même du gouverneur Arien. Un fait semblable se produisit à l’extrémité nord de son gouvernement, en la ville delartW// Égypte • Le soldat se nommait Timothée el, dil le lexte, il était soldat d’Arien. Quand on promulguaIQ décret par lequel Dioclétien ordonnait de faire acte de latrie aux idoles, Timothée s’élança au milieu de la foule, se saisit du décret el le déchira en s’écriant: « Il n’y a point d’autre Dieu que Jésus le Messie, fils du Dieu vivant!a > » A cette vue, le vali s’élança de son côté, saisit le téméraire aux cheveux, le renversa à terre et ordonna de lui donner la bastonnade. Après la bastonnade, on le soumit à la torture. En souffrant ce second supplice, le martyr s’écria: « O mon Seigneur Jésus le Messie, prète-moi secours! »
Et le Seigneur, voyant sa vaillance, envoya son ange qui le guérit. Le martyr se représenta devant le vali en disant: « Il n’y a point « l’autre Dieu que Jésus le Messie! » Et le vali recommença de le tourmenter consciencieusement; puis il le fil cuire dans une chaudière jusqu’à ce que « sa chair fût devenue comme de l’eau liquide; » après quoi il en fil jeter le résidu hors de la ville. Mais le Seigneur le ressucila, le saint retourna vers le vali, un grand nombre de spectateurs se convertirent cl le vali se détermina J lui faire trancher la tête \ »
H est incertain ici si Arien présida au supplice de Timothée;
tien qui, la nuit, lacéra fédil impérial.
mais le martyr souffrit bien dans son gouvernement. En revanche il fût mêlé à la « passion glorieuse » du soldat Abiskhtrôtiii de Qalltn. Abiskhiroun n’osa pas déchirer le décret impérial, il se contenta, quand on en fit lecture, d’injurier le roi el ses idoles. Comme il était militaire, oii n’eut pas le courage de le tourmenter, on l’enferma dans le château du vali en attendant que celui-ci vint « lu coté d’As siottl, et, le vali étant arrivé dans cette ville, on le lui envoya. Cinq autres soldats résolurent d’imiter Abiskhiroun; ils se nommaient: Oualifados, Armosios, Ezéchias, Pierre et Qaranioun. Ils se présentèrent devant le vali et confessè rent le nom du Messie. Le gouverneur leur lit couper leurs ceinturons et les soumit à la torture; puis, comme c’étaient de petits personnages, pour l’auteur, en comparaison d’Abis khirouii, véritable héros du récit, on les eut vite dépêchés: on crucifia l’un, on coupa la tète aux quatre autres.
Quant à Abiskhiroun, ce fut autre chose: on lui donna la bastonnade, on lui écorcha la tète jusqu’au cou, on le traîna par toute la ville attaché à la queue d’un cheval, on l’enferma dans une jarre de plomb qu’on ferma, on lui donna la question, on le jeta dans une fournaise; mais rien n’y lit, le martyr sortait plus vigoureux de tous ces supplices, car, « l’ange du Seigneur venait, le guérissait et le fortifiait 1. » Le cas devint embar rassant. Le vali se détermina alors à faire venir un magicien; nommé Alexandre, « qui prétendait enchanter le soleil el la lune, monter dans le ciel cl parler aux étoiles. » Ce magicien ordonna de fermer la porte du hammam et de l’arroser; il - prit un serpent, lui parla et le serpent se divisa de lui-même en tleux parties. Alexandre en fit cuire le venin et le foie dans une lasse d’airain et, avec ce spécifique, il se rendit vers le saint. Il le fit entrer dans le hammam cl lui donna à manger »
« I. Il n’est pas dit que cet Ange res$ucita le martyr; mais la chose e.t bien vraisemblable. Dan » sa jarre de plomb Abfrkblroundul étouffer. Cepen dant les soldats qui prirent /oppêsouslc régne de TouUiuièsIII:n’étouffèrent pas dans leurs jarres, ni les quarante voleurs d’Ali-Baba. Vu pareil rappro chement n’est pas irrespectueux:il s’impose, car évidemment nous sommes eu pleine imagination. • de sa mixture en disant: « 0 prince des Satans, opère ta vertu en ce chrétien! » Mais le prince des Satans n’opéra point sa vertu el le magicien fut fort étonné, Abiskhiroun lui dit: « Le Satan, auquel tu as demandé secours et qui ne t’a pas donné le succès, va te tourmenterpar la force de Mon Seigneur Jésus le Messie! » El, en effet, le Satan se saisit aussitôt du pauvre magicien, le jeta à terre et le tourmenta jusqu’à ce que le malheureux eût confessé le Messie: pour son salaire, le vali lui fit couper la léte. On recommença de relourmentcr Abiskhiroun; entre autres choses, on lui coupa les testicules. Le martyre s’acheva, selon une règle qui ne se dément presque jamais, par la décapitation 1.
On aura observé que la plupart des noms de soldats sont grecs ou étrangers. Celle circonstance justifie, cerne semble, ce que j’ai dit en commençant sur la manièredont le Christia nisme s’élail infiltré en Égypte. L’examen des voyages d’A rien dans la Thébaïdc va mieux démontrer encore les conclu sions « pie j’ai tirées de mes études. »
Pour les auteurs coptes, les voyages d’Arien dans fson gouvernement n’eurent point pour cause l’inspectiondes pos tes militaires et la police de sa province; ces raisons eussent été indignes de figurer dans les Actes de martyrs. Si Arien remonta et descendit incessamment le Nil, ce fut pour savoir si vraiment l’évêque Abadion d’AntinoD, que nous connais sons déjà, lui avait dit la vérité en lui affirmant que le saint Psoti, évéqtte de Ptolémaïs, avait fort mal jugé Dioclétien, quand celui-ci s’appelait Aghrabida et qu’il était simple gar deur de chèvres chez le père de Psoli *. La question était assez importante pour qu’elle fût tranchée le plus vite possi ble. Arien lit préparer sa barque cl sa suite, il partit pour Ptolémaïs avec Abadion, à reflet d’interroger Psolh On voya gea par petites journées, comme je l’ai dit, cl la première
f. Synaxare, I Eimcbir. ai La légende de Dioclétien apparaît déjà; il est impossible de la séparer des oeuvres qui ne sont pas purement imaginaire.*.
station fut Assiout. Le vali y trouva Abiskhiroun et le Irai ta comme nous l’avons vu; les Acte d’Abadion nous apprennenl en outre que « tous ceux qui étaient dans la ville confessèrent le nom du Messie, on leur coupa la tête el ils obtinrent les couronnes dans le royaume des cicux. « Tout en naviguant, Arien visitait les villes et les villages, ne se montrant pas aussi pressé d’arriver à Ptolémaïs pour inter roger Psoti que l’auteur copte a bien voulu nous le dire’. A sa suite il nous faut remonter le Ml, nous arrêter en chaque ville où il s’arrêle cl suivre, sur ses (races, le développement du Christianisme dans la Haute Égypte. Pour plus de commodité il ne sera pas besoin de refaire le voyage plusieurs fois, comme le dut faire Arien; nous supposerons que ce voyage no fut fait qu’une fois, quand en réalité il dut l’être presque chaque année; mais toute indication chronologique, autre que celles des mois et des jours, nous faisant défaut, il est impossible de choisir l’ordre strictement chronologique et il faut se borner à l’ordre géographique. » »
« D’Assiout à Akhmtm, à l’exception d’Anta »opolis, il n’y avait pas de grande ville; il n’exisle pas de trace du voyage d’Arien entre Assiout et Akhmlm. On pourrait en tirer la conclusion que sans doute il n’y avait pas de chrétiens dan3 les pelites villes et les villages qui s’échelonnent sur les deux rives du fleuve, ou que tout au moins il y en avait très peu. Dans la ville d’Akhmim ce fut tout autre chose: les chrétiens semblent y avoir été nombreux, comme nous Talions voir. Akhmtm ou Panopolis était en effet le siège d’une colonie-’ grecque très importante, très riche, 1res lettrée, curieuse de toutes les nouveautés philosophiques cl religieuses: elle dut être des premières à recevoir la doctrine chrétienne à cause du commerce qui s’y faisait, comme elle fut le dernier boulevard du paganisme dans la contrée *. C’était une station
Util, de Schnoudi, p. 231. obligée de toutes les barques remontant ou descendant le Nil, par conséquent l’endroit du pays où se.pouvait plus facile ment taire de la propagande religieuse,
Abadion qui suivait Arien, jouissait « l’une liberté assez grande, quoiqu’il fui sous le coup d’une accusation capitale; dès que le vali el su suite furent arrivés à Panopolis, l’évêque entra en communication avec les chrétiens de la ville cl leur apprit tout ce qui était arrivé. Le vali et sa suite durent faire un assez long séjour à Akhmim, si Ton en juge par les Actes. H s’y trouvait le soir du vingt-huitième jour de Kihak: les chrétiens avaient été pris d’une grande tristesse à la nouvelle « les instructions que le vali Arien avait reçues du roi Dioclétien: cependant, comme c’était jour de fête en l’hon neur de la naissance du Messie 1 et que jamais un chrétien d’Égypte n’a laissé passer une bonne fête sans la célébrer, les chrétiens se réunirent avec l’évêque dans l’église de la ville.
Us passèrent la nuit, dolents de coeur; l’évêque les prêchait, les encourageait de ses paroles vivifiantes. A minuit il lit la prière, célébra la messe et fit l’offrande pour le peuple: c’cùl élé l’office de l’évêque de la ville; mais le texte fait observer que l’évêque s’était enfui à l’arrivée d’Arien. Pendant qu’ils étaient occupés aussi pieusement, un méchant homme alla trouver Arien et lui dit: « Les chrétiens sonl réunis dans leur église avec l’évêque auquel tu témoignes tant de respect, et maintenant il leur prêche la résistance aux ordres du roi! » Arien n’eut rien « le mieux à faire que dese mettre en colère, il fit envahir l’église par ses soldats qui massacrèrent à l’envi les chrétiens: le sang remplit l’église, sortit par la porte et remplit les rues de la ville. On arrêta l’évêque Abadion, on le conduisit au vali qui lui dit: « 11 me semble que lu ne me » » » »
qui n’ont pas de mot pour traduire le latin imjteralor. Le mot de roi leur a toujours servi pour tous les régimes qui se sont succédés en Kgyplc; il* l’emploient même pour les gouverneurs.
« martyrs panapotitaius est remis au 30 Kihak. Il y a contradiction entre les deux récits, et cela en plusieurs points. suis que pour rejeler ce que tu sais de moi el apprendre aux gens à me désobéir! » Il cru! en avoir fini avec le massacre île la nuit; mais la ville entière se précipita vers lui, chacun s’écriait: « Xous tous, nous sommes chrétiens! » chacun s’offrait au marlyr, les parents amenèrent leurs enfants » en se disant lés uns aux autres: « Nous allons au royaume des ctciix! » Ils offraient leurs enfants h l’épée et leur disaient: « Ce n’est que l’affaire U’uo moment el vous irez vers le céleste époux! » Selon l’auteur copte, en plus do ce qu’on avait tué pendant la nuit, Je nombre des riches, « les person nages importants, des maîtres de maison qui furent tués dans cette boucherie s’éleva jusqu’à cinq mille huit cents personnes. C’est un joli chiffre 1.
El ce ue fut pas tout, S’il ne restai! plus « le chrétiens à Panopolis, il en restait dans les environs. La montagne d’Akhmiin, comme parlent les documents, était habitée par des moines, hommes pieux et dévots, entre autres par le prêtre Dîoscore et par nn certain Esculape. L’archange Michel en personne leur appanit et leur dit: « Pourquoi restez-vous assis pendant que le combat est engagé et que les gens reçoivent leur salaire au temps de la moisson? Voici queje vali Arien est dans la ville d’Akhmim: les habitants ont confessé le nom du Messie en sa présence et on leur a Coupé la lêle: ils ont obtenu la couronne de gloire dans le ciel. Levez-vous donc, allez confesser le nom du Messie devant le vali; ilTi’èst pas possible que vous n’obteniez d’abord d’être torturés et vous obtiendrez ensuite la couronne du martyre, eu plus de votre piété et de votre, adoration. » Cela dit l’archange leur donna la paix cl remonta aux cicux. Les Jeux saints, bien contents, s’empressèrent de lui obéir et de partir pour Akhmim. En y arrivant, ils trouvèrent le vali assis sur son tribunal et occupé à faire torturer les chrétiens, les uns »
Synaxare, |*r Kuischlr et 30 Kihak. L’oeuvre entière exifte. Je sais où elle se trouve; elle forme tout un petit volume, mais je n’ai pu la faire copier.
sur des chevalets, les autres dans des chaudières, d’autres encore sur « les lits « le fer; ils s’écrièrent: « Nous sommes chrétiens ouvertement el nous confessons Jésus le Messie! » Le vali se mit en colère et ordonna de les torturer; mais l’Ange du Seigneur les sauva el le vali les fil jeter dans un canal, à l’est de la ville, après les avoir fait lier. Le même Ange apparut aux quarante soldats qui composaient la garnison « lu château voisin de la ville 1 et dont les chefs se nommaient Philémon el Ocharios; il les exhorta à se rendre près du gouverneur et à confesser le Messie, Les soldats se mirent en roule, arrivèrent près du canal où avaienl été jetés les deux saints el virent qu’une grande lumière les entourait: les liens des deux martyrs furent soudainement coupés et ils éclatèrent en glorifications. A la vue « le ce prodige, les soldais entrèrent dans la ville en compagnie des deux saints, confessèrent le Christ el le gouverneur ne put s’en débarrasser qu’en leur faisant coujH?r la lêlc *. » » » »
Ce ne furent pas les seuls martyrs que fournirent les environs de Panopolis. Un jour cinq soldais de la suite d’Arien, étant allés se promenerdans la campagne, aperçurent un jeune berger qui faisait paître ses moutons. « Qui es-tu? >< »
lui demandèrent-ils? — H répondit: « Je suis chrétien! » Ils se mirent à sa poursuite, mais ne purent l’atteindre quoiqu’ils fussent montés sur leurs chevaux ’. Désespérant de se saisir de sa personne, ils lui prirent deux « lèses moulons qu’ils se mirent en devoir « remporter. A celle vue, le berger fit volte-face, et, sans autre arme que son bâton, il courut après les soldats, les rattrajqia, les attaqua, leur reprit ses moutons et les laissa aller, non sans les avoir roués de coups île bâton. Les soldats ne manquèrent pas « le raconter au vali » » »
mande la route de tto.eyr. C’est sans doute celui qui el appelé l’suiiibeledj dans la vie de Maeaire de Tkoou. Cf. K. Auiéliiieau:.Voit., op. cit. >. 115.
reurs el le terrain ne devait pas favoriser les chevaux.
ce qui avait eu lieu. On ne savait pas le nom du berger, mais on savait, j’ignore la manière dont on avait obtenu ce renseignement, que ce berger était de Schiusçhif, Le vali envoya chercher le chef du village « le Schinschif et lui « lit: « Je jure par la vie « le mon Seigneur le roi que, situ ne m’amènes ce jeune berger, je le couperai la lêle du tranchant de mon épéc! » Le vali de SchiiKvhif, car on lui donne ce nom, réunil tous les scheikhs-el-bcledçl leur apprit ce qu’on lui avait dit; ces braves gens se sentirent toul émus de frayeur à la pensée qu’on pouvait ravager leur village, ils firent réllexion qu’il valait mieux livrer un homme que s’exposer à un tel « langer: ils se saisirent du bergerSchourael le conduis sirent au vali. Le vali commanda de? renfermer en prison jusqu’au lendemain matin: le jeune homme y trouva une foule de chrétiens qui l’encouragèrent au martyre cl, lui même, il fortifia son cumr.
Le lendemain on le conduisit au tribunal. Après les premières questions sur son nom, son pays el sa profession, Arien lui demanda: Pourquoi t’a-t-on amené vers l’instrument de torture? » — « Je n’en sais rien rien, répondit Schoura, je suis prêt à l’apprendre’! » Le vali après l’avoir examiné el trouvé que c’était un bel homme, (Schoura avait vingt-huit ans), lui dit: « Schoura! on m’a dit plusieurs choses à ton sujet, mais, si tu sacrifies, jeté pardonnerai tout; si lu me désobéis, je le torturerai, car tuas été audacieux envers mes serviteurs et tune te prosternes pas devant lés dieux du roi! » — Et le brave répondit: « Je ne l’écouté point, fais île moi ce que tu voudras. » Le valise mit à luMivre, il lui lit déchirer les flancs, brûler la piaule des pieds, appliquer des torches ardentes sur ses flancs déjà torturés el recouvrir la tête de feu. Schoura rendait grâces h Dieu el le vali le crut mort; mais Schoura était bien vivant. Le vali fil apporter du vinaigre, on y mil du sel cl on frotta » » »
(Test la r« ’-poue qu’Alexandre Dumas met dans la bouche du mari de >!• Ilouacietix, lorsque le gouverneur de la bastille lui demande pourquoi on l’y a amené. — 3G — Schoura avec la solution. Lorsqu’on l’eut ramené en prison, l’Ange du Seigneur lui apparut, le félicita, l’encouragea, et Schoura cul tant de joie de cette apparition qu’il passa toute la nuit à chanter dans sa prison, au grand élonnement des autres prisonniers. Le lendemain, le vali le lit revenir devant son tribunal el, en le voyant le visage si gai, il lit venir un magicien auquel il dit: « Ilciids vaine la magie de ce chré tien! » — Le magicien dit: « Certes, je le ferai! » Il prépara une coupe de poison, la passa au saint pour que celui-ci la but: Schoura prit la coupe, mais elle lui échappa, tomba à terre, se brisa et il en sortit des vipères menaçantes qui marchèrent droit à Schoura.
Sans montrer la plus légère émotion, Schoura mil le pied sur la tête des vipères et les écrasa. Le magicien fui remplit d’étonnement: « Je ne peux rien contre cet homme, dit-il au vali, car il est fort de par son Dieu. » Le vali essaya alors de la douceur el de la persé cution: tout fut inutile. Entre temps, Schoura avait appliqué un si fort soufflet à l’un des soldats qu’il lui avail arraché l’oeil; il remédia bien vite au mal qu’il avait fait el un signe de croix tracé avec du sang sur l’oeil crevé le remit en son état premier. Le vali rendit la sentence suivante: « J’ortlonnc qu’on égorge Schoura comme un mouton el qu’on le pende aux murailles « le la ville, afin « pie les oiseaux mangent sa chair! » Ce qui fut exécuté; mais il est probable que le corps ne fut pas dévoré par les oiseaux de proie, car il a fail un grand nombre de signes et « le merveilles 1. » » » »
Le séjour d’Arien à Akhmlm fut encore marqué parle supplice de deux soldats syriens, qui avaient quille leur pays de Syrie cl déserté l’armée pour venir à Akhmlm être mar tyrs par l’enlremised’Arien. Arien leur lit attacher au cou de grosses pierres et tas fil psndrela télé eti bas aux murs « lu château. Puis, comme ce supplice n’avait rien produit, on leur attacha aux pieds d’énormes pierres et on les jeta dans »
Synaxaret 10 Kihak. — ’n — le Nil; mais, par la grande vertu du Messie, les pierres surna gèrent; les deux soldats, nommés Eulogcet Arsène, s’assirent dessus el se laissèrent aller au courant du fleuve qui les porta tranquillement à terre. Le vali, qui est traité de roi, les lit de nouveau pendre la tête cubas et les condamna enfin à être égorgés comme des moutons ’. La chose fut faite et les Anges leur posèrent sur la tète sept couronnes; les trois premières, parce qu’ils avaient comparu trois fois devant le tribunal du vali; la quatrième, parce qu’on les avait pendus aux murailles du château: la cinquième, parce qu’on les avait jetés dans le i\il; la sixième, parce qu’on les avait égorgés comme des moulons; et la septième, parce qu’ils étaient étrangers. Leurs corps pieusement conservés devinrent l’occasion de nombreuses merveilles, qui défrayèrent les récils des conteurs *.
Ayant accompli d’aussi bonne besogne à Panopolis, Arien songea à se rendre à Ptolémaïs en compagnied’Abadton, afin de savoir à quoi s’en tenir sur Dioclétien et sa moralité. Les Actes de Psoti eld’Abadion parlent d’une lettre que Dioclétien,
« I. Celle répétition d’une expression qui s’est déjà montrée dans les Acte de Schoura pourrait démontrer qu’il n’y a eu qu’un seul auteur, ce qui nie semble fort probable pour les récifs localisés, comme ceux qui viennent d’être analysés; on ne trouve pas d’autre exemple de l’expression. 2,’Synaxare, 16 Kihak. Parmi les prodiges racontes dans le Synaxarc même, il y en a deux qui.« ont vraiment typiques et qui donnent une idée très exacte de celle littérature dont j’ai réuni de. exemples dans mes Contes et Ko’tians de t’Egapte chrétienne. Lu berger, près du mona »tère élevé aux deux saints, joue îles airs profanes sur sa tlûle; il est tout-à-coup empoigné par un diable qui le fait pirouetter et le lance dans le fleuve. Lu crocodile, qui n’attendait que celle bonne aubaine.s’avance aussitôt pour servir d’ins trument à la vengeance des deux saints.
Le berger de son côté invoque les saints. échappe au danger et se fait le domestique de leur église. — Le se cond met en scène une femme qui, à l’église, perd un bracelet d’or. Sa voisirtc qui était pauvre prend le bracelet et le cache dans ses cheveux. La Iiremière se met à pleurer el « lit aux saints: « O mes Seigneurs, remplacez e moi. » Aussitôt sur un ordre de Dieu, les deux saints saisissent la voleuse »1 la pendent ta lèlc en bas î Le bracelet tombe. La voleuse promet de ne plus recommencer, et on la laisse aller, car Dieu ne veut pas la mort du pécheur » mais sa conversion el sa vie. A la lin de son récit, I auteur ajoute! « VA si nous voulions raconter tous les prodiges de ces deux saints, ce serait bien long. » Kl il craint en effet d’abuser dé la patience de ses lecteurs, il clùt son récit.
Je dois faire observeranssîque le nombre des couronnes ne doit’ pas ètoaner. Les représentations de la divinité en Kg} pie étaient surmontées de coiffures formées de multiples couronnes, qui ont suggéré aux auteurs coptes celle multiplicité de couronnes données aux martyrs et dont ils ne peuvent pas très bien rendre compte.
qui est très au courant du nombre des évéques « lans la Haute Égypte, envoie au gouverneur Arien comme instruc tions au sujet de Psoti de Ptolémaïs et de Callinique d’Esch mouneïn. « 4e l’ai donné le pouvoir, disait le roi au gouverneur, sur tous les chrétiens qui ne lèveront pas l’encens: prends leurs tètes. Quant à Psoti, à Calliuique et aux autres évéques, s’ils écoulent, obéissent cl lèvent l’encens aux dieux’, honore-les avec excès; sinon prends leurs tètes du tranchant de l’épée. » L’empereur spécifiait même que pour Psoti, on « levait en faire le chef de tous les temples de l’Égypte, s’il obéissait au décret impérial. Dès « pi’Arien fut arrivé à Ptolémaïs, il lit venir Psoti el lui raconta tout ce que l’évêque d’Anlinoë avait avancé sur l’empereur.
Personne ne pouvait mieux connaître Dioctétien que Psoli: ils avaient ensemble gardé les chèvres des parents de Psoti, cl, « lès le temps « le leur jeunesse, Dieu avait fait connaître au jeune Psoti par des signes non équivoques que Dioclétien, nommé alors Aghrabida *, serait un grand persécuteur « le l’Eglise. Aussi quand la destinée eut fait de Dioclétien l’empereur de Home el de Psoli l’évêque de Ptolémaïs, celui-ci n’eut aucune peine à connaître par avance ce qui arriverait, Il coiiUrma de tout point à Arien ce qu’avait dil Abadion. Au lieu de le remercier de ses renseignements, Arien se mit en colère et menaça de le torturer. Psoti répondit: « Mon corps est « lans la main, fais-en ce que tu voudras; car je ne peux abandon ner monseigneur Jésus le Messie cl.nie prosterner devant des « lieux de enivre, d’or ou de pierre. »
L’envoyé « pli avait apporté la lettre « lu roi, voyant « prArien faisait apporter les inlrumcnts de la torture, chevalets et autres, intervint et « Ht: « Le roi ne t’a pas permis de le torturer. » A rien furieux de » » » » » » » » » » » »
t. Celle expression est justifiée p.ir les représentations monumentales de l’Kgyple pharaonique. Pour offrir de l’encens, on se tenait debout, on avan çait "L? bras droit cl, dans la main ouverte, ou faisait brûler l’encens dans nue cassolette.
donnerai plus loin cette légende tout entière.
se voir ainsi contrecarrer par un subalterne, répondit: « J’ai plusieurs sortes de torture » De fait il ne donna pas la
question à Psoli, leroi ne parlant quedecouperla tête; mais il le lit jeter « lans une chambre obscure, dont on ferma la porte hermétiquement après l’avoir remplie de fumier d’âne tout frais. Le saint resta ainsi vingt-quatre jours dans ce lieu infect sans boire, ni manger; quand il en sortit, son visage resplendissait de lumière. Apres un nouveau refus de sa part, le vali lit enlever le fumier, le remplaça par du fumier frais et enferma de nouveau Psoti dans ta chambre pendant sepl jours. Au bout de ces sept jours, il était aussi bien portant qu’avant, car la force du Messie était en lui. Le gouverneur, à bout de patience et n’osant pas autrement le torturer, donna l’ordre de lui trancher la tète. Comme on le conduisait au supplice, l’évêque était revêtu de ses habits sacerdolaux.
Les fidèles lui dirent:« 0 notre père, les soldats prendront les habits » — « Mes babils, dit Psoli, sont comme ceux « le mon Seigneur « juc les soldats tirèrent au sort. » On voulut le faire manger un peu: « Je ne romprai le jeune, dit-il, « pic dans le royaume de mon Seigneur Jésus le Messie! » Arrivé au lieu du supplice, il lit sa prière, confia son peuple au Seigneur et tendit le cou. Les chrétiens donnèrent de l’argent aux soldats et emportèrent son corps pendant que les Anges emportaient son âme dans les ieu\’ « » » » » »
De Ptolémaïs à Tenlyris, c’esl à dire de Psoï à Deiidérah, Arîen ne trouva sans doute pas de chrétiens à torturer;du moins le SynaxareWen mentionne pas. A Deiidérah, au con traire, le nom du Messien’élait pas inconnu. Arien savait mê meque prèsde cette ville était un solitaire chrétien qu’il impor tait « le converlir on de faire périr. Il le lit chercher, mais sans succès. Pendant ce temps-là, l’Ange du Seigneur apparut à »
Synaxare, 21 Kihak. On observera que les martyrs •îVikhmiinmeurent le 30 kihak et que IVoti est déjà ntott le 2tt quoique Ptolémaïs aujcivfd’hui.Menschich) soit au sud d’Akhmiln. ’).’ eu pourrait coiiclurequ’Arienavait fait venir Psoti à Panopolis; mats rien ne justifie ceUe’concluîion. *- Cf. Synaxare, l« Eiuschir. — iO — Paphnuli, ainsi se nommait le solitaire, et lui dit: « Itcvéls toi des babils de la Messe, descends de celle prison ’,et va le présenter au vali. » Au moment on le vali se désolait de l’in succès de ses recherches, Paphnuli se présenta devant lui en s’écrianl: « Je suis chrétien ouvertement, je crois au Sei gneur le Messie! » Arien, ayaiïl appris que c’était le fameux solitaire qu’il recherchait, le lit enchaîner el jeter dans un cellier: une lumière divine remplit le cellier.
L’Ange du Sei gneur lui apparut et le consola. Le solitaire persuada même à un chrétien, à sa femme, sa tille, et à ses douze garçons d’être martyrs pour le Christ;et en effet on les mit à mort. Le vali furieux lit jeter le saint dans le Ail, après lui avoir fait attacher au cou une grosse pierre, La pierre surnagea cl le martyr aussi. Le vali le fit pendre à un palmier, mais aussi tôt le palmier produisit douze régimes de dattes. Cependant Paphnuli finit par rendre l’âme *. Il ne fut pas le seul mar tyr de Deiidérah avec ses quinze compagnons. Le Synaxare en un autre jour, mentionne quatre cents martyrsqui curent la tête tranchée vers la fin du règne de Dioclélicn, sans dire si ce fut sous le gouvernement d’Arien. »
De Deiidérah, nul chrétien ne se présenta au gouverneur jusqu’à Coptos. A son arrivée dans celle ville, on lui fil un accueil magnifique; les prêtres des temples se rendirent près « le lui et lui dirent:« 0 notre Maître, vis éternellement! Il n’y a personne en notre ville qui prononce le nom « lu Christ. » Arien fut bien content el lit de grands présents aux prêtres, offrit de l’encens à ses dieux cl monta à la ville. Cependant il y avait un chrétien dans la ville: c’était un jeune homme nommé Imsah (crocodile) qui vivait dans un jardin nommé le Champ des femmes, en compagnie de sa so.’ur Théodora qui était chrétienne aussi et avait garilé sa virginité. Ils cultivaient le jardin, y trouvaient leur nourriture, vendaient les produits pour s’acheter « les vêlements et du reste ils fai » » »
saienl l’aumône aux indigents. Quand Imsah apprit que les prêtres avaient assuré au vali qu’il n’y avait pas un seul ché tien dans la ville de Coptos, comnio il était préparé « lui et beaucoup d’autres », à confesser le Messie pour obtenir la couronne du martyre, il fut rempli de tristesse en voyant qu’il n’y aurait pas de martyr. Mais le Seigneur vit la pureté de son désir et il lui envoya son Alige qui lui dit: « Ne t’attriste pas et ne laisse pas rétrécir Ion coeur î Quand tu te seras levé demain malin, rends-toi sur les bords du Nil; lu trouveras une barque, lu descendras jusqu’à la ville de Qaou ’ el tu y confesseras le Messie « levant Arien: je serai avec toi jusqu’à ce que lu obtiennes la couronne du martyre ». L’Ange lui donna la paix et remonta aux cicux.
Le lendemain matin, sans dire à personne ce qu’il avait dans le comr, Imsah se rendit au fleuve, prit une barque et descendit jusqu’à Qaou. H y trouva le vali qui tourmentait les chrétiens, il s’écria: a Je suis chrétien ouvertement. » Le vali demanda qui était cet homme cl d’où il était originaire. On le lui dit, et ils’écria en s’adrossant à Imsah:« Pour quelle raison as-tu quitté ta ville, tout seul, pour venir ici? » Il le fit battre avec des sou ches de palmier encore vertes: le sang du martyr coula com me l’eau et Imsah s’évanouit; il fut proche de la morl. On le porta eu prison; le lendemain matin, on le trouva debout,’ occupé, à prierî. Quand on l’eut mené devant le vali, celui-ci lui « lit: » Pourquoi t’es-lu montré plus ferme que les gens delà ville î si lu inYcoules et lèves l’encens, je te comblerai de faveurs! » —- Le saint répondit: « Je n’abandonnerai pas ma foi, jusqu’au dernier soupir. « On le battît à coups de fouets. Quand on le crut morl, Arien ordonna de le rouler dans une natte, « le le mettre dans une barque et de le mener sur le » »
Qaou. Ile plus il faut ob »ervcrque le vali ne tourmenta les chrétiens à « }aoti qu’à son retour.
avait passé par la prison celle même nuit. Les Actes complets devaient certainement le dire,
lleuvc: quand on aurait rencontré un crocodile bien glouton, on le lui jetterait. On eut bientôt rencontré un crocodile qui se chauffait au soleil, sur le sable. Les soldats prirent le mar tyr el le jetèrent dans le fleuve: alors seulement, le martyr rendit l’àmc. Cependant le crocodiles’approcha; mais, au lieu de manger le martyr, il lui fit remonter le courant du fleuve cl ne le quilla point qu’ils ne fussent tous deux arrivés à Cop tos ’. L’Ange du Seigneur apparut à la sieur du saint pen dant la nuit, lui apprit la gloire el la belle couronne que son frère avait obtenues pour avoir été patient el confessé le Christ; il ajouta: « Demain, prends les prêtres de la ville, rends-loi avec eux sine les bords du fleuve, tu y trouveras une natte enroulée; elle renferme le corps vénérable. » La soeur fil le lendemain ce qui lui avait été dit:on trouva la natte, on trouva le corps, cl, au chaut des hymnes, on leporla dans le jardin où on l’ensevelit dans des linceuls convenables et où on l’en terra 1.
Malgré les contradictions dont abonde ce récit, il en ressort clairement que les chrétiens n’étaient pas très nom breux à Copies. De Coptos, il nous faut aller jusqu’à Thèbcs pour trouver de nouveaux martyrs. En arrivant à Louqsor*, Arien vil de la fumée qui sortait d’un temple el « Ht: « Quelle est la cause de celle fumée »! On lui répondit qu’il y avait assemblée dans le temple et qu’on y offrait le lait. L’émir se réjouit beaucoup et dit: « Dans toute la Haute Égypte, je n’ai trouvé que celle ville qui m’ait contenté le coeur î » Sa joie ne fut pas de longue durée; un soldai, nommé Schana zoum, chrétien depuis son enfance, se présenta et dit à hait’ »
jeu d’esprit sur le nom « lu martyr Imsah (crocodile) et le nom du crocodile en copte qui esl le même. Les crocodiles lie se mangent pas entre eux; par conséquent le crocodile ne pouvait pas manger Inisali. Ce genre de recher che est tout h fait dans le goiït égyptien. On observera celle variante de la légende du dauphin portant « Jrion, » »
« dire les deux temple*’. Le mol Louqsor n’est qu’une corruption dont je me sers », parce qu’elle est usuelle.
te voix: « Je suis chrétien! » Arien le regarda et lui dit: « Les hommes de celle ville sonl sages; toi, lu n’es qu’un idiot cl un sot! » — Schanazoum répondit: « Je ne suis point un idiot, mais un sage/cl c’est si je t’écoulais que je devien drais un sol. » N’ayant pu réussir à le faire sacrifier, Arien lui lit donner des chaînes, mettre les entraves el renferma dans un réduit ténébreux. Le lendemain malin; comme Arien était sur son tribunal, une vierge, nommée Madadsina, se présenta et dit: « Je sois chrétienne » — Le vali lui.dit: « Prosterne-loi devant la statue » — « C’est une chose « pie » »
je ne ferai jamais, » répondit-elle. Le vali ordonna de la pendre la tête en bas el « le la fustiger avec des bâtons de pal mier,-jusqu’àce que la mort s’ensuivil. Elle mourut en effet à la troisième heure, en tonte aise, et les anges transportèrent son àmc aux cienx. Cependant le vali fil venir Schanazoum: a Sacrifie aux dieux, » lui dit-il. — « Certes, répondit Scha nazoum, la paroles esl mauvaise; je ne l’accepte pas de loi. » Comme il parlait ainsi, un autre soldat, nommé Sophronius, en garnison à llifa, lieu dépendant « le Louqsor, se présenta devant Arien cl Itii dit: « Je suis chrétien, je ne resterai pas plus longtcmpssoldalsotistcsordrcs!Mon roi. à moi, c’est Jésus le Messie: à lui soit la gloire ï » Alors l’assesseur d’Arien lui « lit: 0 mon Seigneur* ordonne d’écrire la sentence de, ce »
magicien Schanazoum. car, si tu ne le fais, il enchantera toute cette foule et nous aurons des ennuis à son sujet. » Le vali rendit la sentence: il ordonna d’enchaîner les deux soldats, « le les pendre la tète en bas aux branches d’un acacia; puis, quand on les aurait pendu*, de couper les cordes tout à coup, afin qu’ils se tuassent en tombant sur la tête. On le fit; mais l’Ange du Seigneur enleva les deux saints et leurs fers se fondirent comme la cire devant le feu. Ils se présentèrent aussitôt « levant Arien en « lisant: « Ouvre les yeux, Arien, el regarde-nous l » Le vali les fil torturer sur le chevalet, on leur appliqua des torches ardentes aux Ihncs, les bourreaux se lassèrent, cl les saints ne sentaient rien, malgré que leurs » »
flancs fussent ouverts; car la vertu de Dieu tombait sur eux et l’Ange du Seigneur les secourait. « Sacrifiez aux dieux, dit encore Arien, sinon vous mourrez de maie mort. » Mais les deux soldais n’eurent aucune peine à prouver au vali que celte morl serait leur vie; ils lui citèrent des paroles de l’Ecriture et des exemples bibliques. « Votre bavardage ne vous servira de rien, dit Arien; sacrifiez ou vous mourrez. » Ils n’en continuèrent que de plus belle: on leur avait versé de l’huile bouillante dans la bouche cl elle les avait rafraîchis. Le vali n’entendit rien, mais il ordonna de les faire monter au sommet du temple et de les en précipiter la tète la première. Les deux saints n’eurent aucun mal, car il était écrit que Dieu envoie ses Anges garder ses élus et les porter dans leurs mains. L’épée seule eut raison des deux soldats. Les Anges conduisirent leurs âmes dans les cieux, où on les couronna de couronnes célestes, après les avoir revêtues d’habits lumineux’.
De Louqsorjusqu’à Esneh, la rive gauche du Nil parait avoir été habitée par un nombre de chrétiens déjà considérable. Cependant, d’après les Actes des martyrs d’Esneh ou Lalo polis, il n’y en avait pas à llcrmonlhis, aujourd’hui Ermenl. Il est assez difficile de retrouver la vérité réelle dans l’abrégé de ces Actes, mais on y peut voir que te gouverneur Arien se trouva à Esneh à trois reprises différentes, ce qui n’implique aucunement qu’il n’y alla « pie Irois fois pendant la persécution. Dès son premier voyage, Esneh comptait assez « le chrétiens pou ravoir un évèque, lequel avait été consacré par le patriarche Pierre d’Alexandrie. Devenu dans sa ville épisco pale, il s’était creuséune groltc dans la montagne occidentale, ou sans doute avait utilisé quelque ancienne tombe pharao nique. Il descendait à la ville le samedi et retournait à sa grotte le lundi. Ainsi que la plupart « les évéques de la Haute Égypte, il ne semble pas avoir eu lotit d’abord une grande » » »
ardeur pour le martyre 1. Lors de la premièrearrivée d’Arien, on ne le voit pas et le gouverneur serait sans douté passé sans signaler sa présence par quelque supplice, n’eût été une circonstance fortuite. Aux environs de la ville d’Esneh, le vali rencontra « pichnics jeunes hommes conduisant leurs ânes chargés de pastèques jaunes. Comme on ne se rencontre guère en Égypte sans lier conversation, même si l’on ne fie connaît pas, les soldats de l’escorte s’arrêtèrent à causer avec les jeunes hommes: pcul-êlrc voulurent-ils acheter les pastèques, ou simplement les prendre. Au cours de la conversation, les jeunes gens apprirent aux soldats qu’ils étaient chrétiens. Les soldais se saisirent dcleurs personnes, el sans doute de leurs pastèques, et les conduisirent au gouverneur.
Les jeunes gens étaient quatre frères, Serous, liermon. Danoufet Douslal. Leur mère, nommée Damlaha, ayant appris lcurarrcstalion, accourut les encourager et leur répétait: « Nous aimons leScigncur Jésus le Messie beaucoup plus que les idoles misérables, faites de pierre et muettes, » Le gouverneur ordonna de les mettre en prison pour la nuit. Pendant la nuit, la Vierge elle-même apparut à Damlaha, lui annonça que le Messie l’appelait dans son royaume avec ses quatre fils, lui « tonna la paix el remonta aux cicitx. Le lendemain, Arien fil appeler les cinq chrétiens: « Offrez-vous le lait aux dieux, oui ou non? » leurdenian<lu-t-il. — Ils répondirent: « Nous sommes chrétiens ouvertement! » Le vali leur lit trancher la tête 1. » »
Arien poursvivit son voyage jusqu’à Assouan, mais à partir d’Esneh, il n’est plus question « le martyrs. Le Sy/Mr rare contient la vie « le deux éviVpies d’Assouan, mais ils vécurent en « les temps postérieurs à la persécution. Aussi » » »
maïs en avait d’abord fait autant, comme je le dirai plus loin; nous trouve rons d’autre exemples de celte manière « "agir qui prouverait que lé mouvement vers le martyre fut avant tout populaire, et qu’au fond là hiérar chie n’était pas 1res bien établie. »
r bien, entré Esneh et Assouan, il n’existait pas de grande ville, ni même de gros bourgs, à l’exception d’Edfott qui est. déjà éloigné du fleuve. Les commerçants n’avaient donc pas l’occasion de s’arrêter entre les deux villes, autrement que pour passer la nuit. A Syène, le commerce ne devait pas non plus être très florissant à cette époque, à cause de la présen ce continuelle des Dlcmmycs ou autres barbares. A Philée, le temple d’Isis était toujours le centre d’un culte florissant en l’honneur de la déesse. Il n’est donc pas vraisemblable « pic le Christianisme eût beaucoup pénétré dans celle région sous le règne « le Constantin, cl je suis même porté à croire qu’il ne s’y établit « |tie difficilement et lorsque l’Égypte entière fut chrétienne, après l’envahissement diimonachismc. Arien retourna sur ses pas et reparut’à Esneh. Comme il était aux bains, quatre gros collecteurs d’impôts, riches i/iitibs, comme « Ht le texte, cl grands seigneurs de la ville, vinrent lui rendre compte « le leur gestion. Comme le gouver neur vérifiait’leurs comptes, il arriva à l’un d’eux, sans doute pour se justifier de quelque accusation, de jurer par le nom du Messie. Arien dressa soudain l’oreille, il voulut leur faire renier leur foi, sansv réussir: il leur lit trancher la tête. L’exécution de ces quatre personnages d’un haut rang, ils se nommaient Eusèbe, lemamal, llorus el Dakhousch, ne se pissa pas sans que la foule témoigna « le ses sentiments pour l’administration romaine: en même temps qu’eux, dit le Synaxare. furent martyrs des moines, des hommes el des femmes. Celle première exécution en masse semble avoir laissé une assez grande impression dans le pays; plus lard, on montrait le puils où le bourreau avait lavé son épée rotigie du sang « les martyrs, il était situé à l’Ouest de l’église « les quatre, héros ’. » » » » » » » »
Ce ne fut là que le prélude « les grandes journées d’Esneh. »
Synaràre, 13 Kihak. Le fait est dit s’être p.i*« é le 6 llaona. Ces deux dates concordent assez bien et la mention des pastèques se comprend au mois de iJaschon? (Mai). »
Dans un autre voyage que le vali faisait en la Haute-Égypte, il se trouvait à llermontbîs, lorsque deux femmes allèrent le trouver et lui dirent: « iN’otis sommes chrétiennes ï » Arien se mit en fureur. Les chefs de la ville venaient de lui assu rer qu’il n’y avait pas un seul chrétien dans leur pays. « Pourquoi, leur dit-il, m avez-vous dit que dans voire ville il n’y pas un seul chrétien. » Les chefs se justifièrent et firent une enquête: on trouva que les rlcux femmes étaient d’Esneh cl on les accabla de reproches en leur disant: « ft’avez-vous point de honte, surtout lorsque vous êtes étrangères à celle ville qui contente tes rois et les dieux? » Le vali fit trancher la tète aux deux femmes mommées ïccle et Marthe 1; il rendit ses bonnes grâces aux habitants d’Ermrnl, mais se promit de punir Esneh d’une manière exemplaire. Il s’y rendit, ce semble, par terre, ce qui n’offre pas grande dilTicullé, la distance étant petite.
Cependant l’évêque d’Esneh, Ammonios, continuait toujours son même genre « le vie, faisant mortifications cl prières dans sa grotte de la montagne, descendant à la ville te samedi, faisant’la synaxe, rendant la justice et parlant le lundi. L’Ange du Seigneur lui apparut: l’évêque à sa vue, eut peur et tomba à terre. L’Angj le releva, le rassura et lui dit: « La paix soit avec toi, 6 Ammonios î Le Seigneur a exaucé tes prières en laveur de ton peuple et le Seigneur le Messie a préparé des couronnes pour ton troupeau tout entier. Pendant que tu restes ici, Arien s’approche: descends cl va leur apprendre à rester fermes dans la foi au Seigneur le Messu », car tous ils hériteront le royaume des cietix. » L’Ange salua l’évêque et le quitta. Ammonios, en conséquen ce, descendit de sa montagne, il se rendit à la ville pour être martyre, comme s’il s’y fut rendu pour assister à un banquet. A son entrée dans la ville, tes chrétiens furent dans la joie: l’évêque les prêcha el leur raconta ce qu’avait dit l’Ange du
Seigneur; ils répondirent tous: « Xoiis souffrirons toutes les peines, ô notre père, el nous mourrons pour le nom du Sei gneur le Messie î » Evidemment si Arien n’avait pas conservé un bon souvenir « les habitants d’Esneh, ceux-ci n’en avaient pas conservé un meilleur de lui et s’apprêtaient à lui résister à leur manière. Le lendemain tombait la fêle d’un saint Isaac; les chrétiens se réunirent dans un oratoire à la montagne de Kaloun: ils y tirent la fêle 1. Cependant Arien était parti d’Erment et était arrivé à un petit village appelé llalouaii, à l’Ouest « le la ville d’Esneh. Les habitants en sortirent pour confesser le Messie; le vali leur lit couper la lêle cl passa outre. Arrivé à la ville, comme il entrait par la porte méri dionale, nommée porte Oschkhou, il ne trouva personne: la ville était « léserlc.
Seule, une vieille femme n’avait pu suivre le peuple à la montagne; l’émir lui dit: « Femme où sont les habitants de la ville? » — Elle lui dit; « Ils ont entendu dire que le gouverneur infidèle arrivait pour tuer les chré tiens et se sont retirés à la montagne Qiliima pour faire une fête. » — « Quel dieu adores-tu? » demanda le gouverneur. — « Je suis chrétienne » répondit la vieille. Arien lui lit couper la tète, séance tenante, en sa maison « mi lui servit de tombeau. Arien quitta la ville cl s’achemina vers la monta gne. Tout près de la ville, en un lieu nommé Mabqala, il trouva une grande foule qui se proclamait chrétienne; il lit couper tontes les têtes. Un peu plus loin, en un lieu nommé Girmahahàt, même exécution; plus loin encore, à Scralu, lotis les chrétiens sont décapités.
A la montagne, il trouva les habitants de la ville qui l’étourdirent en criant! « Nous sommes chrétiens ouvertement! » Le gouverneur voulut parlementer et essayer « te la conciliation, ce fut peiiieinulilc; il lit alors avancer son escorte cl commanda le massacre général. On se précipitai! au-devant de l’épée, on amenait » » » » »
t. Ce détail prouverait a« se* que les circonstances du récit sonl imaginai res. Je ne sais quel est cet Isaac. C’est encore la coutume en Égypte que les Coptes se réunissent ainsi en certains oratoires pour y célébrer les fêles. »
les jeunes filles en disant: « < Avance-toi vers le véritable Epoux qui ne meurt pas! » Pères, mères et enfants s’exhor taient les uns les autres: « Allons à la couronne éternelle dans le royaume « les cicux! » Dans les airs, toute une légion d’Anges était en effet occupée à les couronner. Le nombre des martyrs, « Ht l’auteur, ne fut connu que de Celui qui connaît tout. Cependant, on s’était saisi de l’évêque Ammonios cl on l’avait amené au vali en disant: « C’est lui qui esl cause de toutes ces morts ï » Le vali furieux le fit attacher à la queue des chevaux et l’emmena avec lui vers Assouan 1. Au retour, comme on approchait d’Esneh*. on trouva trois fellahs qui s’écrièrent: « Nous sommes chré tiens i » — Les soldats répondirent: « Nous avons juré de ne pas laisser nos épées inutiles. » — Les fellahs reprirent: « Voici nos vieillards avec nous! »
Et sur une même pierre, que l’on montra par la suite près de la porte Septentrionale de la ville, les soldats tranchèrent la têle aux nouveaux martyrs. Quant à levtWpie, on le jeta dans la cale de la barque cl, à chaque fois « pic l’on faisait escale, on le faisait passer dans une petite barque où on lut infligeait une nouvelle torture. A Antinoë, on le mil en prison et le vali envoya son secrétaire pour le prier d’offrir l’encens. L’évêque refusa el prédit même au secrétaire que le gouverneur n’échappe rait pas au martyre. Arien, qui n’avait aucun goût pour le martyre, répondit en le faisant brûler vif*. » » »
Avec le massacre « l’Esneh finissent les exploits d’Arien dans la Haute-Égypte, au sud d’Anlinoë. De l’humeurdont on nous le montre, il est très compréhensible « pic la ville, siège de son gouvernement, et la partie septentrionale de ce même gouver nement n’aient pas été plus épargnés que te midi » Il semble »
eut été complètement impossible; mais qu’on le ramena ainsi â Ksneh avant de s’embarquer pour Assouan.
passage ilu retour â Ksneh en venant de la montagne; si le vali fut revenu d’Assouan, il eut rencontré les fellahs â la porté méridionale.
fësSj même avoir été de régie générale qu’an cas où les autres petits gouverneurs ne pouvaient venir à bout des chrétiens, on les envoyât au gouverneur général. Ce fut le cas pourSchiounsl d’ilkim, berger chrétien, jeune encore, qui distribuait son pain entre les autres bergers, à l’insu de ses parents et res tait lui-même à jeun 1. L’ange du Seigneur lui apparut et lui dit d’aller trouver |e vali qui lui donnerait la couronne du martyre. Les pleurs de sa mère ne purent retenir le jeune Schiouiist: il se rendit à Schoubra près d’une femme, nommée Marie, qui consacrai! sis biens el sa vie à héberger les étran gers. Ils convinrent tous deux d’être martyrs el se rendirent vers le vali Ouarvanos qu’ils trouvèrent sur tes bords « lu Nil « l’Égypte. Le vali les fit naturellement lorlurcr: Marie mourut dans les tortures; mais, contre Schiounsi, rien ne lit. On l’envoya, en compagnie de nombreux confesseurs, à Antinoë, où Arien lui fil percer les talons et le lit traîner ainsi par tonte la ville. Un magicien, appelé d’Akhmim, lui lit boire une coupe de poison qui ne produisit aucun effet, car le saint avait fait le signe de la croix. Finalement, le vali lit couper la tète au magicien et au berger qui furent tous deux martyrs*. » »
CerntdemèmeàAntinoë quesoiiffrircnl tes sept martyrs de la montagnedeTouna, Dischai, Iliéroclès, Kotelis, IrargajMoyse, Jessé et un moine nommé aussi Kotelis. L’Ange du Seigneur apparut à Dischai et à Kotelis, les exhortant « l’aller trouver Arien cl de confesser le Messie. Ils obéirent sans larder: sur les bords du fleuve, ils trouvèrent une barque où étaient les einq autres. Ils se furent bientôt mis d’accord pour traverser le Nil et aller au devant du martyre. Le gouverneur ne trompa point leur attente, il les tortura consciencieusement: ccnl trente personnes se convertirent à leur occasion cl curent »
bouche de Damiette, il limite de ce côté la province de Gharbyeh.
aussitôt la tète tranchée. Arien voulut leur faire adorer la statua d’Apollon, ils la renversèrent « l’un coup de pied; le vali lil alors couper la tête à six d’entre eux et brûler vif Kotelis 1. »
Ce fui encore à Antinoë qu’eut lieu la célèbre passion de Délias de Cusa* (Qoiisyeh). Ilélias était évêque de la ville de t’usa’, fort dévot, priant le jour el la nuit, ne mangeant que le samedi. Il avait une grande pitié pour les pauvres gens. Un jour un pauvre homme vint se plaindre à l’évêque de ce que lui avait fait le rpitib de Qoiisyeh, homme injuste qui n’avait aucune crainte de Dieu. L’évêque se rendit de nuit près du scribe injuste, lui adressa des remontrances et lui dit entre autres choses: « Ce beau vêtement ne le servira pas; rien, au moment de la mort, ne le pourra sauver, ni or, ni lils, ni femme, car notre vie ressemble à l’ombre éphémère ï » En entendant ce beau discours, le scribe se prit à pkSurcr cl à dire: « 0 mon père, je n’ai pas fait une seule bonne action depuis que je suis à Qoiisyeh! »
Pour témoigner son repentir, il rendit au pauvre homme les litres de propriété de la maison qu’il voulait lui enlever sous prétexte d’une dette et de l’im pôt de la culture, il lui remit en outre tous les autres impôts dus par le malheureux, traita tout le monde avec une grande bienveillance el, tant qu’il resta dans le vi/ayet, ne souffrit pas qu’on donnât le moindre coup de matraque. Il fit même du pauvre homme son icakil (intendant) et lui répétait,:
« Prends garde d’offenserun pauvre! » Le jeune, la prière et les larmes lui devinrent chose familière. Une si belle conver sion ne pouvait manquer d’être connue d’Arien; il envoya des soldats arrêter Délias. L’évêque présent, il lui dit: « Lève 1 encens! » — « Je ne le ferai jamais, dit Ilélias, jamaisje ne me prosternerai devant les Satans, et toi-même Arien, il n’est pas possible que tu échappes au martyre. » Arien sentit natu rellement en colère cl fit torturer le martyr; mais le Seigneur
sauva son serviteur qui l’implorait, il lui rendit la force el le saiiitseretournaverslebotirreaupourluidire: « Achève-moi! » Et « le fait, le bourreau lui trancha aussitôt la tète’. »
Quelquefois la plus grande partie de la (Mission avait Antinoë pour linéaire, el la mort avait lien dans tes environs, parfois assez loin. Ce fut ce qui arriva pour anba Degonsch, né dans un petit village au nord de Dilad. (Vêtait un riche intendant qui avait grande pitié « les malheureux, les laissant glaner librement dans ses champs, donnant une gerbe « le blé aux moissonneursen plus de leur salaire, distribuant desbrebis aux pauvres et leur partageant les -fruit de ses jardins. Tout le monde avait accès chez lui et personne ne s’en retournait sans avoir la joie au eu-ur. Celte sainte conduite méritait d’être récompensée. L’ArchangeMichel en personne fut envoyé à Degousch pour lui apprendre ce qui devait arriver: aussitôt cet homme pieux « distribua ses biens aux pauvres, aux veuves el aux indigents, s’en lit un trésor dans le ciel, prit sa croix et suivit son malin-. »
Il alla §e présenter devant le vali de sa province cl lui « lit: « Je suis chrétien ouvertement! » Le vali, qui connaissait sa grande richesse et la noblesse de sou origine, lui dit: « Qui l’a appelé à mon tribunal? » Arien se trouvait présent et le vali lui expliqua le cas. « Conlie-le moi, dit Arien, je me charge de lui faire lever l’encens. » On mît Degousch en prison. Cependant sa mère, ayant appris son arrestation, alla le trouver el lui dit: « Comment tu pars cl m’abandonnes? Je veux aussi faire confession pour obtenir la couronne du martyre. » Quand le gouverneur lit comparaître Degousch, sa mèrele suivit’et sVcrïa: Je suis chrétienne! » » »
Le gouverneur lui dit: « Qui l’a appelée? » — Elle dit: « Je suis venue pour confesser 1e nom du Messie devant leshommes, afin qu’il me confesse devant les Anges « lu ciel. » Le gouver neur la flatta; comme il n’en put rien obtenir, il lui lit tran cher la tète et remit Degousch entre les mains d’Arien. Arien »
le conduisit à Antinoë el lui lit endurer le supplice du chevalet el du lit de fer. Degousch ne changea point de résolution, L*n méchant conseiller dit alors au gouverneur:
Envoie là bas chercher cet aveugle; il est très insolent et, par sa grande méehaneeté, il fera souffrir ce chrétien. » L’aveugle fut mandé el instruit de ce qu’on attendait de lui; il commença d’injurier le saint en disant: « Lorsque j’étais chrétien, mes deux yeux sont devenus privés « le lumière; je n’ai trouvé « le bien-être qu’après m’ètre prosterné devant Apollon. Pourquoi n’écoutes-lu pas le vali el ne lèves-lu pas l’encens? » — Degousch lui répondit’: « Que celui dont lu as blasphémé le nom ordonne à la terre de t’engloutir! » Il n’avait pas achevé sa parole que l’aveugle avait disparu dans les entrailles de la terre. Arien furieux le fit jeter sous la meule « l’un pressoir: l’Archange Michel lui apparut et le sauva *. A celte vue un grand nombre de spectateurs se con vertirent.
Les assesseurs du gouverneur lui conseillèrent de rendre la sentence, s’il ne voulait voir corrompre tous les gens de la ville. Arien écrivit la sentence et l’on mena le martyr dans un village du nom de Qaou, pour exécuter la sentence. Il lit sa’prière; l’Ange du Seigneur lui apparut, lui promit les biens célestes, l’assura que lous ceux qui, se trou veraient dansla détresse, incapables de payer l’impôt, le Iribu impérial, ou une délie, seraient exaucés, s’ils invoquaient le Seigneur en disant: « 0 Dieu du saint anba Degousch, secoiirs moi cl sauve-moi! » Le saint se réjouil, tendit le cou et on lui coupa u sa têle chérie, d’où il sortit du lait et du sang 1. » »
Le mêmefaitsereproduit pour l’évêqued’IIerniopolis-Magnà, (Esclimouneïn), Callinique. C’était un de ceux sur lesquels Dioclétien avait particulièrement appelé l’attention d’Arien qui le fit rechercher. Le gouverneur le fit torlurer à Anlinoe,
ainsi, comme on le verra plus loin.
donnée de la médecine égyptienne;
« remmena avec lui à Qaou, puis à Tôukli où l’évêque rendit Pâme ».
Ce martyre montre qu’Arien voyageait aussi bien au non! qu’au sud « te la ville. Il faut le suivre dans ce second voyage, comme pour le premier. Cependant le nombre des stations qu’il faul taire sera moindre, car il y avail sur ces provinces fertiles d’autres gouverneurs attitrés qui n’avaient recours au gouverneur général qu’en dernier ressort, A proprement parler, il n’y à guère qu’à citer la ville d’Aoussim (Ouschlm) el Dabylone « l’Égypte, H esl vrai que, pour le premier cas, nous avons affaire à l’un des plus grands martyrs de l’Égypte el que le vali lui devait bien taire le voyage. Ce martyre esl l’un des plus typiques cl je vais le raconter avec quelques détails. Il s’agit en effet de Phoibamon, ou Difamoun, selon l’arabe. » »
Phoibamon était d’une noble origine. Son grand-père se nommait Anlioehus et l’empereur Valentinien l’avait nommé gouverncurd’Egyple 3. Il cul un songe où on lui dit: « Habite Aoussim. » Il y habita et épousa la tille d’un grand person nage, nommé Auastase. H en eut deux entants, un fils et une fille. Quand son fils fui en Age, ’1 lui fit épouser Suzanne, la fille do Christophore, homme puissant et riche, el le vingl septième jour d’Abib, Suzanne donna le jour à« celle étoile lumineuse » qu’on appela Phoibamon. Pour célébrer sa naissance, son père fit un grand banquet aux indigents et distribua d’abondantes aumônes. Lorsqu’il cul neuf ans, on l’envoya à l’école chez un prèlre qui craignait Dieu et il était toujours accompagné de deux officiers. Il lui arriva un jour de rencontrer un cul de jatte qui allait en rampant et lui demanda l’aumône. L’enfant lui lit l’aumône et sa main toucha celle de l’estropié: soudain les pieds du cul de jatte se dressèrent, ses mains paralysées s’étendirent et il se mit à
el non comme la dénomination d’un grand pays. — ~h » — suivre l’enfant en courant el en le bénissant. L’Ange du Seigneur apparut alors au prêtre et lui recommanda île bien instruire Phoibamon qui, à partir de ce jour, se livra au jeune et à la prière. Il y avait à l’école un petit garçon qui fut pris d’une attaque d’épilepsie: tous les écoliers s’enfuirent; seul Ditamoiin s’avança vers l’entant, l’aspergea d’un peu d eau, fit sur lui le signe de ta croix et le Satan qui le possédait fut obligé « le sortir malgré son vif désir de rester dans l’en tant pour punir le père de se livrer à l’usure; mais aux côtés de Ditamoun se trouvait l’Archange Michel qui faisait peur au Satan. Malgré son jeune âge, un entant qui avait l’Archange Michel pour gardien, pouvait se promettre de hautes destinées.
Aussi fut-il bientôt favorisé des plus grandes faveurs. Le Seigneur le Messie descendit un soir dans la chambre où il se livrai! à 1a prière: ta Dame la Vierge, les Archanges Michel et Gabriel l’accompagnaient. Le Messie informa Ditamoun du sort glorieux qui l’attendait, du beau martyre dont il serait le héros, « les miracles qu’il opérerait jusqu’à la fin des siècles, lui recommandant de garder toujours son serviteur Diogène qui le suivrait au lieu de son martyre, rapporterait son sang dans un mouchoir à Aoussim où son ami Théodore lui bâtirait une église et écrirait son martyre. Après celte communica tion, la divine société remonta au ciel, non sans lui’avoir donné la paix. Le lendemain, ses parents virent que son visage était tout illuminé; il ne voulut rien leur dire; mais il envoya chercher son ami Théodore auquel il raconta tout.
De ce jour, il ne mangea pluV de viande, ne but plus de viiï, ne monta plus à cheval, comme il avait coutume; il ne prenait plus de nourriture que de deux en deux jours, de trois en trois, ou parfois de semaine en semaine; il ne mangeait plus que du pain assaisonné de sel 1. Il apprit un grand »
Il ne faut pas croire que le Égyptien » regardent le sel comme le signe d’une grande mortification: c’est un régal pour eux, moins que la viande cependant. J’ai souvent vu des Égyptien modernes manger par goût du pain qu’ils assaisonnaient dé sel,--el lé préférer à la viande.’ -.’ — ob — nombre de livres saints par coeur el continua « le les étudier. Au boul d’un certain temps, son père el sa mère l’invitèrent h venir vers eux et lui dire; « Pounpioi te retires-tu tout seul? Dis-nous ce « pie lu as dans le eieiir, car nous voulons célébrer la noce.* » — Il répondit: « j\on, je ne veux rien « ta semblable et je m’y opposerai toujours. » Ihlis ne pouvait manquer d’être jaloux d’une aussi grande vertu; il lui porta envie el un moine des environs l’apprit par une belle vision que sa propre bouche raconta h Théodore.
Ce moine marchait en compagnie d’un Ange qui l’avait fait monter sur une colline à l’ouest de la ville; il vit alors un nègre abyssin « pii n’avait pas moins de trente coudées de hauteur 1, dont les yeux semblaient deux escarboucles lançant leurs 11 a mines; les dents et la langue lui sortaient de la bouche, la barbe ressemblait à celle d’un bouc. Autour du nègre était Ionienne foule de sbires prêts à combattre le saint Ditamoun et à l’in duire en tentation. « Pourquoi, demanda le moine, le Seigneur permet-il à ce méchant de tenter ce saint? « — « Viens voir ï » répondit, l’Ange qui le conduisit à l’esl de la ville. Là, le moine vit un magnifique château bàtide pierre et de marbre; dans une grande salle, il y avait des sièges incrustés de pierreries el sur ces sièges « les couronnes. « Qu’est cela? » dit le moine. — « Ce sont, dit l’Ange, les vertus « le ce saint, la Modestie, la Virginité, la Prière, la Patience, la Charité, la Douceur et la Douté. »
Le moine fut bien heureux de celte vision el eut un grand respect pour Ditamoun. Il n’en pouvait moins faire pour un personnage qui lui fournissait occasion de marcher avec les Anges et de voir de si grande merveilles. » » » » » » »
Cependant Ditamoun menait en son palais la vie d’un soli- taire, lorsqu’arriva la nonvelledel’édit de Dioclétien. Il en fut profondément affligé; il se mit à taire ta nuit des prières el des prosternations innombrables; son ami Théodore les voyait, mais Dieu seul les pouvait compter. Une si grande
yertu ne pouvait être tenue sous le boisseau, l’éclat en jaillit au loin el le roi Maximien en personne apprit qu’il y avait à Aoussim un certain Ditamoun qui était chrétien. Aussitôt il écrivit au gouverneur de la Haute Égypte, Arien, d’avoir à se rendre en la ville d’Aoussim el « le taire les enquêtes néces saires au sujet du jeune Ditamoun « car, « lisait-il, on nous a raconté à son sujet des histoires mauvaises, il viole nos ordres cl se prosterne devant le Messie; s’il obéil el atlore les dieux, augmente ses honneurs; s’il n’obéit pas, envoie-le nous. » Un émir escorté de vingt cavaliers porta la lettre* Dès qu’il eut pris connaissance de ta lellre, Arien monta à cheval et, suivi d’une grande multitude, il se dirigea vers Aoussim. Pendant qu’il était en marche, Michel apparu! au jeune homme et lui dit: « Réjouis-toi maintenant, ô Ditamoun l Pourquoi rester assis quand le combat se livre et que les couronnes se distribuent gratuitement? »
Puis il apprit à Ditamoun ce qui se passait, la marche d’Arien cl tout ce qui arriverait. L’Archange l’ayant quitté après lui avoir donné la paix, le jeune homme alla raconter sa vision à sa mère; mais celle-ci savait déjà toul de la bouche même de Michel el elle jura à son fils de ne pas se séparer de lui. La nuit se passa toute en prières* » »
Au matin, on apprit que le vali arrivait. La ville fut route ’ troublée. Les principaux habitants se hâtèrent, tout en trem blant, d’aller à sa rencontre, se prosternèrent devant lui et lui dire: « O notre maître, quelle faute avons nous donc commise pour que tu viennes à nous avec; ces soldats. » Arien les informa du sujet de si venue: « N’ayez point peur, tlil-il; mais livrez-moi Ditamoun. » —- Ils répondirent: « Entendu et obéi* » Ils se rendirent alors à la maison du saint qu’ils trouvèrent revêtu d’un habit blanc, monté sur un cheval blanc, disant adieu à sa maison, en baisant les murailles; il sortit entouré de tous ses domestiques. C’était une petite armée.- Les chefs de la ville curent peur. « Où vas-tu, Sei gneur Ditamoun? » dirent-ils — Il répondit: « Je vais à la »
rencontre du gouverneur avec les habits « le la noce; ne vous donnez pas la peine de me chercher, car j’y vais « le bon gré, » Ils se prirent tous à pleurer, en disant: « Nous voudrions te servir de rançon! » A sa vue, Arien ne put s’empêcher d’admirer la grâce du Messie épamltie sur son visage, la beauté de sa jeunesse et l’éclat de ses vêtements: « Salut à loi, ô Ditamoun! » dit-il — « Le mol salut, répondit le saint, veut dire joie*; pour moi, je suis toujours joyeux; mais toi, lu n’as jamais de joie, car, le Seigneur la dit, les hypocrites n’en peuvent avoir. » — Arien reprit: « Lis la lellre du roi, laisse de côté le verbiage el lève l’encens. » Ditamoun refusa. Arien furieux lui fil percer les talons nu travers desquels on passa une corde qui servit à l’attachera la queue d’un cheval; puis on le (raina par ta ville, pendant qu’un héraut criait: « On le traite ainsi parce qu’il n’a pas adoré les dieux du roi! » Quand on cul fait le tour de la ville, on ramena le martyr devant Arien qui lui dit: « Eh bien, as-tu vu le commence ment des supplices? Lève l’encens. » Le martyr répondit: « Tu escomme le moustique, de ses ailes souffletantle rocher. » »
Les serviteurs du saint, qui avaientassistéàces événements, se hâtèrent d’aller redire à leur maîtresse ce qui avait eu lieu. Elle sortit en courant de sa maison et, lorsqu’elle eut vu son fils en cet état, elle s’écria: « Malheur à moi, ô lumière de mes yeux! Puis elle s’avança vers son fils qui lui dit: « De » »
« ce jour on a enlevé de ta maison le nom du Messie*. » Cependant les serviteurs, au nombre de cent, s’étaient réunis; ils s’avancèrent en criant: « Nous sommes chrétiens, nous croyons au Dieu de notre maître. » Ils se jetèrent sur le vali, renversèrent son tribunal et l’injurièrent. Les soldats s’avan cèrent à leur tour et relevèrent le tribunal. Arien courroucé ordonna de creuser une grande fosse, de la remplir de feu et
employait le verbe grec vatps. Comme l’on sait, le mot -/aîpx s’employait eu guise tle salut et signifiait: sois joyeux, réjouis-toi.
tants de la maison seront tués ce même jour, parce qu’ils sont chrétiens.
d’y jeter les serviteurs « le Ditamoun. Quand la fosse fui allumée, on n’eut aucune violence à exercer sur eux: ilss’v jetèrent d’eux-mêmes, ainsi que la mère du saint. On était au vingt-huitième jour de Thoth 1, et les Anges dans les airs couronnaient les martyrs et recueillaient leurs âmes. De lotis les serviteurs, il ne resta que Diogène dont l’auteur avait besoin. »
Après de nouveaux tourments, Arien prit le parli d’envoyer Ditamoun au roi Maximien. Le roi, ayant vu te jeunehomme, admira sa beauté; mais ne put le séduire. Il lui fil attacher au cou une grosse pierre el on le jeta dans le fleuve: par ta vertu de Dieu, homme el pierre surnagèrent. Par contre, un grand coup de vent précipita Maximien dans le fleuve et le roi enfonça immédiatement. Quoique sous l’eau, il trouva moyen de prier le saint de le faire surnager, ce à quoi le saint se prêta de la meilleure grâce *. Sauvé d’un si grand danger; le roi se débarrassa du saint et l’envoya au gouverneur d’Alexandrie, Arménius. Ce fut un Irïstc jour pour le gouver neur. Arménius parla d’abord avec une grande douceur voulant amener le martyr à lever l’encens; Ditamoun se contenta de répondre: « Puisque je n’ai pas écouté le roi, comment veux-tu que je l’écoute, toi-même? »
Arménius peu flatté se saisit d’une massue et voulut en frapper le saint; il leva le bras et ce bras, coupé à l’épaule, tomba à terre; « Que Dieu, dit le gouverneur, ne donne jamais de repos à celui qui t’a amené vers moi! » Mais llifamouri fut ému de compas sion, il recolla le bras et rien n’y parut. A cette vue, un soldat cl ses serviteurs se proclamèrent chrétiens; leurs (êtes furent aussitôt coupées. Arménius reconnaissant fit donner la question à Ditamoun, et, quand les chairs du martyr furent à nu, il fit verser sur elles du vinaigre et de la chaux. Puis,
mais l’envoi à Alexandrie rend cette hypothèse inadmissible Pour les égyp tiens, le Nil est partout et ils disent tranquillement que Paris est sur le Nil, c’est-à-dire sur uu fleuve... ’A-.:.---! <.>.’.’ --"- "’. ^;-V^ — m — voyant que rien n’aboutissait, il envoya le saint au vali de ta Haute-Égypte, avec celle lettre: « Iteçois « ’e désobéissant, exile-le dans la terre étrangère ou prends-lui la tète du Iran chant « le t’épée. » Un capitaine et sa « *ompagnie escortèrent le martyr. » » »
Quand on arriva à Antinoë, il y avait vingt-deux jours « pic le saint n’avait ni bu, ni mangé, au témoignage de Diogône; ce qui n’empêchait pas son visage de briller comme le soleil. Arien lui dit: « Pourquoi n’as tu pas obéi au roi çt au gou verneur Arménius? » — « Je n’obéirai jamais, dit Dita » »
inoiin. Arien lit appeler un forgeron qui forgea cinq grands clous: on arracha les ongles « les pieds el des mains au martyr, on le cloua avec les cinq clous, un en la tête, « leux aux pieds et deux aux mains, et Arien lui dit avec sarcasme: « Sois confondu, ô Ditamoun! où esl ton Dieu pour te sauver de ma main? » Ce Dieu n’était pas loin; il descendit du ciel, les clous se fondirent comme de la cire devant le feu et Ditamoun se releva sain et sauf. Le Messie lui fil voir son trône dans le ciel et y remonta après lui avoir donné la paix. Arien, embarrassé, dit: « Lève l’encens ou meurs! » Le mar tyr lui opposa un refus longuement motivé par les plus heu reuses citations de l’Ecriture. Le vali jura et dit: « Je ne le tuerai pas ici, mais je t’emmènerai avec moi à Akhmitn et je l’y tuerai. » — Le martyr jura aussi de son côlé el dit: « Je n’irai pas à Aklimim. »
Pour accomplir son serment, Arien lui fit de nouveau percer les talons, on y passa des cercles de fer et on le traîna au fleuve, pendant qu’un officier criait en tête du cortège: « On le traite ainsi en raison de sa désobéis sance et de ses insultes envers les dieux. » Le sang du martyr coulait par les rues. Un aveugle y trempa sou doigt et recouvra la vue. La jeune femme d’un soldat, mariée depuis Irois mois et dont personne n’avait encore vu la figure, regarda par ta fenêtre et elle aperçut à la fois le martyr cl les anges qui tenaient la couronne suspendue sur sa tête; elle se mil à crier: « 0 que bienheureux esl le jour où je t’ai aperçu, ^ car j’ai vu la couronne el la mienne aussi! Arien, qui sut* » » »
vail sur une mule, ordonna « le ta faire « lescendre, lui lit attacher un pied cl une main à la « (iieue d’un cheval, un pied et une main à la queue d’un mulet, on poussa chev.il cl mulet el la jeune femme fut coupée en deux. Arrivé au fleuve, le gouvtini’iir til jeter le martyr à fond de cale el bientôt toute la flottille se mettait en marche pour Akhmim. Arien triom phait. Son triomphé n« dent pas longtemps: du fond « lésa cale, Ditamoun til une oi-î^ -o et soudain Imite la flotille cessa « l’avancer. Le gouverne., âurieux s’écria: « Qu’on aille vite me chercher un magicien! « On amena un certain Alexandre cl le vali lui demanda de taire marcher ta bar« |tie. Le magi cien se fit amener un taureau, lui parla à l’oreille en pronon çant quelques formules magiques et le taureau fut divisé en deux. Les ileux parties mises « lans une balance se taisaient exactement contre-poids. Arien fut bien content. Alors le magicien prononça « tes formules aux noms de nombreux Satans, il courait à droite el à gauche sur la terre ferme et criait: « Lâchez la barque! » mais il avait beau crier: « Lâchez la barque l o ta puissance qui la retenait ne la lâchai! point. Arien dit au magicien: « Je t’admirais en commençant; mais, depuis que tu as prononcé les formules, la barque esl devenue plus immobile qu’auparavant! » Le pauvre magicien ne savait pas la bonne formule et force fut au gouverneur de taire descendre à terre le martyr Difatnoun. Arien lit creuser une grande fosse, on la remplit de bois el « le naphte, on y mit le feu et on y jeta le saint. Celui-ci lit une prière, Michel tlesccndit des cieux et les flammes se changèrent en une douce rosée. Le magicien qui assistait ace spectacle vil là quelque chose de supérieur à tous ses enchantements, il se convertit et eut aussitôt la tète tranchée. Cependant celte ennuyeuse aventure avait mis le gouverneur au paroxysme de la colère: « Tu as tait de moi, dit-il au martyr, tout ce que lu as voulu! » — Le martyrrépondit: « Tu ne mangeras n ne boiras aujourd’hui que tu ne m’aies tué î » Arien sentit — 6 — tout à coup qu’il avait faim et, pour donner un démenti rapide au saint, il ordonna de dresser la table. Mais au moment où il allait s’y asseoir, ses pieds séchèrent; « dans l’excès « le sa fureur et de son ignorance, il voulut qu’on lui servi! quelque chose à manger, mais ses mains séchèrent aussi et il ne put les étendre. » Comme il voulut manger, force lui fut d’écrire la sentence; pour cela il dut recouvrer l’usage de ses mains, quoiqu’on ai! oublié « le le dire; mais les martyrs n’avaient pas de rancune el ils se hâtaient « le guérir leurs persécuteurs. On débarqua Ditamoun au village de Tamoueh; il til sa prière, le Seigneur vint le consoler, puis il appela soîi serviteur Diogène, qui l’avait toujours suivi, et lui recommanda d’étendre la serviette apportée il’Aoussim, alinde recueillir son sang. Diogène étendit en elfct la serviette; Ditamoun se plaça par dessus, tendit le cou et eut la lète tranchée. Un parfum admirable se répandit alors, des gens accoururent autour de Diogène qui pleurait et lui promirent secours dès que le gouverneur serait parti, ce qui ne tarda pas; car le vent n’attendait que le coup qui trancha la tète de Ditamoun pour se lever, et la flotille du gouverneur vogua tranquillement \ » » » » » » » » » » » » » » » »
A en croire ce récit, Ditamoun avait donné plus de peine à lui seul que tous les autres martyrs de la Haute-Égypte. C’est qu’ici nous commençons à entrer dans le « loniaine « le la légcntlc presque pure, s’étayant d’un tait brut, peut-être, mais n’olTranl aucune preuve de réalité. Il faut noter toute fois que Ditamoun est l’un des plus célèbres martyrs, qu’on a composé « les hymnes en son honneur et qu’on lui décerna le titre d’émir. Ce martyre est le dernier de ceux auxquels présida le gouverneur Arien; mais je ne peux laisser un » » »
La mention de ce village est uue bonne preuve de l’impossibilité de tout le récit. Il est situé au delà de Qaou, sur la rive gauche; il était impossible de s’y rendre d’AnlinoS en un jour; et cependant c’est bien le même jour que tous ces événements arrivent, presque au moment du départ. Mais ce moment avait suffi pour faire plus de trente lieues. i. Synaxare, 21 Toubah. Naturellement ce martyre est suivi de nombreux miracles dont quelques-uns sont racontés.
personnage qui mérita autant des chrétiens d’Égypte sans » « lire comment itsle récompensèrent. Plusieurs des ses victimes lui avaient annoncé qu’il serait martyr à son tour; comme on le lui avait prédit, il n’y échappa pas, et l’occasion de sa conversion est racontée « lans tes Actes des deux musiciens, Philémoii cl Apollonius. »
Arien avait à son service « taux musiciens, l’un chanteur, c’était Philémon; l’autre joueur de flûte, c’était Apollonius. Pour se désennuyer un jour, les deux musiciens se mirent en lêto d’être martyrs et leurs actes se ressentent de leur pro fession. Philémon se déguisa en Apollonius, prit sa flûte et ses habits, se présenta devant le vali qui ne le reconnut pas, confessa le Messie el, séance tenante, fut percé de flèches. A peine était-il mort, qu’Apollonius se présenta de son côté avec son instrument et confessa le Messie. Arien qui croyait l’avoir fait tuer ne pouvait ajouter foi au témoignage de ses yeux, il aimait Philémon et regretta son erreur. Pour la réparer, il fil de même percer Apollonius à coup de flèches; mais pendant qu’on supliciait le joueur « le flûte, une flèche se retourna, perça l’oeil du vali el le creva*.
Ce fut le coup de la grâce; Arien se mit à réfléchir à tous ses crimes, à pleurer et à gémir; il ne vit qu’un moyen « le se sauver c’était de retourner à son ancienne foi et « l’être’ martyr aussi, comme on le lui avait prédit. Après île nombreuses larmes cl de grands gémissements » il prit son parti, se rendit à Antioche où il souffrit le martyre, el le grand persécuteur devint un saiut.au même litre que les persécutés. Les auteurs coptes lui ont ainsi rendu ce qu’il leur avait prêté. » » »
« plus haut les prédictions authentiques des auteurs coptes. J’ai été asse* heu reux pour retrouver le martyre d’Arien. Comme c’est une oeuvre de pure imagination et sat » grand intérêt pour cette étude, je n’eu parié pas plus longtemps. Je l’ai traduite et publiée dans mes Contes el Romans de l’Égypte
Notes d’Émile Amélineau
19. Je ne sais si le wribe qui a écrit ce martyre attachait un sens bien
20. Le rotoli valant 411 grammes, les dix forment lin lingot de 4 k. 410
21. Il faut entendre seulement la Haute Égypte. C’est là une de ces exagéra
22. Le texte fait dire les idoles fan* souci de la convenance du style: ce
23. Ce* sortes de discours sont la peiuture exacte de ce qui s’est toujours
24. Le texte dit: Jla?r el Qadlmah, et qu’on traduit ordinairement par vieux
25. On peut rapprocher ce fait de ce raconte Eusèbc, Ilist. eccl., du chré
26. Synaxare, 21 Kihak.
« 27. E. Amélineau: Monum. p. sert, à l’hisl. etc.p. 410. —MoinesÉgyptien »:
28. J’emploie le mot roi parce que c’est le mot dont se servent les Copte.*
29. Cesl la donnée du martyre d’Abadion <i" Kiiucbir*; le jour de fête des
30. Ce château devait être situé à la limite du désert, a rendroit qui com
31. Synaxare,!« ’ Touba. »
32. La chose n’est pas impossible; les fellahs d’Égypte sont de rudes cou
33. Je ne peux encore ici écarter la légende qui fait orps avec le récil. Je
34. Ce sont les termes mêmes du Synaxare au 20 llarmouda.
35. Synarare, 20 Barmouda.
36. Il y a une très grande distance det’oplos à Anhvopolis, on de Kefl à
37. Quoique le Hsuuié ne le dise pas. il est évident que l’Ange du Seigneur
38. « Quoique la chose paraisse absurde et triviale, il esl évident qu’il y a un »
« 39. Synaxare, t." » Kifi.ik.
40. Le texte « lit plus exactement: Al-Aqsoreîn {les deux chaleaux, c’csl à »
41. Nous avons déjà vu qo> l’évêque d’Akhmlni s’était enfui: Psoli de Ploie
42. Synaxare, 13 Kihak. Le fait est dit avoir eu lieu le 6 Ba*chons.
43. Synaxare, 13 Kihak.
44. Il ne faut pas comprendre qu’on le conduisit ainsi â Assouan, re qui
45. |*t mention de la porte Septentrionale montre qu’il faut entendre ce
46. Synaxare, 13 Kihak. Nous retrouverons la même prédiction.
47. Cette légende est répétée plusieurs foi*: c’était une sorte de lieu commun.
48. Je cnus que par le Nil d’Égypte il faut entendre le fleuve dans la
49. Synaxare^ 4 Baonah.
50. Synaxare, 29 Baonah.
« 51. Il faut entendre que le martyr Tut cVra » et ressuscité. Il en et toujours
52. Synajrure, 20 Touba. Celte mention du lait avec le *ang provient d’une
53. Synaxare, 2 Toubah.
54. Encore ici il faut entendre le mot Égypte comme le nom d’une localité,
55. Environ 13 mètres de hauteur: c’est une jolie taille.
56. Bifamoun fait un jeu de mot et ce jeu de mot montre que le texte copte
57. Si le texte n’est pas corrompu, cette phrase signifie que tous les habi
58. C’est-à-dire le 26 septembre.
59. Il semblerait par fa mention du fleuve que Maximien fut en Égypte;
60. Le Synaxare ne contient pas la fêle d’Arien; mais j’ai fait observer
Chapitre troisième
Le nombre des martyrs de la Haute-Égypte, dans la partie comprise entre tes Pyramides et Antinoë, n’csl pas compa rable au nombre vraiment prodigieux des chrétiens du Sa*îd proprement dit qui moururent pour leur foi, s’il faul en croire
y eut autant de part que la résistance religieuse. Il était plus difficile à l’autorité romaine de se faire sentir dans les nomes éloignés du pouvoir central, à demi barbares et toujours exposés aux invasions des nomades. Comme aujourd’hui, la Haute-Égypte, depuis Siout jusqu’à Assouan, devait être la terre promise du brigandage dès que l’autorité n’était plus à craindre; comme aujourd’hui encore les postes de soldats livrés à eux-mêmes devaient pactiser avec les brigands, quitte à tomber sur eux lorsque l’autorité supérieure reparaissait. Le brigandage était une profession tout comme une autre, et cette profession n’avait rien d’infamant ’ aux yeux des
On peut voir deux exemple? de ce fait dan? la vie de Scïinoudi (Cf. E. Anj’lirieiu: Monum, p. sert. etc. p. â-Tel \i9Vt. Sehnondi appelle les voleurs se chers fil, il leur fait rendre le bien volés, niai* il fait aussi en sorte qu’oit les récompense de leur restitution « ails les punir de leur vol. Ceat nue curieuse morale. Quand il s’agit d’étrangers tout est différent. »
Égyptiens. Pour l’autorité romaine, c’était autre chose; elle n’admettait pas deux morales, l’une pour l’Égypte, l’autre pour le reste du monde: tous lc3 sujets de l’empire devaient passer sous les mêmes lois cl la répression du crime devait être partout égale. C’est pourquoi, dans leurs tournées, les gouverneurs de la Haute-Égypte devaient se montrer d’une sévérité impitoyable, cl l’auteur copte connaissait bien son pays, quand il faisait dire à Arich: « Vous autres, gens de la Haute-Égypte, vous avez le coeur dur cl l’on m’a choisi pour vous corriger!* » Xon pas que ces gens soient des hommes féroces par caractère, ils sont même 1res doux quand ils, se voient les plus faibles; niais le bien d’aulrui a toujours eu pour eux d’irrésistibles attraits, ils ne peuvent s’empêcher de penser qu’il serait pour le moins aussi bien placé dans leurs mains que dans des mains étrangères cl ils pratiquent ce qu’ils ont toujours vu pratiquer à leurs pères.
Seule, une verge de fer peut les contenir. On a vu si Arien avait la main lourde. J’imagins que les chrétiens ne devaient pas sensiblement diItérer de leurs frères; ils devaient taire leurs prières avec, une grautle foi, jeûner avec persévérance, mais non s’abstenir de se révolter contre l’autorité, ni tenir leurs maîns éloignées de ce qui n’était pas à eux. CAn pour une bonne raison: la morale égyptienne, telle que la comprenait le fellah, n’était pas contraire à de pareils actes quand il s’agissait d’étrangers qui n’avaient aucun droit dans le pays.
« Les mêmes idées devaient prévaloir dans la partie septen- trionale de la Haute-Égypte; mais elle ne pouvaient aussi librement se traduire parties actes. Des Pyramides à Antinoë, l’autorité romaine était bien plus fortement établie que d’Antinoe à Assouan; l’élément grec y était bien plus nom breux et il fallait nécessairement compter avec les étrangers. H y avait des gouverneurs dans chaque ville importante » à Kaïs, à llehnesa, à Fayoum; la répression se faisait moins
attendre, la peur était plus grande cl les populations pltf s calmes. En outre le pays est plus riche, il y a plus h travail ler et à récolter. Si donc Arien ne lit pas plus de victimes dans la partie septentrionale de son gouvernement, c’est premièrement qu’il y avait moins à faire, et secondement que le plus souvent les gouverneurs provinciaux suffisaient à la répression.
Parmi ces gouverneurs locaux ou provinciaux nul n’est plus célèbre que Culcicn. Culcien était naturellement un renégat, puisqu’avant l’apostasie de Dioclétien toute la terre était chrétienne. Comme Arien, il avait fait sa cour à l’empereur en laissant de côté le christianisme pour adorer les idoles. Sait qu’il n’y eut pas un grand nombre de chré tiens clans son gouvernement, soit qu’il n’eût pas un naturel aussi violent cl porté à la sévérité qu’Arien, il ne fit qu’un Irè3 petit nombre de victimss. La raison la plus forte fut, sans doute, que les habitants de son district, moins portés à la réb3Îlion qU2 leurs fr3re3 du Hiul-Pays parce qu’ils étaient plus faciles à atteindre, offrirent beaucoup moins de résistance à l’autorité romaine. Les premiers martyrs que Ton rencontre de celle région moyenne de l’Égypte dans le Synaxare sont un certain Théophile et sa femme, originaires de Fayoum, (ou Arshioc, ou encore Crocodilopolis). Le gouverneur d • Fayoum, averti qu’ils étaient chrétiens, les tait venir et les interroge; ils confessent leur foi cl on les jette vivants dan3 une fosse que l’on remplit ensuite de pierres 1.
Ces Actes sont très courts, ou plutôt l’analyse qui a été conservée. Il en est de nime de ceux de la jeune Maharall, « la liancéc du Christ, qui lit une bonne confession devant Culcicn » Elle n’avait que douze ans; mais elle était.pleine
poser que Culcien aurait remplacé, Arien lorsque celui-ci se décida à être martyr.
« de foi, de science, el elle confondit le vali par ses citations de l’Ecriture. Culcien lui dit: « Comment peux-tu parler aussi grandement, étant si jeune? » — Elle.répondit: « Si je suis jeune d’années, je suis âgée d’âme, comme a dit l’apôtre 1. » — Le vali rcpril: « J’ai pitié de toi à cause des nombreux tourments qu’il te faudra subir, ainsi que quiconque désobéira el ne lèvera pas l’encens à Apollon cl aux autres dieux. » — Je me prosterne, répondil-cllc, devant mon Seigneur Jésus le Messie, et je mourrai pour son saint nom. Quand je serai morte, je serai transportée dans la vie éternelle, j’habiterai avec le Messie, comme dit l’apôtre; je ne vivrai pas dans ce monde pour être séduite par ses délic33, porter des vête ments corruptibles, me parer de bijoux et de boucles de cheveux; car quiconque se parera des choses de ce monde perdra les délices de l’autre monde. »
Elle fut ferme sur le chevalet et la chaise rougie au feu: son âge était tendre, son visage doux et beau; mais elle n’eut aucune pitié de son corps. H faut dire qu’elle ne sentait aucun tourment. Le vali, la voyant inflexible, la lit enfermer dans un sac plein de vipères, de serpents el de toute espèce de reptiles venimeux; ils ne lui liront aucun mal, car elle avait paur elle les paroles de l’Evangile; au contraire, le parfum qui se dégageait de ses vêtements les lit tous périr. Au bout de trois jours cependant, elle rendit rame 3.
était né dans un village proche de Fayoum et nommé Itimài; il s’était bâti une tour à l’extérieur de son village et y vivait, faisant de nombreuses adorations, ne rompant son jeûne « pie le samedi, ne mangeant rien qui eût eu vie, ne buvant point de vin. Les gens du village allaient à lui et s’en faisaient bénir: sa bénédiction était un remède assuré contre toute »
goût pour l’Kcriture, car il me « emhle bien que sou* cette forme, l’on lie rencontre pa« ce mot dans les Kpitres de Saint l »aul. »
maladie. La nuit du vingt-sixième jour de Kihak 1, pendant qu’il se livrait à ses adorations, l’ange du Seigneur lui apparut: « Qui es-tu, mon Seigneur? » lui demanda Kàou. — « Je suis l’Archange Gabriel. Pourquoi rester assis pendant que le combat se livre? demain quand tu te seras levé, va vers la rive du fleuve, à l’endroit où I on débarque: tu trouveras l’émir Culcien occupé à tourmenter les chrétiens; confesse le Messie en sa présence, il te conduira à Antinoë et dans cette ville tu achèveras ton martyre. » Le lendemain Kàou obéit sans retard; il laissa sa tour à la garde de son disciple et lui dît: « Reste ici; s’il vient quelqu’un me demandor, dis-lui: Mon pare est allé visiter son frère. Garde cet endroit jusqu’à mon retour, tais tes prières comme tu m’as vu taire lous les jours jusqu’à ce que la volonté de Dieu soit accomplie. »
Puis, ayant fait sa prière, it embrassa son dis ciple et se rendit sur la rive du fleuve. Il y trouva l’émir: « 0 fils du péché, s’écria-t-il, impur, pourquoi as-tu abandonné Dieu pour adorer les idoles? » A ces mois, Culcicn répondit: « Qui es-tu? d’où viens-tu? quel est ton nom? pourquoi as-tu prononcé celte parole? » — Le saint lui dit: « Avant toute chose, je suis chrélien et serviteur du Messie. Tu sais, aussi toi, qu’il n’y a pas d’autre Dieu que. lui. Pour le reste, je suis des environs de Fayoum. du village de Uimaî; » Le gouverneur admira sa vieillesse et vit que la grâce de Dieu était sur sa figure; il lui dit: « J’ai pitié de ta vieillesse et ne te ferai pas trancher la tèle; mais prosterne-toi devant les dieux du roi. » — « A Dieu ne plaise, dit Kàou, que j’adore des idoles maudites ï » — Le vali reprit: « Je vais te faire amener Appollon; tu verras comme it est beau! »
En effet on amena le dieu et le gouverneur se prosterna devant lui; Kàou s’en moquait et il dit à Culcien: « Je vais lui parler el voir s’il liera conversation avec moi. » Culcicn fui joyeux de cette parole cl laissa approcher Kàou de l’idole. C’était
C’est-à-dire le â9 décembre.
une statue d’or, ornée de pierres précieuses, haute d’une coudée cl demie; c’était en plus un cadeau de l’empereur Dioclétien et l’émir la prisait plus que toutes ses autres richesses. Kàou s’approcha donc, prit l’idole, la jeta à terre et la brisa. A cette vue, Culcicn déchira ses vêtements, entra dans une violente colère, fit étendre le martyr sur le chevalet cl le fit torturer pendant deux heures sans discontinuer. Le sang du martyr coulait comme l’eau. Les soldats se fatiguè rent et dirent à Culcicn! « 0 notre Maître le vali, nous sommes fatigués et il n’a pas encore souffert! » On le fit descendre et le gouverneur lui dit: « Eli bien! as-tu goûté. le commencement des tortures? » — « Fils du péché, dit Kàou, ne sais-tu pas que j’ai mon Seigneur Jésus le Messie qui me fortifie?
Et maintenant fais vite ce que tu voudras. » Le gouverneur le fi! enchaîner et conduire à Behnésa (Oxyr rinkhc) avec une foule d’autres martyrs. Il quitta lui-même son tribunal, furieux de ce qu’on avait brisé sa belle staluc; il passa tout le jour sans boire ni manger, mais cela ne lui rendit point son bel Apollon d’or. Le lendemain, à Dehnésa, on amena le martyr, on l’élendil à terre et quatre soldats le frappèrent avec des lanières de cuir. Le sang ruisselait: un aveugle de naissance trempa son doigt dans ce sang, se frotta les yeux et vit. A ce prodige, la foule éclata en acclamationset s’écria: « Il n’y a au ciel et sur la terre d’autre Dieu que Jésus le Messie! « Le vali ordonna de tuer quicon que criait ainsi, el cinq cents personnes reçurent la mort.
On conduisit Kàou à Antinoë et on le tint en prison. Là, l’ennemi du bien, Satan en personne, lui apparut sous ta forme d’un Ange et lui conseilla d’adorer Apollon le lende main, afin qu’on le relâchât etqu’ilpût aller où bon lui semble rait. Kàou crut d’abord que c’était un Ange véritable; mais bientôt il entendit une voix du Seigneur qui lut disait: « Xe crains rien! Je suis avec toi. Saisis-toi de celui qui est debout cl te parle, afin qu’il t’apprenncqni il est! » Le martyr s’élança surlblis, le saisît et lui dit: « Qui es-tu? » —« Laisse —1\ — moi, dit l’autre, cl je te l’apprendrai, » — « Commence d’abord par me l’apprendre, dit Kàou, et je te lâcherai. » — « Je suis le Satan Sophonazar, dit le pauvre diable surpris, celui qui aime le péché et l’adultère, celui qui trompa Adam cl le (il désobéir avec voire mère Eve. »
La conversation ainsi engagée continua longtemps, Sophonazar apprenant au moine quelles étaient les habitudes des Satans: il croyait qu’ainsi il en serait quitte à bon marché; mais quand il n’eut plus rien à apprendre à Kàou, celui-ci attacha le malheureux Satan avec ses propres chaînes et se mil à le frapper, malgré les supplications faites au nom du Messie. Le lendemain, quand le gouverneur fil appelerKâou, on fut bien surpris de trouver deux prisonniers, au lieu d’un, attachés aux mêmes chaînes; on les fil avancer tous deux, mais en passant à côté d’un lieu infect, Kàou y jctalc pauvre Sophonazaret serendit seul au tribunal. Lorsqu’il cul refusé de sacrifier, Culcien le fit jeter tout vivant dans une fournaise; l’Ange du Seigneur l’en ayant délivré, il revint au gouverneur et cria: » « C’est à re«:ommcnccr, infidèle! »
Culcien demanda quels étaient ces cris: on lui dit que c’était le moine Kâou. De nouveaux tourments se succédèrent qui n’avancèrent à rien, car l’Ange du Seigneur était toujours là pour l’en sauver. De nombreuses foules se converlirentetcurcnllalètctranchée. Le Seigneur le Messie descendit du ciel en personne et fit les plus belles promesses au martyr. Culcîen se décida’enfin à rendre la senlance et le condamna à avoir la tète tranchée. Kàou se rendit au lieu du supplice, pria les soldats de lui laisser quelque temps pour prier et tendit le cou. On lui trancha la tète aussitôt’. » »
Le martyr qui se présente en second Heu est Bisoura, êvêque de Masil. Les Actes ont été conservés presque eh entier et sont publiés Nous n’avons aucun détail sur sa vie
page 17, Il se peut que ce* 1? premières pages aient eu rapport à BUoura
jusqu’au moment où est publié l’éditde Dioclétien ordonnant la persécution: alors Bisoura, ayant conçu un vifdésir « l’être martyr, rassembla son peuple, te fit se-tenir debout devant l’autel, lui recommanda d’observer les commandements de Dieu cl lui apprit qu’il allait partir pour verser son sang au nom du Seigneur Jésus le Messie,1. A celte nouve*, tous tes assistants, petits cl grands, se mirent à pleurer cl à dire: « Malheur à nous, ô notre père, évèquc de nos âmes et nourricier de nos corps! Partiras-tu donc pour nous laisser orphelins? Qui, comme toi, paîtra ton troupeau de brebis? aux mains de quel, pasteur nous livreras-tu? Nous ne te laisserons pas partir 1. »Mais Bisoura. qui était éloquent, les persuada, les bénit, consacra l’offrande cl distribua « la bénédiction au peuple en le corps et le sang du Christ 3. »
Après bien des paroles, Bisoura se rend enfin, de compagnie avec trois autres évéques, à la ville où résidait le gouverneur Culcicn; ils se présentèrent franchement cl intrépidement à son tribunal et l’apostrophèrent de la sorte: « Insensé, imbécile, aveugle, fils de la perdition comme les rois in justes, jusqu’à quand obligerez-vous les entants des hom mes à adorer les idoles et à leur sacrifier, quand elles ne voient ni n’entendent, n’ont ni le sens de. l’odorat ni celui du toucher, qu’elles n’ont jamais pu sauver ceux » »
uniquement. Ils ont été publié par M. Hyvcrnat dans le 2 fasc. de ses Actes tte martyrs de l’Égypte, pag. lll-l’.H. « Jette publication renferme d’assez nombreux contre?e »s: je les signalerai au fureta mesure que j’en trouverai l’occasion et que j.s serai obligé de le faire. « Jnaudaox nuances delà traduc tion, à ce » détail » qui peiguent si bien la vie égyptienne et qui doivent.« e faire sentir dan? une traduction digue de ce nom, il n’en faut pas chercher trace dan l’ouvrage ci-dessus.
dans le Synaxare. Elles sont d’ailleurs parfaitement en situation. se trouvent dire
nal traduit « et bénit tout le peuple acec le corps el te sang du Christ. ». En note, il met: c’est à dire communia. La note donne le sens, mais ta traduc tion est un contre-sens qui montre que le traducteur ne s’est pas fait la moindre idé e de la nuance du texte. Le mot à mot donne: #7 donna ta béné diction. Or, le mot bénédiction est employé ici dans un sens toul particulier à l’Égypte et signifie: une chose qu’on est heureux de polder, bu français bénir a un tout autre sent.
« qui leur rendent hommage, car elles sont insensibles, sans mouvement, sourdes, aveugles et imbéciles! » C’était bien commencer. Ls gouverneur répond: « Mauvaises têtes l d’où êtes-vous et qui vous a amenés ici? » — « Nous sommes chrétiens ouvertement! » répondent les quatre évéques. Cependant Culcicn veut les convaincre et leur promet beau coup d’honneurs, s’ils sacrifient. Bisoura, de son côté, entreprend de convaincre le vali et lui fait une belle réfutation du paganisme, réfutation empruntée à un document grec 1, car elle se trouve tout entière dans les actes de S’-Ignacc*; elle devait être classique on Égypte, puisquel’autcurdes Actes de Bisoura l’a insérée tout entière dans son oeuvre. Cette
de Bisoura suit absolument le même ordre que celle d’Ignace, mais l’adapta teur a eu soin d’enlever les passages qui ne pouvaient manifestement pas avoir rapport à son héros. Il est impossible de croire que ce soit l’auteur du martyr d’Ignace qui ait fait l’emprunt, parce que dans le dernier cas ou ne comprendrait plus les réponses « le Tr.ijan qui est un autre arguuicntateur que le pauvre Culcien. ^Cf. Dressel l’air. Apost. op. p. 368-3Ï5; et dans I i. A. Op. de llaniarek loin., Il p. 3IG-325. Le texte copte contient en outre certains passages qui doivent être traduits d’autres oeuvres grecques. J’en trouve la preuve daus uu passage qui a fo.imi â il. Hyvernal l’occasion d’un de ses meilleurs contre-sens. Bisoura. parle « le certains systèmes de philoso phie qu’il appelle hérésies, mot qui montre à quelle époque doit se rattacher la composition de l’oeuvre; il cite celte des Courtens que il.
Hyvernal trans forme en Epicuriens, je ne sais pourquoi, et dit: Telle esi ïhérésie des Couricn qui disent que notre llieu a été créé. C’est la traduction de il. Hyvernal. Mais pour avoir été créé, il faut avoir un créateur. Le texte porte, « e ticnnO*}- tyo!l. Le grec devait avoir, î^huo, qui est exactement rendu par tgon. Il faut traduire par a commencé d’être, nuance qui est celle du mot grec et qe.î ne pouvait pas pisser en copte; le mot tgon veut dire être, exister, et jamais créer. » » »
précédente, je « lois mentionner un passage que il. Ilyvemat appelle « un ptistje délicat » iop. cit. p. 129, note 4}et qu’il traduit’ainsi: telle I hérésie dé c’eut qui disent que DÎCJ ne gouverne que nominalement les choses créées et qu’il ne se soucie nullement des être qui sont sous la lune ». (op. cit. p. IH}. Il rapproche ce passage des Acte de Saint limace et dit: « « >e passage délkat n’est guère plus clair dans te martyre d> Saint Ignace. En elîet "il est le même â l’exception d’uu mot et de l’attribution du système â un cer tain Aristobute. Il n<i faut cependant pas être grand clerc; "p>ur voir ce que signifie ce passage délicat. Le texte contient une faute de copie: au lieu de âjpMt il faut lire $pit. Le scribe avait sans aucun doute lu 4)pn, prenant un H pour un H, et comme le mot q}p« n’existe pas en memphitique, il a ajouté la lettre & qui lui donnait <Çp&ii, qui signifie/e nom. il.
Hyvcrnat traduit donc: jusqu’au noiti sealentait, c est à dire nominalement, ce qui donne un non sens. Il faut traduire: telle l’hirésie de ceux qui disent que Dieu ne gouverné les choses que jusqu’au soleil, et qu’il ne prend aucun soin de celles qui 6’éteudent en dessou* jusqu’à la lune. » Cette traduction est au moins com préhensible, et le parallélisme de l’idée impose la correction. -., - — ïl — réfutation ne manque pas « l’une certaine éloquence et à un moment donné, Culcicn s’écrie: « Par les dieux! Bisoura, je suis dans l’admiration de ta grande science, quoique je n’approuve pas ton culte ». Bîsouralui répondit: « De quoi accuses-tu notre culte? »—Vous n’adorez, dit Culcicn, ni le soleil, ni le ciel, ni la terre qui nourrit toutes les choses qui la couvrent! »
C’est une nouvelle occasion pour Bisoura de faire montre de sa science: il n’y manque pas; mais à la fin: <« Je ne puis supporter ton orgueil, dit Culcicn,.tu te ris par lrop.de nous dans ton désir de nous vaincre parles pièges que tu tends. Sacrifie aux dieux, car il (e suffit d’avoir dit tout ce que tu a3 proféré avec bavardage 1. Si vous ne sacrifiez pas, je vous châtierai et en dernier lieu je vous ferai enlever la tète! » Les saints refusèrent; on les mit, sur le chevalet, on leur appliqua aux flancs des torches ardentes; mais les supplice n’enlevaient pas la parole à Bisoura qui continuait d’injurier le gouverneur, l’appelant malheureux imbécile, stupide, aveugle! Las de s’entendre injurier, Culcien les fit jeter en prison et commanda de laisser les portes ouvertes, espérant qu’ils s’enfuiraient.
Mais les portes ouvertes ne servirent qu’à permettre aux chrétiens du dehors d’entrer dans la prison et de venir se faire guérir par les confesseurs. Culcien, à celte nouvelle, pris de peur et redou tant que la ville entière ne se convertit au culte du Messie, ordonna de conduire Bisoura et ses compagnons hors de la ville el de leur trancher la tète. Bisoura obtint des soldats de faire une longue prière dans laquelle il recommanda au Messie tous ceux qui lui avaient étéou lui seraientscrviables1 il tendit le cou cl on lui trancha la tète;ses trois compagnons » »
justifier les différences de ma traduction; mais ici jeinc trouve en présence d’une phrase monumentale. I>’aprês M. Ilyvemat, Bisoura s’exprime ainsi: A tous omx qui construisent un oratoire en l’honneur de celui qui a été mépris pour ta cause, multiplie leur récompense en considération de la sollicitude qu’ils auront apportée à la glorification de nos corps couverts de blessures. Comme ils auront rendu uû honneur publique {sic, les fautes — f.y —• Théodore, Phalnagous cl Biskhoun , curent le même sort *,
Si l’on ajoute à ces trois oeuvres, un quatrième martyr sur lequel je reviendrai plus loin, parce qu’il fait partie d’une série d’Actes attribués h un même auteur, c’est tout ce que l’on raconte dans le Synaxare sur le rôle de Culcien dans la persécution 3. J’en aurais tout à fait fini avec la Haute-Égypte, s’il n’existait un certain nombre d’Actes qui n’ont rapport ni à Arien, ni à Culcien, ni à un autre gouverneur; trois martyres de cette série se passent dans la Haute-Égypte et je dois les faire connaître ici. Ce ne sont pas les moins curieux: ils sonl même d’un ton plus relevés, car nous n’avons plus à faire à des sous-gouverneurs ou à des gouverneurs généraux, mais à un empereur en personne, à Maximien qui voyage en Égypte pour son plaisir, pour ses affaires, et surtout pour martyriser tes chrétiens.
Il y avait donc au village de Bilgâi un soldat en activité de service, nommé Âbadious. Il était bien fait, avait fort bonne tournure, un visage agréable; il avait gardé sa virginité et était parfait en toute belle vertu. Il voulait être martyr, mais ses parents l’en empêchèrent. Le Seigneur, qui voyait sa patience, vint- à son secours; il envoya son Ange lui dire: « Quand tu le seras levé demain matin, va sur les bords du fleuve; tu trouveras une barque. Tu apprendras Ion histoire »
d’orthographe abondent dan? celle publication) â nos membres « ans vie, bien plus comme cet acte leur aura talu un pacte arec toi qui est tirant, tout cequits le demanderontaccorde-le leur sur celte arche de ta puissance. » Op. rit. p. 132-133>. Je laisse â de plus habiles que moi le soin de deviner ce que cela peut vouloir dire. il. Hyvernal appartient sans doute à cette école qui jetterait le discrédit sur la science, si on pouvait prendre ses productions au sérieux. H faudrait pourtant se dire que si les Coptes ont écrit c’était pour dire quelque chose. Le texte signifie: « A quiconque bâtira un oratoi re à celui qu’on aura traité avec ignominie pour toi. multiplie son salaire en échange île son zèle à glorifier nos corps qui ont beaucoup souffert; et, parce qu’il a ostensiblement rendu honneur â notre corps après notre mort, et surtout parce que sa vie se sera acquis de toi un droit, tout ce que nous te dem indons, envoie-le sur ce tombeau de ta vertu. » Voratoire recouvrant le* corps des martyrs, cela se comprend très-bien, et c’était dans ces oratoires que se faisaient les miracles.
l’acteur principal après le martyr: il n’y est plus qu’un personnage éptavdi* que. C’est pourquoi j’ai attaché ces Actes aux autres acteurs premier rôle, — 7ii
aux gens de cette hirque et ils te conduiront vers le sud ait village connu sous le nom de Khalàkhis; là tu confesseras le Messie et tu obtiendras la couronne du martyre; car je suis chargé de te garder depuis ton enfance. » L’Ange lui donna la paix cl remonta aux cieux. Le lendemain matin, Abadious se rendit au fleuve, trouva la barque et raconta au gens de cette barque ce que lui avait dit FAnge du Seigneur. Ceux-ci furent bien contents d’avoir été désignés par l’Ange du Seigneur; ils reçurent avec empressement le soldat qui allait au martyre. Comme ils avaient du coeur, ils ne voulurent pas entendre parler de salaire et le nourrirent même « le leurs provisions jusqu’à ce qu’on eût atteint Khalàkhis. En ce village il y avait une station militaire; le soldat monta au château et se joignit à la garnison. C’était le temps ou Maximien montait dans la Haute-Égypte pour inspecter les villes, les villages, les châteaux et obliger lies gens à se prosterner dc\ant les idoles: il envoyait des lettres pour annoncer son arrivée.
Quand le commandant de la slation eut reçu la lettre, il lit rassembler les soldats pour la leur lire; Abadious se présenta, n’ayant plus son ceinturon au milieu de la taille. Le capitaine lui dît: « Comment oses-tu te présenter sans ceinturon pour entendre lire la lettre du roi? »—« Je ne crains pas tes menaces, dît Abadious, car un soldat ne peut pas servir deux rois; or, je suis soldat au service du Seigneur le.Messie, le roi des rois. » — Le capitaine se tourna vers son lieutenant et lui « Ut: « Quels tourments mérite celui qui a injurié Apollon? » — Le lieutenant répondit: » Il mérite la mort. » — « Puisque lu m’as condamné à mort, dit Abadious au ca pitaine, va enterrer ton fils, car un scorpion vient dclc piquer et il est mort. » — « Quel esl ce maléfice? » dïl le capitaine et il ordonna de le fouetter.
Abadious dit alors au lieutenant: « Va enterrer ta femme* car elle est morte 1 Le> » lieutenant dit à son sciibc: « Va voir ce qu’il en esl! » Et lorsque le scribe fui sorti du château, il trouva les serviteurs du capitaine qui déchiraient leurs habits et pleuraient la mort du jeune homme piqué par un scorpion; au même instant il entendit les pleurs et les lamentalions de la mort dans la maison du lieutenant. Il courut vite faire son rapport et il ajouta: « Cet homme-là est un homme de Dieu! » Le capitaine fit mener Abadious en prison. Sur ces entrefaites arriva l’em pereur. On lui raconta tout ce qui s’était passé; il fit venir le soldai et lui dit: « Apprends-moi comment tu as enchanté la femme du lieutenant elle fils du capitaine’. »
Abadious se défendit sans doute d’être un enchanteur *; en tout cas, il n’apprit rien à Maximien qui le fit étendre â terre et fouetter jusqu’à ce que le sang coulât comme de l’eau. Quand on cessa, le malheureux n’avait plus qu’un souille; on te porta dans la prison. H implora Jésus le Messie, et aussitôt descen dit l’Ange du Seigneur qui le guérit. L’Ange lui commanda d’aller trouver le roi, et le soldat tout dispos sortit de la prison sans qu’aucun des gardiens Peut aperçu. Il monta sur le toit du magasin à enseignes, prit son ceinturon, le jeta devant le roi cl s’écria: « Je suis soldat de Jésus le Messie, le roi des rois. » Maximien furieux ordonna à ses soldats de monter aussi sur le toit ctdc l’en précipiter la tète la première; mais, arriv«?s sur le toit, ils virent l’atmosphère remplie d’An ges qui portaient des couronnes et entouraient le martyr; ils crièrent à l’empereur: « Nous ne pouvons le précipiter la tète la première, car les Anges l’entourent! « Cependant l’un des soldats « eut l’audace de le jeter la tête en bas »; le saint rendit l’âme: les Anges ne l’avaient pas pris dans leurs bras; il est vrai qu’ils n’étaient pas descendus du ciel pour cela, mais pour lui apporter des couronnes. Maximien fit jeter le cadavre aux bêles; mais un moine vint qui l’enleva \ » »
enchantement bon ou mauvais, et non-seulement lui donner le sens qu’on lui attribue d’ordinaire.
Une seconde oetivrc nous fait retrouver Maximien près d’Akhmlnï, poursuivant son voyage. Celte oeuvre, le martyre de iXaou cl de Banlna, devait être l’une des plus riches de la Haute-Égypte en renseignements de toute sorte; malheureu sement elle ne nous est parvenue qu’en abrégé 1. Le héros du récit est Banlna: Naou n’est qu’un ami et un second rôle. Banlna était ne au village de Dourat-Sourian, de parents chrétiens et craignant Dieu: sa mère était sortie d’une famille assez riche de la ville d’Antinoè. Lorsque Banlna eut grandi, sa mère dit à son père: « Tu sais que mes frères sont à Antinoë; je ne veux pas que cet enfant reste ici à ne rien faire; si tu le veux, je le conduirai à ses oncles « jui l’enver ront au maître d’école avec leurs enfants et qui en prendront soin comme nous le ferions nous-mêmes. »
Le mari voulut bien: on prit l’enfant, on traversa le fleuve, on se rendit à Antinoë et la mère apprit à ses frères ce qu’elle attendait d’eux. Ceux-ci se montrèrent tout joyeux de la proposition et conduisirent Banlna vers un maître habile chez lequel il apprit la science bellement. Les progrès furent si rapides que Télèvc-maitrc en conçut une grande jalousie 1; car Banlna était intelligent, habile, cl réussissait mieux que personne. Un jour que le maître était sorti, l’élèvc-maître se leva plein d’une jalousie diabolique, il saisit la tablette sur laquelle écrivait Banlna, lui prit les doigts, les tordit cl les cassa en les ramenant en arrière 3; car l’enfant avait le corps délicat. t. Quelques fragments en sont conservés en copte à ta bibliothèque natio nale parmi ceux que j’ai moi-t;: »*mc achetés en Égypte.
J’ai cru un moment que ce Banlna pouvait être le Banesniou dont il c.« t parlé dans un fragment ite la Propagande; mais il n’y a rien de semblable dans mon abrégé. Cf. ZoPga. Cal. Cod. Copl. n. CLXH. p. 228. »
Georgi a publié ces fragments: le texte est très fautif, la traduction encore plus, nuis ma propre copie m’a démontré qu’il ne pouvait s’agir des mêmes Actes.
quant un élève esl a*sez avancé, le maître lui confie les commençants. L’élè ve le plus avancé a la surveillance de tous les autres moniteurs. C’est lui que notre texte appelh élice-maitre. ’A. Ce détail est typique, il montre que toute la science consistait dans l’art d’écrire. Kit cassant les doigts de llanfiia, son ennemi lui enlevait tout moyen de faire des progrés dans la science en lui enlevant la possibilité d’écrire. C’est toujours l’antique amour de l’Égyptien pour le beau métier de scribe si vanté dans les papyrus.
Après ce bel exploit, il se sauva dans un village au-delà dû fleuve chez des connaissances de ses parents. Cependant Banliia était tombé sans connaissance; quand il reprit ses sens, il pleura abondamment, se rendit chez ses oncles et de ce jour ne voulut plus retourner à l’école. Toute la nuit qui suivit sa mésaventure, il la passa dans de grandes douleurs; mais enfin le chef de toutes les milices célestes lui apparut, le guérit, el au matin il ne paraissait plus rien. De retour chez ses parents, il rencontra un jeune garçon de son âge, nommé ÎVaou; ensemble ils se mirent à faire des prières, et des jeûnes, à pratiquer la pureté. Quand le Seigneur eut vu la beauté de leur conduite, il leur envoya l’Ange Michel qui leur dit de se rendre dans le Fayoum et d’y habiter près d’un saint célèbre par sa vie pleine de pureté. « Nous sommes jeunes, dirent les deux enfants, nous n’avonsjamais voyagé. » — « Qu’à cela ne tienne, reprit l’Archange, j*î vous accom gnerai et je vous ferai arriver. »
Il en fut ainsi. Près d’arriver, ils virent venir à eux le saint vieillard averti par l’Archange; il tes accueillit avec joie cl its demeurèrent près de lui trois ans « pour apprendre la beauté de son adoration. » Au bout de ce temps, l’Archange leur apparut de nouveau et leur dit: « Le moment est venu de vous transporter de ce pays vers le Sud, selon l’ordre du Messie, à lui la gloire! » Il les conduisit de rechef et les mena à la montagne de Ptolémaïs, au delà d’Akhmim. Ils y trouvèrent une foule de moines qui célébraient la Messe dans une église qui n’était pas assez grande pour les contenir. On en bâtit une plus grande et plus belle. L’église bâtie, on se Irouva en présence d’une grande difficulté: qui consacrerait cette église? L’évêque de Ptolémaïs, Psoti, notre connaissance, avait pris la fuite et se cachait dans les campagnes, si bien déguisé que personne ne pouvait le reconnaître; car la crainte de Dioclétien était répandue par tout le pays d’Égypte. On se consulta et l’on se dit: « Qui donc ira chercher l’évêque pour consacrer l’église? » Banlna s’offrit et fut chargé de la mission; il
parcourut tout le pays sans succès cl, un jour qu’il Marchait dans la campagne, fatigué, n’ayant plus d’espoir au coeur, il rencontra un homme qui marchait aussi. II eut bientôt fait de reconnaître Psoti, quoiqu’il ne l’eut jamais vu. Psoti lui dil:« Que veux-tu? » Banlna le lui dit et Psoli avec joie l’accompagna à la montagne où non-seulement il consacra l’église, mais encore Banlna prêtre, cl Naou diacre. Cepen dant il n’était pas dans la destinée des deux amis de rester toujours à la montagne de Ptolémaïs; l’Ange du Seigneur leur apparut et leur commanda de se transporter à la monta gne d’Adriba fAthribis de la Haute-Égypte). Ce n’était pas *
sans un secret dessein que Dieu les y conduisait. Il y avait près de cette montagne une statue qui tenait à la main un plat de cuivre pouvant contenir un ardeb bien mesuré. Chaque année, au dix-huitième jour du mois de Baba 3, les prêtres païens célébraient une fêle en l’honneur, de l’idole; une foule de gens s’y rendaient de tout le pays. On amenait, comme victimes au dieu, douze enfants âgés de douze ans ou de moins,’ on les égorgeait dans le plat qui se remplissait de leur sang. La cérémonie se faisait vers le soir; le matin venu, s’il ne restait plus trace « le sang « lans l’immense plat, on éclatait alors en réjouissances, car c’était signe que le dieu avait trouve leur offrande agréable puisqu’il avait bu le sang des victimes; on prenait aussitôt les cadavres « tes enfants, on les enterrait, et chacun s’en retournait joyeux dans son village, assuré que celle année-là le dieu leur accorderait une bonne moisson . Quand Banlna el son com » » »
tiioua’tér*. Cf. E. Amélineau: Monum. p. sert. ele. (p. 9 el 20/; — tes Moi ne Égyptiens. HUtoire de Schnoudi, p. 86-91).
encore en place. Cependant aucune des pierres n’a péri, elles ont servi à construire le monastère de Schnoudi et l’on voit encore à la corniche de celle forteresse carrée les ornements coloriés des pierres du temple. Je ne sais si l’on y célébrait des « sacrifice* humains. J’ai longtemps refusé de croire que des sacrifices humains aient en Heu en Égypte: je ne peux cependant en dou ter, le sacrifice humain était de règle après une expédition militaire; les »
pagnon Naoït se furent établis dans celte montagne, l’Ange du Seigneur leur commanda d’entrer dans ce temple et de prier Dieu « le le faire disparaître. Celte même année, lors qu’on eut égorgé les douze victimes el versé le sang dans le plat, tes deux saints se mirent en prière sur une colline à l’Ouest d’Adriba: le lendemain matin, le sang se trouvait encore dans le plat. Les prêtres furent dans une grande colère, car ils voyaient que leur dieu était irrité cl ils connais saient la cause de son courroux: « Tant « me ces deux vieillards resteront près de nous, dirent-ils, noire Dieu sera mécontent de nous, il n’acceptera pas nos offrandes, ne rendra pas abondante la moisson celte anmîc-ci et, si nous l’invoquons dans nos misères, il ne nous exaucera pas. » Aussitôt quarante jeunes hommes se levèrent, ceignirent leurs armes et coururent sus aux deux saints; mais ils en furent pour leur course; le Seigneur le Messie prit soin de cacher ses tlcux serviteurs. » »
Sur ces entrefaites le roi Maximien arriva, parcourant l’Égypte à la tête d’une nombreuse armée, parce qu’il avait entendu dire que ce pays renfermait des chrétiens: il navi guait sur le A’il au milieu d’une véritable flotte, portant avec lui des idoles parées de bijoux et de vêlements de soie, dont « piclqucs-unes tenaient à la main des épées nues cl les autres « les sabres; il était précédé d’une foule de barques remplies de musiciens, jouant de toute espèce d’instru ments, et « le chanteurs; c’était merveille à voir et à entendre. H s’arrêtait près de chaque temple el n’hé sitait pas à parcourir les déserts pour s’y rendre: à chaque édifice sacré, il faisait don d’un Kantar d’or’.Quand il fut arrivé à Adriba, il voulut en examiner les temples; les » » »
« prisonniers de guerre étaient réellement immolés: une stèle raconte tout an long ce sacrifice. Il est de même fait mention de sacrifices d’enfants dans la Vie de Schnoudi (op. cit. p. 3it cl seqq.). On peut rapproeherde ces mentions le fait rapporté par un historien arabe: à savoir que les Égyptiens offraient une jeune fille au Nil lorsque le fleuve montait; on la jetait dans le » flot*. CVst ici la même occasion.
Le Kantar vaut SI kilos cl demi environ. Maximien était généreux.
prêtres s’avancèrent à sa rencontre et se plaignirent à lui du voisinage des deux saints qui rendait leur dieu mécontent. Maximien ordonna aussitôt de les lui amener. Il ne fut pas difficile de les trouver; ils vinrent eux-mêmes se livrer aux soldats, car l’archange Michel leur était apparu de nouveau et leur avait dit: « Le roi vous demande; hâtez vous, car l’occasion de souffrir pour Dieu ne se présente pas toujours. » L’archange leur avait appris en même temps ce qui devait leur arriver cl promis les couronnes célestes. Le roi les interrogea; ils lui répondirent par des injures: « Tes idoles, dirent-ils, sont de la pierre ou du bois sans réalité, ce sonl des satans. » Que pouvait faire Maximien? Se mettre en colère? H le fit et emmena les deux saints avec lui jusqu’à ce qu’il fut monté à Edfou.
On s’arrêta près d’un lac, en face de la ville, pour y trancher la tête aux deux saints. Le Messie leur apparut et les consola, leur promit les privilèges habituels, et leurs tètes furent tranchées sans difficulté. Les soldats lavèrent leurs glaives dans l’eau du lac, et celle eau devint la cause d’une foule de prodiges ’: tous ceux qui s’y lavaient étaient guéris. Leurs corps restèrent sans sépulture jusqu’au départ de l’empereur; quelques chrétiens vinrent alors sous un déguisement cl les emportèrent*.
Une autre oeuvre nous transporte dans la Basse-Égypte tout d’abord, et nous fait assister à d’autres scènes de la vie égyptienne dont le théâtre fut encore la Moyenne-Égypte. Harakioun était évêque d’Abou-el-hid, près d’Alexandrie, sacré par te patriarche Théonas avant le décret de persécution. Quand il eut appris que la persécution avait éclaté, il résolut d’aller trouver le patriarche Pierre et de lui demander ce qu’il devait faire. Comme il sortait de sa ville, H rencontra en roule des barbares « pli se saisirent de sa personne, l’alla »
à la mémoire des égyptiens. Encore aujourd’hui les fellahs en font le séjour de toutes sortes de dïvinités bienfaisantes ou malfaisantes, et coulent, à leur occasion, d’interminables légendes.
chèrcnt à un chameau et remmenèrent avec eux. Une nuit qu’il était ainsi attaché, il implora Dieu, pleurant cl soupirant, car son coeur était dégoûté cl son âme était devenue petite.’ L’Ange du Seigneur lui apparut, lui souhaita la paix et lui fit observer qu’être attaché à un chameau ne pouvait être comparé à être torture sur le chevalet, cuit dans des chau dières pleines d’huile et de poix, ou être rôti sur un lit de fer. Il lui conseilla de prendre patience, lui promettant d’ailleurs qu’il aurait la victoire. Cependant les barbares avaient poursuivi leur chemin, pillant les villages écartés, se réfugiant dans la montagne dès qu’ils étaient poursuivis; ils arrivèrent en dernier lieu à Behnesa (OxyrrinchusJ. En celle ville se trouvait l’émir Jean, du corps d’armée de Victor, lits de Romanos, le grand vizir de Dioclétien’.
Ayant appris l’incursion des barbares, il sortit à leur rencontre à la tête de deux cents cavaliers; les barbares comptaient deux mille combattants. Jean fut effrayé et du nombre et de la physiono mie des barbares qui portaient « un voile sur leur visage, qu i étaient noirs, effrayants, terrifiants et étaient montés sur des chameaux ». Mais Jean était chrétien, on du moins l’avait été *; il savait les Ecritures et se rappelait que JosUé, fils de Sun, avait fait périr vingt-sept royaumes, que le géant Samson avait dispersé les Philistins, et que le petit David avait tué rénorme Goliath. Ces souvenirs lui rendirent courage, il descendit de cheval, se tourna vers l’Est et fit une belle prière au Messie, ayant bien soin de rappeler ces exemples nléntorables, et somma le Messie de venir à son secours.
Cela fait, it se remit en selle, chevaucha au milieu de ses cavaliers el leur cria de sa plus liante voix: « Fortifiez vos coeurs el que le Seigneur soit avec vous l il combattra pour vous. » Aussitôt la troupe entière s’élança sur les barbares
de faire connaître Romanos. son fils Victor et tout le cycle dé Dioclétien. z. Je mets cette restriction, parce qu’il est de fonte invraisemblance que Dioctétien ait conservé en Égypte un grand officier de son armée qui aurait été rhrétien.
en la force du Messie. Les barbares qui ne connaissaient point les Ecritures et qui n’avaient personne à opposer à Jostté. à Samson cl à David, furent naturellement vaincus, taillés en pièces, si bien qu’un petit nombre seulement parvint à pren dre la fuite. ’ Ils laissaient un énorme butin que les soldats se partagèrent: brebis, vaches, bestiaux de toute sorte, hom mes, femmes, cl, dans un coin, attaché à son chameau, Hara kioiin, les habits en lambeaux, son burnous tout aussi déchi ré que son corps. Un homme riche demanda à l’émir Jean de lui donner ce vieillard; il avait reconnu un moine et, lorsque l’émir le lui eut donné, il voulut le renvoyer à son monastère; mais Harakiouns’excusa, il n’était pas moine, mais évêque d’Abou-cl-hid et ne tenait pas à retourner dans sa ville épiscopalc; « car, dit-il, aucun chrétien n’ose se montrer à cause de l’oppression violente qui règne sur eux. »
Il resta donc clic/ le riche, ayant perdu tout goût pour le martyre, préférant même de prier, jeûner, faire de grandes dévotions et fatigues. Cependant l’évéqucde Bchnésa, Théodose, ayant appris qu’on avait trouve un évêque dans le butin fait sur les barbares et qiie cet évêque était chez le riche personnage, faisant des dévotions cl opérant des prodiges, cul une vision à son sujet: un homme lui apparut en songe qui lui dit: « Hâte-toi d’aller trouver l’évêque Harakioun, car il doit in failliblement s’asseoir sur Ion siège. » Le pauvre Théodosc se leva tout tremblant, se demandant ce qui lui arriverait et si on allait le déposer; il se hâta d’aller visiter Harakioun et, l’esprit tout occupé de ses pensées, il lui dit: « 0 mon père, as-tu jamais entendu dire qu’un évêque ait été chassé « le sa place pour la laisser à un autre? » — Le saint Harakioun sut bientôt en Dieu ce que pensait Théodose, il lui dit: « 0 mon père, ce n’est pas ce « pie lu penses! Tu auras le destin de » » »
Ces barbares, d’après la description qui en est faite, sont évidemment les mêmes que. ceux dont parle Pline (L. V. eh. VIII. ) qui n’avaient point île têtes cl dont les yeux et la bouche étaient appliqués sur la poitrine. La mention du voile tait peiner aux Touaregs, et il faudrait ainsi admettre que les iJteinmyes (car c’est d’eux que parle Mine) étaient d’origine berbère.
Jérémic « fui vécut dans le déscrl afin de pricrpour le peuple; car il est impossiblequetu ne t’en ailles pas au désert, lorsque surviendra te trouble pour les Chrétiens. Quant à moi, le pauvre, je n’aurai pas la force de me sauver el tu me laisseras le soin de l’église. Théodosc fut rassuré. Enfin arriva l’or »
dre terrible de Dioclélicn:« Quiconque ne se prosternera pas vers l’Ouest, pour adorer les dieux, périra promplcmcnl. » Théodosc, ne voulant pas se prosterner à l’Ouest, mais ne se trouvant aucune envie de mourir, réunit son peuple, le con duisit à Harakioun, le lui confia cl se retira dans le désert pour imiter Jérémic: c’était plus sûr. Harakioun resta dans la ville cl continua de faire des prodiges. Il en fit tant que le vali en culconnaissanceel lefit jeter en prison. Ce n’était pas le moyen de faire cesser les prodiges qui s’opérèrent de plus belle. HarakiounavaiteonsacréPaul, le fils de son hôte, prêtre et lui avait remis son burnous: Paul le visitait dans la pri son, lui portait des fruits et faisait Une petite rente au geôlier qui ne le laissait entrer qu’en raison d’un dinar d’or à chaque fois.
Le vali cependant se montra fort mécontent que l’évêque Harakioun continuât ses prodiges, il le fil venir en sa présen ce, saisit la lance d’un de ses soldats et en perça le saint qui mourut sur le champ. On jeta son corps hors de la ville pour le faire dévorer par les bêtes et les oiseaux. Le vali avait compté sans le saint qui apparut à Paul, lui reprocha sa né gligence et lui commanda d’aller chercher son corps et de l’ensevelir. Paul obéit. Le vali l’apprit elle fil emprisonner. Mais comme c’était un riche personnage, l’émir Jean qui se trouvait à Bchnésa pour inspecter les troupes, intercéda pour lui près du vali et 1e fit mettre en liberté’.
Il faut aussi mentionner un martyr sous le gouverneur Maxime. àBchnésa;ilseiiommaitSchnoudi.Legouverncur« le la ville apprit par délation que Schnoudi était chrétien; il le fil venir et l’interrogea sur sa foi. Schnoudi ne nia point cl »
confessa le Messie. Le gouverneur lui fit d’abord donner la bastonnade: son sang inondait la terre; alors on le traîna par les pieds et on le jeta dans un réduit ténébreux. Pendant la nuit, l’Ange du Seigneur lui apparut, te consola, le guérit et lui dit: « Prends courage et ne crains pas; a toi la couron ne de la vaillance.Tu endurcrasde grands tourments, mais je serai avec loi, par l’ordre du Seigneur. » Puis l’Ange disparut. Au matin, le gouverneur dit aux soldats: « Allez voir dans la prison et examinez l’état de cet homme qui désobéit aux rois; s’il est mort, jetez le hors de la prison. « Mais Schnoudi n’était point mort, il se portail au contraire très-bien el priait de tout son coeur, debout selon l’usage. On en informa Maxime qui le fit venir, le fil me lire à nu et examina son corps; cet examen le rendit stupéfait: il n’y avait pas trace de plaie.
Malgré tout, Maxime ne se découragea pas, il fit pendre Schnoudi la tête en bas, au dessus d’un feu qu’on avait allumé; il le tortura ensuite sur le chevalet; enfin, fatigué de le torturer sans résultat, il lui fil trancher la tête cl ordonna de jeter le corps aux chiens. Des fidèles prirent le corps, le parfumèrent de parfums et le mirent dans un cercueil où on le conserva’. » »
Notes d’Émile Amélineau
62. Le texte ajoute: Vali d’Antinoe. Il doit y avoir erreur, à moins de sup
63. La citation me parait hasardée. La sainte attrait été emportée par son
64. Synaxare, Il Toubah.
65. Synaxare. 28 Toubab.
66. Quand je dis conservé* en entier, il faut entendre
67. « Test ici que commence le eod. cop. val. 60 t. I.— Le Synaxare contient »
68. Ces dernières paroles ne sont pas contenues dans les Aclts "copies, mais
69. C’est à leur distribua l’Eucharistie sous les deux espèces. M. Hyver
70. La preuve de cet emprunt se trouve dans ce fait que l’argumentation
71. A propos de cette énumcratioti A’hérésies dont j’ai parlé dan? la note
72. Ce3 mots dans le? Actes de Saint Ignace.« ont placés dans ta bouche de »
73. Je ne peux relevcrtoutesles fausses traductionsde M. Hyvernal, même pour
74. Les noms sont fournis par le Synaxare.
75. Synaxare. 0 Thotb.
76. I.e nom de Culcien apparaît dans d’autre? acte, mai non plus comme
77. Il faut entendre ici par ce mol enchanter’, rendre quelqu’un le sujet d’un
78. Je dis sans doute, parce que l’abrégé UÎ d>nne pas la réponse du mar
79. Synaxure, 25 Toubab..
80. Il en est encore de 111*1115 en Égypte. L’enseignement est mutuel;
81. C’est sur l’emplacement de celte ville que Schnoudi éleva son célèbre
82. C’est-à-dire près de deux hectolitres.
83. C’est-à-dire le 16 octobre, au moment où l’on va commencer les semai!
84. Le temple de cette statue a existé, il n’en reste aujourd’hui que le seuil
85. Il s’agit ici du lac sacre du temple d’Edfou. Ces lacs sonl restés chers
86. Synaxare, 7 Kihak.
87. La légende entre de nouveau dan le réeil. J’aurai plu loin l’occasion
Chapitre quatrième
J’en ai fini avec la Haute et la Moyenne Égypte et il faut maintenant étudier les Actes qui ont trait plus spécialement à la Basse-Égypte *. Nous y rencontrerons les Irois séries de documents que nous avons déjà rencontrés pour la Haute Égypte, ceux où le gouverneur est incertain, ceux où les gouverneurs de petites villes jouent le premier rôle, ceux enfin qui se groupent autour d’Arménius, gouverneur d’Ale xandrie. Il en est même une quatrième qui touche aux trois autres el que j’étudierai séparément, car elle est composée d’umvres toutes attribuées a un même auteur sur lequel nous avons des renseignements assez nombreux, Jules d’Aqfahs, celui que l’on a nommé l’historiographe des martyrs. J’exa minerai chacune de ces séries de documents dans l’ordre où je viens de les éntimércr.
Les documents que l’on ne peut rattacher à un gouverneur connu sonl plus nombreux pour la Basse que pour la Haute Égypte; mais, pour la plupart, ils nesont pas aussi développés
J’entends par la fiasse-Égypte tout le Delfa y compris Alexandrie. Je né veux pas cependant d.re que la scène des événement* que j’ai à raconter, soit toujours dans le Délia, maïs la scène principale t’y trouve toujours plaeée.
que les autres ’. Le premier qui se présente n’est pas le moins curieux de cette littérature. Le héros en est Abou Mina, le saint aux deux chameaux si souvent représenté. La famille de ce saint était originaire de iXikious ou Prosôpis; son père était un émir nommé Eudoxios. Eudoxios avait un frère qui fut jaloux de lui cl l’accusa près du roi qui l’exila d’Égypte cl l’envoya dans la province d’Afrique en qualité de gouverneur *. C’était un homme doux, pitoyable, miséricor dieux. Les peuples de sa province furent bien contents de l’avoir pour gouverneur. Quoiqu’il fut exilé « lu beau pays d’Égypte, sa vie eût été heureuse sans un amer chagrin auquel ni lui, ni sa femme ne savaient « le remède. Ils n’a vaient point d’enfant. Un jour qu’on célébrait une fête en l’honneur de Notre-Dame la Vierge Sainte, mère du salut du momie, la femme d’Eudoxios se rendit à l’église: elle y vil tes parents chrétiens entourés de leurs enfants parés de leurs plus beaux habits, tout le monde avait l’air joyeux: clic seule soupirait cl pleurait.
Elle se rendit devant l’image de la Vierge cl la conjura de lui accorder un enfant. Soudain l’image s’anima cl une voix en sortit disant: Amen. La pauvre femme toute heureuse se hâta d’aller raconter à son mari la promesse qui lui avait été faite; Eudoxios se contenta de lui répondre: « Que la volonté de Dieu s’accom plisse! » mais à quelque temps de là sa femme put lui an noncer qu’elle était grosse. L’enfant vint au monde et on l’appela Mina d’après la promesse que sa mère avait entendu *. Dès qu’il en fut capable, les heureux parents firent instruire » »
« Martyres en question sont rattachés anx »dernïers mois de l’année. Ces derniers moi* sont beaucoup plus courts que les premiers, l/anleur était visiblement fatigué et trouvait que son ouvrage était assest long: le synaxare se compose en effet de deux gros volumes.
gouverneur de Nikious, le gouvernement de la Mauritanie était un avance ment en dignité; mais il fallait quitter le beau pays d’Égypte et c’était un exil déguisé.
si l’on déplace l’alpha c’est le nom même de Mina. De même en arabe
« « leur enfant dans les livres et les sciences spirituelles ’. Il avait onze ans lorsque son père mourut, et trois ans après sa mère mourut aussi. Le jeune Mina resta donc » orphelin de parents, isolé d’âme. » Pour se consoler, il s’appliqua au jeûne avec ferveur. Cependant les capitaines et les lieute nants de la province qui avaient conservé la plus grande affection pour son père lui donnèrent la survivance de la charge paternelle. Tout alla bien jusqu’au moment où Dio ctétien devint infidèle et où le décret de persécution fut apporté dans la province d’Afrique. Alors le jeune Mina rési gna sa charge et se retira dans le désert où il demeura « des jours nombreux dans une belle adoration. » Un jour, il cul une vision, il vit les cieux ouverts cl les martyrs couronnés de belles et magnifiques couronnes.
Elles lui firent envie: il re vint à la ville pour être martyr et, malgré toute la bonne volon té du gouverneur pour le sauver, il fallut lui trancher la tête. Le gouverneur avait ordonné de brûler le corps de Mina; on exécuta son ordre; mais le feu refusa de consumerlc corps sacré. Des fidèles l’emportèrent, l’ensevelirent bellement et le gardèrent chez eux. Après la fin de la persécution, des gens, qui sont appelés Maraîasos *, prirent le corps el l’em portèrent. Des êtres inconnus, ayant le corps des animaux féroces et le cou des chameaux, étant sortis de la mer et ayant léché le corps du saint, furent consumés par le feu du ciel. Les pieux ravisseurs, qui s’étaient enfuis à la vue de ces monstres, revinrent alors cl emportèrent le corps à Alexan drie.
Lorsqu’ils eurent fini leurs affaires au pays d’Égypte, ils voulurent retourner en leur pays et emporter le corps dû saint Mina. Ils le placèrent sur un chameau, mais le chameau ne se leva pas; ils le mirent sur un second chameau, et le second chameau fil comme le premier. Ils comprirent alors que la volonté de Dieu était manifeste: ils enterrèrent le
ce qu’on appelle ailleurs les sciences de l’Eglise.
à laquelle auraient appartenu ces marchands.
corps à l’endroit même où les chameaux avaient refusé de se lever et retournèrent dans leur pays. Le corps eût pu rester indéfiniment à l’endroit où il avait été enterré sans une cir constance extraordinaire. i\on loin de cet endroit, se trouvait un lac; un jour qu’un berger faisait paître ses brebis près de ce lac, comme il en avait un certain nombre de galeuses, il les fit descendre dans le lac pour les y baigner, selon la méthode qui se pratique encore aujourd’hui. Les brebis, sorties du lac toutes ruisselantes d’eau, allèrent se coucher sur l’endroit où étail enterré le corps de Mina. Il en résulta que leur gale disparut sur le champ. Le berger en fut stupéfait; mais, en homme pratique, il prit aussitôt de la poussière de cet endroit, en fit avec de l’eau une sorte de mortieret de ce mor tier graissa tous ses moutons malades: ils étaient guéris sans plus tarder.
Un si grand prodige ne pouvait rester, ignoré: la renommée en remplit l’Égypte et parvint même jusqu’à Constantinoplc. Or, le roi de Cohstantinoplc à cette époque avait le coeur bien triste, car sa tille était lépreuse. La nou velle des prodiges qui s’opéraicnl en Égypte lui donna cou rage: il se dit que le mortier qui guérissait la gale des moutons pouvait bien guérir la lèpre d’une princesse impé riale, il fit préparer tonte une expédition et envoya sa fille à cet endroit béni. La pauvre princesse ne pouvait s’offrir à la vue de personne, tant elle était dévorée par l’horrible mala die; elle fit cependant venir le berger cl lui demanda com ment il s’y prenait pour guérir ses moutons. Il le lui dit et clic fil comme il lui avait appris; elle prit de la poussière de l’endroit, y versa de l’eau, en fil un mortier dont elle se graissa consciencieusement et elle fut guérie.
Or, pendant la nuit, le saint Mina lui apparut cl lui ordonna de creuser le lendemain matin pour trouver son corps. On creusa en effet cl le corps sacré apparut. Dans toute sa joie, la princesse écrivit à son père le récit « le tous les prodiges qu’elle avait vus s’opérer pour elle: l’empereur envoya de grandes sommes d’argent et l’on bâtit une belle église en l’honneur du saint »
Mina. Sous le règne d’ArcadiUs et d’Honorius, cette première église fut remplacée par une autre beaucoup plus belle encore qui resta en grand honneur jusqu’après la conquête musulmane’.
Le martyredùMInâ nous a transportés hors d’Égypte, quoi- que Mina soit l’un des martyrs égyptiens les plus en honneur en Égypte; il faut maintenant nous acheminer vers Péluse. A Péluse habitait un homme, tisserand de son métier et nom mé Epimaqiic: il faisait des houppes de soie et des couver tures de prix. Il avait deux amis, Théodore et CalliniqUe. Ayant appris l’arrivée du gouverneur qui persécutait les chrétiens, il exhorta ses amis au martyre; mais n’ayant pu les convaincre, il leur dit adieu et se dirigea vers El-Bakrouq, où il trouva le vali qui torturait une pauvre femme. Il con fessa le Messie: il avait alors vingt sept ans. On lui fil endurer le supplice du chevalet: pendant qu’on le tourmentait une goutte de son sang atteignit le visage d’une jeune fille aveugle qui vit aussitôt; on le crucifia, mais le Seigneur le délivra.
Le gouverneur commanda alors de lui couper la tête; mais quatorze bourreaux se succédèrent sans pouvoir lui détacher ]a tête du tronc’ Il fallut le traîner sur une haute montagne où il rendit le dernier soupir. L’un des soldats, quiétait sourd, fui guéri de sa surdité en portant le saint. Des gens d’Edkoù vinrent prendre le corps qui opéra quantité clc miracles, si bien que le vali cul peur et s’enfuit. Les habitant » de Damtra consolèrent les parents du martyr qui emportaient son corps à Péluse, où 1c gouverneur de celte ville Pcnsevclil de ses propres mains. A Danrira, mille sept cent cinquante person nes, hommes, femmes et enfants, s’étaient convertie* à la vue « les prodiges 3.
De Péluse, le Synaxare nous transporte h Sais où lès sain- tes Dabamoun, Baslamotin, leur mère Sophie et leurs com
Mècle dan le mêmes ternie que dan un autre passage du Synaxare, au 15 Itaonah. Cette église se trouve près du lac Mariout.
, » — i>a — paguons achèvent leur martyre. Ces saintes habitaient tran quillement le village de Tahmoun dans le diocèse de lianA, lorsque se réfugia chez elles un homme du nom de Ouais se h en ou fa que l’on voulait faire évêque et qui ne le voulait pas. Pendant « on séjour dans la maison de ces saintes fem mes, l’Ange « lu Seigneur lui apparut et lui dit: « Pounpioi dors-tu pendant que le combat se livre et que les couronnes sont prêtes? Lève toi, va trouver le vali, confesse le Messie et lu obtiendras la couronne. »i Le lendemain malin il racon ta sa vision à ses hôtesses et, tous tes quatre, ils se mirent en route à la recherche du martvre. Ils trouveront lo vali à Benschlil; il les fit torturer, jeter en prison, puis tes emmena à Sanhour.
Là, il les tourmenta do nouveau; mais les tour ments n’y faisaient rien, car l’Ange du Seigneur les fortifiait. Le vali les emmena encore à Sais, où Dabamoun injuria les dieux, ce dont les prêtres se plaignirent fort au gouverneur. Dans celle ville, le nombre « les confesseurs s’augmenta. Non loin de la ville, dans lo village do Digoua, habitait avec sa mère une jeune fille, nommée Jeanne, dont tout le pays cé lébrait le mérite et la beauté. Sa mère et elle faisaient « le la toile, vivaient de leur métier et, trouvaient le moyen de faire de grandes aumônes. Le vali ne put supporter pareil scandale: il envoya un bourreau à Digoua, avec ordic de couper la lète à Jeanne. Mais le bourreau, nommé Eulogios, était homme avant que d’être bourreau: il tomba en admiration devant la belle et bravo jeune fille, il ne voulut point détacher une aussi belle lêlc cl se contenta de l’amener à Sais en déclarant qu’il était lui-même chrétien.
Ils curent tous la lête tranchée en dehors de la ville, après que Dabamoun cul été torluréc pendant plusieurs jours sans en mourir, parce que l’Ange du Seigneur la fortifiait 1. Les femmes de la ville les accompa gnèrent au lieu du supplice, pleurant et gémissant; mais Da » » »
i. Celle formule signifie que te supplice notaient point ressentis par lca martyr* ou que, si la mort s’eusuivait, jl y avait bientôtrésurrection.
bamoun, le sourire aux lèvres, les consolait ’. Ouarsçhcnoufa fut le dernier à consommer son martyre. Le vali ne se décida à le faire jeter dans une fournaise qu’après l’avoir vu « léclii tant lo décret impérial qu’il faisait tire aux chrétiens rebelles el refusant d’adorer les dieux de l’empereur . »
A Damanhour, « du diocèse de Bousir, à l’ouest du fleuve d’Égypte, » nous trouvons quatre martyrs: Abakir, Phelba son ’frère, et les deux prêtres Jean et Ptolémée. Abakir était très riche; mais il préféra les biens célestes à ceux de la terre, H se mit d’accord avec son frère el tes deux prêtres; tous les quatre, ils se rendirent à Qarnatsa trouver le vali et confesser te Messio. Lo vali ordonna « le les percer de flèches; mais les flèches se détournèrent des martyrs. H les lit jeter dans une fournaise ardente; mais l’Ange du Seigneur descendit et les sauva. Le gouverneur les lit attacher à la queue des chevaux et traîner depuis Qarnatsajusqu’à Damanhour: ils n’en éprou vèrent aucun mal. Force fut « le leur enlever la tête en dehors de la ville de Damanhour et leurs corps furent emportés à Saïs par les gens « le celle ville *. » » »
Je ne citerai que pour mention le saint jardinier Isaac do « le Schamamit; la sainte Llaria de Demelliana qui n’avait que onze ans lorsque l’Archange Haphaèl lui apparut et lui ordonna d’aller au martyre ; les saintes Tècle et Mougl de Pa rafes auxquelles Notre Dame et sainte Elizabcth apparurent pendant qu’elle se rendaient à Alexandrie pourêlrc martyres . Leurs actes sont très abrégés et n’offrent que la répétition - d’événements connus. Un personnage plus intéressant est »
1 3. Synaxare, 11 Ilaonah.
« remmène avec lui dans un autre endroit. Il se faisait ainsi suivre d une véri table armée de martyr, sept mille six cents. H avait une provision toute prèle pour le » supplice. Pendant 1 voyage, l’un d’eux tomba à l’eau: un. crocodile aussitôt le mangea. La sainte implora le Seigneur qui ordonna au crocodile de rendre vivant celui qu’il avait mangé. Ainsi fut fait, connu jadis pour Jouas; Jouas aurait pu à la rigueur passer par le gosier de la baleine; mais le gosier d’un crocodile est de plus petite mesure.
Abkirgoun do Banouan, qui commença par être voleur et finit par être martyr. Il était même un voleur sacrilège: un jour il s’était associé avec deux camarades et, à eux trois, ils avaient comploté de dévaliser un moine. Lorsqu’ils furent arrivés près de lacelluledece moine, celui-ci veillait encore;ilsaltendi rent qu’il s’endormll, mais il ne s’endormit pas et, au matin, il sortit à leur rencontre. En ce moment la grâce les toucha, les trois voleurs se firent moines à côté « lo colui qu’ils vou laient d’abord voler. Six ans se passèrent et la persécution commença. Abkirgoun se sépara de son père spirituel et se rendit à Nikious pour être martyr. Il y trouva le roi Maxi mien qui lui lit peigner le corps avec des peignes de fer. On l’envoya ensuite à Alexandrie où cinq fois « le suite on le pendit à un mai, et à chaque fois la corde cassa.
On l’enferma « lans un sac de cuir et on le jeta dans la mer; l’Ange « lu Sei gneur le vêtira « les Ilots et lui ordonna de so rendre à Samannoiid. Chemin faisant, l’idéo lui vint de retourner en son village, pour voir si l’on se souvenait encore de lui. H s’y rendit et demanda aux gens s’ils connaissaient Abkirgoun: « Il va longtemps qu’il est parti, » lui répondit-on. Cependant une fille l’observai! et tout « l’un coup, elle s’écria: « Mais c’est lui qui esl Abkirgoun! » Tous les habitants du village se hâtèrent dès lors de venir recevoir la bénédiction de ce bon larron, après « pioi il s’achemina vers Samaiinoiid. Près de la ville il rencontra un soldat et lui dit: « Je suis chrétien, atta che-moi et (raine moi par la ville. » Le soldat obéissant lui lit ce qu’il désirait et lecondiiisit au vali qui se nommait Justiis.
On l’attacha à une pierre, la tête en bas, jusqu’à ce qu’il eût perdu beaucoup de sang par la bouche et par le nez: alors il maudit la tille du vizir qui mourut sur le champ. Elle resta morte dix-huit jours: au bout de ce temps, à force de suppli cations faites à Abkirgoun, celui-ci la ressuscita et la jeune fille raconta tout ce qu’elle avait vu dans la Géhenne. Le vizir Jtisttis, sa femme sa fille, toute sa maison, ses soldats crurent au Messie cl se liront martyrs au nombre de neuf cent trente -, 9.’i — cinq personnes, Abkirgoun fut envoyé à Alexandrie; « l’Alex* andrie on le renvoya à Samannoud où on le frappa avec des massues. On l’envoya de nouveau h Alexandrie; mais à Tell barmouda lo Seigneur lui apparut et lui apprit que là serait la lin île son mai lyre’. » » » » » » » »
La liste « les martyres de la première catégorie de la Basse Égypte sera close par les actes de Benjamin elde sa sunir Eu doxio. Ils étaient nés dans la ville « le Nabalschir « le deux pa rents chrétiens, hospitaliers et qui pratiquaientdans (e monde les vertus des solitaires au désert. Us tirent donner à leurs enfants une éducation chrétienne. Devenu grand, Benjamin voulut être martyr, il se rendit à Schentouf devant te vali qui le fil jeter en prison. A cette nouvelle, ses parents et sa soeur l’altèrent trouver, baigm^s de larmes; il les consola et « leur apprit que la vie de ce monde est peu de chose, que celle de l’autre monde n’aura pas de (in, » Sa soeur Eudoxio lui dit alors: « < Vive le Seigneur, je ne me séparerai point de loi et je mourrai de la même mort que toi! »
On rapporta cette parole au vali qui fit enfermer le frère et la sieur dans un endroit ténébreux el tes y laissa vingt jours sans boire, ni manger. Au bout de vingt jours, on les tirade leur Cachot, on leur attacha au cou de lourdes pierres et on tes jeta « tans le Nil. L’Ange du Seigneur descendit, détacha les pierres et les deux saints irligèrent tranquillement jusqu’au village « le Boira où une vierge fidèle les fil monter sur la berge. Lé vali finit par leur faire trancher la tête et ils consommèrent ainsi leur mnrlvre *. » » » » »
Notes d’Émile Amélineau
88. La raison de ce peu de développement se trouve dan refait que le
89. Cette défaveur paraîtra asscx bizarre. En admettant qu’Eudoxios fût
90. Il y a là un jeu de mot*; en copte amen s’écrit &.umt, Mina JtUiUk $
91. Il faut entendre par le livres l’Ecriture et par le science spirituelle
92. Je ne connais pa* ce nom par ailleurs. Il semble désigner une peuplade
93. Synaxare, là llalhor. Cette église est décrite par un auteur arabe dit XII*
94. Synaxare, 13 Paschons. *
95. Synaxare, 10 Baonah.
96. Synaxare, 27 Abib.
97. Il faut noter ici un fait curieux. Llaria va trouver le vali a Toua:,le vali
98. Tous ce* uiarlyres sont rapportes au Sj/naxarè, 25 Abib,
Chapitre cinquième
La seconde série d’Actes de martyrs de la Basse Égypte no comprend guère que trois récits, très abrégés d’ailleurs, mais que je ne puis cependant passer sous silence, si je veux donner une idéo juste et complète du sujet que je traite. Evidemment les martyrs dont on a ainsi écourté l’histoire n’a vaient pas grande célébrité, ni, sans doute, grande puissance aux yeux de l’auteur du Synaxare; on pouvait donc les trai ter avec assez de désinvollure sans avoir à en craindre les suites. * -, 08 ~ Arménius convoqua aussitôt Arien, gouverneur de la Thé haute, Anunon, qualifié do reparius, et de nombreuses troupes de soldats. Il leur.lut’le décret, les (il sacrifier aux dieux, et aussitôt Arien s’élance parcourant la Haute- Égypte jusqu’à l’Ethiopie, Lorsqu’il fut arrivé à Babylone, on l’ins truisit du cas « t’Apatil, Arien se le, fit amener, voulut lui faire adorer les idoles et, comme il n’y réussit pas, il ordonna de le jeter dans un grand bûcher; mais une nuée survint, une grande pluie tomba et lo bûcher fut éteint.
Après plu sieurs autres supplices, les grands dirent à Arien: « Sei gneur prises, ne le tourmente pas, ici, mais envoie-le à Pompéius, gouverneur de Pérémoun, » Arien le til et Pom péius, à l’arrivée du soldai chrétien, ordonna de lo jeter dans la mer. La mer ayant refusé d’engloutir le martyr du Christ, lo gouverneur ordonna do lui couper la lête. La chose réussit parfaitement, et Sotériclms, le père d’Apatil, vint chercher le corps de son enfant ’. »
A l’autre extrémité du Delta, près de ht frontière « lo Syrie, au villago d’Arousch, deux martyrs, Paul etSilvain donnèrent le spectacle de l’héroïsme chrétien et des prodiges auxquels tout martyr qui se respectait étail tenu, En ce.temps là, lo grand vali avait réuni tous les valis des districts qui étaient sous sa main et leur a\ail dit: « Que chacun de vous cherche les chrétiens qui se trouvent dans son nome, pour voir s’il leur persuadera do lever l’encens; sinon il doil les punir. » Or, dans le village d’Arousch, le gouverneur, nommé Jules, connaissait deux chrétiens, Paul et Sylvain, il les lit venir en sa présence et leur dil: u Sacrifiez aux dieux « lu roi/ » — D’une seule bouche, ils répondirent: « Nous n’avons d’autre Dieu que Jésus te Messie î » Le vali se mit en colère, ordonna d’apporter un lit de fer rougi au feu et d’y étendre les deux confesseurs. On le fil. Paul et Sylvain ôlèrcnl leurs habits, se signèrent du signe de la croix, s’étendirent sur la couche de feu, et voici que cette couche devint aussi fraîche »
Cod. tat. copt, LXVI et LXII - Synaxare, 10 Abib.
quo l’eau, Ils glorifièrent Dieu; mais Jules devint furieux. Il fit amener une paire de vaches très vigoureuses, attacha les deux saints à leurs queues et ordonna de les traînerjusqu’à ce que leur corps fût en lambeaux. Les deux confesseurs n’en éprouvèrent aucun mal. Alors le vali tes fit pendre, la loto en bas, à un aceacia « pii se trouvait à la porte du temple: la foudre tomba sur l’accacia, le brida, brûla aussi la moitié du temple avec les idoles, el les deux martyrs se trouvèrent debout, sains et saufs. A celte vue, les prêtres s’écrièrent au vali el le conjurèrent « l’en finir avec Paul et Sylvain. Jules ordonna « te leur couper la tête sur lo champ 1. » » »
Iléliopolis eut aussi son martyr, mais il élail étranger à celte ville. Il se nommait Bschai Anub ; il était né à Banabous, dans le diocèse de Damiellc, et il était soldat de Cyrhupie, vali « i’Athribis. On conduisit le martyr à Antinoè près d’Arien qui le menaça beaucoup et ordonna enfin « le lui trancher la tête. Comme on lo menait au lieu du supplice, une grande foule de gens te suivirent. Dans ta foule se trouvait le saïs des lions appartenant au gouverneur; il menait avec lui deux lions attachés avec des chaînesv. Tout à coup l’un des lions bondit, brisa sa clialne et alla se placer près du saint: alors l’Ange du Seigneur plaça le martyr sur les lions et aux yeux émerveillés de la foule, Ange, martyr et lions s’élevèrent dans les airs: tous les quatre, ils fendirent de concert la plaine liquide jusqu’au dessus de la ville d’Héliopolis. Là, ils descendirent. Le saint avait toujours tes yeux bandés et ne savait où il se trouvait. Il finit sans doute par le savoir cl consomma son martyre dans la Ville du Soleil*. » »
Anoub e.*t le nom du dieu Anoub pour Anoubis.
gens de qualité; mai* le texte l’emploie à celle occasion.
(îelle mention de lions apprivoisa n’est pas extraordinaire, La vie de Schnoudi en contient un exemple fcf. E. Amélineau: Monum. etc. p. Il); dès la dix-huitième dynastie le roi Thouthme III faisait & ses capitaines don de lion domestique.*.
Notes d’Émile Amélineau
99. Synaxare, 11 Itarmahat.
100. Le texte arabe ajoute: ce qui signifie or à dorer. C’est un conlrc-$eu$.
101. Ce ternie ne n’applique d’ordinaire qu’aux coureur qui précèdent le
102. Synaxare, 19 Baonah. Ce inartvre est malheureusement fort écourté et
Chapitre sixième
Ces deux premières catégories d’actes ainsi épuisées pour la Basse Égypte, nous nous trouvons en présence d’acteurs plus considérables, les documents vont se multiplier, le Ion se hausser et les détails abonder, comme pour Arien dans la Haute Égypte. Désormais c’est le gouverneur d’Alexandrie qui va jouer le premier rôle: je me servirai donc h son égard do la méthode que j’ai déjà employée à l’égard d’Arien, réservant toutefois pour un examen spécial les oeuvres de Jules d’Aqfahs qui était son interprète en chef et le chef de sa chancellerie.
Les auteurs coptes n’ont pas fait d’Armenius un chrétien comme ils avaient fait d’Arien, ils ne l’ont pas davantage fait martyr, comme son collègue et son émule; ils se sont ratlrappés sur sa famille; comme Arien avait martyrisé son beau-frère, Arménius martyrisa son neveu et sa propre fille. Ce neveu s’appelait Georges: son frère, riche marchand, avait épousé la soeur d’Armenius, sans en avoir eu d’enfant. Comme il était chrétien, le jour où l’on consacra dans la ville d’Alexandrie la première église au grand S* Georges1, lo
« I. S »-Gcorgc* est appelé ici: Georges Bahd, je ne tait pourquoi. J’aurai n de parler amplement de son martyre. lieu
beau-frère d’Armenius se trouvait a l’église et il supplia le grand athlète du Christ de lui accorder un enfant. L’enfant fut accordé et nommé Georges. A la.mort de ses parents, il habita chez son oncle le gouverneur: il avait alors vingt-cinq ans, aimait les pauvres, leur faisait l’aumône et fréquentait assidûment l’église, Lo vali n’en était pas autrement ému. Arménius avait une tille: cette jeune personne, se promenant un jour aux environs d’Alexandrie, en compagnie de ses femmes, arriva près d’un monastère où se cachaient des moines; les moines chantaient une douce mélopée qui pénétra dans le coeur de la jeune fille. Elle n’y comprit rien, mais elle en demanda l’explication à son cousin Georges. Celui-ci lui eut bientôt appris que les pécheurs seraient punis dans l’Amenti et les justes récompensés dans lo ciel.
Il n’en fallut pas davantage pour cette intelligente cousine, elle alla sans plus tarder trouver son père et confessa le Messie. Arménius, un peu surpris, voulut lui faire entendre raison, ta caressa, lui fit les promesses les plus séduisantes; mais il ne put lui persuader d’abandonner sa nouvelle foi et dut lui faire trancher la tête. Il rechercha alors qui avait détourné sa fille vers la religion du Christ: on lui dit que c’était son neveu Georges. Il le fit aussitôt mander, lo tortura du mieux qu’il put et l’envoya dans la ville d’Anlinoê, où on lui coupa la tête. Un prêtre de Menouf réussit à prendro son corps et l’emporta chez lui. La femme d’Armenius l’ayant appris, envoya chercher les reliques de son neveu et les déposa près du corps de sa fille qu’elle conservait’.
Un homme qui épargnait si pensa propre famille ne devait guère songer à épargner les autres; il le fit bien voir. Les premiers martyrs que l’on rencontre sous son nom dans le Synaxare sont Aghana, Pierre, Jean, Anton, A mon a et leur mère Raflqa. Ils étaient de Samnotttiadans la province de Qous. Le Seigneur leur apparut pendant la nuit, leur an nonça qu’ils seraient (ous martyrs à Schoubra, prèsd’Alcxan
« trie, et fos bénit, Ces saintes gens eurent la plus grande joie de ce qui leur avait été annoncé; ils se levèrent au matin, distribuèrent tous leurs biens aux pauvres et se rendirent à Qous où ils confessèrent le Messie en présence du général en chef, Denys. Leur mère Halïqa les encourageait et se mon trait la plus vaillante. C’est par elle que Denys commença, continuant par les cinq enfanls. Les tourments n’y fuent rien et l’on conseilla à Denys d’envoyer toute la famille à Alexan drie de peur que les habitants « le la ville ne fusse »! séduits par leur exemple, car chacun les aimait. Denys les y envoya en effet; mais non pas sans qu’un grand nembred’h.nMtaïi’.s sefussent convertis eteussent cndurélamorL Les martyrs ren contrèrent Arménius dans le village de Schoubra. pr«:s « l’A lexandrie; lorsqu’il eut pris connaissance de leur affaire, il leur fit endurer les plus cruelssupplices, il les coupa en mor ceaux, les fit cuire dans des chaudières, les crucifia la tête en b « s; le Seigneur le Messie les ressuscitait à chaque tourment, si bien que te gouverneur en resta confondu avec sa Iroupe.
On leur coupa la tête et on mit leurs corps dans une barque pour les jeter à la mer, mais un homme de Taqraha, dans le Bahira, eut une vision; il recueillit les corps el les garda précieusement’. » » » »
Comme je t’ai fait observer à propos de martyrs de la Haute Égypte, les soldais fournirent leur contingent et un contin gent relativement considérable aux confesseurs de la foi chré tienne; il en fut de même « lans la Basse Égypte. L’un des martyrs de Péluse fut Sina, cavalier au service du gouverneur de la ville. Ce Sina avait pour intime ami un marchand de laine, nommé Isidore. Tous les deux étaient fort charitables et donnaient régulièrement aux pauvres ce qui ne leur était pas nécessaire. Une nuit, ils virent en songe comme si une jeune vierge leur posait sur la tête une couronne. Ils se racontèrent leur songe, l’un à l’autre, et furent certains que »
i. Synarare, 7 Thoth. — loi — le Soigneur les invitait au martyre. Tous deux, ils se rendi rent devant le vali el confessèrent le Messie, Sina ayant défait son ce nturon. Il les fil jeter en prison, el l’Auge du Seigneur y descendit les consoler. Le gouverneur envoya Sina au vali d’Alexandrie ci garda Isidore; mais Arménius renvoya le ca valier à Péluse, Le gouverneur lit alors torturer les deux amis, puis il ordonna de remplir de feu une fosse qu’on avait creusée et d’y jeter Isidore, Celui-ci demanda quelque temps aux sol dats pour prier et se jeta de lui-même dans le feu où il mourut, sans que le feu eût brûlé la moindre partie de son corps. La mère de Sina so désolait do ce que son fils cûl été séparé d’I sidore dont elle vil l’Auto emportée vers les cieux par une mullitude « « ’esprits bien heureux’.
Sina n’attendit pas trop longtemps. Quelque temps après la mort d’Isidore, le gouver neur de Péluse fut destitué et un nouveau vali arriva avec les ordres les plus sévères pour les chrétiens; on lui conta l’his toire de Sina el, sans plus tarder, il ordonna de lui trancher la tête. Sa mère eut la consolation « l’avoir la même vision qu’à la mort « l’Isidore; les corps des « letix marlyrs furent réunis et on les conserva dans la ville de Samannoud où, te jour de leur fête, s’opéraient quantité de miracles pour ceux qui avaient la foi *, » » » » »
Cette ville de Péluse eut un sort privilégié parmi les villes d’Égypte au l’inps de la persécution. S’il fallait en croire tes actes fort abrégés de Hor de Syriakous, son gouverneur se serait même fait chrétien. Hor était un jeune homme dont le père était forgeron. Il vivait avec sa soeur près de son père, lorsque l’idée lui vint de se faire martyr. H se rendit à Péluse et confessa le Messie devant le gouverneur. Celui-ci lui lit endurer les plus grands tourments; mais devant les prodiges opérés par le chrétien, le vali, qui avait lo coeur honnête, et ne ressemblait ni à Arien, ni à Arménius, que les miracles endurcissaient, comme autrefois Pharaon, se convertit avec
*- m — sa femme et ses liltes. Arménius les fit mettre à morl sur le champ et l’on envoya Hor à Antinoè où il fut torturé, pendu la tête en bas et finalement décapité ’.
Ce fut à Alexandrie même que mourut Abamoun de Ter- nout. Abamoun se trouvait dans ta Haute-Égyptependant que le gouverneur Arien exorçait ses cruaulés envers les chrétiens, La vue des supplices qu’ils enduraient l’enflamma « l’un saint désir, il se présenta devant le vali el confessa le Messie. Le vali l’en récompensa paria torture, la bastonnadeel plusieurs pendaisons; on lui enfonça ensuite de grands clous dans le corps et on le cloua à terre. Le Seigneur le délivra de tous ces supplices, Arien envoya finalement le martyr au gouver neur d’Alexandrie et, pendant le voyage, le Scigiieurapparut au confesseur et le consola. Les tourments recommencèrent à Alexandrie: un grand nombre de gens se convertirent à son occasion, entre autres une vierge nommée Théophila,« pii se rendit vers le gouverneur, l’injuria et confessa le Messie, Arménius ordonna de la jeter dans te feu et, comme te Seigneur l’en avait sauvée, de lui trancher la tète. Abamoun eut le même sort, quand on eut constaté que tous les autres supplices ne servaient à rienâ. » »
que les précédents et co saint donna assez de peine au gou verneur Arménius, Thomas était un jeune garçon deonzeans, lorsque l’Archange Michel lui apparut dans le champ où il gardait des cochons et lui ordonna d’aller confesser le nom du Messie. Thomas obéit, laissa tout, ne prit que son fouetet se rendit à Alexandrie. Arrivé devant le gouverneur, Thomasr confessa le Messie et Arménius l’engagea vivement à sacrifier aux idoles, lui promettant de le faire son secrétaire, s’il obéissait. Pour toute réponse, il allongea son fouet et en cingla le vali, car il était en colère de ce qu’on lui eut fait 1, Synaxare, 12 Abib. Ces actes sont très abrégés, pour la raison que j’ai Indiquée déjà. C’est regrettable, quoique sans doute ils lie dussent reproduire nue ce que nous avons dans les autres documents de cette sorte.
« — 10 ») •— une semblable proposition. Arménius le fit saisir cl torturer: Thomas invoqua le Seigneur qui envoya aussitôt son Ange le guérir. En prison, le geôlier le pria de guérir son fils; Thomas lui confia son fouet, lui recommandant de retendre sur le malade, l’assurant que la maladie disparaîtrait. Quand Arménius cul apprit ce prodige, il fil venir Thomas cl le supplia de sacrifier. Thomas y consentit cl le gouverneur plein de joie le conduisit au temple; là, Thomas invoqua de nouveau te Seigneur, le priant d’anéantir les idoles, et toutes les idoles tombèrent en morceaux; Arménius lui-même fui saisi à la gorge par un Satan qui ne le lâcha pas avant que le gouverneur eût confessé qu’il n’y avait pas d’autre Dieu que le Messie. Pareille confession ayant été obtenue par violence ne valait rien; Arménius le fil voir en tenant Thomas enfer mé quinze jours en prison*.
L’Ange du Seigneurallait visiter le prisonnier cl le consolait. Ensuite on le crucifia la tête en bas; l’Ange du Seigneur le sauva. Thomas ayant rendu la vue à un enfant aveugle en le signant, Arménius fil lâcher sur lui une lionne; la lionne lui lécha les pieds. On le frappa à coups de massue, en même temps que Paphnouli de Bandant et Mo) se de Bcîqlni qui en moururent; Thomas survécut. On lui versa sur la tête de l’huile et du goudron bouillants, on le fit cuire dans unechaudière, on lui coupa les testicules, on lui attacha au cou une grosse pierre pour l’étouffer: rien n’y fit. Alors Arien d’Antinoe le prit avec lui, l’emmena à Tammouieh cl lui fit trancher la tète *.
catégorie ont élê conservés en copte et exigent de plus grands développements. Le premier document se rapporte aux deux frères PirôoU et Alhôm, ou comme prononcent les coptes actuels, Abirou et Atoum. Ces deux saints étaient nés
t. Quoique cela ne soit pas dit, cette prison devait être un cachot, on bien on ne laissait pénétrer personne, coinme te donne à penser la visite de l’Au
à Tascmpoli, près d’Abousir assez loin tic Pélusc1. Leurs parents étaient chrétiens, leur père se nommait Jean et leur mère Marie. Jean était prêtre, ce qui ne l’empêchait point de se livrer au négoce, et il avait acquis une grande fortune. Au moment où s’ouvre le récit, les parents étaient morts et les deux frères continuaient le négoce de leur père. Abirou avait trente ans; c’était un homme de belle apparence, roux comme KsaO, aux yeux bleus et la tète fournie d’une épaisse chevelure1: il était sérieux de caractère, aimait beaucoup la prière, le jeune et l’aumône. Atoum était un jeune homme brillant, noir d’yeux et de barbe, doux, aimant l’église, hos pitalier, fort de constitution et plein de zèle. L’alné avait trente ans, le cadet vingt-huit.
Ils se rendirent un jour à Pé luse pour leur négoce. Dans les rues de la ville, ils trouvèrent les soldats du gouverneur Pompéius qui emportaient le corps d’un prêlrc qu’on venait de martyriser cl qu’on allait jeter à la mer. Les deux frères achetèrent le corps aux soldats pour deux pièces d’or, leur promirent le secret, emportèrent le ca davre, l’embaumèrentcl retournèrent dans leur village où ils le déposèrent dans leur maison, au dessous d’un bassin tou jours rempli d’éau, avec une lampe qui brûlait jour cl nuit. Huit mois s’étaient écoulés, lorsqu’un jour Abirou dit à son frère: « Que faisons-nous en restant ici quand le combat s’é tend, que les couronnes sont prèles et qu’on les distribue gratis? » Ils se levèrent alors, distribuèrent leurs biens aux pauvres et s’acheminèrent vers Alexandrie, afin d’être màr lyrs.
Ils trouvèrent Arménius assis à son tribunal et jugeant les chrétiens. « Gouverneur, s’écriôrcnt-ils, écoute-nous avec attention! ftous sommes chrétiens ouvertement, nous croyons à Notre Seigneur JésUs le Christ, le fils du Dieu vivant. Quant »
« I. On pouvait se rendre de Tasempoti à Péluse en une nuit, d’après le À cit.. ce qui est complètement faux. 2 » M. Ilyvern.it (op. cit. p. 136} traduit: Il était blond, ri tes cheveu étaient frisés. » Le mot employé est celui que la Genèse emploie pour Esao. Pour le cheveux frisé, quand 5t. Hyrernat aura appris à connaître les moeurs des anciens Égyptiens et aura ru l’Égypte moderne, Il changera « ans doute sa traduction
;i tes idoles et à ton roi impie, nous les méprisons de tous les mépris. Elles iront a la perdition, elles et tous ceux qui croient en elles! » Aces paroles, Arméniuscraignit la menace qu’ils avaient proféré en dernier lieu, surtout lorsqu’il s’aper- ’ cul que la grâce de Dieu était sur leur visage. Il les fit toute fois mettre en prison, car l’heure était avancée. En prison, les deux frères entendirent une voix qui leur disait: « Cou rage, 6 mes élus, Abirou cl A (ou ni, je serai avec vous jusqu’à la fin de voire combat. » Le lendemain, Arménius les lit com parai Ire à son tribunal. « D’où êlcs-votis? leur dit-il; quels sont vos noms? Je vois que vous vous ressemblez. » — « Impie, répondit Abirou, sommes-nous venus ici pour que tu nous demandes nos noms et noire patrie? »
Atoum promit cependant de répondre. « Par le salut d’Apollon le grand dieu, dit Arménius, si vous m’apprenez vos noms, je vous donnerai de nombreux honneurs. » Abirou lui apprit alors leurs noms et celui de leur village, puis il ajouta: « El main tenant, apprends-nous quels honneurs tu veux nous donner, comme tu l’as dit! » — « Sacrifiez d’abord, dit Arménius, cl j’écrirai a mon seigneur le roi à votre sujet, afin qu’il vous enrôle comme’soldais, qu’il vous élève dans le palais, qu’il vous donne l’annonc chaque mois et qu’il vous permette de vous tenir en sa présence à chaque instant. » — « 0 chien insensé qui mange son vomissement, répondit Atoum, tu es maudit, toi, les idoles impures, ton roi impie et apostat. » Le dialogue ne pouvait continuer longtemps sur ce ton, sans que le gouverneur se mit en colère.
La colère vint, en effet, et Arménius ordonna de les étendre sur le ventre et de les battre avec des nerfs de boeuf. Quatre soldats fustigèrent ain si chacun des frères, pendant que l’alné exhortait Je cadet.* Après ce supplice, ils se tinrent debout devant le gouver neur, comme s’ils n’eussent rien ressenti. Arménius les fit torlurer sur le même chevalet; l’archange Gabriel descendit du ciel, brisa le chevalet et détacha les martyrs. La foule s’é cria: « Il n’y a pas d’autre Dieu que le Dieu d’Abirou et
« d’A(oum. » Les deux frères interpellèrent alors le gouverneur et l’injurièrent. « Abirou, dit alors Arménius, ne diras-tu pas à ton frère de sacrifier, car je vois que c’est un petit garçon qui a le corps délicat. » Abirou ayant refusé, Arménius lit apporter le lit de fer qu’on chauffa à blanc, on y mit une grande quantité de clous rougis et on roula les deux saints sur le lit jusqu’il ce que les clous fussent entrés dans leurs chairs. Au milieu de celte torture, ils s’écrièrent: « Notre Seigneur Jésus le Christ, vile au secours! » Aussitôt des coups de tonnerre retentirent, il y eut des éclairs, et la terre trembla trois fois; une nuée laissa tomber ses eaux sur eux, éteignit le feu qui se changea pour eux en un souille frais comme la rosée.
Instanlanémcnt, ils furent sur pied devant le gouverneur. La foule répéta son cri, les soldats de l’escorte prirent des pierres pour lapider le gouverneur, et celui-ci se hâta de faire reconduire les saints en prison, les chargea de chaînes et l’on mit sur eux deux grosses pierres dont chacune pesait trois qantars1. A minuit, le Seigneur Jésus descendit du ciel avec Michel à sa droite et Gabriel à sa gauche; la pri son fui illuminée et, à la parole du Messie, les chaînes tom bèrent cl les pierres furent rejelées loin des martyrs qui se jetèrent aux pieds de Jésus. Le lendemain, on les conduisit de la prison au tribunal; chemin faisant, ils guérirent un possédé que son démon quitta, en grognant comme un sari*
« « I. M. Ilyvernat qui a promis d’expliquer tons les mots gréco-byzantins qui. se trouvent dans ses acte, me permettra de lui signaler deux inexac. titudes à propos des mots Ti£t« ct w^rt^wt. Ces deux mots sont par lui tra duits ainsi: » Et les gens de l’office prirent des pierres pour les jeter au gouverneur. Celui-ci fit conduire les saints en prison, attachés avec des chaînes de fer. et il leur fit mettre dessus, h chacun, deux grosses pierres de trot » cent litres. » Sans parler du français de celte traduction qui est déplorable, le mot#tàte signifie le rang, l’escorte du gouverneur comme tra duisent les traductions arabes et comme les oeuvres coptes permettent elles nièmesde le voir parla comparaisondes passages. Ensuite, le mot r>n;âpu est la forme précisée du mol qanUir, d’origine égyptienne, mot encore en usage aujourd’hui en Égypte. Le qàhtar pèse plus de it kit En outre, on ne met pas deux pierres sur chacun d’eux, mais une seule: l’expression qui veut dire chacun se rapporte au mol pierre et non pas aux deux frères. D’ailleurs le chiffre de 300 livre. n’est pas éloigné do poids réel. Le qanlnr Valant au
Juste il kil. 403, 3 qantars talent 133 kil, 389 ou 267 litres 278 grammes, railleurs le poids pour un philologue comme M. II. n’est guère intéressant: le mot détail l’être davantage. — HO -* glier. A la nouvelle de ce prodige, Arménius vil bien qu’il avait affaire à des magiciens; cependant il hésilait à les tor turer, parce que c’étaient de beaux garçons. Les deux frères l’excitèrent cuv-mîmes, et le gouverneur leur ayant fait per cer les lalotu oft l’on passa des cordes, tes fit suspendre à un arbre élevé, la tète en bas, pendant deux jours. Le sang leur sortait par la bouche et par le nez: on les croyait morts. Le Imisièm? jour, ArméniiH envoya dc3 soldats voir si les deux, chrétiens élaîent morts. Les soldats se rendirent au pied de l’arbre clcrièrcnt: « Abirou, Atoum, éles-vous vivants ou èles vôusmorls! »
Apeine avaient-ils prononcé ces paroles que Mi chel descendait du ciel, coupait les cordcs, cl les deux frères se tenaient debout devant Arménius, sains cl saufs. La foule, à la vue de ce prodige, s’écria: « Il n’y a pas d’autre Dieu que le Dieu d’Abirou etd’Atoum. » Elle défendit au gouverneur de leur faire le moindre mal et menaça de le lapider. Armé nius eut peur et lit reconduire les saints en prison. Sur ces entrefaites, le gouverneur reçut de Dioctétien une lettre qui disait: « Eparqucs, comtes, ducs, gouverneurs de chaque ville, en toulc hàtc rassemblez-vous tous à la fois, venez tous à Anltoehe, car j’ai quelque chose a vous dire. Aussitôt »
tous les officiers nommés s’embarquèrent pour Anliochc: quelques jours après ils revenaient à Alexandrie. Arménius leur donna un grand banquet et, aprè3 le festin, il dit à Pom péius, gouverneur de l’éluse: « J’ai deux jeunes chrétiens qui sont magiciens; je n’ai rien pu contre eux, emmène ces impies et rends leur sentence. » On jela les deux frères dans le fonds d’un bateau, pieds cl poings liés; les habitants d’Alexandrie leur avaient faitcortègcjusqu’aulieutlerembar quement. On mit dix-sept jours pour aller d’Alexandrie a l’éluse et on les mit en prison, en attendant que le gouver neur fui arrivé. Un homme fidèle de l’élusc, qui avait une fille aveugle de naissance, se rendit à la prison, il répondit pour les saints cl obtint de les emmener chez lui. La, il vou lu! leur servir à manger; mais les doux frères, en gens bien -^ III*. appris, n’acceptèrent rien avant d’avoir rendu la vue a la jeune fille, ce qui ne larda guère. Tous les malades de la ville se présentèrent alors et furent guéris. Lorsque les deux mar tyrs n’eurent plus de miracles à faire, ils retournèrent a la prison. Tel fut le premier martyre d’Abirou et d’Aloum qui devaient en subir trois.
Cependant Pompéius arriva àPélusc à cinq heures du soir; comme il était tard, il entra dans sa maison jusqu’au lende main 1. Les deux frères, ayant appris l’arrivée du gouverneur, passèrent la nuit à prier. Comme ils étaient encore dcboul, Gabriel l’archange leur apparût et leur annonça par le menu tout ce qui leur arriverait. Le matin venu, Pompéius s’assit sur son tribunal dans le prétoire, fit amener les deux martyrs et les considéra un moment: leur visage lançait des rayons comme le soleil et te gouverneur fut en grande admiration de leur beauté. « Allons, leur dit-il, sacrifiez aux dieux glo rieux et ne croyez pas que vous parlez avec le comte d’A lexandrie! Parle salut d’Apollon, si vous désobéissez au commandement de notre maître* le roi, je broierai votre corps en des tourments tous plus cruels les uns que les att ires 2.
Ayez donc maintenant pilié de vous-mêmes, ne mourez pas de mâle mort en mes mains, et ne faîtes pas de lof la votre jeunesse. » Les deux frères n’avaient pas oublié les in jures qu’ils avaient eues au service d’Arménius; il les scr virent à Pompéius et laverlirent qu’ils le confondraient trois fois plus. Le gouverneur courroucé fit mélanger de suite de la chaux non éteinte 3, du poivre et du vinaigre et leur fit verser cette mixlurc dans la bouche cl dans le nez. L’effet ne
n’était pas eucore venue, mais peu s’en fallait, cl alors chacun s’enfermait Che* soL
maticale quli n’a pas comprise, l’adjectif étant au comparatif. ^
« « « non éteinte. Je lui signale encore ce mot orfe>- »#Mi »W ». D’après la composi tion de ladite mixture qui précède et qui doit être brûlante pour l’intérieur du corps, on ne toit pas trop ce que ferait la cendre, tandis que la chaux.i bien son emploi. Le sgnamre emploie d’ailleurs le mot chaux. <
fui pas tel qu’attendait Pompéius et il déclara h ses soldais qu’il n’avait jamais vu de plus grands magiciens. 1} fi t appor ter le lil de fer et l’on fil si grand feu par dessous que les deux saints disparurent dans les flammes. On se disait dans la foule: « Malheur à ces jeunes garçons, leur beauté a péri dans les flammes! » lorsqucjles tonnerres se firent entendre, des éclairs sillonnèrent le cicj, un nuage chargé d’eau s’arrê ta au-dessus du lit et une douce pluie tomba qui changea les flammes en rosée rafraîchissante. Les saillis, quoique liés, marchèrent au gouverneur; ils n’avaient aucun mal, aucun de leurs cheveux n’avait été brillé, pas même leurs habits. La foule éclata en cris d’admiration, et (rois des principaux bour reaux, ayant délaché leurs ceinturons, tes jetèrent à la figure du gouverneur en disant: « Désormais nous ne sommes plus les soldats, mais ceux de Jésus le Christ. » —: « Mauvaises têtes, dît Pompéius, vous n’êles pas dans l’erreur comme Abiioii cl Atoum?
Sur le salut d’Apollon et d’Arlémis, si vous prononce/: une autre fois ce nom devant moi, je vous enlève rai la lèle du tranchant du glaive. » — « Par la vie de Noire Seigneur Jésus le Christ, notre Dieu, dirent les trois soldais, si tu ne prononces noire sentence, c’est nous qui t’enlèverons la lèïe. » Les soldais avaient leur épéc, le gouverneur eût peur et se hàla de les sali- Taire: cent soldats les conduisirent à l’est de la ville cl on leur Irancha la tête, le vingt-huilièmc jour de Kihak. Quarante attires soldais les avaient imités et eurent le même sorl. Le gouverneur revint h la charge près des deux frères, mais inutilement. Il leur fit arracher les ongles des pieds cl des mains, casser leurs dénis qui tombè rent a terre et arracher la langue qu’on plaça dans leurs mains.
Quoique n’ayant plus de langue, les deux martyrs prièrent à haute voix*; Gabriel descendit du ciel et, se plaçant entre les deux sainls, les couvrit doses ailes. Aussitôt, leurs ongles se piaulèrent dans leurs pieds et leurs mains, leurs denlssaulèrenlchacune dans son alvéole, leur langue retourna dans leur bouche. A celte vue: « (irand est le Dieu des sainls Abirou et Atoum! s’écria la foule, el elle ne permit »
pas au gouverneur de continuer ses torlurcs. On reconduisit les saints en prison. I! Ile nr)me nuit, la femme de Pompéius fut prise des douleurs de l’enfantement; reniant resta enfermé en son sein el elle mourut. A celle nouvelle, le gouverneur déchira ses vêtements, se couvrit la lêlc de cendre, avec tous ses serviteurs; la ville entière se réunit chez lui pour le con soler, les musiciens et les pleureuses commencèrent les chants funèbres. La maison était dans le plus grand (rouble. La foule s’écria à Pompéius: « Envoie chercher les chrétiens et ils ressusciteront la femme. » Pompéius l’eût bien fait, niais il pensait avec assez de raison que les deux frères n’a vaient pas à se louer de lui. Les grands de la ville se rendirent alors à la prison, implorèrent les martyrs: « Nos seigneurs les martyrs de Jésus le Christ, dirent-ils, faites-nous l’amitié de nous suivre chez le gouverneur cl de ressusciter sa femme. »— « Si vous reconnaissez que notre Dieu fait res susciter les morts, dirent les deux frères, pourquoi ne croyez vous pas eu lui? »
Les grands s’excusèrent sur la peur qu’ils avaient des rois, et de la torture. Toutefois les sainls se ren dirent chez le gouverneur qui leur l>ai« a la lèle, leur deman da pardon, leur promit la liberté et de grands honneurs^ s’ils ressuscitaient sa femme. La femme fut ressuscilée, après une prière cl un signe de croix; elle parla à son mari, à ses ser viteurs, et dit aux saints en tes adorant: « Bénie soit l’heure oît vous êtes entrés dans cette ville. » Pompéius tint ses pro messes, donna de l’or aux deux frères, les mil en liberté et les conduisit sur le chemin de leur village. Lorsqu’ils y furent arrivés, tous les gens de leur village cl des villages environ nants vinrent les adorer el baiser leurs cicatrices, tous les malades cl les possédés se faire guérir.
Quand (oui le monde fut guéri, les deux frères cherchèrent un homme fidèle auquel ils firent don de leur maison, à condition qu’il prendrait soin du corps du martyr Abanoua, mettrait de l’eau dans son bassin et tiendrait la lampe allumée. Puis ils distribuèrent — Mi tons leurs biens aux pauvres 1. Tel fut le second mar tyre. »
Evidemment, après avoir si bien commencé, les deux frères ne pouvaient rester en chemin. Le 20 llaonah 1, a l’aurore, ils furent d’avis que le momcnl était venu d’achever leur martyre. Ils donnèrent à Sarapamon, celui qu’ils avaient mis dans leur maison, leurs derniers ordres nu sujet de leurs corps et se rendirent à Psariom où ils trouvèrent, le gouver neur jugeant un chrétien; ils confessèrent le Messie el ré pond iretil aux premières questions de l’interrogatoire, comme ils Tavaienl déjà fait à. Alexandrie, el en prirent occasion de faire un discours sur la sollise des idolâtres. Le gouverneur les lit frapper sur la bouche. Quand (oui le monde les crut moi Is, ils se dressèrent devant le gouverneur. Celui-ci leur lit percer les talons, on y, passa des cordes de palmier et on les traîna parla ville, si bien que la cervelle leur sortait par le nez.
Une femme sourde et muette ayant pris de leur sang et s’en étant frotté le cunir, la bouche cl les oreilles, recouvra à l’instant l’ouïe et la parole. Le gouverneur ne sa chant plus que faire, consulta son assesseur qui lui conseilla de rendre la sentence capitale. Le gouverneur le lit, • et l’on emmena les sainls bâillonnés à Test de la ville pour leur trancher la lèle. Arrivés à l’endroit, ils dirent aux soldats:
« Frères, enlevez-nous ce bâillon de la bouche afin que nous puissions prier*. » Les soldais y consentirent; les deux sainls firent une courte prière, et aussitôt le Messie descendit du ciel. Michel était a sa droite, Gabriel à sa gauche, et des mil liers d’Anges chantaient des hymnes en son honneur. Le
Sauveur leur fit toutes les promcsscsaccouluméesctlcsassnra que l’archange Gabriel serait particulièrement préposé à la
u’atail. pas.lié complète. i. C’est-à-dire!ç 15 juin.
lon empêchait les saints de prier, mais ne les empêchait aucunement d’a dresser la parole aux soldat pour le prier d’enlever ce bâillon qui les ren dait muets.
garde de leur tombeau. Quand le Seigneur fui remonléaucicl, les deux martyrs firent encore une recommandation à Sara pamon qui se trouvait là au sujet de leurs corps, ils ten dirent le cou elon leur trancha la tète, le huitième jour d’A bib. Michel emporta leurs âmes au Sauveur qui leur donna trois couronnes, pendant que les Anges faisaient entendre des cantiques en leur honneur. Cependant Sa râpamon prit les lêles des deux frères, les rapprocha de leurs corps et elles s’y recollèrent. Il écrivit aux gens de Tasempoli, les priant de venir avec des linceuls et des parfums. Ils vinrent, cl à minuit on procéda à l’embaumement, puis on chargea les corps sur des chameaux et l’on se mit en route pour retour ner au village. A quelquedistance de ce village, les chameaux s’agenouillèrent: les conducteurs voulurent les faire lever d’abord par leur cri habituel, ensuite par une grêle de coups: lotit fui inulilc. On amena d’autres chameaux plus forls qui s’agenouillèrent aussi *. Les pauvres gens étaient dans un grand embarras, lorsque des corps bienheureux sortit une voix qui disait: w C’est ici le lieu que le Seigneur nous a des tiné pour que nous y demeurions. Aussitôt on déchargea
les chameaux, on y apporta des bancs 3, on y déposa les corps el l’on s’occupa de construire une église.
Il ne nous reste plus à examiner queles Actes de S’ Pierre d’Alexandrie, le patriarche et le dentier des martyrs. Ils sont
Ce?l-â-dire le 3 juillet. 2 Tout e« passage a donné lieu à une asse forte méprise au traducteur,.M. HyvrriKil. Il dît en premier lieu que les chameaux s’endormirent et en second lieu qu’ils tombèrent {op. cil p. fît et 1 Mu Le mot copte veut en effet dire se couettes; et, quand il s’agit de chameaux, il signifie que les chameaux se couchent, s’agenouîlleut, comme ils \>Ï fout lorsquon les vharge et qu’on les décharge. Ici, ilfalhit décharger les chameaux’, puisqu’on était’arrivé; Ie3 chameaux sagcuouiliêrentdV’Uxm>mes pour montrer la volonté de Dieu. Ils n’avaient ni besoin de dormir, ni de tomber à terre- Les méprises semblables fourmillent dans la traduction de M. II. »
« sans doute considéré ce mol comme (ii’èco$yi>intin et l’a traduit par semp elio ». Ce n’est pas se compromettre. Je me’ permettrai de lui faire observer quête mot n’est autre que le latin tvbselHutn. \\ pourra ainsi se risquer à traduire en français. • ^ . Hyvem.it: Actes des Martyrs de ÏÉwpté, loin. I, livr. Il et III, p. 13-Vt *9. Synmare, SAhih, ^ — ’110 — célèbres el noits oiil élé conservés éïi entier sous une dou ble forme 1. Pierre avait été le fruit tardif du mariage de son père, Marc, archiprêlre! d’Alexandrie, cl de sa mère Sophie. C’étaient de saintes et pieuses gens, craignant Dieu, faisant de nombreuses actions de miséricorde et de pitié, aimant tout le mondé; mais ils n’avaient point d’enfant. Ht lorsqu’à r riva le cinquième jour d’AbibS ils fêlèrent les saints apôtres Pierre et Paul; Sophie, en voyant combien les gens étaient heureux au milieu de leurs enfants revêtus de beaux habits % soupira el ses larmes tombèrent comme la pluie.
Elle implora Dieu devant la porte du sanctuaire* et le supplia de lui accor der un enfant. La nuit suivante, les deux apôtres lui appa rurent el lui appriretil que sa prière avait élé exaucée, lui re commandant d’aller le lendemain matin trouver le patriarche qui prierait sur elle. A peine réveillée, Sophie raconla le songe à son mari qui fui bien coulent, loua Dieu, remercia les Apôtres 5, el le lendemain, la femme se rendit près du patriarche. Kllc dil au sous-diacre qui veillait à la porte:
La première forme est celle d’un panégyrique attribué au patriarche Alexandre, successeur de Pierre; In seconde comprend les Acte* mêmes du martyre, tandis que le panégyrique ne racoute l’histoire (!< de Pierre « pie jus qu’au martyre. •2. C’est-à-dire le 30 juin, jour auquel on célèbre encore aujourd’hui la fête des deux apôtres. »
\. Dans les églises copte, le sanctuaire étant séparé par nue cloison de la nef où se tiennent les fidèles, ceux-ci n’ont vue sur l’autel que par une porte. C’est pré de cette porte que pria Sophie.
imitée du Jivre des Juges « le celui des îlois et de l’évangile selon S’ Lue: mais je dois faire observer que les auteurs égyptiens n’avaient pas besoin des livres juifs pour, décrire la chose. Ici même, et encore plus ailleurs, la femme doit aller à l’église el près du patriarche. Ilan un fragment conservé à la hihliolhhiue nationale, la femme reçoit du ciel l’ordre d’aller passer la nuit dans l’église et fait part à son mari de l’ordre qu’elle a reçu. Le mari n’est pas d’abord trop content; tant de choses | »euvent se passer la nuit, même dans une église: cependant il consent à la tin et ila un (ils. Dain lesanciens monu ments de l’Égypte, l’épouse royale entrait la nuit dans le temple et le Dieu s’approchait d’elle. Aussi te Pharaon était aussi bien le fil de Dieu que de son père. D’ailleurs ils ne faisaient qu’un, le Pharaon n’était « pie limage vi’ible du Dieu invisible, comme le patriarche. Je ne veux pas faire de rap prochement incon« idéré, puisque tout cela n’est que pieuse légende: je si » ijnale seulement l’origine égyptienne de ces légendes et la vitalité des idées égyptiennes,.nrènieapré l’adoption du christianisme. Ce qui se passa pour Aîneiiophis III, dont toute l’histoire était peinte sur les murs du temple de Lomjor#fut raconté par les auteurs coptes, qui n’y voyaient aucun mal. »
« « Dis à mon père rarchevêquc que je désire baiser ses pieds sacrés. » L’archevêque ordonna de l’introduire, elle lui ra conta sa vision, il la bénit en la comparant à la mère.dc Sa muel. Peu de lemps après, Sophie conçut, en fil prévenir le patriarche qui dit: << Appelez son nom de celui du chef des apôtres, Pierre, car je crois qu’il sera un rempart solide de la foi orthodoxe cl un défenseur de tous les chi’éliciis. » L’cn fanl vint au monde el fut nommé Pierre. Lorsqu’il eut sept ans, sa mère le remit au patriarche, comme jadis Anne avait conduit Samuel à lléli. Le patriarche le traita comme son propre enfant, l’envoya à l’école, el en peu de jours le jeune Pierre fui bellement instruit de la sagesse du dehors 1. On le fil lecteur, cl.cnsix ans, il apprit parcumr récriture ancienne el l:i nouvelle; il lisait l’Kcrilurc dans l’église, et si belle était sa voix, si douces ses modulations, si parfaites ses intona tions, que (oui le peuple chrétien se rendait dès le matin à l’église pour renlendre chanter l’Kcrilurc.
Par l’ordre de l’archevêque, il guérit une femme possédée dont le diable avail déclaré qu’il ne sortirait que par l’ordre de Pierre. Lorsque SabelHus prêcha son hérésie et que ses partisans voulurent argumenter avec l’archevêque, celui-ci envoya Pierre soutenir’la bonne cause contre eux. On -ne’pouvait, choisir un meilleur avocat, car il dit aux hérétiques: « Si vous ave/ quelque chose a dire, dites-le; sinon, laîsez-yous> ne blasphémez point; » et ils s’étaient tus, comiîies’ils eussent élé frappés de la foudre. Une pareille lumière ne pouvait rester soiis le boisseau: aussi les patriarches qui. se succé dèrent jusqu’à Théonâs relevèrent peu à peu jusqu’à la prê trise, à travers tous les degrés de la eléricalure* Pierre faisait des miracles nombreux, avait de célestes visions et apercevait la main du Fils de Dieu qui retenait les indignes, lorsque ceux-ci s’approchaient des sainls mystères., Aussi
Par celte expression, il faut d’abord entendre la science de l’écriture et de la lecture, puis la connaissance du grec cl ce qu’elle entraine. Hu’tstpaS probable que Pierre sût l’égyptien.;.. -! -.,A
quand l’archevêque Théonas fut malade de la maladie dont il devait mourir, Pierre lui fut-il indiqué dans une vision comme celui que Dieu avait choisi pour lui succéder. Pierre fut élu, et à peine eût-il pris la direction de son vaisseau spi rituel, qu’il le conduisit xers le port du salul. Tous les passa gers étaient égaux à ses yetiX; les riches ne différèrent des pauvres en rien, el la sainte communauté llcuril. Son palri àrchal fut paisible jusqu’à la promulgation de ledit de Dio ctétien: le trouble se répandit alors en Afrique, en Maurita nie, en Égypte et en Orient, cl les martyrs furent nombreux. Pierre, ce berger fidèle, s’en fuiI en Mésopotamie avec Achiltas el Alexandre qui tons deux devaient lui succéder. Leur pré sence, dans une ville qui n’esl pas nommée, suscita des soupçons.
Le magistral les envoya chercher cl s’adressani à Pierre: « Quelle est la profession? dit-il, et pourquoi es-tu venu ici? »— Pierre répondit: « 4e suis un général, je vais en chaque endroit pour enrôler des soldats sous l’obéissance de mon roi le Christ’. » Il ne se souvenait plus qu’il avait déserlé pendant le combat.— « Où sont les vivres et les armes que lu leur distribues? dit le magistrat, où est ton roi? » Pierre assura que ses armes cl ses vivres étaient spiri tuels, que son roi habitait les cictix el donnait de grandes grâce* à ses soldats, les guérissait de tontes les maladies. Le magistrat le mil à l’épreuve, fil amener un aveugle et promit de croire au Messie, si Pierre ouvrait les yeux de l’aveugle. Une parole suffit et les yeux s’ouvrirent. La foule s’écria aussitôt qu’il n’y avait pas d attire Dieu que celui des chré tiens et demanda le baptême. Des myriades de personnes se Convertirent ainsi.
Mais pendant L’absence du pasteur, un loup dévorant faillit entrer dans la bergerie. Ce loup fui Mélèce, évèqitcd’Assioul, qui, trouvant l’occasion favorable par la désertion de Pierre, s’empara du siège archiépiscopal. Or, dans un moment de
M. â m.: je vais ceigmnt des soldats sous les pied » de mon roi le Christ _ JI9.— calme, Pierre reparut dans sa ville et chassa l’intrus qui mourut misérablement. Pendant ce temps aussi parut Arius. La fuite du berger n’avait vraiment pas été profitable aux brebis. Il est vrai qu’un grand miracle vint bientôt affermir les coeurs chancelants. Dioclélicn avait près de sa personne, à Anlioche, un grand émir qui ne trouvait rien de meilleur que d’être toujours de l’avis du roi. Comme Dioctétien, il avait apostasie. Il avait deux enfants, et sa femme qui était chrétienne ne pouvait les faire baptiser à Anlioche, par peur de son mari. Kilo prit la résolution’ de s’embarquer pour Alexandrie, afin de les y faire baptiser à l’insu du père. Pen dant la traversée « la mer s’agila, les vagues devinrent fortes, les tourbillons de vent furent immenses, on fut sur le point de périr. »
La mère cul peur que ses enfants ne mourussent sans baptême, elle découvrit ses mamelles, les déchira de sas ongles, prit du sang qui coulait, s’en servit en guise de chrême pour signer le visage de ses enfants et les plongea dans les Ilote en disant: « Au nom de la Trinité sainte, Père Fils cl Saint-Esprit. » Le vent se calma, les flots s’adoucirent et la barque entra dans le port d’Alexandrie. Sara, c’était le nom de la femme, à peine débarquée conduisit ses enfants à 1 église pour les faire baptiser. On prépara le baptistère, bénît l’eau et Pierre prit l’un des enfants pour le plonger dans l’eau régénératrice: aussitôt l’eau se glaça. Pierre, étonné, laissa l’cnfanl et prit son frère: l’eau demeura glacée. Il prit alors d’autres enfants et les plongea sans peine dans l’eau redévenue liquide.
Il essaya de nouveau pour les deux frères et de nouveau l’eau se glaça, ce dont il fui stupéfait. La céré monie finie, le patriarche demanda des explications a la mère des deux enfants, et celle-ci lui apprit ce qui s’élaïl passé. « Le Saînt-Ksprïl a donc déclaré que c’était un baptême! » « lit Pierre. Sara put alors retourner à Anlioche avec ses deux
« « « « « I. Tout ce qui précède est analysé du nanégyrique de Pierre d’Alexandrie p.irson dotm.-me suecesseurAlexandre. flyvernatio/ ».eiV.livr, IV »p. 2l »*2f »f » Sjfnd4-àret 29 llalhor.
« enfants; mais son mari la dénonça au roi Dioctétien qui la lit venir et lui dit: < Tu es allée à Alexandrie commettre des adultères avec des chrétiensl », -~ « Les chrétiens ne commettent point de mal » dit Sara. Et l’empereur la lit étendre à terre, on lui attacha se* deux enfants sur le ventre et on les brûla tous les trois?,
« Une lettre pastorale que Pierre adressa à so;i peuple le perdit. Dioclélien ss courrouça en apprenant qu’il faisait de miracles et défendait aux psupïe s d’adorer les idoles; il envoya l’ordre au gouverneur d’Alexandrie de le m » tire en prison, puis de lui couper la lèle. L’ordre fut exécuté. Le peuple ayant appris la nouvelle s’arma, se rendit à la prison pour tuer les envoyés du roi et délivrer le patriarche,« Qu’on nous tue d’abord, disait la foule, alors on l’exécutera. » Les tribuns furent dans l’embarras; mais ils se décidèrent bientôt à faire un exemple des plus mutins. Ici sa passe l’épisode connu d’Arius et de la vision de Jésus-Christ avec sa tunique déchirée 3. Pierre refusa de lever l’excommunication d’Arius et se prépara les moyens d’achever son martyre.
Comme le peuple gardait toujours les portes de la prison, el se montrait prêt à empêcher qu’on ne lit sortir le patriarche pour le mènerait supplice, il envoya des vieillards dire aux envoyés du roi: « Venez à minuit au su I de la prison: je frapperai au mur* vous le trouerez et je sortirai. » Grâce au vent el à la tempête qui se firent les complices du saint martyr, la chose s exécuta de point en point; le mur fut percé, le patri arche extrait de sa prison, conduit au Ibttcoléôn/ où déjà S’Marc avait achevé sa course. Après avoir demandé aux soldais la permission de s’entretenir un moment avec le
t. Spnajare, âî llathorcl 25 Barmondah. Le panégyriquene contient pas tout ce récit; mais, dans le synarare, il est soudé aux.le/« r* de Pierre. »
« « le détails £ont les mêmes. Je ferai seulement observer que Pierre, en parlant aux envoyasd’Arius » reconnaît avoir fui el leurlarappelle, que les dans sa fuite à travers" la Mésopotamie, la Syrie, la Phénicie » Palestine el Iles , il « a jamais manque de les instruire par lettres. î S tëvangéliste dans son église, Pierre, qui avait amené avee lui un vieillard et une vieille femme, trouvés en chemin el se rendant a (avilie vendre une peau et deux linceuls, lit étendre la peau et les deux linceuls, pria, qiiillu ses vêtements et tendit le cou. Les cinq bourreaux, voyant son courage, trem blèrent, et personne n’osa le frapper » II* s’encouragèrent en disant que les autres donneraient chacun cinq pièces d’or ù celui qui trancherait la tête de l’archevêque: l’un d’eux m décida, donna le coup, prit l’argent et tous s’enfuirent par crainte du peuple.
Le peuple arrivait eu.effet quand tout était fini; mais il put voir son archevêque resté debout, pen dant deux heures, quoique décapité. Les premiers arrivés recollèrent la lête au tronc, recueillirent le sang et commen cèrent les lamentations. Il fallut bientôt monter bonne garde autour du corps pour empèeher le peuple de mellre en pièces les vêtements du martyr. On réussit enfin à l’ensevelir; mais au moment de l’emporter une grave dissension éclata. Les habitants du quartier du Dromos voulaient l’enterrer dans l’église de Théonas qu’il avait fait bâtir; ceux d’un autre quartier voulaient le porter dans l’église de S^Marc. On allait en venir aux mains, quand au beau milieu de la discussion, des habitants avisés du Dromos qui étaient allés chercher une barque, se saisirent du corps, l’embarquèrent, mirent alla voile, doublèrent le phare et débarquèrent à Leucates.
Ils déposèrent le corps dans le cimetière que Pierre avait fait construire dans le faubourg méridional de la ville. Le peuple s’y rendit aussitôt et Hc permit pas qu’on l’enterra! avant qu’on ne l’eût fait asseoir sur son trône. Pierre en etlet depuis longtemps n’avait plus voulu s’asseoir que sur les degrés de son trône, parce que, prélendait-il, une puissance lumineuse, dont la vue faisait entrechoquer ses os, s’y asseyait aisescôté£. Plusieurs fois le peuple s’était mutiné pendant l’office sacré et lui avait crié: « Assieds-toi sur ton trône, archevêque, assieds-toi à l’endroit où tu as été sacré. » Mais on ne put rien obtenir et le peuple, qui avait renoncé à l’y faire asseoir
par violence, ne devait avoir sa revanche qu’après sa mort*.
« Tel fut le martyre del’archevêque.Pendantqu’il priait unjour dans l’église de S’-Mare, une vierge avait eu une céleste vision et une voix lui avait dit: « Pierre a été le premier des apôtres » Pierre sera le dernier des martyrs! » Le nom lui en est resté en elïel, et peut-être fnl-il en réalilé le dernier des chrétiens suppliciés dans la ville d’Alexandrie. Aussi en aurais-je fini avec les Actes des Martyrs, où l’on peut espérer trouver un fond de réalité, si je n’avais encore à examiner l’oeuvre mul tiple d’un écrivain célèbre en Kgyple et nommé l’historio graphe des martyrs. Ce ne sera pas la partie la moins intéressante de cette étude, ni celle qui réserve a mes lecteurs le moins de surprises.
Ilytemal, op. cit. fase, IV, p. 2CÏI4S3. Je ne ferai pas observer le? défauts
Notes d’Émile Amélineau
103. Synaxare, 7 llalhor.
104. Synaxare, 18 Barmahat.
105. Synaxare, 23 llaruioudab.
106. Synaxare, 27 Abib. >
107. Synaxare, 27 Abib.
108. Cela se passait au mois de décembre: à cinq heures du soir la nuit
109. M. Ifyvernal traduit: par mille foutmënte. Il y a une difficulté gram
110. Le texte se sert du mol grec*<w« t. Si. Htvernat traduit: de la tendre »
111. Nous avons déjà assiste û une première distribution; on voil qu’elle
112. Le scribe copie ne s’est pa4 aperçu de la bêlke qu’il écrivait. Le hail
113. Le texte emploie le mot à forme grecque c#.u\ycrtton._ 51. Ilytcrnat a
114. Ce détail lie se trouve que dans le syna-tare.
115. Cette manière miraculeuse dont est annoncée la conception e*l sans doute
116. I** actes lie parlent pas A’Anitéiiiuti Peul-Stro le gouverneur elait-il
« 117. Je ne raeonte pis cet Apîo »>le. parce que tout le monde le connaît et que
Chapitre septième
De tous les Actes des martyrs que j’ai analysés jusqu’ici, a peine y en a-t-il trois ou quatre attribués à un auteur désigné par sou nom. Nous allons êlreplus heureux désormais. Toute une partie de la littérature que j’examine est attribuée à un personnage dont le nom csl donné en toutes lettres, qui joue lui-même un rôledans la plupart des actes el qui finit enfin par élre martyr lui-même, à l’imitation de ceux dont il est dit avoir écrit la passion. Ce personnage s’appelle Jules el il était natif du petit bourg d’Aqfahs. Je ne crois pas m’éloigner beaucoup de la vérité en disant qu’il est presque complète ment inconnu; mais grâce a celte mine inépuisable qu’on appelle le synaxare, les détails ne nous ferons pas défaut sur sa personne, son emploi, sa vie et sa mort 1. Son bagage litlé
Quand je dis qu’il est presque complètement inconnu, je dois avertir que Ceorgi (De Miraculis s. Coltuthi pag. \XXIV et t99), ft%a dans son cata logue, Quatremére dans ses Mémoires sur l’Égypte^ et l’auteur du nouveau catalogue des nus. arabes de la bibliothèque nationale eu ont parlé. Si je ne me trompe, cela ne suffit pas pour qu’un personnage soit connu. Quatremère et Zoega ne donnent d ailleurs aucuns détails. ficorgi nous ap Ereud seulement que le dit Jules écrivit deux actes de martvrs, ceux de Saint piiné et ceux de baiut Xuh. L’auteur du catalogue est mieux renseigné, Usait non-seulement queJules d’Aqfahs a écrit des martyres, mais encore des ries de saints. Il dit en effet à propos d’une vie des deux S« Macaires l’Égyptien et l’Alexandrin, qui est attribuée à un auteur qu’on nomme Julien: - Sur Saint Jules et « on recueil de vies des saints, voyez cal. des luis, étbiopieiw de la raire était jusqu’ici d’asse mince volume, seulement quatre récits de martyrs; je vais pouvoir lui en restituer plus du double, sans compter ceux où son nom a disparu el où sou influence est manifeste. » »
Nous ne sommes pas 1res riches en renseignements sur le compte de l’auteur uVs.Iftarff « de* ries de Saints », jusqu’au moment où nous le trouvons en fonctions près du gouverneur d’Alexandrie, Il élait né dans le petit village d’Aqfahs d’où lui vient son nom: ses parents devaient être fort riches el lui firent donner une éducation des plus distinguées, car il devint seerélaire-intei prèle en chef du gouverneur d’Alexandrie, et il avait des goftls littéraires 1res développés, comme nous aurons bientôt l’occasion de le voir. Pendant toute la persé cution, il assista aux jugements cl aux tortures des martyrs, il les visitait dans leur prison, les ensevelissait, écrivait leur histoire, au su et au vu de toul le monde, et cependant Arménius ne sembla jamais se dottler que Jules fut chrétien, car il l’était, et chrétien convaincu. La chose parait assez, invraisemblable; cependant elle peut n’avoir pas été impos sible en cet étrange pays. Le synujcare en donne une bonne raison: « Dieu avait mis un voile d’oubli sur le cteur des »
bibl. iiaî. p. 156 el seqq. feat. des mss. ar. dï la bibl. nat. p. 2t>, note 3. Cela ne semble, rien, et c’est déjà beaucoup; nous savons an moins que JuKs avait écrit des vies de s-iiiils el entre autres « -elle des deux Macaires. Pour avoir de plus amples détails, nous n’avons qu’à chercher le passage indiqué du cal. des tus, éltiiop. On y lit: «.Martyre de Jules d’Aqfahae. de son lîls Théodore, de mn frér »; Jouas, de, ses cinq cents esclaves, el’d’un grand nombre d’autres personnes, parmi lesquelles Arménius, gouverneur de. Diein nouti, et le gouverneur d’Atlirib, du tmips de l’empereur Contanlin. S1 Jules avait rédigé les vies des martyrs et employait pour les transcrire trois cent esclaves. * <l>oe. cit. p. 156V Mais ici, il y a hier, une petite difficulté: Comment »
Jules d’Aqfahs qui fut martyr sons Cou’tùiitiii put-il écrire la vie des deux. Macaires qui vivaient encore après h régne de Julien l’Apostat?Ceproblème vaut la peine d’être examiné et je ne doulepisqua l’auteur du catalogue, avec son érudition si sûre ei si étendue, n’en trouve la solution. Je lui en signalerai même d’autres. Sebas et Sclnha eont-ils d-îux villages différents (op. cil. p. lia 18V’? Simxlael Srheuouti deiit |>er#i>iui.iges? l’st il bien sûr an Asuaii soit Kua o i Lilopolis (op. cit. p. 1G6; I.e catalogue des ms. éthiopieu* est vraimet: intéressant à étudier: il fourmille d’aperçus nouveaux sur l’histoire ci lr géographie de l’Égypte, l/auienrfst évidemment de
première force, mais il eut bien fait d’observer des régies de transcription plus certaines/de consulter des terriers mieux orthographie et d’éviter quelques conjectures malvenues. gouverneurs; personne ne lui dit rien et on ne lé força point d’adorer les idoles: Dieu le gardait pour ses serviteurs, les martyrs. » H le fallait bien, car personne n’aurait au cas contraire écrit l’histoire de leurs combats. Jules lui-même n’y aurait pas sufli; mais il avait trois cents domestiques ’ sachant écrire et il les occupait a écrire les histoires des martyrs et « dès saints >, Il occupait donc une grande maison, el >a maison n’était qu’une succursale de la chancellerie impé riale où il tenait la première place au bureau des traductions, succursale uniquement deslinée a la liltérature égypto>chré licnne.
La place qu’il occupait lui donnant degrands privi lèges et son nom luiouvranl toutes les porter et tous les cours, il pouvait puiser ses renseignements aux meilleures sources, et nous le verrons écrire presque sous la dictée des héros dont il a raconté les exploits. Les martyrs l’avaient en grande vénération et lui prédirent maintes fois qu’il était de toute impossibilité qu’après avoir été si bon pour les athlètes dit Christ, il ne fut lui-même martyr. Cependant la persécution île Dioctétien avait passé et Jules étail toujours vivant. Constantin régnait déjà, mais n’avait pas encore été baptisé. Il fallait donc se hïHer. Aussi, un beau jour, le Seigneur lui ordonnait-il de se rendre à Samannoud el d’y confesser sa foi devant le yali Areanîos, Jules obéit cl leyali lui fil souffrir *. île nombreux supplices.
Peine inutile, le Seigneur ressusci tai! Jules. Un jour, il lit une prière, la terre s’entrouvrit, <dlc engloutit les soixante dix idoles que Dioclélien avait fuit faire et les éetit quarante prêtres qui les servaient: ainsi fut punie l’obéissance des prêtres aux ordres du yali qui leur avait commandé de les porter devant Jules, son lils et la petite année de serviteurs qui l’avaient suivi, cinq cents. A la vue tle ce prodige, le yali, qui étail un honnête homme, comprit
cii.y; je ne puis admettre relie traduction, l-es esclave ne savaient ni lire ni écrire; on ne les traitait pas en Égypte comme à Rome. Julei avait 4 son iérvicede scribes. ’::.;.";",„.’-’."-.’^
« bien qu’il n’y avait plus rien a attendre de dieux qui se lais* saienl engloutir sans résistance, il se convertit et, de compa gnie avec le saint, s’achemina vers Athribis pour y confesser sa foi nouvelle. Le gouverneur d’Alhribis tortura Jules du mieux qu’il put; le martyr mourut trois fois et trois fois fut ressuscité par le Messie. Un jour qu’on avait préparé tout co qu’il fallait pour célébrer une grande fête dans le temple d’Athribis, qu’on avait prié les dieux, alluméles lampes, décou vert les statues, entouré l’édifice sacré de feuilles de palmier le saint lit une prière et Dieu envoya son Ange qui coupa la tète à toutes les statues, souilla leur visage de boue, brûla toutes les feuilles de palmier el tous les ustensiles du temple.
Le lendemain, quand les gens arrivèrent revêtus de leurs plus beaux habits, ils se trouvèrent en face de ce beau spec tacle; ils reconnurent leur faiblesse, une foule considérable seconverlil, ainsi que le gouverneur. Il fallut se rendreailleurs pour obtenir le martyr de ces trois héros. Jules et les deux valis se rendirent à Tora ’. Le gouverneur de Tora ne fut pas peu épouvanté a leur vue: le secrétaire en chef du gouver neur général et deux nomarques plus élevés en dignité qu’il ne l’élail lui-même, cela méritait réflexion. Il refusa de les faire mourir et leur dit qu’il allait les conduire a Alexandrie. Mais cela ne faisait pas l’alfa ire des généreux martyrs; Jules donna l’ordre à ses domestiquesde mettre l’épée au clair, do se précipiter sur le vali et de lui dire: « Si tu ne rends pas notre sentence, nous te tuons! »
Le malheureux yali fut bien embarrassé. Comme il ne voulait pas être tué, il se décida & faire écrire la sentence; mais il ne put trouver personne pour écrire cette sentence. Un démon impie qui se trouvait la cl poussait des cris horribles fut contraint par Jules de se prêter à ce ministère nouveau pour lui’.La sentence rendue, 1*0x6 » ctilion se lit rapidement: Jules eut la tête tranchée, ainsi que
renégat. •.,--’ >-’.^:v.v.i-••
son fils Théodore, son frère Joukios, son secrétaire, les deux valU et toute sa suite, en tout quinze cents personnes’. On transporta le corps de Jules a Alexandrie et, plus tard, Cons tantin qui apprit la belle conduite de ce saint pendant la persécution, l’approuva fort et envoya de grandes richesses pour lui bâtir une église dont le patriarche Alexandre célébra la dédicace 1.
Tel est le persounago. Ou voit que s’il écrivit do beaux martyres pour ses amis, on lui rendit bien la pareille. Le résumé que nous en a conservé le Synajtare nous montre même qu’on suivit sa méthode pas à pas. Cette méthode va se développer clairement dans l’étude des Actes iyni sont attri bués à Jules d’Aqfahs. De ces Actes, quatre seulement ont échappés aux ravages des temps; les autres ne nous sont connus que par l’abrégé du Sytwxare. Je vais examiner tout d’abord les premiers.
l’examen dans l’ordre du Synaxare. L’auteur prend les éyè? ncmenls dès le principe et nous fait assister à la délibération où Dioclélieir résolut de promulguer l’édit de persécution, Le récit de celle « éance comporte la connaissance des Actes purement romanesques et légendaires; toutefois je, laisserai encore ici de eùlù les événements qui no sont pas nécessaires a l’intelligence de ce qu’il me faut raconter. Dioctétien était donc empereur et avait fuit la guerre à ses ennemisavec tout le succès désirable, lorsqu’un matin il réunit son conseil et dit: « Ueoutez-moi, carj’ai h vous parler *. » —r « Parlez, Seigneur} dirent les conseillers, vos serviteurs écoutent. r— »> »
Vous savez, dit Dioclétieii, qu’un roi ne dit pas de men- songe. Or,, celte nuit, pemlanl que je dormais, A|M>llon le grand Dieu est venu vers moi avec les autres dieux des ïi Synarare, 22 Tholh.
« « le commencement est penlu (un seul feuillet »; mais \\ te retrouve presque mot pour mot dans les Actes d’Epimé de ftûikoleu » du même auteur, non encore publiés, mais que j’ai en ma possession. - - 128
« « soixante-dix.Us m’ont dit: —’Voici que nous t’avons honoré 1 et t’avons donné la victoire dans la guerre; à Ion tour rends nous honneur dans ton royaume. — Que voulez-vous que je leur fasse? » —Le slrat^latcllomanos, que les traductionsara bes nomment le grand vi/ir, demandala parolcctprenantlexlc de {exemple donné jadis par le roi Pharaon qui fit faire des dieux en lesquels son peuple eut coi, liante % il conseilla d’éta blir des gouverneurs dans lotis les nomes de l’Kgyple, dans tontes les villes, de rechercher les évéques, les prêtres, les diacres, jusqu’aux simples lecteurs, de brûler les livres des chrétiens, de relever les temples, de restaurer le culte des dieux, d’arrêter tous les chrétiens et de les mènerait duc d’Alexandrie. Ce conseil plul infiniment au roi qui se leva le lendemain de grand malin et expédia dans toutes les pro vinces de son empire des courriers avec l’édil suivant:« Moi, Dioctétien le roi, j’écris en tout mon royaume, à quiconque est sous ma puissance, slralélale, soldat, habitant des villes et villages, en un mol à quiconque est sous ma domination. Que je n’entende plus ce nom de Jésus sortir de leur bouche; mais qu’on adore les dieux, qu’on tourne son visage à l’Occi dent, qu’on leur offre de l’encens, du vin sans mélange, delà farine et de l’huile. » Ce beau décrel fut rendu le 28 mars de la 18* année de Dioctétien (302}. Aussitôt pour donner l’exemple, l’empereur sacrifia avec sa cour, son armée, ses employés et lu population de la ville, soit 160,000 soldats, 30,000 employés civils et 210,000 hommes, femmes et enfants. Ce fut un beau sacrifice que celui de ces 430,000 personnes. Cependant celte imposante cérémonie ne se passa pas sans encombres. Au milieu de la pompe universelle, un jeune soldai, nommé Chrislodoros, lils de Hasilido le slratélatc \ -|.J.es.lc/e » d’Epimé disent: Nous t’avons gulri.
railleur copie qui prend des exemples tournant à la confusion de ce per sonnage, l’un des plu* détestas de ces récits. =
roulent sur Dioctétien et la persécution. i: /• — I2D~~ pleurait el s’adressait au Seigneur en disant: « 0 mon S. J. le Christ, secours-moi, allume en moi ma lampe, afin que je puisse parler à ce roi impie qui outrage Ion saint nom. » Ce disant, le jeune soldat défit son ceinturon et s’approcha du roi qui lui dit: « Qui es-tu? pourquoi te présenter ainsi sans ton ceinturon. » —, « Impie, dit le jeune homme, de celle heure je ne suis plus Ion soldat, car le diable a pris posses sion de ton cumr; maisjc confesserai mon S.J. le Christ qui a créé le ciel, la terre, etc. » Le roi furieux prit une épée lui ouvrit le ventre et ordonna aux soldats de le mettre en pièces, ce qui fut fait’. Alors l’empereur remit le décret scella au inagistrien Denis, le vérédaire, et l’envoya en Kgyptc, au comte Arménius 3, afin que celui-ci le fit porter a tous les gouverneurs depuis Alexandrie jusqu’à Assouan, depuis la Libye jusqu’à la Pentapolc. On devait détruire les églises, rebâtir les temples et faire adorer les soixante-dix dieux que s’était faits le roi, trente cinq mâles et trente cinq femelles: si quelqu’un refusait de les adorer, on devait le livrerait tranchant de l’épée.
Ces soixante-dix dieux du roi se rclrouvanlun peu partout, il ne sera pas inutile de faire connaître ici leur histoire, car nous la devons à noire auteur, Jules d’Aqfahs, el nous la connaissons d’après les Actes des deux cousins, Jean et Siméon Quand Dioctétien était encore chrétien et qu’il combattait l&s Perses, il s’était emparé de iSicomèdc, fils du roi des Perses, ir l’avait fait conduire à Anlioche cl l’avait conlié au patriarche’,- en disant: « Gârde-lc moi, jusqu’à ce que je le réclame! » LW£bcvèquc garda fticomède eh son pa
mèdiè telle que la rapporte Euxêhre {llhl. ecei.).
Un peu plus on aurait eu le ferelrurius, le moderne croque mort. Le texte emploie le mol latin, et transcrit le v par un B.ce qui donne la pronon ciation exacte. 31. II. n’y regarde pa« de si près, et dans’ une même page il transcrit le p par/iferetarius, par b Tarcbebi, et par ou, ChoueoU, op. cit. p.28fc-2S7.V...!,’.,.,’..,’;;•’ ’ »
« « « t; ces conlradkUons, parce qu’elles me fourniront de argument. %. On y fait allusion en quelques lignes daus lef.Actes d’Epimé.’ ~, 130 — lais, mats ne put faire s » bonne gardoque le roi Nicanor’.n^p* prit que son fils était prisonnier chez l’archevêque, Nicanor, lut envoya des richesses immenses, tout en lui proposant de faire un échange. Les yeux de l’archevêque furent éblouis, il accepta rechange proposé et remit le jeune homme aux mains des envoyés. Pour tromper Dioclélien, il fil faire un cer cueil qu’il garda chez lui, comme si Nicomède fût morl. Or, il arriva qu’en revoyant son fils, Xicanor reprit courage, recom mença la guerre et mit en mouvement une armée dont lessol dats étaient aussi nombreux que les grains de sable de la mer.
Dioctétien regarda attentivement celle armée et resta stupé^ fait d’y reconnaître Nicomède. Il appela ses soldais et leur dit: a N’est-ce point Nicomède, le fils du roi des Perses, » — H C’est bien lui, » répondit-on. -^ « Comment se fait-il » reprit Dioclélien, qu’il soil ici, lorsqu’il devrai! dire enlre les mains de l’archevêque? Allons, attaquez, prenez-le el nous saurons la vérilé. » Nicomède fui repris el apprit au roi ce qui s’était passé. Dioclélien recommanda à sou armée le se cret le plus absolu vis-à-vis de l’archevêque, fit sonner les trompettes, termina ptomptement la guerre el revint à Anlio che. L’archevêque sortit à sa rencontre pour le féliciter; le roi l’embrassa, le fit entrer en son palais, s’assit sur son trdiic et dit: « Seigneur évèque! > — « Hoi, vis à jamais! » répondit l’archevêque. -— «.Envoie chercher le fils du roi des Perses que je le confiai jadis, dit l’empereur; j’ai promis à son père de le lui renvoyer. » — L’archevêque ré pondit: « 0 roi, yis à jamais! il y a deux mois qu’il est morl! » —-« Fais moi voir son cercueil! » dit l’empereur.
On apporta le semblant de cercueil cl l’archevêque dit: « Voici le cer cueil devant vous! » — « C’est le jeune homme, que je t’ai confie? » interrogea le roi.— « Oui, c’est lui. » — « Je ne vois que le dehors du cercueil, mais viens el jure moi que c’est lui. » — « Je te le jurerai, » dit l’archevêque. Le matin suivant, l’archevêque avec ses clercs, le roi avec son armée se rendirent à l’église; jon célébra la Messe cl l’archcvêqitei.
tenant en main le corps du Sauveur, jura que Nicomède était dans le cercueil. Cet archevêque était vraiment un grand coquin, cl l’on comprend très bien que Dioctétien eut prié Dieu d’envoyer le’ feu du ciel pour le dévorer. Mais le feu du ciel ne descendit point et Dioclélien fit tout à coup paraître Nicomède qu’il avait tenu caché jusqu’alors, Ce fut au tour de l’archevêque d’être stupéfait. Le roi furieux s’a vança, renversa l’autel d’un coup de pied, jeta a terre les saintes espèces, entraîna l’archevêque hors do l’église, se fit remettre le prix de la trahison, le fit fondre et verser dans la bouche de l’archevêque jusqu’à ce que son corps en fut rem pli. Du reste, il fit faire les soixante-dix dieux, trente cinq nulles et trente cinq femelles, qu’il ordonna d’adorer dans toute l’étendue de son empire ’.
La persécution résolue el ledit publié en Thébaïde, Arien s’assit sur son tribunal et fit comparaître les chrétiens. On lui en présenta quatre.
Or, il y avait à Darschaba, dans le nome de Masil Dantoua, un prêtre nommé Didyme, pieux, craignant Dieu dès son enfance, visitant les malades et cherchant à ra mener au bercail les brebis égarées. A la onzième heure de la nuit Y un homme lumineux lui apparut et, en. des termes que nous connaissons déjà "’, lui ordonna d’aller chercher le martyr. Dès le malin, sans avertir ses parents, Didyme après avoir prié se rendit à Athribis, s’approcha du gouverneur cl lui dit: « Je suis chrétien publiquement. Il n’y a pas-d-aulrc Dieu qiic Jésus le Messie! » Le gouverneur dit à Visumon, son interprète: « Demande lui d’où il est et quel est son nom? Quelle puissance l’a conduit ici » Didyme ré- \
assis quand le combat fc livre, que les couronnes se distribuent gratis, etc. > Il est inutile de la répéter désormais.
« « « « grec i\v+f. employé ne \ent pas dire motif. L’apparition de l’Ange, les ré ponse de Didyme auraient dû montrer à M. II. qu il se trouvait eu présence — — pondit î « Mon nom dans la chair est Didyme; mais celui que j’ai au service de mon Dieu es! l’Invincible Jésus le Messie; je suis de Deirchaba dans le nome do Dantoiia; et, puisque tu veux savoir qui m’a conduit ici, c’est la vertu do mon Seigneur Jésus le Messie. » ^-« Puisqu’il en est ainsi, dit le gouverneur, nous allons voir si Ion Messie pourra le sau ver d’entre mes mains, » On Je vit en effet, car après qu’il eut été torturé, qu’on lui eût versé du plomb fondu dans le ventre, Didyme fil une prière qui moula aux oreilles du Seigneur Sabaolh el Michel descendit qui le guérit. Le plomb fondu semblait de IVau fraîche au palais de Didyme qui se moqua d’Arien; car c’est lui que nous retrouvons sans qu’on nous ait avertis du voyage. Aiien furieux lui lit donner!• bastonnade par quatre soldats qui se relayaient ’; nouvelle prière, nouvelle descente de Michel, nouvelle guérison. Arien confondu le fit venir et le pria de lui faire connaître « Je quelle fameuse magie il se servait, avant qu’on le torturât et qu’on le brûlât vif. Didyme ne lit aucune difficulté de I » donner, elle ne pouvait servir au gouverneur infidèle; la formule consistait en ces paroles du Chris!; « Ne craignez pas celui qui tuera voire corps, mais qui ne peut pas tuer votre aine. » Arien réfléchit que la formule serait aussi bonne pour le feu, qu’elle lavait été pour le plomb fondu, el il ren voya Didyme en prison. Le portier avait une tille en travail d’enfant depuis neuf jours: l’enfant restait enfermé, ne pou vant sortir. Le père avait amené quantité de médecins dont les remèdes n’avaient rien fait, quantité de magiciens dont les formules et les recettes étaient reslécs impuissantes. Didyme bénit un peu d’huile, ordonna d’en frotter la jeune femme el un beau garçon vint au monde; par reconnaissance, Je lïdée religion » »de l’inflaençede Dieu aur les hoaimes, inlUenee k liqueHc pu n’est pas ijbije de SQ soustraire, idée profondément égyptienne..!li M. Uyverual a fort mal compris tout ce passage. Il parle de quatre es couades île quitre soldats chacune et de l’instrument ds suppli w sur lequel on lit étendre le martyr. Le textedit qu’on fit c nicher Didyme à terre sur le ventre. Ces! Il position que l’on voit figurée sur les monument dès li pb>s haute antiquité’, l’u professeur d’egyplologic ne devrait pa i^ùorèr cela, ineine au collège Roniaiu. — KM—. on le nomma Didyme. Tu homme appelé Cyrinitéus avait lin fils possédé d’un démon à eu’iir de Irôle féroce. Il fallait le garder dans une chambre île fer, autrement il poursuivait les gens et |os mordait. Médecins el magiciens n’avaient pu le guérir. Didyme Peut bientôt fait. Cependant Arien fit d^ nouveau comparaître les chrétiens: « N’es-tu pas encore dé cidé à sacrifier aux dieux? » dit-il à Didyme.— K Que’cela, ne nfarrive poinl! » répondit le martyr. — « Je suis las de toi, repartit Arien; mais je vais le faire torturer jusqu’à ce que tu meures de mâle morl. »> Il lit apporter une chaise de fer, on alluma des torches et on les plaça sous les fesses’ du martyr pendant Irois heures. Didyme se souvenant des trois jeunes hommes, de Daniel el de Suzanne, pria Dieu de con fondre ces nouveaux Assyriens. Aussitôt les bourreaux de vinrent aveugles el s’écrièrenl: « Nous n’y voyons plus! » Arien prit Didyme de rendre la vue aux malheureux par un nouvel enchantement, et Didyme le fil aussitôt. Arien, ne sa chant plus que faire, consulta son assesseur qui lui conseilla d’envoyer Didynic au gouverneur Arménius, ce qui fut fait. Pendant le trajet, le Seigneur apparut à Didyme qui, à son arrivée devant son nouveau juge, était encore moins disposé à sacrifier qu’auparavant. Arménius lui fit arracher les on gles des pieds el des mains, el couvrir ses blessures\ d’un mélange de chaux et de vinaigré.Le martyr prononça le nom de Jésus; l’Ange du Seigneur le guérit aussitôt; Arménius lui fit mettre sur le ventre un fui de colonne que dix hommes avaient peine a porter; au nom de Jésus, la colonne tomba à lerrej roitla jusqu’au gouverneur el lui cassa les-jambes. Sans s’inquiéter de ce contre temps, Arménius s’écria: « Je savais bien qu’on pouvait! grâce à ce’ nom, faire toutes les magies possibles. » — a Puisque lu blasphèmes, dit le saint, lu vas devenir muet. » VA le gouverneur devint muel, ce qui ne l’empêcha pas de prier Jules d’Aqfahs d’intercéder pour
Le texte emploie expressément le mot qui est au plurlet
« « lui, afin que Didyme lui rendit la parole. La foule applaudis sait. Le martyr ne consentit à rendre la parole à ce muet qui parlait qu’à Ix condition que le gouverneur écrirait: « Il n’y a pas d’attiré Dieu que le Père, le Fils cl le Sainl-Kspril. » Le gouverneur ne se fil pas prier el Didyme pria le Seigneur de rouvrir la bouche d’Arméniusj comme il avait ouvert celle de Zacharie dans le Icmple 1. Jules convihl alors avec Didyme de tout ce qu’il faudrait lui faire après sa mort. Le gouver neur lefil ensuilc pendre la lèle en baset arroser d’huile bouilt tante; mais des ’ténèbres épaisses enveloppèrent toute l’es corte, excepté Jules d’Aqfahs. La foule glorifiait Dieu, el Jules dit à Arménius: <•’ Encore un peu plus el ils vont nous lapider. » — « Je ferai loul ce que tu me diras, » dit- le gou verneur.
Jules se rendit près de Didyni3el le supplia de faire disparaître les ténèbres.Le saint le voulut bien et ce nouveau prodige convertit un millier de citadins et cinq cents soldats de Tcscorlc. Tous criaient: « Nous sommes chrétiens. »—• « Décidément, dit le gouverneur à son assesseur, on va nous lapider. » r- Rends la sentence, » répondit l’assesseur. La sentence fut aussitôt rendue: on coupa la lèle a Didyme el à six autres habitants du nome de Daiiloita. Les quinze cents convertis furent jetés dans le feu et brûlés vifs. Jules prit soin du corps el envoya deux de ses domestiques le porter à Deir schaba J..
tenant, offre beaucoup de ressemblance avec ceux de Didyme. Les premières pages ne diffèrent que par quelques mois, jus qu’au moment où la lellre du roi est portée à Culcien, gou verneur de Pemdje, c’esl-à-dire Oxyrrinkhe ou Dehnesa. Après quelques réflexions, railleur s’écrie: v Kcoutez main tenant, vous a qui l’ouïe a élé donnée, entendez, vous à
« selon saint Luc, I. Ou voit quelles libertés le- » auteurs coptes prémunit ave »; IKeriture. VA.Le Christ, chti le* anc. l’op. Itcv.« les rel. Vil.
« « Copl. mi qui la science a clé donnée, car vous savez combien est doux ce nom de Jésus’"el qu’il n’y a pas de nom plus glorieux que celui de chrétien! » Puis il entre en matière. Il y avait dans le village de llenkolaous un riche propriélaire, nommé Abîma. Ses’parents étaient chrétiens, son père se nommait Klie cl sa mère Sophie. Celait un homme consommé en toute vertu, jusle, sage, cha ri labié* donnant à TEglïsc toutes les prémices de ses aires el des productions de se/3 champs: les paroles de Tfêcrilure sainle étaient comme un miel en sa bouche et comme une lampe éclairant son intérieur; il vivait par la pensée dans les cieux en tout temps. Une nuitqu’il était couché Jésus le Messie lui apparut en personne et lui com manda d’aller se présenter au gouverneur pour clre martyr.
Le malin venu, sans rien dire de son intention, il appela ses hommes el leur dit: « Je veux aller aujourd’hui à la foire de Dehnésa pour m’acheler une vache, car j’en ai vraiment besoin. » — Ses hommes lui dirent: « Va en paix et que le Seigneur devant toi envoie son Ange pour l’indiquer le che min bellement! » A peine sorti de sa maison, le saint Abîma se tourna vers l’Orient, fit une prière, se signa JÙIse mit en marche pour Dehnésa. A la ville, Abîma apprit que le gou verneur était à son tribunal, près du Télrapyle, occupé h tourmenter des chrétiens. Abîma s’y rendit et fit unevnou* vclle prière. Comme il était encore deboul, Sabianos l’inten dant le vil, s’avança vers Culcien et lui dit:<-Monseigneur 1s gouverneur, voici apa Abîma, la lèle de llenkoîaoûs, ilest deboul devant loi;- ordonne qu’il se présente maintenant, qu’il amène tou? les clercs de son village, les diacres, qu’il apporte tous les vases de son église, les livres, les tables, les coupes, selon Tordre du roi. » Aussitôt Culcien dépécha le ctibiculaire Théodore qui amena le saint Abima. — C’est
« loi Abîma, le chef de llenkolaous? » demanda le gouverneur. — a C’est moi, dît Abinia, niais Dieu est notre chef à tous! » — « Quel est ton Dieu? dît Culcien, Apollon ou Zeus?
« Choisis quelqu’un parmi eux qui le protège »..***•’« Mon Dieu, •— CI »’
« répondit le Confesseur, e3l Jésus le Massie, le Dieu du ciel. » >
« Knvoie rttc chercher tes pi*élres, reprilCulebn, lcs diacres elles vases de l’autel. »—« Nous n’ayons point de prèlre, dit Abîma; lèsamsdi et ledimatiche, je vais cherchant pat les villages jusqu’à ce ipis j’en trouve tin qui me bénisse; quant aux vases où nous recevons la Bénédiction, ce sont des vases » de verre. Nous sommes de pauvres gens et nous habitons des huiles déterre. » —« Note moque pas de moi, repartit le gouverneur, on m’a précisément >averti de l’erreur 011 lu le trouves. Ecoule-moi donc el lu ne perdras pas la chair en de mauvais tourments. » — « Mon Seigneur Jésus le Messie’; vient de me prévenir, répondit Abîma, en me disant: Ne craignez pas ceux qui peuvent tuer votre corps, mais n’ont pas la puissance de tuer votre âme. » — « Tu veux donc, dit Culcien, que nous torturions la chair? » — « Fais-moi ce qu’il le plall; min Seigneur Jé;uvie Messie est avec moi el me donne la force. > » —- «
« « Je l’arracherai la langue, dit Culcien, afin que ta bouche ne prononce plus-ce nom en ma présence. » ^- « Tu n’es m- »me pas digne d’entendre ce nom. » reparti! Abîma. Sur ce, Culcien se mil en colère, fil apporter un rasoir qui n’avait jamais servi, fit arracher la langue d’Abîma el le fil reconduire en prison ou on lui mil les entraves. Abîma pria en « en son coeur*. » aussitôt Michel descendit et lui rendit sa langue: Abîma se mil alors à prier à haute voix el tous ceux qui étaient dans la prison furent émerveillés. Culcien le fui aussi le lendemain, et, comme il ne put faire sacrifier le martyr, il le fil lorlurer sur le chevalet. Quand ses chairs furent mises à nu, se3 entrailles ouvertes, son corps arrosé de son sang, Abîma pria, rassembla ses forces et se releva pour s’écrier: « Ilougis, impie, impur, avec Ion roï impie aussi. » Les spectateurs répétèrent ses malédictions. Culcien le fit reconduire en prison o:ï l’archange Michel le guérît de nouveau. Le lendemain malin, il se présenta à Culcien, frais comme quelqu’un qui sorldufeslin. « Comment tu vis encore l dit le gouverneur » tu es vraiment
« « un grand magicien. » Kl de nouveau, il lenladeTeihiii-e^ sacrilier. Il ne recueillit que de* nouvelles malédicjions. Furieux il lit apporter la chaise de fer rougie au fou » Ty fit asseoir cl mit sur sa tôle un casque de même rougi au feu; avec deux longs clous chauffés, il le cloua a la chaise pendant qu’on appliquait des torches ardentes à ses côtés. Abîma pria,, aussitôt le casque se changea en une couronne de perles précieuses, les torches se retournèrent et brijdèrent les bourreaux. La foule s’écria: « Il est grand. le Dieu, des chrétiens! » el défendit au gouverneur.do- torlurer le martyr. Culcien supplia Abîma de guérir lès bourreaux qui souffraient beaucoup. Abîma y condescendit et les signa du signe de la croix. Culcien surpris de la.vcrlu.de ce signe;demanda au confesseur de le lui mire connaître; Abîma lui apprit que. c’était le signe dont Dieu avait signé Adam après sa création et que le Messie donnait à ses fidèles, Culcien n’osa plus, le tourmenter et l’envoya au gouverneur d’Alexandrie., Pendanlle voyage.
Abîma, trîsle et enchaîné au fond de la barque, fut consolé par la visite du Messie qui descendit à lui. sur une nuée lumineuse, ayant Michel à sa droite et T »abriel h sa gauche. Le martyr arriva à la ville au jottr où Ton célébrai! les jeux en l’honneur du dt’es nat’ditbts(\c$> rois: on, conduisit Abîma au cirque et Arménius voulut le juger sur; le champ; mais la foule s’écria: « Ne perdons pas les jepx; lu le jugeras demain. » Le duc le lit conduire en prison.-:.Cette première nuit, Abîma guéri! un possédé el la Jille du geôlier eu mal d’enfant depuis trois jours. Ce fut ensuite lelourdun aveugle qui mendiait à la porte de la prison, l’n prodige autrement important le mil en relations avec Jules d’Aqfahs. Jules avait une sceur, nommée Eucharistia, personne fort vertueuse, maïs à laquelle un démon avait porté envie et dont il s’était emparé comme de la première pécheresse venue relie était paralysée depuis quatorze ans. Jules « alla trouver Abîma, le supplia de guérir sa sceur, lui promettant, de le faire relâcher, son élargissement dût-il coûter trois livres
d’or qu’on donnerait au gouverneur. Abîma ne demanda qu’une chose, que Jules « prît soin de son corps cl le fil conduire en Égypte dans le tombeau de ses parents et de tous ses hommes, » el guérit Eucharislia. Cependant Arménius" apprit lotis ces prodiges, il fil dresser son tribunal près du temple de Césarion el manda le chrétien. Le gouverneur le Iraila de magicien; mais Abîma s’en défendit el en donna une bonne preuve par l’hisloire du magicien Aslratole ’ qui avait voulu voir le puits de l’abîme, lavait ouvert par ses incantations, y était descendu, mais n’avait pu remonter. Les démons lui avaient coupé le retour. Pendant qu’ils discutaient sur son sort, les uns voulant l’enchaîner, les autres l’écorchcr, les uns lui couper la tête, les antres lui arracher les ongles, Ions décidés à luï faire payer cher son audace, Aslratole appelait toutes les puissances a son secours sans résultat; il avait soudain pensé au Dieu des chrétiens cl son coeur avait repris confiance.
Si tel était l’effet d’une simple pensée, s’était dit le magicien, celui d’une invocation ne manquera pas d’être considérable; il lîl l’invocation cl se trouva hors du puits de l’abîme." Preuve évidente que le Dieu des chrétiens était supérieur aux magiciens. Arménius n’en fut pas convaincu, pressa le confesseur de sacrifier, lui fit les plus belles promesses, même cette d’écrire au roi en sa faveur. Abîma ne trouva pas la chose si extraordinaire; d’ailleurs il n’aurait accepté aucune faveur, pas même si on lui eut offert cent soldats dépendant uniquement de lui. Arménius le lit questionner sur le chevalet; pendant là torture, Michel descendit.cl se posa sur la lèle du martyr, sous la forme d’une tourterelle blanche: les liens se brisèrent, le chevalet se cassa en deux et Abîma se trouva deboul surjc tribunal.
Le gouverneur le lit torturer de nouveau, puis jeter dans Une fosse pleine de feu où on le roulait avec de grandes four ches; le lotit sans effet. On lui arracha les ongles et Ton
« « « « « couvrit les plaies de chaux et de vinaigre, on, lui coupa-les entrailles et l’on versa sur l’endroit de l’huile botihV huile. Abîma confessa qu’il était dans le même état qu’un homme qui boit de l’eau. fraîche après une chaude jour née Aa Khannin. Arménius le fil traîner par la ville avec des chaînes de fer aux pieds et aux mains: le sang du martyr se coagulai! à ferre; mais quand on l’eût ramené, il n’avait plus aucun mal. Les foutes applaudirent cl Arménius jura par Apollon que le Mcssfo ne "Sauverait pas Abîma de ses mains. Pour sa puuition.il devint muet el il dut se plier de nouveau aux exigences que nous connaissons, écrire une profession de foi chrétienne. A peine guéri, Arménius le fit jeter dans le four des bains publics qu’on chauffa trois jours et trois nuits.
Au boul de Irois jours, Arménius voulut aller aux bains: pendant qu’il se déshabillait, il se souvint d’Abîma et dit: « O Abîma, tu es maintenant confondu et ton Dieu n’a pu le sauver de mes mains! » Il n’avait pas fini de parler que l’Archange Michel déposait Abîma devant lui. Arménius fut si étonné qu’il se rhabilla et ne voulut pas se baigner ce jour là. Toul en marchant parles rues., de la ville, Abîma ressus cita le lits du prôlopolile, lequel était tombé d’un échafaudage cl s’était brisé le crâne. A la vue de ce prodige, cent six hommes se saisirent du gouverneur cl lui dirent:« Tu-n’iras pas souper que tu n’aies rendu notre sentence, Nous sommes chrétiens. » Arménius appela le bourreau Symmaqtie. et lui commanda de les tuer tous, comme il l’entendrait.Symmaqtie. commença sa besogne, mais dut s’arrêter au milieu, car il était fatigué.
Comme il se reposait assis sur une pierre, un nommé Dioscore lui dit: » Symmaqtie, mon fils, c’est assez d’avoir versé le sang de ces hommes; leur Dieu est puissant cl te fera rendre raison. »— » Si je meurs, répondit Sym maque, qu’on place ma prunelle droite sous le seuil de la porte de l’Amentî. » — Amen, qu’il en soil ainsi, » répon*
« « dirent les saints el Symmaquc les Itia rapidement. Les Anges remplissaient les airs, recevaient lésâmes et les révélaient - un de toiles de pourpre. Abîma qui voyait ce beau spectacle s’ap procha d’Arménius cl lui dit: » Tu ne t’en iras pas que tu n’aies rendu ma sentence. » Arménius l’cûl fait volonliers. mais il avait peur de la foule. Il lit amener une barque, y chargea un lion, une hyène, une panthère, un léopard el Abîma; puis il ordonna de la remorquer dans la mer pendant trois jours; alors on devait couper le Câble et laisser aller la barque à la dérive. On le fil. Abîma chantait le cantique de Daniel dans la fosse aux lions; les animaux féroces lui lé chaient tes pieds et l’Archange Michel ramena la barque au rivage. Arménius en le revoyant fui forl surpris: il fil dresser son tribunal près de la nier, en face du temple de Poséidon et lit étendre le saint sur le lit de fer: une nuée lumineuse éleignil le feu cl les ténèbres enveloppaient tous les assistants, à l’exception de Jules d’Aqfahs qui dul prier Abîma de les faire disparaître.
Par reconnaissance, Arménius voulut faire recommencer les tortures; niais la foule s’y opposa, cl on conseilla au gouverneur d’exiler le saint en Égypte. Armé nius le remit encffel au gouverneur Hokcllianosel au duc Se bastien, nommé gouverneur du sud. Itokellianos était gou verneur de Ilchnésa, de Unes el de Kaïs’. Ils emmenè rent le saint que Jules d’Aqfahs fil suivre de deux de ses serviteurs, Fauslus el Théolime. Quand on fut arrivé à Unes, puis au village de Phoiioheniamiou on dut s’y arrê ter trois jours, faute de vent. Comme il y avait un tem ple non loin de là, les deux magistrats firent apporter une statue d’Apollon el voulurent faire sacrifier les chrétiens. Abîma cassa la statue el renversa le trône du gouverneur. On le mil dans une chaudière d’huile bouillante, on le soumit à la torture: tout fut inutile el il fallut le condamner à avoir la lèle tranchée. Après avoir prié le Seigneur et avoir reçu sa réponse, il rendit l’âme et acheva son mai-lyre. Les serviteurs de Jules d’Aqfahs conduisirent son corps à son village cl,
On voit qiif dan* ce récit Arfon cl Culcien disparaissent. Pourquoi? Je n’ai iûî trop tien.. — ni — quand on fut arrivé a l’endroit prédesliné, les bêles de somme s’arrêtèrent d’elles-mêmes, une voix s’élanl fait entendre qui ne laissa aucun doute’.
Avec les deux cousins, Jean el Siméon. l’ùjuvrç de Jules d’Aqfahs ressemble forl à un pur roman. Au village de Sar moulos, du nome de Dana, vivait un homme nommé Moysc, don! la femme stérile s’appelail Hélène. Le mari très triste fit vu’ti de bâtir une église à Saint Jcan-Haplisto, si Dieu lui ac cordait un enfant. Il prit même la précaution de bâtir l’église par avance. Le soir du deux Haonah i, jour de fêle pour le précurseur, au moment où l’on allumait la lampe du soir, Moyse répéta sa prière. Pendant la nuit. Saint Jean-Hapliste lui apparut et lui annonça que sa prière était exaucée. En elfe!,- Hélène conçut, nu grand contentement de son mari; elle jeûna pendant toute sa grossesse et elle accoucha d’un garçon qu’on nomma Jean. On le baptisa 40 joursaprèssa nais sance.
Quand il eut onze ans, son père l’envoya garder les moulons en compagnie de son cousin Siméon. La bonne en lente ne dura pas longtemps entre les deux cousins, et Siméon déclara un jour qu’il n’irait plus garder les moutons avec Jean. On lui demanda le pourquoi. H répondit que Jean jeû nait lous les jours cl lui prenait son pain pour le donner aux mendiants qui passaient. Le père de Siméon alla trouver Moyse, père de Jean; lous les deux se concertèrent pour sa voir la vérité. Le lendemain, ils se rendirent au champ ou se trouvaient les deux enfants; ils s’assirent près d’eux et Moyse « lit à son lits: « Donne-moi quelques-uns îles pains que je t’ai donnés, lorsque lu es allé aux champs. » — « Va les prendre dans la hutte, » reprit l’enfant, ut, comme il savait qu’il n’y avait rien, il voulut s’enfuir. Le père entra dans la huile el trouva la panetière pleine de pains chauds, comnic si l’oii venait de les retirer du four. Au même instant son corps frîs »
\\% — sonna et il comprit que c’était un prodige. Il le raconta à la mère qui ne voulut plus laisser un Ici fils garder-les moulons 1. On l’envoya à l’école cl il apprit par comr le psautier, les quatorze épîlres de saint Paul el les Aclesdcs Apôlrcs *. Lors qu’il eut douze ans, son père voulut le marier; mais il refusa, el dit: « Mon père, si tu nie prends femme, je ne resterai pas avec loi; mais j’irai à Scélé pour y rester jusqu’au jour île ma morl V » Sur ces entrefaites, le dernier jour du mois de (tarmahal, l’évèque.vint au village: le père de Jean l’in vita à dîner. L’évèque avait-avec lui quatre clercs, grands dispuleurs; pendant le repas ils s’entreprirent sur les Aclcs des Apôtres: le petit Jean les écoulait et les reprenait quand ils se trompaient.
L’évèque était émerveillé. H ordonna aux clercs de réciter chacun onze psaumes 4. Le petit Jean les re prenait dès que quelqu’un se Irompait.L’évèque dès le lende main fit de Jean un prêtre. Au bout de trois années de sacer doce, Jean obtint le don des guérisons, chassait tous les démons, guérissait toutes les maladies, lise fil construire une pelite cellule el y habita, ne mangeant que lous les samedis. Or. un jour, un grand soldai du roi, se trouvant en Egyple pour recueillir l’impôt, arriva au villagcdc Sarnioulos. H ayail un’serviteur borgne uni alla recevoir la bénédiction de Jean et recouvra IVeil perdu.. L’officier s’en alla répandant partout la renommée de ce prodige el, sa mission remplie, retourna vers le roi. Ycrs la même époque, les parenls de Jean se re posèrent dans le Seigneur, et Siméon, ayant loué des ber gers qui devaient prendre soin de ses troupeaux, se mil sons
« 1, l/> texte (lit qu’avant de garder le. mouton Jean atait onze ans; après qu’il les a gardé, il n’eu a plus que dix. C’est là une de ces » contradiction: qui n’ont aucune importance aux yeux d’un auteur. ’Peut-être y a-t-il faute ne copiste.
« met le. acte. C’est une preuve du soin qu’il a apporté a sa publication. ’i. »>lte phrase est euneuse. Klle a une praude importance pour déterminer I date de la composition de cette littérature.
S. M. Ilyvernat traduit: On/c psaumes, un à un. Ce franeais-là signilie qu’on ïéri’le Un psaume après » un autre psaume. Il n’est guère pôsible de’faire autrement et point n’était besoin « le le dire. C’est une des perles de sa tra duction, petite d’ailleurs? il y en a de plus belles el de plu* grosses. — ua — la direction de son cousin. Cependant Jean avait le discerne ment des coeurs, reprochait aux gens de dormir avec leurs femmes quand ils devaient communier, faisait la leçon aux riches qui ne voulaient pas laisser les veuves glaner dans leurs champs, punissait de morl les hommes qui procréaient sans.être mariés légitimement, avait enfin le don de connaître les justes el les méchants au moment de la communion, lors qu’il mil le sceau à sa réputation par le plus extraordinaire des prodiges. Le roi de.ee temps-là se nommait Quintilien; 1
il avait une fille cl,.certaine nuit, pendant que la princesse dormait, un noir dragon entra en elle par la bouche el lui des cendit dans l’estomac. Pendant deux jours, la malheureuse ne s’en aperçut pas; mais le troisièmejour, le dragon commença de s’agiter dans l’estomac, la princesse se mil à pousser des hurlements de douleur, la reine à déchirer ses babils avec toules les pallacidcs du palais. Toute la ville d’Antîoche se réunit à ses cris, tout le momie croyait que la tille du roi allait mourir. Au soir, le grand soldai dit au roi: « Si tu veux que la fille guérisse envoie chercher Jean de Sarmotilos; » et il raconta au roi l’histoire de son serviteur. Quintilien lui donna une lettrée! huit soldats, le fit partir le lendemain pour l’Kgyplc avec niission d’en ramener Jean.
Celui-ci.savait, que le roi l’enverrait cherchoi*, mais.il ne voulut pas y aller; ce pendant il se soumit à ce que Dieu déciderait. Une nuée, lumi neuse l’enleva et le transporta dans la ville d’Anlioche, près du lit où le roi était couché. Quintilien fut d’abord effrayé, mais Jean le rassura et lui « lit de faire venir sa femme et sa fille. La jeune fille présente, il lui commanda d’ouvrir la bouche, récita le Pater, introduisit la verge qu’il louait à la main dans la bouche de la princesse el, quand il la relira, le dragon était suspendu au boni de la verge comme un poisson qui a mordu à l’hameçon. Le roi fui émerveillé, ii voulut que »
C’est le nom d’un roi nouveau « lins l’histoire. Ordinairement le auteur coptes appellent Sumérien le prédécesseur de Dioctétien. » Jutes tient <V être neuf. Jean.bénit la reine, il lui donna une poignée d’or el, réflexion faite, U se dit que c’était chose absurde de laisser partir un homme « uissi précieux, il voulut le retenir; mais la nuée lu mineuse l’enleva et le roi ne retint que la ceinture du saint pour la munlrcr le lendemain à ses officiers, comme une preuve irréfr^abledu prodige. Jean n’échappa pas aux ques tions indiscrètes de Siméon: a Vraiment, je le le jure, dit Jean, je n’ai pas descendu l’escalier el je n’ai pas ouvert la porte’. » Cependant il lui raconta lotit. Neuf mois après, Quintilien mourait. Dioclélien régnail el les événements se déroulaient qui devaient amener la persécution, comme je l’ai raconté plus haut d’après ces actes 3.
Jean et Siméon pri rent la résolution d’être martyrs, vendirent tous leurs bes tiaux, en distribuèrent le prix aux pauvres, donnèrent un grand feslin à tout le clergé el à tout le peuple du village, se dirigèrent vers le lleiivc et s’embarquèrent pour Alexandrie, lisse présentèrent devant Arménius qui les interrogea de l:t manière accoutumée, les lit torturer cl mettre en prison jus" qu’au lendemain. Jules d’Aqfahs les alla trouver dans la pri son, avec un dîner (oui préparé, et pria Jean de lui raconter sou histoire. Jean l’eut bientôt fait en ces termes: Je suis un <« »
« pécheur indigne, je n’ai jamais accompli un précepte qui pût être agréable au Seigneur. » Jules, un peu ’déconcerté, se retourna vers Siméon qui avait grande envie de parler: Siméon lui raconta loul, Jules l’écrivît lui-même en grec el le fil traduire en égyptien par le notaire Mina. « Vive le Sei gneur, dit Jules, je n’y ai rien ajouté, ni rien retranché. » Le lendemain, onzième jour d’Abib, Arménius recul une convo cation de la part du roi; avant de partir, il se dépêcha de
avec humilité’: Par la cuisson! mon fier.*, je n’ai point abaissé l’échelle, ni même ouvert la porte pour soi tir. Je voudrais bien savoir quelle étail cette
cuisson par laquelle jute le thaumaturge Jean. Le texte emploie le mot<fciCJ. Ce.nmt est le..mol grec yîctt écrit, avec l’iolaeisme: c’est une expression adverbiale fort connue.’Ce serait vraiimnl ici lé cas" de tirer l’échelle, après une pareille philologie, car 31. il. se ’donne: comme un philologue.
~i4S — condamner tous les chrétiens; Jean et Siméon durent avoir la tète tranchée. Us se rendirent au lieu du supplice en com pagnie de Jules qui les assura qu’il aurait soin de leurs corps, ils firent leur prière cl tendirent le cou. Jules renvoya leurs corps dans leur village par le ministère de six de ses domes tiques tm
décret de persécution, de son envoi en Égypte et de sa promulgation à Athribis, où le stratélate Kvhius * l’avait apporté au gouverneur Cyprien. Celaient deux amis qui passèrent la journée à sacrifier aux dieux, a boire, à manger ensemble et à faire torturer les chrétiens au nombre de huit cent cinquante 3. Or il y avait à Nalsi, en arabe Nehissa, dans le, nôme des Terres basses, un ménage chrétien; le mari s’appelait Macaîre, la femme Marie et l’enfant de leur amour, Anoub, joli petit garçon de douze ans, humble, prudent, convenable, parfait en un mot. Ses parents le laissèrent orphelin: il enfui inconsolable pendant une multitude de jours. Un jour de fête, il se rendit à l’église pour y recevoir les sainls mystères et entendit le prêtre prêcher les fidèles, les affermir dans la foi et leur faire 1 éloge du martyre.
La cérémonie achevée, « chacun s’en retourna dans sa maison, triste de coeur grandement, à cause de la tempête qui s’était élevée contre tous les chrétiens. » Anoub rentra chez lui, prit les biens que ses parents lui avaient laissés, les pièces d’or, les vêlements précieux, jeta le tout à terre et se tînt le discours suivant:« Il est écrit:l’or périt, l’argent perd son éclat, les vêlements pourrissent, le monde passera el toute chose qu’il renferme; celui qui fait la volonté du Seigneur demeurera éternellement. » Alors il distribua tous ses biens
« — Synamre, M Abib. ’— Bibl. nat. mss. ar. Su pp. 8! »
ainsi, ce nom eût été écrit en copie klf%èôcoù i1t<X±i<>Cel non **£tdc
Ccsl un mot â tournure latine. Kvhio joue un grand rôle dan la littérature copte: son liôin a une orthographe constante.
«.aux pauvres, sortit de sa maison, pria tourné du côté de l’Orient, se mit en roule pour Samannoiid, à pied. Il y trouva les églises renversées el le temple des idoles en grand honneur. Tout en marchant par la ville, il entendit qu’on injuriait le Christ et les chrétiens;il demanda le nom du gouverneur de la ville: on lui dit que le gouverneur était.Lysias. Anoub laissa passer ce jour, el, le soir, il se mit en prière. Comme il priait l’Archange Michel lui apparut dans une grande gloire. L’apparition était fulgurante pour l’enfant et il tomba à terre. Michel le releva, le consola, l’encouragea el lui. annonça une partie de ce qui devait lui arriver. Le lendemain, l’enfant se présentait devant Lysias avant que le jour eût paru, confessait le Christ et demandait le supplice dan » un flux de paroles.
Lysias surpris de voirçcpclil garçon inconnu et d’entendre un Ici bavardage, l’interrogea sur son nom cl son pays; Anoub lui répondit en mêlant les informa tions aux injures. Lysias, se mil en colère;cependant, en voyant combien l’enfant était joli, il lui proposa de le traiter comme son propre fils et de le marier, à condition de sacrifier aux idoles. Anoub maudit le gouverneur et Apollon, Lysias lui fil donner la bastonnade sur le ventre par quatre.bourreaux qui se relayaient deux à deux: les entrailles lui sortirent du ventre^ ses côtes furent brisées;il poussa un grand cri, fit une prière: Michel descendit aussitôt el le guérit. Lysias fut stupéfait de tant de magie; il ordonna de le conduire en prison cl de l’y garder jusqu’à son retour du Sud.
Kn prison, Anoub trouva des compagnons el dut les encourager ’; quand Lysias fut sur le point de repartir pour le Sud avec ses soldais, il y cul une véritable émeute dans la ville: les chrétiens entourèrent le gouverneur el lui jurèrent qu’il ne partirait pas avant de les avoir tués. Ou tua ainsi trois mille personnes eu six heures. Les soldais étaient fatigués;
Lysias leur assura qu’ils se reposeraient sur le fleuve cl i!
Il manque une feuille au m**, précisément en cet endroit.
« àllait partir, quand quelqu’un lui rappela le petit Anoub qui était toujours en prison. Lysias le fit venir, lui reprocha d’avoir fanatisé les habitants de la ville et lui commanda de sacrifier: Anoub lui répondit en lui jetant dû fumier à là figure. Lysias le fil pendre au liaul d’un mât et commanda de mettre à la voile. On remonîa le fleuve galment, on buvait, on mangeait; mais soudain, voici bien une autre histoire, la coupe de vin se pétrifia dans la main du gouverneur cl se pétrifia aussi le bras de Lysias:tous les soldais devinrent aveugles. Lysias regarda du côté où Anoub était pendu la lèle en bas: il vit Michel qui essuyait les goultcs de sang tombant du nez, de la bouche du martyr cl 1*; couvrait de ses ailes; il pria le saint de le guérir, mais Anoub lui répondit qu’il ne pouvait être guéri avant qu’on fût parvenu au terme du voyage.
Quand on fui arrivé, les soldais, toujours aveugles, sortirent à tâtons et se rendirent aux Tclrapyles où ils trouvèrent le gouverneur Cyprien, ils lui lancèrent leurs ceinturons a la lèteen disant: « Nous sommes chrétiens! nous appartenons à Anoub î » — « Qui est AnoUb? demanda Cyprien; comment vous trouvez-vous ici? où est Lysias? » Les soldais lui apprirent ce qui s’était passé. Cyprien envoya chercher le pauvre Lysias que cinq hommes portèrent au tribunal: Anoub suivait sansliens, joyeux comme s’il fût sorti du festin, le visage brillant comme le soleil, couvert de la verlu de Michel. Après l’interrogatoire d’usage el les réponses accompagnées d’injures, Anoub fut battu, placé sur la chaise de fer: il pria, le Seigneur lui apparut avec Michel à sa droite el Gabriel à sa gauche, le consola, lui apprit le reste de ce qui lui arriverait, changea le feu en une eau fraîche et guérit le jeune garçon.
Anoub se représenta devant Cyprien à qui l’on venait d’apporter des lettres du roi Dioclélien: le jeune garçon se saisit des lettres cl les déchira, puis les lança à la figuredu gouverneur qui grinça des dénis. Cyprien fil apporter un instrument de supplice en forme de roue, avec des épées comme rayons;on.y mil — H8 —.iioub, on fit rouler la roue et le corps du petit garçon fut coupé en trois. Il put encore parler el prier: Michel vînt aussitôt qui recolla les Irois tronçons. Toute la foule se convertit à cette vue, même un gouverneur de Thmoui, nommé Magnence, qui lança ses sandales à la tète de Cyprien, d’Kvhius et de Lysias. Cyprien les fit tous tuer, au nombre de huit mille quatre vingt cinq personnes. Kvhius entreprit à son tour de f lire sacrifier Anoub qui le traita de chien enragé: il lit apporter une hache à deux tranchants, on fendit le dos du petit garçon et on lui coupa les jambes à la naissance des cuisses.
Kvhius se félicita du succès de son idée, la foule s’écria :« Il est mort, celle fois-ci »;on fit jeté? ses membres dans les rues pour être dévorés par les chiens. Michel, Gabriel et Souriel descendirent alors du ciel et ressuscitèrent Anoub qui se rendit en prison au milieu d’une foule immense criant: <c 11. n’y a au ciel et sur la terre d’autre dieu que celui d’apa Anoub. » Cyprienmis au courant fut stupéfait et se décida d’envoyer Anoub au gouverneur d’Alexandrie. On embarqua Anoub chargé d’une centaine de livres de fers; mais la foule ne permit pas à la barque de faire voile, avant qu’on ne l’eut massacrée. Le sang coula au fleuve « comme une cataracte de pluie. » On tua ainsi mille hommes et quatre-vingt-cinq femmes; c’était le dixième jour de Haoïiah *.
Pendant le voyage, Michel apparut de nouveau au saint Anoub et le consola. Après une série de prodiges \ on arriva dans la grande ville et les soldats conduisirent Anoub au gouverneur; l’enfant criait: « Tribunal, tribunal, je viens à toi aujourd’hui en la force de mon Seigneur Jésus le Messie! » Arménius tenta de le persuader: Anoub lui répondit en l’appela ni bêle féroce cl carnassière, chien enragé,
la poîlriue el an milieu des, cuisse*.
au*, saute sur les magistral » entrain do banqueter, leur casse les coupes sur la tête et les force de se rembarquer. ~ tio — et en lui prédisant de cruels supplices. Le comte fit apporter dix broches de fer rougies au feu:il en fit enfoncer deux dans les yeux du jeune homme, deux dans ses oreilles, deux en ses mamelles, deux en ses mains el deux en ses pieds, puis il le fit (rainer en prison. En prison, Sourie! descendit et le guérit. Le lendemain, Arménius fit dresser son tribunal au milieu de la ville, il fit apporter les statues d’Apollon, de Zeûs, d’Alhêné et d’Artémis, il les fit frotter d’une pommade parfumée et commanda de lui amener Anoub. L’interrogatoire recommençade plus belle el se termina comme toujours par la colèredu gouverneur qui commanda de torturer le jeu ne garçon.
Les soldatslui tirent observer que c’étaitpeine perdue, puisque l’enfant ne ressentait rien. « Mais, dirent-ils, il y a ici trois hommes qui ont des serpents; commande qu’on les amène et les serpents dévoreront Anoub. » Arménius goûta fort cet avis, persuadé que les serpents viendraient à bout de ce magicien. On fit venir les trois psylies; Arménius leur ordonna de lui apporter des serpents qui dévorassent ce petit magicien; moyennant quoi, il les comblerait d’honneurs. Les trois hommes s’en allèrent et revinrent apportant de grands serpents, très-venimeux, longs de quatre coudées; c’était frayeur de tes voir. « Vive à jamais Monseigneur le gouverneur!dirent les psyilcs;s’il y avait ici deux ou trois cents hommes, ces serpents-là les dévoreraient en une heure!" Arménius fui bien content, il se réjouit comme si les serpents eussent déjà dévoré Ahoùb.
Oh l’enferma dans un cachot ténébreux avec loua les serpents; niais, au lieu de le manger, les serpents se mirent à l’adorer. Quand lé comté envoya voir ce qui était advenu, on trouva les dragons en adoration; On fit sortir Anoub et les serpents le suivirent d’eux-mêmes jusqu’au tribunal. « En vérité, dit Arménius je n’ai jamais vu un pareil magicien. »~> JTuj;appelles magiciens les serviteurs de Dieu, dit Anoub, eh bien! tu vas être toi-même le sujet d’un prodige. » Aussitôt il commanda à l’un des serpents de monter sur les épaules du comte et de — ISO — lui’ ceindre le’ cou, comme un collier, mais sans lui faire de mal. Le monstre obéit; mais il dut serrer lin peu trop ses anneaux, car le gouverneur se mit àerier en disant qu’il souffrait grandement.
Tous les assistants supplièrent Anoub de rappeler le serpent’.: en effet, à tut mot du saint, le serpent se détacha et tomba à terre ; A cette vue les trois psylles^ qui avaient trouvé leur maître, se convertirent avec trente cinq autres personnes. Arménius fit alors jeter Anoub dans une chaudière pleine de soufre el de poix: tous les assistants pleuraient et l’encourageaient, entre autres Jules d’Aqfahs, admirant la constance de ce petit garçon au milieu des tourments. Soudain, le Seigneur apparut de nouveau sur son char que traînaient les Chérubins et les Séraphins, Michel à sa droite et Gabriel à sa gauche, il le consola, l’encouragea et lui affirma que le scribe de la justice divine, Enoch, avait reçu l’ordre d’effacer tous ses péchés *-.
Jules avait vu ce beau spectacle; mais il avait été le seul. Il se fit conter l’his toire du martyr par le martyr lui-même cl l’écrivit séance tenante. Cependant le gouverneur envoya ses soldats voir si Anoub avait été cuit dans la chaudière: on le trouva qui venait de boire une gargoulette d’eau, comme un homme au fort de la chaleur, en un jour d’été. On l’emmena au tribunal cl, à sa vue, Arménius eut une telle rage qu’il resta plus d’une heure sans parler. Jules s approcha alors de lùj.ïet l’exhorta à rendrela sentence capitale: « afin que nous soyons débarrassés de ce petit garçon, « dit-il. Arménius le fil; on conduisit le saint au lieu du supplice où il lïl sa prière el eut îa tête tranchée. Jules fit reconduire son corps à Xaisi par, trois de sesdomestiques ’. -: *u »
serpent dans la bouche du vali qui supplie Anoub de faire sortir la mauvaise Mte.
rantique Tbotb. C’est bien une nouvelle preuve que les noms seuls étaient chances:
« 239 Synarare, 21 Abib. Les Jc/e du prêtre Ari de Schelnouf, n’offrent rien de bien remarquable. C’était un prêtre fort agréable au Seigneur et avancé en âge; chaque fois qu’il disait la messe, il voyait un ange de Dieu qui le gardait, h la droite de lautel. Il faisait des miracles, et le gouverneur l’ayant appris le fil appré hender. L’interrogatoire, les tortures, les apparitmuscles prodiges se succèdent dans le même ordre que dans les autres actes; l’archange Michel descend avec régularité; pour igu^rir le confesseur. Le gouverneur prend alors le parti d’envoyer Ari au comte d’Alexandrie. Ce gouverneur de Prosàpfè, car c’esl là que se passe la première partie de la passion d’Ari » n’est autre que Culcien qui se trouve un peu trop partout. Devant Arménius. Ari tient de grands discours; cl5 endure d’horribles tortures. On le met en prison et il y, i trouve l’évèque de Prosôpis, Macrobe, que nous allons aussi retrouver. Il fait îles miracles, comme ses prédécesseurs, et lé geôlier, n’ayant plus de fille en travail depuis neuf jours, lui fournit un lils aveugle de naissance; puis un démoniaque, une femme paralytique sont guéris. Arménius, apprenant ces prodiges, devient furieux, il fait venir les martyrs et en fait décapiter quarante dans un seul jour. Puis il fait retomber sa colère sur Ari qu’on jette dans une chaudière pleine de. poix et de soufre bouillants. Naturellement, l’Ange du Seigneur changea soufre et poix en rosée rafraîchissante. Arménius demande au prêtre la recette el la formule pour échapper au feu; Ari répond que pour cela il faut être chrétien. On le jette dans une fournaise après l’avoir roué de coups; l’Ange du Seigneur lui apparaît encore el, le lende main, on lé trouva assis au milieu de la fournaise, « comme un fiancé. » Arménius finit par rendre la sentence capitale et l’on conduisit le saint à un endroit nommé Tatiatârou, dit l’auteur. Jutes d’Aqfahs s’approcha alors de lui, promit 1 Le mot est grec xaMaAJWpojr. Çesl évidemment un mo|’à forv nialion grecque. 31. Ilyvernat a transcrit TaUaddrou. Le se prononçait en tion pour les trois..,..-,--,_... effet f en Égypte; mais il fallait ce me semble, conserver la même transcrip d’avoir soin de son corps et l’un des soldats trancha la tête d’Art et Jules tint sa promesse *,
Jules d’Aqfahs avait aussi écrit les Actes de Macrobe l’évèque de Prosôpis, dont je viens d’écrire le nom. Ces 4c/fsont été résumés par le SynaJrare et conservés en la plus grande partie dans un panégyrique composé par Mina l’un de ses successeurs sur le siège épiscopal de Prosôpis. On peut donc reconstituer presque sûrement l’oeuvre de Jules. Macrobe était né dans un village du nome de Prosôpis: son père était un grand personnage. Il reçut une éducation distinguée; resta huit ans à l’école, fut ordonné diacre, puis prêtre, et, au bout de trente ans de sacerdoce, évêque de Prosôpis. Il succédait à Sarapamon et resta ainsi soixante neuf ans, enseignant son peuple, le conduisant « en des ports sûrs et sans vagues. » Au temps de la persécution, Dioclétien envoya en Égypte unvali, nommé Jovien, qui, ayant entendu parler du saint, se le fit amener.
Macrobe, avanl do quitter son église, cacha les vases sacrés et les vêtements sacerdo taux, puis il dit: « 0 portes dé la fille de Sion, ne permettez pas à la lumière de parvenir jusqu’à eux *. » Il se rendit ensuite vers le gouverneur qui l’interrogea, le tourmenta et l’envoya au comte Arménius. Arménius le fil mettre en prison. Il y fit quantité de miracles, chassa les possédés, rendit la vue aux aveugles, l’ouïe aux sourds, fit marcher les boiteux. Jules d’Aqfahs, qui avait toujours quelque malade dans sa maison, lui fit guérir son fils Euchariste perclus des pieds et des mains. Arménius, à l’annonccde tous ces prodiges, entra dans une grande colère; il le fit torturer sur le chevalet, ordonna de lui couper les membres, de le jeter aux bêtes, de le précipiter dans la nier une pierre au cou, de le brûler vif dans une fournaise: « en loul cela, le saint fut vainqueur »
5y>t(urar#,93Iésore. •-.:-,r:
mîmes observé combien la magie joue un rôle important dans tous cet récits, même et surtout dans tes actions et les paroles des martyrs. ".’. ’
par la force du Messie », cVst à dire que Michel ou un antre ange venait le guérir et le délivrer. Sur ces entrefaites, sa soeur, une vierge nommée Marie, ses deux frèrc-.s, nommés Isaae et Jean, allèrent le trouver dans sa prison en disant: « i Après notre père, tu as été un père pour nous! Comment pourrais-tu partir et nous laisserorphelins l » Comme Macrobe avait cent trente et un ans, les malheureux orphelins devaient vraisemblablement avoir dépassé la centaine. Macrobe lés consola et les renvoya che* eux. Cependant Jules d’Aqfahs qui s’était lié avec Macrobe de la plus étroite amitié après le service rendit, qui Pavait invité à venir célébrer la Messe dans sa maison el avait écrit sa vie, dit au gouverneur: « Ecris la sentence de ce vieillard, tu en seras débarrassé!« Arménius le fit.
Jules prit soin du corp3, l’ensevelit dans de beaux linceuls à fils d’or, lui mil une croix sur la poitrine et envoya son fils Eucharisle avec des serviteurs le conduire à Prosôpis. Mais comme on passait devant le village où le saint était né, une voix sortit de son corps, disant: « C’est ici l’endroit on Dieu veut que repose le corps du saint. » La barque s’arrêta et l’on obéil ». r- W:.h^’.:^i d-J:/^
Nous avons, encore en son ï entier une oeuvre de Jules^ d’Aqfahs; mais elle trouvera mieux sa place plus loin. Je dois maintenant examiner, le plus brièvement que je pourrai, les oeuvres de Jules qui ne nous sont parvenuesque par l’analyse duïSyiwxarç. La première qui se présente* sontIcsSte/êirde •S’ahrôon. Il était de Fayoum i cl se rendit à Alexandrie pour èîr^^^rlyr.;On l’avertit dans un songe^-tqu’il? devait uéèes^
Cod. ^ rai. Copl. 58Le panégyrique diffère sensiblement îles Acte résumés’dans le Synaxare. Mina nous avertit eependant qu’il parlera d’après _~ le Martyre >lç Macrobe qu’il a lu. Il omet l’épisode d’Euehariste, et fait entrer dans Je récit l’épisode du lits qui tombe de la bâli« se et est ressuscité. Les noms sont les mêmes que dans les Actes d’Ablma. Le même épisode a d’ailleurs été conservé dans une autre oeuvre dont je. parlerai. En outre, le vali Jovien n’est pas nonimi; rarretatlon de Macrobe est due au’IÀ&v/ariir Theophane et au reparius Aminoniosqui agissent le premier comme’juge, le’. second comme assesseur. Doù il appert, que Téréque Mina fut un plagiaire et un faussaire, puisque Jules d’Aqfab* devait tenir toute rhistoiredumartjr Macrobe lui-même..-.._•• — m~ sairenient consommer son martyre à Anlioche.
Comme il ne savait trop comment s*y rendre et cherchait un bateau, l’Archange Michel le prit sur ses ailes, le transporta dans là ville impériale et le déposa devant Dioclélien. Le roi l’interrogea et demeura fort surpris en apprenant qu’il était de Fayou m. Après les plus belles promesses qui furent refusées et les plus grandes menaces qui furent bafouées, Dioclélien tortura Nahrôou, le fit jeter aux bêles, bouillir dans une chaudière, etc., finalement il lui fit trancher la tète. S’il mourut à Anlioche, c’était affaire de compensation: il remplaçait les martyrs • d’Anlioche qui étaient morts en Égypte: Jules d’Aqfahs, par la plus étrange coïncidence, se trouvait h Anlioche au moment où Nahrôou souffrait le martyre; il prit son corps et l’emporta en Égypte, »
« que par un court résumé. Il était né de parents honnêtes, nommés Théodore el Marie. A quarante ans, il décida d’êlre martyr, se rendit devant le gouverneur Cyprien et le général Kvhius, confessa le Messie, fui iiiis en prison el conduit au ciel où il vil les demeures des saints, entre autres celle qui lui était préparée. Il en redescendit consolé el fort. Un grand nombre de chrétiens imitèrent son exemple et souffrirent la’ mort, entre autres le prêtre Ménésôn qitc Cyprien envoya mourir à Alexandrie. Le gouverneur s’occupa alors spéciale ment de Serge, il le lit tourmenter, lit passer sur lui une nourag f\\ù le mil en pièces *: le seigneur le ressuscita. On lui offrit le Dieu du temple, il le renversa et brisa d’ùnrcbup de pîecU À celle vue, Cyprien se convertit, en disant "iW’dom- ment un Dieu qui ne peut se sauver lui-même sauverait-il les autres? » Kvhius se chargea de dompter le sainl: il le fit éedreher et frotter avec du vinaigre et du seLÊii le voyant’
musée de Boulaq et la bibliothèque natiouale de Paris.,2. La nourag est une sorte de petite charrette posée sur un triple rang de rondelles de Fer: on s’en sert pour battre le blé et hacher la paille. Telle qu’on la fait actuellement en Égypte, on ne pourrait guère couper Un hom me eu morceaux. Mais l’auteur ou le vali en avait une spéciale à son service. eu tin tel état, sa mère et sa soeur fureur dans une telle douleur que la soeur eu mourut. Serge la ressuscita, Jules d’Aqlahs se trouvait alors à Athribis, il se fit raconter l’his toire du ni’Artyr et l’écrivit. Kvliius annonça au sain! qu’il allait le faire coucher sur le chevalet, lui mettre des torches ardentes dans tes oreilles, arracher les ongles, ete; Serge en fut si content qu’il convoqua toute sa famille à te venir voir.
Sa famille injuria Kvhius et fut punie sur le champ par la décapitation. Serge fut aussi décapité à son tour. Lorsque les anges emportaient aux cieux les âmes des martyrs, un petit enfant les aperçut et s’écria:« 0 mon Seigueur Jésusje Messie, aie pitié de moi!•< Ses parents voulurent te faire taire, mais il cria de plus belle; ils le couchèrent & terre et s’assirent dessus pour lui fermer la bouche. Le moyen était bon, aussi ils l’étouffèrent et le petit martyr alla prendre sa place parmi les Anges’. s - »
n’offrent rien de particulier d’après le résumé qui nous en a été conservé; ceux d’Ibschada sont au contraire assez développés, même dans le résumé. Hélait d’un village proche de llehnesa: son père était de Qis et sa mère de Kluit. Sa mère était la tille d’un prêtre des idoles: elle était devenue chrétienne et, lorsqu’un prêtre idolâtre la demanda en mariage, elle s’enfuit à Qis. Un riche propriétaire en ayant entendu parler l’épousa cl Dieu leur accorda le petit lbschada* En réjouissance, ils firent un grand festin aux pauvres et aux indigents du village, comme au reste des habitants. A mesure qu’il grandit, Ibschada devint fort dévot, et, lors que son père fut mort en lui laissant de grandes richesses et que la persécution eut éclaté, le jeune dévot s’enferma chez lui cl commença de prier. Un ange lui apparut el tout se passa comme dans les autres actes. Un gouverneur cul pitié
t}e lui et l’arracha a la torture. Dans la prison, il guérit un pauvre homme qui avait avalé un petit serpent, lequel ser pent avait grandi dans le ventre du malheureux et faisait souffrir celui qui Pavait avalé. Sa mère vint le trouver en larmes et le pressa de sacrifier, quitte à adorer le Messie, quand il aurait été relâché. Elle en fut pour sa honte et dut retourner chez elle faire grande pénitence. Cependant l’oncle d’Ibschada, qui guettait les biens de son neveu, poussait le gouverneur à le presser de sacrifier. Le gouverneur le fil; mais, n’ayant rien pït obtenir, it envoya Ibschada au gouver neur de Rehnésa. Celui-ci était absent, il était allé à Fayoum et on y conduisit le saint. Comme ils passaient près de la porte de la ville, le magistrat de la cité ’bâtissait une maison; son fils surveillait lès travaux.
Une pierre tomba sur le garçon et lui aplatit le crâne. La mort fut instantanée. Aussitôt, comme de juste, on se saisit des maçons et on s’apprêta de leur faire payer ce qu’ils n’avaient pu ni prévenir ni empêcher. Il y cul in rand tumulte. Ibschada pria: les soldais de le détacher, éloigna la foule et ressuscita le mort. On ne pouvait guère condamner un homme si puissant et si bienfaisant; aussi l’émir le relâcha en le priant de ne plus prononcer le nom du Messie. Ibschada alla trouver sa mère, puis se relira dans le désert ou il se livra à de belles adora tions. Voyant la beauté de sa conduite, un évéque, nommé Isidore, qui se trouvait près de lui, au lieu d’être dans sa ville épiscopale, l’ordonna prêtre. Quantité de gens venaient se faire baptiser de sa main.
Il réunit des disciples cl se bâtit unb maison, peut-être un monastère. Un jour l’Ange ilû SeigneurTavertit qu’il cftl’ à se tenir’ prêt pùur: le martyre. Le lendemain,’ comme le vali se promenait au désert et passait près de sa maison, Ibschada monta sur sa terrasse et se tnïr 5 sonner la cloché. Le gouverneur surpris se le fit amener, le pressa de sacrifier à Apollon et ne pouvant rien obtenir, il
Ce magistrat de la cité est le premier citoyen, le prolopoBte du texte copte dans les Actes d’Ephnc. La rédaction présente offre une variante. — I5T l’envoya au gouverneur d’Alexandrie. Jules d’Aqfahs fit sa connaissance, se fit raconter et écrivit son martyre, lequel s’acheva comme tous les autres par la décapitation. Un seul épisode est curieux, au milieu dis prodiges accoutumés. Arménius avait fait apporter Apollon devant le saint et le priait d’égorger une victime. Le suint y consentit, à condition qu’auparavant les prêtres sacrifieraient et demanderaient au dieu de faire descendre du ciel le feu qui dévorerait la victime. Arménius accepta, les prêtres se donnèrent beaucoup de peine à crier; mais le feu ne descendit point. A son tour Ibschada lit sa prière; le feu descendit, dévora le bois, la victime, mais aussi les prêtres et jusqu’au dieu.
Jules ense velit richement le corps et le remit à ses domestiques, en compagnie de la mère du héros, pour le transporter en son village. Chemin faisant, la barque fit eau. Pendant que les domestiques couraient chercher un menuisier, la mère coupa un morceau du linceul de son fils, elle le plaça sur la voie d’eau qui aussitôt se boucha et l’on arriva heureusement au monastère d’Ibschada ’.
J’ai réservé pour la fin la perle de ces résumés; ce sont les Actes d’Elie l’eunuque. Il était originaire d’un village près de Uehnesa: son enfance s’écoula sans événements remarT quablcs, et, quand il fut grand, on l’employa comme aide jardinier dans les jardins de l’émir Culcien. C’était Elie qui, tous les jours, portait a la maison du vali les fruits et les légumes nécessaires pour la journée. Un autre eut pu être flatté de cette marque de confiance: si peu qu’on approche le maître en Égypte, on se sent toujours un peu rehaussé par la grandeurd’aulrui; mais Elie n’arrêtait pas ses yeux sur les choses terrestres, si grandes soient-elles. Il avait un oncle maternel qui était un moine fort dévot, cl qui habitait dans le désert intérieur 2. Elie allait souvent visiter son oncle
montagnes. ’.-., tagnes, par opposition au désert extérieur, qui commence par de là les
Yaqoub e| il en apprenait les belles adorations, les exquises dévotions; aussi le neveu se mit-il bientôt en devoir d’imiter les veilles, les jeûnes cl tes prières de son oncle. Yaqoub répétait souvent a Elie celle sublime parole: « Par la pureté, ceux qui ont un corps deviennent semblables aux Anges. » Elie conçut ainsi un vif désirjle ressembler aux Anges: la crainte du Seigneur, qui est le commencement de la sagesse, descendit sur lui; ses pensées se fixèrent au ciel et le monde lui parut digne de tous ses mépris. Ce n’était pas sans quelque apparente raison que le moine Yaqoub donnait au jeune Elie des avertissements relatifs à la pureté; le neveu de ce moine était un beau garçon, à la taille élancée et droite, brillant de jeunesse, aux traits réguliers, d’un moule bien pris; il avait la peau douce, celle couleur rousse si chère aux Égyptiens de tous les temps et les joues rubicondes. Jamais il n’y eul en la terre de Misraïm si beau jeune homme, sinon le juste Joseph, roi d’Égypte ’. D’un autre côté, la maison d’un émir était peuplée, surtout d’éléments féminins. Elie le savait, et quand il entrait dans la maison de l’émir, il baissait les yeux et ne voulait voir personne, persuadé que les pièges de Satan étaient tendus à chaque coin, derrière chaque porte ou chaque fenêtre. S’il eût regardé autour de lui, les figures curieuses auraient toutes disparu; comme il ne regardait pas, on ne parla bientôt plus dans les appartements des femmes que de ce beau jeune homme, de sa grande politesse et honnêteté. Plus il se cachait, pinson voulait le voir: on se montrait sans crainte. Satan, le malin Satan, ne pouvant rien du côté de l’homme, s’était retourné du côté des femmes. Quand Elie venait a la maison, lotîtes les femmes se trouvaient sur son passage, lés concubines de Culcien, les’jeunes filles nubiles jet encore vierges, jusqu’aux jeunes esclaves blanches dont la robe moulait le sein déjà ferme et arrondi. Un autre eût pu
Je ne ’ prends pas sur uioi la responsabilité de cette affirmation. Je répète ici que toutes les uuaqeès de mes phrases se trouvent dans les monu ments coptes; je; le répèie’ surtout pour ce qui va suirre. ’ i
« « faillir, 011d.11 moins être embrasé sous les feux de tant de pru nelles anlentes; Ibliscepemlanl en fut pour ses frais pendant longtemps. Les agaceries des femmes restèrent impuissantes; elles m »se découragèrentpoint, cl, au premier rang, laÇll^m^ nieileCulcien ItrùladelousIrsfeuvquVtten’alliimapoint che^le jeune homme. Chaque malin, quand Elie entrait en la maison, elle se trouvait près de lui et lui faisait les plus indélicates agaceries, le plaisantait, lui disait de vilaines paroles pour le faire tomber avec elle. Elie discerna les pièges de Satan; il prit l’habitude de jeter à la hâte fruits et légumes dans la maison; puis il se sauvai!, comme à l’aspect du feu, et se hâtait d’aller conter à son oncle toutes les séductions de celle méchante.
Et son oncle lui disait:« Mon fils, c’est un piège que la vue des femmes! les femmes, ce sont les filets de Satan!les fuir, voilà le salut pour l’homme. Prends bien garde tu seras puni dans la géhenne, dans les ténèbres épaisses, par des vers qui ne se reposent jamais. » C’était un moyen peu sûr que d’exciter l’imagination déjà si excitée de ce jeune homme. Elie écoulait avec attention. H se mortifia de plus en plus, cessa de manger les mets et les bons ragoûts qu’on faisait dans le palais de l’émir, pour se nourrir exclusi vement de pain et de sel. Cependant la passion s’exaltaitdans le coeur de la jeune lille, le feu du péché la brûlait, comme jadis llérodiade la maudite; elle n’épargna rien pour lui faire partager sa chaleur. Alors il se mil à penser en son coeur el à se dire: Comment me sauver de celte fille? » Une pensée
lut vint soudain:il coupa sa virilité, la mit dans une ser viette, la porta à la fille de Culcien et lui dit: « Tiens, voilà celui de mes membres que tu as désiré: prends-le et laisse moi partir. » Il partit et tomba malade: il resta ainsi des jours el des jours, puis il recouvra la santé. Quant à la lille de Culcien, elle se mit dans la plus violente rage: comme il n’y avait plus de panthères dit midi en Égypte, elle se contenta de rugir comme un lion féroce ’ et dit: « Est-ce ainsi que lu I. Dans le anciens monument de la littérature pharaonique, quand on M »
« m*as vaincue?In verras ce que je le ferai. » Elle fil comme la femme de Ptitiphar, le cuisinier en chef de Pharaon, roi d’Égypte, et comme aussi la femme d’Anoupou: elle accusa Elîe de ses propres pensées el dit à son père: « Ce jardinier que lu trouves fidèle au point de lui permetlre d’entrer dans la maison pour apporter tes fruits, de bien mauvaises choses oui paru de lui;il est %enu souventes fois à moi et m’a demandé de foire une action malhonnête. Pis encore, il csl chrétien, adorateur du Messie. » Culcien devint furieux, il lit venir Elie et lui dit: « Comment! je le croyais fidèle en ce qui regardent les biens de ma famille, et tu m’as trahi dans ma maison en demandant une mauvaise chose de ma lille? » — Elie dit modestement: « 0 mon maître, de ce que lu viens de dire, je suis innocent;je ne t’ai en rien trahi depuis mon entrée en la maison el j’ai gardé ma virginité depuis le jour de ma naissance. »
Et. pour confirmer ses paroles par une démonstration évidente, « il retroussa sa robe et montra l’endroit. » L’endroit étant vide, Culcien conclut à l’inanité de l’accusation; comme il aimait beaucoup le jeune homme « à cause de sa douceur et de sa pudeur, » il lui di!:« Ce péché est une invention; mais lève maintenant l’encens aux dieux et continue ton travail. » Elie refusa. Le vali le tortura de toute espèce de tortures; mais le Seigneur le sauva ’. Enfin Culcien le condamna à la décapitation. Au lieu du supplice, Elie pria;l’Ange du Seigneur lui apparut et lui assura que Jules d’Aqfahs, qui élait présent, prendrait soin de son corps, comme il avait écrit son histoire, et qu’au ciel il aurait trois couronnes pour ses dévotions, sa virginité et son martyre. Elie fui ravi, tendit le cou et sa tête tomba sous la hache du bourreau *.
met en colère, c’est toujours comme une panthère du Midi, notamment dans le conte des deux- frère, avec lequel ce martyre a plusieurs points de ressem blance. Si l’on met ici comme un lion féroce, c’est qu’il y avait en Égypte des lions domestiqués, comme je laik dit plus haut.
guérir le martyr, ou le ressusciter s’il étail mort.
Je ne dois pas finir ce paragraphe, sans parler d’Isaac de Diphré, dont les Anes furent écrits par un cousin même d’Isaac cl nous sont parvenus en entier. Ces Acte*f sont calqués sur les ouvres de Jules: l’Ange du Seigneur apparut à Isaac pour lui ordonner d’aller au martyre, ta première fois n’ayant pas sutli, il apparut une seconde et fit sortir Isaac de son village. Arrivé à Toiiah, Isaac confessa le Messie el fut confié à un soldat jusqu’au retour du vali obligé de se rendre à Nikious. A son retour, le vali trouva le soldat converti à la suite de lu guérison d’un aveugle. Après plusieurs tortures, on mena le saint à Itehnesa, el pendant le voyage, un matelot borgne ayant donné à boire au martyr recouvra luil qu’il avait perdu. A llehnesa, après de grands supplices, les habi tants se révoltèrent et obligèrent le vali à tuer Isaac ou à le relâcher.
Le vali leur accorda la première demande: Isaac eut la tète tranchée. On transporta son corps à Diphré, el en un certain endroit les vaches qui le portaient traversèrent le lleiivo à. Ii nage ’. L’auteur de ce martyre est Christophore, cousin d’Isaac:son oeuvre manque un peu d’originalité et aurait parfaitement pu être attribuée à Jules d’Aqfahs.
« I. Syntrire 6 IIichons. C » mirtyre a et publie par M. Budge dans le# l’fjceedimgs of Ihe llib. Arch. Society, mai ISS7; il est couseiré dans le Cotl.’ rat. Cop. I.l\ et dan* nu mss. de Lord Zouche.
Notes d’Émile Amélineau
118. M. Zoteubergdit: eu-lare {Cal. op. miss. Ethiopie* de la Bib. nat loc.
119. Synararé, 22 Thoth. ’,:
120. Synarare, 25 Babali.
121. S’il y a quelque fond de réalité a ce récit, il doit s’agir de quelque scribe
122. Synajrare, 7 Balnh.
123. Le teste de ce préambule n’est pas entier dans les Actes de Didyme où
124. Cet exemple parait assez mal choisi; mais, bu <y doit voir l’habileté de
125. Nous retrouverons plus loin ce Ha*ilide dans la série des romans qui
126. On, pourrait voir ici un souvenir delà lacération de ledit de. Nico
127. M. Ilyvernat appelle cet officier, ferttarius. Ce*\ une nouvelle dignité.
128. Arménius est appelé plus haut duc. Je conserve
129. Le? Actes de* Mart. del’Ey.i p. 192-196. Cet épisode est à peu près bien
130. C’est A dire: A quatre heures du matin. s
131. Cest la formule toujours employée dans (es actes: « Pourquoi restes-tu »
132. M; Hyrernàl traifuit: Quel niotif ramène ici. Il tfà pas compris. Le mot
133. La bouche de Zicharle fut ouverte, en sa maison et non dans le temple
134. Iiyvernal:op. cit. IV ad. p. 231-3W. — Sina*a, re, S Tlioth — Cod. val.
135. Ce nom nie semble forurè des deux mot latin: Aslra tôlier.
« « 136. Cvt. taf. • »/>. LXVI fut. S6-I£i; -* $y »a>tire, S Mnh. L’abKg’ï tel très
137. C’c.’l’â-dire le 23 Mai.
138. M. Ilyvernat traduit: Les lettre de no père le. Apôtre*. Mus. bas, il
139. Ce passage est très agréablement traduit par M. Ilynernal: * lime dit
140. Voyez plus haut.
141. Ilyverual: op. cil. fa*c. III, p. 111-201. -^ Coâ. ml. Çopt. 60, fol. 61-83.
142. M. Zoteiiberg dit que ce nom correspond au grec tv^it*?. S’il en était
143. Nous retrouverons ces martyrs â propos de Serge d’Athribi*.
144. Ce ne devait pas être facile; Anoub avait eu le corps coupé au milieu dé
145. La foule a déjà été massacrée; mais. une autre l’avait remplacée.
146. C’est à dire le 5 juin.
147. Une femme possédée du. diable. depuis 40
148. L’auteur du Symrare n’a pas trouvé le fait assez fort; il fait entrer le
149. Cest une nouveau!*’ et c’est, je crois, le seul passade où Enoch remplace
150. Ce martyre n’est pas publié. Il se trouve dans le Cod. tal. Copt. 66, fol.
151. llyréroat op. cit. fase. III, 202-221. — Cad. Cap. rat. 61, fol. 69-86.
152. Ceci est une véritable incantation magique. Mes lecteurs auront d’eux*
153. Symaxare, 3 Bannabat. Ilyvernat op. cit. fa*c. III et IV, p. 233-216.
154. Synarare.l Halhor. Plusieurs fragments de ce martyre se Irouvent au
155. Synarare, 19 Emschir.
156. Synajrare, i Baschons;
157. Symaxare,<19 AM>.
158. Synaiare, 24 Toubib.
159. On appelle ainsi la bande de sable qui va de la terre fertile aux mon
160. Celte formule abnêviative signifie qu’à chaque supplice un Ange venait
161. Synaxare, 2S Tonbah.
Chapitre huitième
Comme on le voit, l’oeuvre de Jules d’Aqfahs est considé- rable, et cependant j’en reparlerai bientôt encore * mais; les Actes d’Abadir el dTrat qui lui sont attribués rentrant dans le cycle des récits sur Dioclélien, j’ai dû les réserver pour ce paragraphe,.l’avais eu un montent l’idée d’arrêter ici mon exposition pour rechercher quelle pouvait être la valeur des documents que j’ai analyses; mais le nom de Jules se trou vant intimement mêlé à toute une partie des Actes que je regarde comme entièrement sortis de l’imaginatiort des auteurs coptes, il m’a fallu changer mon plan. Je vais donc résumer le cycle de Dioctétien, et ensuite raconter les oeuvres littéraires se rapportant à des personnages exotiques el déco rés du nom d’Actes de martyrs. En dernier lieu seulement, j’établirai la valeur de tous ces documents, j’en rechercherai les auteurs cl l’époque à laquelle ils furent composés.
Dioclélien joue dans les Actes des martyrs sortis du calamc copte un rôle analogue à celui que Charlemagne joue dans nos chansons de geste. Il a sa légende et il me faut maintenant conter cette légende, que plusieurs fois déjà nous avons rencontrée, sur notre chemin, faisant partie intégrante d’Actes déjà analysés. II va sans dire qu’il était égyptien de
race cl que toute sa jeunesse s’était écoulée en Egyplc, près de Ploléniaïs. Il se nommait Aghrabida; la fortune, qui devait le faire monter à de si hautes ib^liiiéés, lui avait d’abord été peu favorable. Aghrabida avait été réduit pour vivre à se louer, comme berger, chez les parents de Psoli, le fuliir évêque de Ploléniaïs; Les deux enfants gardaient ensemble les troupeaux, et, comme la garde des troupeaux leur laissaient des loisirs, Aghrabida les occupait à jouer de la llùte, malgré la défense des pères vertueux â, parce que les idolâtres en jouaient toutes les fois qu’ils célébraient quelque fêle en leurs temples. Aghrabida méprisait donc la défense « des pères vertueux; » mais toutes les fois que ce jeune pervers jouait de sa flûte, le diable entrait dans ses chèvres et ses brebis qui se niellaient à danser, à courir et à se dis perser.
Psoli ou Ibschada selon l’arabe, lui disait: « Malheur à toi, 6 Aghrabida! te puits malsain de la perdition est prêt à te recevoir! » En outre, pendant qu’Aghrabida dormait pendant la nuit, Ibschada voyait un serpent noir, ayant des cornes et une aigrette sur la tète, venir placer sa bouche sur la bouche du dormeur et lui donner à boire de son poison. L’enfant, elfrayé de ces nocturnes visions, les racontait le lendemain à Aghrabida qui lui répondait: « Tu ne mourras que de ma main, car tu es un jeune idiot. » Mais si idiot que fut Ibschada, il ne voulut pas rester en compagnie d’un ami des serpents noirs, qui jouait des airs profanes sur sa llùte et faisait danser les chèvres; il se retira au désert et y fit de belles adorations jusqu’au moment où il fut choisi comme êvêqUc de Ploléniaïs.
Aghrabida continua déjouer de la llûle, de garder les chèvres el les moutons, sans doulc aussi de sucer le poison du serpent noir jusqu’au moment où, la guerre ayant éclaté avec les Perses, le roi IXumérieii envoya faire des levées d’hommes en Égypte. On se saisit d’Aghrabida qu’on emmena dans la ville d’Antioche; là, on le chargea de
Syna-tare, 27 Kihak. — 1(65 — balayer les écuries au dessous du palais royal. Il n’avait pas laissé sa flûte en Égypte, il l’avait soigneusement emportée el se délassait à en jouer: dès que les chevaux entendaient le son de la llùte, le diable les possédait et ils se mettaient à danser, à caracoler à qui mieux mieux. Cependant le roi Numérien partit pour la guerre avec tous ses enfants et tous ses généraux, ne laissant à Anlioche que ses deux filles. L’aînée, ayant aperçu les chevaux danser et caracoler pendant qifAghrabida jouait de la llùte. fut charmée de ce spectacle; elle regarda cet habile artiste, vit qu’il était bel homme, car Satan lui avait donné la beauté, et elle se dit que, tout joueur de flûte qu’il était, il ferait un bon mari: elle l’aima éperdli ment, l’épousa et, Xuméricn ayant été tué à la guerre, elle lit du gardeur de chèvres et du joueur de flûte, l’empereur de tout l’empire romain, oubliant sa famille el préférant son mari à ses frères.
La chose ne fut pas plus difficile que cela, el tout marcha bien d’abord. La difficulté ne commença qu’au moment où, l’armée romaine ayant vaincu les Perses, les fils de JNuméricn, leur oncle et leurs cousins, avec de grands généraux, revinrent à la capitale.
Numérien avait épousé la soeur de son grand vizir, qui se nommait llasilide. Sa femme lui avait donné plusieurs enfants, Théodore l’oriental, Justus, Claude d’Anticehe,, Abadir cl Irai, plus une autre fille mariée au seigneur Hadri chls. llasilide eut lui-même deux enfants: Eusèbe cl Macaire; sa femme avait une soeur qu? épousa le palricc Romanos et en eut Victor, le grand martyr. Si l’on joint à cette généalo gie les deux filles dont Aghrabida épousa l’aînée, on a tous les héros des récits du cycle de Dioclélien. Aghrabida devenu empereur avait en elfet changé son nom et se faisait appeler Dioclélien. Les chances lui avaient été favorables, puisque tous les concurrents au trône se trouvaient à l’armée, lorsque la nouvelle de la mort de l’empereur Numérien fui apportée à Anlioche; les uns faisaient partie de l’armée ayant affaire avec les Perses, les autres d’une secondeexpédition contre d’autres — Ifili
barbares, et c’était en celte dernière que l’empereur avai| trouvé la mort. L’usurpation souffrit moins de difficulté de ce fait que Dioclélien était chrétien, comme JXumérien el toute sa famille; mais quand le nouvel empereur cul apostasie les craintes commencèrent de se faire jour ’. Dioclélien prit pour grand vizir ce Romanos, beau frère de Basilide —• celui ci avait résigné sa charge — qui devint l’âme damnée de Dioclélien cl l’encouragea dans toutes ses persécutions. Nous savons déjà comment, après l’apparition d’Apollon et la trahison de l’archevêque d’Anlioche, furent décidées la promulgation de ledit et l’adoption de trente-cinq couples de divinités mâles et femelles.
Cependant, comme je viens de le faire observer, tous les détails des divers romans de ce cycle ne concordent pas entre eux; ainsi quand s’ouvrent les Actes d’Eusèbe, fils de Basilide, celui-ci est encore vizir de l’empire. Le Messie lui apparaît et lui donne ses instructions pour la conduite à tenir: llasilide doit obéir en tout au roi; mais quand le roi lui demandera de sacrifier aux dieux, il répondra qu’avant de se décider il doit attendre le retour de son fils Eusèbe et de ses neveux Claude, Abadir, Théodore l’oriental et Juslus. Le lendemain matin, Dioctétien envoie chercher Basilide, règle avec lui les affaires de l’état et le prie de sacrifier. Basilide obéit au roi, envoie un secours de deux millions d’hommes, gagne du temps pour le sacrifice et écrit à son fils Eusèbe une lettre qu’un de ses serviteurs devait remettre à ce grand général en mains propres et en secret.
Après le récil de l’apostasie impériale, la lettre disait: « Lorsque Dieu t’aura donné la victoire, hate toi de venir me retrouver avec les stratélatcs, les compagnons. Sois sain et sauf en la vertu du Seigneur, notre Dieu. » La lettre reçue, Eusèbe réunit ses compagnons et leur lut ce que lui écrivait son père. Ils furent tous dans la consternation
« I. Il n’est pas très-facile de rattacher tous les trait » de celle légende à ce 3ue j’ai déjà racontéd’après les Actes de Jean et de Siméon; mais Tes auteurs e ce cycle n’y ont pas regardé de si près.
el dans l’embarras: que faire? fallait-il abandonner les opéra-* lions militaires et se rendre auprès de Basilide, ou bien différer leur départ jusqu’à la victoire! Jtistus releva le moral de ses amis en leur racontant un songe qu’il avait! eu. lis convinrent de finir d’abord la guerre, puis d’être martyrs ensuite. Chacun devait garder le secret. Les progrès de l’ennemi brusquèrent les événements. Eusèbe confia à Claude deux millions six cent mille hommes pour les partager en deux corps d’armée: Justus et Abadir prirent le commande ment du premier et durent tourner l’ennemi; Eusèbe lui même avec Claude et Théodore l’oriental se mirent à la tête du second pour recevoir le choc de l’adversaire. II fallut trois jours à Justus et à Abadir pour opérer leur mouvement tournant: la mêlée devint alors générale el de l’armée ennemie, depuis celui qui marchait à pied jusqu’à celui qui était monté à cheval, il ne resta pas un seul homme: tout fut massacré.
Après cette belle victoire, Eusèbe ramena son armée dans le pays des Phâristotcs ’, et fil appeler ses compagnons. Ils délibérèrent à nouveau, résolurent de retourner à Anlioche et de placer Justus sur le trôné impé rial; puis Eusèbe leur donna un banquet et ils dormirent tous dans la tente d’Eusèbe. A minuit, le Seigneur monté sur son char lumineux, ayant Michel à sa droite et Gabriel à sa gauche, descendit près d’eux, les fit réveiller par Michel et leur dit de retourner près de Basilide auquel ils devraient obéir de tout point. Après les avoir embrassés, le Messie remonta aux cieux. Le lendemain, ils montèrent sur leurs chevaux et se mirent en roule pour Anlioche; quelquesjours plus lard, ils n’étaient plus qu’à huit milles de la ville. « Arrêtons-nous ici, dit Eusèbe, car il faut prévenir mon père et lui dire de venir à nous pour nous apprendre quelle est la situation. » Il écrivit une lettre qu’il scella de son anneau, la remit à l’un de ses serviteurs vêtu, pour l’occasion, d’ha
que c’est 14 de la géographie a la manière copte. — 11)8 — bits vulgaires, cl lui recommanda de ne la remettre à Basilide qu’en cachette. Le serviteur attendit le coucher du soleil pour entrer dans la ville el remplit sa mission, llasilide fui fort! content du retour de son fils el de ses neveux; pour avoir un compagnon de sa joie, il lit venir Victor, le fils de Roma nos, el lui lut la lettre. Ce jeune homme était de bon conseil; il dissuada son oncle de quitter la ville, de peur de donner l’alarme à Dioctétien qui ne savait rien de l’arrivée de ses généraux et qui les croyait encore à la guerre; il fallait écrire une lettre où seraient données toutes les informations demandées. Basilide goûta ce conseil el l’envoyé d’Eusèbe remporta la réponse.
Eusèbe, ayant pris connaissance de la lettre, réunit ses compagnons et tous furent d’accord pour entrer le lendemain dans la ville, à la tête de leur armée, déployant l’étendard de la victoire. Le bruit s’en répandit dans la ville; Dioclélien finit par l’apprendre et envoya chercher Romanos. Romanos accourut et conseilla au roi de sacrifier à Apollon qui ne manquerait pas d’envoyer quelque bonne inspiration: en attendant, on fit fermer les portes de la ville. Ai l’un ni l’autre ne se faisaient illusion: Justus allait être proclamé empereur et Dioctétien se désolait, avouant naïvement qu’il eût été plus en sûreté à la tète d’un corps d’armée que sur le trône impérial. Cependant l’avant garde de l’armée arriva aux portes de la ville qu’elle trouva fermées:dc3 hennissements des chevaux et des cris des hommes, toute la ville trembla.
Dioclélien tout pâle de peur, quitta le temple en fugitif, ayant.dépouille ses vêle ments impériaux, et se sauva dans le palais de Romanos où il se cacha du mieux qu’il put. L’armée entra dans la ville, courut au palais, ne trouva point l’empereur et massacra cent de ses gantes. De son côté, Basilide, tout joyeux, était allé à la rencontre de son fils et de ses neveux, les avait embrassés et menés en son palais où il leur donna un grand festin. Auparavant on tint encore conseil pour donner le trône à Justus el chasser Dioclélien; on lit chercher partout
celui-ci, mais on ne le trouva pas. Malgré l’entente de tous ces généraux, Justus préférait l’empire du ciel à « relui de la terre; il promit à Basilide qui le lui demandait de ne pas détrôner Dioclélien. Basilide se mil alors en devoir de décou vrir où était caché le roi; quand il l’eut appris, il envoya dire à l’empereur: « Tu peux maintenant reparaître dans ton palais, on ne te détrônera pas. » Dioctétien fut d’abord bien content: mais, sur le conseil de Romanos, il exigea un sauf conduit avec le seing d’Eusèbc. Basilide fil venir Eusèbe et Théodore, leur demanda leur seing. Les deux généraux résistèrent, ils voulaient à toute force chasser l’égyptien apostat; Basilide ne vint à bout de leur résistance qu’en leur rappelant la promesse faite par eux au Messie de lui obéir en tout, à lui Basilide.
Les deux amis obéirent; Eusèbe prit un morceau de parchemin el écrivit à l’empereur la lettre suivante: « Moi; Eusèbe le stralélate* filsde Basilide, j’écris de ma propre main au roi.Dioclélien. Vive mon roi véritable, mon Seigneur Jésus le Christ dont je serai désor mais le stralélate! Lève-toi, sors, va tasseoir en ton palais sur le Irônc de l’empire. Fais de nous ce qu’il te plaît: Voici que toute la ville est en la présence et tous tes ordres s’exécutent. » Pour plus de sûreté, Justus mit aussi, son cachet au bas de cette lettre. L’empereur fut ravi, il fit venir Romanos qui lui conseilla aussitôt de faire orner tes tempb s pour offrir aux dieux un sacrifice d’actions de grâces. Une foule innombrable de gens participèrent à ce sacrifice: ceux qui refusèrent furent passés au fil de l’épéc et leur nombre fut incalculable ’.
La persécution fut de nouveau décrétée/ les décrets de nouveau promulgués. L’empereur manda plusieurs fois à son conseil Basilide qui s’abslini d’y paraître; il fut alors repris de ses craintes qui ne cessèrent qu’au moment où Basilide se présenta devant lui, à la tête de toute sa maison, pour être martyr. Dioclélien ne savait trop que »
On remarquera la contradiction entre ce passage el celui ou est racontée plus haut la même histoire de ce sacrifice. — no — faire, il craignait le père, il craignait le lils elles neveux, il craignait la ville entière; Romanos vint à son secours en lui conseillantde séparer toute la famille, çj de les exilerchacun dans un pays différent, ce que fit l’empereur *.
Telle est l’introduction générale du cycle de Dioclélien. On voit que l’auteur ne manquait pas d’audace el comptait sur la crédulité de ses lecteurs. Il n’avait pas tort cl la preuve en est que sur ce tronc primitif sont venues se greffer, tant bien que mal, une foule de branches étrangères qui ont aspiré, à leur profit, un peu de la sève première. Tous les autres Actes ayant irait à la famille de Numérien se raltacheut’cn effet à ce point de départ. Les membres de cette famille sont tous exilés, Basilide en Afrique, les autres en Égypte. L’arbre se ramifie en cet endroit et il faul nous occuper maintenant de chacun de ces rameaux.
Basilide fut envoyé dans la Pcnlapolc africaine, an gouver- neur Mysaurc. Cet officier crut d’abord à une visite de l’ancien vizir et s’en montra fort flatté. Il lui en fallut rabattre. Quant à Basilide, l’Ange du Seigneur le fit d’abord monter au ciel où il vil les habitations des bienheureux. Redescendu sur terre, l’âme toute pleine de consolations, il affranchit ceux de ses esclaves qui ne partageaient pas son martyre; puis, il endura toute sorte de tortures, le chevalet, les peignes de fer, la chaudière bouillante, la roue avec une scie, le lit de fer, etc. On finit par lui trancher la tète fk
Eusèbe fut exilé à Coptos et le gouverneur Mauricn chargé de le martyriser. On fit relâche à Héracléopolis, où se trou vait le gouverneurde Coptos, et leslretélale fut mis en prison où il trouva d’autres martyrs prévenus de son arrivée. Mauricn le fit torturer sur le chevalet si bien que ses chairs tombèrent à terre, morceau par morceau. A une prière du saint, l’ange Souriel descendit, ravit son âme au ciel, lui montra les habitations célestes, celles qui lui étaient réservées,
celles de son père, de son frère et de ses cousins, toutes groupées les unes autour des autres, il lui montra même le paradis de joie el ramena son âme en son corps qui fut guéri. Le vali varia les tourments. A un moment Eusèbe fut coupé en morceaux; mais le Messie descendit avec les sept grands Archanges, commanda à Souriel de ramasser les morceaux et le ressuscita. Le gouverneur le fit chasser de la ville d’Iléracléopolis et l’on ferma les portes; Raphaël le souleva sur ses ailes lumineuses et le déposa près du tétrapyle de la ville. Le lendemain, Eusèbe se présenta devant Mauricn qui le fit jeter dans un brasier; à la prière d’Eusèbe, Raphaël vin! de nouveau le lirer du supplice. Le gouverneur se décida enfin à le faire décapiter. On le bâillonna pour le conduire au supplice; il demande aux soldats de lui enlever son bâillon afin qu’il put faire sa prière, et, sa prière faite, il tendit le cou. Raphaël prit son âme, l’embrassa, l’enroula dans une nappe de fin lin et l’emporta aux cicux \
« Le second fils de Basilide, le frère d’Eusèbe, Macaire d’An- tiochc, comme il est appelé, fut aussi exilé en Égypte; Ce Macaire ne faisait pas partie de l’armée;il était sans doute trop jeune pour être général, car il n’avait que vingt ans, Dioclélien le fit venir un jour pour sacrifier aux idoles; Macaire refusa, malgré l’exemple allégué de son cousin Victor qui avait été mis à mort. On le tortura d’abord à Antioche; puis le Messie lut apparut et lui prédit ce qui lui arriverait, sa triple mort et sa double résurrection. Quand Dioctétien, le lendemain matin, lit comparaître Macaire, il fut fort étonné de le trouver sans blessures; il je condamna a être bouilli dans une chaudière pleine de poix* Macaire. elVrayé (l’a bord à la vue de la chaudière, en sort il’< frais corn me une rose », sans aucun mal. LVmpcrcUr ordonna de le placer dans une machine circulaire dont l’intérieur était garni de scies, on fil faire deux tours à la machine et Macaire fut
i. Hyvernit, op. cil. 1" fasc. p. âô SynaJtaret 29 Eiusebir tod. tah Cap, 5s f. 36-61.
coupé en deux; Dioclélien ordonna de le porter sur une montagne cl de l’y jeter en pâture aux oiseaux cl aux bêtes féroces ’.Mais celui qui avait ressuscité-Lazare le rappela à la vie et Macaire fut de retour à la ville ayant les soldats mêmes qui l’avaient laissé en pièces à la monlagnc. La foule se convertit à sa vue et Dioclélien ne trouva d’autre remède à sa fausse situation que de l’envoyer au gouverneur d’Alexan drie, Arménius. On bâillonna.le martyr pour rembarquer; il demanda qu’on lui enlevât le bâillon pour faire ses adieux à sa mère. Les adieux faits, et ils furent touchants, on lui remit le haillon cl on le conduisit en la ville d’Alexandrie où devait commencer son véritable martyre, car jusqu’ici ce n’est qu’un prologue.
Avec Arménius les tourments recommencèrent; on le frappa sur la bouche, on l’étendil à terre en le maintenant avec des courroies et on lui donna qualrc vingts coups de bàlon *; on le tortura sur le chevalet, mais ce fut comme si l’on eût torturé la queue d’une citrouille 3.11 fut ravi n ciel où tous les saints l’embrassèrent: le juste Abcl fut d’une particulière amabilité et le félicita chaudement. On crut qu’il était mort; mais à peine son âme fut-elle descendue du ciel qu’il se releva sain et sauf. Arménius le fit jeter dans le four des bains avec deux cents livres de fer aux pieds pour l’empê cher de s’échapper; la foule le pleurait comme perdu; mais Michel rendit les flammes rafraîchissantes comme la rosée du matin. Comme Arménius se rendait aux bains, en se félicitant d’être venu à bout de ce chrétien, Michel enleva la clef de
I.Cel Cpiode est traduit par M. Hyvernat de la manière suivante: « Puis, le roi ordonna de t.; mettre sur une roue armée de dents comme une scie. Quand on eut fait tourner la roue une première fois » puis une seconde foi elle se fendit par le milieu et se cas.a en d MIS. Alors le roi ordonna de |N>rleV Macaire sur une montagne fort élevée et de le précipiter en bas, en pâture aux ofoeanx du ciel et aux animaux sauvages qui mangeraient ses chairs. — M. II. n’a pas compris le rôle île suffixes’ dans tout ce passage.
courge étant très tendre, tandis que la queue de la citrouille est d’une dureté extraordinaire; et puis il y a le mot queue.
voule du four des bains ’ et lança Macaire qui tomba devant Arménius. Celui-ci cédant aux prestiges magiques, se reconnaissant vaincu, voulul écrire la sentence capitale; mais les habitants de la ville et les soldats de l’escorte ne le lui permirent pas, cl il prit le parti de l’envoyer à Eulychien, gouverneur de Prosôpis. Telle fut la première confession de Macaire.
« A Prosôpis, après une discussion préparatoire, les tour- ments recommencèrent: on arrache la langue à Macaire, les ongles, les testicules et on verse du vinaigre sur ses plaies; on le roule sur des clous rougis, on lui verse sur la fêle des vases pleins de poix bouillante, on lui enfonce dans la gorge deux verges de fer et il rendit l’esprit. On jeta son cadavre au fumier; mais Jésus le Messie descendit des cicux, lui souilla au visage cl le ressuscita. Macaire rentra dans la ville et passa près d’un mort qu’on portait sur le lit funèbre: il ressuscita le mort qui se mil à raconter tout ce qu’il avait vu dans l’autre monde. A la vue de ce miracle, toute la foule se convertit; Macaire baptisa les nouveaux chrétiens ctËuty chîeii les lit massacrer, y compris le ressuscité qui ne revécut pas longtemps, mais qui au lieu de servir de pâture aux * vers qui ne se reposent point » dans le feu, à une profondeur de quatre cents coudées, monta au ciel et fût logé dans une belle habitation.
Eu lychien, ne sachant plus quoi faire, tint Macaire en prison pendant six jours et fit cher cher partout un magicien qui put venir à bout des sortilèges de Maeairc.Jjs’en présenta un qui était maître passé*; rien n’était plus facile pour lui que de confondre Macaire, il suffisait de pendre du lard, de lui en froller le corps el de lui verser un vase d’urine sur la lèle;avec cela, il était impossible qu’Alexandre n’en vint pas à bout, car celle première opéra lion devait rendre le martyr impur et par conséquent
I Traduction de M. Hyv.: l’archange Michel coûtera le ctypeus du tholns de bain;traduction éminemment française et e>inpréhen*ible.
aur l’ignorance, des règles de la grammaire. ’ *" \ ^ incapable d’user de ses charmes. Cela fait, Alexandre se déshabilla, prit une coupe cl composa sa potion avec une substance blanche inconnue,! du venin de serpent, du foie, du fiel, un autre substance inconnue cl du pus de morl;sur le lotit il invoqua les noms des puissances d’en haut ". A ces noms redoutables, la terre trembla; et quant Alexandre eut invité Macaire à boire, le martyr eut peur;le Messie dut l’encourager. Enfin il but, après s’être signé, et la potion fut douce « comme le miel et le rayon de miel. » « Eh bien! dit Alexandre, comment le trouves-tu? Est-ce doux à la bouche? » — « Viens cl bois, » dit Macaire. -Le magicien prit la coupé, prononça le nom de son Dieu; mais silôT qu’il eut bu, il ne fil qu’un saut cl fui partagé en deux an milieu de la foule. De nouveaux supplices de nouvelles tentatives n’ayant à rien abouti, comme tous les gouverneurs de l’Égypte s’étaient réunis pour prendre Icclurc des instruc tions de Dioclélien, Eutychicn remit Macaire à Arien qui l’emmena au Sud, malgré les protestations de la foule. Ce fut ta seconde confession.
Arien remonta le Nil vers Schelnouf. Pendant le trajet, Michel vint entretenir Macaire et lui faire les plus belles pro messes. Arien entendit la conversation mais ne la comprit pas. Au matin, il fil tirer le martyr de la barque, le fil conduire sur un fumier et commanda qu’on lui tranchât la tête. Il avait une bonne raison pour en finir; les barques ne pou vaient plus avancer *. Ce fut la troisième confession, évidemment un peu écourléc, d’autant plus que le Synaxare contient quelques détails qui ne se rencontrent pas dans les Actes copies.
Après Macaire, ce fui le lotir d’Abadir et de sa soeur Irai.
raule serait aex mal ehoii. Le texte emploie un mot qui e retrouve ailleur cl parait désigner une couleur blanche.
un contre bon aens au rapport de idée égyptiennes.
Copt. fat. 89 f. 53-81. « —. 1 10 »
A ce sujet, il faut lotit d’abord faire pari à nos Icclcurs d’une contradiction que l’on ne peut guère passer sous silence. Cet Abadir cl sa saur Irai sont dits dans les Actes de Macaire fils tle Théocratos, frère de Basilide; dans leurs propres Actes, ils sont dils fils de Basilide lui-même; dans les Actes de Basilide, leur père est IS’umérieii ’. Celte observation est d’autant plus importante que l’auteur des Actes de Macaire est Jules d’Aqfahs lui-même. Pour le moment, quelle que soil la vraie généalogie, Basilide était morl depuis dix ans, et Abadir était capitaine du palais, lorsqu’il prit la résolution d’être martyr. Son ami Zôcralor était dans les mêmes intentions: mais ces intentions restèrent longtemps à létal d’intentions. D’ailleurs la mère d’Abadir ne voulait plus de martyrs chez elle; elle avait quatre vigoureux esclaves qui avaient ordre de suivre leur maître et de le ramener de force à la maison, s’ils l’entendaient parler martyre avec Dioclélien.
Elle fit jurer à son fils qu’il ne serait pas martyr à Anlioche; il le jura, car il voulait aller confesser sa foi en Égypte. Il en avait même reçu l’ordre du Messie. Cependant vingt-cinq jours se passèrent: puis huit mois, sans que l’ordre reçut un commencement d’exécution. Il fallut une nouvelle apparition de la mère Irai à la jeune Irai, soîiir d’Abadir: alors le frère et la sceur complotèrent de partir pour Alexandrie, ce qu’ils exécutèrent au moment où le jeune Constantin demandait et finissait par obtenir la main de leur sour Caldnia. Abadir fut reconnu par un soldat dans tes rues d’Alexandrie. « fteslu pas le seigneur Abadir, le grand stralélate du roi? « — Beaucoup de gens m’ont dit que je lui ressemblais, » répondit-il. — « Aussi bien reprit le soldai, je me disais que le Seigneur Abadir ne viendrait pas ici sous ce modeste costume cl n’aurait pas quille le roi. »
Abadir résolut de quitter cette ville el son itinéraire. Cependant la jeune Irai ne savait pas encore pourquoi elle était venue en I. Le Bynaxare au 28 Tholh donne peut être une quatrième filiation. Abadir et foli « ont le lit d’une ocur de Bailide 5au* nommer Numerien, » »
« Égypte, nice que c’était que la vie éternelle. Le frère et là sauir se rendirent d’abord à Terraneh, puis à Babylonc, puis à Tammôou de Memphis où était le tombeau de la mère Iràir puis à Eschmouncin, cl au village de Cinilah où ils trou vèrent le bon vieillard Samuel qui devait prendre soin de leurs corps, après leur martyre.’ ^ imucl les conduisit à Antinoc devant le gouverneur. Cclûi-ci dit à Abadir en égyptien:« Sacrifie aux dieux, et ne te laisse pas mettre à. mort. ».-- Abadir répondit dans la langue des savants.: <c Vilc^ prononce notre sentence. » Le gouverneurdemanda son nom, mais Abadir ne le voulut-pas dire. On le mil sur le chevalcl, cl la, jeune Irai fui sur le. point de rendreTànicdc compas-; sion. lu soldai qui l’examina la trouvant’belle, la demanda* au gouverneur pour la souiller; il la conduisit dans une maison de prostitution où deux femmes, Stéphanou et Dausira, se mirent à la solliciter par des paroles impudiques.
InU comprit ce qu’on voulait lui faire, elle invoqua le Seigneur; le soldat devint aveugle, les deux femmes rigides comme des pierres, et la jeune lille alla rejoindre son frère en prison. Le soldai elles deux corn-tisanes se convertirent le lendemain et Arien fil tellement tovmenlcr Abadir que les entrailles lui sortirent du corps, el qu’il mourut. On le porta sur.la montai gne el on le laissa en pâlureaux animaux sauvages. Lé Messie le ressuscita. On l’enferma, dans un taureau d’airain et le taureau se brisa en éclats, lit jaillir de l’eau sur les assistants qui devinrent lépreux. Tous les lépreux se, convertirent; à l’ordre du saint, le taureau d’airain rebut l’eau qu’il avait lâchée et tons furent guéris. La conclusion fut qu’on lapida le gouverneur qui se sauva en donnant L’ordre de massacrer la foule.
Le lendemain Abadir cl Irai furent torturés.sur le chevalcl; après une série de tourments, Arien apprit quels étaient le frère et la suur; il se hâta de les faire décapiter. I histoire ue leur martyre lut écrite par Samuel de Ginilah *.
« I. Hyvernat, op. cit. fa.-e. I et H; p. î »î.—;II9. — Synaxare, 28 Thoth.î— Cad. Copt. tal. 6? f. 53-Î8..-:>.*:.;,. Je ne dirai quequelques mots des’A êtes de Justus et 4c ceux de Claude d’Anlioche. Des premiers nous ne connaissons que le résumé fort court du Synàxare. Nous savons par ailleurs tout ce que devait être le commencement par les. Actes d’Ëuièhe et dé Basilide. Justus fut exilé en Égypte avec son fils’Aboli et sa femme Théoklia. Le gouverneurd’Alexan drie les sépara: il envoya Justus dans la Haute Égypte, Aboli à Sébastla et Théoklia à Sais: chacun d’eux ayant conservé son domestique. Justus consomma son-martyre à Antinôé: Théoklia, ayant écouté les belles promesses du vali de Sais, lui répondit: « J’ai abandonné la royauté, j’ai accepté d’être séparée de l’époux de ma jeunesse, j’ai oublié mon enfant, tout cela pour le Messie I que peux-tu me donner? »
Après plusieurs tortures suivies d’apparitionsde l’Ange du Seigneur, elle eut la tête tranchée a. D’Aboli, je ne sais rien. Quant aux Actes de Claude d’Antioche, ils ont été conservés et je les ai publiés dans mes Contes et Romans de{l’Égyptechrétienne. La légende repose sur le même fond, mais elle se complique. Claude sauve l’empire de l’invasion des Bcga s, se rend à Rome sur la demande du roi afin que les Romains eussent le plaisir de le voir, ce qu’ils désiraient beaucoup; il sauve encore Dioclélien fait prisonnier par les Perses.-11 était beau comme Joseph, fijs de Jacob, si beau cl si aimé qu’on avait; peint son portrait sur les portes delà ville dAnlioche. C’était l’intime ami de Victor, le fils de Romanos. Après bien des aventures cl surtout bien des discours qui donnent à ces Actes une physionomie particulière, il fut exilé à Anlinoô où Arien le perça d’une tance dans un moment de colère.
Aux: Actes de Claude se rattachent naturellement les Actes de Victor, fils du vizir Romanos, qui nous ont, je crois, été
certaine dignité e*t d avoir un domestique.
.,!’ « ont « es Acte qui « ont conservés dans le Cad. rat. Copt. LXI t. E. Amélineau: Conta el Romans de l’Égyptechrétienne, lom. II. p. 1-3. » » »
conservés en entier, mais que je ne connais pas encore ’. Lorsqu’il eut vingt ans, il fut le troisième en dignité dans l’empire. Il reprochait souvent à son pfcre d’avoir apostasie sa foi; ce fut lui qui ensevelit SS. Cônie, Damicn et leur mère Théodotc, malgré la défçnss du roi. Son père le dénonça à l’empereur qui le manda; Victor se présenta et jeta sa ceinture à la figure de Dioclélien. L’empereur l’envoya au gouverneur d’Alexandrie qui lui fit endurer toutes sortes tic tortures; mais l’Ange du Seigneur le sauva, le mena au ciel, lui montra les habitations des bienheureux et le ramena sur terre. Les tourments qui suivirent n’eurent pas plus d’effet et Arménius l’envoya au comte Arien qui lui fit couper la langue, enfoncer dans les lianes des doits rougis au feu et l’enferma dans un souterrain, pour l’y laisser mourir.
Il y fut mort en effet, s’il n’eût su le métier de menuisier; quoique îa chose ne dût pas être très facile, Victor, dans son souterrain, faisait des, chaises, les vendait, se nourrissait de son gain et faisait l’aumône de son superflu. Un jour, un vali passa près du souterrain et demanda quel était cet homme qui y faisait des chaises, On lui répondit que c’était, Victor, le fils de Romanos. Il le fit venir, le caressa; mais, devant son obstination, il lui fil tirer les tendons, le fit frapper sur la bouche, bouillir dans une chaudière, pendre la tète en bas, jeter dans une fournaise, sans compter les yeux arrachés et plusieurs autres supplices. Le Seigneur « lui rendait chacun de ses membres. » Pendant ce temps, une jeune fille de quinze ans, qui regardait ce beau spectacle par la fenêtre, vil un Ange qui posait sur la tète du saint de multiples cou ronnes; elle cria tout haut sa vision et eut la tète tranchée avec te saint Vîclor V
« « I. IVÏ commencement de ce Actes dans le dialecte Thébain ae trouve à ta Bibliothèque nationale. Le reste appartient au »! à cette bibliothèque, niai » ne n’y trouve pa en ce moment; ce qui fait que je n’ai pi le y voir.
Non. Le morceau auquel Je fiis allusion te trouve en effet à ta Biblio- thèque Xatiomle; mais ce ne sont pas des Acte*: e>ï n’est qu’un panégy rique en l’honneur de Victor, (ifévrier I8d0).
De toute la famille de îXuméricn, il ne reste plus que Théodore; je l’ai gardé pour la fin, parce que toute une série de nouvelles légendes s’est greffée sur cette branche de l’arbre primitif. La filiation de Théodore n’est pas non plus très bien établie: ses actes le font fils de Soférichus et d’une soeur de Basilide. Sotcrichus est un vizir, comme Basilidè, et prèle d’abord son appui à Dioclélien jusqu’à l’aspotasic de ce dernier. Son fils était un guerrier extraordinaire: il était la terreur de tous les ennemis de l’empire romain, si bien qu’un beau jour on dit aux Perses: « Voici que Théodore l’Oriental est vchU ’pour briser son épéc dans Vos coeurs! » On croyait même que c’était le dieu de l’empire ayant pris chair pour défendre ses fidèles.
Ce fut lui qui lit prisonnier.Nicomèdc, le fils du roi des Perses, par deux fois ’.Un jour que Théo dore se trouvait près du fleuve Dation pli is, avec son armée et son ami Lindios, il eût fin songe. Il vit une échelle allant de la terre au ciel;au sommet de l’échelle, le Seigneur assis sur un grand trône; au bas, un grand serpent qui n’était autre que Satan. « Yeux-lu être mon fils? » lui demanda celui qui était assis sur le, trône. —- »< Qui es-tu, Seigneur?dit Théo dore. — « Jésus le Messie. >> Théodore consentit bien à devenir le fils de Jésus le Messie; mais il ne voulait pas se Séparer de son ami Lindios Jésus lui apprit que non seule ment il ne serait pas séparé de Lindios, mais qu’il aurait encore un second compagnon dans la personne de Bànikà rous.
Et voilà que près de lui se tinrent Lindios et Bânikàrous; tous les trois ils reçurent le baptême du feu, dans un grand lac de feu, de la main même du Messie qui nomma Théodore généralissime de là petite troupe. La vertu de Dieu, selon un récit, transporta Théodore près de Bânikârous qui lui était inconnu; selon une aulrc légende, le lendemain de ce beau songe, Théodore et Lindios entrèrent hardiment dans le camp
L’auteur ajoute par manière de réflexion que, tll ne « ’arrête pa plù# longtemps ur ce détail?, c’est que la chose est parfaitement connue parlei livre. • — ISO — des Perses et en enlevèrent le général en ’çliëf: ce général n’était autre que Bânikàrous, atabek l des armées pèrsattës. Tous les trois avaient eu le même songe; ils se le râcorilercnl et prirent la résolution d’être martyrs de compagnie. Pour accomplir leur projet, Bânikàrous déserta l’armée dont il avait le commandement; en revanche, il s’enrôla dans l’armée du Messie. Les trois amis, la guerre terminée par l’ordre de Dioclélien qui avait directement fait la paix avec le roi des Perses en lui renvoyant son fils , se mirent en devoir d’aller à Anlioche. Théodore s’adressa à son armée et lui dit: « Que celui qui veut sauver son âme s’en aille , et que celui qui veut combattre pour le nom du Messie demeure. » — L’ar mée répoiylit, et d’une seule voix: « De la mort que tu mourras nous mourrons aussi, et ton Dicncst notre Dieu. » — « S’il en est ainsi, reprit Théodore, descendez tous dans le fleuve et vous y plongez par trois fois au nom du Père, du Fils et du S1 Esprit. »
A l’instant lous les soldats ôtèrcnl leurs habits et se plongèrent dans le fleuve;comme ils en remontaient, baptisés, une voix se fit entendre qui disait: u Courage, ô mes martyrs! soyez victorieux! je serai avec vous. » Arrivés à Anlioche, Théodore et ses soldais campèrent en dehors de la ville. Dioclélien l’envoya chercher, lui parla des choses de la guerre, lui demanda des nouvelles de l’armée et finalement lui proposa de sacrifier aux idoles. C’était peu de temps après la morl de Sotérichus, père de Théodore. La réponse se traduisit par des injures. Dioclélien prit alors le parti d’exiler Lindios et Bânikàrous dans la Penlapole, de petir que, s’il tuait ce dernier à Anlioche, les Perses n’en fussent irrités, ou que Bânikàrous ne leur fil savoir la mort du héros Théodore l’Oriental. Sitôt que les exilés furent
le titre de généraltoime en Égypte sous les dynasties des mamlouks.
c’esti dire après la seconde expédition et lamorf de l’archevêque. Voir plu*
partis, Dioclélien fil enfoncer cinquante-trois grands clous dans le corps de Théodore pour le clouer à un acacia. Michel descendit le consoler, ravit son âme au ciel au moment où elle sortait du corps cl le couronna de la couronne éternelle. L’empereur pensa alors à l’armée;il envoya vers elle lés prêtres d’Apollon qui criaient en avant de la statue du dieu: « Quiconque fait la guerre pour le roi doit se prosterner devant le dieu du roi. » Mais les soldats s’écrièrent tous d’une seule voix: «. Nous n’avons d’autre roi que Jésus le Messie, le roi des rois, le seigneur des seigneurs. » Le roi commanda de les décapiter. Ce fut chose longue et pénible: l’armée ne comptait pas moins de deux millions cinq cent mille hommes. Mais quel beau spectacle ’jamais auteur n’en rêva de pareil.
Les airs se remplirent d’anges qui accueillaient les âmes des martyrs et les couronnaient: il y eut ainsi dans les airs, au-dessus de la ville d’Anlioche, cinq millions d’esprits, dont la moitié fêlait l’autre moitié. En vérité! l’auteur qui écrivit ces Actes était homme de valeur et avait une puissante imagination. Deux ans plus tard, Lindios cl Bânikàrous étaient martyrs dans la Pentapolc, non pas sans que Bânikàrous eut fourni tout le cycle des aventures de rigueur, fùl mort, eût ressuscité, eut guéri toutes les mala dies, opéré tous les miracles, chassé tous les démons, entre autres celui qui s’était emparé du fils de Théognostc, le précepteur des enfants du roi. Tout se termina, comme d’ordinaire, par la décapitation ’.
Le nom de Théodore se retrouve fréquemment dans les Actes du cycle de Dioclélien. Evidemment les Actes de Théo dore l’Oriental ayant eu beaucoup de succès, on s’imagina que le nom servirait d’introducteur et de répondant près du public égyptien. On lit donc les Actes Ae Théodore le Grec ou l’Occidental, martyr sous Dioclélien et Maximien, actes qui
« dan » les ma. du Vatican. Je. n’ai pu le copier et if n’a pas encore été publié.
n’offrent aucun réel intérêt!; puis les.Actes de Théodore de
Schôtb. Ceux-ci sont plus mouvementés cl méritent une certaine analyse. Le père de ce saint s’appelait Jonas; il fut un jour enrôlé pour le compte de l’empereur et conduit à
« Anlioche. Les Égyptiens devaient être de fortsbeaux hommes; car celui-ci, s’il n’épousa pas la fille du roi, comme Aghrabida le chevrier, épousa la fille d’un patricc, quoiqu’elle fui: idolâtre. Le saint Théodore naquit de ce mariage. Le ménage alla bien jusqu’à ce que l’enfant eût atteint l’âge d’aller à l’école;la mère voulut alors le consacrer au service dés temples et le père ne le voulut point. La fière patricienne se fâcha et chassa le mari" récalcitrant. Jonas retourna dans son pays, seul, car la mère avait gardé l’enfant; nuit et jour, il priait pour son enfant et demandait au Seigneur de le garder de* l’idolâtrie. Le Seigneur- exauça ces ferventes prières.: l’enfant, après avoir grandi, appris toutes les sciences et la philosophie, alla trouver un évêque pour se faire bapti ser.
L’évèque le fit, après s’être prudemment enquissi le père du jeune homme était mort, après avoir appris que ce père était chrétienet avait été chassé par sa femme. Théodore cependant se fit soldat du roi et devint généralissime; il fut l’ami de Théodore l’Oriental cl l’aida à capturer le fils du roi des, Perses, Nicomède. Il fut le héros d’une action qui est devenu le lypc légendaire d’une foule de récils. Dans la ville d’Okhidis, les habitants adoraient un grand serpent el chaque année lui offraient un homme à manger. Une année, on lui lit la mesure double et on prit les deux enfants d’une pauvre veuve chrétienne. Théodore sur son cheval cuirait dans la ville au moment de celle injustice; la veuve lui conta son malheur. Le sainl dit en son âme; « Celle veuve est trai tée injustement et Dieu doit la venger. » Il descendit de son cheval, fit une prière et attaqua hardiment le dragon qui avait douze coudées * » Il le transperça de sa lance cl rendit à
l&J — la veuve ses enfants qui n’avaient pas encore élé mangés. Il se mit ensuite à la recherche de son père, demanda partout des renseignements et finit par le trouver. Le père et le fils demeurèrent ensemble jusqu’à la mort du premier. Alors Théodore retourna près du roi et trouva que Dioctétien avait apostasie. Les prêtres des idoles l’accusèrent d’avoir tué le grahd dragon; le roi le condamna a être brûlé et on le brûla/ Son corps toutefois ne souffrit aucune défor mation 1;
Le dernier roman de ce cycle de Dioclélien se rapporte à un certain Sisinnius, dont le père Sosipater était l’intime ami de l’empereur. Celui-ci l’envoya à Nicomédie pour rétablir le culte des idoles: Sisinnius obéit en se faisant instruire et baptiser par un prêtre chrétien. Sa mission ainsi remplie, il retourna près du roi. A Anlioche, une grandedouleur l’atten dait. Il avait une soeur et cette soeur venait de mettre au monde un monstre. Elle avait d’abord enfanté Une fille qu’elle avait tuée pour en boire le sang: c’était une grande magi cienne qui se transformait à volonté en oiseau pour voler vers les petits enfants, les tuer cl en sucer le sang. Il n’était pas étonnant que ce vampire femelle eût donné naissance à un monstre; niais Sisinnius n’entendait rien à de pareils badi nages:il prit une lance, tua sa soeur, son beau-frère el son neveu.
Ce fut son premier exploit au nom du Messie. Il entra ensuite dans le temple, commanda aux idoles de descendre dans l’abîme, el, la terre s’étant enlr’ouverle, les idoles se bâtèrent d’obéir avec la plus grande docilité. En apprenant que ses dieux étaient descendus dans l’abîme, Dioclélien fut naturellement tort courroucé:il lit torturer le martyr;mais le Seigneur envoya son Ange le visiter. On lui trancha enfin la tête. Sisinnitis ne mourut pas seul; car onze cent quatre vingt-dix autres martyrs lui durent le salut et lés couronnes éternelles aux jardins des délices, dans les habitations lumi
l. Synarare, 20 Abib. - - 181
neuses des bienheureux ’. Avec ses Actes se termine le cycle de Dioclétien donl on a pu constater, sinon admirer, la richesse et la variété ’..._-.
2- Il devait y avoir un grand nombre d’autres Actes de pareille nature; il ne nous en est parvenu aucun de complet, setdement des fragments dont on
Notes d’Émile Amélineau
162. J’ignore complètement quel est ce pays:je suis tout porté à croire
163. Ilyvernat:0p. cil. f. I. p. 1-31.
164. SI. llyvern.it traduit par:quatre-vingts imprécations (sic).
165. il. Hyvernat dit: une courge. lexpreion e.t awt mal choisie, la
166. M. Hyvernat dit: le grand maître dé* magiciens. Cette traduction repose
167. M, Hyvernat dit: lichen: mai te lichen ayant de propriété.* éduleo
168. M. Hyvernat dit: puissance* de l’abîme. Cest un contre sens; et même
169. Hyvernat op. eil. fa*e. I p. lo-lî. — fiynnrare. 9 Barmahat. — tod.
170. Ce détail, et typique:la prtm/ière preuve qu’on et riel}e et d/upe
171. Syit^jrarc, 19 Enischir., *’-.,’,,",:,>.-:[....
172. Synàxare, Il Basehons. — Pour ce qui est d’Aboli, Je crois bien que et
173. Cf. Synàxare, H Baoa*h.
174. Synuràre 21 Barmoudah. ’
175. Je laisse encore te mol atabek qui désigna les princes de Mossoulet fut
176. Il faut entendre ce renvoi dans te sens le plus favorable à l’auteur,
177. Synàxare, 12 Toubah
178. Synarare 5 Toubah. Il existe un panégyrique copte, des deux Théodore,
179. Ce?t a dire près dé 6 mètres, en prenant ta coudée royale pour mesure.
180. Synàxare, 26 Barmoudab.."’.
Chapitre neuvième
H ne me reste plus pour avoir terminé la revue des Actes romanesques qu’à parler des romans qui ne roulent pas autour de Dioclélien, dont les événements se passent un peu dans tous tes pays, où l’auteur aborde tous les sujets et lous les genres de description. Cette catégorie d’Actes renferme un grand nombre de sujets qui peuvent se distribuer en deux classes, l’une d’imitation, l’autre d’invention. A la première se rattachent les Actes de S’Eustache et de g&s compagnons ’. des SS. Serge cl Bacchus , de S" Anastasié, de S’ Banla moun % des SS. Cômc et Damicn 5, de S" Juliette el son fils Çyr • cl sans doute de S’Démétrïus, de Thessaloniquc,.\ Les légendes de ces saints sont celles connues et acceptées par rOccidenl;le génie égyptien y a toutefois mis son sachet. D’ailleurs, au fond de la plupart de ces Actes, il y a sans-doute
un fuit réel, agrémenté selon les recettes littéraires de[h PEgypleV ^;’^;,^a^y--jM ^.^il^ùn!
La seconde catégorie est bien plus intéressante et renferme^ les plus beaux spécimens de l’invention copte. Je commence rai par les martyrs exotiques et par la jeune Irène, lille du roi Lucien. Ce bon roi avait des idées particulières sur l’éduça? tiôn des femmes. Pour élever sa fille, il lui fit bâtir un s château ayant soixante fenêtres et entouré de douze lours~ïp le père de la princesse du iNaharaïn dans le conte du prince prédestiné semble avoir eu les mêmes idées. Cependant} Lucien avait eu des égards pour sa fille; il lui avait fait faire’ une lablc d’or, une coupe d’or et tous les ustensiles du? château étaient d’or et d’argent. Il chargea d’instruire la princesse un vieillard qui devait lui parler de l’intérieur de l’une des tours.
Cette fortunée princesseavait alors six âns^p mais déjà elle était merveilleusement sage. Elle eut uhé<{ vision: une colombe vint tenant en son bec un rameau d’olivier qu’elle posa sur là table d’or; puis un aigle tenant en ses serres une couronne qu’il posa également sur là table; enfin un corbeau tenant un serpent qui fut encore déposé sur • la table, près du rameau d’olivier cl de la couronne. Irène v demanda à son maître le sens de la vision; le vieillard la lui expliqua sur le champ:1a colombe, c’était la science de la loi;le rameau d’olivier, le baptême;l’aigle, la victoire;la couronne, la gloire des justes; le corbeau, le roi; le serpent, la persécution. Il ajouta que la jeune fille serait nécessaire ment martyre pour le nom du Christ.
Irène ne fut aucunement choquée d’entendre comparer son père à un corbeau cl elle dut réfléchir beaucoup aux paroles de son maître. Un jour, sans doute après quelques années de cette singulière instruction, le roi Lucien vint visiter sa fille et lui demanda
chacun de ces Actes et de faire la part de l’Égypte. On comprendra facilement quelque Jour. ’}’ que Je ne puisse faire ici cet examen, mail je me propose bien de le faire;;"".""’— ^
« d’épouser un patricien i Irène pria Son père de lui accorder trois jours de réflexion. Elle se coupa les cheveux, se présenta devant les idoles de son palais cl leur demanda conseil: les idoles ne lui répondirent point. Elle se retourna vers le Dieu dés chrétiens et dit: c 0 Dieu des chrétiens, dirige-moi vers ce qui le fait plaisir. » Un ange lui apparut aussitôt cl lui annonça l’entrée dans la ville d’un disciple de l’apôtre Paul qui la baptiserait. Entrer dans la ville ne devait offrir aucune difficulté; entrer dans le palais devait en offrir davantage. Cependant le disciple de l’apôtre Paul y entra, sans que railleur nous dise comment il s’y prit, cl baptisa la belle isolée. Au bout des trois jours, quand le roi et la reine vinrent luit demander sa décision, Irène leur apprit qu’elle était chrétienne.
Son père s’irrita grandement, la fil sortir du château, l’emmena dans sa ville capitale el la fil fouler aux pieds des chevaux ’: Irène n’en souffrit aucun mal. A la vue de ce prodige, son père et sa mère crurent au Messie, renon cèrent à la royauté et se retirèrent dans le château où avait élé élevée leur enfant. En vain le roi du pays voisin voulut-il les presser de rentrer dans leur ville capitale: ils refusèrent. Ce voyant, ce roi y" entra pour son propre compte, se saisit d’Irène cl la lit torturer, lâcha contre elle des lions, des serpents et lui mit au cou une grosse pierre. Sur ces entre-, faites, ses parents se firent baptiser avec trois cents personnes de leur maison. Le roi Numéricn, qui est ici païen, apprit la nouvelle, se fit remettre Irène et la conduisit à Salonique où il l’enferma dans un taureau d’airain que le Seigneur brisa, 11 mourut bientôt et eut.
Sapor pour successeur: celui-ci fit venir Irène en sa présence et la perça de sa lance. La vertu divine transporta son corps h Ephèse. Pour mettre la cons cience de son lecteur en repos au sujet de la succession un peu fantastique de ses empereurs, l’auteur affirme que la jeune
tapis sacré qui a couvert la Kaaba est ramené au Caire, des fanatiques se jettent sous les pieds des chevaux, •,
Irène fil sa confession tour à tour devant les rois, de Perse, de Macédoine et de Constantinople ’. Nous sommes donc bien rassurés.:•>,<: -<,; >;-•_.L^.-i.’I, -^..• J r^A’
près à ceux d’Irène. Celte sainte l’une des plus célèbres en Égypte, était la fille d’un grand personnage de la ville de
« Maschraq, nommé Marcien, aux jours du roi Maximien. Son père lui lit une tour où il l’enferma, afin que personne ne la vit. On avait omis tout d’abord de construire, une salle de bains dans la tour; Marcien ordonna dé réparer l’omission et d’éclairer la salle par deux fcnêlres. Barbara en lit faire trois au nom de la Trinité sainte et fit même placer l’image de la croix au-dessus de la piscine. Quand le père revint pour voir comment ses ordres avaient été exécutés, il fut fort étonné de trouver trois fenêtres au lieu de deux qu’il avait commandées: il en demanda la raison aux ouvriers. Ceux-ci le renvoyèrent à Barbara. Barbara lui avoua ingénument la raison et l’enga gea vivement à se fairechrétien. Marcien transportéde fureur, tira son épée cl courut sur sa fille pour la tuer.
Barbara s’enfuit et courut jusqu’au moment où elle se trouva arrêtée par un rocher; mais ce rocher s’entrouvrit complaisammcnt, la fugitive y entra et Marcien se trouva forl slupide. Cepen dant si Barbara fût toujours restée en son rocher, elle n’aurait pu êlrc marlyre; or, elle devait êlre martyre, puisque l’auteur la destinait à ce genre de mort; elle devait donc sortir et elle sortit. Son pèrcla remit énlrcles mains du roi qui la tortura de grandes tortures amères. » Pendant qu’elle souffrait, une jeune fille, nommée Julienne, commença de pleurer sur elle: on l’adjoignit à Barbara. Le Seigneur Jésus le Messie apparut à celle-ci, l’encouragea et la consola. Le roi et Marcien cou pèrent la tète à Barbara ainsi qu’à Julienne; pour leur récom pense, le feu du ciel descendit et les brûla. Les corps des deux marlyrcsfurenldéposésdaiis une église en dehors de la ville;
tf’Abouqîr^. ’ ’;-;. V>Ï<^OV-V ’ -^ï^^a^ puis,’ plus tard, ’ transportés/ en ^Égypte dans là ville ":
Avec les Actes d’Euphiosyne, nous entrons dans un autre ordre didées. Il y avait dans là ville de Minbig, un grand émir nommé Euphronios, idolâtre et ayant une fille encore vierge, rî-carélhr n’avait que neuf ans. « Elle se nommait EUphro syne, et, quoique dans cet âge délicat, les problèmesde là plus haute philosophie s’agitaient déjà dans son jeune esprit. "Quand on là conduisait devant Apollon, le dieu du logis paternel, elle se disait en son âme: « Qui sait si ce Dieu est bien celui qui a créé le ciel et la terre? Si c’est lui, pourquoi ne se meut-il pas? » L’n jour qu’elle se parlait ainsi, elle s’endormit et eut un songe. Une jeune femme lui apparut et lui dît i « Paix à loi, Ô ma belle! » 4:w Qui es-tu, Madame? » demanda Euplirosync. —- « Je suis Técla qui combattis avec 1lé saint Apôtre. Mon Dieu à vu quel était lé souhait de ton coeur; il m’a envoyée vers loi pour l’apprendre que ceci n’est pas un Dieu, mais une idole sans âme. Il n’y a d’autre Dieu que Jésus le Messie, créateur du ciel etde là terre. Il faut, ma fille, que tu souffres de nombreuses peines pour son nom. »
Où Irouverai-je Jésus le Messie, demanda là jeune fille, afin q[ue je me prosterne devant lui? »’—« II viendraprompte méni à loî, » répondit Técla, et la vision disparu!. Le lendemain Euphronios fit un grand festin à ses amis et dit & sa fille:« Te Voilà maintenant nubile, viens sacrifier en l’honneur d’Apollon, le grand dieu. » « —’ « Est-ce que c’est té Dieu qui" a créé le ciel cl la terre? » demanda la petite impertinente. -^ « Tais-loi, dit son père, lu es jeune cl n’as encore rien appris. » Et lorsque le soir fut arrivé, que les convives curent bu plus que de raison, Eiiphrosyne se leva, se rendit à la chambre de l’idole, la déposa de son piédestal, là ligolta et l’emmaillota, comme une momie, puis la laissa couchée sur le sol. Le lendemain. Euphronios, prit sa fille
Syna-rare, S Kihak. * pour la conduire sacrifier au Dieu: on le trouva gisant « lorrc, comme s’il fol mort, Est-ce le Dieu dont tu m’as parlé? »
« demanda la malicieuse enfanl; il est jeté à terre! » — « Il n’y a que des voleurs pour avoir fait semblable chose, » dit Euphronios, et il fit venir dés ouvriers qui lui confectionnèrent un autre Dieu. « Maintenant, dit il à sa fille, oifredui du lait » Elle refusa: Qu’il ne m’arrive jamais, dit-elle, de me
« prosterner devant une idole muelte qui peut se laisser voler par des voleurs! S’il est Dieu, pourquoi ne s’est-il pas sauvé lui-même? Il n’y a d’attiré Dieu que Jésus le Messie, roi du ciel el de la terre, Dieu de vérité. » A ces paroles, son père devint comme un lion féroce, il la frappa au visage et dit à ses domestiques:« Prenez-la, enfermez-la jusqu’à demain. » A minuit, un beau jeune homme lui apparut, semblable à un roi; entouré d’une grande lumière, couronne en tête, et sur la couronne une croix. Le jeune homme dit: « Euphrosyne? » — « Qui esAn, Monseigneur? » demanda-l-elle. — « Jésus le Messie, et tu seras couronnée dans mon royaume, infaillible menl. » Alors, sur l’ordre de Jésus, un Ange la prit et la baptisa dans une eau pure.
Cependant sa mère, Eupraxia, ayant appris ce que son mari avait fait à sa lille, vint la Irouvor el lui dit: « 0 ma fille, celle méchante bêle féroce veut te tuer, fuis au monastère des vierges. » Alors elle lui donna du pain et des provisions pour la roule, une robe de toutes les couleurs qu’elle avait elle-même faite à l’inleh lion d’Euphrosyne, la confia à une vieille négresse et se sépara d’elle, non sans des larmes bien amères. Euphrosyne et sa servante Irouvèrcnl aux environs d’Anlioche un monastère où vivaient dix vierges, sous la conduite de leur vieille supérieure, nommée Gazette, La vieille Gazelle reçut Euphro syne, la traita comme sa propre fille et lui apprit à lire dans les livres. Une nuit, Euphrosyne cul un songe: elle se vit entourée d’une foule de chiens, puis un taureau s’élança sur elle pour la percer de ses cornes, puis un jeune soldat se présenta et la sauva du taureau. Gazelle lui expliqua claire
meut quo le taureau était Satan, les chiens les séides de Salan, et le jeune soldat Jésus le Messie. Comme elle parlait encore, les envoyés du roi frappèrent à la porte el demandèrent brusquement à la portière: « Combien avez-vous ici do vierges? » Ces envoyés, soldats el généraux remplissaient une curieuse mission:ils avaient parcouru le monde entier à la recherche d’une femme pour le roi Mavimien, comme jadis les esclaves d’Assuérus; mais avec cette différence que ceux ci amenaient à leur maître toutes les femmes qu’ils trouvaient belles, tandis que les envoyés de Maximien devaient lui ame ner la plus belle femme de la terre. Ce n’était pas chose facile; mais l’empereur avait fait faire un tabh.au sur lequel était peinte celle plus belle femme de la terre, avait remis ce tableau à ses olliciers et leur avait dit de chercher celle femme, car il ne pouvait épouser qu’elle.
Les malheureux revenaient de leur longue et infructueuse expédition, lors* qu’ils frappèrent à la porte du monastère dont Gazelle était supérieure et demandèrent brusquement à la portière: « Combien êtes-vous ici de vierges? » La portière loul inter loquée répondit: « Onze. » Ce.chiffre ranima les envoyés, ils se précipitèrent dans le monastère et firent comparaître la supérieure. « 0 Supérieure, lui dirent-ils, nous avonsen main l’ordre du roi; nous cherchons une belle jeune lille, Nous avons un poitrail sur un tableau cl nous cherchons une vierge qui lui ressemble. Fais-nous voir l’une après l’autre (otites les vierges que lu as. » La vieille Gazelle, pleine d’effroi, répondit: « Nous sommes de vieilles et vilaines femmes, personne parmi nous ne ressemble à ce que vous cherchez. »
Puis elle leur montra neuf religieuses. « Où çsl la dixième? lui demandèrent les envoyés, car on nous a dit que vous étiez onze. » Gazelle dut s’exécuter, elle amena Euphrosyne toute pleurante. Les olliciers de l’empereur confrontèrent la jeune fille avec leur tableau: ô merveille, l’objet de leurs recherches était trouvé! Euphrosyne était même plus belle que son por trait. Ils l’emmenèrentaussitôt à Nicomédio, lui cnlevèrentscs - I!>2
babils monastiques, la couvrirent de vêlemcnls magnifiques et la lireni entrer dans te château du roi. Lo soir venu, les bai’ gueuses s’approchèrent d’elle, la parfumèrent, l’ornèrent mal-* gré sa résistance et la firent entrcrdaiis la chambre intime où allait arrivorle roi. Sur ces entrefaites, le roi Maximien quitta son tribunal et enlradaus la chambre. A lavuod’Euphrosyne, il perdit l’esprit et resta stupéfait île tant do beaulé; plein do désir, il s’avança vers elle, lui prit les mains tt voulut la vio lenler. Elle lui résista, forte comme une lionne; Maximien passa toute la nuit en de vains efforts. Quand lo jour parut, son courroux était extrême: il ordonna de lui enlever les bijoux dont on lavait ornée, de la chasser du palais, de lui mettre aux lianes une ceinture de fer rougi au feu, do lui brûler la lèle el le visage, puis de la jeter en prison, En ces supplices, Euphrosyne avait perdu la vue.
Souriel des cendit vers elle, lui rendit la vue et la fit paraître plus belle encore que la veille. Le géanl Maximien, là voyant sans bles sures, lui dit: « Il mesemble que tu saisie métier do magicien. » Il lui fil couper lo nez, les oreilles, les mains et les mamel les. Souriel lui rendit tout ce qu’on lui avait enlevé. Cependant Gazelle, qui se doutait bien comment tout celase terminerait, avait envoyé à Nicomédie, vêtues comme des laïques, la servante d’Euphrosync et une soeur auxquelles elle avait remis le vêlement de loules les couleurs tissé par la mère de la jeune fille. Euphrosyne les vit et se recommanda à leurs prières. Le malin venu, on fit sortir la jeune martyre de la prison où on l’avait enfermée de nouveau; Maximien lui dit: « Proslernc-toi devant le grand Dieu. » — « Hypocrite, répondit Euphrosyne, ne dis pas semblable chose. » Maximien furieux se précipita vers ses soldats, pril l’épéc de l’un d’eux et en perça la vierge qui tomba morte. Il ordonna de brûler le cadavre; nuis les soldats lo remirent:
à la servante qui l’ensevelit dans le vêlement apporté. *
Synàxare, 12 Toubab. ~ DM ~
Lorsque Ni comédie avait été le Ihéàre de pareils événe- ments, Anlioche ne pouvait être moins bien traitée: elle mil Philothée: Les parents de Philothée adoraient un veau, nom mé Ismarqalous. Ils prenaient le plus grand soin de leur dieu, le nourrissaient de grains trempés dans l’huile el le miel, le parfumaient trois fois le j’>ui\ lui donnaient à boire du vin et de l’huile de sésame; ils lui avaient même bâti maison d’hiver el maison d’été, lui avaient mis un collier d’or au cou et des anneaux de même métal aux pattes de devant et aux pâlies de derrière. Jamais animal divin n’eut plus zélés el plus généreux adorateurs. Quand le jeune Philothée ont dix ans, ses parents voulurent le faire adorer le beau taureau; c’était un. joli garçon, mais plus sage encore que beau; il s’y refusa’.
Cependant son instruction religieuse n’était pas encore très développée; il croyait que le soleil était le Dieu créateur de toutes choses, pour en être sur, il le lui demanda’: « Je t’en prie,’dit-il, si tu es Dieu, apprends-le moi. » Et le soleil, prenant une voix, lui répondit du haut dés airs: « Je ne suis pas Dieu, mais le serviteur du Dieu que lit connaîtras plus tard cl pour le sain! nom duquel lu répandras ton sang. « Devant une telle droiture de coeur, le Seigneur ne pouvait rester insensible; il envoya uii Ange qui instruisit Philothée sur la nature de Dieu. Il commença d’abord par lui apprendre l’histoire du monde depuis la création jusqu’à l’Incarnation du Messie. Il fallut un an pour cela; mais la jeunesse de Phi lothée se réjouit grandement: cet aimable enfant se mit à^ jefthèr, à iie hianger que du pain et dû sel, à prier cl à faire l’aumône.
Au bout de l’année/ ses parents donnèrent une fête à leurs amis et commencèrent la fêle par un sacrifice à leur dieu; ils voulurent que Philothée y prit part. Quand il fut en présence de l’animal; Philothée lui demanda: « Est-ce que tu es un dieu? » Le taureau répondit: « Je ne suis pas un dieu; mais Satan est entré en moi pour séduire les hommes. » Cela dit, le taureau ingrat s’élança sur les parents de Philo thée el les tua à coups de cornes. Philothée le lit mettre à — tôt ~ mort par ses serviteurs, et le Seigneur lui fit la grâce do res siiciter ses parents qui lui racontèrent tout ce qu’ils avaient vu dans l’autre monde. Tous ensemble ils se firent baptiser, el Philothée obtint le don des guérisons. Dioclélien ne tarda pas d’être mis au courant de ce qui avait eu lieu; il lit venir Philothée et lui proposa de sacrifier aux idoles.
En récom pense de son refus, Philothée reçut la bastonnade, fui mis sous nue grosse pierre, frappé sur la bouche, eut la langue coupée, les dénis brisées. Après ces premierssupplices, l’em pereur le caressa, lui fit les plus belles promesses el lui offrit de l’introduire en son.palais pour adorer Apollon, Le martyr consentit. L’empereur au comble de la joie lit amener ses soixante-dix dieux et leurs soixante-dix prélres, pendant qu’un héraut criait par la ville que le peuple eût à se rassem bler pour assister au sacrifice de Philothée. Chemin faisant, le saint fil ttno prière: la terre mugit en s’en trou vaut; dieux et prélres descendirent dans l’abîme. Les assistants à la vue de ce prodige, confessèrent tous la foi en Jésus le Messie. Dioclélien leur fit trancher la tète et rendit aussi la sentence capitale contre Philothée’. » »
La Perse fut choisie comme théâtre d’un certain nombre de martyres*; parmi les actes de la persécution persane, il n’y en eut pas en Égypte de plus célèbres que ceux de Jacques fintercis, parce qu’on le coupa en Irente-dcux morceaux. Il était soldat d’Askarad, fils de Sapor;il en étail même le favori, el, désireux de conserver les bonnes grâces de son maître, il abandonna la foi du Messie. Lorsque sa mère cl sa femme eurent connaissance de son apostasie, elles lui écrivi rent la le lire suivante: « Pourquoi as-tu abandonné la foi du Seigneur le Messie? pourquoi as-lu adhéré au culte des éléments créés, des idoles impures, du feu cl du soleil? elc. Sache que, si lu continuesainsi, lu n’as plus rien de commun »
« « « avec nous, ni nous avec toi. » A la lecture de colle lettre, Jacques pleura; s’il était ainsi devenu étranger à sa mère et à sa femme, que serait-ce poW le Seigneur! Cette réllexion lui ouvrit les yeux: il quitta le service du roi et se mit à tire les livres sainls. Le roi fut bientôt instruit de ce changement et lui fil donner une forte bastonnade; puis il le fit couper en morceaux, en trente-deux morceaux. Jacques, à chaque fois qu’on lui coupait quelque nouvelle partie do son corps, chantait:.’ O Dieu des chrétiens, par la grandeur do la miséricorde, reçois ce rameau du tronc de l’arbre; car si le vigneron taille la vigne, elle lleurira Î »H mois de nizan el étendra ses branches, » Finalement, il eut la lèle coupée; mais le Seigneur lui avait apparu auparavant et l’avait consolé. Son corps, enseveli précieusement par sa nïère el sa femme, eut une destinée nomade;en dernier lieu, il fui conduit à Dehnesa ’.
Lo plus célèbre de ces martyres exotiques fut sans contredit celui do S1 Georges. On trouvera à la fin de ce volume l’étude spéciale que j’en ai faile. Je me contenterai do dire ici que tous les, éléments de ce martyre se trouvent dans
deux. Georges soutire à Milylèneen Arménie; il met sept ans à accomplir son martyre. Le roi d’Arménie a les soixante-dix dieux de Dioclélien el il fait rassembler tous les rois <VÉgypte pour savoir ce qu’il doit faire. Georges meurt quatre fois; les trois premières morts sont suivies de résurrection; la dernière est la bonne. Il est enfermé dans la fameuse roue à scies cl coupé en deux; il consent à adorer les idoles el les fait englou tir par la terre. Il opère les plus grands miracles, cl ces miracles sont les mêmes que dans nos autres Actes*.
On ne doit pas être surpris que les auteurs coptes aient
« « « llodleienne d’Oxford et dan » un autre de la bibliothèque de l<ord Crawford. Je le ai copié tous les deux, el j’en ai publié la traduction dan » me » Conte* et Homans de l’Égypte chrétienne.. — m— choisi des pays étrangers pour théâtre de Jours récits: un tel choix est fort compréhensible. Ces auteurs étaient toujours quelque peu gênés lorsque leurs uuivres se déroulaient en Égypte; ils étaient au contraire très-libres dès qu’il s’agissait de la Perse, de l’Arménie, de la Palestine, de la Syrie, de la Macédoine, ete. Qui pouvait les contredire ’/Personne.’D’ail leurs ils prévenaient les contradictions en faisant agir leurs personnages, comme si ceux-ci eussent vécu en Égypte ’. Cependant leur pays fut toujours préféré par eux à lous les autres, mémo dans lo genre purement romanesque. Les trois rouvres dont il me reste à parler le montreront amplement.
mélange do légendes. Païsi étail d’Abousir, à l’ouest d’Eseh mouneïn; c’était un homme riche, possédant de nombreux troupeaux, des terres considérables: il était charitable, ne se refusait pas à tuer un mouton pour les pauvres et faisait beaucoup d’aumônes. H avait une sieur nommée Técla, qui elle-même avait un ami nommé Paul *. Ce Paul était un marchand syrien, et il se rendit un jour à Alexandrie pour y faire son négoce. Il y tomba malade cl’le fil savoir à Païsi, lui recommandant de venir le trouver de suite, car il voulait le faire son légataire universel, Païsi se rendit aussitôt à la prière de son ami; mais, à son arrivée dans la ville d’Alexan drie, il trouva Paul guéri. Il semblerait dès lors que les deux amis n’eussent plus eu qu’à retourner à Eschmoiineïn; mais pareille décision eût élé des plus contraires au but de l’auteur.
Ils restèrent donc à Alexandrie et se mirent à visiter les martyrs dans les prisons de la ville, car on élail en pleine persécution. Tous les saints leur prédisaient qu’ils seraient infailliblement martyrs, et les deux amis étaient très heureux. Sur ces entrefaites arriva Yictor, fils de llomànos: Paul cl Païsi admirèrent sa conduite et envièrent son détachement
« de la montagne, où elles font de corbeille », tout comme les moine..
|9Ï — des biens de ce monde. Païsi se présenta devant le gouverneur, confessa le Messie; le gouverneur eut aussitôt soin de le faire torturer, de lui faire appliquer aux lianes des torchesardentes, donner la bastonnade, couper te corps en morceaux; l’Ange du Seigneur le guérissait à mesure et son ami Paul, en compagnie de tous leurs domestiques, assistait au supplice, pleurant, mais fier. CependantTécla était restée à Eschmou neïn, inquiète de ne voir revenir ni son frère, ni sou ami: l’Ange du Seigneur lui apparut et lui ordonna d’aller Irouver son frère. Técla obéissaule chercha une barque; comme elle n’en trouvait point, le Seigneur lui envoya une barque spirituelle , montée par la Vierge Notre-Dame et sa cousine Elisabeth, Avec ce saint équipage, la route se fit agréable ment. Les deux compagnes de Técla la consolaient tour à lotir au sujet de son frère; l’une disait: « Je n’ai eu qu’un fils et ou lui a coupé injustement la tête;j’en ai eu beaucoup de chagrin. » L’autre ajoutait: « Moi, je n’ai eu qu’un fils et on l’a crucifié par envie. » La pauvre Técla n’y comprenait rien, mais se sentait consolée; elle ignorait quelles étaient ses compagnes, mais se sentait heureuse en leur compagnie. Arrivée à Alexandrie, elle demanda où était Païsi; les gens de la ville lui rirent au nez, en disant: « Qui est Païsi dans Alexandrie? » Le nom devait en effet être fort commun. Cependant elle finit par trouver celui qu’elle cherchait. Ella se présenta avec lui devant le gouverneur qui les fit torturer, leur lit enfoncer des clous dans le corps et écorcher la peau delatêlc. Puis, il les remit entre les mains du vali de Khoussous pour les conduire dans la Haute Égypte. A un certain endroit, la barque s’arrêta et le vali fut obligéde faire décapiler le frère el la soeur, pour pouvoir continuer son voyage. Un prêtre de Schentouf prit soin de leur corps qu’on avait jeté dans les épines cl dans l’h al fa. Paul le Syrien et le
t. C’est-à-dire une barque MUS réalité autre que l’apparence, ou bien une barque vraiment céleste, un double ùc barque servant aux doubles de* bicuncureux.
fils de Técla, Apollonios, furent aussi martyrs, sans que le synarare nous en apprentie plus long à leur sujet ’.
« Il esl regrettable que l’analyse des Actes de Païsi et de Técla ne soil pas plus détaillée;le petit roman de Ploléméo l’est heureusement davantage. Ploléméo était le fils d’un homme très riche de Dendérah, nommé A’estorius: c’était un fils unique et il menait joyeuse vie, comme il convenait à sa grande fortune. Il lui arriva un jourdemonleràlamonlagne pour chasser les animaux sauvages. Comme il y moulait, le moine Paphnuli en descendait pour se rendre au fleuve remplir sa cruche d’eau. Une voix du ciel se lit entendre disant: « Oh! Paphnuli! » Celui-ci répondit: v Qu’ordonnos lu, mon Seigneur? » — « llegardo à ta droite, reprit la céleste voix, lu verras un jeune homme qui moule. Le moine se > »
retourna en elïcl, il vit Ploléméo vêltide riches babils, comme les enfants des rois, suivi d’un grand nombre de compagnons: lous ensemble ils se rendaient à la chasse des animaux sauvages. En arrivant près de lui, les compagnons de Plolé méo ne prirent point garde à l’admiration de Paphnuli; mais ils lo chassèrent, tant ses babils étaient sales, tant son aspect était dégoûtant. Ils agissaient comme de pauvresjeunes gens éccryclés; Ploléméo au contraire eut bientôt discerné que Paphnuli était un homme de Dieu, il descendit de cheval el se prosterna devant lui, sans montrer le moindre dégoût de son extérieur. Il ordonna même à l’un de ses soldats de le prendre en croupe et il le conduisit ainsi en un beau jardin où il avait coutume de se promener souvent. Plolémée y avail amassé toutes les splendeurs de l’Orient. Les arbres y étaient nombreux, chargés de fleurs et de fruits; des jets d’eau tombant en des bassins remplis de lletirsdeloluseldc plantes aquatiques y entretenaient une agréable fraîcheur, des eaux courantes arrosaient le jardin tout entier et, par leurs méan
Borgia cf. Zofga: Calai. Cod. Copt. u° CXLIII, p. 218.
dres capricieux, dessinaient à la vue des lignes fuyantes el pleines de charme; les tours où montaient les surveillants étaient magnifiques; par dessus tout un kiosque merveilleux étalait tout le luxe orient il. Hélait pavé do marbres de diverses couleurs, meublé de coussins, de chaises, do lits tendus avec des étoffes do soie, fermé par une vaste tenture également de soie, comme un vaste parasol. On y pouvait goûter toutes les douceurs de la vio dans le nonchalant repos si cher à l’Égypte, la pensée restant vague et inoccupée, le corps lout imprégné de bien être. Et quand le vieux Paphnuli. tout sale, lout en guenilles, vit cette gloire, une émotion violente le saisit et il se mit à pleurer, Ploléméo, devenu tout d’un coup fils de roi, lui dit: Apprends-moi ce qui te cause de la peine
« au point d’en pleurer! » — « O mon fils, dit le vieillard, s’il y a ici tant de gloire el d’honneur, combien seront immenses la gloire el l’honneur qui nous sont réservés dans le royaume des cicux. » Ploléméo, charmé de celle douce réponse, prit goût au vieillard, il voulut le retenir avec lui dans ces lieux enchanteurs. Le saint lui dit: « Je ne peux pas demeurer chez loi. » — « Eh bien, dil Ploléméo, emmène-moi avec loi dans le désert. » — « Je crains la puissance de Ion père, reprit Paphnuli; mais si lu veux arriver au royaume des cicux par le chemin le plus court, je t’enverrai à la ville d’Anlinoë près du dévot Dorothée. » Ce dévot Dorothée élait un moine que la beauté de ses adorations avait fait surnommer vêtement de lumière; Paphnuli lui écrivit une lettre qu’il remit à Ploléméo, en lui donnant les instructions les plus détaillées sur la manière dont le jeune homme devrait s’y prendre pour échapper aux épreuves de la route ’. Cependant il ne lui dil pas un seul mol du martyre vers lequel il l’envoyait. Paphnuli retourna vers son désert; Ptolémée, quittant la vainc splcn
Kst-H besoin de faire observer combien ces détail* et ceUc manièrede Jiroeéder nous ramènent à ces contes de liasse Bretagne où l’on ne manque amais d’avertir le héros de tous les enchantements dont il aura à sortir vainqueur? Il n’aura pour cela qu’à reciter les formules qu’on lui apprend. C’est bien ici le iras,,......
« deur du momie, ayant pris un déguisement pour ne pas être reconnu, se mit en route vers Anlinoè. Sur le chemin, il rencontra une courtisane qui se mil en devoir d’attenter à sa vertu: Ploléméo suivit les recommandations de Paphnuli et sortit vainqueur do celle première éprouve. Quand Je jeune homme eut remis la lettre à Dorothée, vêtement de lumière,’ celui-ci comprit bien vile quel avail élé le but de son ami Paphnuli; il lui fil l’éloge du martyre el l’ardentjeune homme’ partit aussitôt pour être martyr. Arrivé en face d’Anlinoé, comme il traversait le Nil dans une barque, le vent se mit h1 souiller avec une violence -inouïe; c’était’Satan qui voulait* s’opposer à sa belle confession, Ploléméo invoqua le nom de Jésus le Messie, il sortit encore’victorieux de celle nouvelle tentative de l’ennemi.
Pendant tout ce temps, au désert; Paphnuli priait pour lui. Il se présenta devant Arien qui le tourmenta de diverses manières; quand le vali en fut lassé, il l’envoya au village de Totikh-el-Klieil, au nord-ouest de la ville do Taha, Là on le pendit à un cèdre el il resta suspendit neuf jours sans mourir; les soldats s’ennuyèrent i » la fin el l’élrariglèrent. Le cèdre, sanctifié par le martyr, laissa désor mais couler du miel de son tronc: ce miel guérissait toutes les maladies el avail une merveilleuse ellîcacilé pour convertir les hérétiques ’.
L’oeuvre que j’ai réservée pour clore celle série esl, à moiv sens, la plus curieuse des Actes égyptiens. Elle a Irait à Sarapamon, évêque de Nikious: nulle part, je crois, le génie copte ne s’est donné plus libre carrière. Tous les genres y sont représentés et c’est comme un résumé de toulcs les
manières. Par bonheur, ils nous sont parvenus en partie intacts: lés lacunes que présente le manuscrit."du..Vatican où ils sonl conservés; sont comblées par le résumé arabe *. Donc,
acéphale et plusieurs feuilles sont absentes. Publié par M. Hyvernat, op. cit. p. 301-331. _ 20.1 Sarapamon était de race juive: cela peut sembler étonnant de prime abord avec le nom qu’il perlait; mais l’aulcur nous apprend que Sarapamon se nommait Siméon et qu’il était de la famille même de S’-Eiienue le diacre et le premirr des martyrs.’ « C’est donc une chose fort connue, dil l’auteur, qu’il était de Jérusalem et que le nom de son père élail Abraham, lils do Lévi, fils de Joseph, frère de Siméon, oncle maternel de S’-Etienne, » Deux générations à peine le séparaient de son illustre parent; ce qui ne l’empêcha pas de vivre sous le règne de Dioclélien. Quand le jeune Siméon cul un peu grandi, il eul un vif désir de se faire chrétien et il alla trouver Jean, évêque de Jérusalem, pour se faire instruire.
L’évèque l’instruisit du mystère de l’incarnation, mais ne voulut pas le baptiser, par peur des juifs. Siméon se trouvait dans un grave embarras, lorsque la Vierge Marie lui apparut et lui recommanda de se rendre près du patriarche d’Alexandrie, Théonas. Siméon obéit: sa roule lui fut facilitée, car l’Ange du Seigneur, sous la forme d’un beau jeune homme, l’accompagna tout le long du chemin, comme jadis Raphaël avait accompagné le jeune Tobie. Comme les deux voyageurs approchaient de la ville, l’Ange précéda son. compagnon pour avertir le. patriarche qui se réjouit de l’arrivée de Siméon, l’instruisit et le baptisa. Après soiit baptême, le jeune néophyte, qui avail changé son nom de Siméon en celui de Sarapamon, se lit moine au monastère de Zoiigag, en dehors et tout près de la ville.
Théonas mourut et Pierre lui succéda. Le nouveau patriarche confia d’abord à Sarapamon l’administration de son palais, puis il l’ordonna évêque de Nikious. La ville de Nikious était alors florissante,, elle possédait plusieurs grands temples où l’on adorait les. idoles: Sarapamon ne cessa de prier le Seigneur « jusqu’à ce que les temples eussent été détruits, qu’il n’en restât plus de traces, que le fleuve fût monté et les eût submergés ’. » Ce
Dans toute celle, phraséologie, il faut comprendre que Sarapamon aurait détruit les temples. Il n’est pas croyable que finondation si l’on ue fût venu
saint homme après avoir ainsi « déraciné » l’idolâtrie,, combattit les blasphèmes d’Arius avec une grande vigueur. Cependant son clergé n’était pas exempt de tout reproche. Un jour, Sarapamon reçut la visite de l’Ange du Seigneur qui lui parla en ces termes: 0 toi à qui l’on a confié le
« peuple du Messie, pourquoi négliges^lu le prêtre de l’église qui est à côté? Car Satan incline son coeur vers le compte des éléments simples, l’élection dès jours el des heures; il frappe lo sable, il prend en considération les augures el les enchantemenls, il dil en parlant du Ml: — Il moulera de tant et tant de coudées, — et il amasse beaucoup d’argenl ’. Et nous, les Anges des hommes spirituels, nous voulons la perle de ceux qui font ces mauvaises choses sur terre, et le roi de vérité, Jésus le Messie, ne nous le permet pas, disant: — Prenez patience à leur égard; il se peut qu’ils fassent pénitence, car ils ont chez eux les livres des prophètes, les épilres et les évangiles qui leur défendent toutes ces choses. — Maintenant moi, je t’apprends que si tu yeux être sain cl sauf de son péché, lu ne dois plus lui permellre d’enlrer à l’autel, car, s’il y entre, je le couperai en deux; pcrmels-lui, seulement de se tenir avec les simples fidèles, à condition qu’il ne remplira plus les fonctions du sacerdoce. »
A ce discours, Sarapamon tomba à terre de frayeur; l’Ange le consola et lui dit que ses prières étaient agréées du Seigneur, comme l’avaient élé autrefois celles de Mclchisédcck, roi de Salem; puis il lo quitta. Malgré ces consolations, le pauvre Sarapamon resla toute la journée comme ivre cl « il en oublia son coeur. » Il obéit d’ailleurs à toutes les injonctions de l’Ange. Il est facile de concevoir que la renommée d’un Ici saint se répandit promptement en tous pays: aussi Dioclélien, qui ayait commencé la persécution, entendit bientôt parler
« h son aide, eût causé tant de dégâts. D’ailleurs, rommo ceî » Actes sont pure ment imaginaires, à mon sens, il ne faut voir en ces renseignements que des allusions à des faits réels dont l’auteur est inconnu.
« « soûl encore en usage en Égypte.,..., s; ~ 2o;t — de Sarapamon, de ses prodiges, delà destruction des temples, elc, et commanda qu’on le lui amenai promplemenl. Ses envoyés n’eurent aucune peine à se saisir de sa personno el à l’emmener; lorsqu’on fut arrivé à Alexandrie, on le mit en prison et tout le clergé de la ville, patriarche en lèle, alla le saluer: lout lo monde fut émerveillé de la beauté île son visage, il ressemblai! à s’y méprendre à celui de l’Ange du Seigneur. Cependant on le conduisit à Dioclélien qui lui fil endurer toutes sortes de tourments, mais en vain; car l’Ange du Seigneur descendait le consoler el le ressuscitait à chaque fois. De nombreuses foules se convertirent, à la vue de ces prodiges, el furent décapitées.
L’empereur se vit dans l’obligation de le renvoyer à Arien pour lui faire trancher la tête’. Arien y mit du temps. Il commença d’abord par faire couper les membres de Sarapamon el à les faire cuire dans une chaudière: le Seigneur, en compagnie de Michel el de Cabriel, descendit du ciel el, de la même main qui avail façonné Adam, façonna Sarapamon. Celui-ci ressuscilé se représenta devant Arien qui le fit reconduire en prison. Eu prison, Sarapamon trouva de nombreux compagnons; il les embrassa jusqu’au dernier, il convertit un archonte cl ses six cents hommes emprisonnés pour n’avoir pas payé l’impôt.’ Le lendemain, l’évèque se rendit au tribunal, en criant: » Tri bunal, tribunal, je viens encore à toi, à loi avec Ion Apollon, moi avec Jésus. »
Arien le pressa de sacrifier; Sarapamon demanda qu’on fit sortir préalablement lous les prisonniers qui arrivèrent au tribunal en poussant des cris de joie 1. On apporta les dieux, puis l’encens, puis le registre des dieux: Arien offrit l’encens le premier et dil à Sarapamon: « Il n’y a aucun mal à cela, prends un peu d’encens, mels-le sur le réchaud; c’est tout ce que je te demande. » Sarapamon qui avait lu lo livre, s’approcha, comme pour sacrifier. Arien
1,. C’est ici que commencent les Actes copies.
« trilles aigus, que l’on peut entendre lous le » fours en Égypte.
%’€$: ~ 20t — était dans la joie; mais le saint, au lieu de jeter l’encens sur le réchaud, y jeta le livre, frappa la terre du pied cl Apollon s’y enfonça avec le réchaud; il prit un bâton cl brisa toutes les idoles du temple, pendant que les prisonniers en liberté renversaient le siège d’Arien, le brisaient et menaçaient de tuer le gouverneur, si celui-ci ne les faisait mettre à mort. Arien, pour sauver sa vie, les fit jeter dans des fosses pleines de feu. Il fit ensuite apporter un poteau long de vingt coudées,, y pendit Sarapamon: le poteau se couvrit de feuillage cl de fruits. Le gouverneur fit lancer des flèches sur le saint pendant trois jours et trois nuits; pas une seule ne le toucha et, par un joli tour, ce fui Arien qui se trouva pendu au poteau et percé de flèches *.
Les soldais voulurent faire descendre le gouverneur; leurs mains se pétrifièrent. Le malheureux Arien en fut réduit à implorer Sarapamon; celui-ci consentit à le faire descendre, mais non avant qu’Arien n’eût écrit de bonne encre: « Il n’y a pas d’autre Dieu que Jésus le Messie, Dieu d’apa Sarapa mon. » Aussitôt il tomba à terre. Mais en touchant la terre. Arien, comme jadis Antée, avait retrouvé sa force. « Je l’ai obéi, dit-il au martyr, cl j’ai adoré Ion Dieu; obéis-moi maintenant et adore mes dieux. » — « Tu t’es moqué de moi cette fois-ci, lui répondit Sarapamon, mais lu reviendras en mes mains. » Il y revint en effet; mais auparavant il fil cuire une seconde fois Sarapamon, puis il le fil jeter, en troisième lieu, dans la chaudière des bains publics.
Le saint s’y assit tranquillement el pria Dieu. A l’heure du souper, Arien se rendit aux bains et il se souvint de Sarapamon. Il l’a lia voir:« Attends un peu, Arien, lui dil le martyr, Ion eau esl Irop froide. » — « Tu as donc enchanté la chaudière! » répondit le gouverneur; mais pendant qu’il parlait, Sarapa mon avait trempé ses doigts dans l’eau, les avait secoués sur le cou du gouverneur dont la peau s’élait soudain bour
Le texte copte présente plusieurs lacunes « ans qu’il y ait interruption du tcxlc. Le copiste a passé des phrases entières sans s’en apercevoir. * »
« « souillée:une large plaie s’était formée. Cinq cents hommes se convertirent et il fallut les tuer encore sur le champ. On le fit à coups do massue. En prison, Sarapamon trouva de nouveaux fidèles, quoi qu’on les eût torturés la veille ou l’avanl-veille: « Salut, leur dit-il, paranymphes du Christ. » — Ils lui répondirent avec politesse: « Salut, Seigneur, saint élu du Messie. » Sarapamon les encouragea, puis au milieu de la nuit il pria a genoux, et aussitôt le fils de Dieu, en compagnie de Michel, descendit dans la prison. Le Sauveur lui fit les plus belles promesses ’, puis il embrassa le saint et lous les martyrs emprisonnés. Cependant les archontes’rete nus en prison, sans doute dans une autre partie, entendirent la conversation, comprirent aussitôt que le Dieu de Sarapa mon était eh’conversation avec lui, frappèrent à la porte cl dirent: v Noire père Sarapamon, ouvre nous afin que nous rassasions noire vue de Ion Dieu. »
Sarapamon leur ouvrit; mais le Messie était remonté au ciel. Les nouveaux arrivants étaient des sénateurs de la ville de Schmoun qui n’avaient pas payé les impôts. » Levez-vous, leur dit l’évèque, écoulez-moi, adorez mon Dieu cl délivrez-vous de la matière de ce mon de *. » — Ils répondirent:« Nous sommes prêts à mourir pour le nom de ton Dieu. » En effet, le lendemain, Arien envoya chercher Sarapamon, le pressa de sacrifier cl la comédie précédente recommença: Sarapamon promit de sacrifier si l’on faisait sortir de prison les chrétiens elles archontes, on les amena, ils lapidèrent le dieu, brisèrent le siège d’Arien et curent la têle coupée au nombre de six cenls, les archontes exceptés. Arien se tourna vers ceux-ci el leur dil: « Avez-votis bu, vous aussi, l’eau de la rage ou êlcs-vous
« « f. Au nombre de ces promesses se trouve la guérison de certaines maladies. A ce propos voici la traduction de JU* Hyvernat dont on, pourra admirer le galimatias et le non-sens: » Que la maladie du patient soit une fièvre froide! (sic), chaude ou tierce, qu’il soit ensorcelé ou possédé, blessé par un sort ou par un philtre (î), atteint de n’importe quel mat, ou de luuatisme, en un mot de toute maladie grave, etc. » C’est assez réussi.
irrités de ce que j’ai maltraité votre grandeur? Sacrifiez main tenant aux dieux de vos Seigneurs, les rois. » — Ils répondi rent:« Nous renonçons à tout ce qui nous appartient, à nos. femmes, à nos enfants. Que celui d’entre eux qtiiaimeDicu se joigne « à nous. » Une femme alla redire ces paroles aux femmes des archontes, elles accoururent (ouïes avec lcurscnfanls, lapi dèrent le dieu, jetèrent delà poussière au visage du gouver neur: en retour de leur politesse, celui-ci leur fil ouvrir le ventre, puis trancher la léte en dehors de la ville, ainsi qu’à leurs enfants el à leurs maris. Arien fit alors torturer Sarapa mon: on lui arracha les entrailles; mais Michel y iiil les remctlre en leur place, comme Matigis devait le faire plus laid dans le roman des quatre fils Aynion.
Arien courroucé le fit enduire de (ouïes sortes de matières inflammables, le pendit el ou alluma du feu par dessous. La flamme s’éleva si haut qu’on la voyait de toute la ville: elle flamba depuis le malin jusqu’à trois heures du soir, neuf heures entières. Tous les assistants disaient: « Que n’a-t-il aussi sacrifié pour ne pas mourir de celte cruelle morl! » -Cependant Sarapamon lit sa prière, Michel descendit du cjel et Sarapamon se trouva debout, gai comme quel
« qu’un, qui s’est enivré de vin. » La foule applaudit; Arien se trouva stupéfait: il avait, dit-il, fait tuer cent dix mille hommes depuis son entrée dans la ville, niais il n’en avail jamais trouvé un semblable. Il fut ému et conçut une grande amitié pour Sarapamon. Celui-ci fil semblant de la lui rendre et promit de sacrifier aux dieux, si Arien promettait à son lotir de sacrifier nu.Messie. Arien promit de bon coeur, lit rassembler (ouïe la ville dans le cirque pour assister au sacrifice; on apporta le mélatigcpourla libation, on alluma le réchaud cl Arien brûla de l’encens, en disant à l’évèque: « Fais conlme lu m’as vu faire. » Sarapamon fit une courte prière et dit au gouverneur: « Donne-moi la libation afin que je sacrifie. » Arien prit la libation; mais à peine l’oul-il prise qu’elle se changea en un lion féroce qui saisit Arien en sa
gueule el l’emporta tout autour de la ville. Quand le lion fut revenu à son point de départ, le pauvre Arien s’écria: « Mon père Sarapamon, aide-moi contre cet animal sauvage. » — « C’est la seconde fois que lu es en mon pouvoir, dit Sarapa mon, je le retrouverai une troisième fois et cette fois je ne t’épargnerai pas. » Arien délivré du lion n’eut rien de plus pressé que d’oublier ses sentiments de lendrcssc filiale; il fit remplir une chaudière de matières grasses et combustibles, liquides et solides, il fil bouillir la chaudière qu’on porta ensuite hors de la ville cl Ton yjelaSaraj amon. Les bourreaux s’enfuirent; mais tous les passants, du Sud au Nord, de l’Est à l’Ouest, venaient voir Sarapamon bouillir dans sa chau dière; le saint les aspergeait et aussitôt -l’esprit de Dieu les saisissait, ils se rendaient toiis près d’Arien, confessaient le Christ el avaient la lèle tranchée.
Le gouverneur, intrigué, demanda d’où venaient tous ces gens; on le lui apprit et il fil venir Sarapamon. Au cours de la conversationqui s’engagea, Arien apprit à Sarapamon qu’il ne rendrait pas contre lui de sentence capitale: l’évèque alors s’élança, souffleta le gouver neur et brisa son siège sur lui. Arieu se releva plein de rage, le lit loitnier et finalement l’envoya de nouveau à Dioclé lien ’; l’empereur cl l’évèque se chargeaient réciproquement d’injures, puis le premier lit torturer le second. Peine inutile! Michel descendit encore du ciel, cl Sarapamon n’avait pas une seule plaie. L’empereur fil alors conduire le martyr dans l’amphithéâtre aux bêtes el lâcher contre lui un lion, une panthère et un tigre;le lion baisa les pieds du martyr cl retourna dans sa cage;la panthère lui baisa les pieds cl retourna dans sa cage; le tigre se prosterna, l’adora, puis, lui posant familièrement les pattes sur les épaules, il lui baisa respectueusement la bouche pendant une grande heure. A ce
I.!,€ Actes coptes et le résumé du Synàxare semblent bien se contredire ici. Kn effet d’après le Synàxare il semblerait que Sarapamon ail été tout d’abord conduit à Anlioche. J’ai supposé un second voyage, ce qui n!el peut-être pas très-vraisemblable. Il faut dire aussi que les Actes « ont rem plis de fautes el d’omissions. »
spectacle, un millier de personnes se convertirent cl eurent la lèle tranchée. Dioclélien prit alors le parti de renvoyer Sarapamon au gouverneur de la Haute Égypte. A Alexandrie on changea de baleait cl on quitta la mer pour le fleuve. La navigation fut heureuse jusqu’au moment où la barque arriva devant Nikious: là, le vent cessa lout à coup cl l’Ange du Seigneur prévint le cursor Orion qu’il eut à décapiter Sarapamon en cet endroit. Orion ne s’y refusa pas; mais il prit ses précautions. Il alla chercher les premiers personnages de la ville et leur fil signer une lettre allesl int que l’Ange du Seigneur avail arrêté le bateau à Nikious, ordonné à Orion de décapiter Sarapamon qui avait été réellement misa mort, et non relâché pour de l’argent.
Cela fait, Orion lira l’évèque du fond de la barque el le lit décapiter au nord de la ville, en présence des habitants. Tour récompense de son obéissance, Orion vil dans les airs le chwur des Anges qui recevaient l’Ame de Sarapamon et l’enveloppaient d’une toile de lin. Alors il se dépouilla de sa chemise el ensevelit lui-même le sainl. Une voix sortil du cadavre, le bénit el lui souhaita le martyre. Le nombre des martyrs qui moururent à l’occasion de Sarapamon s’éleva au chiffre de huit mille huit ccnls Ames « non compris ceux qui ne purent être comptés. » Tels sont les Actes que je regarde comme l’un des spécimens les
Notes d’Émile Amélineau
181. Synàxare, 2Î Tholh.
182. Synaxarè, 4 et 10 Baba.
« 183. Synàxare, t< » Baba.
184. Synàxare, 1$ Baba.
185. Synàxare, 28 Hatbor.
186. Synaiarr, 15 Abib,
187. H serait curieux d’examiner d’oft est vraiment venue l’influence p/>ur
188. Ce passage rappelle l’usage encore existant en Égypte: au moment oa te
189. Synntore, 21 Mésore, ".-’
190. Synàxare, 16 Toiibah.
191. Synaxaret 22 Thoth, 26 Emxhir, 19 Bannoudah.
192. Synàxare, 27 Hathor.
« 193. Synàxare, 29 Bamiahat. ta texte copte exUle dan » un m?*, de la
« 194. Ainsi certaines vierge. » de Thc;?aloniquc se réfugient dan* une caverne
« 195. On observera cette alliance de nom ».
196. Synàxare, 8 Kihak. De. fragmente de ce Actes.« ont conserveau muée »
197. Synàxare, 11 Kihak.
198. Synàxare, 28 Hathor. — Coi. Copt. Val. 63 fol. 113-188. U martyre est
199. Le prêtre était alchimiste et magicien. Toutes les opérations décrites ici
200. M. Hyvernat dil en exultant. Le mot copte désigne les cris de joie, avec
201. M. Hyvernat dit: de la forêt de ce inonde. C’est le mol ulé (y)t) qu’il
Chapitre dixième
Le lecteur qui m’aura suivi jusqu’ici aura remarqué dé lui-mémeque je n’ai pas épargné les détails pour le mettre en mesure de juger si les conclusions que je vais tirer de cette longue exposition sont justes ou fausses. Ce sont ces conclu sions qu’il me faut maintenant exposer et justifier.
Est-il nécessaire de faire observer que les Actes qui se rapprochent le plus de la vraisemblance historique et ceux qui s’en éloignent le plus ont entre eux un air de parenté qui décèle une même origine?La seule différence essentielle qui se trouve dans les uns et dans les autres consiste en ce que les premiers commencent d’ordinaire aux premiers événe ments du martyre, tandis que les seconds fournissent d’am ples détails sur des événements antérieurs qui sont la partie vraimentoriginale de l’oeuvre. Dans ces derniers, les supplices sonl ordinairement sacrifiés; l’auteur ne s’y attarde pas, à moins qu’il n’ai choisi un genre mixte Comme celui des Actes de Sarapamon. Ce ganre mixte devait même, je crois, comprendre un assez grand nombre d’oeuvres; malheureuse* ment, il n’est guère possible aujourd’hui de le savoir, parce que les oeuvre? primitives sont perdues et qu’il n’en reste plus
que le résumé de l’auteur du Synàxare. Or, il est visible que cet auteur, se retrouvant à chaque instant devant les mêmes événements, a résumé à grands (rails les Actes qui ne lui offraient rien de romanesqueel de nouveau: ainsi les oeuvres de Jules d’Aqfahs, si détaillées dans l’original, sont résumées en vingt ou trente lignes; tandis que les romans d’aventures sont racontés avec un grand luxe de détails, jusqu’au moment où l’on arrive au marlyre proprement dit. A ce moment tous
Ce patron n’est pas difficile à reconstituer. L’auteur commence par donner quelques détails sur la famille du martyr, son village, sa condition. L’Ange du Seigneur vient ordonner au martyr de se rendre devant le gouverneur. Le martyr obéit, il se rend dans la ville la plus proche de sa résidence, il confesse sa foi devant le gouverneur qui lui fait tout d’abord subir un interrogatoire. Les. supplices commen cent aussitôt après l’interrogatoire, où le chrétien trouve toujours l’occasion d’injurier le magistrat, quand il ne lui donne pas quelque coup de fouet, ou ne lui lance pas quelque objet à la figure. Naturellement le gouverneur se met en colère, fait torturer le mal appris et le fait conduire en prison. La prison est toujours le théâtre dequclque prodige et l’on a pu observer que ces prodiges se passent presque toujours clans le même ordre de faits el sont absolument les mêmes.
Le lendemain, nouvelle comparution devant le gouverneur, nouvelles tortures, et alors l’Ange du Seigneur cnltv en -scène, guérit le martyr, le ressuscite, s’il est mort. Les foules se convertissent et ont aussitôt la tête tranchée ou sont jetés dans le feu. Règle générale, c’est une belle chose que d’orner son oeuvre de nombreux martyrs; mais l’autcurnes’y arrête pas, il est tout.entier à son sujet cl à son héros: en une phrase, il tue quatre ou cinq mille personnes. Il faut pour le héros quelquefois trente ou quarante pages. Ce n’est d’ailleurs que justice. Les tortures durent longtemps, des semaines, des mois, dès années, sept pour S1 Georges;. malgré tout, — 2H - c’est toujours le lendemain qu’à lieu une nouvelle torturé. Parfois, afin de varier le sujet, le martyr voyage, on se le renvoie d’un gouverneur à l’autre.
Chaque voyage est l’occasion de nouveaux supplices et de nombreux prodiges. Nécessairement le gouverneur est toujours vaincu, lo chrétien toujours victorieux; autrement l’auteur n’aurait rien à faire. Quand ce manège a duré assez longtemps, le gouverneur finit par rendre la sentence capitale et l’on tranche la tête du martyr. La décapitation est la mort pour de bon; on n’en ressuscite jamais, et ce n’est pas la moindre preuve de l’originalité de ces oeuvres. La décapita tion était le tourmcnl des damnés dans l’Amenti: ceux qui avaient élé soumis à ce supplice ne revivaient plus; de même les martyrs. Le3 martyrs qui n’ont pas eu la tête tranchée sont rares; il y en a quelques-uns, et il semble qu’on ait eu quelque peine à les regarder comme de vrais martyrs; le diable lui-même reproche à Claude d’Anlioche de n’avoir pas eu la tête tranchée et lui dit que, pour cette raison, il ne le craignait pas.
Ce diable se vantait; quoique Claude eût été percé d’une lance, il avait bien été martyr: il le fit bien voir au diable en question ’. Les Actes se terminent toujours par la mention des soins donnés aux cadavres, de la construction d’une église en leur honneur et des miracles qui s’y opérèrent.
Tel est le canevas de presque tous les Actes qui ont passé sons les yeux du lecteur. S’il en est ainsi, s’ils sont tous taillés sur ce patron, on est porté tout naturellement à n’y voir que des oeuvres littéraires, appartenant à un genre bien déterminé, peu varié, et par conséquent apocryphes. Apocryphes! c’est un bien gros mot; mais il est mérité, ou il ne le fut jamais. Jamais oeuvre n’accusa plus d’invraisem
J’ai publié le piisage en question qui a été conservé en copte, la dois dire que dans le fragment copte (Cf. Eludes dédiées à Mr. le docteur Lee mani) je n’ai pas compris le sens, parce que je ne soupçonnais pas cette idée. Ma traduction est cependant juste. Dans ma Contes el Romans, la chose se comprend 1res bien.;
blances, plus d’impossibilités, plus de contradictions avec les renseignements fournis par l’histoire. C’est en vain qu’on peut m’objecter que les noms des auteurs se trouvent dans le récit m mie, ou à la fin: les Goptc3 étaient gens fins et rusés, ils savaient que le moyeu le plus sur pour eux d? gagner la confiance de leurs lecteurs était justement de mettre un nom respectable en tète de leurs ouvrages les plus risqués. Quand ils avaient mis ce nom en tête de leurs imaginations, le moyen de douter que le récit ne fût entièrement vrai, puis qu’il venait d’un témoin oculaire ou auriculaire, et que ce témoin était un évêque, un moine, un grand serviteur de Dieu ou, en l’espèce, le serviteur même du martyr! Si l’on en doute, qu’on veuille bien prendre la peine de parcourir mes Contes et Romans de l’Égypte chrétienne et l’on verra que les contes les plus fabuleux sont attribués à des auteurs dont on a inscrit le nom, en toutes lettres, en tête du récit. Il en est de même pour les martyres, même pour ceux attribués à Jules d’Aqfahs.
J’avoue que longtemps j’ai cru que Jutes d’Aqfahs avait existé, qu’il avait réellement été interprète de la chancellerie alexandrine, qu’il avait vraiment écrit les Actes des martyrs. La ressemblance frappante des Actes conservés sous son nom semble en effet une preuve évidente que ces Actes sont sortis de la même main. Je le croyais d’abord; je no le crois plus et je suis persuadé que le nom de Jules d’Aqfahs, sa fonction, ses richesses et ses esclaves n’ont été mis à contribution par l’auteur ou les auteurs des martyres à lui attribués, que comme une heureuse invention justifiant et demandant la crédibilité des lecteurs. Les preuves de celle manière de voir abondent. D’abord il n’est pas croyable, en bonne critique, ou tout au moins il n’est pas vraisemblable qu’un homme d’une aussi haute position que Jules eût pu, pendant les dixannées de ta persécution, assister auxsupplices des chrétiens, les encourager, les visiter, les nourrir, leur rendre les derniers devoirs, sans que les yeux d’Arménius
ne se fussent ouverts. Et c’est cependant ce qui aurait eu Heu. De plus, comm? un aussi saint homme ne pouvait manquer à son tour d’être martyr, on le fait survivre à la persécution de Dioclélien cl on ne le martyrise que sous les premières années de Constantin, alors que toute la tradition fait de Pierre d’Alexandrie le dernier des martyrs cl célèbre Constantin comme un roi pieux, allant chaque jour à l’église, même avant sa conversion. Encore si Jules fût toujours resté à Alexandrie; mais quand il en est besoin on le trouve à Anlioche ou à Anlinoè. A Antiochc, Dioclélien n’en avait que faire, puisqu’il connaissait l’égyptien; à Antinoê, Arien avait ses interprètes; oui, mais les auteurs des Actes de Nahrôou et des autres de ce cycle n’ont pas trouvé pour leurs oeuvres d’introducteur plus influent, et ils l’ont pris.
Toutefois, malgré toutes ces raisons, on pourrait conserver quelquesprésomptionsen faveurde Jules, si, parmi les oeuvres qui lui sont altribuécs, trois au moins n’élaient pas complètement romanesques: je veux parler des Actes de Jean et de Siméon, de ceux d’Elie l’eunuque et de ceux de Macaire d’Anlioche. Comment se fait-il en effet qu’un homme comme Jules appartenant à la chancellerie, qui devait être en consé quence parfaitement au courant de l’administration romaine, savoir le nom des empereurs, nous parle d’un empereur Quintilien, d’un empereur Numérien dont toute la famille est chrétienne, qui lui-même est chrétien, qui est le prédéces seur immédiat de Dioctétien, raconte gravement la légende d’Aghrabida, etc., ou nous peint les scènes intérieures du palais de Culcien?
En vérité, si cet auteur a existé, s’il a été réellement ce qu’on le dit avoir été, il faut avouer qu’il a parlé de tout ce qu’il ne savait pas et qu’il n’a rien dit de ce qu’il savait. Passe encore si les récils romanesques étaient tout à fait différents des autres; mais ils sont évidemment de même famille, de sorte que l’on ne peut établir aucune différence entre eut. Les moeurs elles-mêmes des personnages sont en complète contradiction avec l’histoire. Tout le monde — 2ii ~ sait que les magistrats romains étaient des gens d’ordinaire fort sérieux, graves, ayant un respect immense pour la légalité; ils étaient parfois durs, même souvent, cl se permettaient de s’enrichir de leurs subordonnés. Dans les Actes coptes on ne leur reproche jamais ce qu’on aurait sans doute pu leur reprocher, de recevoir des cadeaux, de s’enrichir par des voies peu légitimes, ce qui a toujours élé le cas en Égypte; on en fait au contraire de purs imbéciles, des lâches, des idiols, qui n’onl aucune connaissance, ni des hommes, ni des choses, des apostats, etc.
Ils sont continuel lement en butte aux prodiges des chrétiens. Arménius avale un serpent, les mésaventures les plus grotesques arrivent à Arien, aux autres gouverneurs, et tous ils ont la bêtise de proclamer leur foi au Messie, d’implorer leur victime, quitte à la torturer de plus belle après. Mais, ce semble, le contraire eût dû avoir lieu: si les prodiges racontés avec tant de complaisance s’étaient produits, les gouverneurs romains auraient dû avoir assez de bon sens pour ne plus douter du pouvoir surnaturel de ceux qui les faisaient quelquefois tant souffrir, qui leur cassaient le bras, qui les pendaient, les faisaient emporter par des lions, les paralysaient ou les pétrifiaient. Ce qui dépasse toute compréhension, c’est la bonne volonté avec laquelle ils prennent à tâche de suivre l’ordonnancement général de tous les martyres sans s’en écarter el de se prêter à toutes les magies des chrétiens, comme ils disent.
Evidemment, il y avait autrefois en Égypte des magiciens, il y en a même aujourd’hui et ils exercent leur petit métier au su et au vu de tout le monde, dans les carrefours, le long des voies publiques, dans leurs petites maisons, chacun avec sa spécialité; les gouverneurs romains devaient croire à la magie, puisque Dioclélien rendit un décret très sévère contre les magiciens, et il s’agit ici du Dioclélien de l’histoire, non plus de celui de la légende copte qui n’était lui-même qu’un magicien ou aide-magicien. Que ces magistrats aient été conduits à regarder les martyrs ~ 21S comme des magiciens, cela est assez Vraisemblable et même 1res probable; mais ils auraient dû voir la preuve de leur propre faiblesse, dans ce fait que lous les magiciens de métier qu’ils faisaient vcnirsuccombaicntdevant leschrétiens.
Par conséquent, d’après leurs propres idées, ils auraient dû’ se convertir, et non simplement demander à connaître la formule, lorsque celte formule ne pouvait être employée que par des chrétiens. Les hommes dans leurs actions obéissent à des lois tout aussi certaines que les choses. La preuve qu’il en est bien ainsi, c’est que les auteurs coptes ont senti le besoin de convertir quelques gouverneurs; s’ils n’ont pas converti Arménius et Culcien, c’est qu’ils n’auraient plus eu personne pour tourmenter leurs martyrs cl que par consé quent il leur eût fallu cessé d’écrire. Cette proposition semblera peut-être un paradoxe à mes lecteurs, mais c’est uniquement un corollaire de ce besoin que les auteurs coptes ont eu d’attribuer leurs récits à des personnages connus; ce fut toujours la règle en Égypte.
Ils devaient mettre en scène des personnages célèbres, des rois, des princes, des gouverneurs, des Anges, des archevêques, des évêques, de simples moines. On n’a qu’à lire les Contes de l’Égypte ancienne publiés par M. Maspero, on y trouvera la confirmation de cette règle; le second livre d’Hérodote viendrait la confirmer encore. Il y avait des cycles de légendes autour de Chéops, deRhampsinite, de Thouthmès 111, d’Amasis, etc., ou plutôt, chaque événe ment populaire de la vie de ces souverains avait été tellement défiguré qu’il était devenu légendaire, et cela de propos délibéré, carie lecteur égyptien voulait jouir de son récit et la réalité, pour procurer cette jouissance recherchée, avait besoin d’être ornée. Que Rhampsinile se soit fait bâtir un trésor et qu’on l’ait volé, ta chose n’a rien d’impossible; mais, pour plaire à l’imagination de la foule, le fait avait besoin d’être embelli et de là nous est venu le si charmant récit d’Hérodote. Que Thouthmès III ait pris Joppé, la chose est bien certaine; qu’il l’ait prise d’une manière qui rappelle Ali
fiaba et ses quarante voleurs, la chose est parfaitement fausse, mais elle plut au peuple d’Égypte. Et ainsi pour tous les récits de l’antique Égypte. De même, selon le génie de leur race, les auteurs coptes ont pris des noms historiques et en ont fait le pivot autour duquel roulent tous leurs récits, Dioclélien, Arménius, Arien et les autres. Je crois parfaite ment pour ma part que les noms des gouverneursde l’Égypte pendant la persécution do Dioclélien sont ceux que les oeuvres coptes nous ont conservés el que même lo plus grand nombre des martyrs contient des individus ayant eu une existence réelle, existence qui se termina le plus souvent par un coupd’épée: cette manière de voir est tout à fait conforme au génie égyptien qui a toujours bâti ses romans les plus compliqués sur quelques circonstances réelles.
De même pour qmntité de détails de vie civile, religieuse, d’ad ministration et de positions géographiques; je les crois parfaitement réels, capables de fournir des données pré cieuses à l’histoire et à la géographie; mais on n’eu saurait conclure à l’authenticité, ni a la véracité des oeuvres. Ce sont les circonstances ordinaires de la vie dans lesquelles on doit faire mouvoir les acteurs du récit, sous peine de les rendre invraisemblables et impossibles. Les Égyptiens se faisaient une autre idée que nous de la vraisemblance littéraire; mais ils y apportaient peut-être plus de finesse, de cette finesse orientale toute quinlcsscnciée. Dans le conte des deux frères le Pharaon réunit son conseil, envoie ses messagers à des blanchisseurs, de même que le frère aîné a ses attelages et sa charrue, de même que le frère cadet fait tous les travaux d’un domestique de ferme:1e tout est parfaitement exact; en conclura-t-on que l’oeuvre n’est pas imaginaire?
Il y a en outre contre les oeuvres copies qu’elles sont, dans leur en semble, pleines de contradictions, cl cela se comprend 1res bien quand on réfléchit à l’époque où elles ont élé composées, alors que l’administration avait subi divers changements et que le souvenir du passé s’était perdu. Nul exemple ne sau r rail mieux faire comprendre et prouver ce que j’écris ici que le rôle attribué aux soldais romains dans les Actes coptes. Ce sont les soldais qui sont les bourreaux: à peine si quelque fois, bien rarement, on se sert du mot spiculator. Cependant l’on connaît assez bien les usages cl la discipline des légions romaines pour savoir que les soldais de l’empire n’étaient pas employés à ces sortes d’oeuvres: il y avait pour cela toute une série de fonctionnaires.
Que parfois on ait employé un légionnaire, le fait peut être vrai; mais que généralement on l’ail fait, c’est certainement faux. Cependant ce fut le cas en Égypte d’après nos auteurs. Faut-il les croire?Oui et non. La difficulté fut pour eux d’employer, pour désigner le soldat, le nom d’une ancienne tribu libyenne soumise dès la XIIe dynastie, qui se mit au service des Pharaons et leur fournit des gendarmes. C’étaient des gendarmes qui châtiaient les coupables cl faisaient la police. Les Coptes, habitués à attri bucràleur nom certaines fonctions, onteonservé ces fonctions au nom, alors même qu’il désignait tout aulre chose. En résumé avec un nombre considérable de choses réelles, les auteurs copies ont formé des oeuvres tout à fait imaginaires.
Est-ce à dire qu’il n’y a pas eu de martyrs en Égypte? Certainement non, je suis même persuadé qu’aucun pays n’en a fourni plus que l’Égypte pendant le règne de Dioclélien el cela, parce qu’à la religion venait se joindre la résistance politique. Comme le disait Ari m: « Les gens de la Haute Égypte ont le coeur dur et l’on m’a envoyé pour le rendre plus doux.’ » C’est ce qui explique pourquoi il y eut dans ta Haute Égypte de véritablesboitc’icries humaines, comme à Akhmlm et à Em^h. La vus dis supplices infligés à l’un de leurs compatriotes, l’esprit d3 résistance toujours cher à ce peuple auquel les révolutions cl tes révoltes servaient de passe temps, poussaient à la révolte ces tôles ardentes, imbues de toutes les superstitions, toutes prèles à délaisser les dieux de leurs oppresseurs ou même leurs dieux nationaux pour passer au culte d’un dieu inconnu, persécuté et dont les
fidèles montraient en somme une constance bien faite pour frapper l’imagination et émouvoir le coeur. Sans croire qu’il y eut autant de martyrs quo le veut bien dire Arien, lorsqu’il se vanto d’avoir fait tuer onze myriades d’hommes dans la seule ville d’Anlinoêi je crois volontiers que le gouverneur do la Haute Égypte dut faire des exemples terribles et que, dans les séditions véritables qui l’accueillirent dans la Haute Égypte, it employa les soldats de sa garde pour protéger sa vie, châtier le peuple et le ramener à l’obéissance. Quand on songe au peu de cas que l’on fait d’une vie humaine en Orient, même de nos jours, il n’y a là rien qui puisse nous surprendre. Aussi, je considère les premiers Actes que j’ai analysés, ceux où Arien joue le principal rôle après les héros, comme ayant une grande valeur historique et contenant plus de détails vrais que tous les autres, quoiqu’ils soient remplis d’incroyables légendes.
Pour ceux de la Basse Égypte, il y a trop apparence de facture littéraire pour qu’on y puisse accorder beaucoup de foi. Au fond, pour exprimer toute ma pensée dans une formule qui semblera paradoxale et qui cependant correspond à la réalité, dans les Actes dont le théâtre est la liasse Égypte et dans quelques-uns des autres, chaque acte pris en particulier est faux, lo tout est vrai. Quant aux purs romans que j’ai analysés et qui sont vraiment curieux, je n’ai pas besoin de dire à mes lecteurs qu’ils n’ont de l’importance, pour ainsi dire, que par réflexion, en ce qu’ils nous permettent d’établir combien on en doit peu accorder aux autres.
Celte première conclusion sera encore plus solidement établie, si je puis arriver à déterminer à quelle époque et par qui ont été composés les Actes des martyrs d’Égypte. Mes lecteurs auront certainement rcmarquéd’eux-mêmes plusieurs faits qui sont regardés comme certains par les écrivains coptes. Les deux faits les plus saillants sont que les auteurs de martyres ont toujours regardé l’empire romain tout entier comme chrétien au moment de l’avènement de
Dioctétien et qu’ils ont toujours présenté le monachisme non seulement comme existant, mais encore comme parfait dans ses différentes formes. Il est répété à satiété que Dioclélien fit rouvrir par toute la lerre les temples qui étaient fermés, rétablit le culte des idoles, les dotations religieuses, etc., fit apostasier son armée, sa cour et son peuple, parce qu’il avait lui-mémo apostasie; la famille impériale de Numérien était entièrement chrétienne. Pour ce qui regarde particulièrement l’Égypte, lout le monde était chrétien, les évêques y étaient puissants, la hiérarchie fortement établit, les Ecritures cultivées et connues, si bien que le petit Jean, celui qui prit à l’hameçon lo dragon qui s’était introduit dans le ventre de la lille du roi Quintilien, et il ne faut pas oublier que l’oeuvre est attribuée à Jules d’Aqfahs, pouvait remettre dans le texte vrai les clercs qui se trompaient dans leur récitation à la table de son père.
Il est cependant quelquefoisquestion des temples idolâtres, mais c’est pour dire qu’on tes détruisait, ou qu’ils avaient élé rouverts par les officiers de l’empereur. De même Ic^ moines pullulent: il y en a partout, aux portes d’Alexan drie, PU désert, dans les montagnes, comme à côté de presque tous les villages; avec les soldats, ce sonl eux qui fournissent le plus de chair à martyre. Il y a des anachorètes, des moines proprement dits et des cénobites; les couvents sont fondés, pour les femmes comme pour les hommes, on y a même des cloches. Evidemment ceux qui ont écrit les oeuvres où l’on trouve de pareils détails devaient les avoir soifs lès yeux, à moins d’admettre qu’ils aient eu la connais sance prophétique de ce qui devait arriver après eux.
Je préfère, pour mon compte, admettre qu’ils savaient par expérieheece qu’ilsdisaient. Je dois donc en conclure qu’ilsont écrit à une époque où ce qu’ils écrivaient était réel. Par conséquent les Actes des martyrs d’Égypte ont été écrits à une époque où l’empire romain était déjà chrétien, où l’Egyple I était tout entière, où le monachisme avait atteint son complet é^anouissemejntjC’est-à*^ fin dit
quatrième siècle et dans le premier quart du cinquième au plus tôt. Ils ne sauraient donc être authentiques. Je crois cette con clusion parfaitement certaine, et je n’aurais pas d’autres preu ves quecelles déjà développéesquejela présenterais hardiment àmcs lecteurs; mais j’ai en outre des textes clairs, parfaitement historiques, contemporains, sobres et ayant toutes les qualités requises pour s’imposer à l’historien. L’auteur de la vie de Pakhôme, c’csl à dire son disciple Théodore, connaissait parfaitement l’état do l’Égypte au commencement du IV siècle, et il écrivit la vie de son maître vers l’an 360; il nous apprend qu’il n’y avait alors en Égypte, je veux dire au commencement du 1Y siècle, que bien peu de chrétiens et encore moins de moines.
Voici ces paroles: « C’est pourquoi, en tout pays, il y a eu des pères moinesdignes d’être admirés, ainsi que nous l’avons dil d’abord: leurs noms sont écrits au livre de vie. En Égypte et dans la Thébaïde, ils n’étaient pas des multitudes; mais après la persécution de Dioclélien et do Maximien, la conversion des hommes se multiplia en Égypte: les évéques les guidaient dans l’enseignement des Apôtres, fructifiant dans les vertus du S1 Esprit, pleins d’amour pour le Christ ’. » J’ai souligné à dessein lo mot multitudes qui s’emploie en copie dans lesens de beaucoup, quelquefois pour vingt ou (rente personnes;en admettant qu’ici il faille le prendre dans le sens de grande quantité, le contexte montre suffisamment qirç cette grande quantité ne devait pas être nombreuse, d’autant mieux que les phrases précédentes nous apprennent que le premier grand moine fut Antoine, que.
Macaire fût de son côté le premier à peupler Scélé et Nitrie. Nous sommes donc bien fixés: il put y avoir avant ta persé cution de Dioclélien quelques solitaires chrétiens en Égypte; mais le monachisme n’exislail pas encore, de même le Christianisme n’était pas encore profondément implanté en
rilitl. de l’Égypte chr. au IV* siècle, Vie de Pakhôme, p. 1-2, dans les Annales dv Musée Guimet, lom. XVII.
Égypte. La preuve do ce fait se trouve dans la conduite que
des évoques dont il est fait mention, au lieu de rechercher lo martyre, fuyaient à son approche, se retiraient au désert: si lo Christianisme eût été très développé en Égypte, pareille fuite, ce me semble, aurait été impossible. II n’y a guère que l’évèque d’Anlinoé qui exhorte son peuple au martyre. Qu’on veuille bien se rappeler au contraire ce qui se passa en Occident durant les persécutions: les premières victimes furent les évèqucs et ils devaient l’être. Je sais bien qu’en Égypte nous avons affaire avec un peuple particulier et que la première action de Pisenti, évêque de Coptos, lors de l’invasion des Perses au Vil* siècle, fut d’abandonner son troupeau; mais il me parait impossible que pareille lâcheté eût été la conduite presque générale, si l’Égypte tout entière avt.it été chrétienne.
Je peux donc conclure en toute sûreté do conscience, d’après les faits, que les m irtyrs de l’Égypte obéirent à une motion individuelle, non à une sorte de poussée épiscopale ou presbytérale, comme en d’autres pays. Par conséquent, nous sommes en présence de ce fait: au temps de Dioclélien, les chrétiens étaient cliir semés en Égypte, et par conséquent aussi les Actes des martyrs ne sont pas contemporains et authentiques, mais postérieurs et apocry phes. J’ai donc eu raison de les attribuer à une époque où l’Égypte étail entièrement chrétienne et où le monachisme avait atteint sa pleine efllorcscence.
« « « « Nous pouvons donc déjà nous former, par rapport à la composition des Actes des martyrs de l’Égypte, une idée qui approchera très près de la réalité cl dire que ces Actes ont formé un genre littéraire différent de celui des Vies des moi nes, des contes ou romans, mais provenant de la même manière de composer. Co genre plut dès les premières oeuvres qui en parurent, il fut accueilli avec amour et il alla sans cesse en grandissant dans la faveur du public. La raison de cette littérature doit ce me semble être cherchée dans un fait r- 232 ^ historique indéniable et que je dois exposer. On aura observé que dans presque tous les Actes reposant sur un fait réel, lo récit se termine ainsi: « On ensevelit bellement son corps, on lo mit dans un sarcophage et on le garda dans la maison jusqu’à la fin de la persécution.
Alors on lui bâtit une belle église, on l’y déposa et il en parut des miracles nombreux. » » Ou bien quand le martyr est censé mourir, ou quand il est réellement mort loin do son pays, on l’y ramène, on le dépose à l’extérieur du village jusqu’à la lin de la persécution, souvent à un endroit que Dieu a bien voulu désigner;la persécution finie, on bâtit une belle église et on y dépose lo saint. Avec une semblable manière d’agir, il est facile de comprendre que dans le second cas, il y ait eu possibilité d’oubli ou d’erreurs. Celle possibilité est même un fait indéniable. A une époque beaucoup plus rapprochéode nous, lorsque les croisés assiégeaient Damiette, les soldais musul mans se rendant au secours de la place assiégée, détruisirent une église chrétienne aux environs deSchabas, ils pillèrent la châsse d’un saint el en jetèrent le corps dans la rue.
La femme du prêlre de l’église le ramassa, le reporta dans l’église cl le couvrit de briques pour le dissimuler Un certain laps do temps s’écoula et la femme oublia où elle avait mis le corps du saint: il fallut un miracle pour le découvrir. Pareil fait put se produire assurément. Quant à l’erreur, qu’elle ail élé possible el qu’elle se soil produite, c’est ce qu’un témoi gnage sérieux va nous apprendre. Lorsque la persécution fut finie, que le christianisme se fut implanté dans toute la vallée du Nil, il y eut comme une rage qui s’empara des nouveaux chrétiens:ce fut à qui chercherait le long des routes, en dehors des villages, des corps de martyrs, pour leur bâtir un petit santon. On prenait tout ce que l’on trouvait, on bâtissait le santon et l’on célébrait des fêles qui dégénéraient en véritables orgies.
Ecoutons plutôt Schnoudi parlant à ses moines de cette curieuse dévotion: » Vraiment, dit-il, ils se trompent ceux qui s’affermissent dans une pensée mensongère * et disent: <— Des martyrs nous ont apparu, ils nous ont appris où étaient leurs ossements; ou bien: — Il nous est advenu, pendant que nous creusions la lerio, de trouver des ossements de martyrs; — ou encore: — Je lui bâtirai un martyrium, — Vraiment ils sont nombreux ceux que les démons trompent do celte manière, » Et il s’emporte contre ceux qui introdui sent dans l’église des ossements sans savoir à qui ils ont appartenu. « C’était la coutume, dit-il, avant quo fussent engendrés les pères de nos pères, que ceux qui allaient mourir recommandassent à leurs fils de si bien cacher leurs corps qu’on ne put les retrouver; cela se pratique même de nos jours ’, »
Il est donc bien certain que, dans cet engouement de l’Égypte, il dut y avoir bien des erreurs et qu’un grand nombre de momies de l’ancien temps durent être prises pour des martyrs, non pas celles qui avaient un sarcophage ou une boite couverte d’hiéroglyphes, mais celles des pauvres gens, simplement couvertes de bandeletles. Pour justifier la décou verte des saintes reliques, on donna un nom au cadavre découvert et on écrivit son histoire. Une preuve qu’il en fut ainsi se trouve dans les Actes de S1 Jacques l’Intcrcis, le martyr persan. Comment le corps de ce martyr persan, emporté de Perse, alors que le roi Sapor avail ordonné de le brûler avec tous les autres corps des martyrs chrétiens, a-l-il élé trans porté de Perse en Palestine, en Syrie, et est-il icnu en dernier lieu à Abouqlr, c’est ce qu’il serait assez difficile de dire, surtout si l’on se rappelle quo la Syrie, la Palestine,, la.Mésopotamie et même la Macédoine prétendaient le posséder.
Evidemment l’histoire de la translation et tes Actes ont été écrits pour justifier la possession. Le même fait s’observe dans un manuscrit arabe de la Bibliothèque nationale. Ce manus crit comprend trois martyres et les corps des confesseurs se trouvent tous réunis dans le ménic village de Samnoulich: le plus piquant c’est que l’auteur do ces.tr/ » est précisément "" l.Zofga:Calai. Cad. Copt. p. 121. 3.C’est Je TOI. Suppl. &
Jules d’Aqfahs. Nouvelle preuve que ce personnage n’est pas l’auteur do ces Actes, mais qu’on se servit do son nom pour les accréditer. Comment en effet les corps des huit martyrs qui sont nommés par ces Actes, qui ont recommandé à Jules do les renvoyer dans leur pays so trouvent-Us à Sanmoutioh qui n’est lo lieu do naissance d’aucun d’eux? L’Ango du Seigneur l’a ordonné, il est vrai; mais quand on ne me donne quo cette raison, je suis tout porté à ne la pas croire et à expliquer lo fait, comme il doit s’expliquer naturellement, à savoir quo le village de Samnoutieh s’étanl bâli une église el ayant eu envie d’avoir des saints à lui particuliers, prit les cadavres do gens qui avaient peut-être été martyrs, et en fil écrire l’histoire. Celle histoire, mes lecteurs la connaissent en partie, car c’est celle des deux cousins Jean et Siméon.
Objectera-t-on l’invraisemblancemorale de cette explication? Je pourrais répondre qu’on a agi de même sorte bien près do notre temps et citer par exemple Su Philomène à laquelle on a donnéce nom pour lui en donner un, car, quand on découvrit le cadavre dans une catacombe, il n’y avail pas d’inscription. Il y avait, il est vrai, la fiole de sang qui témoignait sans doute qu’on se trouvait en présence d’une martyre. Mais je peux citer un fait qui se passa en Égypte. Le patriarche Théophile lit bâtir à Alexandrie une basilique en l’honneur des trois jeunes gens que Nabuchodoiiosor avail fait jeter dans îs* fournaise. Quand l’église fut bâtie, il désira vivement y mettre les corps de ces Irois sainls jeunes hommes. La difficulté fut de les avoir.
Il fit venir un moine de Scété, nommé Jean Colobi, lui ordonna de se rendre à Babylonc pour en rapporter les précieuses reliques. Jean Colobi s’£ rendit, porté sur une barque de nuée, comme autrefois le dieu Rà voyageait dans l’atmosphère, comme le faisait Schnoudi. La nuée s’arrêta précisément au dessus de l’endroit où avaient été enterrés les jeunes gens. Colobi se mit en devoir de leur faire connaître l’ordre de Théophile cl leur signifia qu’il allait les emporter; mais ils refusèrent et dirent à l’envoyé qu’ils ne pouvaient pas quitter leurs tombeaux; Théophile n’avait qu’à se conso 1er. D’ailleurs s’ils ne pouvaient résider dans l’église et la protéger corporellemenl, ils y résideraient par leur vertu et en donneraient une preuve manifeste le soir même do la dédicace de l’église. Théophile devait faire préparer toutes les lampes, avec l’huile el la mèche, mais ne pas les al, f, mer.
« Au moment propice, les trois jeunes gens les feraient s’allumer d’elles-mêmes toutes à là fois. Colobi, chargé de celle répons », remonia sur sa nuée et retourna près du patriarche auquel il raconta tout ce qui lui était arrivé. Théophile se conforma die tout point aux instructions données, il fit prépares les lampe-, huile et mèche; à un certain moment, le soir de la dédicace, elles s’allumèrent toutes seules aux yeux du peuple émerveillé.
Théophile prononça alors lo panégyrique des trois saints,
Ananias, A/arias et Misait. Me dira-t-on que ce récit ésl apocryphe? Je le croirai volontiers; mais le panégyrique existe 1 el l’église a longtemps existé. Lo récit a donc été fait pour embellir l’histoire delà construction de l’église. C’est ce que je voulais démontrer et c’esl ce qui eut lieu pour les martyrs. ir
Mais peut-on me dire, les trois jeunes gens ont existé. Je n’en suis pas très sûr, mais je suis bien certain qu’en Égypte on croyait à leur existence: ce qui suffit pour lo moment.
De même j’admets volontiers que la plupart des martyres reposent sans doute sur une réalité, que les martyrs ont bien eu le nom qu’on leur attribué; c’est tout ce que je peux croire-de leurs Actes, d’après toutes les raisons que j’ai expliquées. Je crois, comme je l’ai dit, que lé rikuîtàt général eétvrai, quc touslesdétails sont faux. Il serait bien improbable que parmi tous les noms des martyrs dé ïa persécution do
Dioclélien, aucun n’ait échappé à l’oubli; mais que ce soit tel ou tel, c’est ce que personne ne peut dire. Pour moi, les
« lins le Cad. Copt. rat. LXVI1I; le pauégyrique se trouve dans le mss. Util, ’ » la même bibliothèque.
martyres les plus authentiques sont ceux do la Haute-Égypte, ceux où l’on raconte l’extermination entière d’une population, ou peu s’en faut. Aussi bien, dans ces Actes on ne voit point apparaître les raisons qui ont fait écrire te mtrtyro; lo tout y est d’une grande naïveté. Pour la Basse-Égypte, tous les Actes rentrent forcément dans la série des oeuvres littéraires, en admettant toutefois que plusieurs reposent sur une don née réelle, sans quo nous puissions les discerner.
Quels sont donc les auteurs do cette littérature? Est-il nécessaire de lo dire? En grande majorité, ce sont les moines do ta fin du I V% du Y el du commencement du VI* siècle. La prédilection avec laquelle il esl question des moines, les exercices religieux qu’on fait taira à tous les martyrs et qui ne sont autres que les prières el les récitations auxquelles se livraient les moines, mille détails en un mot que l’on aura pu observer dans l’analyse que j’ai donnée, montrent abondam ment que ce sont les moines qui ont écrit toute cette littéra ture. Qu’il y ait eu quelque auteur qui n’ait pas été moine, je suis loin de le nier; la chose esl possible, je n’en sais rien. Ce " que je sais, c’est que les monastères devinrent les grands
centres littéraires de l’Égypte, comme les temples l’avaient été dans l’antiquité, comme les mosquées le sont encore aujourd’hui. Si Jules d’Aqfahs n’eut jamais cinq cents domes tiques occupés à écrire les Actes des martyrs, les couvents y employèrent un grand nombre de scribes. La vogue fut en effet très-forte: chaque chrétien digne de ce nom devait a voir en sa possession les Actes d’un ou de plusieurs martyrs: on choisissait celui qui avait le plus do puissance. C’est pourquoi il est si souvent dit, dans la dernière prière que le martyr adresse au Messie avant d’avoir la tête tranchée, que le
Seigneur doit avoir pitié de ceux qui citeront le nom du saint, qui liront son martyre et surtout de celui qui l’écrira.
Les auteurs se sont toujours fait la plus grosse part dans les bénéfices pieux de leur entreprise littéraire. C’est pourquoi aussi, dans un sermon attribué à S* Cyrille cl que j’ai pu
blié *,ïl esl recommandé avec lant d’insistancede faire écrire les Actes des martyrs cl de déposer le livre dans l’église, le moyen étant infaillible pour assurer le salut, témoin l’eunuque du roi Théodose le jeune, Sisinnius, qui légua une bonne partie do sa fortune pour faire copier les Prédications et les Martyres des Apôtres, ayant éprouvé le bon effet qu’avait eu pour lui la copie des Actes de Théodore le stralélate, c’est à dire de ce Théodore l’oriental dont j’ai résumé le roman > Scïinoudi était présent à la mort de l’eunuque et cette mort esl rapportée au temps du concile d’Ephèsc, 131. Par conséquent cette littérature était déjà composée. C’est aussi à cette époque, entre 325 et 131, que le monachisme s’est développé et a atteint sa pleine croissance.
L’attribution de ces oeuvres aux moines explique un grand nombre de contradictions qu’on y rencontre, des impossibilités et des invraisemblances qui y abondent. Il esl évident qu’un moine, quoique lettré, sorti d’une humble condition, renfermé dans son monastère, ne voyant le monde que de loin en loin, ne lisant qu’un certain nombre d’ouvrages, devait être naturellement porté à peindre sa vie, à commettre les bourdes les plus extraordinaires, à faire agir tout le monde comme il agissait, à représenter les femmes de Thcssaloniquo dans les actions des moines égyp tiens, vivant dans un tombeau de la montagne. Lorsque son imagination l’emportait hors de son pays, les notions géogra phiques les plus fantastiques se pressaient sous sa plume, il plaçait des fleuves partout, parce qu’il no s’imaginait pas qu’un pays put se passer d’un Nil quelconque, il faisait navi guer sur ce fleuve, il ne concevait pas d’autre manière de voyager et pour faire transporter le corps de S’ Georges de Mitylène à Joppé, il employait la navigation.
Son imagination ne s’arrêtait pas en si beau chemin; elle créait des allégories, t. Cf. E. Amélineau: Monum. pour sert, à tttisl. de TEgyp. ehrit. aux /!"• et V siècles dans les Mém. de ta Mts. arch. franc, perm. du Caire, tom. IV p. tlSetqq.
« nationale, ancien fonds 117. — Cf. Calai, desmss. arabes de la B. N. n* 1S9 p 36, 1 ».
avec des personnages qui paraissaient lout aussi réels quilles autres, elle faisait agir et souffrir ces personnages, connue s’ils eussent réellement existé, et l’une des oeuvres les plus curieuses de celle manière de faire est lo martyre desS,e* foi, Espérance, Charité el de leur mère Sagesse.
Au fond, peu importe, qu’il n’y ait presqu*aucune réalité historique dans tes Actes des martyrs do l’Égypte et que nous ne puissions démêler cette vérité dans l’écheveau compliqué des imaginations coptes; les auteurs des Actes faisaient II do la réalité historique telle que nous la comprenons. Leur luit, je ne saurais assez le répéter, n’était pas dé transmettre à lu postérité le récit plus ou moins fidèle des actions passées, c’était un but bien autrement personnel et immédiat; ce qu’ils cherchaient avant tout, c’était à s’édifier, à contenter le saint qu’ils louaient, à glorifier Dieu, à satisfaire le goût inné des récits prestigieux et populaires, goût qu’ils avaient reçu do leurs ancêtres. En toute justice, on ne saurait les accuser de supercherie, parce qu’ils ne trompaient personne.
On parle souvent de nos jours des funestes hérédités tlo lu naissance: les Coptes pourraient fournir une preuve des plus péremptoires des lois de celte hérédité. Non qu’elle ait élé funeste en elle-même; mais le développement tlo cet héritage a tué toute vigueur au pays d’Égypte. La cause première de tous ces phénomènes si complexes, c’est le mysticisme qui est au fond de la nature copte, qui se trouvait au fond de la nature égyptienne dès le temps de Khéops. Ces braves gens vivaient dans une atmosphère à part, atmosphère artificielle qu’ils s’étaient faite eux-mêmes et qui leur est devenue nécessaire. Héritiers do cette longue chaîne de générations mystiques, les Coptes venus en dernier lieu oui eu tous les défauts aggravés de leurs ancêtres, sans en avoir les bridantes qualités.
L’avancement des civilisations voisines n’a eu aucun effet sur eux; ils sont restés fidèles à leurs pays, à leurs idées et à leurs coutumes. Loin de leur eu vouloir cl do les traiter avec mépris, il me semble cfir’oii devrait respecter ces débris des âges antiques et les conserver avec une pieuse vénération, comme on fait d’une ouvre ancienne. On n’a pas assez de blâme pour les Coptes modernes. Serait-ce d’aventure parce qu’ils sont chrétiens?Il est évident que les Coptes portent la peine de leur immobilité, et avec justice; mais il devrait y avoir quelques circonstances atténuantes à cette condamnation, et la justice exige qu’on recherche la cause de ces singulières existences, qu’on fasse un peu retomber sur cette cause la responsabilité dont on ne charge que l’effet.
Le devoir de l’historien est de rechercher l’influence de la cause sur l’effet, d’en déterminer l’importance et d’en exposer les résultats. Au fond l’effet est la grande victime de la cause. La cause seule est coupable. Pourquoi donc punir seul l’effet? Certainement cet effet esl responsable en une certaine manière, puisqu’il est doué d’intelligence et de liberté; mais noire époque devrait apporter la même justice en tous ses jugements, légaux et historiques. Ce qu’on reproche surtout aux malheureux auteurs copies, c’est de ne pas nous fournir ce que nous leur demandons. Evidemment c’est bien ennuyeux; mais en toute raison et en toute humanité, les Coptes devaient naturelle ment êlre portés à se contenter eux-mêmes avant de penser à nous.
N’agissons-nousdonc pas ainsi? Ne pouvons-nous donc pas d’ailleurs étudier sur eux cl sur leurs ancêtres la naissance, le développement, les progrès, les ravages do cette maladie épidémique, le mysticisme? N’est-ce pas déjà un résultat important que de pouvoir faire bénéficier nos contemporains de ce diagnostic et de les prémunir? Les peuples modernes sont sujets aux mêmes maladies que les peuples anciens. Nous devons savoir aux Copies le même gré qu’un médecin épris de son art sait au malade qui lui fournit un beau sujet. Que s’il nous faul nécessairement un bouc pour le charger de nos illusions et de nos erreurs, nous avons les Grecs et les Latins, nous avons S1 Jérôme, Ilufin et tous ceux qui les ont imités. Ce sont eux les vrais coupables.
Les Copies no se sont jamais donnés pour autres qu’ils n’étaient; les Grecs et tes Latins, avec toute leur intelligence, n’ont été que les dupes do leur médiocrité et de leur parti pris. C’est sur eux qu’il faut faire’retomber l’erreur de tant do siècles qui les ont crus et admirés. Quand on se pose sur le chandelier pour éclairer la, partie la plus civilisée de ce monde, il faudrait au moins, avoir soin de nettoyer sa lanterne. Cependant je dois être juste et leur pardonner un peu, parce que ces prétendus génies ne savaient ni ce qu’ils faisaient, ni ce qu’ils disaient.
Je réviens maintenant plus directement à mes Coptes qui m’intéressent autrement que S1 Jérôme et ses semblables. On a pu voir par l’analyse que j’ai donnée des Actes de martyrs quelles étaient les idées religieuses des auteurs qui les ont écrits. On aura dit retrouverainsi quantité de traits que j’avais notés déjà dans nies articles sur le Christianisme chez les Anciens Coptes. La conséquence à en tirer me semble èlrcqiie je n’avais rien exagéré, qu’au contraire j’avais peut-être alténué le plus grand nombre des traits. Je ne veux donc pas refaire ici ce travail, mais simplement adirer l’attention sur certaines idées ayant trait à la magie.
Tout d’abord je dois dire que je laisse de côté les magiciens païens qui évidemment n’étaient pas à la hauteur de leur rôle, lorsqu’ils s’attaquaient aux martyrs;je prends seulement l’accusation de magie que les gouverneurs romains lançaient aux chrétiens. Je ne crois pas au bien fondé de celte accusa tion pour la bonne raison que je ne crois pas à la magie, je veux dire à la puissance de la magie. Mais n’est-il pas évident à la plus simple lecture que les magistrats romains, s’ils ont vraiment formulé celle accusation, avaient assez de raisons pour la formuler avec vraisemblance? La conduite des mar tyrs ne ressemblait-elle pas de tout point à celle des magi ciens? Il n’y avait qu’une seule différence: les formules étaient plus certaines et le Dieu invoqué plus fort. C’est pourquoi les magiciens se convertissaient aussitôt et les
gouverneurs demandaient la formule. Dans tous les-Actes coptes on vit dans uno atmosphère saturée de magie et de croyances magiques. Avant d’accomplir son prodige, soit par lui-même, soit en faisant descendre les puissances célestes à son secours, te martyr devait prier et réciter la formule; celte formule c’élait le signe de la croix avec les paroles qui raccompagnent. Il est raconté, dans un martyre que je n’ai pas analysé ici parce qu’il n’a pas rapport à l’Égypte, qu’un gouverneur de Coi intlie avait près de lui un athlète invincible et qu’il s’amusait à parier une assez, forte somme sur lui, contre tous ceux qui voudraient tenir son enjeu et se mesurer avec l’athlète. Tous tes jouteurs étaient vaincus. Un jour, un chrétien, maigre et chétif, s’avança pour tenir l’enjeu et culbuter le géant: il fit le signe de la croix en prononçant les paroles; aussitôt qu’il cul touché le géant, celui-ci était à terre.
Le gouverneur qui n’avait pas vu le signe de croix fut dans l’admiration et pensait déjà à s’attacher le nouveau Milon de Crolone, lorsque deux de ses officiers lui démontrè rent quo le vainqueur était un magicien. En vérité, n’est-ce pas là un simple tour, grâce à la formule, comme celui qui consistait à parler à l’oreille d’un taureau et à le fendre ainsi en deux parties exactement égales?Mais, medira-t-on, c’est un miracle? Il est vrai que le miracle procède de la même façon:le thaumaturge agit au nom de sa divinité, il récite une formule cl le miracles’opère. Celle ressemblance prouve rait assez bien que les idées qui continuent à avoir cours sur les miracles sont un reste des idées qui jadis avaient cours sur la puissance magique. On peut me répondre, il est vrai, que la grandeur du but cherché, son utilité sont des preuves de la différence énorme qui existe entre l’acte magique elle miracle.
Je reconnais qu’en Occident nous entourons le miracle de certaines conditions th’éologiques qui nous sem blent sauvegarder tous les droits de la divinité; mais je sais aussi qu’en Orient, cl nous sommes en Égypte, on ne songea jamais à mettre des bornes à la puissance divine. Il
est raconté dans un fragment conservé au musée ttorgia de la Propagande, à Rome, que Dioctétien se trouvant, un jour en Égypte passait son temps à torturer un martyr. Celui-ci résistait et, au milieu de sa résistance, avisant une colonne ou un obélisque placé non loin de là, il lui com manda de se détacher de sa base cl d aller détruire le palais de l’empereur. La colonne obéit aussitôt et quand son oeuvra de destruction fut achevée, le saint lui commanda de retour ner tranquillement à sa place. Evidemment c’était un bon tour; mais cela sent plus la magie que le miracle. Et de tout ainsi. Au fond, les idées étaient restées les mêmes, le décor seul était changé. Dans mes Contes cl Rvnans de l’Égypte chrétienne j’ai publié une formule par la vertu de laquelle, si on prenait soin de la copier et de la faire graver à l’endroit convenable, on pouvait boire autant de vin que Ton voulait sans être sujet à l’ivresse, faire toutes les opérations commer ciales avec fruit et partir en voyage, en laissant sa femme derrière soi, sans avoir à craindre de rival, car la formule gravée sur le seuil défendait le passage à tout homme animé de mauvaises intentions contre l’honneur du mari.
El quelle était la puissance ainsi mise à contribution? S1 Michel, S’Michclqui est si souvent employé par ou pour les martyrs. Tout concourt donc pour prouver que les prodiges mis au compte des martyrs égyptiens dérivaient d’un fonds magique, que les mots seuls étaient changés, mais que les opérations étaient les mêmes.
Je ne veux pas finir sans parler d’un phénomène complexe qui se passait chez l’auteur des Actes des martyrs. Quand un écrivain copte commençait d’écrire son oeuvre, je suis tout porté à croire qu’il avait parfaitement conscience d’écrire une oeuvre de pure imagination: en conséquence, il choi sissait les traits qui lui semblaient le plus propres à embellir son oeuvre et à lui assurer le succès. Mais quand il avait écrit cette oeuvre, fille de son génie littéraire, il croyait que tout s’était passé comme il l’avait écrit. Il avait foi en la
puissance de son héros, il s’assurait de sa protection, protection spéciale pour l’écrivain, mais s’étendant à tous les lecteurs et plus encore à tous les copistes. Un bon scribe qui avait passé toute sa vie à copier les Actes des martyrs avait bien des chances d’échapper à tous les dangers delà route vers le tribunal de l’autre vie. On se faisait ainsi une petite armée de protecteurs célestes, toujours prêts à venir au secours de ceux qui les invoquaient, à payer leurs dettes, même les impôts, à faire cesser les tempêtes du Nil, etc. Et ici la comparaison devient intéressante. L’ancien Égyptien avait divisé Tannée en jours fastes et néfastes: un même jour pouvait avoir deux parties de fastes cl une dé néfaste, une de faste et deux de néfastes, et réciproquement’.
A tel jour, ceux qui étaient attachés à tel Dieu, comme Osiris, Ptah, Sokaris, de préférence les dieux infernaux, étaient sftrs d’être sauvés. Les Égyptiens, qui onl toujours très-bien entendus leurs intérêts, spirituels comme temporels, avaient imaginé de s’attacher au plus grand nombre de dieux possi bles, a Osîris, à Ptah, à Sokaris, à Isis, à ftephthys, à Ha, à Tholli, à Anubis, à Horus, etc.; ils avaient même inventé une trinité toute puissante Plah-Sokar-Osiris, devenu une seule personne ayant la puissance des trois personnes primitives, puis une quaternité du même genre, Ptah-Sokar Osiris-Khcntamenli. Evidemment plus on avait de protec teurs, plus on avait de chances de mourir dans un jour ou les dévols de tel ou tel Dieu étaient nécessairement sauvés: ë’est pourquoi, sur les stèles funéraires, on trouve la mention de dix cl douze dieux ou formes de dieux.
Les Coptes conservèrent cette idée. Au ciel, on était de la tribu du saint que Ton avait honoré sur la terre, la chose est expressément dite dans la vie de Pakliôme. Chaque saint avait ses fidèles sur lesquels il veillait particulièrement, car il y était tenu.
I Les Égyptien diraient te jour en trois partie?, matin, midi et?oir. Ce calendrier nous a été conserve en partie dans le pap. Sallier IV, et à été traduit par M. Chabas. — 23i — Plus on avait attaché de saints à sa destinée, plus on avait de chances d’élrc sauvé et quelquefois il les fallait toutes. Sisinnius, l’eunuque de Théodose le jcunedonl j’ai déjà parlé, s’en aperçut bien, car il ne lui fallut pas moins que les douze apôtres et le slratélate Théodore pour le tirer des mains de la puissance qui le voulait conduire en enfer. On ne pouvait donc avoir trop de protecteurs pour la vie ultra-terrestre et même pour la vie terrestre. Quand Zcus avec sa cour divine était occupé à respirer l’odeur des hécatombes et à jouir du banquet que lui offraient les Ethiopiens, « les meilleurs et les plus extrêmes des hommes, »
Achille ne pouvait lui demander un secours immédiat, il lut fallait attendre; de même, il pouvait très bien se faire que le saint invoqué ne fût pas disponible au moment voulu, qu’il fût occupé ailleurs, ou à table ou en visite, ou en partie de plaisir sous les pommiers célestes, près dés bassins paradisiaques; quand on avait à son service quantité de saints, on avait toutes les chances detre immédiatement servi. C’était bien quelque chose. De là vint celle foule de santons, d’oratoires, d’églises, de basiliques dont se couvrit l’Égypte: le pays faisait en grand ce que chaque individu faisait en particulier. Et la preuve que je n’exagère rien, que telle était bien la pensée du peuple égyptien christianisé, c’est qu’on a bâti autant et plus d’églises, d’oratoires et de santons, aux saints qui n’ont jamais existé qu’à ceux qui ont existé. Le tout dépendait de la vogue qu’avait eu le roman.
De celle vogue dépendit aussi la renommée du saint hors de l’Égypte. Je ne veux pas ici examiner celte question ni comment certains héros ont forcé l’entrée du calendrier latin. Je réserve cet examen pour plus tard, lorsque je publierai tousmesdocumcntssurlapersécution de Dioctétien; mais je suis assuré déjà que cet examen me garde les plus curieuses constatations.
Avant de terminer ces réflexions je dois attirer l’allenlion sur un point vraiment curieux des moeurs égyptiennes. Tout
« le monde sait quelles étaient ces moeurs au sujet du cadavre de l’homme. Ce qu’on sait beaucoup moins et ce qu’on ignore même complètement, c’est à quelle époque cessa la momification. Les chrétiens d’Égypte usèrent-ils de la momification? On a certainement des momies d’époque byzantine, deux Je ces momies sont en particulier conservées au musée de Roulaq; mais ces momies provenaient-elles de chrétiens? On l’a affirmé; 1 mais pour ma part je n’ai pu découvrir parmi les ornements qui \a> recouvrent aucun signe qui attestât péremptoirement des croyances chrétiennes. Les symboles sont des symboles égyptiens grécisés. Celte observation n’emporte pas la conclusion que les dites momies ne sont pa7 chrétiennes, mais tend seulement à constater que les preuves données ne me semblent pas suffisantes.
Toute fois il est bien improbable que la momification, d’un usage si courant, ait cessé tout à coup en Égypte par suite de l’adoption des doctrines chrétiennes. On est donc tout naturellement amené à croire que la momification continua pendant les premiers temps du christianisme. Les Actes des martyrs en fournissent des preuves nombreuses. On pourrait peut-être attribuer la conservation des corps 5 une interven tion divine; mais les détails donnés sur la manière dont on rendait les derniers devoirs aux cadavres des martyrs ne laisse aucun doute à ce sujet. Quand Abîrou et Atoum prennent le corps du martyr qu’ils ont acheté aux soldats, « ils lui rendirent bellement les derniers devoirs, le fourni rent d’une grande quantité de parfumsî. » De même la pieuse femme qui acheta le corps de Sophie d’Alexandrie « enroula le corps vénéré en des bandelettes précieuses et mit en sa maison* »
L’épouse de Juslus, Thêoclia, « est ensevelie convenablement, placée dans un cercueil et conservée jusqu’à la fin de la persécution* » La vierge t. Cf. Maspero; Gukk du m>leur au mmie /hultç, salle feTcco-Homaine et salle historique de lot p. 31î, n » 5156, 5613 et 5$tt.
I. $jnàart, Il BAichon. -r Fakronia avait eu les membres coupés: « un riche fidèle prit ses membres, les plaça dans une boite dorée, après les avoir ensevelis dans des linceuls de soie » Il est encore dit pour un soldat martyrisé à Tripoli:.« une femme croyante vint, donna de l’argent au geôlier, prit le corps, l’ensevelit dans des linceuls neufs, le mit dans un cercueil en sa maison; elle en fit une image en sa maison et alluma des flambeaux devant elle * ». C’est aussi ce qu’avaient fait Abirou et Atoum. Ces différents traits renferment presque toutes les opérations de la momification, telle qu’elle était alors pratiquée: embaumement, çmbandclcllcment, mise en un sarcophage ayant déjà servi, ou enveloppement dans un cartonnage auquel on donnait le masque de la figure, ou encore sur lequel on figurait le défunt, comme sur les deux momies conservées au musée de Iloulaq.
Je ne crois pas que l’on puisse désirer des preuves plus, fortes. D’ailleurs le témoi gnage de3 oeuvres coptes est corroboré par un texte grec sur lequel l’attention ne me semble pas s’être portée jusqu’ici. Il fait partie de la vie de S1 Antoine attribuée à S1 Athanasc et il y est dit que « parmi les raisons que donna S1 Antoine sur ses dernières volontés à propos de son corps, il justifiait son ordre par la coutume où étaient les Égyptiens de rendre les derniers devoirs aux cadavres des personnages pieux, surtout des saints martyrs, de les envelopper de bandeleltes et, au lieu de les enterrer, de les exposer sur des lits, de les garder dans leurs maisons, dans la croyance qu’ils leur rendaient honneur en agissant ainsi ". Or, pour agir ainsi, et les Actes »
6èJx Tv£« /êïi 2tk £<> ». » \ih, w; vlxhi xa\ CÎWK&JV (v£f3tvi, xa » <k x tv>to &i y.ih’îîi’ ol Ati’ir.ttot ti wv tc/.îvt’iVteav 5sv?î;w’< -î.’jjtiîa, xxt niïiizz twv oytwv pptv?<. »vr çti.isA« st pïv Hiattw tiîi Giçuuçeti ôftevwtç » p.f, xv5« tnv tï CÎA îr.v. à>>.’ ITX <m[K:« v.6>v nhi-.ii, xa’t ç’jVâttttv iv%v s £ ta^to’.;’ ou’;Çv »ïfc iv to-îts ttwâv tvjj a« >&r.vt« î. — Patr. grée. 2G, Athati. opp. 2, col. 9Gi-9i0, W> 90. Le t^xle ajoute que h1 Antoine détourna tv content porain de cette coutume, leur citant l’exemple des patriarche. qui Avaient (gté enterré et de Jiim qui avait pa^e trois jour au tombeau. C’et â partir de ce moment que les Égyptiens commencèrent, dit-on, à enter rer leurs morla- *
CÔIK Ment avec la vie d’Antoine, il fallait l’embaumement préalable, -’ à direcn Égypte la momification, telle qu’elle se pratiquait alors; car n n est pas croyable que les Égyptiens aient subitement changé de coutume pour la préparation des cadavres, quand ils avaient conservé toutes les autres coutumes de leurs ancêtres.
J’arrête ici ces considérations et je me résume. II est bien évident que le christianisme soutint en Égypte une lutte violente contre l’autorité romaine: personne ne songera à le contester. Celle lutlc se passa principalement dans les villes du littoral et dans les grands centres de population échelonnés sur le Nil, jusqu’à Esneh inclusivement. L’introduction du christianisme se fit en Égypte par l’élément grec: la popula tion indigène y resta indifférente jusqu’au moment où, à la persécution religieuse, correspondit une révolte politique. D’ailleurs la Haute Égypte a toujours été en état de rébellion, sous tous les régimes qui se sont succédés en Égypte. On fit de l’opposition au gouvernement, cette opposition en certaines villes dégénéra en véritables séditions, on se dit chrétien sans connaître un seul dogme du christianisme et sans rien avoir appris de son histoire et de ses pratiques que 16 nom dit Messie et le signe de la croix.
Parfois il y eut comme un engouement du martyre; cela semble bien résulter des Actes à moins que l’auteur n’ait englobé tous les séditieux parmi le bataillon des confesseurs de la foi, ce qui est très possible. Mais s’il en a été ainsi, ce ne dut être qu’au commencement de la persécution; à mesure qu’elle s’étendit et dura, l’Égypte passa au christianisme, je veux dire l’élément principal de la population égyptienne, en réservant les classes les plus éle vées, peu nombreuses toutefois, qui demeurèrent encore près de deux siècles attachées à l’ancienne religion. De ce change ment intérieur cl des luttes qu’il occasionna, nous ne pouvons savoir que le résultat final: les détails nous échappent en général, parce que la confiance que nous pouvons attacher aux documents est presque nulle; constatation pénible pour
l’historien. Mais si les Actes des Martyrs d’Égypte ne four nissent qu’une minime contribution à l’histoire des faits, ils fournissent au contraire une moisson abondante à l’histoire des idées humaines et du sentiment religieux: comme les autres oeuvres coptes, ils me semblent inappréciables en l’espèce. J’espère que mes lecteurs partageront ma manière de voir.
Je ne saurais terminer ce travail sans parler de la joie immense qui éclata eu Égypte, selon les auteurs coptes, à l’avènement de Constantin. Comme le faux empereur Tatien du martyre de S1 Georges, Maximien avait été consumé par le feu du ciel ’, Diocléticn avait été rendu fou par la chute d’une boule ornant le baldaquin de son trône, boule dont la chute avait été déterminée par un ange ; c’est alors que Constantin monta sur le trône, ferma les temples et ouvrit les églises: l’Égypte entière fut dans l’allégresse « parce que la corne de la religion chrétienne se dressait ». A peine monté sur le trône, il fil venir près de lui les martyrs d’Égypte qui avaient survécu à la persécution, en particulier le saint Bimln de Minieh dont l’histoire nous a été conservée v.
Evidemment il n’avait pas d’affaires plus pressantes, au gré des auteurs coptes qui ne lui ont pas marchandé les louanges et qui l’ont placé sur les autels 11 est facile en effet de comprendre la joie que dut éprouver l’Égypte à la fin de la persécution: elle pouvait alors respirer librement, chanter et vivre joyeuse ment. H est dit d’un martyr que, pendant ses souffrances, il chantait les actes de Técla; s’il en était ainsi, il n’est pas douteux que les chrétiens aient été heureux de chanter en paix les nombreux Jc^éclosderimaginaliondelcursauteurs favoris. Ils purent le faire ainsi jusqu’aux années qui suivi
de tÉgypte chrétienne, tout. II.
rent le funeste concile de Chalcédoine: les luttes de l’Aria nisme n’occupèrcnl qu’Alexandrie, ville étrangère à l’Égypte; celles du Ncstorianismc n’eurent aucun effet dans la vallée ilu Nil. D’ailleurs les vrais Égyptiens n’y comprirent jamais rien. Ils habillèrent le christianisme de leurs idées, le dotèrent de toutes leurs superstitions, le plièrent au plus grand nombre de leurs croyances, et, sous un nouveau nom, conti nuèrent d’être de purs Égyptiens comme devant. Race pleine de résistance, la race copte continuera sans doute encore longtemps d’exister, sans jamais se plier aux idées modernes et aux civilisations étrangères; elle conservera toujours l’héritage inconscient de ses ancêtres et si elle vient jamais à disparaître, on peut être assuré que le dernier copte empor tera dans son tombeau les idées que les contemporains de Menés regardaient comme le patrimoine de la terre noire
Notes d’Émile Amélineau
202. On trouvera le texte dans la série de vies Monument* pour sertir à
203. Le récit de relie mission trouve dan* la vie de Jean Colobi, conserve
204. Ces Actes « e trouvent conserves en arabe dans un m », de la Bibliothèque
205. SytwxaM, 8 Abil>. — Cf. Hyvcrriat i op. cit. t. Il, p. 137
206. Syfi&rotf, S Thoth.
« 207. S »jnaxare, I" Abib.
208. Synaxote. 22 Abib.
« « 209. lïov lk à3>ç&>v ft’.af’pJWs pztiia wtvt r>tf avwîç » xtx » xÙ.iuA’trpii,
210. Synawre, Acte*de ttarbara, 8 Kihak.
211. Acte dé S George, 23 ilarmafcat. — Cf. E. AmtMineau: Contes et roman
212. Synàrare, 10 Baonah.
213. Synaxare, 28 Barmahal.
214. Synaxare, 6 Eimchir.
Étude critique sur le martyre de saint Georges d’après le texte copte — Ouverture
Depuis le jour où je commençai la copie et la traduction du
prends de consigner ici le résultat de mes observations et de mon élude, ma pensée a parcouru un chemin fort long et fort mouvementé, dont il est curieux, je crois, de constater les diverses étapes. J’avoue sans fausse honte que j’avais toujours cru à l’existence de ce grand saint Georges, le patron des soldats en général et de la cavalerie anglaise en particulier. Je ne connaissais guère de la vie d’un aussi illustre guerrier que son fameux combat contre le dragon, où mon enfance avait admiré son courage et son cheval. C’était le bilan de mes connaissances pour ce qui regarde ce grand saint. Aujourd’hui j’en sais davantage; mais, hélas! je ne puis plus croire au combat contre le dragon, plus admirer le cheval et le courage de cet insigne patron des cavaliers, car H ne combattit pas le moindre dragon et ne monta peut-êtrejamais à cheval. Ce dragon et ce cheval m’avaient toujours fort inquiété, quoique je n’eusse pas éprouvé d’ailleurs un plus pressant besoin de consulter les Bollandisles sur les Actes de Saint Georges: tout en admirant sur les images que tout le monde sait l’horrible tète du dragon, la lance que le saint
enfonce dans les flancs de la monstrueuse bêle cl l’intelligence avec laquelle le cheval vomit si à propos le feu par les naseaux et la bouche, je me disais que, malgré toutes ces beautés, il y cul un temps où il y avait bien des dragons de par le monde et je m’étonnais que saint Michel ayant tué le premier, ou tout au moins l’ayant si bien fait rouler au plus profond des enfers, il y en cul encore d’autres sur la (erre. Je savais bien cependant qu’en des temps fort reculés, Hercule avait lue l’hydre de Lcrnc qui causait de si épouvantables ravages; mais puisqu’il l’avait tuée, je supposais qu’elle était morte, cl tout me portait à croire que ma supposition était fondée puisque jamais plus je n’avais entendu parler des ravages du monstre. Aussi, je le répète, j’étais tout étonné de voir qu’il y avait encore un dragon du temps de saint Georges, qu’il y en avait même plusieurs à son époque, puisqu’un archiman drite grec en tua un second;qu’il y en avail même une multitude, puisque nombre d’évêques en Italie, à peu près vers la même époque, curent à les tuer et à en délivrer leurs villes épiscopales ’.
Je ne fais pas entrer en ligne de compte ceux dont les chevaliers normands devaient plus tard purger la Sicile. Tous ces dragons me préoccupaient donc assez vivement et me semblaient un argument non méprisable en faveur de la génération spontanée, lorsque je tombai sur le martyre,, ou plutôt, comme je le croyais alors sur la vie de S’ Georges, car c’était le litre du catalogue qui m’avait fait connaître l’existence de l’oeuvre que j’ai éludiéc f.
J’eus bien vite fait de m’apercevoir qu’ati lieu d’une vie Au Saint Georges je me trouvais simplement en face des Actes An son martyre. Je crus tout d’abord que ces actes, pour n’être pas aussi sincères que ceux de Dont Ruinart t’étaient cependant
« « privée de Lord CBAWIORO qui l’a mi.- a ma disposition ave’! la plus grande obligeance: je ne saurai* donc mieux commencer ce travail qu’en offrant M à Lord CMW »OMI> l’expression publique île ma reçoit naissance. Ceux qui ont suivi ou suivront mes publications savent et sauront mieux encore plus tard que le noble Lord est »n ami aussi éclairé que fidèle de la science dans toutes ses manifestations.
tout autant que les Actes copies en général sur la sincérité relative desquels j’étais édifié. Malgré les événements prodi gieux el incroyables qui abondent plus que de raison, je supposais qu’au fond de toute cette fantasmagorie il y avait 1111 événement réel, plus ou moins simple ou compliqué, dont je nie promettais bien de trouver la trame. Mais à mesure que je traduisais et que je comprenais mieux l’enchaînement du récit, les doutes en foule assaillaient mon esprit et je finis par croire que bien loin d’avoir des Actes du martyre de Saint Georges, je n’avais qu’un conte ou un roman à la manière copie fait sur le martyre du célèbre soldat. Mes doutes étaient corroborés par cette particularité que, soit dans le récit lui même, soit dans les dix merveilles qui fout suite, je n’avais pas trouvé la moindre mention du plus petit dragon.
J’eus alors la curiosité de rechercher quelle avait bien pu être l’origine première de mon roman. Je croyais trouver des actes officiels du martyre de Saint Georges, car il me semblait tout-à-fait imposssiblc qu’un personnage devenu aussi célèbre et qui Tétait tout autant dès le quatrième siècle, n’eut pas laissé de traces dans les oeuvres de ses coreligionnaires. J’ouvris donc les llollandistcs au 23 Avril avec la plus grande confiance. J’y trouvai d’abord que mon roman ne leur était pas inconnu, qu’il avait même été connu longtemps aupara vant et que le pape Gélasc, qui ne le goûtait pas sans doute, l’avait mis au nombre des livres apocryphes, déclaré mauvais et condamné au feu en 491 Je ne fus pas surpris d’une antiquité aussi reculée, car je savais que la grande époque de la littérature copte embrasse le IVe et le V siècles.
Pour qu’un livre primitivement composé en Égypte et en langue copte (je le démontrerai plus loin) pût avoir été traduit en grec, puis en latin, el avoir obtenu une vogue assez grande à la fin du V siècle pour être accusé de créer un danger à l’esprit des simples fidèles, il faut que ce livre ait été composé au plus lard, je crois, vers les premières années du V* siècle. Celle date rentrait parfaitement dans l’ordre des idées que je rcgarde comme certaines, et je me réjouis de le cons tater.
Faisant un pas de plus, j’arrivai aux Actes admis comme certains et authentiques par les llollandistcs, c’est à dire aux Actes grecs conservés par Siméon le Métaphrastc. Je les lus avec la plus ardente curiosité et je m’aperçus vite que le fond était identique à celui de mon roman. Le dragon ne s’y trouvait pas encore, et j’en eus un certain plaisir, car si dans l’oeuvre de mes Copies j’eusse trouvé mention de ce dragon avec un récit détaillé de la grande victoire de Saint Georges sur ce monstre ait fond de la Cappadocc, ma confiance en l’auteur copte eût reçu un si terrible choc qu’elle en eût été ébranlée. Grâce au ciel, il n’y avait pas de dragon; mais il y avait le magicien, la reine Alexandra et le laboureur Glycértus, sans compter la roue, la charrue, clc. Un moment je pus croire que
l’auteur de celle-ci avait eu connaissance de ceux-là cl qu’il les avait arrangés à sa guise pour sa plus grande satisfaction personnelle, pour la plus grande gloire de Saint Georges et pour le plus grand profit des lecteurs. Je me hâte de dire que je ne conservai pjn longtemps catte croyance, et que mes doutes me revinrent plus nombreux et plus impérieux.
En quittant les Bollandistcs et le Métaphrastc, curieux de lire l’oeuvre que le pape Gélase avait si inhumainement condamnée et que Ilaronius m’assurait avoir retrouvée et disait avoir été publiée par Lipoman levêquc de Vérone, je m’aventurai jusqu’à Surius, et je trouvai en effet l’oeuvre que je cherchais *. Une surprise bien agréable m’y attendait: j’y Irouvai le nom de l’auteur de ces Actes damnables.Cctauteur était appelé Pasicralcs, cl je reconnus en ce nom le Sosie de celui que l’auteur copte a nommé à la fin de son roman. Mais je m’aperçus aussi que cette nouvelle version du marlyre de Saint Georges, quoique fort différente de la version du
Mélaphrasle, l’était encore davantage de mon roman copte. Cependantj’avais rencontré, mentionnées parles JJollamUstcs, plusieurs versions dont ils citent le commencement et la fin et qui sont la traduction mol à mot de l’oeuvre copte, à ce qu’il semble. Je n’avais que deux moyens d’expliquer ces divergences et ces ressemblances: supposer que les version., latines les plu3 détaillées et le roman copte ne sont que des amplifications d’actes primitifs qui nous seraient parvenus plus ou moins authentiques dans la version grecque du Métaphrastc; ou supposerau contraire que la version grecque du Métaphrastc et les versions latines abrégées ne sont qu’un résumé des versions primitives faites elles-mêmes sur un original égyptien, écrit dans l’un ou dans l’autre dialecte de la langue copte. Je ne pouvais penser à un moyen terme, car certaines observations que je donnerai au cours de cet examen me démontraient péremptoirement que les diverses versions grecques ou latines et la version copte ne pouvaient avoir une origine commune, comme l’eût élé, par exemple, une relation syriaque du martyr de Saint Georges.
De la manière dont je résoudrais le problème ainsi posé dépendait la valeur historique devant être attribuée à l’oeuvre en question. Le travail des Rollandistes recevait ainsi une confirmation péremploire ou un démenti éclatant. L’existence elle-mêmede Saint Georges était absolument démontrée ou mise en doute, et de telle manière que la réalité de ce grand stratéfate, comme parlent les écrivains coptes, recevait une blessure que bien des esprits jugeraient mortelle. C’est cet examen que j’cnlrcprends ici de faire sans parti pris, d’après les données des textes et la connaissance que j’ai des moeurs
Notes d’Émile Amélineau
215. Cf. Aela Stincl, 23 Avril.
216. Le manuscrit qui m’a fourni le sujet de celle étude à la bibliothèque
217. Baron. Sac. Martyr, rom, adnot. ad 23 April.
218. Surins, toro. II p. 301-311.
Étude critique — Chapitre premier
Les manuscrits coptes qui nous ont conservé le roman du Martyrede Saint Georges sont, à ma connaissance, au nombre de deux: l’un se trouve à la bibliothèque Rodléienne d’Oxford, et il s’en trouve à la bibliothèque nationale une copie faite par M. Di LAURIER 1; l’autre est la propriété privée de Lord CRAUTORD. Tous les deux sont écrits en dialectememphitique et sont identiques pour le fond. Outre ces deux manuscrits complets, ou à peu près, de l’oeuvre dont je parle, il existe à là bibliothèque du musée Rorgia (Propagande romaine) divers feuillets écrits en dialecte thébain où se trouve une partie du Martyre de Saint Georges 9; la bibliothèque privée de Lord CBAWFORD contient aussi plusieurs feuillets de parche min ou se rencontrent d’autres passages thébains du même Martyre. J’ai tout lieu de croire que dans les découvertes faites récemment on retrouvera de nouveaux fragments de l’oeuvre copte Je ne parle que pour mémoire des versions arabes faites sur le texte copte et qui ne peuvent être d’aucune utilité pour ma thèse, car elles ne présentent rien
bain« de ce Acte. — 2tK — de nouveau et ont été faites à une époque relativement récente, ne pouvant en rien aider à la solution du problème. »
« Or, selon le récit de l’oeuvre copte, voici comment se passe le drame raconté. La scène est placée au temps « de la grande persécution qui s’éleva contre l’Eglise. » Le roi Tatîen S après des commencements modestes, étant parvenu à s’arroger l’empire tout entier et ayant appris qu’on délaissait à l’envi les dieux du panthéon grec pour adorer Jésus le Christ, mis autrefois à mort par les Juifs, en conçut un vif dépit et écrivit à tous les rois de la terre et à tous les gouverneurs de ses provinces d’avoir à venir le trouver, afin qu’ensemble ils avisassent à conjureruu aussi grand danger. Les rois vinrent au nombre de quatre-vingts: ils étaient accompagnés d’une si grande multitude de gouverneurs et de grands officiers de toute sorte qu’on ne sût comment les loger tous.
Dès qu’ils furent arrivés, le roi Tatien les réunit, fit apporter en leur présence tous les instruments de torture en usage de son temps, et déclara devant une telle assemblée que, s’il trouvait des orgueilleux refusant d’adorer ses dieux, u il briserait-la tour de leurs coeurs, leur couperait la tête, scierait les tibias de leurs jambes et couperait les jointures de leurs corps ». Devant un tel spectacle et de telles menaces, les chrétiens eurent peur et pendant trois ans pas un seul n’eut le courage de proclamer sa foi.
Un jeune homme eut enfin cette audace. Il se nommait Georges; originaire de Cappadoce, il était devenu tribun des soldats dans l’armée romaine cl avait acquis de grandes richesses. Il avait passé une grande partie de sa vie en Palestine où s’était sans doute achevé le temps de son service militaire. Il se rendait près de Tatien pour obtenir la dignité de comte, lorsqu’on voyant la folie des adorateurs des idoles, il changea brusquement de dessein, distribua ses
Le copte d’après une orthographe presque générale écrit le roi Dadien: d’ordinaire le d remplace le t dans les mots d’origine grecque, parce que la prononciationdu I égyptien ne répondait pas à celle du I grec, n’étant pas as*ea forte. biens aux pauvres et alla trouver le rot pour confesser sa foi. Dès les premières paroles, il engage la lutte en insultant le roi et en affirmant sa foi. On lui demande son nom: il répond que son premier nom est chrétien et que les hommes le connaissent sous celui de Georges; puis comme Tatien lui demande de sacrifier h Apollon ou à Neptune, il fait de l’esprit, se moque des dieux, cite rEeriturc. Naturellement le roi se met en colère: Georges est mis sur le chevalet, on lui déchire les flancs. Quatre soldats retendent ensuite à terre et le frappent à coup de nerfs de boeufs.
On saupoudre son corps de sel et on l’enferme dans des sacs laits de poil. Comme rien n’y fait, Tatien ordonned’apporter un brodequin de fer percé de trous par lesquels on enfonçait des clous dans le pied du martyr. On fait ensuite monter le saint sur un autel et on le déchire avec six clous pointus. On le plonge dans une chaudière d’eau bouillante et les bourreaux enfon cent des clous dans sa tête, si bien que le sommet du crâne s’écarte et que la cervelle jaillit. Pour finir, le roi ordonne d’apporter la moitié d’une colonne que huit hommes suffisent h peine à" placer sur le ventre de Georges qu’on laisse en pareil état jusqu’au lendemain. Pendant la nuit, le Christ Jésus apparaît à son soldat et lui annonce une triple mort, suivie d’une triple résurrection: ce n’est qu’après être mort quatre fois que Georges montera au ciel.
Le lendemain, Talien fait amener à son tribunal Georges qui arrive enchantant des psaumes el enfaisant une prosopo péo à l’adresse du tribunal. Le roi écrit une lettre à la terre entière, à tous les magiciens, promettant les plus grandes récompenses à celui qui pourrait surpasser les sortilèges de Georges. La lecture de cette lettre donna l’idée d’aller trouver le roi à un magicien nommé Athanasc. Le magicien en abordant Tatien, lui dit: « Vive à jamais le roi, il n’y a rien d’impossible pour moi. » Et, comme le roi lui demandait une preuve de ce qu’il avançait, Athanase se fit amener un taureau qu’il coupa d’un seul coup en deux parties - -230
égales, en lui parlant seulement à l’oreille, si bien quo l’une faisait exactement le contrepoids de l’autre dans une balance. A la vue de ce prodige, Talion no doula plus du succès et fit amener Georges. Celui-ci pria le magicien d’en finir promptement. Alhanaso prit une coupe, la remplit d’un liquide dont il s’était lavé le visage, prononça des paroles de conjuration et la tendit à Georges, assurant que la coupe serait à peine bue que Georges sentit mort. Mais la coupe fut vidée et Georges ne mourut point. Alhanaso fut d’abord surpris; il crut se trouver en présence d’un confrère qui avait aussi sa puissance. Il prit une aulrc coupe, prononça la plus puissante de ses conjurations et se déclara prêt ù embrasser la foi du martyr, si cette seconde coupe ne le faisait pas mourir sur le champ. La seconde coupe est bue, et Georges ne meurt pas davantage. Alhanaso tient sa promesse et se fait chrétien. Le roi en courroux ordonne de le conduira hors de la ville et de le décapiter; puis il fait de nouveau mener Georges en prison jusqu’à ce qu’il ait pris une décision à son égard.
« A peine le matin a-l-il paru que le roi fait construire une immense roue toute garnie, en bas et en haut, d’épées, de sabres à double tranchant, de clous aigus. On amena Georges qui, à la vue de la terrible roue, a un moment de défaillance et se met à invoquer Dieu le Messie. Dès qu’il a achevé sa prière, on le jette dans la roue qu’on fait tourner et aussitôt le corps de Georges est coupé en dix morceaux. A celle vue, Tatien, rempli de joie loue à haute voix ses dieux et demande ironiquement où est le Dieu de Georges; puis il ordonne de jeter les ossements du saint dans un lac desséché, afin que les chrétiens ne pussent ni les enlever, ni les honorer. Après avoir donné cet ordre, le roi s’en va manger, car c’était l’heure de son repas. Pendant qu’il mangeait, voici que la terre trembla, les montagnes s’entrouvrirent, la mer fit bouillonner ses flots jusqu’à une hauteur de quinze coudées et l’archange Michel sonna de la trompette.
Aussitôt — mi — Jésus le Messie descendit dit’ciel, ordonna à Michel de rassembler les ossements de Georges, souffla sur les restes rassemblés et Georges revécut. A peine de retour à la vie » il se hâta d’aller à la recherche des rois qu’il trouva rendant la justice sur la place publique. Il se nomma, mais le roi ne voulut point le reconnaître. On trouva cependant qu’il y avail certaine ressemblance entre lui et Georges le supplicié; finalement le stratélate Anatolius affirma que c’était bien Georges ressuscité d’entre les morts. Il crut avec ses soldats et d’autres assistants: les convertis atteignirent le chiffre de trois mille neuf hommes, plus une femme. Tatien ordonnade les mener hors de la ville, d’en faire quatre parts cl de les couper en morceaux, ce qui fut fait le 15 Phamenoth, un samedi, à la ne tviènic heure (12 mars, 3 heures du soir).
Georges fut do nouveau amené au tribunal du roi qui fit attacher le saint sur un lit de fer. On lui versa du plomb fondu dans la bouche, on lui enfonça soixante clous dans la tôle. Pour le mieux assujettir, on avait creusé une grosse pierre et on y avait fait entrer sa tète; puis on le roula avec la pierre et on lui brisa toutes les jointures. On l’attacha ensuite à une grosse pierre et on alluma du feu par dessous. On l’enferma dans un taureau d’airain et on le perça de grandes broches de fer. Rien? n’y fit encore et le roi, lassé, fit reconduirele saint en prison et le fit pendre, en attendant qu’il eût pris une décision;
Pendant la nuit, le Seigneur apparut de nouveau à son martyr et le fortifia par les mêmes promesses qu’il lui avait déjà faites. Le malin venu, Georges fut de nouveau conduit au tribunal. L’un des quatre-vingts rois, nommé Magnence, demanda à Georges de faire un prodige sur les sièges où ils étaient assis, Georges y consentit, il pria et les sièges devinrent des arbres avec branches et feuilles; ceux qui étaient faits d’arbres fruitiers furent même chargés de fruits. Magnence s’écriaalors: « C’est un grand Dieu que Héraclès! » cl comme Georges niait qu’un pareil prodige eût pu être fait par Héraclès, Tatien le fit scier en deux et Georges rendit do nouveau l’esprit. On apporta alors un chaudron avec du plomb, de la graisse do boeuf et du bitume; on y fit bouillir lo corps du saint avec uno telle violence quota flamme s’élevait à quinze coudées et que les gens s’enfuirent et dirent au roi: « C’est fini! »
Lo roi fit enfouir profondément la chaudière en terre avec le corps du saint, afin que les chrétiens ne pussent l’enlover; mais, dès quo les serviteurs se furent retirés, l’air fut agité et la terre trembla jusque dans ses fondements. Jésus le Messie descendit de nouveau du ciel et ordonna a l’ange Salathiel de ramener la chaudière à la surface et, pour la seconde fois, Georges ressuscita.
Alors pour faire toutes choses selon les règles, il envoya prévenir le roi qu’il se promenait par les ruos de la ville et qu’il enseignait. Tatien ordonna de le saisir et de le ramener au tribunal auquel Georges adresse une nouvelle prosopopée. En ce moment une femme nommée Scholasliqtte vint le supplier pour son fils qui n’avait qu’un boeuf de labour et ce boeuf venait de tomber mort en labourant. Le saint lui remit une baguette qu’il tenait à la main cl lui dit d’aller la poser sur le boeuf, mais en prononçant certaines paroles qu’il lui apprit. La femme fit ce que Georges lui avait dit et le boeuf revint h la vie, tout comme Georges lui-même. Cepen dant Tatien envoya de nouveau chercher le martyr et quand celui-ci fut arrivé, un roi, nommé Trakiali, lui demanda un nouveau prodige, car, dit-il, il y avait doute sur le précédent et Ton ne savait pas quel en était l’auteur, de Héraclès ou de Jésus.
Un tombeau se trouve non loin, il faut que Georges ressuscite les morts qui y ont été enfermés. Si celte résurec tion s’opère, Trakiali se convertira. Georges accepte, sans avoir confiance dans la promesse du roi. Trois rois se rendent au tombeau et l’ouvrent: on en sort les ossements qui s’y trouvent, on les apporte aux pieds de Georges qui fait une prière et soudain vingt-quatre morts reviennent à la vie, cinq hommes, neuf femmes et dix petitsenfants. Les quatre-vingts
rois furent stupéfaits. Quelqu’un d’entre eux appela l’un de$ ressuscites, lui demanda son nom, depuis combien de temps il était mort et si le Christ avait déjà paru en ce temps-là. Le ressuscité répondit qu’il avait nom Ioubin, qu’il était mort depuis plus de deux cents ans et qu’il n’avait jamais entendu parler du Christ. A une nouvelle demande du roi, il avoua inêmo qu’il croyait jadis en un Dieu nommé Apollon, un insensé sourd, muet et aveugle. La mort s’était chargée de le détromper; et là-dessus il se met à citer l’Ecriture qu’il avait sans doute apprise dans l’Amenti. H prie ensuite Georges de les baptiser. En voyant leur foi, Georges frappe la terre du pied, en fait jaillir utnc source, les baptise et les envoie en Paradis. Mais les rois ne furent point émus du prodigeet ils ne virent en Georges qu’un enchanteur plus habile que les autres.
On se résolut alors d’user d’un atalrc moyen. On chercha la veuve la plus pauvre de la ville el on conduisit Georges chez elle, pour déshonorer les chréliïhîs. Georges se laissa mener chez la veuve cl, à peine y fut-il miré, il lui demanda du pain. La veuve répondit qu’elle n’en avait pas et Georges se moqua aimablement de ces dieux qui issaient sans pain ceux qui les adoraient. Cependant la veuv en regardant le visage de Georges, vit bien qu’elle avait ’Taire, non à un débauché, mais à un homme de Dieu; elle >rtit pour aller emprunter du pain à ses voisins et à ses anip -. Pendant son absence, Georges s’asseoit près d’un pilier de i is qui se met a pousser, à verdoyer et dont les plus hait i>s branches dépassent bientôt de quinze coudées le toit de lu maison.
En même temps, l’archange Michel en personne luiJ ^portc du ciel une table ab -îdarumcnt servie. Georges ma, gc et se réconforte. Cependant la femme revient, elle voit l’a rbre qui a remplacé la colonne, elle aperçoit la table drc*e et couverte de toutes les bonnes choses.’Kilo se jette à$ tfioux’ adorant Georges; mais celui-ci la relève avec bonté ( lui assurant qu’il n’est pas le Dieu des Chrétiens, qu’il n’en >st que le serviteur,. La veuve enhardie apprcml à Georges qu’elle a un peltt garçon qui est à la fois aveugle, sourd, muet et boiteux: elle croira en le Dieu des Chrétiens si l’enfant est guéri. ’Georges prend l’enfant sur ses genoux et lui souille au visage; aussitôt de* écailles tombent des yeux de l’enfant qui voit. L<i twère, prie le martyr d’achever son oeuvre; mais il déclare que\c’est assez pour ce jour-là et que le montent de la guérison complète n’est pas venu.
Pendant tout ce temps, Talieo elles soixanle-dix-ncufrois, ses amis, éWîent à souper. Aprfis leur souper, comme ils se promenaient par les rues de la vïWo, Tatien aperçut l’arbre qui avait poussé dans la demeure de la veuve et il sut bientôt que cet arbre (c’était un figuier) avait poussé sur l’ordre de Georges. Aussitôt il fit amener le martyr en sa présence; il le lit fouetter à coups de nerfs de boeuf, on lui brûla les flancs avec des pots de fer si bien qu’il rendit l’unie. Le roi donna ensuite l’ordre de porter le cadavre sur une montagne élevée, afin que les oiseaux le dévorassent. Les serviteurs du roi exécutèrent l’ordre reçu: mais, comme ils s’en retournaient après l’avoir exécuté, il se fit un grand tremblement de terre accompagné d’éclairs et de tonnerre: le Seigneur descendait pour ressusciter Georges une troisième fois.
Le mort se leva aussitôt et cria aux serviteurs: « Attendez-moi un peu que j’aille avec vous. » A la vue de Georges qui courait pour les rattraper, les serviteurs se jetèrent à ses pieds et lui deman dèrent le baptême qu’ils reçurent aussitôt. Ils allèrent eux mêmes apprendre aux rois la nouvelle de leur conversion cl l’un d’eux, Claudién, fut crucifié; un second, nommé Laci rien, décapilé et un troisième Glykon, livré aux bêtes.
Sur ces entrefaites, les rois ordonnèrent de leur amener Georges une fois encore. Tatien changea de tactique, il employa la douceur et assura Georges qu’il le traiterait comme un fils bien-àimé, à la seule condition de sacrifier. Georges, tout étonné que pendant sept ans Tatien eut employé la violence à son égard, le remercia dé ses bonnes — &>.->
paroles et se déclara prêt à sacrifier. Le roi n’en put croire ses oreilles; il baisa Georges à la tête et le conduisit de vive force en son palais pour le présenter h la reine Alexandra. Avec la plus grande discrétion, il se retira, quoique la nuit fut arrivée, laissant seuls Georges et Alexandra. Georges se mit en prières et récita des psaumes. Alexandra fut charmée de l’entendre et lui demanda des explications sur certaines paroles des psaumes. Georges lés lui donna lanl bien que mal 1, lui prêcha le Messie jusqu’à ce que la reine, conver tie, le pria de cesser, afin qu’elle put dormir. Le malin parut el les hérauts par la ville invitèrent le peuple à se rendre au temple d’Apollon, afin d’assister au sacrifice de Georges. Le roi avait envoyé ses serviteurs pour faire escorte à Georges; mais celui-ci les renvoya préférant marcher seul.
Comme il marchait par la ville, la pauvre veuve vint à lui, déchirant ses vêtements, la tête nue, et lui reprocha son apostasie. Georges se contenta de sourire et de lui répondre: « Va chercher maintenant ton enfant ». Elle alla le chercher et Georges dit à l’enfantqui élait encore sourd, muet et boiteux: « Va au temple el dis à la statue d’Apollon: Georges le serviteur du Christ t’appelle ». Le petit garçon fit la commis sion dans les termes les plus injurieux qu’il put employer, et aussitôt la statue, se détachant de son piédestal, se rendit à l’appel de Georges. Le martyr lui fil confesser qu’elle n’était pas un dieu, mais un démon révolté contre le véritable Dieu cl, pour cela, précipité dans les enfers. Georges l’accusa de ne pas dire toute la vérité, car le démon attribuait la cause de sa révolte à l’ordre que Dieu avait donné aux Anges d’adorer un homme créé par lui-même, tandis que Georges donnait l’orgueil pour causede cette révolte.
Le démon resta confondu. Georges frappa du pied la terre qui s’entrouvrit et engloutit la statue. Il détacha ensuite sa ceinture, la passa autour de la statue de Héraclès qu’il traîna et mit en pièces; puis il coni
génie copte. On peut les voir dans ma traduction...
manda à toutes les autres idoles de disparaître: ce qui fut fait à l’instant. Les stratèges du temple et les prêtres des idoles, à la vue de tant do dégâts, se saisirent de Georges et le menèrent au roi Tatien. Celui-ci, outré de fureur, reprocha au martyr sa duplicité; ce n’était pas ainsi qu’il lui avait promis d’offrir do l’encens en l’honinvr d’Apollon.
« Va me chercher Apollon, cïit Georges, et jo l’adorerai en la présence ». Mais ce n’était pas chose facile que d’aller chercher Apollon descendu dans l’abîme, et le roi plein de tristesse alla conter toute l’affaire à la reine Alexandra, pour en recevoir consolation. Une nouvelle déconvenuel’attendait: voyant que la reine elle-même était atteinte de christia nisme, il la saisit par les cheveux et la traîna devant les soixante-dix-neuf rois, la fit suspendre et torturer sur le chevalet. Elle regardait Georges dont la vue la soutenait: on l’emmena ensuite pour la mettre à mort et elle accomplit son martyre le 15 Pharmouthi (tt Avril)
Les rois appelèrent ensuite Georges et prononcèrent sasen- tenec, le condamnant a être décapité. Le martyr suivit les soldats au lieu de son supplice. Quand il fut arrivé, il demanda la permission de faire une prière: elle lui fut accor dée. Il pria et demanda certaines grâces pour ceux qui lui seraient dévols: Jésus le Christ lui apparut et lui promit que tout ce qu’il demandait, et plus encore, lui serait accordé. Georges tendit alors sa tète qui tomba sous l’épéc d’un soldat, et son âme suivit le Christ dans les cieux. Aussitôt la terre trembla jusque dans ses fondements, il y eut de nouveaux éclairs et de nouveaux tonnerres: les assistants furent tous frappés de terreur. On était au 23 Pharmouthi, un dimanche, à la neuvième heure, (19 Avril). Saint Georges n’avait pas procuré le martyr à moins de huit mille six cent quatre-ving dix-neuf personnes, sans comnter la reine Alexandra.
Le martyre s’achève de la sorte:« Moi, Pasyneralcs, le serviteur du saint Georges, je suis resté avec mon maître jusqu’à l’achèvement de son combat, selon les sentences des »
« rois impies. Ainsi je l’ai écrit sans rien y ajouter, ni rien y retrancher. » On serait tenté de croire que c’est la fin; maïs le récit continue dans un discours qui est placé dans la bouche de Théodore, évêque de Jérusalem, au jour de la consécration de l’église élevée en l’honneur du martyre à Diospolis de Syrie, ou l’on avait transporté lo corps du saint. Ce récit met en scène le serviteur de Georges, qui est alors appelé Pasyncratos, et raconte comment ce digne serviteur,?idé de deux compagnons, réussit à gagner Joppé avec le corps de son maître. Comme celte suite, ainsi que les autres miracles, n’intéresse que fort peu le sujet que je traite, je n’en fais pas autrement mention; on les trouvera d’ailleurs
Notes d’Émile Amélineau
220. Cf. ZO?M Col. Cod. Copl. CL1I, p. 219-211.
221. La Bibliothèque nationale possède eu effet plusieurs fragments Ibé
222. Ces explications sont un modèle dé pathos et d’absurdité: c’est bien le
Étude critique — Chapitre deuxième
Telle est l’oeuvre copte. Il ne sera pas inutile maintenant d’analyser succinctement les Actes grecs tels qu’ils nous sont parvenus. Comme je l’ai déjà dit, ces Actes nous sont connus par une double version, l’une adoptée par les Bollan dislcs et conservée par le Métaphrastc, l’autre rejetée par les Rollandistes, adoptée par Surins et traduite par l’évêque de Rcrgamc Lipoman, d’après un manuscrit delà bibliothèque de Venise. Pour des raisons que je donnerai plus loin, cette dernière version me semble antérieure et je l’analyserai
Cette version commence par changer le nom du roi persé- cuteur; il ne s’agit plus de Tatien, mais de Dioclétien. Or, Dioctétien qui détestait les chrétiens, avait un ami qui était animé de la même haine envers les disciples du Christ. Cet ami s’appelait Magncnlius et occupait la seconde placede l’empire. Tous deux prirent la résolution d’exterminer les chrétiens et une lettre, au nom de l’empereur Dioclétien, fut adressée à tous les grands officiers de l’empire leur prescrivant de faire endurer les plus affreux supplices aux chrétiens; de les combler d’honneurs, s’ils renient leur religion; de les frapper dit glaive, s’ils ne se convertissent pas de leur erreur.
Comme rien n’y faisait, Dioctétien, outré de colère, réunit près de lui le Sénat tout entier, les magistrats cl les tribuns militaires. Tous accoururent à son appel et l’empereur délibéra avec eux sur le moyen d’anéantir la race chrétienne. H fil à l’assemblée un discours haineux. Ensuite de Ce discours, la persécution redoubla, et c’est alors que, « comme dans une nuit obscure, parut cette étoile brillante, » qu’on appelle Georges. Plusieurs fois auparavant il s’était excité au martyre; le spectacle de l’extraordinaire cruauté de Dioclé tien le décida. C’était un homme originaire de Cappadocc, noble, riche, ayant exercé plusieurs tribunats et se trouvant avec l’armée près de l’empereur.
« « Après avoir distribué ses biens, il se présenta devant le tribunal de l’empereur qui siégeait au milieu du Sénat, de tous ses officiers civils et militaires, cl s’écria: » Je suis chrétien. » Puis il fait la leçon à l’empereur et lui prouve que les dieux du panthéon grec ne sauraient être comparés à la Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit. Lorsqu’il eut bien parlé, Magnence lui demanda quel était son nom. Georges répondit que son premier nom était celui de chrétien, mais que les hommes l’appelaient Georges. Dioclétien prend alorsla parole et l’exhorte à sacrifier. Georges refuse et l’empereur le fait frapper à coups de lance; mais la lance se recourbe comme si elle eut été de plomb. Rempli de fureur, l’empereur le fait descendre du gibet’, ordonne de le conduire en prison, de lui mettre les entraves et de placer sur sa poilrine une énorme pierre qu’on eut peine à remuer. Pendant tout le temps de ce supplice, Georges remerciait Dieu à haute voix.
« Le lendemain, Dioctétien, par l’inspiration de Satan, fil construire une grande roue qu’on remplit d’épées dé tous côtés. Georges, à l’aspect de cette roue, tremble et demande force cl courage au Messie. H est jeté dans la roue cl son corps est coupé en un grand nombre de morceaux. Dioclétien et Magnence triomphent alors, proclamant la force de leurs dieux. L’empereur, laissant Georges dans la roue, se rend — 2G1— ensuite à table et mange. A la dixième heure, une voix se fait entendre du haut du ciel et réconforte le martyr. En entendant cette voix, les bourreaux s’écrient: e Le Dieu des chrétiens est grand! » Un ange descend alors du ciel, détache Georges de la roue, lui rend la force el l’intégrité de son corps, et le martyr va se promenant par les rues de la ville et chantant des psaumes.
« « Comme il arrivait près du temple d’Apollon, il y trouva l’empereur et ses amis occupés à sacrifier. « Me reconnais tu? » dit-il à l’empereur, et il lui reproche son idolâtrie — « Qui cs-lu? » lui répond Dioclétien — « Je suis Georges. » — Cependant ni Dioclétien, ni Magnence ne prennent sa réponse au sérieux, pensant que c’était seulement son ombre; Georges s’efforce de les détromper et de les détour ner du culte des idoles. Deux tribuns des soldats, Anatolius et Protoleo, viennent à son secours, affirment que c’est bien Georges et s’écrient: » Il n’y a que le Dieu des chrétiens 1 » Ils se convertissent avec leurs familles el l’empereur les fait conduire hors de la ville et mettre à mort.
Cependant l’impératrice Alexandra, ayant appris tout ce qui concernait Georges, se rendit près de l’empereur et lui dit: « Je suis chrétienne et je sers le même Dieu que Georges. » — « Pourquoi sers-tu le Christ et méprises-tu les dieux? » lui demande Magnence. — « Parce que je laisse ce qui est mauvais et cherche ce qui est bon, » lui répond Alexandra, puis elle retourne dans sa maison. L’empereur, ne se contenant plus; ordonne de jeter Georges dans un lac enflammé, plein de « celte chose qu’on appelle inextinguible, (le naphte} » et de le garder sévèrement afin qu’on ne pût le délivrer ni l’emporter. Trois jours après, il commande d’enterrer profondémentles restes du martyr. Les soldats se rendent au lac suivis d’une grande multitude; maïs après avoir enlevé la matière inextinguible, ils trouvèrent Georges plein de vie et sans le moindre mal; car un Ange s’était tenu près de lui pour le sauvegarder. A ce spectacle la foule
entière s’écria: « Il est grand, le Dieu ’dès chrétiens! » Altirée par les cris, l’impératrice Alexandra se rend au lac, en criant elle-même: « Il n’y a que le Dieu des chrétiens! » Tous les soldats envoyés au lac se convertissent alors. L’empereur envoie aussitôt une forte troupe de soldats avec l’ordre de lui amener Georges devant son tribunal. « Qui t’a rendu vivant? » lui demande-t-il. Georges lui apprend que c’est le Christ. L’empereur fait alors faire des chaussures de fer, garnies de clous rougis au feu; on en chausse le martyr qui ne peut marcher et se met à prier le Seigneur. A peine sa prière est-elle terminée qu’une voix l’exhorte du haut du ciel à prendre courage et qu’il se trouve aussitôt guéri.
Après une nuit passée en prison, il est, le lendemain, ramené au tribunal de Dioclétien. L’empereur l’exhorte encore à sacrifier aux idoles; mais Georges répond qu’il a trop à se louer de son Dieu pour l’abandonner; car c’est ce Dieu qui le délivre de tous les supplices. L’empereur et le Sénat le font alors battre à coups de nerfs de boeuf. Pendant ce supplice, Dioclétien cl Magnence font inutilement tous leurs cfforls pour l’amener à sacrifier: Georges de son côté les presse de se convertir. Alors Magnence, ayant fait cesser le supplice, lui demande un miracle et promet de se conver tir si le miracle a lieu: ce miracle doit consister à faire ressusciter l’un des morts qui se trouvent près delà. Georges accepte sans se faire illusion sur la promesse de Magnence: il prie, la (erre tremble, le tombeau s’ouvre, l’un des morts en sort, vient se prosterner aux pieds de Georges en lui demandant le baptême el Georges le baptise.
L’empereur, « plein de stupeur et de perfidie, » demande au ressuscité qui il est; celui-ci lui répond qu’il vivait avant la venue du Messie, qu’il avait adoré les idoles, et que pour cela il avait été jeté dans les ténèbres avec ceux qui avaient partagé ses sentiments. Dioclétien, aveuglé par la rage, s’écrie alors qu’il y a magie, que la magie seule a ressuscité le mort et que Georges n’est qu’un magicien. Georges lui reproche de;. blasphémer, et, sur l’ordre de l’empereur, il est de nouveau conduit en prison, pendant que l’empereur lui-même rentre en son palais. Alors tous ceux qui s’étaient convertis, et ce dernier prodige avait converti une foule de soldats et de gens ordinaires, tous ceux qui étaient malades se rendirent à la prison: Georges guérissait à la fois les corps et les âmes.
Parmi ceux qui lui rendirent visite se trouva un homme nommé Glycérius, qui labourait dans un champ avec le seul boeuf qu’il possédait. Le boeuf était tombé malade et Glycé rius élail allé demander à Georges de ressusciter son boeuf. Georges lui demanda s’il croyait au Dieu des chrétiens, et sur la réponse affirmative du paysan, il lui dit: « Retourne en ton champ, tu retrouveras vivant ton boeuf que tu as quitté mort. » Glycérius s’en alla, trouva son boeuf ressuscité et revint en criant: « Le Dieu des chrétiens est grand. » Les bourreaux et les soldats, l’ayant entendu, le conduisirent devant l’empereur qui le fit couper en morceaux. Ce Glycé rius n’était qu’à demi rassuré sur son salut, parce qu’il n’avait pas reçu le baptême; mais du haut du ciel une voix l’appelle au parfait bonheur et il mourut avec confiance.
Cependant Dioclétien ayant appris que Georges dans sa prison convertissait un grand nombre de païens et opérait de nombreuses guérisons, se le fil amener, ayant résolu, sur le conseil de Magnence, de le traiter avec douceur. Georges se rendit au tribunal en chantant des psaumes et, tout étonné de l’accueil de l’empereur qui prétendait vouloir le traiter comme un fils, à la seule condition de sacrifier, il se montra disposé à se rendre au temple, non sans avoir quelque peu raillél’empereur sur ses bonnes dispositions un peu tardives. Le sénat et l’armée se rendirentalors au temple, accompagnés de la foule qu’un héraut avait convoquée. Au milieu d’un profond silence, Georges debout devant la statue d’Apollon la prie de déclarer publiquement si elle était un dieu. La statue répondit en toute vérité qu’elle n’était qu’un démon. Georges lui reprocha de tromper ainsi les hommes; puis au
milieu d’un grand bruit et des lamentations de tous les démons qui habitaient les autres statues du temple, temple et statues tombèrent cl se brisèrent en mille pièces, au signe de croix qu’avait fail le marlyr.
A celle vue les prêtres du temple se précipitèrent sur Georges et le conduisirent à l’empereur, le priant de mettre à mort ce magicien qui ruinait les temples et brisait les dieux. L’empereur irrité demanda au saint si c’était ainsi qu’il sacrifiait aux dieux: Georges lui répondit par des injures et des moqueries. L’impératrice Alexandra qui avait tout appris accourut alors à l’empereur en adressant une fervente prière au Dieu des chrétiens: Dioclétien, au comble de la fureur, rendit la sentence qui condamnait Georges et Alexandra à être décapités. Comme les deux martyrs se rendaient au lieu du supplice, Alexandra s’arrêta en chemin cl rendit l’âme en paix. Georges parvenu au lieu du supplice demanda aux soldais de lui accorder quelque temps pour faire sa prière: la prière achevée, il tendit sa tête au soldat qui la fit tomber, le 23 avril, qui était un vendredi, à la septième heure. « Moi, Pasicrates, serviteur du saint Georges, j’ai suivi mon maître et j’ai fait un commentaire de tout cela. »
Telle est cette secoiu’v- rédaction. On voit du premier coup d’oeil quelles en sont les différences et les ressemblances avec l’oeuvre copte. J’insisterai plus loin sur ces ressemblan ces et ces différences; pour le moment, je dois passer aux Actes tels que nous les a conservés Siméon le Métaphrasle.
Dans cette troisième version regardée comme officielle et authentique autant qu’on le peut désirer, Dioclétien, après s’être « indignement » emparé de l’empire romain et avoir soumis ses compétiteurs, met tous ses soins à honorer ses dieux, surtout Apollon qui prédisait l’avenir, et à leur offrir des sacrifices. Un jour qu’il consultait l’oracle d’Apollon, celui-ci lui répondit que les justes répandus sur la terre l’empêchaient de parler: ces justes, un prêtre les nomma,
c’étaient les chrétiens. Dioclétien renouvelle dès lors la persécution qui s’était calmée, et les prisons se remplissent de chrétiens que l’on traitait commede vils scélérats et pour les quels on imaginait des supplices pluscruelsque ceux qui exis taient déjà. Mais les édits de l’empereur, ainsi qu’il l’apprit bientôt par les dépêches de ses gouverneurs, ne furent guère respectés, principalement en Orient. Il fit aussitôt rassembler tous les Préfets, et surtout les Procurateurs de l’Orient, et, en présence du sénat convoqué, il demanda à chacun son avis sur la conduite qu’il convenait de tenir à l’égard des chrétiens. Pour lui, il était d’avis d’exterminer la race entière des chrétiens, et toute l’assemblée opina dans le même sens.
Il y avait alors dans l’armée un admirable soldat du Christ; il se nommait Georges et avait vu le jour en Cappadoce, de parents chrétiens. Il n’était pas sorti de l’enfance que son père mourut martyr: il se relira alors dans la Palestine d’où sa famille était originaire et où il possédait de grands biens. Son courage, sa naissance et ses talents militaires le firent créer tribun des soldats, et même comte, par Dioclétien qui ignorait qu’il fût chrétien. Sa mère mourut alors; il ramassa tout son héritage et, à l’âge de vingt ans, il partît pour se rendre près de Dioclétien. Il atteignit la ville impériale le jour même où l’on avait affiché le sénalus-consulte. Le temps lui parut favorable, il distribua ses biens, et le troisième jour, alors que l’empereur et le sénat devaient confirmer le décret, il s’avança au milieu de l’assemblée cl affirma, devant tous les assistants, qu’il n’y avait qu’un seul Dieu, Jésus le Christ.
Toute l’assemblée demeura muette d’étonnement, les yeux fixés sur l’empereur, attendant ce qu’il allait répondre. Celui-ci, retenant à grand peine sa colère, chargea l’unde ses amis, nommé Magnence, consul en cette année-là, d’interroger l’audacieux. Georges répond que la vérité, c’est-à-dire le Christ, lui inspire son audace et qu’il veut lui rendre ce témoignage. Cette réponse excite les murmures de l’assemblée et du peuple*
« « ’ Les hérauts ayant obtenu le silence, Dioclétien qui avait reconnu Georges, le comblcd’élogcs, cherche à le détournerde sa résolution et l’engage à sacrifier aux dieux. Georges répond en exhortant l’empereur à se convertir; mais Dioclétien irrité ordonne à ses gardes de le faire sortir à coups de lance et de le mener en prison: on exécute l’ordre; mais la pointe d’une lance qui atteint le bienheureux se recourbe comme du plomb. En prison, on l’étend à terre, on lui met des entraves cl on place une énorme pierre sur sa poitrine. Le lendemain, l’empereur le fait mettre à la question. Dioctétien le croyant fatigué cherche de nouveau à faire changer sa résolution: Georges répond qu’on sera plus tôt tasséde le torturerque lui d’élre torluré.
L’empereur ordonne alors de faire la fameuse roue, on y attache le saint, on fait tourner la roue et il est coupé en morceaux. Il priait d’abord à haute voix; il se contenta ensuite de prier mentalement et resta une heure au milieu de ce supplice, comme s’il eût été endormi. Dioclétien le crut mort et lui demanda en se moquant: « Où est ton Dieu, Georges? » et il partit pour sacrifier en l’honneur d’Apollon. Comme il sacrifiait, le ciel tonna, une voix se fit entendre qui réconfortait Georges, un homme vêtu de blanc se tint près de la roue, délia Georges et lui rendit ses forces. A cette vue, les soldais coururent annoncerla chose à l’empereur et Georges se présenta bientôt lui-même. On crut d’abord que c’était son ombre; mais, en examinant de plus près et devant les affirmations de Georges, on fut bien forcé d’admettre que c’était lui.
D’ailleurs deux des assistants, revêtus de la dignité prétorienne, Anatotius et Protoleo, déjà initiés à la religion chrétienne, virent leur foi se compléter cl s’écrièrent: » Il n’y a que le Dieu des chrétiens. » L’empe reur ordonne aussitôt de leur trancher la tète en dehors de la ville. Un grand nombre d’assistants se convertirent et, parmi eux, l’impératrice Alexandra qui se mita parler librement au public; mais le consul eut le temps de la faire sortir, avant que l’empereur s’en fût aperçu. r
Dioclétien voyant que rien n’y faisait, ordonna de plonger le saint dans la chaux nouvellement éteinte et de le garder de telle sorte qu’on ne pût lui porter secours. Georges se rendit à ce nouveau supplice en priant Jésus le Christ, et, s’élanl muni du signe de la croix, il se jeta dans la chaux. Les ordres de l’empereur accomplis, les serviteurs impériaux s’en retournèrent. Trois jours après, l’empereur se souvint « de ce malheureux Georges qu’on avait plongé dans ta chaux », il commanda d’enfouir dans la terre tout ce qui pouvait encore rester de ses os. On enleva la chaux et par dessous on trouva Georges revêtu d’un habit magnifique, en aussi bon état que s’il venait de sortir d’un festin. Tous ceux qui virent ce prodige confessèrent la grandeur de Dieu.
Cependant la nouvelle en était déjà parvenue à l’empereur qui commanda de lui amener Georges sur le champ. II accuse Georges de simuler la religion chrétienne, de n’être qu’un magicien et lui demande quels moyens magiques sont ainsi employés par lui. Georges, devant tant de mauvaise foi el d’aveuglement, refuse de répondre. Dioclétien le fait chausser de souliers armés de pointes de fer et se moque de lui en disant: « Cours maintenant, Georges. » Le martyr chantait et priait Dieu. Il fut ainsi reconduit à la prison.
Le lendemain, l’empereurle fit amener devant son tribunal placé devant le théâtre où le Sénat était réuni: il fut étonné de voir Georges marcher aussi librement que si on ne l’eût point chaussé des souliers armés de pointes aiguës. Il l’engage à sacrifier aux dieux après l’avoir plaisanté; mais Georges lui répond par des injures. L’empereur le fait battre alors à coups de nerfs de boeuf, sans que la gaieté disparaisse du visage de Georges: ce que Dioclétien attribue encore à la magie. Alors Magnence propose de faire venir un magicien qui surpassera Georges. Le magicien, nommé Atbanase, arrive aussitôt et, après avoir entendu ce que l’empereur demandait de lui, il promet de le faire le lendemain. Le lendemain en effet! Georges, qui avait été reconduit en prison,
est amené devant le tribunal placé sur une éminence. Le magicien parait aussi avec deux fioles: si Georges boit l’une, il deviendra obéissant; s’il boit l’autre, il mourra aussitôt. L’empereur ordonne de lui faire boire la première; mais Georges n’en ressentit rien. Il en fut de même de la seconde. L’empereur de plus en plus étonné demande à Georges de quels moyens il se sert: Georges, cette fois, lui répond et lui avoue que c’est par la foi dans le Christ qu’ont lieu tous ces prodiges. Dioclétien demande alors au magicien ce qu’il en pense", et celui-ci répond qu’il y a un moyen bien simple de savoir la vérité c’est de faire ressusciter un mort par Geor ges; caries dieux donnent tous les autres biens aux hommes, mais ne leur ont jamais rendu la vie.
Comme un mort se trouvait à propos dans son cercueil non loin delà, Dioclétien accepte le conseil et Georges, pour convaincre la foule, non pour condescendre à l’empereur, ressuscite le mort. La foule applaudit: l’empereur et ses familiers sont stupéfaits, Alha naso se convertit. Dioclétien accuse alors Georges et Atha nase de s’être entendus, comme il est naturel pour deux magiciens, et condamne Alhanaso à mourir ainsi que le ressuscité; puis il rentre en son palais et Georges en sa prison.
Tant que Georges resta en prison, il y eut un grand concours près de lui: on donnait de l’argent aux gardes pour obtenir l’entrée de la prison, on allait se faire instruire el se faire guérir. Glycérius fait ressusciter son boeuf et se conver tit: l’empereur le fait décapiter hors de la ville. Le Sénat se plaint de la propagande de Georges et exhorte Dioclétien & en finir. L’empereur ordonne de placer pour le lendemain son tribunal près du temple d’Apollon où Georges sera mis à la question. Pendant la nuit, le Sauveur apparaît à Georges, le réconforte et le couronne. Le saint comprenant que son dernier jour était venu, mande son serviteur cl lui donne ses dernières instructions. Le lendemain, l’empereur, ayant fait venir le martyr, change de tactique; il flatte Georges qui se
conduit absolument comme dans la précédenteversion: on se rend au temple, Georges interroge la statue, fait le signe de la croix et toutes les idoles tombent à terre brisées. Le tumulte est immense et envahit la ville entière; l’impératrice Alexandra apprend ce qui vient de se passer, confesse la foi chrétienne. L’empereur, au comble de la colère, rend une double sentence contre Georges et Alexandra que l’on conduit aussitôt au supplice. L’impératrice s’éteint en chemin ’, Georges a la tête tranchée.
t. II est assez difficile de savoir d’après le texte, si Alexandra a la Wte tranchée. Ce texte dit seulementd’après la traduction latine: Atubiad loeum quemdam renit, ut eonsisterel petirit iisaue qui trahebant concèdentibus,
Étude critique — Chapitre troisième
Si je ne me trompe, la simple lecture du résumé que je viens de faire de ces deux versions des Actes de saint Geor ges aura montré que la première version se rapproche bien plus de l’oeuvre copte que la seconde. Il est évident en effet que l’auteur de la seconde était plus littéraire que celui de la première, qu’il a mieux composé son oeuvre, qu’il a pris soin de prévenir un certain nombre d’objections qui s’élèvent nécessairement devant l’invraisemblance des faits. Il est aussi plus au courant de la phraséologie officielle, il s’in quiète davantage de ce qui a dû se passer réellement, dans la supposition que Georges a souffert le martyre, il donne des dates, expliquedes faits qui ne luiont pas paru assez clairs par eux-mêmes, toutes choses dont l’auteur de la première version s’est médiocrement inquiété.
On voit enfin que Siméon le Métaphrastc a cru nécessaire de retoucher assez largement la version dont il s’est servi. Malgré celte délicate attenlion pour ses lecteurs, attention qui en histoire frise de bien près la trahison, le Métaphraste n’avait ni la science, ni le talent nécessaire pour ne rien laisser en son oeuvre qui pût mettre les gens sérieux en garde contre la véracité de son récit. Non-seulement on y trouve un assez grand nombre d’invrai semblances, mais encore des impossibilités manifestes.
Tout d’abord il me semble évident, que si les deux auteurs ont trouvé le nom de Dacien dans l’oeuvre précédente dont ils se sont servis l’un et l’autre, ils ne l’ont remplacé par celui de Dioclétien que pour la raison suivante: leurs connaissances historiques ne leur fournissant aucun empereur qui répondit au nom de Dacien, ils ont pris celui de Dioclétien, parce qu’ils sentaient la nécessité de corroborer leur récit par une donnée historique dont on ne puissedouter. D’autres rédacteurs, dont je parlerai plus loin, pris du même besoin, ont opté pour Dèce. Quant à moi, je crois que l’oeuvre dont tous se sont servis, médiatement ou immédiatement, ne contenait pas lé nom de Dioclétien, mais celui de Dacien ou de Tatien, comme écrit le copte. J’en ai pour preuve la présence du nom de Magnence que l’on rencontre dans les deux versions.
Ce Magnence est donne comme le second personnage de l’empire, comme l’ami intime de Dioclétien, et l’auteur analysé ou conservé par le Métaphrastc assure même qu’il était consul cette année-là. Or, d’après le récit, il n’est pas possible d’assigner au martyre de Saint Georges d’autre date que l’année où la persécution commença, puisque Georges se présente devant Dioclétien au moment où celui-ci vient de faire adopter son édit par le sénat. Qu’il s’agisse du premier ou du dernier des trois édits de Dioclétien, cela ne change aucunement l’année, et dès lors c’est en l’an 303 que Georges souffrit le martyre, et il dut le souffrir à Nicomédie, car c’est en cette ville que Dioclétien séjournait alors. Magnence devait donc être consul en 303. J’admets pour un instant que Magnence soit le même que Maxcnce, le futur vaincu du pont Sublicius:ni Magnence, ni Maxence ne furent consuls en l’an 303.
En outre le sénat romain n’était point avec Dioclétien à INicomédie: il était resté tranquillement à Rome où il ne faisait guère parler de lui. Enfin toujours d’après nos actes, en cette même année 303, la femme de Dioclétien aurait dû souffrir le martyre, et elle se serait nom mée Alexandra. Jenc discuteraipoint la question de savoirs!
Dioclétien eût été vraiment capable de faire trancher la tête à sa femme; il me suffira de chercher s’il l’a réellement fait.
Les Bollandistcs ne semblent avoir aucun doute à ce sujet, et ils trouvent même que Dioclétien, qui avait fait conduire en des lieux infâmes tant depure3 vierges chrétiennes, fut justement puni par Dieu dans ses affections de famille Ces \ estimables auteurs oublient que l’impératrice Alexandra, d’auprès les sources mêmes dont ils se servent, serait morte cinq ou six jours après l’ouverture de la persécution, que par conséquent Dioclétien n’avait guère eu le temps de faire violer un très grand nombre de vierges chrétiennes. Ils savent, il est vrai, que le nom d’Alexandra n’est sur aucune des médailles de Dioclétien et ne se rencontre dans aucun historien; mais ils se l’expliquent facilement par ce que Dioclétien a pu faire détruire les médailles où auraient été gravés les noms de ce3 deux femmes, el que le Sénat fit brûler tous les actes de son règne.
Ces explications seraient bonnes s’il ne s’agissait que des auteurs païens; mais par malheur il y a des auteurs chrétiens qui ont écrit l’histoire de cette horrible persécution, des auteurs contemporains, comme Eusèbe, des auteurs qui ont voué une haine vigou reuse à Dioclétien, comme Lactancc: pas un ne connaît l’impératrice martyrisée, et cependant quelle belle occasion de faire ressortir la cruauté de l’empereur romain. Il est donc tout à fait impossible d’admettre un seul instant la réalité de faits qui se présentent comme historiques au premier chef: ces faits sont en effet controuvés.
Le caractère, prêté à l’empereur Dioclétien par les Actes de Siméon le Métaphraste, est d’un autre côté fout aussi invraisemblable. Je n’en donnerai pour preuve que la scène
t./le/. Sanct, SI avril. Il est vraimentcurieux de constater combien des es prits d’ailleurs distingués se laissant aveugler par leur intolérance religieuse, il comment, pour se justifier leurs idées, ils prêtent à Dieu des sentiments « fui ne sont pas même humains. Ici. par exemple Dieu aurait puni Dioctétien par avarice des crimes que cet empereur n’avait pas encore conftnis. »
où le mage Athanasc est appelé pour vaincre l’obstination de Georges. Comment croire qu’un empereur romain, ayant ren du les édits les plus sévères contre la magie, soit le premier, même sur le conseil d’un ami, à contrevenir à ses propres édits el à violer la défense qu’il a portée? La manière dont Dioclétien s’y prit pour extirper la magie et faire disparaître le christianisme débordant est trop habile, trop étudiée pour que l’on puisse admettre la possibilité d’une telle aberration mentale: on ne change pas de politique en quelques heures, on ne descend pas jusqu’aux moyens puérils que l’on trouve dans les Actes de S1 Georges. De plus, à en croire l’auteur de ces Actes, pendant toute une semaine, l’empereur romain, accablé des soucis d’un immense gouvernement, attristé des événements qui se passaient et de ceux qui se préparaient, n’aurait pas trouvé autre chose à faire qu’à s’inquiéter des absurdités, pensées ou traduites en actes par un chrétien inconnu.
Que l’auteur des Actes regarde son héros comme le plus illustre des martyrs et des tribuns militaires, c’est chose compréhensible et même nécessaire; mais qu’un empereur romain le croie, le dise et agisse en conséquence, c’est chose parfaitement invraisemblable cl même impossible.
Quelques-unes de ces réflexions avaient déjà frappé Baronlus, il eut mieux aimé ne pas trouver l’épisode du magicien dans les actes du Mélaphrastc 1. Je pourrais les multiplier; ce serait inutile et je dois me contenter de dire qu’elles s’appliquent aux deux versions. Il en résulte que rien d’historique ne subsiste dans les circonstances qui accompagnent le martyre de Saint Georges, et que la seule conclusion qui ait chance de se faire accepter est que Saint Georges a été martyrisé sous Dioclétien: la ville où se serait passé l’événement n’est pas même nommée; les auteurs des deux versions ont vu que ce ne pouvait être ni àDi’ospolis ou Lydda, ni en Perse, ni àMilylène; comme ils ne savaient pas
Bar. Sacr. Martyr, rotn. adnot. ad 23 Avril.. où séjournait l’empereur, ils né se sont pas inquiété de le dire, il a fallu la science des Rollandistcs pour nous assurer que le martyre eut Heu à Nicomédie.
Ce premier résultat provient, comme je l’ai dit, de l’examen intrinsèque de la version du Métaphrastc présentée par les Rollandistcs, comme la plus digne de confiance et presque authentique ’. Cette version, comme le lecteur a pu s’en apercevoir, ne diffère pas beaucoup de celle publiée par LipOman: la plupart des faits se Correspondent malgré quelques changements arbitraires dans leur disposition. Le préambule, l’interrogatoire de Georges, le supplice de la roue, la résurrection du cadavre ou des cadavres, celle du boeuf, la conversion d’Alcxandra, le supplice final de Georges et d’AIexandra, lotit ce qui constitue la trame proprement dilc des Actes de saint Georges y est raconté en termes presque identiques, sans compter une foule de légères circonstances qui ne sont pas les moins importantes pour connaître la provenance du récit.
Seule, l’épisode du magicien, épisode bien important cependant dans la rédaction du Métaphrastc, manque dans la version publiée par Lipoman. L’auteur de celte Version a sans doute trouvé que les incantations du magicien Alhanaso, malgré sa conversion finale, n’étaient pas dignes de figurer parmi les actes du martyr S’.-Geoirges. Il est évident, à l’examen même 1c plus superficiel, que ces deux versions procèdent d’un même ouvrage que les deux auteurs ont traité chacun selon la nature de son esprit, ses croyances.et sa prédisposition à s’avancer plus ou moins loin dans les voies du merveilleux.
Si l’on compare maintenant les deux versions grecques à la Version copte, on trouvera aisément que tous les événe ments que je viens de citer, en y ajoutant l’épisode du magicien Athanase, se rencontrent exactement lés mêmes dans les trois oeuvres; car il ne faut pas accorder trop
« d’importance à quelques légers changements de détail. Ce qui dans les oeuvres grecques a été supprimé de l’oeuvre première, en admettant pour un moment que la version copte se rapproche davantage de l’original, l’a été pour des motifs faciles à comprendre. La comparaison là plus super ficielle montre en effet que les suppressions opérées ne touchent qu’aux merveilles les plus incroyables, celles qui semblent défier la crédulité même la plus acharnée. Malgré. toute la bonne volonté possible, un auteur grec ne pouvait guère croire que S1. Georges fut mort trois fois, eût été ressuscité trois fois, avant de mourir une quatrième fois cl, pour le coup, sérieusement. Cependant il est évident que l’un des deux auteurs grecs n’a pas su assez bien voiler l’in vraisemblance, car la version publiée par Lipoman admet parfaitement que Georges dans la roue fut coupé en un grand nombre de morceaux.
Un pareil aveu suppose bien la mort. D’ailleurs d’après le récit même de cette version, tous les assistants étaient bien d’avis que Georges était mort, puisque Dioclétien n’en peut croire ses yeux quand le martyr se présente à lui: on crut voir son ombre. De même pour la seconde résurrection: quand il a été jeté dans la chaux, il est bien mortou regardé comme tel, puisque l’empereur Dioclétien lui demande:;< Qui t’a rendu vivant? » cl que Georges semble bien admettre lui-même qu’il a été mort en répon dant que le Christ l’a rendu vivant. La version du Méla plirasle a procédé de la même manière dans les deux circonstances, et, sans être aussi explicite, elle admet la double mort de Georges. Toutefois les deux auteurs se donnent bien garde de prononcer le mot de mort, non plus que celui de résurrection.
Leur simple raison leur disait sans doute que la première mort suffisait cl que, si Georges ressuscitait (rois fois, il n’y avait aucun motif pour qu’il ne ressuscitât pas une quatrième. Mats si Georges fût mort dès la première fois, l’auteur primitif était arrêté court et ne pouvait continuer son récit, ce qui n’eût pas été son affaire;
ceux qui l’ont corrigé ont eu d’autres scrupules et se sont contentés de raconter les événements sans parler ni de mort, ni de résurrection, ne s’a percevant pas que la suite même de leur récit présupposait ce qu’ils voilaient, parce que le morceau leur semblait énorme. Pour la même raison, ils ont tous les deux laissé de côté l’effloraison des sièges: il leur sembla incroyable que du bois coupé, travaillé, séché autant qu’on peut le désirer, reverdit tout à coup, se chargeât de feuilles, de fleurs et de fruits, tout en ne cessant pas de former des sièges.
Une autre raison explique l’absence d’autres épisodes. La version copte dit formellement que Tatien en faisant conduire
Georges chez la veuve la plus pauvre de la ville avait l’inten- tion de déshonorer le3 chrétiens: de fait, Georges demeure chez la veuve, seul avec elle; mais il n’a avec elle que des rapports irréprochables. Les auteurs grecs ou latins ont trouvé cette partie du récit un peu trop risquée. Les uns font conduire Georges chez la veuve sans penser à mal et la phrase malencontreuse, où est expliquéerintention de Tatien, devenu
Dioclétien, a été supprimée: ils ont été persuadés que leurs lecteurs n’y entendraient pas malice; les autres ont mieux fait, ils ont supprimé complètement le séjour de Georges chez la veuve, el, si celle-ci éprouve à son profit la puissance du bienheureux martyr, c’est qu’elle se rend près de lui en sa prison, en nombreuse compagnie. Les auteurs qui ont adopté cette manière de faire ont dû nécessairement introduire un certain nombre de changements dans la suite du récit, princi palement dans la scène du prétendu sacrifice de Georges: aussi l’ont-ils fait, car autrement leur narration eût été inintelligible ’. De même pour ce qui regarde la Conversion de la fausse reine ou impératrice Alexandra. La version copte ne craint pas de faire passer à Georges la nuit tout entière
Ainsi, dans quelques versions dont Je vais bientôt parler, l’enfant de la veuve, sourd, muet, aveugle, boiteux est guéri tout d’un coup, parce que Georges ne s’en sert pas pour faire venir la statue d’Apollon.
seul dans la même chambre qu’Alexandra, en tout bien tout honneur, il est vrai, puisqu’ils se livrent à des colloques spirituels: la chose ne souffrait aucune difficulté aux yeux d’un auteur égyptien. Il n’en a pas été de même pour, les auteurs grecs et latins; pas un seul à ma connaissance, n’a osé décrire une scène qui demandai! autant de sainte audace: évidemment il ne leur a pas paru convenable de laisser Georges cl Abxandra seuls dans la même chambre pendant toute la nuit, moins confiants en cela que le mari dans l’oeuvre copte. Aussi dans les versions grecques et latines, Alexandra ne se convertit que par suite de la curiosité excitée en elle par ce qu’elle entend raconter dans la foule des miracles merveilleux opérés par Georges. Cette double raison me semble parfaitement justifier les omissions ou plutôt les coupures faites dans l’oeuvre primitive.
Lc3 ressemblances qui existent entre les Irois versions et les différences qu’on v remarque peuvent sans doute s’expli quer sans avoir recours à une oeuvre primitive sur laquelle chaque auteur aurait brodé; je l’admets volontiers. En effet, de même que les auteurs grecs ou latins ont pu abréger l’oeuvre première qui serait, par exemple, représentée parles actes coptes; de même l’auteur copte aurait pu amplifier une oeuvre grecque et y ajouter ces beaux ornements que nous avons vus. Entre cette alternative il n’y a pas de milieu. Je l’avais fort bien compris, cl j’avais aussi compris l’impossi bilité où je me trouvais de résoudre avec évidence la question de l’origine des actes de S’ Georges, si je n’avais à ma disposition que les trois documents que j’ai analysés.
Il me fallait de toute nécessité trouver une ou plusieurs rédactions des mêmes actes qui me permissent de montrer la filiation des divers documents. Ces rédactions, j’ai été assez, heureux pour les trouver à la bibliothèque royale de Bruxelles 1. t.. Il existe a la bibliothèque nationale vingt-cinq manuscrits latins nui parlent de S1 Georges et contiennent plus ou moins.*es actes t je n’ai pu les consulter, lie me trouvant pas â Paris, mais à Bruxelles, au moment de là rédaction de mon travail.
Certaines phrases des Bollandisles m’avaient démontré qu’ils avaient eu en leur possession des manuscrits renfermant des actes de S1 Georges se rapprochant beaucoup de la version copte, sinon en tout point semblables’. Je ne sais si je suis parvenu à rencontrer les manuscrits mêmes dont ils se sont servis, car leur bibliothèque a été dispersée; mais les actes contenus dans deux manuscrits de la bibliothèque royale de Bruxelles m’ont fourni tous les renseignements nécessaires. Ces manuscrits sont cotés 207-208 * et 18018. Une analyse rapide de ce qu’ils contiennent montrera leur parenté réciproque soit avec les actes coptes, soit avec les actes grecs que j’ai analysés précédemment.
Selon le manuscrit coté 207-208, l’empereur Dacien, persécuteur acharné des chrétiens, convoque tous ses officiers à Mélitène et leur fait savoir son intention d’anéantir les sectateurs de la religion odieuse. Les paroles dont il se sert sont à peu près les mêmes que celles employées dans le texte copte, de même aussi la nomenclature des instruments de supplice. A la vue de tous ces instruments de torture, personne n’ose se dire chrétien. L’entrée de Georges en scène, ses réflexions personnelles, son interrogatoire par Dacien se rapprochent de très près des mêmes parties de la version copte. Dacien le condamne tout d’abord au supplice de la roue. Georges s’excile au martyre cl, sous les yeux de Dacien qui se moque, il est coupé en dix morceaux. L’empe reur ordonne de le jeter dans un puits abandonné el de boucher le puits; puis il s’en va souper, Le Seigneur descend du ciel, ordonne à Michel de rassembler tous les morceaux du martyr, et, quand il les tient dans la main qui a façonné Adam, il le ressuscite el l’envoie confondre Dacien. L’empereur esl confondu, il croit d’abord voir l’ombre
«, rta. Bruxellenits. Pars p. I 43, 2ôt et 3SI. Il faut joindre un tus. sur papier n » 2101-31; mais ce n’est qu’un fragment de légende.
de Georges; certains officiers affirment que ce n’est que son image. Georges’proteste et un magisler mililum, nommé Magnenlius, affirme qu’en effet c’est Georges; il se convertit avec tous ses soldais cl aussitôt ils sont envoyés au supplice. L’empereur fait aussitôt conduire Georges dans la maison de la veuve ’: Georges demande du pain à la veuve, fait parler, entendre et voir le fils de la pauvre femme. Ce fils était en outre paralytique: sa mère demande sa complète guérison; mais le saint la réserve pour plus tard. Georges sort de la maison,, prie et aussitôt pousse un grand arbre à l’ombre duquel il s’asseoit pendant que les anges lui servent à manger. L’empereur voit l’arbre, fail venir Georges, lui demande qui a fait croître l’arbre et, comme Georges lui répond que c’est son Dieu, il le met au défi défaire verdoyer quatorze trônes, de telle sorte que ceux qui sont faits d’arbres fruitiers produisent des fruits, et non les autres.
Georges prie elle prodige a lieu. L’empereur l’accuse alors de magie, et le presse de sacrifier: à son grand étonnement, Georges accepte. La scène du sacrifice se passe comme dans la version copie, et elle est précédée de la guérison complète du fils de la pauvre veuve. L’issue en diffère un peu, car à la nouvelle de la perte de tous ses dieux, Dacien entre en fureur, fait apporter une chaudière pleine de poix bouillante, ordonne de couper Georges en morceaux, de le jeter dans la chaudière et de le faire cuire ainsi. Georges prie, le feu s’éteint et lotis les assistants, dans l’admiration, s’écricnl qu’il n’y a que le Dieu des Chrétiens. C’est alors que la reine Alexandra se convertit, dépose ses vêtements royaux et se dépouille de sa couronne.
Après un dialogue où Dacien se montre pitoyable, il ordonne de la pendre par les cheveux et de la flageller, Alexandra n’a qu’un regret, celui de n’avoir pas été baptisée. Georges fait une nouvelle prière, une nuée pleine de rosée
Cette version ne parle aucunement de l’arriôre-pensée de l’empereur, a savoir le déshonneur des chrétiens, en exposaut Georges à faire le mal avec ta dite veuve. — 28f — descend du ciel et le martyr y prend l’eau nécessaire pour le baptême de la reine. Dacien qui assiste à toute cette fantas magorie devient alors aveuglé par la rage, fait conduire sa femme hors de la ville et ordonne de la décapiter. L’empereur se fait de nouveau amener Georges à son tribunal et, avant de prendre une résolution définitive, il lui demande de ressusciter les morts d’un tombeau dont personne ne sait ceux qui y ont élé déposés. On ouvre le tombeau on n’y trouve que de la poussière, qu’on apporte aux pieds du saint. A la prière de Georges, plus de deux cents morts, hommes et femmes, se lèvcnl vivants de celle poussière: l’un de ces morts nommé Juvcl explique à Georges qu’il a quitté la vie depuis plus de deux cents ans, qu’il a adoré Apollon cl que pour ce crime il est en enfer: tous le supplient de leur conférer le baptême.
Georges demande de l’eau et personne ne lui en donne; alors du pied il frappe la terre d’où sort une source, il baptise les deux cents ressuscites et les envoie le pré céder au paradis. Une grande foule se convertit alors et Georges la baptise encore. A ce spectacle, Dacioa fut si effrayé que ses genoux tremblèrent et que sa ceinture se rompit: il tomba de son trône. Il crut que Georges allait lui arracher l’empire, s’il n’y niellait bon ordre; aussi, sur le champ, il condamna Georges à avoir la tête tranchée au lieu même où la reine Alexandra avait été décapitée. Les bourreaux entraînent aussitôt le martyr qui est suivi de plusieurs milliers d’hommes et de femmes: il bénit ceux qui lui font cortège et demande aux exécuteurs quelques moments pour prier.
Du haut du ciel une voix se fait entendre qui lui promet que ses demandes sont accordées: il (end aussitôt la tête qui roule sous l’épée. Tout ceci se passa dans la province de Cappadoce, dans la ville de Mélitènc, leneuf des Kalcndes de Mai*.
Le manuscrit 18018 contient une version des Actes de
Cf. Cal. Cod. hagiàg. Bibl. reg. Bru, p. 201 et « eqq. - Corf. 2*7-203. »
S1 Georges qui diffère en un certain nombre de points des autres que je viens d’analyser. L’auteur de celte nouvelle version comparé aux autres traducteurs est un latiniste distingué, il sait même l’histoire, ou du moins prétend la savoir, car il commence par faire un tableau de l’empire romain, à l’époque où Dioclétien se résout à la persécution, alors que Carausius, dit-il, s’était révolté en Bretagne et Achille en Égypte, que les Genciani (sic), dévastaient l’Afrique et que Narsès, roi des Partîtes, commençait la guerre. JI peint de même l’horrible persécution suscitée contre les chrétiens cl le courage des athlètes du Christ. Longtemps la haine de Dioctétien el de Maximien son collègue ne put se donner assez libre carrière; elle rencontra enfin Dacien qui se jeta sur les Chrétiens comme un chien famélique sur sa proie.
Dacien fait connaître ses intentions dans une assemblée, puis il les fait crier par un héraut dans lés rues et les carrefours. En ce moment se trouvait dans la ville un homme illustre de Cappadocc, nommé Georges, député par ses concitoyens pour obtenir la dignité préfecto rale, pour racheter même au besoin, grâce aux deniers publics qu’on lui avait confiés dans cette intention. A la vue des crimes de Dacien, Georges renonce aux dignités terrestres, se dépouille de sa clilamyde, insigne de sa dignité ’ et revêt les habits des chrétiens, puis il se présente devant le persé cuteur. Après le colloque nécessaire, Georges est étendu sur le chevalet, torturé avec des ongles de fer cl brûlé avec des lampes ardentes. Comme il n’en souffre point. Dacien le fait conduire en prison, afin d’avoir le temps de réfléchir au supplice qui doit être employé.
Enlrc temps il envoie dans toutes les provinces à la recherche d’un magicien; on trouvé le fameux Alhanaso qui se fait fort de mettre Georges à la raison d’une manière ou d’une autre. L’issue de sa vantardise
La dignité dont Georges était révolu n’est pas indiquée el n’a pas été mentionnée auparavant, signe évident d’adaptation maladroite d’un récit antérieur. est la même, il se convertit et on le conduit au supplice. Le lendemain a lieu le supplice de la roue qui se brise à la prière de Georges. Suit l’épisode de la chaudière. Ni la roue ni la chaudière ne nuisant à Georges, Dacien stupéfait change de tactique cl a recours à la douceur: Georges fait semblant de se laisser fléchir et promet de sacrifier. Dacien embrasse Georges et ordonne d’orner la ville comme pour la plus grande des fêtes ’, et le héraut annonce partout la grande nouvelle. Georges se rend au temple au milieu d’un concours extraordinaire, prie et soudain!c feu du ciel dévore les idoles, le temple, les prêtres cl une multitude nombreuse de spectateurs: la lerre s’cnlr’ouvrc ensuite et engloutit le tout.
A la nouvelle de ce qui vient de se passer, Dacien entre naturellement en fureur, il reproche amèrement à Georges sa conduite déloyale et le fait de nouveau reconduire en prison, afin de pouvoir réfléchir à ce qu’il en fera. Le lende main, il condamne Georges à avoir la tôle tranchée, après avoir été traîné la lèle en bas par les rues cl les places de la ville. Tout se passe selon ces ordres et de la même manière que dans les autres versions, avec un nouveau miracle qui consiste à faire tomber une pluie abondante et dont la (erre avait besoin *.
Ni dans l’une, nï dans l’autre de ces deux versions, rauleur n’est nommé. Le simple résumé que j’en ai fait su fit pour montrer leur étroite parenté, malgré les différences qu’on y remarque. Celte parenté apparaîtrait encore plus étroite, si je pouvais ici montrer en détail que les deux versions ont été faites, sur un fonds identique et qu’il y a eu traduction et
« teuipla atque aras deorum et precipue in qnibus Apollo, Jupiter el Hercules eotebantur variis decorarî ornatrientis, plateas quoque eivilàtis vel omnia (edificiorum nuenia summo ambitu parari instïtuït. Parîete etîam tempTorufti laminis argenteis vestiri ipsosque ingressus ac triclïniased et caméras velis ornarî sericïs pnecepit » sacerdotes quoque templorutn otnnes omnmo adesse jusil, —On voit que Dacien faisait bien les choses. ’
waï$ au commencement se trouve une table. - ’
adaptation d’un texte antérieur ’ Il faut ajouter à ces deux versions manuscrites deux autres versions publiées dans la Bibliotheca cassinensis. La première place le martyre de saint Georges sous le règne de Décius vingt-cinquième empereur des Romains: Georges est un tribun militaire de la ville de Mélène (sic), en Cappadoce. Après une description des instru ments de torture, Georges mit son entrée comme dans les actes coptes. Dèce lui parle d’abord avec douceur, puis s’emporte et le fait jeter dans la roue où il est coupé en dix morceaux. Le cadavre est jeté dans un puits et le pu ils fermé; mais l’Ange du Seigneur ressuscite le martyr qui va trouver Décius et lui reproche son infidélité. La stupéfaction de l’empereur, ses paroles el celles des assistants son! les mêmes que dans les autres versions: un grand nombre de spectateurs se convertissent, entre autres le tribun Magncnthis.
Décius fait alors emprisonner Georges dans la maison de la veuve où tout se passe de la même manière que dans les actes coptes. L’empereur de plus en plus irrité fait de nouveau venir Georges, lui reproche de séduire les foules et pro clame qu’il n’y a pas de plus grand Dieu qu’Apollon. Georges lui propose une épeuve pour savoir quel est le plus grand d’Apollon ou du dieu des chrétiens;aussitôt il fait marcher le fils de la veuve cl l’envoie au temple chercher la statue d’Apollon. La statue arrive et confesse qu’elle est la séduc trice de tous les hommes: Georges la condamne h descendre dans l’abîme, il entre dans le (cmple cl en brise toutes les idoles *. Les prêtres le saisissent, le conduisent à l’empereur qui, après l’avoir inutilement exhorté à sacrifier, le fait jeter dans la chaudière: l’ange du Seigneur éteint le feu et le
f. In grand nombre de phrases sont en effet construites de ta même manière et contiennent les mêmes idées, quelquefois les mêmes mots.
date du XI siècle mais ces actes ont été copiés sur un mss. antérieur appartenant l’abbaye de S1 Benoit de Clîo.
été maladroite. La statue est censée venir devant l’empereur, et Georges entre ensuite dans le temple, comme dans tes, autre* versions.
peuple s’écrie: « Il est grand le Dieu de Georges! » La reine Alexandra, séduite par tant de prodiges, proclamequ’elle veut se faire chrétienne: Décius avec larmes la supplie en vain de renoncer à son projet insensé, Alexandra ne veut rien enten dre et son mari la condamne a être pendue par les cheveux. La reine, qui regrette de n’être pas baptisée, supplie Georges de lui accorder celte faveur: à la prière du martyr une nuée de rosée descend du ciel et Georges y prend l’eau nécessaire, baptise la reine, la bénit et aussitôt elle est conduite hors de la ville où elle a la tête tranchée. Décius fait venir Georges à son tribunal et lui demande de ressusciter les morts d’un tombeau: Georges ressuscite en effet une multitude de morts comme dans la relation dn manuscrit 207-208, il interroge l’un des ressuscites qui lui donne les mêmes réponses, fait jaillir une source, les baptise tous el les envoie au ciel.
Il n’y eut pas moins de trois mille cinq cent trente-cinq personnes qui reçurent le baptême en cette occasion. A celle vue l’empereur, craignant pour son royaume, se hâte de condam ner Georges à la décapitation au Heu même où était morte Alexandra, ce qm eut lieu comme il l’avait ordonné.
La seconde relation publiée par les Bénédictins du mont Cassin contient un récit très délayé, orné de vers et où les discours sont amplifiés à volonté. Cette nouvelle version donne la date du martyre de Georges: en l’an 291, sous le pontifical de Marcellin, Dioclétien se trouve en Cappadoce et personne n’ose se dire chrétien. Georges se présente à l’empereur, comme dans toutes les autres versions. Pour premier supplice, il est étendu à terre et battu par quatre bourreaux. Bien n’y fait: on le met dans la roue qui se brise à sa prière. On le conduit en prison et les foules courent à lui pour se faire instruire, entre autres Magnen ce l’officier supérieur et la veuve au fils sourd, muet et boiteux. Celle veuve prie le saint en vers: Georges lui
!. Biblhth. Cassin, lom. III. Fhril, p. 311 et seqq. ~— 28ft — demande quel Dieu elle adore; elle répond qu’elle adore Apollon, mais elle croira au Dieu des chrétiens si son fils est guéri. Le saint prie, l’enfant est guéri, les gens se convertis sent cl l’on avertit l’empereur. Celui-ci entre en fureur et se fait amener Georges; mais il lui parle avec clémence et Georges, après un long discours, finit par dire: « Kendons nous vite au temple, si cela te convient, afin que par une épreuve publique nous puissions voir quelle est la puissance de tes dieux. » L’empereur tout joyeux fait ordonner à toute la ville, par le ministère d’un héraut, de se rendre au temple d’Apollon pour y voir sacrifier Georges le chrétien. Georges se rend au temple, fâil une prière et demande au démon qui est dans la statue d’Apollon s’il est dieu.
Non, Apollon ou son démon n’est pas Dieu, et alors tous les démons qui habitent les statues se mettent à hurler et les statues tombent à (erre. Les prêtres-stupéfaits retournent à l’empereur. Celui-ci veut encore recourir à la douceur; mais Georges injurie les dieux, et Dioclétien fait apporter une chaudière bouillante, pleine de poix et de souffre, dans laquelle Georges est plongé. Le Seigneur envoie son ange qui éteint le feu et les assistants s’écrient: « Le Dieu des chrétiens est grand, il n’y en a pas d’autre semblable à lui dans les cictix et sur la terre! » De nombreuses conversions ont Heu, cl l’empereur irrité, con damne Georges à mort. Le martyr est conduit au Heu du supplice, demande un délai pour prier, prie et finalement est frappé du glaive’.
Le lecteur aura vu par lui-même combien toutes ces différentes versions se ressemblent et comment, malgré quelques différences, elles se raccordent toutes à une version primitive. Actes copies, grecs ou lalïns, tous sont sortis d’une même source. A mon avis la source se Irouvc dans les actes coptes cl je donnerai plus loin les raisons qui m’ont
version des actes où Dacien est donné comme roi el où il est accompagné de 72 autres rois. Le mss. appartient à une bibliothèquede Bruges.,^ r-,
amené à celte persuasion. Dès maintenant, cependant, je dois prévenir une objection. Si les actes coptes sont la source primitive, ils doivent probablement se trouver dans quelque manuscrit, traduits peut-être mot pour mot, ou tout au moins se rapprochant de 1res près de la version copie. Et, en effet, ils se trouvent et même ils ont été publiés sans qu’on ait pu en soupçonner la provenance. Baronius, dans la bibliothèquevallicellienne, avait trouvé un manuscrit conte nant des actes de S1 Georges dans lesquels il crut reconnaître les fameux actes condamnés par le page Gclasc en 194 . Les Bollandistcs à leur tour avaient eu en leur possession un manuscrit contenant des actes qui les avaient effarouchés . Ce manuscrit, qu’on avait un moment regardé comme perdu, a été retrouvé, et la passion de S1 Georges qu’il contenait a été publiée par M.
Arndten 18713. Le récil est absolument le même que dans les actes coptes, il y a traduction évidente, car la barbarie du style ne s’explique pas seulement par rimpéritie du copiste ou d’un auteur qui aurait fait une adaptation d’un récit antérieur. Dans la fin seulement, on trouve quelques Irails qui s’écarlenl de la version copte. Je ne peux rentrer ici dans une comparaison détaillée; je me contenterai de renvoyer le lecteur à la publication de M. Arndt et à ma traduction des actes coptes *.
D’ailleurs celte passion n’existât-elle pas qu’on pourrait la rcconslruirc presque en entier. On retrouve, en effel, dans le) autres versions qui s’écarlenl davantage de la version copte.toute une série d’événements qui sonl exactement les mêmes. En prenant la version copte comme pierre de louche, on en peut reconstruire le récit tout entier, à peu de chose près. La simple lecture des résumés que j’en ai donnés
à. sachstschen Gesetls cA</f:*Letpsig.-Phil-hist. Classe, ISÎf.
Cette publication a eu lieu dans mes ConUi et Bomans de f Égypte chrétienne.
suffiI, d’ailleurs, pour le montrer, car la chose sauto aux yeux, ce me semble. On me permettra, cependant, de donner un exemple pris entre tous ceux que je pourrais donner cl qui me semble typique. Lorsque Georges se présente devant Dacien et que cet empereur l’exhorte à sacrifier aux dieux, le martyr lui répond d’après le copte: « Ce n’est par pour toi, méchant dragon, ni pour les rois tes fils, mais pour ces multitudes d’assistants que je parlerai do ces justes et do les dieux sans vie. Auquel veux-tu que j’offre un sacrifice, à Pierre l’élu des apôtres ou à Apollon qui a perdu lo monde entier? à qui veux-tu quo je sacrifie, à Elio le Thesbito, l’ange qui a été sur terre, a marché sur terre, est moulé aux portes du ciel, ou à Scamandrc, le magicien qui a enchanlé le feu ’, qui par la magie a connu beaucoup de choses, l’adultère de la divination, qui a engendré Saur et Sarphat les marchands de la ville de.Pont dont les oeuvres ont été mauvaises et qui se sont submergés dans les profondeurs do la mer*?Dis-moi, ô roi, lequel d’enlro eux tu veux imiter, Samuel qui prie Dieu ou Poséidon qui perd les vaisseaux do la mer?Antée et Hereute, ou les martyrs et les prophètes qui ont reçu la couronne?
Dis-moi, o roi, laquelle tu veux imiter, Jézabel qui a tué les prophètes ou Marie la vierge, la mère do mon Seigneur Jésus le Christ. » Ce discours se retrouve dans plusieurs versions, au moins quant à une ou deux des idées principales mais nulle part ailleurs aussi bien que dans un fragment conservé par un manuscrit do Saint Gall. Ce fragment est malheureusement en mauvais état, mais le passage précédent s’y retrouve en ces termes: « Yenite, dit Georges à Dacien, disponamus nomina sancto rum ejus et nomina idolorum veslrorum. Die mihi tyranne, »
dieu nommé Mandros; ce doit f Ire la fin du mot Scamandros.
qui est melior Petrus aut Apollinus..,,? Die mihi *
« qui est melior Elias propheta aut infestas luus maleficus ? Die mihi guis est melior sancta Maria Virgo (pm Chrislum gênait aut Martem (sic) cui sacrifteantpayanis? » Malgré les failles et les omissions du texte on no peut rien désirer de plus fort pour démontrer l’unité d’origine, A celte source pi ornière tous ont puisé, chacun diversifiant le récit selon SCJ goûts ou son jugement.
t. H y a lacune dans le mss.
et qui aura cru que le fleuve Scamandre fiait un grand magicien,
« copiste. Ce teste se trouve dans les IkiWtle der Km’fjl. Sachs. Gesselts, su Leipzig, aunée 1S7I, p. 12, à la suite d’un a »*icle de Zirueke sur le?chants eu
Notes d’Émile Amélineau
223. .Ici. Sanet. 23 avril, numéros 7-10....’.’.
224. Act. SancL 23 Apr. n* 4-5.
225. Cf. Calatoyus Coêieum (hayiographiâarwtt tnbliolh. „ „.
226. Toute celle ornementation est ainsi décrite: jubet luinislris omnia
227. Cf. Cod. 18018 de la Bibtioth. roy. de Brus. Le ïnsl. nVst pas paginé,
« 228. Bibtioth. cassinensis tom. I. Ftoril. p. ï-ll. Le mss. qui porte le n » 52
229. L’indécision du texte en ce passage montre que la encore l’adaptation a
230. On peut voir encore dans les Analecta Botl. loin. I p. 615 une autre
231. Baron. Martyr, adnotationes ad diem 23 Aprilis.
« 232. Acta. Sancl. 23 avril n » 5. ’. „,,
233. Cf. Berichte ûberdiê Verhandtungen der Konigtkhe
234. Il y a ici allusion à la scène de l’Iliade. La version de M. Arndt, dit: un
235. Il y a évidemment ici une nouvelle allusion. Je ne « ai* à quel ouvrage »
236. En particulier dans les Actes du Cod. 18018 et dans ceux publics par
237. l,<? ’neni est omis psr négligence du scribe qui n’aura pas connu l’Iliade
238. Le nom de Mars qui S.J trouva ici doit prownir d’une erreur du
Étude critique — Chapitre quatrième
Il est temps maintenant do rechercher quel fut le lieu d’origine de ces actes de S Georges. La solulion peut so présenter comme double, ou les actes grecs ou latins sont issus des actes coptes, ou les actes coptes, grecs et latins sont tous issus Pactes antérieurs. Je no peux apporter ici comme argument que l’on trouve dans ta version copte certains détails qui no sont pas ailleurs, car il peut tout aussi bien se faire qu’un adaptateur copte ait allongé son modèle qu’il est possible que les ailleurs grecs ou latins aient raccourci le leur. Ce qu’il y a de certain au premier coup d’oeil, c’est que les actes de Saint Georges doivent être sortis de l’Orient: ni le génie grée, ni le génie latin, même dans les oeuvres similaires, n’ont pu acquérir une telle liberté d’allures, pour ne rien dire do plus fort ’. En outre, en Orient deux contrées sont seules capables d’avoir produit une oeuvre semblable, la Syrie et l’Égypte. Si les actes de S1 Georges n’ont pas été primitive ment écrits en copte, ils l’ont été en syriaque. Je ne connais pas malheureusement les actes syriaques de S Georges, ils
« I. Je parle, bien entendu, de » oeuvre. purement grecques ou latine, ayant Irait à des martyr* ayant souffert en pays grec ou latin, non de ces oeuvres hybrides êlucubréci en Orient, composées ou traduites eu grec et en latin.
auraient pu m’aider à prouver encore plus clairement la conclusion à laquelle jo suis arrivé; mais je dois dire que ces preuves auraient été surérogatoircs, parce que jo regarde comme complètement impossible que les actes, ou pour mieux dire que le roman de S1 Georges ait été écrit ailleurs qu’en Égypte. Une étude intrinsèque de co roman va lo démontrer amplomeul: j’aurai soin de ne choisir « pie des traits qui se trouvent à la fois dans les Irois sortes de versions, copte, grecques et latines. »
Tout d’abord la texture générale du récit est tout à fait dans le goût copte: le surnaturel y est employé comme moyen littéraire tout autant, sinon plus, que dans tes autres actes des martyrs d’Égypte. Pour peu qu’on les ait étudiés, on s’aperçoit de suite qu’ils sont tous construits sur un mémo plan: d’ordinaire lo martyr va trouver le juge, confesse sa foi, refuse de sacrifier, confond le magistral, soutire avec patience, échappe à la mort un certain nombre de fois, ou ressuscite, s’il est déjà mort, el n’est considéré comme ayant achevé son combat que s’il a eu la lêlo tranchée: les attires morts ne comptent pas. Entre temps il est mis en prison, Jésus-Christ lui apparaît, lui annonce par avance ce qui lui doit arriver, il guérit les malades, convertit une foule de gens qui ont aussitôt la tète tranchée.
Chaque supplice est précédé, accompagné ou suivi de prières plus ou moins longues suivant l’inspiration de l’auteur; parfois de bons tours sont joués aux bourreaux ou aux magistrats; régulière ment avant d’avoir la tète tranchée, le martyr demande aux soldats de lui accorder quelque répit pour prier, il fait connaître à Jésus-Christ sous forme de prière quelles sont ses dernières volontés, volontés tout égyptiennes comme on le verra bientôt, et régulièrement Jésus-Christ lui apparaît, ou fait entendre sa voix du haut du ciel, pour lui apprendre que tous ses désirs, el au delà, sont exaucés. Je crois connaître tous les actes de martyrs complets conservés en cop te: je ne crois pas qu’il y en ait un seul exemple qui s’écarte
de ce plan. On voit que c’est aussi le plan du martyre de S’ Georges, non seulement dans la version copie,- mais dans toutes tontes les versions que j’ai analysées. Afin qu’on n’en puisse douter je citerai quelques exemples.
Macaire, lils de Ilasilide et frère d’Eusèbo, personnages qui jouent un grand rôle dans tout un cycle romanesque, se présente à Dioclétien pour être martyr. L’empereur le détourne de son projet, lui cite un de ses amis en exempte: «.N’as-tu pas vu, lui dit-il, Victor fils du stralélatc Homanos? il a quille ses honneurs et ses biens, il a été (envoyé) dans un lointain exil à cause île ce nom de Jésus; ce (Jésus) n’a pu le délivrer de nos mains. Or maintenant viens, sacrifie aux dieux, à Apollon et à Hercule. » — Le saiiit apa Macaire prit la parole et dit: « 0 (élrej doué de raison qui os devenu sans raison et as délaissé le Dieu que tu connaissais, tu l’as délaissé, tu as égaré ton Ame hors du chemin de la vérité, et quiconque l’écoutera sera jeté pour jamais dans le Tarlare de l’Amcnti. Tu as bien dit, ô insensé, Victor ne t’a pas écouté; mais c’est lo royaume des cieux qu’il a aimé et il y est entré. Quant à toi, 6 impie lu seras châtié. » Macaire était en sa vingtième année, lorsque le roi lui parla de la sorte. Aussitôt Dioclélj|n ordonna qu’on le suspendit sur le chevalet, qu’on le torturât et qu’on l’en fit descendre ensuite, puis qu’on plaçât de grosses pierres sur son ventre, afin que son ventre se rompit et qu’il mourut rapidement. Le saint souiTrit grandement en ce supplice et il dit: « Mon Seigneur Jésus le Christ, fils du Dieu vivant, aie souvenir de moi cl ne m’abandonne pas. » Aussitôt Notre SeigneurJésus le Christ lui apparut el lui dit: « Prends bon courage, ô mon élu apa Macaire, que ma paix soit avec loi, car je t’ai élu comme (j’ai élu) Victor, fils de Homanos, et la couronne dont celui-ci est ceint, je t’en ferai don à toi aussi. C’est moi en ciïet qui suis Jésus le Christ, le fils du »
Dieu vivant, et je suis venu te donner une bonne nouvelle: ne crains pas, tu endureras de grandes souffrances en mon
« « nom et je le délivrerai de toutes (ces peines); de grandes vertus auront lieu par Ion entremise en mon nom pendant ta vie, tu guériras les malades, rendras la vuo aux aveugle., ressusciteras les morts. Je placerai Michel à ton service, lu mourras deux fois et je te ressusciterai. A la troisième fois, je viendrai prendre ton àme, je l’emmènerai, je la forai reposer avec^ Abraham, Isaac et Jacob, tes cohéritiers dans les demeures du royaume de l’immortalité. Tu comparaîtras devant trois juges: ne crains rien, je suis avec loi et te délivrerai d’eux tous. » H lui passa la main sur le corps entier, il Je guérit et s’en alla dans les cioux au milieu de la gloire. »
Comme second exemple je citerai les prières que fait Apatir, un autre martyr du mémo cycle, au moment où il va être décapité, H se leva, adora le Seigneur et dit: « Tu sais que je suis devenu étranger à ma maison et à mes parents pour cette heure-ci. Je t’en prie, ô mon Seigneur, reçois à toi.mon àme au moment favorable.— Lo Sauveur lut dit: 0 que bienheureux seront les hommes qui adoreront ton corps saint! quiconque se trouvera dans une (grande) nécessité, soit sur mer, soit sur les fleuves, el qui priera en disant: —Dieu du saint Apatir et d’Iraï sa soeur, viens à mon’secours! —je l’exaucerai promptement à cause do loi. Quiconque fera une offrande à ton église, je t’en ferai présent dans la Jérusalem céleste *. »
Si je passe aux épisodes du martyre, je trouve que presque tous se rencontrent dans les autres actes de martyres égyptiens. Il n’est nul besoin de citer des exemples de questions, de flagellations, de tortures ordinaires en un mot; il ne sera pas inutile de montrer que le supplice de la fameuse roue, de la
« celle de.M. Ilyvernal dont Î »our le texte. — La traduction diUerc parfois de inexactitudes e n’ai pu me servir a cause des trop nombreuses et des contre sens fréquents qu’elle renferme. Le dernier membre de phrase n’est
clair, l’indécision vient de ce que le texte contient le pronom de la troisiè me personne, alors qu’il devrait contenir celui de la seconde.
chaudière bouillante, que l’épisode du magicien se retrouvent ailleurs. Les deux supplices de la chaudière et do la roue se rencontrent dans lo martyre de Macaire d’Anlioche immédia tement après la citation que j’ai déjà faite, « Lorsque le matin fut venu, le roi Dioclétien ordonna de luiamener apa Macaire, Comme on te lui amenait de loin, il le vit marcher sans qu’il y eut aucune blessure à son corps: il fut dans Jalonnement. Il lui dit: Hier, quand on t’a enlevé de nos mains, tu étais mort; voici que je te vois te tenir debout au milieu de nous, sans avoir aucun mal. Maintenant fais un sacrifice aux dieux glorieux, afin que tu sois le troisième dans mon royaume. —’ Le bienheureux apa Macaire lui répondit en disant: Qu’il ne m’arrive jamais de faire un sacrifice à de fausses idoles et d’abandonner mon Seigneur Jésus le Christ, — Le roi se mit en colère, il ordonna de le jeter dans une chaudière pleine de poix, de faire du feu par dessous jusqu’à ce que la flamme s’élevât grandement.
Alors, le bienheureux, lorsqu’il vit la chaudière, eut peur, il étendit les mains, il pria le Seigneur en disant: Ecoute-moi, mon Seigneur Jésus le Christ, comme tu as exaucé les trois saints qui étaient dans la fournaise de feu du roi Nabuehodonosor; lu leur as envoyé ton ange, parce qu’ils espérèrent en toi, Seigneur. Maintenant donc, mon Seigneur, veille aussi sur moi et délivre-moi, car c’est toi qui es mon secours et ma force. — Et sur le champ, comme une rose, on le lira de la chaudière, sans qu’il eut aucun mal. Le roi ordonna de le faire monter dans une machine qui avait des dénis de scie;et lorsqu’on fit tourner la machine une première et une seconde lois, il fut coupé par le milieu et divisé en deux parties. Le roi donna l’ordre de le mener en haut d’une montagne très élevée, de le jeter en pâture aux oiseaux du ciel et aux bétes sauvages, afin qu’ils mangeassent ses chairs.
Et aussitôt le fils de Dieu descendit du ciel, il l’appela de la voix dont il avait appelé Lazare, disant: « Macaire, mon bien-aimé, lève-toi, je suis ton Seigneur, » Sur le champ il se leva, se tînt debout sur ses pieds sans — 291 » — avoir le moindre mal, et le Seigneur l’embrassa, puis monta aux cieux avec ses saints anges ’. >
« Le même martyre de Macaire me fournit encore un exem- ple de magicien amené pour réduire à néant les sortilèges d’un héros chrétien. Le gouverneur do Pschali, c’est à dirn Prosôpis, fatigué des supplices qu’il fait endurera Macaire » sans obtenir aucun résultat, finit par lui diro: « Par la force des rois des Romains, je ne tourmenterai plus jusqu’à ce que j’ai trouvé un magicien qui remporte sur toi, afin qu’il rende vaines les opérations magiques. » VA le gouverneur donna l’ordre de le jeter en prison pendant dix jours, jusqu’à co qu’il fût décidé sur ce qu’il lui ferait, Le saint apa Macaire resta jeté en prison pendant dix jours;il y faisait des prières, des supplications et des oraisons la nuit et le jour. On lui amenait quiconque était malade de quelque maladio que ce fut et ceux qui avaient un démon: il les guérissait tous au nom do Notre Seigneur Jésus lo Christ, Quant au gouverneur, il envoya en tout lieu chercher un magicien qui fût puissant dans les opérations magiques; it lui vint quel qu’un qui était un grand docteur magicien et se nommai!
Alexandre. Le gouverneur lui dit: « 0 Alexandre, viens rendre vaines les opérations magiques de ce chrétien, car certes je n’ai aucune force contre lui. » — Alexandre dit: « Tu as donné les ordres, ô mon Seigneur le gouverneur! » Le magicien dit ensuite: « Qu’on apporte de la chair de porc, qu’on lui en entoure le corps, que l’on verse sur sa tète un vase d’urine et je prévaudrai contre lui. » Alors le magicien
« « à la roue: » ht a l’instant même, ou le sortit de la chaudière; il était (frais) comme une roe, et n’avait aucun mal. Puis, le roi ordonna de te mettre sur une roue armée de dents comme une scie. Quand on eut fait tourner la roue une première, puis une seconde fois, elle se fendit par le milieu et se cassa en deux. Mors le roi ordonna d-i porter (Macaire) sur une montagne fort élevée, et île le précipiter en bas, eu pâture aux oiseaux du ciel et aux animaux sauvages qui m ingéraient ses chairs. » Un peu de réflexion aurait dU faire voir a l’auteur de cette traduction qu’elle était irrationnelle et présentait tout au moins une absurdité manifeste. Les contresens provien nent de la confusion des suffixe de la troisième personne du singulier,
lança au loin ses habits, prit une coupe, composa des recolles magiques et les y versa, du du venin de serpent, du foie, du fiel, du et du pus de mort; it invoqua sur la coupe des noms de puissances, de sorte que la terre trem blait et se troubla aux formules de l’art magique. Le magicien dit au saint apa Macaire: « Prends cette coupe de mes mains, goûte-la do manière à ce qiiojo le voie;si lu crois au dieu des chrétiens, qu’il vienne à ton secours et te sauve. » Le saint apa Macaire ne voulait point la boire; mais il leva les yeux au ciel et il vit le Fils de Dieu que les anges entouraient en foule et qui tenait une couronne en ses mains. Il dit au saint apa Macaire: « Sois vainqueur, ô loi qui as été vain queur! sois fort, ô toi qui as été fort!ne crains pas celle coupe de poison.
A moi aussi l’on a donné du fiel, j’ai été le premier à le goûter pour vous: toi aussi, ô mon bien aimé, lu es devenu semblable à moi, aucun mal n’aura puissance sur loi. » Lorsque le saint apa Macaire eut entendu ces paroles du bon Sauveur, il prit la coupe de la main du magicien, il se signa au nom du Père, dû Fils cl du Saint-Esprit, il en but; c’était doux comme un rayon de miel. Le magicien lui dit: « Comment est-ce? n’est-ce pas doux à ta bouche? » — Le saint lui dit: « Wns et vois. » Le magicien prit la coupe de ses mains, voulant aussi boire au nom de son Dieu; aussitôt il se tuméfia et fut partagé en deux parties, au milieu de toute la foule Kl lorsque les foules virent tout cela, elles s’écriè renl au milieu du théâtre: « Il n’y a point d’autre Dieu que le Dieu du ciel, le Dieu des chrétiens, le Dieu du saint apa Macaire, le saint martyr, qui opère des signes et des prodiges en présence des rois et de leur armée *, »
Quoique le malheureux Alexandre n’ait pas aussi bien réussi que son confrère Athanasc, il est facile de voir que les deux récits se correspondent et que ce devrait être un
lieu commun de littérature copte, prêtant à amplification, recherché des auteurs qui voulaient faire briller les grâces de leur imagination. Il en est de même, à mon avis, de toutes les parlies du récit. Peu importe qu’à la fin des Actes de S1 Georges, son serviteur Pasierato vienne nous allumer qu’il n’a rien retranché, rien ajouté, ce n’est là qu’un moyen do composition destiné à se faire bien venir des lecteurs, comme je l’ai expliqué ailleurs ’; c’est aussi une formule que l’on trouve ailleurs et dont jo citerai un exemple topique. On lit à la fin du martyre de Macaire déjà cité: « C’est moi Jules, originaire de Ivhbehs qui ail écrit ces actes en souvenir du saint apa Macaire d’Antioche: j’étais monté sur la barque avec Arien pour des oeuvres semblables.
Mon Seigneur Jésus le Christ sait que je n’ai rien retranché, rien ajouté: mais c’est bien ainsi que le saint apa Macaire d’Antioche a achevé son saint martyre pour la gloire de notre Seigneur Jésus le Christ*, » Jules de Khbehs, maintenant Aqfhas, est connu par ailleurs: c’est le grand liagiographo des martyrs d’tëgyple ’, martyr lui-même avec loule sa famille vers la fin de la persécution de Dioclélien. Je ne sais si les Actes de Macaire sont bien sortis de son calame, il n’y a nulle raison d’en douter, ou nous devons alors douter de toutes les oeuvres auxquelles son nom est attaché; mais ce que je sais pertinemment, c’est que les Actes de Macaire font partie d’un cycle romanesque comprenant toute une série do romans sur les martyrs, romans composés en Égypte pour la plus grande édification des moines et tout entiers sortis de l’imagination de leurs auteurs. On voit dès lors la confiance que mérite cet honnête Jules, lorsqu’il nous affirme qu’il n’a
la phil. et à tareh. igyp. ctats. p. 27-2$ du tirage à part. a. Actes des martyrs de l’Égypte, p. 69.
Cat. Cod. Copt. p. 22, p. 30 et p. 135. Il en a composé beaucoup d’autres disparus en copte et dont j’ai découvert quelques uns traduits en arabe Voir plus haut le chapitre qui lui est consacré.
rien ajouté, rien retranché, comme le Seigneur en est témoin, Cette confiance est la mémo que celle que mérite le Pasieratc des actes de S1 Georges,
Outre ces rapprochements importants et considérables, à mon avis, entre tes Actes de Saint Georges et les autres coin* positionsanalogues de l’Égypte chrétienne, rapprochements d’oît il ressort que la texture générale des récils est la môme, il y a une foule de détails qui no peuvent s’expliquer autrement que par l’origine égyptienne des Actes dont je traite. Un grand nombre de ces détails ne trouveraient pas ici leur place, parce que pour en faire ressortir l’importance il me faudrait entrer dans des considérations philologiques qui ne seraient pas de mise; mais il en reste un certain nombre d’autres que je vais passer rapidement en revue. Le lecteur aura tout d’abord observé que le grand Dieu des Grecs aux yeux des Égyptiens, c’est Apollon, c’est-à-dire le soleil.
Ra, ou le soleil, était aussi le grand Dieu de l’Égypte; c’est pourquoi Apollon dans tous les Actes copies des martyrs est donné comme te dieu principal de Dioclétien; les autres comme Zeus, Héraclès, Poséidon, Ares, sont quelquefois nommés, mais très rarement. On doit faire la mémo observa tion pour Artémis, la mère de tous les dieux: jamais Artémis en Grèce, Diane à Rome, ne passèrent pour la mère des dieux; en Égypte au contraire, toutes les déesses étaient regardées tour à tout’ comme mères de tous les dieux ’, Artémis est nommée dans les oeuvres copies parce ciu’clle était la soeur d’Apollon, comme Isis était soeur d’Osiris, ce qui ne l’empêchait nullement d’être appelée mère de lous les dieux. La version du martyre de S’ Georges publiée par M. Arndt contient une expression qui l’a beaucoup étonné et que M. Gutschmidt a corrigé; celle expression est celle-ci: quatuor cedros saoul i, corrigée par
l. Je me contenterai de renvoyer ici au Panthéon Égyptien de M. Pierre!. Les textes sont innombrables. *
« M, Gutschmidt en quatuor cantines $xeuli%. Plus loin on renconlre encore la mention do très palmites coeli*. Ces expressions no peuvent se comprendre en dehors do l’EgypIe, car les Égyptiens croyaient que le ciel était suspendu au-dessus de leurs têtes et que le firmament était retenu par des pieux fourchus dont lo pied reposait sur terre. C’est co que signifient les expressions de cèdres et de palmiers du ciel, expressions qui n’ont aucun sens ailleurs qu’en Égypte, mais très connues dans la vallée du Nil, comme lo montre l’hiéroglyphe du ciel soutenu par ses piliers. Une autre idée religieuse do l’antique Égypte se retrouve encore dans les Actes de S » Georges, Lorsqu’on lui demande de ressusciter un mort, le texte copte et plusieurs des versions analysées parlent d’un tombeau dont tout le monde ignore rentrée.
Jo ne crois pas qu’ailleurs qu’en Égypte cette phrase offrit un sens; mais on sait qu’en Égypte on mettait le plus grand soin à cacher les ouvertures des tombeaux, afin que les morts pussent jouir tranquille ment de leur maison d’éternité 3. En outre dans les attires pays, il eut été difficile de faire sortir deux cenls individus, ou simplement dix ou douze d’un seul tombeau; les derniers adaptateurs l’ont bien compris et ont arrangé le récit selon les moeurs de leur pays, ils ne parlent quo d’un mort; en Égypteles tombeaux servaient à toutela famiilect les momies y étaient déposées en grand nombre.
Si des idées de l’antique religion égyptienne, je passe aux idées chrétiennes propres aux Égyptiens, jo no trouve pas moins de traits qui accusent l’origine. Quand S1 Georges précipite la statue d’Apollon dans les profondeurs de l’abîme,
« Îuatluor cedros simili, Cf. Berkhte der Konigt. Sachs. Ges. tom. cit. p. 41 ». e sont les premiers mots de la Vmsion. Cf. note C.
omnes quia non est alius Apolloui et Hennis et Diana et Alhena el Mandres {sic) et llcrculis el Neptunus nui 1res palmites cali continent, Op. cil. i)° 9 de la Passion. Il n’y a pas de doute à avoir ici.
il lui dit; « Jo te reléguerai dans les profondeurs de la terre jusqu’au jour du grand jugement; » cette expression est une expression égypto-chrétienne qui revient h chaque instant dans les oeuvres coptes, Dans les réponses que fait, à Georges ou à Dacien, le ressuscité qui parle au nom de tous et qui peint l’étatdans lequel ils se trouvaient dans l’Amenti, il est lait mention de la relâche des supplices infernaux, lo samedi el le dimanche; cette idée est sortie aussi du cerveau égyptien, comme jo l’ai déjà montré ailleurs’. Do même la question posée en premier lieu au ressuscité: « Le Christ étail-il né en ce temps-la? » est fort commune dans les oeuvres copies: on la trouve dans la vie do Schnoudi *, dans la vie inédile do Macaire ’, dans la vie de Pisentios, évêque de Kefl, au septième siècle 1.
Dans toutes les prières que Georges adresse à Dieu pendant son martyre, il prend toujours soin de dire: amen, el l’auteur ne manque jamais d’ajouter: quand il eut dit l’amen, il... etc. Iten est de même dans tous les martyres coptes, mais je n’ai nulle pari ailleurs trouvé pareille coutume. C’est qu’en Égypte, même chez les Chrétiens, la prière bien faite était impéralive, que Dieu iv* pouvait s’y soustraire 5, et que Vaincu résumait toute la formule, comme dans une formule magique nécessaire. Dans un autre passage des Actes de S1 Georges, il est dit que les Chrétiens sont gens d’opposition et qu’ils aiment à créer des ennuis à l’empereur: cette proposition, fausse pour les Chrétiens en général, est très vraie pour les Chrétiens d’Égypte qui, en leur qualité d’Égyptiens, depuis la
janvier-février 1887— Un écéque de Keft au Vil* siècle, dans les mémoires de l’Institut Kgvpt. tom. Il, p. 119 Mémoire sur la pie de Pakhôme et le cénobiUsine dans la Haute-Égypte, dans les Comptes-rendus de l’Institut Égyptien année 1886.
la mission du Caire, tom. III? p. 89.
’i. Cf. Revue des Beligions, iom. XII, p. 137 et seqq. ait. de M. Maspero—et loin. XIV p. 328 dans mon premier article sur le Christianisme chez tes anciens Copies.
sanglante répression de la révolte d’Achille par Dioclétien, s’étaient tous faits ennemis personnels de l’empereur’. Enfin dans plusieurs passages des Actes, lorsqu’on parle des temples païens on emploie l’expression temple des Grecs, expression qui ne se comprendrait, je crois, ni en Syrie, ni surtout en pays grec; elle se comprend fort bien au contraire dans la bouche des Égyptiens devenus chrétiens, car ils ne haïrent rien tant que les dieux grecs; ils leurs prodiguaient les injures et les moqueries, et ne se moquaientjamais de.leurs anciens dieux nationaux *.
Les moeurs égyptiennes me fournissent encore d’autres arguments. La description de la maison de la veuve chez laquelle on conduit Georges est la description d’une maison de fellah, où une poutre aide à soutenir le toit. Il est assez curieux qu’un auteur puisse avoir, l’idée de faire croître, verdoyer cl fleurir cette poutre; mais le fait n’est pas extraor dinaire quand il s’agit d’un auteur égyptien, puisque dans beaucoup de maisons on prend soin de comprendre un palmier dans la bâtisse, et qu’on le voil sortir de la maison avec son bouquet de feuilles. De même, lorsque Georges ressuscite le boeuf tombé en labourant, il semblera extraordinaire à plus d’un lecteur qu’on puisse labourer avec un seul boeuf. Je ne sais si c’est la coutume en Syrie: si j’en juge par l’Ancien elle Nouveau Testament, je vois qu’il est toujours parlé de couples de boeufs *; en Égypte, rien n’est plus commun, même de nos jours, que de voir un seul boeuf attelé à une charrette, comme chez nous un cheval, ou à une charrue pour labourer dans les champs. Quand la veuve rcnlrc chez elle cl
contre l’empereur à cause de la religion, il peut y en avoir eu quelques cas; en Égypte la choss fut générale el le Christianisme n’y fut pour rien, au contraire on se convertit au christianisme par c.*prit d’opposition à Dioclé tien. k
Arndt, il est dit que c’est le Dieu des chrétiens qui fait de l’opposition, c’est un non sens qui provient d’un contre-sens.
qu’elle trouve Georges assis à table, le texte dit que la table était couverte de toutes les bonnes choses:c’esl l’expression égyptienne même, comme le savent lous ceux qui se sont occupés de l’Égypte ancienne.
La manière dont les Coptes ont compris la composition cl le style donnent lieu à un certain nombre d’observations. Jamais Ic3 Coptes, ni les Égyptiens antiques, n’ont compris la chronologie exacte comme nous l’entendons, même quand ils donnent des dates précises; les expressions dont ils se servent sont d’une élasticité incroyable et d’un vague fort ennuyeux pour l’historien ’. Les Actes de S1 Georges en sont une nouvelle preuve: à peine si l’on pourrait y trouver un intervalle de quinze jours entre le commencement cl la fin, et cependant S’ Georges n’est pas martyrisé moins de scpl ans. Ces sept ans ont mis le jugement des derniers adaptateurs grecs en bonne garde et ils ont fait en sorte que tous les événements du martyre pussent se passer en sept jours, sans prendre garde que pour parcourir l’empire entier à la recherche d’un magicien sept jours n’auraient pas été suffi sants.
A chaque instant dans les actes grecs ou latins on trouve des expressions telles que:Seigneur empereur, ma dame la reine, seigneur Georges, etc.; ces expressions sont la traduction exacte du copte, et ne sont d’usage ni en grec, ni en latin. On trouve encore une expression fort curieuse dans le récit de la mort de S1 Georges: il y est dit que de son cou, la tête amputée, il sortit du lait et du sang. Je ne connais pas d’exemple semblable en grec ou en latin; en revanche il sort toujours du lait avec du sang du cou des martyrs égyptiens*.
J’arrêterai ici ces observations; il me semble qu’elles sont
coup de jours après cela, une multitude de fois, des foules d’hommes, pour dire le lendemain, deux ou trois fois, cinq ou ti\ personnes.
copte Pasyncrates. Cette dernière leçon me semble mauvaise. La première se formerait assez bien de l’Égyptien de la même manière que liarpocréles. Ifarpocràtc* — Har-pe-Khrod (liorus cnfàut); Pasicrale — Pa-isi-Khrod.
suffisantes. Comme toutes les remarques faites à ce sujet ont pour appui à la fois les Actes coptes et les Actes grecs ou latins, il s’ensuit que toutes ces preuves d’une origine indé niable valent également pour les uns ou pour les autres. Si de pareils traits de moeurs, pareille manière de composer et d’écrire, pareilles idées religieuses ne s’étaient trouvées que dans l’oeuvre copte, on cftt pu conclure avec toute la vraisem blance possible que ces idées, ces moeurs, ce style et celle composition étaient dus au traducteur copte;mais comme tout se retrouve dans les Actes grecs ou latins, que les plus expurgés supposent nécessairement les autres et contiennent certains traits dont on doit chercher l’explication en Égypte, je peux conclure avec toute la certitude désirable en l’espèce que les Actes de saint Georges ont été composés en Égypte par un Égyptien, ayant quelque connaissance des oeuvres et de la religion grecque.
De cette conclusion j’en tire une autre qui n’est pas moins importante, à savoir que bien loin de nous trouver en présence d’Actes historiques, nous n’avons qu’un roman chrétien fait à la manière égyptienne. Ce roman jouit d’une grande vogue: les nombreuses adaptations qui en furent faites en prouvent le succès. Cette vogue explique le culte dont on entoura le grand martyr, mais ne nous assure pas de 1 existence de ce martyr. Si, pour être certains qu’il y eu jadis un Cappadocicn nommé Georges qui fut martyr sous Dioctétien, nous nVvons pour garantie que le roman égyptien, c’est peu, beaucoup trop peu. Il me faut donc maintenant interroger les historiens sérieux et chercher dans les Martyrologes sur quelles données repose le culte de S* Georges. De la conclusion que je tirerai de l’examen de
ces nouvelles pièces dépendra la conclusion que je devrai
Notes d’Émile Amélineau
« 239. Cf. Actes des martyrs de FÉgypte par H. Ilyvernal, ton ». I, p. 40-12
240. Cf. op. cit. fasc. Il, p. 112. pas
241. Op. cit. p. 42-43. Voici comment.M. Ilyvern.it traduit le passage relatif
242. C’est à dire creva en deux.
243. Cf. op. cit. p. 58-61.
244. Voyage d’un moine Egypt. dans le dés. ihns le Beeueil de mat. relal. d
245. On connaît encore de lui d’après ZoPga trois autres martyres. Cf. Zoéga
246. In celo tempore adripuit diabolus regein Persarum et regem super
247. Kt elc%*ans voce m.igna Dac’nrms imperalor regibus dicens: vivetis
248. Cf. Maspcro. •— L’Archéologieégyptienne, cb.III,: les tombeaux.
249. Cf. /-e- Christianisme des Anciens Coptes, dans la Itecue des religions,
250. Cf. Monuments pour sercirà thist. de tEgyp. chr. dans les mémoires de
251. Cod. rai. cop. LXIV.
252. Cf. Un éréque de Keft au VU* siècle, op. cil. p. 147.
253. Je ne veux pas dire que nulle part il n’y ait eu de révolte des chrétiens
254. Cf. Momum. pour sert, à fhisl. op. cit. Introduction. Dans la version de
255. Cf. l’histoire de Saûl (I Samuel v. 5-7) et la parabole des invités aux
256. .V chaque inslant on rencontre des expressions comme celles-ci: Beau
257. Je ne dois pas oubiierle nom du serviteur de S* Georges, Pasicrales, en
Étude critique — Chapitre cinquième
J’ai déjà dit plus haut que l’une des principales objections à faire contre la réalité historique des Actes de S’ Georges provenait de (oui ce qui a rapport à la reine Alexandra, qui certainement n’a jamais existé ailleurs que dans l’imagination de l’auteur copte. Aucun des historiens, grecs ou latins, n’en parle et ccrlaincment ils n’eussent pas manqué de faire usage d’un si bon argument. Dien plus Lactancc donne les noms de la femme et de la fille de Dioclétien, cl ajoute que dans sa fureur il les força de se souiller avant tous les autres en sacrifiant aux dieux: la première se nommait Prisca, la seconde Yaleria 1. En présence de ce texte formel, il est complètement impossible de trouver place pour Alexandra, et l’un des principaux épisodes des Actes de S1 Georges est ainsi réduit à néant quant à la réalité historique. Quand même on admettrait que le nom d’Alexandra est un nom supposé ou s’élanl glissé par erreur, il n’en reste pas moins acquis que la femme de Dioclétien, au moment ou la persécution s’ouvrait, se nommait Prisca, et non Alexandra,
Laetant. De morlibusPeneéulorunt XV: Furebât ergo imperator, jam domesticoi tantum, sed in omnes: et primum omnium filiatn Vâle non inconjugem riam, Priscam sacrificio pollui coegit.
30G — et que l’empereur Romain ne la fit point mettre à mort. Dès lors l’argument des Dollandistcs, tiré du silence des auteurs latins ou grecs sur le nom de l’impératrice femme de Dioclétien, en l’année’303, tombe complètement à faux *; nous le connaissons et nous savons que ce n’était pas Alexandra. Par conséquent l’impératrice martyre Alexandra, femme de Dioclétien, est à effacer du catalogue des saints et des Acta Sanctorum comme n’ayant jamais existé.
Les Dollandislcs, qui ont lu Lactancecl Eusèbc, ont agi avec une certaine légèreté de critique assez surprenante dans des hommes aussi sérieux; car en supposant que leur confiance en Lactancc fut assez mince, ce qui n’a pas lieu d’élrc en ce cas, ils auraient dû tout au moins accorder plus de créance à Eusèbc. Or Eusèbc consacre tout un chapitre du huitième livre de son histoire 3 aux martyrs faisant partie de la maison de l’empereur: comment eût-il pu oublier l’impératrice, si son impérial époux l’eût mise à mort? Tout au contraire, parce que le même Eusèbc rapporte qu’un chrétien, jeune, honoré des plus grandes charges civiles, arracha l’édit impérial en pleine ville de fticomédic. à peine avait-il été affiché 3, les Dollandislcs se sont évertués à prouver que ce jeune chrétien n’était autre que S1 Georges, puisque les Actes de Siméon le Métaphrastc disent que Georges se présenta devant l’empereur dans les premiers jours qui suivirent la proclamation de l’édit persécuteur.
Le silence d’Eusèbc les inquiète un peu; mais ils se rassurent en pensant qu’Eusèbe a bien pu ignorer le nom du courageux chrétien qui arracha l’édit, tout en connaissant le fait 1. J’avoue que la chose est possible; mais ici se dresse une objection que jamais les Dollandislcs passés, présents et futurs, ne pourront résoudre. D’après les Actes regardés
« comme authentiques et les plus dépouillés de tout ornement imaginaire, il est évident que S’ Georges fut l’un des martyrs les plus célèbres de la persécution: l’église grecque l’a reconnu en accolant au nom de Georges une épilhète qu’elle n’a accordée à aucun autre 1. Or Eusèbc ignoré évidemment le martyre si célèbre de S1 Georges, cl, ce qu’il y a de plus surprenant, il ignore même le culte si célèbre qu’on rendait au martyr. Cette ignorance doit paraître à bon droit surprenante; car, si l’on fail de Georges un Cappadocicn, Eusèbc parle de la Cappadoce, de marlyrs cappadociens, de la ville de Mélitène où un aventurier tenta de se faire procla mer empereur*; si, au contraire, on croit Georges origi naire de Palestine, Eusèbc a consacré plusieurs chapitres de son histoire aux martyrs de Palestine, marlyrs très peu célèbres de nos jours, cl eu aucun endroit il ne parle de Georges ’.
Bien plus, la ville de Lydda près de laquelle s’éleva, d’après les légendes coptes qui font suite aux Actes , le temple fameux dédié au grand stratélate du Christ, le martyr et saint Georges, était siluée dans le diocèse même de la ville de Césaréc et Eusèbc en ignore complètement l’existence. Il cite’un grand nombre d’aulres temples élevés en divers lieux de l’empire par les ordres de Constantin »n l’honneur des plus célèbres martyrs, et il oublie le plus célèbre, celui qui était situé dans son diocèse même*. Cette omission me semble incompréhensible et injustifiable: l’évêquc de Césaréc n’avait aucune injure personnelle à reprocher à S1 Georges; s’il ne l’a pas nommé, c’est qu’il ne l’a pas connu, et s’il ne Tapas connu alors qu’il aurait dû être le premier à le connaître, c’est, on le peut affirmer déjà, que le grand martyr n’a pas existé.
t. Celle de grand martyre, Uîya).5u46tyî*
dans toute sa gloire et sa puissance. Le premier récit a trait au transport du corps à Diospolis.
Et maintenant, si l’on examine attentivement ces prétendus Actes pris dans leur ensemble, on verra que pas une seule des versions no nomme la ville où aurait eu lieu ce martyre, indécision et omission tout à fait dans la manière copte. Ilien ne fait supposer que ce martyre eut lieu dans l’empire romain, ou ailleurs; les légendes qui suivent les Actes disent expressé ment au contraire que Georges souffrit en Perse et que Dacien était un roi de Perse. Par malheur, lorsque ces mêmes légendes décrivent le chemin que l’on dut parcourir pour ramener le corps de Georges à Jafla, elles décrivent le chemin que l’on suivait pour aller par nier d’Égypte à Jafla; 1
de la Perse, on ne s’en occupe plus. Cette mention de la Perse en des Actes où l’on a cru que tout se passait en territoire romain, en présence de l’empereur romain, n’est pas l’une des moindres preuves que c’est bien l’oeuvre copie qui a été traduite en grec et en latin, et qu’au contraire elle ne saurait être la traduction d’une autre oeuvre. En elTet, si j’interroge les martyrologes, je vois qu’aucun d’eux n’a su où placer le théâtre du martyre de S1 Georges. A la vérité, le martyrologe romain ne se compromet pas, il ne cite pas de nom de ville. Mais le martyrologe romain n’est pas le seul et les Dollandis les, en vue de leur grande publication, avaient réuni toute une collection des martyrologes les plus anciens qu’ils aient pu trouver. Celte collection * né renferme pas moins de Ircnlc-dcux martyrologes latins copiés dans les plus célèbres bibliothèques, ayant appartenu aux monastères des contrées les plus diverses et faisant tous mention de S1 deorges, à l’exception d’un seula. Or, sur ces trente-deux martyrologes, onze ne mcnlionncnt pas la ville où Georges souffrit le martyre; six nomment la ville’de Rome, sans doute parce
i. Cf. dans le texte copte!« »* merveille.
tion particulière et vendus dernièrement a la Bibl. roy. de Bruxelles. Ils forment trois volumes in-4 non encore catalogués. ’
Home était la grande capitale où devait résider l’empereur el que Georges souffrit en présence de l’empereur; deux placent la scène à Alexandrie, preuve inconsciente de l’origine des Actes; les autres enfin, c’est à dire douze, font de la Perse et de la ville de Diospolis, en Perse, le théâtre du martyre de S1 Georges. Il est donc évident que la plus grande partie de ces. martyrologes n’ont pas su où placer la scène du martyre, parce que les Actes qui leur en fournissaient le récit ne nommaient pas la ville, et que les autres n’ont rien de mieux trouvé à faire que de suivre les récits égyptiens. Il est évident aussi que le culte de S1 Georges a eu pour base en Occident les Actes composés en Égypte. D’ailleurs un passage du martyrologe de Dèdc ne laisse acucun doute à cet égard, car on y lit en propres termes://! Perside civilale Diospo/i passio S. Georgii marlyris cujus gesla passionis, etsi inter apocryphas connumerantur scripturas, tamen illustrissimum ejus martyrium inter coronas marlyrum Ecclesia Deivenerabi liler honorât ’. Les ménologes grecs sont plus sobres, ils chantent la gloire de Georges, sans spécifier aucune chose.
El maintenant puisque le culte de S’ Georges repose sur des Actes apocryphes au premier chef, puisque ces Actes ne sont qu’un roman pieux composé en Égypte et ne reposant sur aucun événement réel et qu’au contraire tous les événe ments qui ont une apparence historique sont manifestement faux, quand ils ne sont pas absurdes et impossibles; puisque les historiens le mieux à mémo d’être informés, et surtout Eusèbc lui-même qui aurait dû connaître l’histoire cl l’église du saint, n’en connaissent ni l’histoire, ni le nom, que reslc-t-il à conclure sinon que l’existence de Georges le Cappadocien ne repose sur aucune donnée historique et que par conséquent le grand martyr n’a jamais existé. Inventé de toutes pièces, le roman égyptien eut une immense vogue et
acephalum ex cod. membr. P. Antonii Caraccioli, 23 Avril,
créa le culte d’un saint imaginaire ’: la chose est facile à expliquer;il serait au contraire complètement impossible d’expliquer comment un martyr célèbre, jouissant d’un culte réputé, ayant fourni matière à un roman n’ait plus été connu que par le roman lui-même. Et pour en arriver là, il n’aurait pas fallu longtemps, puisque le saint, mort au plus tôt en 303, n’était plus connu que par les Actes apocryphes de son martyre en 491, d’autant plus que son culte n’avait pas cessé d’être très suivi. Je le répète, la chose me parait complètement inexplicable.
L’objection qu’on tirerait du culte contre la non-existence du saint ne serait pas sérieuse: il me suffira de répéter ici ce que j’ai déjà dit dans la Revue de fhistoire des Religions *: les Copies n’ont pas été difficiles sur le choix de leurs saints, la preuve s’en trouve dans la fête qu’ils ont établie en l’honneur du cynocéphale qui prit part à l’apostolat des saints André et Barthélémy 3. S’ils ont agi ainsi en faveur d’un singe de leurs amis, à plus forte raison l’ont-ils pu faire pour Un homme auquel leur génie avait donné la vie cl la célébrité. Je suis loin de vouloir dire cependant qu’il n’y ait pas eu, pendant la persécution de Dioclétien, un chrétien nommé Georges qui ait souffert le martyre, la chose esl possible; mais je crois que Georges de Cappadoce n’a jamais existé, car tous les traits qui forment sa personnalité et son individualité ne doivent leur célébrité el leur existence qu’à l’imagination égyptienne. S1 Georges de Cappadoce est donc à rayer du calendrier.
Je ne dissimule pas que c’est là une grosse conclusion; mais la vérité doit passer avant tout, peu importe qu’à Rome
« i. 1! pourra sembler que j’aurais du préciser l’époque à laquelle â été composé ce roman. La chose n’est pas facile. S’il faut accorder quelque poids a l’expression de Galiléen servant a désigner les chrétiens, on peut penser que le roman ne fut pas composé avant le régne de Julien, est a dire avant 3t »t, ce qui me parait assez probable, fin tout cas l’époque de cette composition, ne peut être postérieure à la fin du IV* siècle,
on ait eu de très bonne heure une tête de S1 Georges ’, qu’il y on ail eu une seconde transportée à Venise s, que le corps entier’ ait été trouvé à Lydda 3, qu’on en ait apporté un certain nombre d’ossements en Europe *: tout ceci n’est qu’affaire de supercherie vulgaire, Les Orientaux qui décou vrent tout ce qu’on veut leur faire découvrir, antiquités ou corps saints, n’auront pas été en peine de trouver un corps à S’ Georges; ce dut être simple affaire d’argent, comme ce l’est encore aujourd’hui en Égypte pour les antiquités, en Palestine pour les identifications d’anciens villages cités dans l’Ecriture. La chose est d’un ordinaire usage: c’était à l’Occi dent à ne pas se laisser tromper.
Je ne peux terminer cette étude sans dire un mot du dragon, du rôle qu’on lui a fait jouer et des conclusions mythiques ou autres qu’on a su en tirer. Comme on Ta vu, le roman égyptien ne connaît pas de dragon, non plus que lesversions grecques ou latines de ce roman. La légende du dragon n’apparaît qu’au douzième ou treizième siècle. Par conséquent les identifications qu’on a faites de S’ Georges et des autres héros légendaires ne reposent sur aucun fonde ment pour ce qui regarde l’Égypte: que les idées iraniennes aient eu une influence sur la légende actuelle, comme le veut M. Gulschmidl la chose est possible; mais il faut avouer qu’elle a mis du temps à se faire sentir et que le premier qui introduisit la légende du dragon dans le roman de S1 Georges ne se doutait guère du secours qu’il apportait aux mytholo gues; Une seule identification avait chance de se faire accepter, celle de M. Clcrmont-Ganncau, rapprochant Ilorus
«!. Acla Sanct. & Avril, n » 33.
Eginc depuis plus de cent ans.
5 Cf. herichle ûber die Verhandl der Konigl. Sachs. Gtiells. der Wissens. ’/M Leipzig, 1861, Ueber die Sage ton htg. Georgios Beilrage sur iranischen Mythengeschkhle. S Georges est rapproché de Mithra, Alexandra == Anahita, etc.,:
de S1 Georges ’; malheureusement cet honorable savant a cru que l’Égypte connaissait la légende du dragon, ce qui n’est pas et ce qu’il ne pouvait savoir. M. Clcrmont-Ganncait avait cependant vu très-juste en donnant aux idées égyp tiennes une part dans le roman de S1 Georges, puisque c’est l’Égypte qui l’a créé. D’autres ont identifié S’ Georges avec Georges de Cappadoce, l’évoque arien qui occupa le siège d’Alexandrie pendant l’exil de S1 Athanasc: lo nom d’Alha nasc, donné au magicien dans le roman, leur a paru une preuve de l’influence de l’évêquc sur les actes du martyr, et M. Albcrl Héville croit que cet évêque « massacré par la populace païenne d’Alexandrie, demeura en grande odeur de sainteté dans la mémoire des populations chrétiennes d’Égypte et de Syrie, et fut retrouvé par les Croisés qui le rapportèrent en Europe où il devint le saint national de l’Angleterre 3. »
Je ne peux davantage accueillir cette double opinion; l’Égypte tout entière demeurée attachée aux superstitions magiques n’avait aucunement besoin d’être du parti de l’évêquc Georges de Cappadoce pour nommer le magicien Athanasc: l’emploi de ce nom fort commun a, selon moi, une tout antre origine. C’est un nom grec employé par mépris, parce que si les chrétiens d’Égypte avaient foi dans la magie, c’est que leur magie était bonne, étant chrétienne et nationale; tandis que la magie dont se servait Athanasc, magie païenne ou grecque, c’est tout un pour les Coptes, était mauvaise et n’avait aucune puissance, comme l’événe ment le prouva. Aussi tous les magiciens employés dans les actes coptes ont-ils des noms grecs. Quant à Georges l’évêquc, je ne sais s’il est demeuré en odeur de sainteté près
Clcrmonl-Ganneau: Etudes darchéol. orient, dans la Bibl. dés Hautes Elud. livr. 4t. 2./tertre de Religions, tom. XIV, p. 15, note II. Celte identification se trouve dans la série d’articles qui forment la savante étude que.M. Albert Héville a consacrée à Julien l’Apostat. Cette idée avait été émise en Hollande dès le XVIIe siècle. (Cf. Acl. Sanct. n* 11-19} dans une Histoire d’Amsterdam dlsaac Pontan. lib.Il cap. 3.
des chrétiens de Syrie, je suis même porté à en douter; mais je sais pertinemment qu’il fut toujours haï en Égypte, qu’on le regarda comme une bête féroce, el que son nom ne se trouve point dans le synaxare. Il n’eut donc aucune influence sur la composition du roman de S’Georges, et la similitude des noms n’est qu’une concordance fortuite. L’Égypte a toujours exécré les Ariens qui combattaient son patriarche: la faction arienne n’eut de puissance que dans la ville d’Alexandrie, qui ne fut jamais regardée par les Coptes comme une ville égyptienne; les chrétiens d’Égypte n’ont commencé à se tourner du côté des patriarches que nous nommons schismatiques, sans beaucoup de raison, qu’au moment où la majesté du patriarche Dioscore fut violée. L’élection de S1 Georges, comme le saint national de l’Angle terre, est l’un de ces faits qui prouvent combien une nation est prompte à s’abuser, lorsque le sentiment religieux est en jeu, mêlé à la vanité nationale: le corps de S’ Georges déposé à Lydda, selon la légende, partagé en un grand nombre de précieuses reliques, ne pouvait guère se retrouver intact en Égypte à l’époque des Croisades.
Les Anglais qui en ont enrichi leur pays n’y ont pas vu si loin; mais la réalité est là, et, s’ils ont besoin d’un patron puissant pour leur cavalerie, ils peuvent sans danger en prendre un autre, malgré tous les exploits prêtés par les Égyptiens d’abord, les Grecs et tous les Occidentaux ensuite, au grand sfratélate Georges, le grand martyr, le triomphateur qui n’a jamais eu d’autre existence que celle à lut donnée par le roman composé au pays d’Égypte, où la fiction a toujours, été préférée à la si mpb réalité. /c> £-„\
Notes d’Émile Amélineau
258. Kusebii ttisl. ecclésias. lib. VIII cap. VI.
259. Ibid cap. V.
260. Acl. Sanct. 23 avril S Georg. n 30-33.
« 261. Kusel ». Uhh eccl. lib. VIII cap.
262. Ibid. ad calccm libri VIII,
263. Les Actes coptes sont suivies des dix mervcilleâoù S1 Georges se montre
264. Euseb. Vil. Const. lib. lit, pa«?im. »
265. Ces martyrologes un moment égarés ont été retrouvés dans une collec
266. C’est le second du tome I": Martyrologium Lucence quod edidit Ftorentt*
« 267. Cf. dans les trois vol. que j’ai cités plus haut vol. Il, n » 9, martyroh
268. Betue des Belig. Janvier-Février 1887.
269. Celte fête à lieu le 2 Pharmouti c’est à dire le 20 Mars,
« 270. Ibîd. n » 62. Le fait eu lieu en 1112. Cette seconde tètè se trouvait a
