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Le Carême et la Pâque chrétienne

Le lien entre le jeûne, la Passion et la Résurrection

Père Tadros Y. Malaty · 17 avril 2021 · 10 min de lecture · 3 vues

L’Église primitive avait l’habitude d’appeler « Pâque chrétienne » la glorieuse fête de la Résurrection. Ainsi, les lettres de certains Pères, comme saint Athanase l’Apostolique ou saint Cyrille le Grand, furent appelées « Lettres pascales ».

L’Église primitive estima aussi que les événements de la Crucifixion et de la Résurrection du Seigneur accomplissaient les prophéties de l’Ancien Testament. Les célébrations de la Pâque par le peuple de Dieu (la Pâque occupant le premier rang parmi les fêtes juives) étaient vues comme un symbole de la Crucifixion du Seigneur pour notre salut et le pardon de nos péchés, et sa Résurrection devait nous ouvrir les portes de l’espérance dans la vie éternelle.

L’Église hérita de cette pensée apostolique et considéra la Pâque chrétienne ou « Fête de la résurrection », comme étant la « Grande Fête » par excellence. En effet, le principal but du Verbe de Dieu lorsqu’il se dépouilla, s’incarna, se fit baptiser, se laissa tenter par le diable, ce qu’il poursuivit ardemment par Son ministère, Ses paroles vivifiantes, et toutes Ses œuvres sur terre, c’était de nous offrir le Salut par Sa Crucifixion et Sa Résurrection. Soyons crucifiés avec Lui chaque jour, et expérimentons la puissance de Sa résurrection, afin que par Sa grâce nos cœurs soient élevés vers le ciel, que nous profitions du gage de la vie éternelle, et que nous criions de tout notre cœur: « Amen, viens, Seigneur Jésus! » (Apocalypse 20: 22).

L’Église établit ainsi un lien très fort entre le Carême et les souffrances de notre Seigneur Jésus-Christ, sa Crucifixion et sa Résurrection, car ce jeûne nous présente l’expérience profonde et pratique fidèle de l’Apôtre Paul, lorsqu’il dit: « Ainsi je connaîtrai le Christ, la puissance de sa Résurrection, et la communion à ses souffrances, en devenant conforme à Lui dans sa mort » (Philippiens 3: 10).

Saint Jacques de Saroug nous montre aussi ce lien, considérant que la Pâque chrétienne commence avec le Carême et s’étend jusqu’à la Passion, la Crucifixion, la mort et la Résurrection du Christ.

Il voit que les « souffrances » charnelles endurées par le jeûneur le font entrer en communion avec le Christ souffrant, de sorte qu’il éprouve la joie, la puissance, et la gloire de Sa résurrection.

De ce lien très fort, Saint Jacques de Saroug nous dit:

Dans l’ardeur du combat spirituel, l’homme grandit en vertu, et le paresseux voit à jamais cette vertu lui échapper.
Ainsi sont les jours de vertu: fatigue-toi, ô jeûneur, et recueille cette Douceur emplie de vie [le Christ].

Hâte-toi dans le chemin du Jeûne comme un homme prompt à rechercher sa vie, et tu seras justifié au jour de la Résurrection.

Jeûne pour l’époux, et tu auras part à son banquet, car Il est venu couronner les jeûneurs.

En ce Jour glorieux [le second avènement] où ton visage devra resplendir, comment te réjouirais-tu sans avoir peiné parmi les jeûneurs?

En cette fête qui illuminera le visage des combattants, quelle faveur obtiendrais-tu de Lui après une vie d’opulence ici-bas?

Si tu ne partages pas les souffrances de l’Unique, tu n’auras point part à la joie de Sa Pâque.

En ce grand Jour, toutes les peines des jeûneurs seront oubliées…

Mais qu’oublieras-tu si tu n’as point jeûné?

Accorde au jeûne les efforts et les vertus qu’il faut, et tu chemineras vers la couronne de gloire.

La couronne du jeûne c’est la résurrection de l’Unique, et sans le jeûne elle te sera inaccessible!

Jeûne, quête spirituelle, prières et aumônes seront offerts en présent à l’époux quand il se lèvera.

Dans le temps du Carême, assemble ces joyaux, et au Jour de l’époux, Il t’accueillera dans la joie.

De tes aumônes, tire les bonnes matières [nécessaires à ton évolution spirituelle], comme le font les abeilles, et prends ce miel avec toi au banquet.

La vertu te sera suave nourriture au jour de la grande fête et t’accompagnera, sans quoi l’époux ne trouverait rien de réjouissant en toi.

Quand entreront les jeûneurs de toutes apparences, les uns portant leur veille, les autres leur jeûne ou leur ascèse, Quand les éveillés [les anges] entoureront Sa tombe [du Christ] dans leurs habits blancs, et les disciples [les Saintes Femmes] munis de leurs parfums et de leurs aromates, En cette aube scintillante où les visages des jeûneurs seront illuminés: sois alors le premier à réclamer ce trophée, le visage plein de lumière.

Cours vite annoncer la bonne nouvelle, comme saint Jean, et témoigne de cette résurrection pour n’être pas délaissé par la Justice (Jean 20: 4).

Au jour de la Résurrection, revêts une robe brodée d’aumônes, pour être aussi beau que les anges vêtus de blanc.

Pare-toi d’ornements somptueux pour cette grande fête: d’un jeûne pur et d’une vertu pleine de beauté.

Qui te permettrait de célébrer en esprit une fête que tu n’aurais pas préparée en éprouvant ton corps par le jeûne?
Saint Jacques de Saroug

Notes et références

  1. [1]Ouvrage sur le Carême, diacre Youssef Habib, p. 16-17.
  2. [2]Saint Augustin, Sermon sur la Montagne, II, 12 (5 : 19).
  3. [3]Judith, 4 : 12 (traduction Vigouroux).
  4. Édition : « Le Carême et la Pâque chrétienne », par le père Tadros Yacoub Malaty, 2021. Traduction : Nader George, Lydia Amir, Anthony Greiss. Révision : Bassem Mounir.