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Encensoir et livre liturgique copte sur fond sombre

La lampe dans les Ténèbres pour éclairer le service liturgique

Abū l-Barakāt Ibn Kabar · 25 mai 2026 · 678 min de lecture · 516 vues

Volume I

La lampe dans les ténèbres

pour éclairer le Service liturgique

Encyclopédie liturgique de l’Église copte par le prêtre

Abū l-Barakāt connu sous le nom d’Ibn Kabar

(mort en 1324)

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La Lampe dans les Ténèbres

pour éclairer le Service liturgique

Encyclopédie liturgique de l’Église copte

Volume I — Chapitres 1 à 12

Auteur: Abū l-Barakāt Ibn Kabar (mort en 1324)

Surnommé Shams al-Riʾāsa

Édition et traduction française par

Coptipedia.com

Copyright © 2026 Coptipedia.com

Tous droits réservés.

Aucune partie de cet ouvrage ne peut être reproduite, distribuée ou transmise sous quelque forme que ce soit, ni par quelque moyen que ce soit, sans l’autorisation écrite préalable de l’éditeur, sauf dans le cas de brèves citations dans des articles critiques et certains autres usages non commerciaux autorisés par la loi sur le droit d’auteur.

Isbn : 9798197756275

Éditeur: Coptipedia.com

Première édition — 2026

Préface du traducteur

La lampe dans les Ténèbres

Traduire La lampe dans les Ténèbres n’est pas seulement faire passer un texte arabe copte du XIVe siècle dans une langue contemporaine. C’est approcher une œuvre de mémoire, de fidélité et de résistance. C’est entrer dans la conscience d’une Église qui, au fil des siècles, a souvent perdu le pouvoir, parfois la sécurité, quelquefois la langue de ses origines, mais jamais la certitude de garder la tradition reçue des apôtres, des martyrs, des Pères et des moines. Ce livre d’Ibn Kabar n’est pas seulement un manuel liturgique. Il est une lampe posée au cœur d’une histoire bénie par le sang des saints.

Son auteur, Abū al-Barakāt Ibn Kabar, que la tradition connaît aussi sous le nom de Shams al-Riʾāsa, appartient à cette grande lignée de savants coptes arabophones qui ont porté la mémoire de l’Église d’Alexandrie à un moment décisif de son histoire. Il fut homme de culture, homme d’administration, homme de parole et homme d’Église. Issu d’une famille copte notable du Caire, il connut les milieux du pouvoir et servit comme secrétaire auprès de l’émir Baybars al-Manṣūrī. Il participa ainsi, directement ou indirectement, à l’écriture de l’histoire politique de son temps. Mais lorsqu’un décret imposa aux chrétiens de quitter l’administration ou d’abandonner leur foi, il choisit la foi. Ce choix donne à toute son œuvre sa gravité spirituelle: Ibn Kabar n’écrit pas depuis le confort d’un érudit dans sa demeure à l’écart du monde, mais depuis la conscience d’un homme qui a connu le prix concret de l’appartenance au Christ.

Il y a dans cette trajectoire quelque chose de profondément évangélique. L’homme qui avait accès aux charges, à la langue de l’État, aux cercles du pouvoir, renonce à ce qui pouvait lui assurer prestige et protection pour se consacrer au service de son Église. Ce renoncement ne l’a pas conduit au silence. Il l’a conduit à une parole plus estimable que les charges publiques: une parole de transmission. Ses sermons, son grand dictionnaire copto-arabe, ses écrits liturgiques et ecclésiastiques témoignent d’une même urgence: sauver ce qui pouvait être oublié, expliquer ce qui risquait d’être répété sans être compris, transmettre ce qui avait été reçu avant lui.

La lampe dans les Ténèbres est donc une œuvre de témoignage et un manuel de la foi. Elle se situe à l’intersection de plusieurs mondes: le monde copte ancien, dont la langue liturgique et la mémoire patristique demeurent vivantes; le monde arabe médiéval, devenu le cadre intellectuel, social et administratif de l’Égypte chrétienne; le monde liturgique de l’Église, où la foi n’est pas seulement formulée, mais chantée, célébrée, accomplie; enfin le monde de la rupture ecclésiale, né des blessures ouvertes par les controverses christologiques et par le concile de Chalcédoine. Ces mondes ne sont pas juxtaposés dans l’œuvre d’Ibn Kabar: ils s’y rencontrent, parfois avec tension, mais toujours sous le signe d’une fidélité obstinée.

Ce qui frappe le lecteur copte contemporain, c’est aussi la continuité. En lisant Ibn Kabar, on reconnaît des gestes, des mots, des structures, des intuitions liturgiques et spirituelles qui demeurent familières jusqu’à aujourd’hui. Le livre ne donne pas seulement accès à un passé disparu; il révèle que ce passé n’a pas complètement disparu. La tradition copte, malgré les invasions, l’arabisation, les changements politiques, les persécutions, la diaspora et les ruptures historiques, a conservé une stabilité remarquable. Ce constat doit être formulé avec rigueur: il ne signifie pas que tout soit resté matériellement identique depuis les premiers siècles. Aucune tradition vivante ne traverse quinze siècles sans adaptations, traductions, recompositions et accentuations nouvelles. Mais il signifie que l’architecture profonde de la tradition copte — sa piété eucharistique, son attachement au jeûne, sa théologie de l’Incarnation, sa vénération des martyrs, son enracinement monastique, son sens du rite comme mémoire vivante — manifeste une continuité exceptionnellement forte.

Cette continuité est théologiquement importante. Si la tradition copte visible aujourd’hui conserve encore tant de proximités avec ce qu’Ibn Kabar décrit au XIVe siècle, alors le témoignage d’Ibn Kabar devient plus qu’un document médiéval: il devient un indice puissant de stabilité. Il rend plausible que, de Chalcédoine jusqu’à lui, la tradition copte n’ait pas subi une transformation doctrinale radicale, mais ait plutôt conservé, dans la durée, une même orientation fondamentale: défendre l’unité du Christ, garder la foi de saint Cyrille d’Alexandrie, vivre la liturgie comme confession de foi, et transmettre la tradition reçue non comme une théorie abstraite, mais comme une vie ecclésiale. Cette stabilité ne dispense pas du travail critique; elle l’appelle. Mais elle oblige aussi à respecter la tradition copte comme un témoin ancien, cohérent et vivant de la foi apostolique.

C’est ici que ce livre rejoint une question plus vaste, qui dépasse le seul cadre liturgique. Depuis le Ve siècle, les Églises issues de la tradition copte, syriaque, arménienne et éthiopienne ont souvent été comprises à travers des catégories imposées par leurs adversaires. Le mot « monophysite », encore trop souvent répété, a longtemps enfermé ces Églises dans une accusation qu’elles ne reconnaissent pas comme leur foi. Les Coptes n’ont jamais voulu confesser un Christ dont l’humanité serait absorbée par la divinité. Ils n’ont jamais voulu nier la réalité de l’Incarnation. Ils ont voulu protéger l’unité du Verbe incarné, selon l’héritage de saint Cyrille: un seul Christ, un seul Seigneur, un seul Fils, vrai Dieu et vrai homme, sans séparation de l’humanité et de la divinité après l’union.

Inversement, il serait injuste de réduire les Églises chalcédoniennes à une volonté de diviser le Christ. La formule de Chalcédoine voulait préserver la pleine divinité et la pleine humanité du Seigneur, sans confusion, sans changement, sans division et sans séparation. Mais l’histoire n’est pas seulement faite de formules. Elle est faite de langues, de pouvoirs, de blessures, de mémoires, de soupçons, de mots reçus comme des menaces, et parfois de décisions imposées dans des contextes où la théologie ne pouvait plus être séparée de l’autorité impériale. Les Coptes ont entendu Chalcédoine comme un risque de retour du nestorianisme; les Chalcédoniens ont entendu la fidélité copte à Cyrille comme un risque d’eutychianisme. Chacun a souvent répondu à la peur qu’il avait de l’autre, plus qu’à la foi réelle de l’autre.

La lecture d’Ibn Kabar permet de toucher cette incompréhension dans son épaisseur historique. Son œuvre ne doit pas être lue comme un traité œcuménique moderne. Elle appartient à une Église qui se sait séparée, contestée, minoritaire, et qui cherche d’abord à préserver son propre héritage. Mais c’est précisément pour cela qu’elle est précieuse. Elle ne parle pas depuis une neutralité artificielle; elle parle depuis l’intérieur d’une tradition. Elle nous montre comment l’Église copte s’est comprise elle-même, comment elle a organisé son service, comment elle a gardé ses usages, comment elle a relié la liturgie, la discipline et la foi. Elle ne cherche pas à plaire à tous; elle cherche à être fidèle. Et c’est cette fidélité qui, aujourd’hui, peut devenir un lieu de dialogue.

L’hommage que je souhaite rendre par cette traduction est donc double. Il s’adresse d’abord à Ibn Kabar lui-même: au savant, au prédicateur, au serviteur de l’Église, à l’homme qui a préféré la fidélité au confort, à celui qui a voulu éclairer le service liturgique pour que la tradition ne soit pas seulement conservée extérieurement, mais comprise intérieurement. Il s’adresse ensuite à l’Église copte tout entière, à cette Église qui a traversé les siècles sans perdre son âme, qui a porté dans sa chair les marques de l’histoire, et qui continue de prier aujourd’hui avec une profondeur qui vient de loin.

Cette traduction veut aussi être un acte de gratitude. Gratitu de envers les générations de prêtres, de diacres, de moines, de scribes, de chantres et de fidèles qui ont transmis ce qu’ils avaient reçu. Gratitu de envers ceux qui ont copié les manuscrits, conservé les livres, récité les offices, expliqué les rites, maintenu les jeûnes, célébré les fêtes, porté les processions, enseigné les enfants, et parfois donné leur sang. Une tradition ne survit pas par les livres seuls. Elle survit parce qu’un peuple prie, répète, apprend, transmet et aime ce qu’il a reçu. Ibn Kabar a écrit une lampe; mais cette lampe n’aurait jamais brûlé sans l’huile silencieuse de tout un peuple croyant.

Pour le lecteur contemporain, cette œuvre demande cependant une attention particulière. Elle ne doit pas être lue comme si le XIVe siècle était le nôtre. Certaines formulations, certaines préoccupations, certains classements, certaines références appartiennent à leur temps. Le travail du traducteur n’est pas d’effacer cette distance, mais de la rendre intelligible. Il ne s’agit ni de moderniser Ibn Kabar au point de le dénaturer, ni de le laisser enfermé dans une obscurité savante. Traduire, ici, signifie servir: servir le texte, servir la tradition, servir le lecteur, et, plus profondément, servir l’Église dans sa mémoire.

Cette mémoire peut aujourd’hui contribuer à un discernement plus large entre les Églises apostoliques. Le chemin vers une compréhension commune ne passera pas par l’oubli des différences, ni par l’effacement des blessures. Il passera par une hiérarchie juste des vérités: reconnaître ce qui appartient au cœur de la foi apostolique, ce qui relève des formulations théologiques propres à une tradition, ce qui vient des circonstances historiques, et ce qui a été durci par la polémique. La tradition copte, précisément parce qu’elle a peu bougé dans ses structures profondes, peut apporter à ce discernement un témoignage essentiel: celui d’une Église qui a conservé une christologie vécue, priée, liturgiquement incorporée, et non seulement discutée dans les écoles.

Ainsi, La lampe dans les Ténèbres n’est pas seulement un livre tourné vers le passé. Elle peut éclairer notre présent. Elle nous rappelle que la fidélité n’est pas l’immobilité, mais la continuité vivante d’une source. Elle nous rappelle que la liturgie n’est pas un décor, mais une théologie en acte. Elle nous rappelle que les divisions chrétiennes ne se guérissent pas par des slogans, mais par un retour patient aux mots, aux gestes, aux textes, aux Pères, aux conciles, et à la prière. Elle nous rappelle enfin que ce qui a été gardé dans les ténèbres de l’histoire peut devenir lumière pour ceux qui cherchent aujourd’hui la vérité dans la charité.

Je propose donc cette traduction comme un hommage, mais aussi comme une invitation. Hommage à Ibn Kabar, témoin lumineux d’une Église éprouvée. Hommage à la tradition copte, dont la stabilité n’est pas pauvreté de mouvement, mais profondeur d’enracinement. Invitation à relire l’histoire des séparations avec plus de justice, plus de précision et plus d’humilité. Invitation à reconnaître que, sous des langages parfois opposés, les Églises apostoliques ont souvent voulu protéger le même mystère: le Christ unique, Verbe incarné, lumière véritable venue dans le monde, que les ténèbres n’ont pas saisie.

Note sur cette traduction

Ce document est une traduction française fidèle de La Lampe des ténèbres pour éclairer le Service, grande encyclopédie de la liturgie copte rédigée au Caire au début du XIVe siècle par le prêtre Abū l-Barakāt ibn Kabar (mort en 1324).

Le texte d’origine est écrit dans une prose savante et rythmée, riche en phrases très longues. La traduction respecte tout le contenu, sans rien en retrancher ni résumer; mais les longues phrases ont été découpées en phrases plus courtes, et le vocabulaire a été rendu en français moderne, afin que la lecture soit claire et accessible.

Les mots entre crochets ont été ajoutés par le traducteur pour rendre le sens complet. Les notes de bas de page signalent les références bibliques et expliquent quelques termes techniques. La traduction de l’ouvrage est livrée chapitre par chapitre: ce premier fascicule contient la préface de l’auteur, qui présente le projet du livre et la liste de ses vingt-quatre chapitres.

Préface de l’auteur

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, un seul Dieu.

Ici commence, avec l’aide de Dieu et la grâce de son assistance, la rédaction du livre intitulé La Lampe des ténèbres pour éclairer le Service liturgique, composé par le révérend Père, le prêtre Shams al-Riʾāsa Abū l-Barakāt, connu sous le nom d’Ibn Kabar — que Dieu donne le repos à son âme.[1] Il a dit:

Louange à Dieu, qui éclaire les intelligences en les guidant, qui dirige les âmes en les conduisant, qui affine les esprits par l’enseignement de son Église et cultive les cœurs par la science de sa Loi. Il a fait des croyants, par son Fils unique, une élite parmi ceux qu’il aime; il les a rendus dignes d’accomplir les fonctions de son service, selon les degrés qu’il leur a attribués et les dons qu’il a répandus sur eux; il leur a accordé la diversité des rangs et a comblé chacun d’eux, par l’unique Esprit de sainteté, d’une part des différents dons. Nous le louons pour les grâces qui nous ont élevés aux degrés du sacerdoce, qui nous ont rendus dignes des délices du Royaume et nous ont accordé la vie éternelle auprès du Vivant qui ne meurt pas — une louange par laquelle nous nous unissons aux anges spirituels, aux légions de lumière et aux puissances qui chantent ses louanges, maintenant, en tout temps et dans les siècles des siècles. Amen.

Nous lui demandons de nous aider à mener à bien les efforts qui lui plaisent, et à remplir les devoirs du service qui méritent et appellent son pardon; afin que nous ayons la grâce de nous présenter devant lui sans que notre service comporte à ses yeux le moindre défaut; que nous ne soyons pas trouvés parmi ceux qui s’écartent du droit chemin, ni parmi ceux qui se laissent emporter par les rênes de leurs passions, mais [parmi ceux] qui agissent avec amour et piété, comptant sur sa miséricorde et sa tendresse, sur sa providence, sa sollicitude et sa direction. Car sans lui nous ne pouvons accomplir aucune œuvre ni obtenir aucun des biens espérés; c’est en l’invoquant que les bonnes œuvres s’accomplissent et que les grâces et les bénédictions se multiplient.

Cela dit: les saints Pères, les apôtres, les disciples revêtus [de force][2], qui furent les témoins directs du Seigneur et les serviteurs du Verbe, établirent des principes fondamentaux dans les règles de l’Église chrétienne et l’enseignement de l’Église universelle et apostolique. Ils le firent par la grâce qu’ils avaient reçue de la plénitude du Fils incarné et du Saint-Esprit, qui remplit chacun d’eux et le sanctifie. Ces principes furent un bon fondement pour qui voulut bâtir dessus, et un beau modèle pour qui voulut les suivre.

Ils confièrent à leurs disciples et à leurs successeurs le soin de développer ce qui découlait de ces principes, d’en détailler toute l’ordonnance et d’examiner ce qu’ils avaient mis en place. Ceux qui vinrent après eux poursuivirent leur œuvre: ils parcoururent les pays et gagnèrent les âmes, accomplirent des signes et manifestèrent des miracles; ils conduisirent [à la foi] des peuples de contrées lointaines, aux religions et aux croyances diverses; ils domptèrent les nations rétives, promptes à l’hostilité et obstinées dans les voies de l’incroyance; ils amenèrent les peuples à se soumettre [à la foi] et à accueillir la grâce de la foi. Ainsi leur prédication couvrit l’horizon et leur annonce s’étendit à toutes les régions, selon la parole du bienheureux prophète David: « Leur voix s’est répandue par toute la terre, et leurs paroles jusqu’aux extrémités du monde. » [3]

L’effort de ces nobles entreprises ne les empêcha pas de répandre la bonne nouvelle de l’Évangile et de parcourir le monde pour le salut de l’humanité, en examinant le détail de toutes les règles et de toutes les fonctions des prêtres et des serviteurs, génération après génération et siècle après siècle. Ils n’inventèrent rien de nouveau, mais suivirent la tradition et bâtirent sur le fondement des apôtres. C’est ainsi que, avec l’aide du Seigneur, l’organisation de l’Église fut mise en place, que les dispositions de la Loi furent mises en ordre, que les fonctions du service furent achevées, et que tout fut accompli par l’appui de l’Esprit et de la grâce. Tout l’ordre et toute la sagesse furent ainsi menés à leur perfection: on régla les rites liturgiques et leurs formes, leurs genres et leurs espèces, et la place fixe de chacun — dans les jours et les jeûnes, les dimanches et les fêtes, les prières et les liturgies, les veillées et les commémoraisons, les réjouissances et les deuils, les temps et les saisons.

Cet usage s’établit dans l’Église copte du pays d’Égypte selon une voie sûre et une règle heureuse, fixée de telle manière que celui qui voudrait y ajouter quelque chose ne le pourrait pas. Et nous, nous avons trouvé ces excellentes choses déjà rendues faciles, déjà préparées et achevées, comme l’a dit notre Seigneur — à lui la gloire —: « D’autres ont travaillé, et vous, vous êtes entrés dans leur travail. » [4]

Mais nous nous sommes laissé détourner de l’acquisition de ces richesses; nous avons négligé ces trésors, absorbés par les métiers et les soucis de la subsistance. De là est venu le délaissement de l’étude des devoirs et des règles de la religion: tout notre temps a été pris par la recherche du pain quotidien, sans qu’on se consacrât aux sciences de l’Église ni à la maîtrise de ses fonctions essentielles. Nous avons donc eu soif, privés de la douceur de ces sources, et nous avons été empêchés de bien comprendre ces matières.

Au point que la plupart de ceux qui portent le titre de diacre et qui sont chargés des fonctions de leur service se trompent parfois, à cause des rites et des mélodies: l’erreur entraîne alors une distraction qui ruine la concorde spirituelle, et une agitation qui fait naître la rivalité et la recherche des avantages personnels. On aboutit ainsi à la perte au lieu du profit, et à l’hostilité au lieu de la réconciliation — alors que ce n’est pas là ce que nous ordonne le Seigneur de gloire: il nous ordonne le contraire. Souvent cette divergence vient surtout du manque de connaissance; parfois aussi d’un penchant qui trouble la charité et éloigne de l’union fraternelle.

Or le devoir de quiconque porte le titre de diacre et est chargé du service de l’Église est d’avoir l’intelligence des fonctions de l’Église, la science des buts de la Loi, l’expérience des usages et la connaissance des règles. Car le diaconat a, dans chaque service du sacerdoce, une part attestée par les livres des consécrations, des baptêmes et autres. Pourtant, une partie de ces services est sortie des mains des diacres, faute pour eux d’en avoir la connaissance: les évêques et les prêtres se les sont attribués, et les diacres ne les reçoivent plus.

Lorsque mon humble personne — incapable de [maîtriser] ces matières et trop faible pour atteindre la vérité exacte — vit que la maîtrise de ces fonctions et de ces savoirs dépend de l’étude des livres qui les exposent, des ouvrages qui y conduisent et des recueils qui les contiennent, et que ces livres sont parfois difficiles à obtenir ou pénibles à rassembler pour celui qui les cherche, l’idée me vint de réunir un guide qui soit utile au débutant, qui rende service à l’Église et qui oriente celui qui commence dans le service. Un guide qui rassemble l’ensemble des livres consacrés au service de l’Église, issus des maîtres de la Loi; un guide qui soit comme une échelle pour s’élever vers cette tâche, et comme la porte par laquelle celui qui chemine accède à ces voies — un ouvrage qui ne nuit à personne, et dont profitent aussi ses semblables.

J’ai donc demandé à Dieu de me guider, j’ai mis en lui ma confiance, et j’ai réuni le présent recueil. J’y ai indiqué ses chapitres et ses sections, ses ramifications et ses fondements. J’y ai inséré un bref exposé des principes de la foi, des attributs de la Trinité et de l’Union [des deux natures dans le Christ]; j’y ai exposé ce sur quoi les confessions chrétiennes s’accordent, et ce qui a fait naître entre elles la division et le désaccord — le tout en peu de mots, faciles à comprendre.

Car c’est là ce qu’il faut comprendre en premier, et ce qu’il convient le mieux d’apprendre, afin que s’établisse dans l’esprit la vérité de la religion et le contenu de la foi, et que l’on connaisse les erreurs nouvelles pour s’en garder, et les sectes condamnables pour s’en écarter. Il ne convient pas, en effet, que ceux qui portent les rangs du sacerdoce ignorent ces notions difficiles, ni qu’ils restent sans information sur les opinions — celles qui s’accordent avec la foi comme celles qui la contredisent. J’y ai encore ajouté des sections qui ne sont pas dénuées d’utilité, et qui font grandir la connaissance de la religion.

Je l’ai intitulé:

La Lampe dans les ténèbres pour éclairer le Service

Je l’ai divisé en deux volumes, comprenant les vingt-quatre chapitres suivants:

Les vingt-quatre chapitres de l’ouvrage

Chap.

Contenu du chapitre

Sur la foi et ses fondements, avec l’énoncé de l’ensemble de ses sections.

Exposé de la foi orthodoxe et son explication.

Le récit de l’Incarnation du Seigneur et la détermination de son année.

Le récit des apôtres et un aperçu de leur vie.

Index des canons reçus et des conciles transmis.

Les livres de l’Église qu’il est prescrit de recevoir.

Les hommes éminents du christianisme et leurs écrits.

La construction de l’église, sa consécration et la consécration des autels.

La préparation du saint chrême (l’huile sainte appelée myron), sa composition et sa consécration.

L’ordre de la présentation du patriarche, de son élection et de sa consécration.

La présentation des évêques, leur consécration et leur intronisation.

La présentation des prêtres, leur consécration et les exhortations qu’on leur adresse.

La consécration des diacres, des sous-diacres et de ceux qui viennent après eux.

La vie monastique, la consécration des moines et les exhortations qu’on leur adresse.

Le baptême, la consécration des fonts baptismaux et son déroulement.

L’ordre des prières du jour et de la nuit.

L’ordre des liturgies eucharistiques (la célébration des saints mystères).

L’ordre du jeûne de la sainte Quarantaine (le Carême) et de la semaine de la Pâque (la Semaine sainte).

L’ordre des jours de la Pentecôte et des fêtes du Seigneur.

L’ordre des fiançailles, du couronnement et du lien du mariage.

Les funérailles, on y trouve aussi la prière de l’huile des malades.

L’indication des lectures (péricopes) faites aux jours de l’année et aux fêtes.

La connaissance du calcul de la Pâques (donnée du calendrier servant à fixer la date de Pâques) et de ses cycles.

Diverses sections, un parcours de la chronologie du monde, et un abrégé de l’histoire des patriarches du siège de saint Marc.

Je ne suis pourtant pas de ceux qui connaissent bien cette fonction, ni de ceux qui en remplissent les nobles devoirs. Mais j’ai réuni cela à partir des livres reçus, des usages transmis, de la coutume en vigueur de notre temps et de la pratique suivie dans notre pays [l’Égypte], dans la mesure de mes capacités et de ma réflexion, avec l’aide du Père des lumières, qui éclaire les intelligences et les regards.

Je supplie quiconque examinera cet ouvrage d’en combler les lacunes, d’en corriger les fautes, et de réparer ce où se seraient glissés l’inadvertance et l’insuffisance, ou ce qui aurait été placé avant ou après ce qui convenait. Car de telles fautes n’épargnent même pas l’homme habile et compétent, le savant qui met en pratique son savoir, celui qui possède pleinement son sujet; à plus forte raison n’épargnent-elles pas celui qui est dépourvu de science et d’action, rempli d’erreurs et de fautes, qui gaspille son temps de la pire manière et néglige tout à fait le soin de son âme. Si donc quelqu’un veut bien améliorer cet ouvrage et y apporter plus de clarté, le Seigneur — qu’il soit béni — le récompensera par les grâces sublimes et les biens éternels, et l’élèvera par la sagesse spirituelle.

Et pourquoi est-ce que j’insiste tant dans cette demande, et que j’encourage à consolider ce fondement? Parce qu’il est à craindre que celui qui possède une connaissance utile la refuse à ses semblables et ne soit pas généreux envers ceux de son espèce. Il serait alors blâmable d’avoir gardé pour lui seul son savoir, et coupable de désobéir à l’ordre de notre Seigneur, qui a dit à ses apôtres: « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. » [5] Il serait comparable à celui qui, par paresse, enfouit son talent dans la terre,[6] et il lui ressemblerait dans sa conduite.

Communiquer la science vaut récompense de Dieu et reconnaissance des hommes; la transmettre multiplie le bien pour celui qui l’acquiert et désire s’en instruire; la divulguer à ceux qui en sont dignes ôte le vêtement de la confusion. La science, à la différence des richesses, ne s’épuise pas quand on la dépense, et l’on n’a pas à craindre pour elle l’appauvrissement. Elle est le fondement de l’action et la sauvegarde contre l’erreur. Elle est comme une source: son examen en fait jaillir les ruisseaux, son usage en rend les eaux douces, son exploration en multiplie les bienfaits pour ceux qui en ont besoin, et ses chemins deviennent faciles pour ceux qui les empruntent.

Que Dieu nous inspire ce qui nous rapproche de ce qui lui plaît, et qu’il nous aide à mettre en pratique le bon savoir que nous acquérons et que nous gardons — par l’intercession de Celle qui est toute intercession, source de pureté, de générosité et de bénédictions, la Mère de Dieu le Verbe; et par l’intercession des saints apôtres, qui ont posé le fondement de ce service, et de tous ceux qui ont plu à Dieu par la foi, la sainteté et la sagesse. Amen.

— Fin de la préface —

Chapitre 1

Sur la foi et ses fondements, avec l’énoncé de l’ensemble de ses sections

Introduction

Il n’est pas douteux que la religion chrétienne et la foi orthodoxe n’ont été reçues par ceux qui ont embrassé le christianisme qu’en raison des signes manifestes, des miracles éclatants et des prodiges extraordinaires qui dépassent le cours ordinaire des choses — prodiges qui s’imposèrent aux rois, aux grands, aux philosophes et aux sages. Ce sont les prodiges que le Seigneur Jésus-Christ — à lui la gloire et la louange — accomplit par les mains de ses purs apôtres et de ses justes disciples, qu’il fortifia par son Esprit Saint et auxquels il donna le pouvoir qui était le sien, pour qu’ils annoncent sa prédication, témoignent de son incarnation, de sa mort et de sa résurrection, et proclament son baptême. Ainsi conduisirent-ils les nations par les prodiges et par la piété, et les détournèrent-ils des voies de la passion. Cela ne se fit pas par une philosophie humaine ni par des raisonnements de sages, mais par ce qui fut tiré de la Bonne Nouv elle — comme l’a dit saint Paul, le héraut du Verbe et de la Sagesse de Dieu: les hommes n’ont pas connu Dieu par leur seule sagesse.

[7] La foi suffit à celui qui s’attache à ses moyens et y entre par ses portes: le baptême; la confession que l’essence de Dieu est une; que ses hypostases[8] sont trois — c’est la Trinité; que son Fils Jésus-Christ est Fils de toute éternité; que son Esprit Saint procède [du Père], qu’il est Seigneur et égal à Dieu dans la substance; et la ferme conviction que le baptême a été institué pour la nature humaine, et qu’il y a une vie éternelle dans les siècles à venir.

Note marginale — Saint Basile dit dans sa liturgie: « la foi des mystères », c’est-à-dire une foi sans examen scrutateur. Il veut montrer que l’examen [de la raison] est une occupation inquiète de l’esprit, et que les vérités de la sainte Incarnation et de l’Union ineffable ne se laissent saisir que par des images; et que la foi, lorsqu’elle s’accompagne de ses conditions et qu’elle est rendue parfaite par ses règles, devient une cause de pureté pour les intelligences et les âmes: par elle se saisit tout sens que les sens du corps sont incapables d’atteindre.

L’apôtre Paul a consacré à la foi un développement et l’a clairement expliquée — nous le rapportons ici — dans son épître aux Hébreux: « La foi est la certitude des biens qu’on espère, comme s’ils s’étaient déjà réalisés. » [9] Il a montré que la foi a été accordée aux croyants et leur servira de passage au jour du Jugement; qu’il n’est pas venu avec la pompe du discours, et qu’il avait résolu de ne rien connaître sinon Jésus, et lui crucifié.[10]

Cependant, lorsque des savants venus des [diverses] nations et des sages instruits entrèrent dans cette prédication, ils ne se contentèrent pas de recevoir la foi par simple tradition: ils se tournèrent vers la recherche réfléchie, afin de confirmer et d’affermir la foi, de dévoiler ce que les fondements de cette noble religion gardent caché à certaines intelligences, de faire correspondre la démonstration rationnelle au sens du texte révélé, de répondre aux doutes que soulèvent l’ignorant et l’homme obstiné, et d’établir la vérité de la doctrine chrétienne, exempte de toute corruption. Ils se mirent donc à examiner les principes, à établir la justesse des croyances, à appuyer ce qui est révélé par ce qui est démontré, à ramener les conséquences à leurs principes et à tirer des principes leurs conséquences — afin que le savant qui adhère à cette doctrine voie sa foi droite confortée par la démonstration claire qui lui est devenue manifeste.

J’ai voulu rapporter un échantillon de leurs paroles et en retenir l’essentiel, pour en faire l’ouverture de ce chapitre et l’introduction de ce livre. Celui qui les étudiera devra s’y appliquer avec effort, y entrer par leurs portes, et s’exercer par la discussion et l’échange avec les hommes instruits. On a dit en effet que le discours sur la science divine — surtout dans ses points les plus subtils — est difficile, et plus encore pour qui ne s’est pas formé aux disciplines dont dépend sa compréhension, comme les livres religieux et philosophiques. La science divine consiste à faire naître les plus nobles vérités dans l’esprit humain; et les plus nobles vérités ne se forment que dans les esprits les plus nobles, car la communication d’une vérité se réalise par la ressemblance et se trouve empêchée par la disparité. L’homme ne purifie donc pas son intelligence tant qu’il reste mêlé aux plaisirs du corps et absorbé par les affaires matérielles: il lui sera alors d’autant plus difficile d’atteindre ce qu’il cherche de cette noble science. Demandons à Dieu de nous guider vers la science et l’action, et de nous aider à atteindre ce but.

A. — L’essence divine et le sens des attributs

L’essence de Dieu — qu’il soit exalté — est une substance unique, décrite par trois hypostases: celles que les chrétiens désignent par le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Père est la substance avec l’attribut de la paternité; le Fils est la substance avec l’attribut de la filiation; le Saint-Esprit est la substance unique avec l’attribut de la procession. Le sujet — j’entends l’essence — est donc un; et ce qui est attribué à ce sujet, c’est-à-dire les attributs désignés par les hypostases, est triple. La substance subsiste par elle-même, et les hypostases subsistent par la substance.

B. — Le sens du mot « substance »

Le mot « substance » se dit, au sens propre, de ce qui n’est pas présent dans un sujet autre que soi: c’est en ce sens qu’il désigne le nom de Dieu — qu’il soit exalté. Au sens général, il se dit de toute essence. La substance est ce qui, pour exister, n’a pas besoin de l’existence d’une autre chose dans laquelle elle se trouverait — comme le corps, qui n’a besoin d’aucune autre chose pour exister, alors que les états du corps, qui sont les accidents, ont besoin de lui. Ce qu’on entend donc par le mot « substance », c’est ce qui subsiste par soi-même, et non par autre chose.

L’accident, lui, est ce qui subsiste par autre chose et a besoin, pour exister, de ce en quoi il se trouve — comme le blanc et le noir, qui n’existent que dans un corps. On appelle parfois l’accident, au sens large, « substance », par métaphore, parce que les accidents sont des réalités intelligibles, mais non au sens propre. Car la substance véritable est ce qui se dit de toute réalité qui, pour exister, n’a pas besoin d’une autre chose en laquelle elle serait. Et l’accident se dit aussi de ce qui existe dans une chose sans en être une partie, et dont la subsistance ne peut être séparée de ce en quoi il se trouve.

C. — Le sens du mot « hypostase »

(les attributs sont distincts de l’essence, tout en lui étant liés)

L’hypostase est l’ensemble formé par la substance unique avec un attribut déterminé. C’est un nom commun, car il désigne tantôt le Père, tantôt le Fils, tantôt le Saint-Esprit. Les Syriaques l’appliquent aussi à toute chose individuelle, une par le nombre, et nous sommes d’accord avec eux sur ce point. Le mot « hypostase » s’applique en propre aux attributs essentiels de Dieu. Or les attributs de l’essence divine, selon ce qu’exige la doctrine chrétienne, sont de quatre sortes: négatifs, relatifs, composés des deux, et positifs.

Les attributs négatifs sont du type: « il n’est pas un corps, ni un nombre ». Les attributs relatifs: « il est le principe de ses créatures ». Les attributs composés des deux: ainsi quand nous disons « il est le Premier » — car « Premier » signifie qu’il n’y a rien avant lui, ce qui est négatif, et qu’il est avant tout le reste, ce qui est relatif. Les attributs positifs: ainsi quand nous disons « il est puissant, il veut » — c’est-à-dire que la puissance et la volonté résident dans son essence et se rapportent à ce qui est connu: en tant qu’elles résident dans son essence, elles sont positives; en tant qu’elles se rapportent à autre chose, elles sont relatives.

L’essence de Dieu est donc une, et ses attributs renvoient à ses états; chacun de ces attributs est distinct des autres, et ses attributs sont distincts de son essence. Les trois hypostases sont les attributs prescrits que le Législateur nous a ordonné de croire, lorsqu’il a dit à ses apôtres affermis par l’Esprit: « Enseignez les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » [11]

D. — Pourquoi les hypostases divines sont au nombre de trois

Que les hypostases soient trois — ni plus, ni moins — s’établit de trois manières.

Première voie: les Écritures dont la véracité est certaine. Car, pour ce dont la raison humaine ne peut atteindre le « comment » ni faire le tour, on s’appuie sur la parole de celui dont la véracité est établie. Ainsi cette parole du prophète David: « Par la parole de Dieu les cieux ont été affermis, et par son Esprit toute leur armée. » [12] Par « Dieu », il désigne le Père; par « sa parole », le Fils; par « son Esprit », le Saint-Esprit. Ainsi encore cette parole de notre Seigneur le Christ dans le saint Évangile: « Enseignez les nations et baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Et ce que dit Paul dans ses épîtres: « Dieu m’en est témoin, lui que je sers, par l’assistance de l’Esprit, dans l’annonce de son Fils. » [13]

Deuxième voie: les paroles des sages. Ils ont montré que Dieu — qu’il soit exalté — se décrit comme intelligence, intelligent et intelligible, et qu’il n’est possible ni de retrancher l’un de ces trois attributs ni d’y ajouter, comme nous l’expliquerons.

Troisième voie: les paroles des théologiens. Ils ont montré que Dieu — qu’il soit exalté — se décrit comme vivant, puissant et savant; que retrancher l’un de ces trois attributs serait une atteinte à sa majesté; et que tout autre attribut dérive de ceux-là et n’a donc pas à être posé séparément.

Grégoire le Théologi en — Toutes les choses créées se conçoivent de trois façons. Ou bien comme une chose une, tel le soleil. Ou bien comme une réalité dont les exemplaires se ressemblent, telles la matière et l’espèce. Ou bien comme des hypostases multiples et innombrables, tels les astres et les hommes. Si l’on disait que Dieu est une seule hypostase, on dirait que le soleil lui est semblable; si l’on disait qu’il est deux hypostases, on dirait que la matière et l’espèce lui sont semblables. Mais le mystère de la Trinité n’a aucun semblable.

[14]

E. — Le sens de l’intelligence, de l’intelligent et de l’intelligible

L’intelligence a trois états. En elle-même, on l’appelle « intelligence ». En tant qu’elle perçoit, on l’appelle « intelligente »: c’est le sujet qui comprend. En tant qu’elle est parfaitement saisie par sa propre activité de penser, on l’appelle « intelligible »: c’est l’objet compris. Par le premier état, les chrétiens l’appellent « Père »; par le deuxième, ils l’appellent « Fils », parce que l’intelligent procède de l’intelligence; par le troisième, en tant qu’elle est intelligible, ils l’appellent « Esprit ». Et parce que ces propriétés sont la perfection même, le monde a pu venir d’elle à l’existence: elle est ainsi devenue un Esprit qui répand ses dons. Notre Seigneur — à lui la gloire — a d’ailleurs dit: « Dieu est esprit. » [15]

Il est clair que le sens du mot « intelligence » n’inclut pas le sens d’ « intelligent », ni le sens d’ « intelligible »; et que le sens de chacun de ces trois mots — intelligence, intelligent, intelligible — diffère du sens des autres. Or, puisque Dieu se comprend lui-même et qu’il est intelligible à lui-même, il possède trois attributs, chacun distinct des autres. En tant qu’il est une essence pure, sans qu’on lui ajoute rien d’autre, il est cause des deux autres réalités par lesquelles l’essence est décrite: car si l’on supposait qu’il disparaisse, disparaîtraient aussi les deux réalités qui existent par son existence. Sur ce modèle, il ne peut exister d’autre correspondance que ces trois-là: il n’y a pas de quatrième, et il ne peut y en avoir moins de trois.

Ainsi est établie la correspondance de l’intelligence, de l’intelligent et de l’intelligible avec le Père, le Fils et le Saint-Esprit: le Père, qui est l’intelligence, est cause du Fils; le Fils est l’intelligent; et le Saint-Esprit est l’intelligible qui procède du Père. L’essence divine du Père, qui est une, se décrit donc par ces trois attributs: identiques par la substance, distincts par les hypostases. On appelle aussi parfois les hypostases « propriétés » ou « personnes »; et celui qui les appelle « personnes » veut désigner les réalités qui, en chaque hypostase, se sont individualisées.

F. — Les divers sens du mot « un »

Le mot « un » est un terme commun, doté de nombreux sens. On dit en effet: « un » selon le genre; « un » selon l’espèce; « un » selon la différence; « un » selon la définition; « un » selon le rapport; et « un » au sens simple, c’est-à-dire indivisible. Le mot « un » renvoie à l’un de ces modes de division.

« Un » selon le genre: ainsi « l’animal », qui est une réalité une bien qu’il se divise en de nombreuses espèces — l’homme, le cheval, l’âne, et le reste.

« Un » selon le rapport: c’est l’unité d’un rapport existant entre deux choses. Tantôt ce rapport est numérique, comme le rapport du double; tantôt il existe entre deux choses selon un autre sens, comme le rapport de la source aux fleuves qu’elle alimente, ou le rapport du souffle [vital] qui est dans le cœur au souffle qui est dans les artères.

« Un » selon le nombre: ce sens se divise en trois. Le premier est l’ « un » qui n’a pas de partie: ce qui ne se divise pas comme se divisent les quantités, telles l’unité [du nombre], le point, et le commencement du mouvement, c’est-à-dire l’instant, qui est la limite du temps. Le deuxième est l’ « un » continu: le corps un, la ligne une, la surface une, le lieu un, le temps un — en somme, toute grandeur continue qui possède une limite, ou plusieurs. Le troisième est l’ « un » selon la définition: ce qui, dans ces cas, est désigné par une seule définition.

On emploie encore le mot « un » d’une autre façon: « un » selon le sujet. On peut dire que « l’homme » et « le rieur » sont une seule et même chose, en ce sens que le sujet décrit comme « homme » et le sujet décrit comme « rieur » sont un — bien que ces deux mots aient des sens différents, et que la définition de l’un soit distincte de celle de l’autre. De même pour l’ « un » selon la définition, même si les sujets auxquels elle s’applique sont multiples: ce sont les sujets dont on peut dire avec vérité qu’ils répondent à cette définition — comme la définition de l’homme, qui est une, alors que les sujets qui y répondent sont nombreux.

L’ « un » se divise encore d’une autre manière: en « un simple », qui ne se résout pas en plusieurs réalités — comme la matière première — et en « un » dont l’essence est constituée de plusieurs choses. Ce dernier se divise à son tour en deux. Le premier: celui dont les choses qui constituent l’essence étaient d’abord séparées les unes des autres, puis se sont réunies; ce cas reçoit, selon les situations, le nom d’assemblage, de composition, de mélange ou de fusion. Le second: celui dont les choses qui constituent l’essence n’étaient pas séparées puis réunies, mais seulement distinguées les unes des autres par la raison — car, dans l’existence, elles n’ont jamais été autrement qu’elles ne sont.

C’est de cette dernière manière qu’est « un » l’être à qui appartiennent les perfections par lesquelles on décrit Dieu — qu’il soit puissant et glorieux. On le décrit comme substance, en ce sens qu’il n’est pas dans un sujet autre que soi comme une partie de ce sujet, et que sa subsistance ne peut en être séparée. On le décrit comme généreux, comme sage et comme puissant. Et ces réalités n’ont jamais été, à aucun moment, séparées les unes des autres puis réunies. Lorsque nous disons que Dieu est « un », c’est au sens où il est un par le nombre; et, parmi les sens selon lesquels l’ « un » est dit « un » par le nombre, il y a celui-ci: que la description qu’on en donne est une, et qu’il est un quant au sujet — même si l’on peut affirmer de lui, avec vérité, des attributs de sens différents.

G. — Que Dieu doit être décrit par l’unité et par la Trinité, comme le font les chrétiens

La description par l’unité. Il est établi par la raison, et démontré par la recherche, que le monde n’a pas deux créateurs, ni trois, ni davantage, et qu’il est exclu qu’il y ait en lui deux états contraires. Il est donc prouvé que son Créateur est unique. Mais son unité n’est pas une unité de nombre: car l’ « un » — considéré en tant qu’il est un — ne s’ajoute pas à autre chose; il n’est donc pas un nombre, puisque le nombre, par définition, est une quantité composée d’unités.

La description par la Trinité. Ce qui en a déjà été dit suffit; ajoutons-y cette explication. Cette substance unique ne peut être que de deux façons: ou bien elle subsiste par elle-même, ou bien elle existe dans autre chose. Or ce qui existe dans autre chose dépend de ce qui lui est extérieur; et il est exclu que le Créateur de toute chose dépende d’autre chose. Il subsiste donc par lui-même. Et ce qui subsiste par soi-même est nécessairement, ou bien vivant, ou bien non vivant. Le non-vivant est une chose inerte et morte; et il est exclu que le Créateur de la vie, qui donne l’existence à tout vivant, soit lui-même mort et non vivant. Il est donc vivant. De même, le Créateur de ce vivant est nécessairement, ou bien sage, ou bien non sage. Le non-sage est ignorant; et il est impossible que le Créateur de la sagesse, qui donne l’existence à tout sage, soit lui-même ignorant. Il est donc sage.

Il est ainsi montré que le Créateur — qu’il soit béni — subsiste par lui-même, qu’il est vivant et sage; qu’il n’y a pas de vivant sans vie, ni de sage sans sagesse; que son essence n’est pas composée et n’est pas susceptible d’accidents. Il est donc exclu que sa vie et sa sagesse soient deux puissances composées — comme la chaleur dans le feu ou la froideur dans la poix — ou deux accidents, comme le blanc et le noir dans la neige. Or tout être qui n’est ni une puissance composée ni un accident se divise en deux: ou bien un « étant » général, ou bien une hypostase particulière. (Le mot « étant », les Syriaques l’appliquent à tout être qui subsiste par lui-même, qu’il occupe un lieu ou non, qu’il soit susceptible d’accident ou non; car « l’étant » est pour eux ce qui subsiste par soi-même.) Et puisqu’il est établi que Dieu est une substance unique, il est exclu que son essence, sa parole et sa vie soient trois « étants », ou trois puissances composées, ou trois accidents: il est établi qu’elles sont trois hypostases. Et puisque sa sagesse et sa vie sont essentielles — non séparées de son essence ni détachées de son être — il est établi que ses trois attributs sont essentiels.

H. — La définition de l’Union selon les théologiens, et la sorte d’union que professent les chrétiens

L’union se définit ainsi: deux choses, ou plusieurs, se réunissent et deviennent une. Or, pour ceux qui réfléchissent, la réunion de deux choses — ou de plusieurs — ne peut se faire que de six façons. Ou bien par mélange intime, comme l’eau et le vin. Ou bien par mixtion, comme le blé et l’orge. Ou bien par contact, comme deux objets qui se touchent par un point de leur surface. Ou bien par cohabitation, comme l’eau et ce qui se trouve avec elle dans une cruche. Ou bien par voisinage, comme la présence du feu pour ceux qui se chauffent à sa chaleur. Ou bien, enfin, comme l’union du feu et du fer, ou de l’âme et du corps.

Les cinq premières façons sont à exclure de l’union du Christ — à lui la gloire. Son union ne fut pas comme le mélange de l’eau et du vin, où sa divinité se transformerait pour devenir humanité, ou son humanité pour devenir divinité. Elle ne fut pas non plus à la manière de la mixtion du blé et de l’orge. Ni à la manière de l’inhabitation et de la cohabitation, car ce dans quoi une chose habite la contient et l’enveloppe. Ni par contact. Ni par voisinage. Il ne reste donc qu’à la comparer à la sixième façon: une union semblable à celle du feu et du fer — sans que le feu se change en fer ni le fer en feu — et aussi à l’union de l’âme et du corps.

Par cette comparaison, l’union de l’Éternel avec ce qui a été créé dans le temps se laisse concevoir sans transformation — mais par voie de comparaison, que les intelligences peuvent saisir, et non par voie de connaissance exacte, que les esprits ne peuvent posséder. Car le mystère de l’union chrétienne dépasse les intelligences et les éblouit, échappe aux esprits et les domine, réduit les raisons à l’impuissance: un tel mystère n’a jamais eu de précédent, et n’aura jamais de pareil dans le monde. Et si l’union de l’âme de l’homme avec son corps est déjà une chose dont la compréhension nous résiste, que dire de cette union-là, dont la connaissance demeure insaisissable?

I. — Le sens de l’Union telle que la professe la foi

C’est que le Fils éternel, le Verbe de Dieu, s’est uni à un homme complet, et que de ces deux est apparu un seul Christ, un seul Fils, une seule hypostase composée de deux hypostases, une seule réalité composée de deux réalités. La première est la réalité du Fils éternel, engendré du Père avant tous les siècles. La seconde est la réalité de l’homme appartenant au temps, ayant un corps reçu de la Vierge Marie sans semence humaine, et né d’elle d’une naissance temporelle. Il est donc un seul Fils, un seul Christ, une seule nature, une seule volonté — après l’union qui s’est réalisée dès l’instant où, à l’Annonciation, il a commencé d’être un embryon dans le sein de sa mère, sans aucune séparation: pendant la conception, la naissance, la croissance, la crucifixion, la mort, la résurrection et l’ascension au ciel. C’est une union qui dépasse la capacité de l’esprit humain d’en saisir le « comment » et d’en faire le tour.

J. — Le sens de l’Incarnation

Quand nous disons que le Fils « s’est fait homme », cela signifie qu’il s’est uni à un homme complet, dont l’existence — dès le commencement même de cette existence — fut un être [conçu] dans le sein de Marie au moment de l’Annonciation. Et si j’ai parlé de la conception comme du moment d’une union continue, qui ne cessa jamais, c’est qu’elle dura aussi bien tant que l’âme du Christ et sa divinité étaient jointes à son corps, que lorsque son âme se sépara du corps, à la mort. Car sa divinité demeura unie à son âme quand celle-ci se sépara du corps, et unie aussi à son corps tandis qu’il était dans le tombeau. C’est pourquoi il n’a pas connu la corruption, comme l’a dit le prophète David.[16]

Quand nous disons que Dieu le Verbe s’est fait homme, nous nous appuyons sur la parole de l’Évangile, dont la véracité est certaine: « Le Verbe s’est fait chair et a habité parmi nous. » [17] Mais par « le Verbe s’est fait chair », on n’entend ni transformation ni changement de sa divinité. Car la transformation n’affecte que les qualités: un corps devient chaud après avoir été froid, humide après avoir été sec, noir après avoir été blanc. Or la substance divine est au-dessus de la transformation des qualités, du mélange des composés et de la corruption des choses de la nature. On dit bien d’un homme qu’il « est devenu » écrivain, ou médecin, ou converti, ou débutant, sans que cela entraîne une transformation de son essence, ni un trouble de celle-ci.

Nous rapportons le Seigneur Christ — à lui la gloire — à la divinité plutôt qu’à l’humanité, même si on peut le décrire avec vérité par l’humanité; car l’humanité est l’une de ses deux parties, et il s’est lui-même décrit par elle. Mais notre devoir, à nous croyants, est de le qualifier par la plus parfaite de ses deux parties et par sa réalité la plus noble: la divinité.

Nous disons donc qu’il est le Créateur et celui qui pourvoit à toute chose, et qu’il est aussi celui qui est né de la Vierge, le crucifié, celui qui est mort: mais les premières propriétés lui reviennent par sa divinité, et les secondes par son humanité. On dit d’un homme qu’il pense et qu’il est grand: or il pense par son âme et non par son corps, et il est grand par son corps et non par son âme. De même, quand nous disons « Dieu a été crucifié », cela ne vaut proprement que du corps. Car lorsqu’une chose composée subit quelque chose en l’une de ses parties, on la décrit tout entière par ce qu’a subi cette partie. Ainsi nous disons: « l’homme est blessé » — or ce n’est pas l’homme tout entier qui est blessé, mais le membre que la blessure a atteint; et c’est parce que l’homme est composé d’une âme et du membre blessé qu’on peut décrire l’homme entier par l’atteinte subie par la partie blessée, sans que cela implique que l’âme soit elle-même atteinte, ni que la blessure l’ait touchée.

Notre façon de le décrire par la crucifixion est donc juste, et juste aussi notre façon de dire qu’il est Dieu, comme nous l’avons établi. Ajoutons-y une autre comparaison. Nous disons: « l’homme est raisonnable » — et ce nom lui est tiré de la propriété de la raison. Or, puisqu’il est permis de tirer de la raison un nom dont on décrit l’homme, il nous est de même permis de tirer pour le Seigneur Christ un nom de la divinité, qui est l’une de ses deux parties. De même pour le nom « le Fils »: puisque le Fils est l’une des deux substances dont le Christ est constitué, ce nom peut lui être appliqué. — « Le Fils » et « le Verbe », dans notre religion, sont deux mots synonymes désignant une seule et même réalité. — Aussi, quand nous disons que Dieu est né, a mangé, a bu, a été crucifié, est mort et a été enseveli, ce n’est là que décrire le tout par ce qui se dit de la partie. Ce qui est interdit, c’est seulement de décrire l’une des deux parties par ce que nous attribuons à l’autre. Ainsi se montre clairement que nous sommes exempts de l’idée selon laquelle les souffrances auraient atteint l’essence même du Fils éternel — qu’il soit exalté au-dessus de cela!

K. — L’Union est l’œuvre des trois hypostases, mais seule hypostase du Verbe s’est fait Homme

L’union est en effet de l’ordre des choses qui sont opérées et qui sont reçues. Celui qui opère l’union, c’est la substance — la substance des trois hypostases, dont nous avons dit que chacune procède d’elle avec une réalité qui lui est propre. En tant que l’union est une chose opérée, les trois hypostases concourent ensemble à son opération; mais en tant qu’elle est une chose reçue, elle appartient au seul Fils, à l’exclusion du Père et de l’Esprit — car ce qui est reçu l’est selon l’hypostase propre.

Voilà une approche qui permet d’entrevoir une trace par laquelle l’esprit du lecteur peut s’élever, bien que le « comment » en demeure insaisissable. Le rapport, quant au raisonnement, entre le Père et l’Esprit d’un côté et le Fils de l’autre — l’union étant impossible dans leur hypostase, mais non impossible dans celle du Fils — est semblable au rapport entre l’intelligence pure et l’intelligible pur d’un côté, et l’intelligent pur de l’autre.[18] Car il n’est pas possible que l’homme soit une intelligence pure, ni un intelligible pur; mais il peut être un intelligent pur — en ce qu’il pense Dieu, qu’il soit puissant et glorieux. C’est pourquoi il a été possible que le Fils, dont le rang correspond à celui de l’intelligent pur, s’unît à l’homme; mais il n’a pas été possible que s’unît à lui le Père, dont le rang correspond à celui de l’intelligence pure, ni l’Esprit, dont le rang correspond à celui de l’intelligible pur — j’entends une union selon l’hypostase. Et bien que les trois soient unis par la substance, chacune des trois hypostases, en tant que cette substance existe en elle, est ce qui opère l’union; mais ce qui reçoit l’union, c’est l’hypostase du Verbe en tant que telle.

On illustre cela, pour qui a la vue et le discernement faibles, par le soleil — qui est astre, rayon et chaleur: lorsqu’il brille sur la terre, seule sa chaleur atteint les corps, sans que son astre s’en sépare. Et par le feu, qui est un, et qui a une forme effilée, une lumière et une braise: lorsqu’on chauffe de l’eau sur lui, seule la braise l’atteint — et pourtant c’est bien l’œuvre de la substance entière du soleil et du feu.

Deux brèves anecdotes

Première anecdote. Un mu‘tazilite demanda au Père Abū Rāʾiṭa al-Takrītī (Ḥabīb ibn Khidma), de l’Église syriaque orthodoxe, évêque de Takrīt, de lui expliquer la religion chrétienne en tant que la raison peut l’admettre. Il lui répondit:[19] [20] [21]

« La religion chrétienne est nécessairement, ou bien vraie, ou bien fausse; et ceux qui l’ont reçue sont nécessairement, ou bien des gens de raison, ou bien des ignorants. Or les gens de raison n’acceptent ce qui ne se justifie pas par le raisonnement que sous la contrainte; et les ignorants ne renoncent à se plonger dans les pratiques d’une religion que sous la contrainte. La contrainte est de deux sortes: la contrainte par la force et la contrainte par l’épée. Or nous n’avons jamais vu un seul homme de raison contraint par l’épée à embrasser la religion chrétienne au point d’accepter ce qui ne se justifie pas par le raisonnement, ni des ignorants contraints par l’épée à en abandonner les pratiques. Les gens de raison et les ignorants sont entrés dans la religion chrétienne — tous — en étant contraints: non par l’épée, mais par les signes sublimes. Et c’est là la plus forte preuve de la vérité: la vraie religion est celle qu’on reçoit par les signes de Dieu. À Dieu appartient l’assistance. »

Secon de anecdote. On rapporte qu’un homme de Rome vint au pays d’Irak, cherchant à rencontrer les hommes de science. L’un de ceux qui ne partageaient pas sa foi l’interrogea sur ce qu’est le christianisme. Il lui répondit:

C’est une adhésion sans examen, qui surpasse l’adhésion fondée sur l’examen.

Et qu’est-ce encore?

Une foi en ce qui échappe à la connaissance, comme la foi en ce que les voies de la connaissance ont pu cerner.

Et qu’est-ce encore?

Une adhésion à laquelle invite l’évidence des signes divins, accomplis par les mains de ceux qui les ont apportés.

Et qu’est-ce encore?

Une chose qui a dépassé la capacité humaine, et à laquelle l’homme s’est soumis pour y entrer par désir, et non par crainte.

Et qu’est-ce encore?

Une vérité connue avec certitude, sans examen; une vérité dont la connaissance fut appelée par ce qui a réduit à l’impuissance l’examen des sages et des philosophes — alors même que ceux qui y appelaient avaient, eux, sagesse et philosophie.

Cette réponse rejoint la parole de l’Apôtre: « Ce qui, dans la sagesse de Dieu, paraît folie surpasse la sagesse de ce monde. » [22]

L. — Les causes et les raisons de l’Union

Les savants ont assigné à l’Union de nombreuses causes, qui se ramènent à deux groupes: le premier du côté de Dieu — il comporte deux arguments — et le second de notre côté.

Du côté de Dieu, premier argument. Ce pour quoi il nous a fait exister, c’est lui-même: nous existons à cause de lui. Et celui qui a voulu parfaire notre existence en l’unissant à notre nature est le meilleur des généreux. Or le meilleur des généreux est celui qui donne par le plus excellent des biens; et le plus excellent des biens, c’est son essence même — qu’il soit béni. Le don de sa générosité, c’est donc le don qu’il nous fait de son essence: voilà la cause de son union avec nous.

Deuxième argument. Son union avec nous est possible. Car ce qui empêche une chose possible, c’est l’opposition des contraires; or le Créateur — qu’il soit exalté — n’est pas le contraire de sa créature, puisque le contraire ne fait pas exister son contraire, mais le détruit. Il est d’ailleurs dit dans la Torah qu’il a créé l’homme à sa ressemblance et à son image;[23] et la ressemblance rapproche en vue de l’union. Donc, puisque son union avec nous est possible, qu’elle comporte pour nous le comble de l’honneur et pour lui la perfection et la générosité, et que rien ne pourrait l’en empêcher sinon l’impuissance ou l’avarice — qui sont des marques d’imperfection, dont Dieu, qu’il soit glorieux et puissant, est élevé et exempt — il s’ensuit que son union avec nous devait avoir lieu.

De notre côté. Nous avions pour but d’atteindre la perfection humaine qui nous est accessible, et les prophètes envoyés avaient pour but d’amener un petit nombre d’hommes aux premiers degrés de cette perfection. Alors Dieu s’est fait homme, s’est uni à notre nature, s’est joint à nous, est apparu parmi nous dans la chair, et nous a montré le chemin de la perfection par les paroles et les actes qu’il a manifestés, et par la loi de grâce et de bienfait qu’il a instituée pour nous. Ainsi a-t-il conduit le plus grand nombre des hommes au plus haut degré de la perfection humaine, au-delà duquel il n’y a rien; et il nous a fait parvenir à un bonheur auquel les prophètes n’avaient pas été capables de nous conduire.

Cela est manifeste si l’on compare l’état des chrétiens à celui des peuples qui les ont précédés: ils ont délaissé le culte des dieux étrangers pour le culte de Dieu; ils sont passés du comble de la débauche et de l’orgueil à la sobriété et à l’ascèse; ils ont quitté l’inobservance de la loi de la justice pour l’attachement à la loi de la grâce et de la générosité. De cela on a le témoignage de Dieu lui-même, et bien des écrits et des traditions en font foi. Telles sont les fins les plus hautes de la perfection de l’homme — celles qu’il atteint par l’union de Dieu avec sa nature, à la fin des temps.

M. — Ce sur quoi s’accordent les trois grandes familles chrétiennes

Le principe sur lequel elles s’accordent est que ces trois communautés croient que Dieu est une substance, qu’il est un, et qu’il a trois attributs — qu’elles appellent « propriétés »: la paternité, la filiation et la procession. Chacun de ces attributs, pris avec la substance, constitue une hypostase. Si l’on prend la paternité avec la substance, on dit « l’hypostase du Père »; si l’on prend la filiation avec la substance, on dit « l’hypostase du Fils »; si l’on prend la procession avec la substance, on dit « l’hypostase de l’Esprit ». Chacune des hypostases est Dieu; et elles ne disent pas qu’il y a trois dieux, mais qu’il y a un seul Dieu.

Lorsqu’elles disent que chaque hypostase est considérée avec l’un des attributs mentionnés, c’est pour elles une manière de désigner la substance; et elles tiennent que l’action procède de la substance, et non de l’une des hypostases prise à part; que cette action se fait par volonté et par dessein, et non par contrainte, ni par nécessité, ni par assujettissement, ni par nature — comme le feu, qui brûle sans le vouloir. Elles tiennent encore que la réception de l’Union appartient à la seule hypostase du Fils; que l’Union eut lieu au moment où l’ange porta l’annonce à la Vierge Marie, ce moment étant le commencement de la formation de l’homme né de Marie; que, dans le Christ né de Marie, la naissance n’a affecté que son humanité unie à lui, et non l’hypostase du Fils; qu’il ne souffre ni ne change en aucune façon du côté de sa divinité; et que les souffrances et la passion n’ont en aucune manière atteint la divinité. Elles tiennent enfin qu’il est impossible qu’une telle Union se réalise avec un autre homme, avant le Christ ou après lui. Tels sont les principes sur lesquels elles sont d’accord.

Note — Quand elles disent que la naissance a affecté son humanité et non sa divinité, cela signifie ceci: bien qu’il fût uni à sa divinité, la divinité ne se sépara jamais de lui depuis la première union, et elle ne fut affectée ni par la naissance ni par rien d’autre du côté de la divinité — mais seulement du côté de l’humanité sensible, à laquelle il s’unit et par laquelle il voulut se manifester selon ce dessein admirable.

Ce sur quoi les trois familles diffèrent

La position de l’Église copte orthodoxe

Les orthodoxes disent que la substance du Verbe s’est unie à la substance de l’homme reçu de la Vierge Marie, et que les deux sont devenues une seule substance, une seule nature, une seule volonté et une seule hypostase. Il est donc le Dieu qu’on adore et le Christ qui est né; il est celui qui manifeste la faiblesse humaine et celui qui opère le miracle.

Note — L’affirmation des orthodoxes — une seule nature unie — vise à réfuter l’argument de ceux qui parlent de deux natures et de deux volontés

On a déjà résolu plus haut les objections qu’on élève contre cela, ainsi que les interprétations des contradicteurs et les doutes des adversaires.

La position des nestoriens

Les nestoriens disent que l’Union ne fut que l’union de l’Éternel avec ce qui est créé dans le temps, à la manière d’une appropriation par la volonté et par le savoir, et d’une dénomination particulière par la filiation: car la filiation véritable, ils l’attribuent au Verbe, et à celui qui lui est uni seulement par mode d’honneur. Parfois ils disent que l’Union consiste en ceci: que la volonté de l’hypostase du Fils et la volonté de l’hypostase de l’homme sont devenues une seule volonté, attachées toutes deux à un même objet de connaissance, tel qu’il est. Ils tiennent l’Union elle-même pour une réalité constitutive du Christ, et non pour quelque chose qui en résulterait. Pour eux, le Christ est donc deux substances et deux hypostases.

Voici ce qu’en rapporte l’éminent maître, le philosophe Yaḥyā ibn ʿAdī, de l’Église syriaque orthodoxe — que Dieu sanctifie son âme. Les nestoriens croient que Dieu le Verbe, qui est le Fils éternel, a pris un « temple » — un homme entier et complet, fait d’une âme et d’un corps, semblable à tout être humain dans son humanité, hormis le péché. Le Verbe lui fut joint et habita en lui dès le premier instant de l’existence de cet homme, et ne s’en sépara à aucun moment: ni à la conception, ni à la naissance, ni à l’allaitement, ni à la crucifixion, ni à la mort, ni à l’ensevelissement, ni à la souffrance, ni en aucun autre état. Ils appellent « union » cette prise du temple.[24][25]

Ils appliquent le nom de « Christ » au Verbe de Dieu et au temple auquel il s’est uni, pris ensemble, et ne permettent pas qu’on l’applique au Verbe sans l’homme, ni à l’homme sans le Verbe. Ils confessent que le Christ, en ses deux substances ensemble, est un seul Fils de Dieu, et non deux fils; et ils disent qu’il est un seul Christ. Pour eux, le Christ est donc deux substances et deux hypostases — ou, si l’on veut, deux personnes: l’une est la substance de Dieu le Verbe, l’autre la substance de l’homme qui est le temple auquel il s’est uni. Ils attribuent les qualités qui conviennent à Dieu — que son nom soit glorieux et puissant — à la substance qui est le Verbe, à l’exclusion de l’homme; et ils rapportent les qualités propres aux corps et aux choses créées à l’homme, à l’exclusion du Verbe. Ils disent que l’union de ces deux substances se fait dans ce qu’ils appellent le « prosôpon » [26] — c’est-à-dire le « visage » — ainsi que dans la volonté, le libre choix et la filiation.

La plus grande différence entre eux et les orthodoxes est celle-ci: les orthodoxes croient que la substance du Christ est une. Pour le reste, les orthodoxes décrivent le Christ comme Dieu, et disent que Dieu est né, a été crucifié, est mort et a été enseveli, et d’autres choses semblables — tandis que les nestoriens, eux, ne peuvent dire cela que par métaphore tirée de l’union, et non au sens propre.

D’autres rapportent à leur sujet qu’ils se sont refusés à dire que le Verbe de Dieu se serait trouvé dans le sein d’une femme, ou que le sein l’aurait contenu. Ils ont donc forgé pour cela une interprétation: le Verbe n’aurait habité en elle qu’à la manière dont une parole habite — comme une parole habite dans les hommes — et le Christ serait né dans cet état comme un simple homme, jusqu’au jour de son élection. Puis, lorsque le Saint-Esprit descendit sur lui au Jourdain et que la voix cria du ciel: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis ma faveur »,[27] il serait devenu Dieu à ce moment-là. Et ils disent que c’est le fils corporel, celui qui est né, qui a supporté en propre l’humiliation, les souffrances et la mort, par séparation et par jonction. Ce qu’on rapporte de Nestorius,[28] c’est que, devenu patriarche de Constantinople, il interdit aux chrétiens de dire que la Vierge Marie avait contenu Dieu, et leur enjoignit de ne reconnaître en celui qui était né d’elle qu’un homme semblable à nous. Lorsque cette doctrine se répandit, son auteur fut retranché et condamné, et sa doctrine disparut.

La position des byzantins

Les byzantins disent du Christ qu’il est deux substances et deux natures, et qu’il a deux opérations, deux vouloirs et deux volontés. L’une d’elles — la nature divine — a manifesté les signes, accompli les miracles et fait tout ce qui relève du divin; l’autre — l’humaine — a souffert les souffrances, la crucifixion et la mort, et a fait tout ce qui relève des actes humains. Ils disent pourtant qu’il est une seule hypostase, entendant par là une seule personne. S’ils tiennent à cette dualité autant qu’ils le peuvent, c’est par crainte de l’idée d’un mélange, d’une confusion ou d’une transformation des natures, et par crainte d’attribuer les souffrances à l’essence éternelle. On dit qu’une partie d’entre eux a soutenu que l’Union se fit de l’hypostase éternelle avec l’homme — tous entendant par là le Fils éternel. On rapporte aussi à leur sujet qu’ils ne professaient pas d’abord l’hypostase unique, mais qu’ils s’en tinrent à cela au sixième concile.[29]

N. — La confirmation de la doctrine orthodoxe par l’Écriture et par les Pères

On a déjà démontré plus haut l’union du Christ-Dieu — à lui la gloire — par ce que la raison admet et par ce qu’exige le raisonnement. Cette doctrine se trouve aussi confirmée, et apparaît clairement, dans la Tradition et dans ce que contiennent les Livres reçus, dont la véracité est certaine — Livres qui établissent que le Verbe éternel, engendré du Père selon sa divinité, est le Christ-Dieu, né de la Vierge selon son humanité.

Les annonces des prophètes

Ainsi cette parole du prophète David: « Du sein, avant l’étoile du matin, je t’ai engendré. » [30] Salomon dit dans ses sentences de sagesse: « Avant les siècles il m’a fondé; au commencement, avant que la terre fût créée, avant que jaillissent les sources des eaux, avant que les montagnes fussent affermies, avant toutes les collines, il m’a engendré. » Il dit encore: « Lorsqu’il créa le ciel, j’étais avec lui. » Et David dit: « Il a envoyé sa parole, et il les a guéris et délivrés de la corruption. »

Le prophète Isaïe dit: « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel » — ce qui se traduit: « Dieu avec nous. » [31] Il dit aussi: « Il viendra à la ressemblance des hommes, il naîtra de la Vierge pure, et il annoncera aux hommes l’espérance et le bien. » Il dit encore: « J’ai vu le Seigneur dans Sion, incarné dans un corps de chair issu de lui »; et: « Voici ton frère, de la descendance de David, vêtu du vêtement des rois » — voulant dire: « et je relèverai ceux qui avaient péri parmi les nations. »

David dit: « Il est descendu du ciel; la nuée sous ses pieds, il est monté sur les chérubins et a volé sur les ailes des vents. » Il dit aussi: « Tu es mon Fils; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. » [32] Isaïe dit: « Écoutez, ô nations; que la terre se taise, et tout ce qu’elle contient. Le Seigneur des seigneurs vous prend à témoin depuis sa sainte demeure: voici que notre Seigneur sort de son pays, il descend et foule la terre; que les montagnes s’effondrent sous lui, et que les vallées se fendent. » Zacharie dit: « Fille de Sion, voici que je viens vers toi, et l’on me verra au milieu de toi. » Joël dit: « La parole du Seigneur crie depuis Sion, et fait entendre sa voix depuis Jérusalem. » Sophonie dit: « Réjouis-toi, fille de Sion, et sois dans l’allégresse, fille de Jérusalem; car le Seigneur a écarté ce qui t’opprimait, il t’a délivrée de la main de tes ennemis, et il sera roi au milieu de toi. »

Le prophète Michée dit: « Le Seigneur vient à Sion, revêtu de mon discours. » Il dit aussi: « Il a posé un lien sur la mer, et les vents se prosternent devant lui: c’est lui, Dieu, qui a écrit de son doigt les tables pour Moïse. » Il dit encore: « Le Seigneur sera au milieu de vous; il sortira de la maison sainte et de sa demeure, il descendra et marchera sur la terre. » David dit: « Le Dieu des dieux se manifestera dans Sion »; « Notre Dieu vient, manifesté »; « Dieu est apparu dans l’assemblée des dieux »; et: « Il sera dit de Sion: ô mère de l’homme, un homme est né en elle, et c’est le Très-Haut lui-même qui l’a fondée. » Zacharie dit: « Réjouis-toi, Sion; voici que je viens et que j’habiterai au milieu de toi, dit le Seigneur. » Malachie dit: « Encore un peu, et le Seigneur viendra de son temple, celui d’entre les hommes que vous cherchez »; et: « Son nom est Soleil de vérité. »

Isaïe dit: « Le Seigneur vient pour juger les anciens du peuple. » Il dit aussi: « Une voix crie dans le désert: préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers; voici que le Juge vient avec la force de son bras, dans sa souveraineté, sa récompense avec lui et son ouvrage devant lui. » Osée dit: « Le Seigneur vient du ciel, et il marche dans les places des fils d’Israël »; et: « Notre Dieu se manifestera dans Sion; saint est celui qui vient au nom du Seigneur. » Salomon dit: « Il est vrai que Dieu habitera avec les hommes sur la terre. » Jérémie dit: « Celui-ci est notre Dieu, nous n’en adorerons pas d’autre avec lui; il a trouvé toute la voie de la justice et l’a donnée à Jacob son serviteur et à Israël qu’il a aimé; et après cela il est apparu sur la terre et a vécu parmi les hommes. » Osée dit: « Ma chair est d’eux: comment serais-je un secours pour Éphraïm et un Dieu pour Israël, et non un homme? » Jérémie dit: « J’ai vu le Seigneur entrer en Égypte sur une nuée légère. »

Et il y a beaucoup d’autres paroles des prophètes montrant que Dieu se manifesterait incarné, et que son Verbe apparaîtrait fait homme.

Un seul Christ: ses actes divins et ses actes humains

Puisque les actes divins et les actes humains se trouvent dans le Christ d’un seul coup, en un seul et même temps, il ne nous est pas permis de le diviser, ni de faire de lui, après son union, deux natures. Voyons-le:

Lorsqu’il naquit, qu’il fut emmailloté et déposé dans une mangeoire, dans une étable, comme les étrangers sans ressources, l’ange du Seigneur apparut aux bergers et leur annonça sa naissance, leur déclarant qu’il était Sauveur, Seigneur et Christ; et de nombreuses armées célestes apparurent, louant et disant: « Gloire au plus haut des cieux! » [33] Puis les mages vinrent d’Orient, conduits par la puissance divine qui leur était apparue dans le ciel sous la forme d’une étoile brillante, les guidant vers le lieu où il était; et ils lui présentèrent des offrandes. Lorsqu’il fut emporté par Joseph, fuyant en Égypte, les idoles furent réduites à néant à cause de lui.

Lorsqu’il fut baptisé comme l’un des hommes qui se faisaient baptiser, les portes du ciel s’ouvrirent, le Saint-Esprit descendit sur lui, et l’on entendit la voix qui disait: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis ma faveur. » [34] Lorsqu’il accomplit le prodige à Cana de Galilée, il changea en vin, pour les convives attablés, l’eau — sans feu ni contact: il voulut qu’il en fût ainsi, et il en fut ainsi. Lorsque l’Esprit le conduisit au désert et que Satan le tenta, l’éprouvant comme il éprouve tous les hommes, [Satan] ne put tenir devant lui, et des troupes d’anges le servaient. Lorsqu’il vint au tombeau de Lazare, il pleura comme pleurent les cœurs sensibles; puis il appela Lazare, et celui-ci sortit du tombeau vivant, encore enveloppé et lié comme on l’avait enseveli, sans avoir changé; et il vécut encore neuf ans après cela, mangeant, buvant et vaquant à ses affaires. Lorsqu’il fut crucifié sur le bois comme les malfaiteurs, il pardonna ses péchés au larron crucifié à sa droite et le fit entrer au Paradis avant les justes. Lorsqu’il mourut et qu’on le vit mort de ses propres yeux, et qu’on lui transperça le côté, il en sortit de l’eau et du sang.

Ainsi, puisque ses actes divins et ses actes humains se correspondent tous, et que les deux actes correspondants se produisent en une seule fois, procédant d’un seul agent en un seul temps, il ne nous est pas permis de le diviser, ni d’appliquer à son sujet le mot « deux ». Les Pères, chefs et docteurs de l’Église, l’ont interdit; ils ont tenu à ce sujet de nombreux discours, et ont défendu à quiconque de le dire.

Les témoignages des Pères de l’Église

Nous disons donc qu’il est le Créateur, celui qui pourvoit à tout, et qu’il est aussi celui qui est né de la Vierge, le crucifié, celui qui est mort — mais non comme un serviteur, ni comme un être ajouté, ni par sa seule divinité sans son humanité. Bien plutôt: le Verbe s’est fait chair, et la chair est le Verbe; il n’est pas l’un des hommes ordinaires, mais Dieu en vérité s’est fait homme. Un Père a dit: « Il est engendré du Père sans mère, et de la mère sans père; il est Fils de Dieu et fils de Marie. »

Cyrille le Grand[35] a dit, dans le livre des patriarches: « Quiconque ne croit pas que le Verbe de Dieu le Père s’est uni à la chair en une seule hypostase, et qu’avec sa chair il est un seul Christ, un seul Dieu fait homme — qu’il soit anathème. »

Grégoire a dit: « Quiconque dit autre chose que ceci — à savoir que le Fils éternel de Dieu est celui qui s’est incarné de la Vierge — qu’il soit anathème. »

Grégoire le Thaumaturge[36] a dit: « Nous ne séparons pas la divinité et l’humanité; lui est un et le même, et j’anathématise ceux qui adorent le Verbe de Dieu sans son humanité. » Il a dit aussi: « Dieu en vérité, le non-incarné, est apparu dans la chair, parfait par sa divinité — non en deux visages, ni en deux natures; et nous n’adorons pas quatre: le Père, le Fils, le Saint-Esprit et la chair. C’est pourquoi nous anathématisons quiconque parle de deux hypostases et de deux natures — l’une pour la divinité, l’autre pour l’humanité — après l’union. » Il a dit encore, dans le septième anathème: « Quiconque dit que celui qui souffre est autre que celui qui ne souffre pas, qu’il soit anathème; et quiconque ne reconnaît pas que Dieu le Verbe, l’impassible, a souffert dans la chair — comme il est écrit — qu’il soit anathème. »

Jean Chrysostome[37] a dit, dans une homélie sur la Nativité: « Aujourd’hui, l’Éternel est né; il s’est fait homme parmi les hommes, sans rien quitter de sa divinité. » [38]

Le patriarche Théophile,[39] l’un des patriarches d’Alexandrie, a dit dans une homélie sur la Nativité: « Le Fils est dans le sein de son Père et dans le sein de la Vierge Marie; adoré par les anges, il est porté sur les bras de la Vierge; celui que les séraphins ne peuvent regarder s’est tenu debout devant Pilate; celui qui est porté sur le trône a été cloué sur la croix. »

S. — Les objections soulevées contre la position des byzantins

Un seul Christ: celui qui est né est celui qui a été crucifié

Si l’on interroge cette communauté et qu’on lui demande: « Celui que Marie a enfanté, qui est-il? », elle ne peut faire autrement que de reconnaître qu’il est le Christ; et elle ne peut éviter de dire que le Christ est Dieu le Verbe. Il est donc établi que celui qui est né de Marie est Dieu.

Si on lui dit alors: « Et celui qui a été crucifié sur la croix, est-ce le même que celui qui est né, ou un autre? », elle ne peut faire autrement que de répondre que c’est exactement le même. Et si on lui dit: « Donc Dieu est mort sur la croix » — si elle le nie, elle contredit ce qu’elle a affirmé en premier et en second lieu; et si celui qui est né est bien le crucifié, et le crucifié celui qui est né, alors c’est un seul Christ, et non deux.

Comment, dès lors, peuvent-ils trouver choquant d’admettre la mort de Dieu — selon leur propre raisonnement —, alors qu’ils ne trouvent pas choquant de dire que le Christ est né et a été déposé dans une mangeoire? L’ange l’a d’ailleurs annoncé aux femmes venues au tombeau, qui cherchaient Jésus de Nazareth le crucifié: « Il n’est pas ici; il est ressuscité, comme il l’a dit; il vous précède en Galilée. » [40] Or, si celui qu’on dit ressuscité est le Christ, c’est lui qui a été crucifié; et si celui qui a été crucifié n’était qu’un homme, c’est cet homme qui est ressuscité — et alors notre salut et notre résurrection viendraient d’un homme, et non de Dieu: à Dieu ne plaise!

« Deux natures » conduirait à une quatrième hypostase

Leur affirmation — « deux natures, une seule hypostase » — ne tient pas. Car il n’existe pas de nature subsistant par elle-même sinon par une hypostase. Chacune des deux natures aurait donc son hypostase; les hypostases seraient alors quatre, et une quatrième hypostase s’ajouterait à la Trinité — ce qu’ils ne disent pourtant pas.

L’union dans le sein de la Vierge

Si l’on demande aux partisans du Verbe: « La chair a-t-elle habité dans le sein de Marie séparée du Verbe? », ils répondent: « Non, mais le Verbe s’est fait corps. » On leur dit alors: « Le Verbe est donc l’hypostase, et il est la nature. » S’ils répondent: « Non — le Verbe est une nature et le corps une autre nature, car le Verbe a pris de la Vierge Marie un corps », on leur répond:

« Oui, le Verbe a bien pris de Marie un corps; mais le corps n’a pas précédé le Verbe, ni le Verbe le corps, au moment où il habita en lui et s’unit à lui. On ne peut donc pas dire que l’un est une nature séparée de l’autre, puisque, depuis l’union, ils n’ont jamais existé que tous deux ensemble. Aucun corps n’a habité dans la Vierge pure sans l’homme complet, de telle sorte qu’il y aurait là une nature d’homme et une hypostase d’homme séparées. Et de même que, lors de la formation de l’homme issu d’une semence, l’âme ne précède pas le corps, de même le Verbe de Dieu, l’insaisissable, a habité dans la Vierge pure: il a pris d’elle un corps doté d’une âme raisonnable, s’est uni à lui d’une union insaisissable, et est né d’elle d’une naissance que les intelligences ne peuvent atteindre. On l’appelle Dieu fait homme; il ne se laisse pas saisir comme un corps charnel; il naît, et on l’appelle un seul homme, complet, son existence venant d’elle tout entière en même temps. »

On ne dit pas de l’homme qu’il est un corps sans l’âme qui lui est unie, ni une âme sans le corps qui lui est uni. Et lorsque cet homme souffre, on ne dit pas que c’est l’un des deux qui souffre en dehors de leur réunion. De même, s’il est blessé et qu’il en sort du sang, on ne dit pas que ce sang vient de l’un des deux en dehors de leur réunion et de leur union. Car l’âme sans le corps ne perçoit rien et n’est pas atteinte par la douleur; et le corps sans l’âme n’agit pas et n’est pas atteint par la douleur; mais lorsqu’ils sont réunis, ils forment ensemble un seul homme qui perçoit. Il en va de même pour celui qui est né de la pure Vierge: on ne dit pas qu’il est un corps sans le Verbe, ni un Verbe sans le corps; on dit qu’il est Dieu fait homme.

Conclusion : ne pas diviser le Christ

Quiconque, après cela, parle de deux natures avance deux choses contraires à la foi. D’une part, il ajoute une nature à la nature de la Trinité. D’autre part, il introduit séparation et division, et défait ce que le Christ a commandé à ses apôtres lorsqu’il a dit: « Enseignez les nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » [41]

Cette communauté, pourtant, s’accorde sur le texte du Symbole de foi qu’ont établi nos saints Pères, où il est dit: « Il est descendu des cieux, s’est incarné de la Vierge Marie et s’est fait homme; il a été crucifié, a souffert, a été enseveli, et est ressuscité le troisième jour. » [42] Les Pères n’ont pas dit que la descente et la montée appartiennent au seul Fils, ni que les souffrances, la crucifixion et l’ensevelissement appartiennent au seul corps: s’ils ont parlé ainsi, c’est pour maintenir l’union — cela est clair. Tout ce qui s’écarte de cela est une erreur; et ce que l’on ajoute à cette parole introduit la division.

T. — Les objections soulevées contre la position des nestoriens

Cette communauté est, de toutes, la plus divisée dans ses affirmations et la moins unie dans ses opinions. Certains d’entre eux professent l’Union, et [disent] qu’elle eut lieu dès l’Annonciation, au commencement de la formation du Christ comme embryon dans le sein de Marie. Mais ils disent ensuite que celui qui est né d’elle est un homme simple, que l’Union s’est faite avec lui par la volonté, et qu’il fut appelé « Fils » par amour.

« Fils par amour »: un seul Christ, ou deux?

Si on les interroge sur celui dont l’Évangile nous a parlé — « qui est-il? » — et qu’ils répondent: « C’est le Fils de Dieu par amour », nous leur disons: alors Dieu a deux fils et deux Christs — l’un éternel et substantiel, l’autre temporel et fils par amour. S’ils répliquent: « Non, nous ne disons pas qu’il y a deux Christs, ni deux fils, mais il est établi qu’il est un seul Christ, un seul Fils », alors il est juste de dire que c’est l’Éternel qui a été crucifié et nous a sauvés — j’entends: par son corps. Et s’ils n’accordent pas cela, le crucifié est donc, selon leur prétention, le fils temporel; il leur faut alors parler de deux fils et de deux Christs — l’un le crucifié, l’autre le Fils qui est avec le Père et le Saint-Esprit — ce qui est absurde.

Les paroles de l’Évangile: qui les prononce?

Si on les interroge sur ce que rapporte le saint Évangile — dont la véracité est certaine — parmi les paroles de notre Seigneur qui attestent à la fois sa divinité et la faiblesse de son humanité: ainsi « Avant qu’Abraham fût, je suis »;[43] « Comment donc, lorsque vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était d’abord? », et « Nul ne monte au ciel sinon celui qui en est descendu, le Fils de l’homme qui est au ciel »;[44] et de même « Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi »;[45] et « Entre tes mains je remets mon esprit » —[46] celui qui prononce ces paroles est-il le Fils éternel, ou le fils temporel? Je ne pense pas qu’ils trouvent là le moindre espace pour faire une distinction, ni d’autre échappatoire que de dire que c’est un seul Fils, uni. Ainsi cette discussion les ramène, par la raison comme par l’Écriture, à l’opinion vraie, qui s’impose à nous.

Une union « par la volonté seule »?

On les interroge encore: si le Verbe de Dieu n’a habité dans le « temple » humain que par la volonté seule — l’accompagnant par la grâce, un avec sa divinité — alors le corps qu’il a pris l’aurait été comme une chose empruntée pour un certain usage; et il faudrait que, l’usage accompli, il n’en eût plus besoin: ce corps s’effacerait, se dissoudrait, deviendrait poussière jetée à terre. Or il ne s’est pas dissous et n’a pas connu la corruption: il est monté au ciel. De deux choses l’une, donc: ou bien il est uni au Fils substantiel, au Père et au Saint-Esprit — et alors leur thèse est ruinée, et ils sont revenus à la nôtre — ou bien il est séparé, et il leur faut alors croire en quatre hypostases: le Père, le Fils, le Saint-Esprit, et le fils né par amour — ce qui est absurde.

La réfutation philosophique: l’union ne peut être une simple unité de volonté

Quelqu’un qui les a réfutés sur le plan philosophique a dit: leur affirmation selon laquelle l’Union consiste en ce que les deux volontés — celle du Fils et celle de l’homme — deviennent une seule volonté entraîne nécessairement l’une de deux conséquences. Ou bien elle supprime le fait que l’Union soit propre à la seule hypostase du Fils, et rend l’acte commun à toutes les hypostases; ou bien elle ruine un principe rationnel.

En voici la preuve. Les deux autres hypostases — celle du Père et celle de l’Esprit — ou bien ont une volonté, ou bien n’en ont pas. Si elles n’en ont pas, elles n’ont pas non plus d’acte libre, car l’acte libre ne procède qu’après la volonté: celui qui agit librement ne fait que ce qu’il veut — d’abord la volonté, ensuite l’acte. Cela est une vérité rationnelle, et le contraire contredit l’un des principes admis [par les deux communautés]. Or nous avons dit que l’acte de l’Union procède de toutes les hypostases ensemble, et non de l’une d’elles seulement. Si nous disions que le Père et l’Esprit agissent sans volonté, leur acte serait de l’ordre de la nature et de la contrainte — ce qui, là encore, contredit le principe admis. Chacune des deux hypostases a donc une volonté.

Dès lors, ou bien la volonté de l’hypostase du Père est exactement la même que celle du Fils et que celle de l’Esprit, ou bien elle ne l’est pas. Si elle l’est, alors l’Union appartient à toutes les hypostases. Si elle ne l’est pas, ou bien elle s’oppose aux autres, ou bien elle s’accorde avec elles. Si la volonté de l’hypostase du Fils s’accorde avec celle des deux autres, alors les volontés des trois hypostases s’accordent — ainsi que la volonté de l’hypostase de l’homme — et l’Union appartient encore à toutes. Si elle s’y oppose, alors ce que veut l’hypostase du Fils n’est pas ce que veut l’hypostase du Père, ni ce que veut l’hypostase de l’Esprit.

Et s’il en est ainsi, ou bien les volontés des hypostases se rejoignent en une même chose, ou bien elles ne s’y rejoignent pas. Si elles s’y rejoignent: supposons une même chose précise, dont l’hypostase du Fils voudrait qu’elle fût noire, l’hypostase du Père qu’elle fût blanche, et l’hypostase de l’Esprit qu’elle fût rouge. Ou bien les volontés de toutes s’exécutent, et les contraires se trouvent réunis dans la même chose — ce qui contredit l’un des principes, à savoir la raison. Ou bien la volonté de certaines s’exécute et celle des autres reste sans effet: alors la substance, dont on dit qu’elle est Dieu et qu’elle agit, se trouverait impuissante dès qu’on lui adjoint l’un de ses attributs propres, incapable de faire passer sa volonté à l’acte; et l’acte de l’Union appartiendrait à certaines hypostases et non aux autres — ce qui contredit l’autre principe, à savoir que l’acte procède de toutes et ne s’attribue pas à une hypostase à l’exclusion d’une autre. Et si les volontés des hypostases ne se rejoignent pas en une même chose, alors chaque hypostase se rapporterait à certaines choses et non à d’autres. Or il est absurde que la volonté reste sans effet, et qu’une partie de l’acte soit attribuée à certaines hypostases et une autre partie à d’autres: cela contredit le principe.

Autres difficultés

De même: leur affirmation selon laquelle l’Union consiste en ce que le savoir du Fils et le savoir de l’homme deviennent un seul savoir — un savoir portant sur l’essence même de la substance décrite par les hypostases — supprime le fait que l’Union soit propre au Fils, puisqu’elle ne concernerait que les deux savoirs; et cette « union » entre les deux savoirs ne serait qu’un rapport à leur objet de connaissance.

De même: si les deux savoirs se rapportent à un même objet par un simple rapport — comme la connaissance que « quatre est le double de deux » — alors, en supposant deux personnes dont le savoir de cet objet est un et entre lesquelles ce rapport est identique, cela ne serait pas impossible, et l’on pourrait l’admettre. On pourrait dès lors supposer une telle « union » entre deux êtres créés — à plus forte raison entre un créé et l’Éternel —, et chacun des deux créés posséderait l’union qui fut celle du Christ. Or cela contredit le principe établi.

De même: leur affirmation selon laquelle le Christ consiste en deux substances — l’une éternelle, l’autre créée — unies par le savoir et la volonté, jointe à leur affirmation que Marie a enfanté le Christ, entraînerait que Marie a enfanté deux substances unies par le savoir: et cette affirmation est fausse.

De même: leur affirmation selon laquelle les actes divins appartiennent à la divinité seule interdit qu’on décrive le Christ par aucun d’eux, puisque celui qui a rendu la vie et guéri serait la substance éternelle — or l’Éternel, pris à part, n’est pas le Christ.

Note sur les Arméniens

Quant à la communauté des Arméniens,[47] on rapporte qu’ils disent que le corps du Christ est subtil, plus subtil que les autres corps humains. Lorsqu’on leur opposa ce que contiennent les Livres saints — à savoir que son corps est semblable en tout aux corps humains, hormis le péché — ils répondirent qu’ils n’avaient dit cela que parce qu’il ne fut pas formé d’une semence. Pour le reste, ils s’accordent avec les orthodoxes pour professer l’unique nature et l’unique volonté; ils ont seulement quelques usages particuliers qu’ils ont eux-mêmes introduits, et les orthodoxes ne leur refusent pas pour autant la communion.

F. — Les communautés dissidentes, et ce qu’a soutenu chaque groupe

Il s’agit de ceux dont les opinions se sont divisées, dont les penchants ont divergé, et que Satan a engloutis par la discorde et le défaut d’entente, jusqu’à les précipiter dans les vallées des illusions qui mènent à la perdition. Leurs affirmations ne remontent à aucun principe solide, ne reposent sur aucune raison, ne sont appuyées par aucune transmission sûre; rien de leurs croyances corrompues n’a de fondement stable. Les Pères n’ont cessé de lutter contre elles, jusqu’à effacer les traces de leur corruption et réfuter leur croyance mauvaise. Voici ce qu’en rapporte le témoignage rassemblé à leur sujet.

1. Les sabbatiens

Ce sont les restes des juifs entrés dans le christianisme avec un cœur qui n’était pas pur. Ils tenaient que le jour du sabbat est plus digne de vénération, et plus digne qu’on y présente les offrandes, que le dimanche; et ils disaient que la Torah mérite d’être lue à l’assemblée, après tous les autres livres, plus que l’Évangile. Ils disaient qu’on ne doit pas abolir la circoncision, ni laisser de côté les prescriptions de la Torah ni aucun de ses commandements. Ils argumentaient que les livres nouveaux ne sont pas contraires aux anciens; et, malgré leur attachement au judaïsme, ils prétendaient être des chrétiens sensés. Ce sont eux que visait l’apôtre Paul lorsqu’il disait: « Prenez garde aux loups ravisseurs; prenez garde à la circoncision; prenez garde aux mauvais chiens. » [48]

2. Les simoniens

C’est le parti de Simon le Magici en,[49] qui voulut acheter avec de l’argent la grâce du Saint-Esprit. Ils l’appelaient du nom de Simon l’apôtre, disaient qu’il était le Fils de Dieu et sa puissance cachée, et qu’il avait entendu de Dieu, qui l’avait envoyé pour leur salut. Puis les apôtres l’appelèrent « Simon le Magici en ». Il accomplit, dit-on, de nombreux prodiges par sa magie. Ces égarés se forgèrent un évangile qu’ils inventèrent, le divisèrent en quatre parties et l’appelèrent « le Livre des quatre coins du monde ». Ils sont tous magiciens, pratiquent la sorcellerie, et suspendent à leur cou des colliers de fils rouges, en signe de pacte entre eux et Satan le séducteur; et ils tressent leurs cheveux à la manière des anciens docteurs juifs.

3. Les marcionites

Ce sont ceux qui croient en trois dieux: un bon, un mauvais, et un juste entre les deux. Pour cette raison, ils ont altéré les Livres saints: ils ont ajouté à l’Évangile et aux épîtres de l’apôtre Paul, et en ont retranché; ils ont supprimé entièrement le livre des Actes des Apôtres et ont écrit un autre livre à sa place, conforme à leur opinion, qu’ils ont appelé « le Livre de la fin et du terme ». Ils ont prétendu que Marcion,[50] leur maître, était le chef des apôtres, et ils ont renié Simon Pierre. Ils en sont venus à célébrer leurs prières avec d’autres psaumes qu’ils s’étaient inventés, à la place des psaumes de David. Ils disent que les hommes n’ont pas de résurrection, et que celui d’entre eux qui meurt, sa résurrection a déjà eu lieu.

4. Les safsataniens

Ce sont ceux qui professent la transmigration des âmes — leur passage dans les bêtes et dans les hommes. Ils disent que les hommes, dans le monde, sont comme les herbes des champs, qu’on moissonne et qui repoussent pour être moissonnées de nouveau; qu’il n’y a pour les hommes ni résurrection après la mort, ni jugement; et qu’ils reçoivent le salaire et la récompense de leurs actes dans ce monde seulement.

5. Les manichéens

Ce sont les disciples de Mani,[51] surnommé « le Fou ». Ils croient en deux dieux, un bon et un mauvais: le bon, selon eux, est le créateur de la lumière et du bien, le mauvais le créateur des ténèbres et du mal. Ils disent que les hommes n’ont ni résurrection, ni relèvement, ni jugement. Ils se prosternent devant le soleil, la lune et les sept planètes; ils s’appuient sur le calcul des douze signes du zodiaque, tiennent pour permanents les décrets des astres, interdisent absolument le mariage, professent un jeûne perpétuel, déclarent les aliments impurs, et disent que toute chose en ce monde a une âme — les légumes, les cultures, les fruits, et le reste. Ils calomnient Dieu le Tout-Puissant. Ils croient aux destins et au calcul des horoscopes, et font une religion de la sorcellerie, des incantations et de l’astrologie.

L’histoire de ce Mani — son départ pour la Perse, sa fuite, et sa mise à mort par le roi — est consignée dans le livre que possédait saint Cyrille. Le Livre de la Tour rapporte qu’ils affirmaient deux dieux, l’un bon et l’autre mauvais; qu’ils se prosternaient devant le soleil, la lune et les autres planètes; qu’ils magnifiaient les douze signes du zodiaque et les astres; et qu’ils tenaient l’eau, le feu et les arbres pour des substances ayant une âme — de sorte que celui qui répand de l’eau en pure perte, ou éteint un feu allumé, ou arrache un arbre, a tué une âme innocente. Ils interdisaient de prendre des femmes, épouses ou servantes, et déclaraient impures les bêtes immolées.

6. Les pauliniens

Leur fondateur est Paul de Samosate, évêque d’Antioche.[52] Ils croient que Dieu est un Dieu unique, une seule substance, une seule hypostase, et l’appellent par trois noms. Ils ne croient pas que le Verbe soit distinct du Père, ni qu’il soit de la substance du Père; et ils ne croient pas au Saint-Esprit qui donne la vie. Ils disent que le Christ est un homme, créé à partir de la divinité comme Adam fut créé, et semblable à chacun de nous dans sa substance; que le commencement du Fils vient de Marie; qu’il fut choisi par un don; que son origine est, quant à la substance, la même que la nôtre, et que la grâce divine l’accompagna ensuite, habitant en lui par amour et par volonté — c’est pourquoi il fut appelé « Fils de Dieu ». Ils ont examiné chaque passage des Écritures où sont mentionnées l’éternité du Fils, sa divinité et les hypostases [de la Trinité], et les ont altérés: ils les ont changés et ont écrit à leur place ce qu’ils voulaient, conforme à leur religion; mais ils n’ont changé ni les titres des livres, ni les noms des apôtres, ni leurs récits.

7. Les ʿawdaniens

Ce sont ceux qui disent que les trois hypostases sont composées, et qu’elles ne se rassemblent que par composition. Parmi eux, les uns prient, les autres jeûnent; ils accueillent les étrangers et les hébergent; ils s’adonnent aux pleurs nuit et jour, et s’habillent de noir. Celui qui s’écarte d’eux sur ce point et qui rit, ils l’expulsent de leur groupe.

8. Les barbaraniens

Ibn Kabar les décrit en termes très durs comme un groupe impur, débauché, aux usages mauvais et à la conduite honteuse, et il leur impute jusqu’à des crimes de sang commis sur des enfants. Il ajoute lui-même: « Il ne convient pas que nous expliquions leurs affaires plus que cela. » La traduction s’en tient, comme l’original, à cette brève mention.[53]

9. Les qouqaniens

Ils ressemblent aux Samaritains dans leurs pratiques. Ils déclarent toutes choses impures, et déclarent les morts impurs: lorsqu’un des leurs meurt, ils s’en détournent et louent un homme à gages pour se charger de l’ensevelir. Ils ne croient ni à la résurrection, ni au relèvement, ni au jugement. Ils repoussent les galeux, les lépreux et les malades semblables; et celui qui, parmi eux, a une infirmité — boiteux, paralysé d’un membre, sourd, aveugle, ou faible de vue — ils l’expulsent de leur groupe. Ils ont, pour cela, altéré les livres récents et se sont écrit un évangile sous les noms des douze apôtres; dans leurs lieux de prière n’entre que celui qui est pur et sans défaut. Ils n’ont rapporté sur les apôtres rien d’autre que cela.

10. Les bardésanites

Ils croient en deux dieux, un bon et un mauvais,[54] et professent la doctrine des manichéens: ils croient aux destins et au calcul des horoscopes, aux astres et aux sept planètes, aux douze signes du zodiaque, et tiennent que ceux-ci gouvernent le monde. Ils attribuent la souveraineté du monde et son gouvernement à un autre que le Créateur. Ils prétendent que l’homme n’a aucun mérite à obéir et n’encourt aucun mal à désobéir, puisqu’il n’y a pour lui ni résurrection ni relèvement. Ils s’habillent constamment de blanc, et disent que celui qui porte toujours le blanc appartient à la part du Dieu lumineux et bon, et celui qui porte toujours le noir à la part du Dieu ténébreux et mauvais.

à 14. Les ariens, les ayoumbousiens, les boulianiens et les macédoniens

Ces quatre groupes s’accordent sur certains points et diffèrent sur d’autres. Ils aiment la parole d’Arius,[55] qui disait que le Fils est une créature; Awmiyous partage son opinion et tient un discours semblable au sien. Ils n’ont rien changé aux Livres saints. Macédonius,[56]lui, tient un autre discours: le Fils est de la substance du Père, mais le Saint-Esprit est créé et fait. Il a altéré ce qui se trouve dans les livres récents, changeant ce qui concerne le Saint-Esprit. Le Livre de la Tour rapporte que les ariens croient que le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont trois substances et disent que le Fils est créé; que les partisans d’Awmiyous les ont suivis; et que Macédonius a dit que le Fils est de la substance du Père et que l’Esprit est créé.

15. Les montanistes (les « mariamites » )

Ce groupe, issu de Montanus,[57] fait partie de ceux qu’on appelle « les mariamites », parce que, dans leur excès de dévotion à Marie, ils en font une divinité. Ils mêlent à leurs récits des affirmations très étranges et choquantes. Parmi leurs pratiques, ils observent quatre carêmes dans l’année, chacun de quarante jours. Ils ont eux aussi altéré les Livres, les ont corrompus et changés.

16. Les tatianiens

Ceux-là s’accordent avec les croyants en tout: ils ne contredisent pas la foi et n’altèrent pas les Livres. Ils ont cependant un trait particulier: ils tiennent les riches et les possédants en mépris, s’appuyant sur la parole de l’Évangile — « Soyez comme les oiseaux du ciel, qui ne sèment ni ne moissonnent », et ce qui suit — et sur la parole adressée aux disciples: « Ne vous procurez pas de possessions. » Chez eux, quiconque tire orgueil de sa richesse et la garde pour lui ne peut diriger ses compagnons. Ils disent que les moines sont supérieurs aux laïcs, et que celui qui n’est pas moine n’a aucune part avec le Christ, s’appuyant sur la parole de notre Seigneur: « Quiconque ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi. » [58]

17. Les ʿabadiens

Ce sont les « pieux » — et « pieux » signifie ici « les purs » —, ceux qui pratiquent abondamment le jeûne et les ablutions; ils n’ont changé ni la foi ni les Livres. Mais ils tiennent les pécheurs en mépris et disent qu’il n’y a pas de repentir pour un pécheur: ils n’acceptent le repentir de personne, pour une faute petite ou grande, mais l’expulsent de chez eux sur-le-champ, sans qu’il puisse demeurer parmi eux. Le Livre de la Tour rapporte qu’ils disaient que les hypostases de la divinité sont composées; qu’ils prient et font l’aumône abondamment, hébergent les étrangers et s’adonnent aux pleurs; et qu’ils sont semblables aux croyants quant à la lecture des Livres, sauf qu’ils méprisent les pécheurs, désespèrent du repentir, n’admettent aucun faux pas et ne pardonnent aucune faute.

18. Les mariamites et les opinions apparentées

Un groupe appelé al-Barbarâniyya, qu’on nomme aussi « les mariamites »: ils croient que le Christ et Marie sa mère sont deux dieux à côté de Dieu. Parmi les opinions apparentées:

certains disent que le Christ vient du Père comme une flamme allumée à une autre flamme: la première ne diminue pas du fait que la seconde s’en détache (c’est la doctrine de Basilios et de ses partisans);

certains disent que Marie ne l’a pas porté neuf mois, mais qu’il a traversé son sein comme l’eau traverse une gouttière, parce que le Verbe entra par son oreille et fit sortir l’enfant à l’instant même (c’est la doctrine de Qiyân et de ses partisans);

certains parlent de trois dieux — un bon, un mauvais, et un juste entre les deux (c’est la doctrine de Marcion et de ses partisans, qui prétendaient qu’il était le chef des apôtres et reniaient Pierre l’apôtre).[59]

Un témoignage rassemblé sur ce sujet rapporte qu’il existe encore bien d’autres groupes que ceux-ci: ils sont mentionnés dans la seconde lettre du livre de Clément,[60] au nombre de soixante-dix sectes. Le livre de Clément appelé « le Livre des mystères » rapporte que le Seigneur Christ annonça à l’apôtre Pierre que les doctrines des croyants se diviseraient en soixante-quatorze sectes, chacune se distinguant par une opinion qu’elle introduirait; que le premier à s’opposer à l’Église serait un homme nommé Simon le Magici en, avec ses partisans, puis Mani — et le livre énumère ensuite secte après secte, jusqu’au nombre complet de soixante-dix.

Fin du premier chapitre

Chapitre 2

L’exposé de la foi orthodoxe

Ce chapitre présente le texte du Symbole de la foi orthodoxe — celui qu’ont établi les trois cent dix-huit Pères réunis à Nicée, et qu’ont complété les Pères réunis à Constantinople — avec les témoignages de ses formules tirés des Livres divins.

Comment le Symbole a été établi

Lorsque Arius renia la divinité du Fils éternel et le tint pour une créature, le concile de Nicée se réunit[61] et établit le Symbole de la foi en ce texte; il se terminait alors par les mots: « et nous croyons au Saint-Esprit ». Puis, lorsque parut l’erreur de Macédonius, qui disait que le Saint-Esprit est une créature, le concile de Constantinople se réunit, le condamna, et condamna quiconque ne professe pas que le Saint-Esprit est égal au Père et au Fils dans leur substance; les Pères ajoutèrent alors au Symbole les mots: « le Seigneur qui donne la vie, qui procède du Père ».

Le Symbole, article par article, et ses témoignages

Article 1 « Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant »

Le témoignage en est, dans l’Évangile selon saint Jean, cette parole de notre Seigneur le Christ:[62] « Vous cherchez la gloire les uns des autres, et vous ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique »; et: « Toi seul es le vrai Dieu. » Dans l’Évangile selon saint Matthieu, sa réponse au tentateur: « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et lui seul tu serviras »; et sa parole à celui qui l’avait appelé « bon maître »: « Nul n’est bon, sinon le Dieu unique »; et à ses disciples: « Votre Père est unique dans les cieux. » Dans les épîtres de Paul: aux Romains, « Dieu est un »; dans la seconde aux Corinthiens, « il n’y a de Dieu que le Dieu unique »; encore: « nous n’avons qu’un seul Dieu, le Père, qui tient tout en sa main »; encore: « il y a diversité de dons, mais le Seigneur est un »; aux Galates, « le médiateur n’est pas d’un seul; or Dieu est un »; aux Éphésiens, « il y a un seul Seigneur, une seule foi »; dans la première à Timothée, « tous les hommes inclinent vers la connaissance de la vérité et du Dieu unique »; et encore: « le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, le seul qui possède l’immortalité ».

Article 2 « Créateur du ciel et de la terre, des choses visibles et invisibles »

Le témoignage en est, dans le prologue de l’Évangile selon saint Jean:[63] « Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut de ce qui fut »; et: « le monde fut par lui ». Les puissances célestes — les anges et les autres — font partie de ce qui ne se voit pas. Les épîtres de Paul le confirment: dans l’épître aux Colossiens, après avoir parlé du Christ, il dit: « il est l’image du Dieu invisible; par lui tout a été créé, au ciel et sur la terre, le visible et l’invisible, les rangs célestes, les seigneuries, les principautés et les puissances »; et dans l’épître aux Hébreux: « Toi, Seigneur, dès le commencement tu as posé les fondations de la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains. »

Article 3 « Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu »

Le témoignage en est, dans le prologue de l’Évangile selon saint Jean: « le Fils unique, qui est dans le sein du Père, lui l’a fait connaître »; et la voix qui dit: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis ma faveur », entendue par Pierre et Jean lors de la Transfiguration; et l’ouverture de l’Évangile selon saint Marc: « Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu »; et cette parole de notre Seigneur dans l’Évangile selon saint Jean: « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que ne périsse pas quiconque croit en lui, mais qu’il obtienne la vie éternelle; car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »

Article 4 « Né du Père avant tous les siècles »

Le témoignage en est, dans le prologue de l’Évangile selon saint Jean: « nous avons vu sa gloire, gloire comme celle du Fils unique du Père »; et: « le Fils unique, qui est dans le sein de son Père »; et la parole de Jean le Baptiste: « celui qui vient après moi était avant moi, car il me précède »; et la parole du Seigneur sur lui-même: « avant qu’Abraham fût, je suis. »

Article 5 « Lumière de Lumière »

Le témoignage en est, dans le prologue de l’Évangile selon saint Jean: « il vint rendre témoignage à la Lumière, afin que tous croient par lui; il n’était pas la Lumière, mais [il vint] rendre témoignage à la Lumière — la vraie Lumière, qui éclaire tout homme venant en ce monde »; la parole du Seigneur à ses disciples: « je suis la lumière du monde »; et: « la lumière est avec vous encore un peu de temps; croyez en la lumière, afin de devenir des fils de la lumière »; et la parole de Siméon le prêtre: « une lumière révélée aux nations ».

Article 6 « Vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non créé, consubstantiel au Père »

Le témoignage en est, dans les paroles du Seigneur rapportées par l’Évangile selon saint Jean: « moi et le Père, nous sommes un »; « je suis sorti de Dieu et je suis venu »; « le Père est en moi, et moi dans le Père »; « qui m’a vu a vu le Père »; « qui m’a vu a vu celui qui m’a envoyé »; sa parole à Philippe: « qui m’a vu a vu le Père »; « croyez-moi: je suis dans le Père, et le Père est en moi »; et: « tout ce qui est au Père est à moi ». Et dans l’épître de Paul aux Hébreux: « il est le rayonnement de sa gloire et l’empreinte de sa substance. »

Article 7 « Par qui tout a été fait »

Cette formule ne figure pas dans certains exemplaires, mais elle est attestée dans le texte copte. Son témoignage a déjà été cité d’après le prologue de l’Évangile selon saint Jean: « tout fut par lui, et sans lui rien ne fut de ce qui fut »; et: « le monde fut par lui ».

Article 8 « Qui, pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux »

Le témoignage en est, dans les paroles du Seigneur — à lui la gloire — rapportées par l’Évangile selon saint Jean: « nul n’est monté au ciel, sinon celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme qui est au ciel »; et: « je suis venu afin que vous ayez la vie éternelle ». Dans l’Évangile selon saint Matthieu, la parole de l’ange à Joseph: « il sauvera son peuple de ses péchés ». Dans l’Évangile selon saint Jean: « Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui »; et sa parole aux disciples: « afin que par moi vous ayez le salut ». Et dans les épîtres de Paul, qui dit que Dieu a envoyé le Fils pour le salut, et avertit, dans l’épître aux Hébreux: « combien plus [seront châtiés] ceux qui détournent leur visage de celui qui est venu des cieux ».

Article 9 « Et s’est incarné du Saint-Esprit et de la Vierge Marie »

Le témoignage en est, dans l’Évangile, la parole de l’ange lorsqu’il annonça [à Marie] la conception divine: « le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre; c’est pourquoi le saint qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu »; et: « elle se trouva enceinte par le Saint-Esprit »; et la parole de l’ange à Joseph, son fiancé, en songe: « ne crains pas de prendre Marie, car ce qui est engendré en elle vient du Saint-Esprit »; et la parole de Paul, dans l’épître aux Romains: « Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme ».

Article 10 « Et s’est fait homme; il a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate; il a souffert, a été enseveli, et est ressuscité des morts le troisième jour, selon les Écritures »

Les quatre Évangiles attestent la crucifixion sous Ponce Pilate, la souffrance, l’ensevelissement et la résurrection d’entre les morts le troisième jour: ces témoignages sont clairs, leurs termes n’ont pas besoin d’être rapportés ici, et il n’y a là-dessus aucun désaccord parmi les chrétiens. Quant au fait qu’il s’est fait homme, le témoignage en est dans plusieurs paroles des saints Évangiles: « lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire »; le nom de « Fils de l’homme » qu’il se donne; sa parole aux disciples après sa sainte résurrection: « regardez: un esprit n’a ni chair ni os, comme vous voyez que j’en ai ». Et dans les épîtres de Paul: aux Romains, « né selon la chair de la descendance de David, et établi Fils de Dieu avec puissance, selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection d’entre les morts »; « nous qui avons cru en celui qui a ressuscité notre Seigneur Jésus-Christ, livré pour nos péchés et ressuscité pour notre justification »; « celui qui a ressuscité le Christ d’entre les morts fera vivre aussi vos corps mortels »; « le Christ Jésus est mort et ressuscité d’entre les morts; il est à la droite de Dieu, et il intercède pour nous ». Aux Colossiens: « il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenu semblable aux hommes; il s’est abaissé, obéissant jusqu’à la mort, et sa mort fut celle de la croix ». Et dans l’épître aux Hébreux: « la purification de nos péchés »; « parce qu’il a lui-même souffert et été éprouvé, il peut secourir ceux qui sont éprouvés »; « fixons les yeux sur Jésus-Christ, qui est le chef et le couronnement de notre foi, lui qui a enduré la croix ». Et dans le livre des Actes: « le chef de la vie, vous l’avez tué, et Dieu l’a ressuscité d’entre les morts »; « celui que vous avez tué en le pendant au bois, Dieu l’a ressuscité le troisième jour ».

Article 11 « Et il est monté aux cieux, et s’est assis à la droite du Père »

Le témoignage en est, dans les saints Évangiles: Marc dit: « après avoir parlé aux disciples, il monta au ciel et s’assit à la droite de Dieu »; Luc dit: « pendant qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel »; et sa parole dans l’Évangile selon saint Jean: « quoi donc, si vous voyez le Fils de l’homme monter là où il était d’abord ». Paul dit, dans l’épître aux Hébreux: « il s’est assis à la droite de la Majesté dans les hauteurs, devenu supérieur aux anges »; puis: « il s’est assis pour toujours à la droite de Dieu ». Et dans les Actes, la parole d’Étienne: « je vois les cieux ouverts, et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu ».

Article 12 « Et il viendra de nouveau dans sa gloire pour juger les vivants et les morts »

Le témoignage en est, sa parole dans le saint Évangile: « lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous ses saints anges avec lui, alors il siégera sur le trône de sa gloire; les nations seront rassemblées devant lui, et il les séparera les unes des autres comme le berger sépare les brebis des boucs ». Et: « le Père ne juge personne, mais il a remis tout le jugement au Fils ». Paul dit, dans la seconde épître à Timothée: « le Christ Jésus, qui jugera les vivants et les morts ». Et dans les Actes: « c’est lui que Dieu a établi pour juger les vivants et les morts ».

Article 13 « Et son règne n’aura pas de fin »

Le témoignage en est, dans le saint Évangile, la parole de l’ange Gabriel à la Vierge: « voici que tu concevras et enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; il sera grand, et il sera appelé Fils du Très-Haut; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père; il régnera sur la maison de Jacob pour toujours, et son règne n’aura pas de fin ».

Article 14 « Et [nous croyons] au Saint-Esprit, le Seigneur qui donne la vie, qui procède du Père »

Le témoignage en est, dans l’Évangile selon saint Jean, la parole du Seigneur Christ: « lorsque viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès de mon Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père ».

Article 15 « Qui, avec le Père et le Fils, reçoit adoration et gloire »

Le témoignage de l’ordre d’adorer se trouve dans la parole du Seigneur au tentateur, rapportée par l’Évangile selon saint Matthieu: « c’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et lui seul tu serviras »; et sa parole à la Samaritaine: « les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité, car le Père cherche de tels adorateurs; Dieu est esprit, et ceux qui l’adorent doivent l’adorer en esprit et en vérité ».

Article 16 « Qui a parlé par les prophètes »

Cette parole signifie que le Saint-Esprit est celui qui a parlé dans les prophètes lorsqu’ils ont annoncé, par inspiration et par prophétie, la venue du Seigneur Christ — l’Emmanuel, le Dieu éternel, le fils de Marie dans le temps, le berger éternel d’Israël. En disant « qui a parlé par les prophètes », le Symbole montre que l’Esprit est l’une des trois hypostases, égal au Père et au Fils dans la substance divine, et qu’il est celui qui a accordé aux prophètes la sagesse prophétique.

Article 17 « Et [nous croyons] en une seule Église sainte, universelle et apostolique »

L’Église, c’est l’assemblée; et l’assemblée du Christ est son bercail, et sa maison est son troupeau. Il a dit: « il y aura un seul troupeau et un seul berger ». Il dit aussi, dans l’Évangile selon saint Jean: « pour ceux qui croient en moi, afin qu’ils soient tous un »; « afin qu’eux aussi soient un en nous »; « je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, afin qu’ils soient un comme nous sommes un — moi en eux et toi en moi — afin qu’ils soient parfaits dans l’unité ». Et c’est une Église apostolique, parce qu’elle est bâtie sur le fondement de l’annonce évangélique par la prédication des apôtres; ainsi la parole de notre Seigneur à Pierre: « tu es le Roc, et sur ce Roc je bâtirai mon Église ».

Article 18 « Et nous confessons un seul baptême pour la rémission des péchés »

Confesser le baptême, c’est embrasser toute la foi chrétienne. Par lui, l’homme devient chrétien et naît du Saint-Esprit, qui l’enveloppe; et sans lui, nul n’entre dans le Royaume de Dieu — comme l’a dit le Seigneur dans son saint Évangile: « nul, s’il ne naît de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu ». Il a ordonné à ses disciples de faire de toutes les nations des disciples et de les baptiser. Paul, dans l’épître aux Éphésiens, dit: « un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême ».

Article 19 « Et nous attendons la résurrection des morts, et la vie du siècle à venir. Amen »

La résurrection générale des morts n’est tenue pour certaine que parce que le Seigneur Christ en a parlé; et sa mention dans le saint Évangile réfute les négateurs qui disent qu’il n’y a pas de résurrection. Ainsi sa parole: « n’avez-vous pas lu ce que Dieu vous a dit: Je suis le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac et le Dieu de Jacob? Or il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants ». Il l’a confirmée par ses actes, lorsqu’il a ressuscité Lazare, le fils de la veuve et la fille du chef de la synagogue; et enfin lorsqu’il s’est ressuscité lui-même d’entre les morts. Quant à la vie du siècle à venir, le témoignage en est dans la parole de l’Évangile: « afin que tout homme qui croit en lui ait la vie éternelle »; « afin de donner la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés »; « celui qui croit en moi a la vie éternelle »; « ceux-ci iront au châtiment, et les justes à la vie éternelle »; et la parole de Paul, qui décrit ceux qui ont cru comme aspirant à la vie éternelle.

Commentaire abrégé du Symbole, par l’évêque Sévère ibn al-Muqaffaʿ

Sévère ibn al-Muqaffaʿ[64] a dit:

« Nous croyons en un seul Dieu, le Père tout-puissant »

La foi est l’assentiment; et l’assentiment, c’est la confession unie à une intention ferme et à la certitude. Le croyant ne doit donc énoncer que ce qu’il a cru, tenu pour vrai, dont il s’est rendu certain. Si nous disons « un seul » Dieu, c’est pour écarter la parole de ceux qui disent que Dieu est plus qu’un, parmi les groupes dissidents à la croyance corrompue: car des dieux multiples, leur gouvernement ne serait pas ordonné, et il y aurait nécessairement entre eux contradiction et désaccord — tous défauts qui impliquent un commencement, une imperfection, une corruption. Le croyant écarte donc ces propos et confesse que Dieu est un dans sa substance, distinct de tous les êtres, sans rien qui lui ressemble dans le monde, et sans associé dans son œuvre créatrice.

Nous l’avons nommé « Père » comme une bénédiction, suivant la parole d’Isaïe et celle de l’Évangile, où il nous est ordonné, quand nous nous tournons vers Dieu et le supplions, de dire: « Notre Père qui es aux cieux » — c’est-à-dire qu’il est tendre envers nous comme un père envers son enfant, ainsi que l’atteste David: « Dieu prend en pitié ceux qui le craignent, comme un père est tendre envers son enfant. » Et « tout-puissant » [65] — en grec « Pantocrator » — parce que toutes choses sont tenues dans sa main et gardées par lui. Certains ont prétendu qu’il ne gouverne que les universaux et non les particuliers — c’est-à-dire les genres et les espèces, mais non les individus: c’est la thèse de Platon et de ses partisans, et elle est écartée.

« Créateur du ciel et de la terre, du visible et de l’invisible »

Puisqu’il a été confessé que Dieu est un et qu’il tient toutes choses, il fallait montrer qu’il est le créateur du ciel et de la terre. Cela écarte la parole d’Anaxagoras le philosophe, qui prétendait que le monde est composé d’éléments mus par un moteur; cela écarte aussi ceux qui disent que les mondes sont infinis. Et c’est une réponse à Mani, à Bardaisan, à Marcion et à leurs semblables, qui prétendaient que les ténèbres créent certaines choses et la lumière d’autres: il n’existe pas deux principes créateurs, et le mal n’a aucune part dans la création. Tout cela est l’œuvre du Dieu unique et généreux; rien de ce qui se voit ou ne se voit pas — anges, puissances spirituelles, et le reste — n’a d’autre auteur que lui.

« Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, le Fils unique de Dieu »

C’est une réponse à ceux qui parlent de plusieurs seigneurs. Car bien des êtres — les anges, et beaucoup d’hommes — sont parfois appelés « seigneurs » par manière d’honneur; mais les Pères ont dit « un seul Seigneur, Jésus-Christ », et ont fait savoir que ceux qu’on nomme ainsi ne le sont qu’à titre d’honneur, tandis que le Seigneur véritable, le Dieu adoré, est un.

« Né du Père avant tous les siècles »

Cela signifie que ce Fils est proprement né du Père, et que ceux qu’on appelle [fils] par ailleurs ne le sont pas ainsi. La naissance de Jésus le Christ est avant les temps, les siècles et les mondes; comme l’a dit David le prophète: « du sein, avant l’étoile du matin, je t’ai engendré »; et les Pères ont confirmé qu’il est né du Père de toute éternité, sans que nous puissions en saisir le « comment » — de même que nous ne savons pas comment Dieu a créé le monde.

« Lumière de Lumière, vrai Dieu de vrai Dieu »

Les Pères ont voulu nous montrer la manière de sa naissance du Père avant les siècles: ils ont comparé sa génération à la naissance de la lumière à partir de la lumière. Ils voulaient dire que ce rayon que tu vois procède de la lumière sans temps et sans séparation, et que jamais la lumière ne se trouve sans lui; de même, le rayon du soleil procède de la substance du soleil, et la clarté du feu, du feu. Telle est la naissance du Fils à partir du Père — non comme les naissances des créatures. Ils ont aussi comparé cette naissance à la procession de la parole à partir de l’intelligence et de l’âme.

Et « vrai Dieu de vrai Dieu » signifie qu’il n’est pas Dieu par honneur et par grâce — comme Moïse fut appelé « dieu » pour Pharaon, et comme les Israélites furent appelés « dieux ». « Vrai Dieu de vrai Dieu » est un attribut que nul ne partage avec lui et où nul ne l’égale. Les Pères entendaient par là le Verbe-Fils, engendré de la substance et de l’essence du Père, et qu’il est hypostatique: c’est pourquoi ils l’ont appelé « Dieu » et l’ont décrit par les attributs de Dieu.

« Engendré, non créé, consubstantiel au Père »

Ici, les Pères ont montré l’erreur d’Arius, qui prétendait que la manière de la naissance du Verbe à partir du Père ne peut être saisie, et tenait le Fils pour une créature. En disant « engendré, non créé, consubstantiel au Père », ils ont écarté cette erreur et affirmé que le Fils est de la substance même du Père. — L’auteur de cet abrégé ajoute: sur les fondements de la croyance, et sur la Trinité et l’Union, il a déjà été dit, dans les chapitres précédents, ce qui suffit à qui veut y réfléchir.

« Qui, pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu des cieux »

Il convenait que notre salut vînt de Dieu lui-même, et non par l’intermédiaire d’un ange ni d’une créature; car les hommes vertueux n’avaient pas le pouvoir d’élever les hommes au salut, et les prophètes véridiques n’avaient pu accomplir pleinement notre salut. C’est pourquoi Dieu lui-même est descendu pour nous sauver.

« Et a été crucifié pour nous sous Ponce Pilate; il a souffert, a été enseveli, et est ressuscité le troisième jour selon les Écritures »

Le sens du salut a déjà été expliqué: ce salut s’est accompli par la crucifixion que le Christ a portée pour nous. Il s’est fait pour nous l’auteur de notre salut, de la manière qui convenait à sa sagesse et à sa puissance; et le démon n’a pu, par toute sa ruse et sa force, empêcher le salut et la délivrance du monde par la croix. Si les Pères ont nommé Pilate, en indiquant le temps, c’est pour que cela demeurât conservé, dans les régions du monde, comme un repère certain. Et ils ont dit « il a souffert, a été enseveli » pour réfuter la parole de quiconque prétend qu’il n’a pas réellement souffert — c’est-à-dire les partisans de Mani, de Bardaisan et de leurs semblables, qui disaient que son corps était subtil et qu’il n’a souffert qu’en apparence. Sa crucifixion et sa souffrance furent réelles.

« Et il est monté au ciel, et s’est assis à la droite de son Père »

Ici encore, les Pères suivent l’Évangile: « nul n’est monté au ciel sinon celui qui en est descendu ». Sa montée fut sans cessation, et sa descente comme sa montée sans déplacement local: car Dieu — qu’il soit béni — n’a pas besoin, en descendant ou en montant, de parcourir des distances ni de remplir des lieux. Et par « la droite du Père », ils entendent la puissance, la force et l’honneur — comme dit David: « assieds-toi à ma droite » — et non un côté droit par opposition à un côté gauche.

« Et il viendra de nouveau dans sa gloire pour juger les vivants et les morts; et son règne n’aura pas de fin »

Le Christ a deux venues: l’une, celle où il est venu sauver les hommes de la main de l’ennemi; l’autre, celle où il viendra juger les vivants et les morts, à la fin du monde et à l’arrêt de son mouvement. Le prophète Daniel a annoncé cette seconde venue.

« Et [nous croyons] au Saint-Esprit, le Seigneur qui donne la vie, qui procède du Père; qui, avec le Père et le Fils, reçoit adoration et gloire; qui a parlé par les prophètes »

Après que les Pères nous eurent instruits au sujet du Père et du Fils, et eurent fixé pour nous comment notre foi devait être, ils ont professé le Saint-Esprit. Il est l’unique Esprit, le Seigneur qui donne la vie, qui procède du Père, égal au Père et au Fils dans la substance — contre l’erreur de Macédonius, qui le tenait pour une créature. Il reçoit adoration et gloire avec le Père et le Fils; et il est celui qui a parlé dans les prophètes, leur accordant la sagesse prophétique par laquelle ils ont annoncé la venue du Christ.

« Et en une seule Église catholique apostolique; et nous confessons un seul baptême »

L’Église est l’assemblée des croyants; elle est apostolique parce qu’elle est bâtie sur le fondement de la prédication des apôtres, et sur le roc dont parla le Seigneur à Pierre. Quant au baptême, les anciens ont compté plusieurs baptêmes: le baptême par la nuée; le baptême par l’eau, celui de Jean; le baptême des apôtres, par le Saint-Esprit; le baptême des martyrs, par leur sang; et le baptême des larmes, pour les pécheurs. Le baptême de Jean ne donnait pas le Saint-Esprit: il appelait seulement les hommes au repentir et à la foi au Christ. Mais après la résurrection, lorsque le Christ envoya le Saint-Esprit, le Défenseur, [commença] le baptême de l’Esprit. Ce baptême-là, accompli après la résurrection, est celui qu’a annoncé Ézéchiel: « je répandrai sur vous une eau pure, et je remplacerai le cœur de pierre par un cœur vivant ». C’est l’unique baptême qui remet les péchés: il est comme une mort, puis une vie nouvelle; car nous étions morts par le péché d’Adam, et nous sommes rendus à la vie et enfantés de nouveau — un baptême de vie nouvelle. C’est celui dont le Christ parla à Nicodème: « nul, s’il ne naît de l’eau et de l’Esprit, ne peut entrer dans le Royaume de Dieu ».

« Et nous attendons la résurrection des morts, et la vie du siècle à venir. Amen »

Les croyants qui ont cru en Dieu et en son Christ, qui ont marché dans les vertus et rejeté les vices, qui ont dépouillé l’homme ancien et revêtu l’homme nouveau, attendent la résurrection: ils seront rendus à la vie pour l’éternité, ils entreront dans le Royaume, et jouiront de biens que l’œil n’a pas vus, que l’oreille n’a pas entendus, qui ne sont pas montés au cœur de l’homme — selon la parole du Seigneur: « là où je suis, là sera aussi mon serviteur. » Que Dieu nous aide, par sa miséricorde et sa compassion, à accomplir les œuvres qui y conduisent. Amen. Et gloire au Donateur de l’intelligence.

L’origine du schisme survenu dans l’Église

L’Église ne cessa de demeurer unie et d’un même accord. Chaque fois que paraissait une erreur contre la foi droite et la croyance ferme, les Pères patriarches et les évêques se réunissaient, dissipaient les doutes et abolissaient les erreurs, aidés en cela par les empereurs croyants — et il en fut ainsi durant cent vingt ans à compter de la glorieuse Ascension.

Une controverse s’était élevée, à Constantinople, entre un moine-prêtre nommé Eutychès et Eusèbe, évêque de Dorylée, au sujet de la foi; l’évêque réfuta la doctrine d’Eutychès. Car Eutychès disait que le corps de notre Seigneur est subtil, qu’il n’est pas semblable à nos corps, et que le Fils n’a rien pris de Marie. Flavien, évêque de Constantinople, condamna Eutychès et l’anathématisa. Eutychès en appela à l’empereur Théodose et se plaignit d’avoir été anathématisé injustement; il demanda à l’empereur d’écrire à tous les patriarches pour qu’ils s’assemblent et examinent son cas. L’empereur écrivit à Dioscore, patriarche d’Alexandrie, à l’évêque d’Antioche, à Léon, patriarche de Rome, et au patriarche de Jérusalem, pour qu’ils viennent avec leurs évêques. Ils se réunirent dans la ville d’Éphèse — c’est le deuxième concile —, et celui qui le présidait était Dioscore, déjà nommé. Il y confirma la foi droite et retrancha quiconque s’y opposait.

Lorsque l’empereur Théodose le Jeune mourut, le pouvoir échut à Marcien, qui avait épousé Pulchérie, sœur de Théodose. Les évêques vinrent le saluer et l’informèrent de ce qui s’était passé au deuxième concile et de ce qu’avait fait le patriarche Dioscore. Marcien ordonna alors d’écrire aux patriarches et aux évêques pour qu’ils s’assemblent tous dans la ville de Chalcédoine,[66] afin d’examiner la doctrine de Dioscore. Car Dioscore disait que le Christ est une seule substance issue de deux substances, une seule hypostase issue de deux hypostases, une seule nature issue de deux natures, une seule volonté issue de deux volontés; tandis que Marcien et les gens de son empire disaient qu’il est deux substances, deux natures, deux volontés, et une seule hypostase.

Lorsque ce concile se réunit — et le nombre de ses évêques était de six cent trente —, ils jugèrent bon de se ranger à l’avis de l’empereur, par crainte d’être déposés de leurs rangs: ils acceptèrent sa doctrine et adoptèrent sa croyance. Seuls Dioscore, patriarche d’Alexandrie, et six autres évêques avec lui ne s’écartèrent pas de l’opinion juste et refusèrent.[67] Lorsque les évêques du concile rédigèrent un document de ce dont ils étaient convenus, Dioscore le réclama pour y inscrire [sa réponse], et on le lui envoya. Ayant vu leur doctrine, il écrivit sa profession de foi et anathématisa ces évêques et quiconque suivrait leur doctrine. Marcien voulut le mettre à mort; puis il le fit comparaître devant les évêques, qui le pressèrent de se rallier à eux. Comme il refusait, le concile l’anathématisa et le déposa de son siège, puis l’exila — et cela eut lieu en l’an 393 de Dioclétien.[68].

Dioscore envoya à Alexandrie les poils arrachés de sa barbe, en disant aux fidèles: « Voilà le fruit de ma peine pour la foi. » Dès lors, l’ennemi sema l’ivraie de la division entre ceux qui demeurèrent fermes avec Dioscore dans sa foi et ceux qui suivirent l’empereur dans sa doctrine. Sur le chemin de son exil, Dioscore passa par Jérusalem et la terre de Palestine, où l’on connut sa doctrine et où on le suivit. Son exil dura sept ans et demi, et il mourut dans l’exil, en l’île de Gangra, le septième jour du mois de Tout.

Plus tard, Sévère fut établi patriarche d’Antioche; il proclama la foi orthodoxe et écrivit en tout lieu pour affermir l’Église. L’empereur — qui était chalcédonien — l’apprit et s’efforça de ramener tous les hommes à sa doctrine: il fit venir Sévère, patriarche d’Antioche, et les évêques d’Orient, et voulut qu’ils se rangent à son avis. Aucun d’eux ne le suivit; il ordonna donc de les arrêter, et Sévère fut détenu deux ans, jusqu’à ce que l’impératrice Théodora intercédât pour lui et le fît libérer. Il revint à son siège. L’empereur se rendit en Égypte, fit venir les évêques disposés à le suivre, et contraignit les fidèles à se rallier à lui et à accepter sa foi.

Or il y avait un fidèle nommé Jacques Baradée, que le patriarche Sévère avait ordonné évêque alors qu’il était lui-même en prison. Jacques parcourut les pays et sillonna les contrées, affermissant les croyants dans la foi droite — et c’est à lui que se rattache l’ancien nom par lequel on désignait les orthodoxes.[69] Sévère, lui, fut encore convoqué à Constantinople par un empereur qui lui témoigna des honneurs et voulut le rallier à sa doctrine; il refusa, subit de dures épreuves, et l’épouse de l’empereur intercéda enfin pour lui. Il ne cessa d’affermir les croyants dans la foi, et mourut en paix. Il occupa le siège d’Antioche six ans, et demeura dans le combat [pour la foi] de longues années.

Ces deux Pères — Sévère et Jacques — ont, eux aussi, édifié la foi et préservé les fondements de la religion. Que leurs prières soient avec nous. Amen.

Fin du second chapitre

Chapitre 3

Les récits de l’Incarnation du Seigneur et la chronologie de ses années

Ce chapitre contient le récit de la glorieuse Nativité et de l’économie de l’Incarnation de notre Seigneur — à lui la gloire —, son choix des apôtres pour annoncer la Nouv elle Alliance, et la mention des années où s’accomplit son économie de salut.

La chronologie depuis la création

La glorieuse Nativité eut lieu à l’accomplissement de cinq mille ans pour le monde.[70] De Cléopâtre à l’Incarnation, il y a trente ans; d’Alexandre le Macédoni en,[71] trois cent dix-neuf ans; de la captivité de Babylone, cinq cent trente-deux ans; du règne de David sur Israël, mille cinquante ans; de la sortie des fils d’Israël hors d’Égypte, mille sept cent soixante-cinq ans; d’Abraham, deux mille cent soixante-douze ans; de Péleg, deux mille sept cent treize ans; du Déluge, trois mille deux cent quarante et un ans; et d’Adam, cinq mille ans.

On a déjà exposé, au premier chapitre, l’Union et ses raisons — et que l’une des plus fortes est la générosité de Dieu, qui appelait son union à notre genre. Lorsqu’il voulut, qu’il soit béni, porter cette générosité à son comble et la faire passer de la puissance à l’acte dans l’existence, il envoya son Verbe éternel — l’hypostase qui lui est égale en essence — à la Vierge Marie, fille de Joachim, de la tribu de Juda, comme il l’avait promis d’avance; et il s’incarna d’elle.

En marge du texte. Joachim, le père de Marie, était de la tribu de Juda; Anne, sa mère, était des filles d’Aaron, de la tribu de Lévi. Marie réunissait ainsi les deux tribus, celle de la royauté et celle du sacerdoce; et c’est d’elle qu’est apparu le Roi des rois éternel et le Grand Prêtre perpétuel.

La Nativité à Bethléem

Il naquit d’une naissance dans le temps, à Bethléem, au pays d’Éphrata — le village de David —, le mardi vingt-cinq décembre, qui est le vingt-neuf du mois de Kihak,[72] la quarante-deuxième année du règne d’Auguste César, empereur des Romains, sous le gouvernement d’Hérode Antipas sur le quart de la Judée.

En marge du texte. Le saint Épiphane, évêque de Chypre, a rapporté que la Nativité eut lieu un lundi; c’est pourquoi la fête est gardée sur les deux jours. Les apôtres ont prescrit de la célébrer le vingt-neuf [Kihak], car la nuit qui précède, le soir du lundi joint au jour du mardi, forment un seul jour, selon la parole de Dieu dans la Torah.

Les bergers et les mages

L’ange du Seigneur annonça aux bergers de cette contrée sa naissance, et ils vinrent à lui; on rapporte qu’ils lui offrirent un agneau et du lait. Puis vinrent à lui les mages d’Orient, guidés par la puissance qui leur était apparue dans le ciel sous la forme d’une étoile, leur servant de guide; et ils lui présentèrent en offrande de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

En marge du texte. On dit que les bergers étaient six, et voici leurs noms: Athir, Zabulon, Nostos, Niphalios, Joseph, et Sana (ou Rabbâ). — Les mages venus à Jérusalem étaient trois; voici leurs noms: le premier, Banthourâwâm, qui offrit l’or; le deuxième, Malîkhiyâ, qui offrit l’encens; le troisième, Malîsâ, qui offrit la myrrhe. À leur sortie de Bethléem, ils logèrent dans la maison d’un homme, en Perse.

La fuite en Égypte et l’enfance

L’économie humaine se poursuivit dans la croissance et le développement. Joseph le charpentier l’emmena en Égypte avec Marie sa mère, et les idoles [du pays] s’effondrèrent; il parvint jusqu’à la Haute-Égypte, en revint après deux ans, et habita Nazareth de Galilée, afin que s’accomplît tout ce qui était écrit à son sujet.

Le baptême dans le Jourdain

Lorsqu’il eut atteint l’âge naturel de trente ans, il fut baptisé par Jean, fils de Zacharie, dans le fleuve du Jourdain, le mardi six janvier, qui est le onze du mois de Toubah. Le Saint-Esprit descendit sur lui sous la forme d’une colombe et demeura sur lui; et la voix du Père retentit du ciel, disant: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis ma faveur. » Alors il commença à manifester la Loi de la grâce et de la perfection.

En marge du texte. L’évêque Anba Jacques de Saroug a rapporté que le baptême eut lieu à la onzième heure de la nuit du mardi; c’est pourquoi on lui consacre une veille, comme pour la Nativité.

Le ministère, et le choix des apôtres

Il exhorta les hommes par ses paroles et par ses actes, montrant qu’il est le Christ, Fils de Dieu, venu dans le monde pour le salut de la postérité d’Adam. Il adressait la plus grande part de ses avertissements aux juifs; mais ceux-ci ne faisaient que croître en obstination, en reniement et en incrédulité — hormis celui dont le voile du cœur était levé, à qui une porte était ouverte, et qui était guidé vers la foi en son Seigneur.

Parmi ceux qui crurent à ses signes et tinrent pour vrai ce qu’ils voyaient de ses miracles, il choisit douze hommes, qu’il appela « apôtres »; puis soixante-dix autres. Il les établit pour accomplir des signes en son nom, et les envoya prêcher parmi les fils d’Israël la bonne nouvelle de l’Évangile, et [annoncer] leur délivrance de la servitude de Satan. Il demeura sur la terre, depuis sa naissance de la Vierge jusqu’au jour de son Ascension, trente-trois ans, quatre mois et dix jours — dont trente ans et douze jours avant le baptême; et il accomplit les signes pendant trois ans, deux mois et dix-huit jours.

La passion et la crucifixion

Puis [les juifs] se tournèrent contre lui et le condamnèrent à mort; il se livra pour être crucifié, de sa propre volonté, et mourut pour nous selon la chair, par son propre vouloir. Sa crucifixion eut lieu à la sixième heure.[73] Ce fut le vendredi vingt-trois du mois d’Adhar, qui est le vingt-sept de Baramhat, sous Ponce Pilate, en l’an trois cent dix-neuf d’Alexandre, la dix-huitième année du règne de Tibère César, fils d’Auguste César, hors de la ville de Jérusalem, en un lieu nommé Golgotha — ce qui se traduit, en hébreu, par « le crâne ».

En marge du texte. Saint Jean situe la crucifixion à la sixième heure, et Marc à la troisième: les deux affirmations sont justes. Notre Seigneur — à lui la gloire — fut condamné trois heures avant l’aube, et crucifié à la troisième heure du jour: cela fait six heures, comme l’indique Jean, et trois heures de jour, comme l’indique Marc.

En marge du texte. On rapporte que ce lieu est celui où se sont accomplis les mystères de la croix. C’est là que poussa l’arbre dont fut tiré le bois de la croix; là qu’Abraham offrit son sacrifice; là que Melchisédech exerça son sacerdoce; là que David offrit l’offrande, et que se dressa le Temple de Salomon. La tradition rapporte qu’à l’approche de la mort de Yared — sixième dans la descendance d’Adam — celui-ci appela ses fils et leur confia le corps d’Adam ainsi que les trois offrandes: l’or, la myrrhe et l’encens. Il recommanda que le corps d’Adam fût placé, après sa mort, au centre de la terre, et qu’un homme de sa descendance y servît, vivant en ascète: qu’il ne se marie pas, ne verse pas le sang, n’offre ni oiseau ni aucun animal, mais seulement du pain et du vin — car c’est de là que viendrait le salut d’Adam. Noé prit le corps d’Adam; Sem et Melchisédech le portèrent; un ange du Seigneur les guida jusqu’au centre de la terre, et là Melchisédech demeura pour servir en ce lieu.

La mort, l’ensevelissement et la résurrection

Il remit l’esprit à la neuvième heure du jour, et fut enseveli dans un tombeau, comme l’atteste l’Évangile. À sa droite et à sa gauche furent crucifiés deux malfaiteurs: l’un crut en lui et fut sauvé; l’autre le renia. Et il ressuscita d’entre les morts le troisième jour, sortant du tombeau scellé sans le rompre — de même qu’il était né de la Vierge sans rompre sa virginité —, afin que les juifs ne pussent mettre en doute sa résurrection.

Les apparitions du Ressuscité

Après sa résurrection, il apparut plusieurs fois. Marie de Magdala et l’autre Marie virent l’ange qui leur annonça sa résurrection; puis elles le virent lui-même, et il les envoya l’annoncer aux disciples. Il apparut aux disciples le soir du dimanche, dans la chambre haute, alors que les portes étaient fermées; il se tint au milieu d’eux et leur dit: « La paix soit avec vous », et il leur montra ses mains et ses pieds. Huit jours plus tard, il leur apparut de nouveau dans la chambre haute. Il leur apparut encore au bord du lac de Tibéria de, et en d’autres occasions, mangeant et buvant avec eux, afin d’affermir leur connaissance et de leur faire constater la vérité de sa résurrection; et ils se prosternèrent devant lui.

L’Ascension

Puis, comme l’atteste Luc, lors de l’apparition où il se montra aux onze, il se tint au milieu d’eux, leur dit « La paix soit avec vous », prit une part de poisson grillé et de miel, et mangea devant eux. Ensuite il les conduisit dehors, vers Béthanie; il leva les mains, les bénit, et monta devant eux au ciel, depuis la montagne qui domine Jérusalem. Son Ascension eut lieu un jeudi.

Les disciples affermirent leur connaissance de lui, eurent la certitude de sa résurrection, et se prosternèrent devant lui. Il leur ouvrit l’intelligence des Écritures, et leur ordonna de demeurer à Jérusalem jusqu’à ce qu’ils fussent revêtus de la force d’en haut; puis ils iraient faire de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et leur enseignant à garder ce qu’il leur avait commandé.

La Pentecôte

Lorsqu’il leur envoya le Saint-Esprit, le Défenseur, accomplissant ainsi ses promesses, les disciples étaient réunis dans la chambre haute, les portes fermées. Soudain, du ciel, vint le bruit d’un grand vent; il emplit la chambre haute de feu et de lumière; des langues de feu apparurent et se posèrent sur la tête de chacun d’eux. Ils furent remplis du Saint-Esprit, et chacun se mit à parler dans la langue de ceux vers qui il serait envoyé. Ils comprirent et parlèrent les langues diverses, et furent émerveillés. Puis [le Christ] posa la main sur leurs têtes et les bénit — comme le rapporte Luc — et les établit prêtres, à la place des prêtres rejetés des fils d’Israël; car Dieu avait parlé ainsi par la bouche de Malachie.

L’organisation de l’Église et la rédaction des Évangiles

Les apôtres, remplis du Saint-Esprit, furent inspirés pour écrire l’Évangile, et pour fixer ce que devraient accomplir les chrétiens qui viendraient à la foi par leurs mains: la prière, le culte, et les règles à observer. Ils s’accordèrent tous pour le choix de ceux qui écriraient l’Évangile, et désignèrent quatre d’entre eux: deux d’entre les Douze — Jean, fils de Zébédée, et Matthieu le publicain — et deux d’entre les Soixante-dix — Luc et Marc. Ils écrivirent les quatre Évangiles, et les autres en firent des copies.

Ils posèrent les fondements des préceptes, des règles et des lois; chacun d’eux reçut un exemplaire de l’Évangile, un exemplaire de ces canons, une part du saint chrême du baptême, et une part de l’oblation eucharistique. Et l’on rapporte que les disciples reçurent ce bien par une inspiration de Dieu, et qu’ils gardèrent l’offrande que notre Seigneur le Christ avait sanctifiée le jeudi de la Pâque.

Et voici que nous allons rapporter un résumé des récits des apôtres et des disciples choisis, avec une concise éloquence, pour conclure cette section conformément au but de ce sujet — avec l’aide du Donateur de la clairvoyance et de l’illumination des cœurs; à lui la gloire, toujours et à jamais.

Fin du troisième chapitre

Chapitre 4

Les récits des apôtres et des disciples

Ce chapitre rassemble les récits des apôtres — les compagnons de notre Sauveur Jésus-Christ — et des disciples choisis.[74]

Les douze apôtres

1. Pierre

C’est Simon, appelé Pierre, qui est aussi Kîfâ — et « Pierre (Képhas) » se traduit par « le Roc ». Son père se nommait Jonas, sa mère Joanna; il était de la tribu de Nephtali, de Bethsaï de, du district de Tibéria de. Lui, son père et son frère étaient pêcheurs. Il prêcha, trente-cinq ans après l’Ascension, à Jérusalem et aux alentours, à Antioche, et à Rome — où il se rendit à cause de Simon le Magici en, que Dieu fit périr par ses mains. Il accomplit des prodiges et des miracles, et beaucoup crurent par lui. Il a laissé deux épîtres dans le Catholicon.[75]Il subit le martyre à Rome, sous Néron: Agrippa, le gouverneur de la ville, le fit saisir et crucifier la tête en bas, le cinquième jour d’Abib, qui correspond au vingt-neuf juin, un peu plus de trente ans après l’Ascension. Son corps est à Rome. Le mot « Pierre (Képhas) » se trouve dans l’Évangile selon saint Jean et dans l’épître aux Galates.

En marge du texte. D’après le Livre de la Tour:[76] Pierre rendit la vie à un mort, fit marcher un paralysé, abolit la sorcellerie et accomplit tant de miracles que les malades étaient guéris par son ombre. Son lot, tiré au sort, fut Rome, Antioche et les côtes. Il avait épousé la fille d’Aristobule, le père de Marc l’Évangéliste.

2. André

Sa prédication eut lieu dans un pays du Nord et ses environs, avec son disciple Philémon, dont la voix mélodieuse et les chants entraînants amenèrent une foule nombreuse à la foi. André prêcha à Nicée, à Nîghous, en Achaïe, à Byzance, dans la ville de Skètè, dans la ville d’Argélaüs, et au pays des cannibales. Il accomplit des prodiges, et beaucoup crurent par lui. Sa prédication dura trente-trois ans, et il mourut martyr. Son nom signifie « le courageux »; il était de la tribu de Nephtali. Sa fête est célébrée le quatrième jour de Kihak, qui correspond au trente novembre.

En marge du texte. Selon les exemplaires, on dit aussi qu’il gagna les îles de la mer et le pays des Berbères; qu’il fut martyrisé dans la ville de Nîghous, ou bien dans une ville de Chypre. D’après le Livre de la Tour, il fut tué et crucifié à Patras, la dernière des villes échues à son lot; il fut enseveli à Byzance.

3. Jacques, fils de Zébédée

Son père, et son frère Jean, étaient pêcheurs; sa mère se nommait Salomé. Le Seigneur Christ — à lui la gloire — leur donna, à lui et à son frère, le nom de « Boanergès », qui se traduit par « fils du tonnerre ».[77] Il était de la tribu de Zabulon, de Bethsaï de. Lorsque les apôtres se partagèrent [les régions], une terre lointaine échut à son lot; il y prêcha et amena une foule nombreuse à la foi. Il subit le martyre sous Hérode Agrippa, à Jérusalem, le dix-septième jour de Barmouda.

4. Jean

Fils de Zébédée, frère de Jacques, il était l’un des grands disciples; notre Seigneur l’aimait. C’est à lui que le Seigneur confia, du haut de la croix, sa mère la Vierge, lui disant: « Voici ta mère », et à elle: « Voici ton fils »; et il la prit chez lui. Son lot fut l’Asie, Éphèse et ses régions; il y prêcha, et écrivit son Évangile en grec, la deuxième année après l’Ascension. Il écrivit aussi des épîtres dans le Catholicon. Il mourut d’une mort naturelle, très âgé; on dit que ce fut à Éphèse, ou dans l’île de Patmos — où il reçut l’Apocalypse —, le quatrième jour de Toubah. Son nom signifie « grâce ».

En marge du texte. Athanase a rapporté que Jean fut appelé « le Théologi en » et « fils du tonnerre » à cause de la hauteur de ses sujets et de l’élévation de ses paroles. — C’est de lui que le Seigneur dit à Pierre: « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? »

5. Philippe

Son nom est grec et signifie « ami des chevaux ». Son père se nommait Julien; son métier était le dressage des chevaux. Il était de la tribu d’Aser, de Bethsaï de de Galilée — la ville d’André et de Pierre. Il prêcha à Césarée, mourut le huitième jour de Hatour, et y fut enseveli.

6. Barthélemy

On dit que son nom était Yashouʿ; son père, originaire d’Hébron; sa famille était de jardiniers. Il prêcha trois ans dans la région des Oasis. Il gagna ensuite la ville d’André et prêcha sur la côte, où beaucoup crurent par ses mains. Il fut enseveli dans une église arménienne; son martyre eut lieu le premier jour de Tout (selon un autre exemplaire, le quinze).

En marge du texte. Le Livre de la Tour rapporte que son nom était Nathanaël, fils de Tolmaï, de la tribu d’Issachar; qu’il gagna l’Assyrie, Babylone, les mers et les îles de la Chine la plus lointaine; et qu’il fut tué et crucifié dans une ville du pays d’Arménie.

7. Thomas, le Jume au

Son nom est grec et signifie « le jumeau ». Il était de la tribu de Juda, de Jérusalem. Il prêcha en Inde et au Sind; il se vendit lui-même à un roi de l’Inde, comme médecin et artisan. On le maltraita; on lui arracha la peau, et il la porta lui-même. Il ressuscita des morts, accomplit des signes, guérit les malades et amena beaucoup d’hommes à la foi; sa prédication atteignit les régions au-delà de la mer Rouge. Il gagna la Macédoine et y prêcha; il fut martyrisé sur une route de l’Inde, transpercé de lances.

8. Matthieu l’Évangéliste

C’est le publicain; il était aussi appelé Lévi. Il était de la tribu d’Issachar, de Nazareth. Il prêcha en Palestine — à Hébron, Tyr, Sidon et Bostra — et entra dans des contrées lointaines. Il écrivit l’Évangile après l’Ascension, la huitième année, en langue hébraïque. Il subit le martyre à Carthage; on dit aussi qu’il fut tué à Bostra par le roi du lieu — lapidé, puis frappé du glaive — le douzième jour de son mois, et enseveli à Carthage de Césarée.

9. Jacques, fils d’Alphée

Il était de la tribu de Manassé, de Sébaste, près de Naplouse; son métier était la charpenterie. Il prêcha dans les pays de l’Inde, puis revint à Jérusalem, où il accomplit des miracles. Il subit le martyre — lapidé — le dixième jour d’Amchir, et fut enseveli près du Temple, à Jérusalem.

En marge du texte. Le Livre de la Tour rapporte qu’il prêcha parmi les habitants de la Palestine, et qu’il y fut tué par le glaive.

10. Jude, fils de Jacques — appelé aussi Lebbée ou Thaddée

Il était de la ville d’Antioche, de la tribu de Siméon. Il prêcha en Syrie et dans la Djézireh, et mourut à Beyrouth, le second jour d’Abib (selon un autre exemplaire, le sixième de Barmouda).

En marge du texte. Selon un autre exemplaire, son lot fut le pays du Daylam, Mossoul et l’Irak; il fut tué dans les terres des Arméniens. — Le Livre de la Tour distingue les noms: Luc l’appelle d’un nom dans l’Évangile et les Actes, tandis que Marc et Matthieu l’appellent Thaddée et Lebbée.

11. Simon le Canané en, dit le Zélote

Il était proche parent de Nathanaël. Le texte le rattache à l’épisode de l’Évangile où Philippe trouve Nathanaël en disant: « Nous avons trouvé celui dont Moïse et les prophètes ont écrit »; le Seigneur lui dit alors: « Avant que Philippe t’appelât, lorsque tu étais sous le figuier, je t’ai vu »; et Nathanaël répondit: « Tu es le Fils de Dieu, tu es le roi d’Israël. » On rapporte qu’il était l’époux des noces de Cana, où le Seigneur changea l’eau en vin. Il prêcha à Alep, à Manbij, à Byzance et en Samarie; il vécut, dit-on, cent vingt ans, devint évêque de Jérusalem, et fut livré par les juifs au roi, qui le fit crucifier. Son martyre est commémoré le neuvième jour d’Abib.

En marge du texte. Le texte mêle ici plusieurs traditions; selon un autre exemplaire, Nathanaël est « fils de Tolmaï » — en hébreu « Bar-Tolmaï » —, ce qui le rapproche de Barthélemy. Les anciens ne s’accordaient pas sur l’identification de ces apôtres.

12. Matthias

Il fut choisi parmi les soixante-dix disciples pour compléter le nombre des apôtres, lorsque le sort tomba sur son nom: les disciples le mirent à la place de Judas l’Iscariote.[78] Il était de la tribu de Ruben. Il prêcha en Sicile, ainsi qu’en d’autres pays et à Damas. On rapporte que ses gens le jetèrent au feu sans qu’il mourût, et que, pour cela, ils crurent par ses mains; qu’il alla ensuite chez les cannibales, qui l’aveuglèrent, et que le Seigneur lui rendit la vue. Il subit le martyre dans une ville du pays des juifs, le huitième jour de son mois; selon un autre exemplaire, ce fut à Damas.

Paul l’élu

Paul était de la tribu de Benjamin, originaire de Tarse, en Cilicie, l’un des notables et des savants d’Israël, au temps de Gamaliel, chef des prêtres juifs à Jérusalem. Il crut au Seigneur Jésus la deuxième année après l’Ascension — la quatrième année de Tibère César, empereur de Rome —, l’année même où fut tué Étienne. Il annonça le nom du Seigneur en de nombreux pays et de grandes villes, de Jérusalem jusqu’à l’Afrique, à l’extrémité du Maghreb. Il endura des épreuves pénibles — l’humiliation, les coups, l’outrage, les liens et la prison — pour le Christ. Les apôtres convinrent que la prédication aux nations et à tous les peuples reviendrait à Paul, et la prédication aux fils d’Israël à Pierre et aux autres apôtres.

Paul prêcha vingt-quatre ans durant, parcourant les pays. Il se rendit à Alexandrie, mais on ne le reçut pas. Il subit le martyre à Rome, mis à mort par Néron la treizième année de son règne; Pierre l’apôtre fut crucifié avec lui, la tête en bas. Ce fut le cinquième jour d’Abib, trente-cinq ans après l’Ascension de notre Seigneur le Christu.

Lorsqu’on les mena à la mort, Pierre établit Marc pour lui succéder dans la prédication de l’Évangile, et Paul établit Luc l’Évangéliste pour lui succéder; et beaucoup de croyants furent tués avec eux. Marc et Luc sortirent de nuit et prirent les corps de Pierre et de Paul; mais ils ne purent reconnaître la tête de Paul, car elle s’était mêlée aux têtes des autres suppliciés.

Longtemps après, un berger passa par ce lieu; il trouva la tête de Paul jetée parmi les autres et la prit, sans la connaître, par jeu. La nuit venue, il la posa au bout de son bâton et la dressa au-dessus de son troupeau, en guise de repère, puis s’endormit. À son réveil, il vit au-dessus de la tête un feu ardent qui flamboyait violemment. Il se leva aussitôt, entra dans la ville et se rendit auprès de saint Xyste, évêque de Rome, à qui il raconta la chose. L’évêque réunit les responsables de l’Église et leur dit: « Écoutez les paroles de cet homme. » À ce récit, tous dirent d’une seule voix: « C’est, sans aucun doute, la tête de saint Paul. » L’évêque dit: « Il nous faut une preuve qui l’établisse avec certitude. » Ils demandèrent: « Comment t’en assurer? » Il répondit: « Nous prendrons cette tête, nous veillerons sur elle cette nuit, et nous prierons jusqu’au matin, suppliant le Seigneur de manifester la vérité à son sujet: s’il envoie son ange et fait que le corps se tourne vers la tête et s’y joigne, nous saurons que c’est la tête de l’apôtre Paul; sinon, ce n’est pas elle. » Ils éprouvèrent sa parole et firent ce qu’il avait dit: ils sortirent le corps de saint Paul et placèrent la tête près des pieds; ils passèrent la nuit entière en prière et en supplication. Au matin, ils tournèrent le corps vers la tête, et elle s’y joignit, comme si elle n’en avait jamais été séparée. Ils rendirent grâce au Seigneur d’avoir manifesté ce prodige devant tous les croyants, et le doute fit place à la certitude. Et ces deux corps insignes — celui de l’apôtre Pierre et celui de l’apôtre Paul — sont à Rome jusqu’à ce jour, entourés d’honneur et de gloire.

Les soixante-dix disciples

Parmi eux: deux Évangélistes; sept diacres et serviteurs; sept que Paul mentionne dans ses épîtres; six qui furent avec Pierre; et quarante-huit autres. En voici les notices:

1. Addaï fils de Qays — il prêcha à Édesse, à Nisibe et en Mésopotamie; on dit qu’il guérit le roi Abgar de sa lèpre, et qu’il fut tué par le fils d’Abgar après la mort de celui-ci.

2. Ananie le diacre — il résidait à Damas, dans la rue dite « la Droite ». Le Seigneur l’envoya à Paul, lui ouvrit les yeux et le baptisa. Il prêcha à Damas et à Arbèles, et fut tué; il est enseveli à Damas. Sa fête est le vingt-sept de Ba’ouna.

3. Milyânou — appelé « la Lumière ». Il prêcha à Rhodes et se noya en mer; selon d’autres, il fut établi évêque d’Alexandrie — le troisième après Marc — et y fut lapidé.

4. Sosthène — que Paul mentionne dans l’épître aux Corinthiens; on dit qu’il fut jeté à la mer.

5. Barnabé — parent de Marc l’Évangéliste, il accompagnait Paul et est mentionné dans les Actes. On l’appelait aussi Justus, et Joseph; son nom signifie « fils de la consolation ». De la tribu de Lévi, il subit le martyre le vingt et un de Kihak et fut enseveli à Chypre.

6. Phryg nous — il prêcha en Pentapole, puis à Alexandrie, où il fut emprisonné et mourut.

7. Thomas le Maltais — il prêcha dans les pays byzantins, où beaucoup crurent; emprisonné, il mourut à Jérusalem et y fut enseveli.

8. Nicodème le Pharisien — pharisien, il était croyant en secret; après l’Ascension, il professa sa foi ouvertement. Il mourut à Jérusalem et y fut enseveli.

9. Joseph d’Arimathie — « le célèbre »; c’est lui qui demanda le corps du Seigneur et le déposa dans le tombeau qu’il s’était fait. Il prêcha en Galilée, et mourut en Arimathie, où il fut enseveli.

10. Zachée — il rassembla les gens de sa ville, dans les pays byzantins, et y mourut.

11. Justus — que Paul mentionne; son nom est « Yashouʿ ». Il prêcha à Césarée et à Tibéria de, où il mourut.

12. Jacques fils de Joseph le charpentier — appelé « le frère du Seigneur selon la chair ». Premier évêque de Jérusalem, il prêcha trente ans; le roi Agrippa, irrité contre lui, le fit lapider. C’est lui le destinataire — et l’auteur — de l’épître [de Jacques] du Catholicon.

13. Jude — frère de celui qui a la septième épître du Catholicon. Il prêcha à Bostra, à Édesse et dans le Hauran, et subit le martyre le vingt-cinq de Ba’ouna, à Bostra.

14. Yôsâ fils de Joseph le charpentier — il prêcha à Tarse, où il fut tué et enseveli.

15. Simon fils de Joseph — il prêcha à Chypre et dans les îles de la mer, où il accomplit de grands miracles; beaucoup crurent, et il y mourut.

16. Silas — il prêcha en Sicile et gagna les îles du Maghreb. Il accompagnait Paul, qui le mentionne dans ses épîtres; les Actes le citent lors de l’ouverture des portes de la prison. On dit qu’il mourut en Sicile.

17. Jude Barsabbas — il prêcha chez les Perses et au Tabaristan, où beaucoup crurent; il fut scié sur un bois. Il est mentionné dans les Actes.

18. Marc l’Évangéliste — d’abord nommé Jean; premier des patriarches d’Alexandrie. Son père, Aristobule, était des Cinq-Villes de l’Ouest; sa mère, Marie, était sœur de Barnabé, et il crut au Christ avant son père. Il écrivit l’Évangile douze ans après l’Ascension; vingt-cinq ans après l’Ascension, il vint à Alexandrie et prêcha en Égypte, en Libye et en Pentapole. Il établit Anianus le savetier comme évêque, et baptisa les coptes d’Égypte, de Nubie et d’Éthiopie. Les païens le traînèrent sur le visage le second jour de Pâque; son corps fut déchiré, et il mourut. Son martyre est commémoré le trente de Barmouda.

En marge du texte. Plus tard, son corps fut transporté à Venise, où il se trouve aujourd’hui; sa tête fut conservée à Alexandrie.

19. Luc l’Évangéliste — « le médecin », compagnon de Paul. Il écrivit l’Évangile en grec, à Alexandrie, vingt ans après l’Ascension, et rédigea aussi le livre des Actes. Après le martyre des deux apôtres à Rome, il se cacha de Néron; mais Néron le fit venir et le mit à mort avec cent soixante-neuf croyants, le vingt-deux de Babah.

20-21. Jean et Manson — ils prêchèrent à Baalbek, furent jetés aux fauves, et accomplirent ainsi leur martyre.

22-23. Sakhî et Hérode — ils parcouraient les villes côtières d’Acre en prêchant; ils y furent tués et ensevelis.

24. Jason — il prêcha et parcourut les pays, et fut enseveli là où il mourut.

25. Hâmil fils de Démétrios — il prêchait en Pentapole; venu à Acre, il y prêcha et y fut brûlé.

26. Alexandre fils de Simon de Cyrène — fils de celui qui porta la croix du Seigneur; il prêcha au pays du Daylam et à Banyas, où il fut tué et enseveli.

27. Rufus fils de Simon de Cyrène — il prêcha, amena son peuple à la foi, et fut jeté dans un puits sans eau.

28. Simon de Cyrène — c’est lui qui fut requis de porter la croix du Seigneur; il prêcha dans une île, amena son peuple à la foi, et fut tué.

29. Boulnâs le Cyréné en — il prêcha en Perse, où il amena son peuple à la foi; les Perses le mirent en pièces, et il mourut.

30. Cléopas — frère de Joseph le charpentier; c’est lui qui, avec Luc, vit le Christ après la résurrection, sur la route d’Emmaüs. Il prêcha en Palestine, où il mourut et fut enseveli en sa maison.

31. Siméon fils de Cléopas — il fut établi évêque de Jérusalem après Jacques, son cousin. Les juifs le suspendirent à un bois; son martyre eut lieu le neuf d’Abib, la cinquième année du règne de Trajan.

32. Jacques le Grand — il prêcha en une ville, amena son peuple à la foi, et y mourut, où il fut enseveli.

33. Jude, appelé Siméon — il prêcha à Ramla et aux pays alentour; les juifs le tuèrent. On dit que c’est le Siméon mentionné dans l’Évangile.

34. Boudas — il prêcha en une ville, amena son peuple à la foi; les mécréants se réunirent contre lui et le brûlèrent.

35. Phystaliyous — il prêcha au Maghreb, amena son peuple à la foi, et y fut enseveli.

36. Étienne — le premier des diacres et le premier des martyrs; l’un des sept serviteurs de la Table. De la tribu de Benjamin, proche parent de l’apôtre Paul, il fut lapidé par les juifs à Jérusalem, la quinzième année de Tibère César; son tombeau y demeura caché.

37. Prochore — il devint évêque de la ville de Nicomédie; compagnon de Jean fils de Zébédée, il était l’un des sept diacres.

38. Nicanor — il devint évêque de la ville de Bostra et des pays alentour; l’un des sept diacres, serviteurs de la Table.

39-40. Parménas et Phermouna — ils moururent du vivant des apôtres, sans subir le martyre; l’un des sept diacres.

41. Philippe — l’un des sept diacres; c’est lui qui baptisa l’eunuque de Candace.

42. Nicolas — mentionné dans les Actes, diacre d’Antioche; on dit qu’il s’écarta des apôtres vers la croyance des Nicolaïtes. L’un des sept diacres.

43. Andronicus — il devint évêque de Sûsâs; l’un de ceux que Paul mentionne dans ses épîtres.

44. Timothée — il prêcha à Éphèse et en devint évêque; disciple de Paul, il est mentionné dans l’épître aux Éphésiens.

45. Tite — il prêcha en Pentapole, où il mourut; mentionné par Paul, c’est le destinataire de la première épître [à Tite].

46. Philémon — l’un des sept mentionnés [par Paul]; il prêcha, amena son peuple à la foi, et y mourut.

47. Patrobas — l’un des sept que Paul mentionne dans une épître; il prêcha en Macédoine, où il amena son peuple à la foi et mourut.

48. Sosipater — l’un des sept mentionnés; il entra au pays d’al-Ahwâz, y prêcha, mourut et fut enseveli.

49. Hermas — l’un des sept que Paul mentionne; il prêcha à Antioche et à Césarée, où il mourut; on l’appelle « le pasteur ».

50. Quartus — l’un des six qui furent avec Pierre à Césarée; il prêcha dans les îles de la mer, où il mourut et fut enseveli.

51. Quartus le second — il prêcha à la ville des Berbères et en Afrique, où il amena son peuple à la foi et fut tué; l’un des soixante-dix.

52-53. Berlatôn et Simon le Tanneur — ils prêchèrent en une ville, amenèrent son peuple à la foi, et y furent tués; tous deux des soixante-dix.

54. ʿÂthous — l’un des soixante-dix; il prêcha à Antioche et dans ses pays, et subit le martyre le quatre d’Amchir.

55. Apphias — il prêcha en une ville, où il fut tué et brûlé au feu; l’un des soixante-dix.

56. Nâwour — appelé aussi Lounyâ; il prêcha au Maghreb, y amena son peuple à la foi, et y subit le martyre.

57-58. Stachys et Diodius — ils entrèrent au pays de Nubie, prêchèrent au Soudan, y amenèrent le peuple à la foi, et y moururent.

59-61. Aristar que, Apoumiyâ et Stéphanas — ils prêchèrent dans les pays byzantins; emprisonnés par Antonin, ils moururent en prison et y furent ensevelis.

62. Marfî nous — il prêcha en deux villes, y amena le peuple à la foi, et mourut, enseveli en une église.

63. Rufus — appelé aussi Ifrâm; il prêcha en Chine intérieure et aux alentours, où il mourut et fut enseveli.

64. Jason — il prêcha en une ville, où il mourut.

65. Simon fils de la veuve — celui que le Seigneur ressuscita à Naïn; il prêcha en al-Sawâd, dans la Batanée et le Hauran, avec son frère Jude fils de Joseph, et y fut tué.

66. Agabus — il prêcha à Jérusalem avec les apôtres; il fut tué par Caïphe, le chef des prêtres, dans le Temple, et y fut enseveli.

67. Mazoulâ — appelé aussi Tâwfanâ; il prêcha en une ville, y amena le peuple à la foi, et y mourut.

68. Hermanus — il prêcha à Iconium, où il amena le peuple à la foi et mourut.

69. Gaïus — appelé aussi Kîfânâ; il prêcha à Homs, à Baalbek et dans leurs environs, où il amena le peuple à la foi, mourut et fut enseveli.

70. Lévi — il prêcha dans la ville d’Atnâs — la ville des philosophes —; ses habitants se réunirent contre lui, le tuèrent et l’ensevelirent là.

— Fin des récits des soixante-dix disciples —

Les tribus dont ils étaient issus

Ibn Kabar indique enfin la tribu d’Israël dont, selon sa source, chacun des soixante-dix était issu, en donnant six noms par tribu.[79]

Tribu de Ruben — Élisée, Wâsfous, Ézéchias, Zacharie, Jean, Ézéchiel.

Tribu de Siméon — Jude, Siméon, Awâ, Samuel, Mattia, Saltâ.

Tribu de Lévi — Daph nous, Hôrnâbâ, Nâsous, Nâoudous, Joseph, Néhémie.

Tribu de Juda — Jonas, Ahrabrî, Élisée, Khînyâ, Zacharie, Helcias.

Tribu de Issachar — Lévi, Siméon, Samṭ, Ayshouʿ, Jacob, Isaac.

Tribu de Zabulon — Jude, Joseph, Siméon, Zacharie, Samuel, Saltâ.

Tribu de Gad — Sabâṭâ, Sédécias, Jacob, Isaac, Asa, Sâ.

Tribu de Aser — Théodore, Alsoun, Ayshouʿ, Nâdouṭs, Jean, Jonathan.

Tribu de Dan — Arsâ, Tâwflâ, Awsmous, Abram, Asîn, Daniel.

Tribu de Nephtali — Jérémie, Éléazar, Zacharie, Nâjâ, Élisée, Wâtn.

Tribu de Benjamin — Aslâous, Jean, Fârous, Aws, Abîsṭous, Ézéchiel.

Tribu de Joseph — Caleb, Samuel, Joseph, Jude, Jonathan, Dôsî.

Les noms des douze apôtres

Voici les noms des douze apôtres, disciples de notre Sauveur Jésus-Christ — à lui la gloire — d’après le grec:

1. Simon, appelé Pierre — qui est Pierre (Képhas); son nom figure dans l’Évangile selon saint Jean et dans l’épître aux Galates.

2. André — appelé le premier au discipulat, avant son frère Pierre.

3. Jacques, fils de Zébédée — frère de Jean.

4. Jean, fils de Zébédée — frère de Jacques.

5. Philippe — de Bethsaï de, ville de Galilée — la ville d’André et de Pierre.

6. Barthélemy —.

7. Matthieu — qui est Lévi, frère de Jacques fils d’Alphée.

8. Thomas — appelé le Jume au — Didyme.

9. Jacques, fils d’Alphée — frère de Matthieu, car Alphée était le père de tous deux.

10. Jude, frère du Seigneur — ainsi nommé par Luc dans l’Évangile et les Actes; Matthieu et Marc l’appellent Thaddée et Lebbée.

11. Simon le Zélote — qui est Nathanaël dans l’Évangile selon saint Jean.

12. Matthias — le sort fut tiré entre lui et son compagnon Joseph, appelé Barsabbas — dit aussi Justus; le sort tomba sur Matthias, qui prit place parmi les disciples à la place de Judas le traître.

À ceux-là s’ajoute Paul, d’abord appelé Saul.[80]

Les noms des soixante-dix disciples

Voici les noms des soixante-dix disciples, d’après le grec:

1. Barnabé — qui est Joses; il devint le chef des soixante-dix, et évêque de Mâdiyôlâna; il prêcha avec Paul, puis avec Jean appelé Marc; les Grecs le lapidèrent et le brûlèrent à Chypre.

2. Jacques, fils de Joseph le charpentier — frère du Seigneur; premier évêque de Jérusalem, vingt-huit ans durant; les juifs le martyrisèrent en le précipitant du haut du Temple.

3. Silas — serviteur de la Parole avec Paul; il devint évêque.

4. Matthias — il gagna l’Éthiopie intérieure, y prêcha, y endura de grands supplices, et y livra sa vie à Dieu.

5. Luc — — qui n’est pas l’Évangéliste —; martyrisé sous Néron, après les apôtres Pierre et Paul; on le trouva prêchant aux environs de Rome; mentionné dans l’épître à Philémon et dans les Actes.

6. Ananie — qui baptisa l’apôtre Paul; il devint évêque de Damas, et fut martyrisé.

7. Étienne — le premier des martyrs et l’un des premiers diacres établis par les apôtres; les juifs le lapidèrent à Jérusalem.

8. Philippe — il baptisa l’eunuque de Candace; il prêcha en Samarie, où beaucoup crurent; il devint évêque de Tralles, en Asie.

9. Nicanor — martyrisé, lapidé, avec deux mille autres le même jour; le 2 Toubah.

10. Apellès — compagnon de Paul dans le service; il prêcha d’abord à Rome, puis devint évêque de Milan; il endura supplices et épreuves, et des signes parurent par ses mains.

11. Timon — évêque de Bostra, en Arabie, au pays de Job; il fut supplicié et brûlé.

12. Phlégon — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Marathon.

13. Parménas — évêque de Soloi; il servit les disciples et mourut à leur service.

14. Prochore — évêque, d’abord de Nicomédie, puis de Bithynie.

15. Marc — fils de la sœur de Barnabé, mentionné dans l’épître aux Colossiens; évêque d’Apollonias.

16. Silvain — il servit aussi la Parole avec Paul; évêque de Thessalonique.

17. Crescens — mentionné dans la seconde épître à Timothée; évêque de Carthage; supplicié au temps de Trajan, martyrisé et enseveli là.

18. Tychi que — mentionné dans l’épître aux Éphésiens; évêque de Colophon.

19. Carpus — évêque de Bérée.

20. Amplias — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque d’Odyssos.

21. Urbain — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque, martyrisé à Rome le 6 Abib.

22. Stachys — mentionné dans l’épître aux Romains; André l’apôtre l’établit premier évêque de Byzance.

23. Agabus — mentionné dans les Actes; du sacerdoce, il avait la grâce de prophétie.

24. Narcisse — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque d’Athènes.

25. Rufus — évêque de Thèbes; il prêcha, beaucoup crurent, et il détruisit les idoles; fils de Simon de Cyrène et frère d’Alexandre; mentionné dans la première épître à Timothée.

26. Linus — mentionné dans la seconde épître à Timothée; évêque de Rome après Pierre.

27. Asyncrite — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque d’Hyrcanie.

28. Gaïus — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque d’Éphèse, le second après Timothée.

29. Jean, appelé Marc — évêque de Pentapole.

30. Hérodion — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Patras.

31. Rhodion — il instruisit beaucoup d’hommes et les éclaira de la lumière de la foi; martyrisé par le glaive sous Néron, avec Apellès, le 6 Abib.

32. Tertius — il servit l’apôtre Paul et écrivit sous sa dictée l’épître aux Romains; évêque d’Iconium.

33. Épaphrodite — mentionné dans l’épître aux Philippiens; évêque d’Andriake.

34. Joseph, appelé Barsabbas — dit Justus — compagnon de Matthias lors du tirage au sort; évêque d’Éleuthéropolis.

35. Carpus — il servit les apôtres, et surtout Paul; évêque de Bérée, près d’Alep; il instruisit beaucoup d’hommes.

36. Clément — mentionné dans l’épître aux Philippiens; évêque de Rome après Linus.

37. Tychi que — mentionné dans l’épître aux Colossiens; de l’île de Rhodes; évêque de Chalcédoine.

38. Zénas — « le scribe », mentionné dans l’épître à Tite; évêque de Diospolis — Lydda.

39. Évode — mentionné dans la seconde épître à Timothée; évêque d’Antioche de Pisidie.

40. Aristar que — mentionné dans l’épître aux Colossiens; évêque d’Apamée; il prêcha avec les disciples, endura bien des épreuves, et mourut en paix.

41. Philémon — celui à qui Paul l’apôtre écrivit son épître; évêque, d’abord de Gaza.

42. Aristobule — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Bretagne.

43. Céphas — homonyme de Pierre; évêque d’Iconium.

44. Sosthène — mentionné dans la première épître aux Corinthiens; évêque de Colophon.

45. Marc l’Évangéliste, l’apôtre — mentionné par Pierre dans son épître.

46. Hermès — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Dalmatie.

47. Quartus — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Beyrouth.

48. Éraste — mentionné dans l’épître aux Romains et la seconde à Timothée; d’abord à l’église de Jérusalem, puis évêque de Panéas; il endura beaucoup, et mourut en paix.

49. Patrobas — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Pouzzoles.

50. Hermas — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Philippopolis.

51. Apellès — mentionné dans la première épître aux Corinthiens; évêque de Césarée.

52. Jason — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Tarse, la ville de Paul; il endura beaucoup et mourut en paix.

53. Sosipater — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque d’Iconium.

54. Pudens — mentionné dans la seconde épître à Timothée; évêque d’Antioche.

55. Philologue — mentionné dans l’épître aux Romains; André l’apôtre l’établit évêque de Sinope.

56. Apellès (un autre) — évêque d’Héraclée; il prêcha et éclaira ses habitants.

57. Tychi que (un autre) — mentionné dans l’épître à Tite; évêque de Colophon.

58. Artémas — mentionné dans l’épître à Tite; évêque de Lystres.

59. Urbain — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Macédoine; il prêcha, et beaucoup crurent.

60. César — mentionné dans l’épître aux Romains et aux Philippiens; évêque de Dyrrachium.

61. Luc — le médecin d’Antioche; il endura beaucoup avec Paul et voyagea avec lui; il écrivit l’Évangile et le livre des Actes; mentionné dans l’épître aux Colossiens; après la mort de Paul, il prêcha et mourut en paix, au temps de Trajan.

62. Cléopas — Siméon — fils de Joseph et frère de Jacques; second évêque de Jérusalem; il vécut cent vingt ans; c’est lui qui, avec Luc, vit le Christ sur la route d’Emmaüs; il endura des épreuves sous Trajan.

63. Andronicus — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Pannonie.

64. Thaddée — envoyé par Barthélemy l’apôtre; il guérit le roi Abgar; il prêcha dans les pays de Syrie, vint à Beyrouth, où beaucoup crurent; mort et enseveli là, le 2 Abib.

65. Aquila — mentionné dans l’épître aux Romains, avec Prisca son épouse; il devint évêque.

66. Fortunat — mentionné dans la seconde épître aux Corinthiens.

67. Lucius — mentionné dans l’épître aux Romains; évêque de Laodicée, en Syrie.

68. Achaï que — mentionné dans la seconde épître aux Corinthiens.

69. Nicolas — l’un des sept diacres — l’Antiochi en —; évêque de Samarie; il renia ensuite la foi et suivit Simon le Magici en: de lui vint l’hérésie nicolaïte que mentionne l’Apocalypse.

70. Démas — évêque de Diospolis, en Syrie; il renia ensuite la foi et devint prêtre des idoles. Paul le mentionne dans la seconde épître à Timothée: « Démas a aimé ce monde. »

Fin du quatrième chapitre

La vie de l’apôtre Paul

Son nom

Paul, l’apôtre élu. Ce nom est hébreu et signifie « l’obéissant » — parce qu’il entendit et obéit à la voix de Celui qui l’appela; on dit aussi « le bien guidé ». Certains savants d’Orient lui donnent le sens de « le calme, la quiétude », d’autres celui de « le reconnaissant ». Du temps où il appartenait au judaïsme, son nom était Saul — nom hébreu qui signifie « le donné ».[81] Il était juif de religion, de la postérité d’Abraham, de la tribu de Benjamin, originaire de la ville de Tarse, où il grandit; son métier était la confection des tentes.

Sa conversion et ses voyages

Lorsque le Seigneur Christ lui apparut sur le chemin de Damas, et qu’il recouvra la vue, il fut baptisé par les mains d’Ananie, sur l’ordre du Seigneur. Il se mit aussitôt à prêcher dans les assemblées des juifs et à appeler à l’adoration du Christ, et demeura quelques jours auprès des disciples qui étaient à Damas. Les juifs complotèrent de le mettre à mort et firent surveiller les portes de la ville; les disciples le descendirent de nuit le long du rempart. Il gagna Jérusalem et y prêcha; là encore, les juifs voulurent le tuer, et les disciples le firent descendre vers Césarée.

Il vint ensuite à Tarse, et parcourut de nombreuses régions: il prêcha à Chypre et à Salamine, en Afrique, au pays de Galatie, à Troas et à Thessalonique; il gagna Athènes, Corinthe, le pays de la Grèce, et Éphèse — et d’autres contrées encore.

Les lettres des apôtres

Lorsque Paul eut été choisi et appelé à l’annonce de l’Évangile, et que la nouvelle en parvint aux apôtres dispersés à travers les pays, chacun écrivit depuis le lieu de sa prédication: Jacques depuis Jérusalem, Pierre depuis Rome, Jean depuis Éphèse, Marc depuis Alexandrie, André depuis l’Afrique, Luc depuis la Macédoine, Jude et Thomas depuis les pays de l’Inde. Ils adressaient ainsi des lettres aux chefs des croyants dans le monde entier, et l’on y répondait par d’autres lettres; et elles se lisent dans toutes les églises de Dieu, comme on y lit le récit des Actes des apôtres composé par Luc.

Son martyre

Paul prêcha depuis Jérusalem jusqu’à Rome durant trente-cinq ans: quatorze sous le règne de Tibère César, quatre sous Caïus, quatorze sous Clau de, et trois sous Néron. Il subit le martyre le jeudi cinq d’Abib — le vingt-sept de juin —, la trente-sixième année après l’Ascension du Seigneur, à lui la gloire.

Les cinq miracles rapportés par les Actes

Parmi les signes et les miracles que Dieu accomplit par ses mains, et par lesquels il amena de nombreuses nations à la foi, le livre des Actes en rapporte cinq:[82]

Le premier: la résurrection du jeune homme assis dans la chambre haute où l’apôtre enseignait le peuple. Le sommeil le vainquit; il tomba et fut emporté mort. L’apôtre lui rendit son âme, et la vie revint en lui.

Le deuxième: lors de son transfert par mer vers César. Plusieurs signes s’y produisirent. Il annonça leur salut à ceux qui étaient dans le navire, au milieu des terreurs de la mer, et les fit manger après quatorze jours sans nourriture. La vipère, sortie du bois qu’il avait jeté au feu, le mordit sans lui causer aucun mal. Et il guérit le chef de l’île de sa maladie, ainsi que de nombreux malades.

Le troisième: à Philippes, en Macédoine, il chassa l’esprit de divination qui les suivait en criant: « Ces hommes sont les serviteurs du Dieu Très-Haut. » Emprisonné pour ce motif, lui et Silas, survint un tremblement de terre qui ouvrit les portes de la prison et délia les liens des prisonniers; et le geôlier crut, avec toute sa maison.

Le quatrième: la guérison, à Lystres, d’un homme paralysé des deux jambes, infirme depuis le sein de sa mère. Quand il se leva et marcha, la foule voulut offrir un sacrifice à Paul et à Barnabé; et les apôtres retinrent la foule.

Le cinquième: lorsque le juge de la ville de Paphos, homme avisé, le fit venir pour entendre de lui la parole de Dieu. Il y avait auprès de ce juge un juif sorcier, l’un des faux prophètes, qui voulut le détourner de la foi; l’apôtre le réprimanda, et il fut aussitôt frappé de cécité — et le juge crut.

Les trois témoignages de l’Écriture

Quant aux témoignages que l’Écriture rapporte à son sujet, ils sont trois:[83]

Le premier: l’épître aux Corinthiens atteste qu’il fut élevé jusqu’au troisième ciel, et qu’il y entendit des paroles ineffables que nul ne peut redire; les interprètes et les théologiens s’accordent à dire qu’il parlait de lui-même.

Le deuxième: la première épître aux Corinthiens atteste qu’il fut exposé aux bêtes sauvages à Éphèse, et qu’elles ne lui firent aucun mal.

Le troisième: la seconde épître aux Corinthiens atteste l’écharde dont il fut frappé en sa chair par l’ange de Satan. Il demanda trois fois au Seigneur qu’elle s’éloignât de lui, et le Seigneur lui dit: « Ma grâce te suffit, car ma puissance s’accomplit dans la faiblesse. »

Les interprètes rapportent — et les Actes le mentionnent — que les linges dont il pansait les endroits de sa souffrance étaient pris par les malades et les infirmes, qui les appliquaient sur leur corps et guérissaient de leurs maux; et que quiconque était touché par l’ombre des apôtres était guéri de sa maladie.

Denys l’Aréopagite et la vision des deux apôtres

Denys le Grand, disciple de Paul[84] — qui était juge de l’Aréopage et qui crut par les mains de l’apôtre Paul — a rapporté qu’il vit les deux apôtres Pierre et Paul, après leur mise à mort, entrer devant lui par une même porte, se tenant l’un l’autre par la main, vêtus à la manière des rois, deux couronnes posées sur leurs têtes.

Il rapporta aussi le récit d’une jeune femme de l’entourage de Néron, que Paul avait baptisée: lorsqu’on mena l’apôtre à la mort, elle lui donna un voile dont il s’enveloppa le visage au moment où on lui trancha le cou; après sa mort, il le lui rendit, et le remit aux soldats qui l’avaient exécuté. À cette vue, ceux-ci crurent au Seigneur et, à cause de ce signe, devinrent chrétiens.

Que leurs prières soient avec nous tous. Amen.

Fin de « La vie de l’apôtre Paul »

Chapitre 5

Les canons des saints apôtres, des patriarches et des évêques qui les suivirent dans les conciles reçus

Ce chapitre rassemble les canons que fixèrent les saints Pères, les apôtres bénis, ainsi que les patriarches et les évêques qui leur succédèrent, lors des conciles reçus par l’Église: c’est en eux qu’elle prend sa règle, et c’est sur eux qu’elle s’appuie.

Sommaire des canons selon Abū l-Faraj ʿAbd Allāh ibn al-Ṭayyib[^85]

Les usages des apôtres — qu’ils établirent, réunis dans la chambre haute du mont Sion après l’Ascension du Seigneur — sont au nombre de trente. Telle est la version reçue dans l’Église byzantine; ce sont les livres de Clément,[86] appelés par les Syriens « les Préceptes des Apôtres ». Voici la liste de leurs sujets, telle qu’Ibn al-Ṭayyib la transmet:[87] [88]

1. La prière vers l’Orient, car c’est de là que vient le Seigneur.

2. Le rassemblement du dimanche.

3. La prière du mercredi.

4. La prière du vendredi.

5. Les chefs — patriarches, évêques, et autres.

6. Le second ordre.

7. Le troisième ordre.

8. La fête de la glorieuse Nativité.

9. La fête du Saint Levain.

10. Le jeûne et la sainte Pâque.

11. La fête de la Pentecôte des Quarante [Jours]; l’administration de l’Église, qui rassemble les canons.

12. La lecture des Livres anciens et nouveaux; celui qui sert et qui use des astres.

13. La primauté et son canon; la croyance.

14. (Sur les mêmes sujets.) Celui qui pratique l’usure et trompe dans son commerce.

15. (De même.) Celui qui aime les juifs et les païens.

16. (De même.) Celui qui croit, étant venu d’entre les païens.

17. (De même.) L’assemblée — que le supérieur ne fasse rien des affaires de l’Église sans concertation, et la commémoration des martyrs.

18. (De même.)

19. Sur qui désire la foi; et ce que l’on doit lire.

20. Le renoncement; et la qualité de celui qu’on choisit pour la primauté de l’Église.

21. Les diacres; et l’excommunication des prêtres sans motif.

22. L’ordre de la prière, et que la plus grande part soit tirée des psaumes du prophète David.

23. Le nombre des ordres — les sept ordres; et la qualité des serviteurs de l’Église.

24. Les règles du service et l’usage à y observer; les paroisses.

25. L’humilité du chef; l’entrée des rois dans l’église.

26. Les chefs des paroisses; ce que l’homme doit faire dans l’autorité du sacerdoce.

27. Le pain de l’offrande: qu’il soit offert dès la sortie de sa cuisson.

28. Sur le même sujet.

29. Sur l’éducation des prêtres et des chefs.

30. Le pain de l’offrande qui élève les saints mystères.

Telle est, selon ce qu’Ibn al-Ṭayyib en a transmis, la fin du sommaire.

Ibn Kabar donne ensuite, en propre, la version copte des canons. Elle comprend cent vingt-sept canons répartis en deux livres: le premier en compte soixante et onze, le second cinquante-six. Voici le premier livre, transmis par Clément, où chaque canon est attribué nommément à l’un des saints apôtres:

(1) Préambule des canons des douze saints apôtres, un par un.

(2) Jean — blâme de qui dit ce qu’il ne convient pas — ni envers Dieu, ni envers le prochain.

(3) Matthieu — ce que tu détestes, ne le fais à personne.

(4) Pierre — sur les saints commandements.

(5) André — exhortation, et défense de la colère, de l’envie et de la tristesse.

(6) Philippe — défense du mauvais désir.

(7) Simon — défense au croyant d’être colporteur de mal.

(8) Jacques — défense au croyant de pencher vers l’astrologie, les présages et les conjurations.

(9) Nathanaël — ne sois ni menteur, ni amant de l’or, ni de la gloire vaine.

(10) Thomas — celui qui te dit la parole de Dieu et est cause de ta vie, prélève sur ta peine pour le récompenser.

(11) Pierre (Képhas) — ne mets pas de division; au contraire, réconcilie ceux qui sont brouillés, par le bien.

(12) Barthélemy — exhortation à l’aumône.

(13) Pierre — sur l’ordre de l’ordination de l’évêque.[90]

(14) Jacques — sur l’ordination de l’ « agnostos » — c’est-à-dire le lecteur.[91]

(15) Matthieu — sur le service du diacre — c’est-à-dire du serviteur.[92]

(16) Pierre (Képhas) — sur les veuves — c’est-à-dire les moniales.[93]

(17) André — sur les diaconesses, qu’elles accomplissent les bonnes œuvres.

(18) Philippe — recommandation au peuple laïc.

(19) André — sur l’Offran de — le corps et le sang du Christ — et ce qui s’ensuit.[94]

(20) Pierre (Képhas) — sur le fait que les femmes ne doivent pas prier debout, et ce qui s’ensuit.

(21) sur l’ordination des évêques également, et sur le commencement de la liturgie.

(22) sur l’ordination de la Cène.

(23) sur l’ordination des diaconesses.

(24) sur les confesseurs demeurés fermes au nom du Seigneur Jésus: qu’ils aient le rang de diacre et de prêtre, sans qu’on leur impose les mains.[95]

(25) sur l’établissement des veuves — c’est-à-dire des moniales.

(26) sur le lecteur, les vierges et le sous-diacre; et sur le don de guérison.

(27) sur les nouveaux convertis à la foi, et les œuvres dont ils doivent s’abstenir.

(28) sur les vêtements de l’autre [vie]; et que quiconque, d’entre les croyants, se fait soldat, astrologue ou sorcier est exclu de l’Église.[96]

(29) sur la confidentialité; et si nous avons différé quelque chose, jugez-en selon ce qu’il faut.

(30) sur le temps où les catéchumènes doivent écouter la parole, après les œuvres.

(31) sur les catéchumènes: qu’ils prient à l’écart, et qu’ils ne partagent pas avec les croyants le baiser de paix.[97]

(32) sur la prière sur les fidèles instruits, sans imposition des mains.

(33) sur la vérification de l’état de qui vient à la fête, et la recherche sur sa conduite.

(34) sur l’ordre du baptême et le temps où il doit se faire, l’instruction du baptisé dans la foi, et le reste.[98]

(35) sur les veuves et les vierges, et le temps où l’évêque jeûne à leur sujet.

(36) sur le temps où il faut manger, comment cela se fait au domicile des croyants, et qu’il n’est pas permis aux catéchumènes d’y manger.

(37) si l’évêque parle, que tous se taisent; et s’il est absent, qu’on prenne la bénédiction du prêtre ou du diacre.

(38) sur qui veut faire un festin pour les veuves, et ce qu’il convient d’y observer.

(39) sur les prémices des fruits qu’on doit apporter à l’évêque: ce sont le raisin, la figue, la grenade, l’olive, la pomme, la pêche et la prune; on ne bénit pas sur le pain, l’oignon, l’ail, le concombre, ni aucun légume. — On y joint la rose, à l’exclusion des autres fleurs, et le laurier, sur quoi l’on prononce les paroles dues.

(40) qu’aucun fidèle ne goûte à rien durant les jours du Carême avant l’heure fixée où l’on rompt le jeûne.[99]

(41) que les diacres doivent obéir aux ordres de l’évêque.

(42) sur les heures de la prière.

(43) que les croyants doivent recevoir l’Eucharistie — c’est-à-dire l’Offran de — en premier, au moment où elle est célébrée, avant d’avoir rien goûté.[100]

(44) qu’il faut prendre garde aux saints mystères et au calice du sang saint, qu’il n’en soit rien répandu.[101]

(45) sur le rassemblement quotidien des prêtres et des diacres au lieu où se trouve l’évêque.

(46) sur ce qu’il faut observer dans la sépulture des morts, sur les fossoyeurs et les gardiens [du cimetière].[102]

(47) sur les heures de la prière, l’écoute du sermon, et le signe de la croix. — À la fin, exhortation des apôtres à se prémunir contre les fausses philosophies, et déclaration que ces canons sont catholiques.

En marge du texte. Selon un exemplaire, ce canon est le commencement du quatrième des « livres seconds » transmis par Clément.

(48) sur les supérieurs des monastères: que celui qui le devient ne doit pas s’en enorgueillir.

(49) ils prescrivent que les chefs ne méprisent pas ceux qui sont au-dessous d’eux.

(50) que nul d’entre nous n’est un fils, mais seulement le serviteur de Dieu.

(51) sur l’évêque qui se contente de peu de savoir, et sur la grossièreté et la rancune.

Voici, à la fin de ce rite, la parole des apôtres: « Maintenant que vous avez connu ce rite de notre part et que vous accomplissez toute chose selon les commandements du Christ — tels que nous vous les avons transmis —, sachez que celui qui reçoit du Christ reçoit aussi de Dieu le Père: à lui la gloire pour les siècles. Amen. »

En marge du texte. Jean ibn Mawhoub, mentionné plus haut, indique que ce qui suit est le commencement du cinquième des livres transmis par Clément.

(52) sur l’ordination de l’évêque et l’ordre de la liturgie.

(53) sur l’ordination des prêtres, des diacres, et des diaconesses; et, à leur suite, des sous-diacres et des lecteurs.

(54) sur les confesseurs demeurés fidèles au nom du Christ notre Seigneur.

(55) sur les vierges, les veuves, et les ascètes.

(56) sur le nombre d’évêques qui doivent assister à l’ordination d’un évêque.

(57) Simon le Canané en — que l’évêque doit bénir, et qu’il ne bénisse pas de haut; et ce qui s’ensuit. Quiconque mérite l’excommunication ne peut l’être par l’évêque seul.

(58) Simon (suite) — qu’aucun des clercs au-dessous du diacre ne tient le rang du diacre; et sur les diaconesses.

(59) Matthieu — sur les prémices et les dîmes qu’on apporte à l’évêque et aux prêtres.

(60) Matthieu — sur ce qui reste des offrandes apportées à l’autel: on l’élève sur l’autel après qu’on en a prélevé ce dont on a besoin.

(61) Paul — sur ceux qui veulent recevoir des saints mystères.

(62) Paul — sur l’enquête à mener concernant les artisans et ouvriers entrant dans la foi, et l’examen de leur conduite.

(63) Paul — sur la femme libre croyante mariée à un non-croyant, et ce qui s’ensuit.

(64) Paul — sur le lavage des mains des croyants — avec aspersion d’eau, prière et instruction.

(65) Pierre et Paul — ordre aux croyants d’être bons envers leurs esclaves et de les dispenser, le samedi et le dimanche, des travaux.

(66) Pierre et Paul — ordre du repos pendant la Semaine Sainte de la Pâque et durant les fêtes saintes.

(67) Paul — sur les heures de la prière, la nuit et le jour.

(68) Paul — sur le cas où l’évêque ne peut se rendre à l’église à cause de la persécution: il peut alors célébrer la liturgie chez lui.

(69) Paul et Jacques — sur les jours où l’on doit faire mémoire des fidèles défunts.

(70) Pierre et Paul — sur l’aide à apporter à ceux qui sont persécutés pour la foi et qui fuient de cité en cité.

(71) Pierre et Paul (suite) — sur les degrés du sacerdoce et leurs limites.

Notes et références

  1. [1]Traduction française réalisée d’après le texte arabe de l’édition du Caire (Maktabat al-Kârûz, 1971). L’ouvrage a été composé au Caire au début du XIVesiècle ; son auteur est mort en 1324.
  2. [2]Allusion à la parole du Christ : « Restez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus de la force d’en haut » (Évangile selon saint Luc 24, 49).
  3. [3]Psaume 18 (19), verset 5.
  4. [4]Évangile selon saint Jean 4, 38.
  5. [5]Évangile selon saint Matthieu 10, 8.
  6. [6]Allusion à la parabole des talents, où le serviteur paresseux enfouit dans la terre la somme (le « talent ») que son maître lui avait confiée (Évangile selon saint Matthieu 25, 14-30).
  7. [7]Allusion à la première épître de saint Paul aux Corinthiens 1, 21.
  8. [8]Une « hypostase » (en arabe *uqnûm*, du grec *hypóstasis*) est une réalité subsistante et personnelle. La foi chrétienne affirme en Dieu une seule essence et trois hypostases : le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
  9. [9]Épître aux Hébreux 11, 1.
  10. [10]Première épître aux Corinthiens 2, 2.
  11. [11]Évangile selon saint Matthieu 28, 19.
  12. [12]Psaume 32 (33), 6.
  13. [13]Épître aux Romains 1, 9.
  14. [14]Grégoire de Nazianze (vers 330-390), Père de l’Église, surnommé « le Théologien ».
  15. [15]Évangile selon saint Jean 4, 24.
  16. [16]Allusion au Psaume 15 (16), 10: « Tu ne laisseras pas ton saint voir la corruption. »
  17. [17]Évangile selon saint Jean 1, 14.
  18. [18]Sur ce triple sens — l’intelligence, l’intelligent, l’intelligible — voir le chapitre premier, première partie, section E.
  19. [19]Les mu‘tazilites étaient une école de théologiens musulmans qui accordaient une grande place au raisonnement.
  20. [20]Habîb ibn Khidma, dit Abû Râ’ita al-Takrîtî, théologien de l’Église syriaque orthodoxe, originaire de la région de Takrît, actif au début du IXe siècle.
  21. [21]Abū Rāʾiṭa al-Takrītī (début du IXe siècle) est le nom usuel du théologien syriaque orthodoxe Ḥabīb ibn Khidma. La forme française retient le nom savant le plus courant et garde le nom arabe entre parenthèses pour l’identification.
  22. [22]Première épître aux Corinthiens 1, 25.
  23. [23]Livre de la Genèse 1, 26. Ibn Kabar appelle « la Torah » les cinq premiers livres de la Bible.
  24. [24]Yahyâ ibn ‘Adî (893-974), philosophe et théologien chrétien de Bagdad, de l’Église syriaque orthodoxe.
  25. [25]Yaḥyā ibn ʿAdī (893-974) est un philosophe et théologien syriaque orthodoxe de Bagdad, disciple d’al-Fārābī. La graphie a été normalisée selon l’usage académique courant.
  26. [26]Prosôpon : mot grec signifiant « visage », et par extension « personne ».
  27. [27]Évangile selon saint Matthieu 3, 17 — paroles entendues lors du baptême du Christ dans le Jourdain.
  28. [28]Nestorius, patriarche de Constantinople de 428 à 431, condamné au concile d’Éphèse en 431.
  29. [29]Le sixième concile œcuménique (Constantinople III, 680-681), qui affirma deux volontés dans le Christ.
  30. [30]Ibn Kabar cite les prophètes d’après la tradition biblique copte et arabe ancienne ; la formulation s’écarte donc parfois des Bibles modernes. Les citations sont rendues ici telles qu’il les transmet.
  31. [31]Livre d’Isaïe 7, 14.
  32. [32]Psaume 2, 7.
  33. [33]Évangile selon saint Luc 2, 14 — chant des anges aux bergers.
  34. [34]Évangile selon saint Matthieu 3, 17 — paroles entendues au baptême du Christ.
  35. [35]Saint Cyrille d’Alexandrie (patriarche, mort en 444), figure majeure de la doctrine sur le Christ.
  36. [36]Grégoire le Thaumaturge — c’est-à-dire « celui qui fait des prodiges » —, évêque du IIIe siècle. Ibn Kabar rapporte ici une série traditionnelle d’anathèmes attribués aux Pères.
  37. [37]Saint Jean Chrysostome — « Bouche d’or » —, archevêque de Constantinople (mort en 407), célèbre prédicateur.
  38. [38]« Jean Bouche d’Or » a été remplacé par la forme française établie « Jean Chrysostome » ; l’expression grecque Chrysostomos signifie précisément « Bouche d’or ».
  39. [39]Théophile, patriarche d’Alexandrie de 385 à 412.
  40. [40]Paroles de l’ange aux femmes venues au tombeau — Évangile selon saint Matthieu 28, 5-7.
  41. [41]Évangile selon saint Matthieu 28, 19.
  42. [42]Le Symbole (ou Credo) de Nicée-Constantinople, profession de foi commune établie par les conciles du IVe siècle.
  43. [43]Évangile selon saint Jean 8, 58.
  44. [44]Évangile selon saint Jean 6, 62 et 3, 13.
  45. [45]Évangile selon saint Matthieu 26, 39 — prière du Christ au jardin de Gethsémani.
  46. [46]Évangile selon saint Luc 23, 46 — dernières paroles du Christ en croix.
  47. [47]L’Église apostolique arménienne, en communion avec l’Église copte orthodoxe : toutes deux appartiennent à la famille des Églises orthodoxes orientales.
  48. [48]Ibn Kabar rassemble ici plusieurs mises en garde de l’apôtre Paul ; comparer Philippiens 3, 2 et Actes des Apôtres 20, 29.
  49. [49]Simon le Magicien, personnage des Actes des Apôtres (chapitre 8), qui voulut acheter le pouvoir de l’Esprit Saint — d’où le mot « simonie ».
  50. [50]Marcion (IIe siècle), qui opposait le Dieu de l’Ancien Testament au Dieu du Nouveau.
  51. [51]Mani (IIIe siècle), fondateur du manichéisme, religion dualiste née en Perse.
  52. [52]Paul de Samosate, évêque d’Antioche au IIIe siècle, condamné pour sa doctrine sur le Christ.
  53. [53]Ces descriptions très hostiles relèvent du genre polémique de l’hérésiographie ancienne : les accusations infamantes y étaient un procédé courant et ne constituent pas un témoignage historique fiable.
  54. [54]Le groupe tient son nom de Bardesane (Bardaïsan), penseur syrien du IIe siècle.
  55. [55]Arius, prêtre d’Alexandrie au IVe siècle ; il enseignait que le Fils est une créature. Sa doctrine fut condamnée au concile de Nicée (325).
  56. [56]Macédonius, évêque de Constantinople au IVe siècle ; on lui attribuait la négation de la divinité du Saint-Esprit.
  57. [57]Montanus, à l’origine au IIe siècle d’un mouvement prophétique rigoriste.
  58. [58]Ces trois paroles renvoient à l’Évangile selon saint Matthieu : 6, 26; 10, 9; et 10, 38.
  59. [59]« Basilios » désigne probablement Basilide, maître gnostique du IIe siècle.
  60. [60]Écrits anciennement attribués à Clément, présenté comme disciple de l’apôtre Pierre : il s’agit d’une littérature apocryphe.
  61. [61]Le concile de Nicée (325), réuni selon la tradition par 318 Pères, condamna Arius, qui tenait le Fils pour une créature. Le concile de Constantinople (381) compléta le Symbole en y ajoutant la profession sur le Saint-Esprit, contre Macédonius.
  62. [62]« Tout-puissant » rend un terme qui signifie littéralement « celui qui tient et gouverne toutes choses » (en grec, Pantocrator).
  63. [63]Comme dans les chapitres précédents, Ibn Kabar cite l’Écriture d’après la tradition biblique copte et arabe ancienne ; la formulation des citations s’écarte parfois des Bibles d’aujourd’hui. Il indique lui-même, pour chaque citation, le livre dont elle provient.
  64. [64]Sawirus ibn al-Muqaffaʿ, évêque copte d’Achmounaïn (Hermopolis) au Xe siècle, théologien et historien réputé de l’Église copte.
  65. [65]« Pantocrator », mot grec : « celui qui tient et gouverne toutes choses ». Anaxagoras et Platon sont des philosophes grecs de l’Antiquité, dont l’auteur écarte ici certaines idées sur l’origine du monde.
  66. [66]Le concile de Chalcédoine (451). L’Église copte orthodoxe ne le reçoit pas ; Ibn Kabar en rend compte du point de vue de sa propre Église.
  67. [67]Léon de Rome se fit représenter au concile par deux prêtres ; Dioscore, qui le présidait, lui écrivit pour l’informer, mais Léon n’y assista pas — et c’est de là, note le texte, que commença la séparation entre l’Église de Rome et les autres Églises.
  68. [68]Date donnée selon l’ère de Dioclétien (l’ » ère des Martyrs », comptée à partir de 284). Le chiffre transmis par le manuscrit paraît altéré : le concile de Chalcédoine eut lieu en 451.
  69. [69]Le texte explique ici l’origine de l’ancien nom « jacobite », formé sur celui de Jacques Baradée. Conformément à l’usage d’aujourd’hui, cette traduction dit « orthodoxes » (voir la note du fascicule 4).
  70. [70]Ces chiffres suivent une chronologie biblique ancienne ; ils sont donnés tels qu’Ibn Kabar les transmet et ne correspondent pas aux datations de l’histoire moderne.
  71. [71]« Dhû al-Qarnayn » — « celui aux deux cornes » — est un nom traditionnel d’Alexandre le Grand ; l’ère « d’Alexandre » se compte à partir de lui.
  72. [72]Kihak (ou Kiahk), Toubah et Baramhat sont des mois du calendrier copte. Le 29 Kihak et le 11 Toubah demeurent les dates de Noël et de la Théophanie dans l’Église copte.
  73. [73]Le texte donne ces dates selon plusieurs comptes (années d’Alexandre, règnes des empereurs romains). Les noms propres sont rendus tels que l’auteur les transmet.
  74. [74]Ibn Kabar donne pour chaque apôtre son nom grec et en propose une étymologie, parfois conjecturale. Les noms de lieux et de personnes sont rendus tels qu’il les transmet ; plusieurs ne sont pas identifiables avec certitude.
  75. [75]Le « Catholicon » désigne l’ensemble des épîtres dites catholiques (de Jacques, Pierre, Jean et Jude). Abib, Kihak, Toubah, Hatour, Amchir et Barmouda sont des mois du calendrier copte.
  76. [76]« Le Livre de la Tour » (Kitâb al-Majdal) : ouvrage chrétien d’Orient qu’Ibn Kabar cite à plusieurs reprises comme source.
  77. [77]« Boanergès » : « fils du tonnerre » — surnom donné par le Christ à Jacques et Jean (Évangile selon saint Marc 3, 17).
  78. [78]Matthias fut choisi pour remplacer Judas l’Iscariote parmi les Douze (Actes des Apôtres, chapitre 1).
  79. [79]Les noms des disciples sont ici donnés par tribu d’Israël, selon la source ; la plupart de ces noms sont transmis sous une forme très altérée.
  80. [80]L’Église, rapporte le texte, compte Paul comme le treizième des apôtres, en raison du choix que le Seigneur fit de lui après l’Ascension et de son grand combat pour la foi.
  81. [81]Le texte propose plusieurs étymologies du nom. « Saul » était le nom de l’apôtre avant sa conversion ; les sources s’accordent à le faire de la tribu de Benjamin et originaire de Tarse, en Cilicie.
  82. [82]Ces cinq épisodes correspondent au livre des Actes des Apôtres : la résurrection d’Eutychus (ch. 20), le naufrage et la vipère (ch. 27-28), la servante de Philippes et le geôlier (ch. 16), le paralytique de Lystres (ch. 14), le magicien de Paphos (ch. 13).
  83. [83]Ces passages se lisent dans les épîtres de Paul aux Corinthiens — en particulier la seconde épître, chapitre 12, sur le ravissement au troisième ciel et sur l’écharde dans la chair. Ibn Kabar renvoie aux « chapitres » selon le découpage de son temps.
  84. [84]Denys l’Aréopagite : converti par Paul lors de son discours à l’Aréopage d’Athènes (Actes 17). La tradition lui attribue d’importants écrits théologiques.
  85. [85]Abū l-Faraj ʿAbd Allāh ibn al-Ṭayyib (m. 1043), médecin, philosophe et théologien de l’Église de l’Orient à Bagdad, est souvent cité par Ibn Kabar pour les listes bibliques, canoniques et exégétiques. Son nom est conservé dans la forme savante normalisée.
  86. [86]Clément de Rome : disciple de Pierre, la tradition lui attribue la transmission des canons des apôtres. Le texte rapporte qu’il fut « parmi les grands de Rome », devint disciple de Pierre lors de la prédication de celui-ci dans cette ville, qui l’y établit patriarche, et fut martyrisé à Alexandrie sous le règne [d’un empereur], le 19 Hatour.
  87. [87]Abou al-Faraj Ibn al-Tayyib : auteur chrétien arabe du XIe siècle, source citée par Ibn Kabar. La table qui suit donne la liste des sujets traités par les canons selon sa recension.
  88. [88]Ces trente « usages des apôtres » ne correspondent pas à une simple liste moderne des canons apostoliques grecs. Ils relèvent de la tradition des ordonnances ecclésiastiques pseudo-clémentines et de leur réception syriaque et copte : prière, fêtes, hiérarchie, lecture des livres, discipline du clergé et discipline des fidèles.
  89. [89]La recension copte des canons apostoliques transmise ici ne doit pas être confondue mécaniquement avec les 85 canons apostoliques grecs. Elle combine des matériaux d’ordres ecclésiastiques anciens : ordinations, catéchuménat, eucharistie, veuves, diaconesses, jeûnes, heures de prière et discipline communautaire.
  90. [90]Canon sur l’ordination de l’évêque : il vise l’élection et la consécration régulières de l’évêque par imposition des mains, prière liturgique et reconnaissance ecclésiale, afin d’éviter une succession arbitraire ou privée.
  91. [91]Le lecteur, appelé ici « agnostos » par transcription du grec anagnostēs, est l’ordre chargé de la proclamation publique des lectures. La note française clarifie le terme sans supprimer le témoin lexical du manuscrit.
  92. [92]Canon sur le diacre : le diacre est présenté comme serviteur de l’évêque et de l’autel ; son rôle concerne l’ordre liturgique, l’assistance aux ministres supérieurs et le service discipliné de l’assemblée.
  93. [93]Dans cette collection, les « veuves » ne désignent pas seulement un état civil : elles renvoient à un ordre ecclésial féminin ancien, lié à l’ascèse, à la prière et au service de l’Église ; la tradition copte les rapproche parfois des moniales.
  94. [94]Canon eucharistique : la mention de l’Offrande renvoie à la discipline du Corps et du Sang du Christ, à la préparation de la liturgie et au respect dû aux saints mystères.
  95. [95]Les confesseurs sont les fidèles ayant souffert pour le nom du Christ sans renier la foi. Le canon leur reconnaît un honneur ecclésial particulier ; selon cette recension, ils peuvent être assimilés au rang diaconal ou presbytéral sans nouvelle imposition des mains, ce qui explique leur mention dans l’index.
  96. [96]Canon disciplinaire : les métiers ou pratiques mentionnés — service militaire païen, astrologie, magie, divination — sont incompatibles avec la profession chrétienne tant qu’ils impliquent idolâtrie, violence injuste ou recours aux puissances occultes.
  97. [97]Les catéchumènes participent à l’écoute et à la prière préparatoire, mais non à la pleine communion eucharistique ni au baiser de paix des fidèles. La règle marque la frontière liturgique entre préparation baptismale et appartenance sacramentelle complète.
  98. [98]Canon baptismal : il suppose l’instruction préalable du catéchumène, l’examen de la foi, la renonciation aux œuvres incompatibles avec la vie chrétienne et l’intégration sacramentelle dans l’Église.
  99. [99]Canon de jeûne : la règle impose de ne pas rompre le jeûne du Carême avant l’heure prescrite. Elle vise l’unité disciplinaire de la communauté et la maîtrise ascétique du corps.
  100. [100]Canon eucharistique : recevoir les saints mystères avant toute nourriture exprime la priorité sacramentelle de l’Eucharistie et fonde la discipline du jeûne eucharistique avant la communion.
  101. [101]Canon sur les saints mystères : il commande de veiller à ce que rien du calice ni des espèces consacrées ne soit répandu. La règle protège la foi réelle dans le Corps et le Sang du Christ et l’ordre matériel de la liturgie.
  102. [102]Canon funéraire : il encadre les sépultures, les fossoyeurs et les gardiens du cimetière ; il s’agit d’une discipline ecclésiale des morts, non d’une simple coutume sociale.
  103. [103]Le « Livre II » transmet cinquante-six canons avec renvois à la numérotation grecque. La discordance des nombres reflète la différence entre la tradition copte-arabe et les collections grecques des canons apostoliques.
  104. [104]La numérotation grecque (« العدد اليوناني » dans le texte arabe) est conservée car elle figure en colonne dans la source : elle permet de retrouver chaque canon dans les recueils grecs, qui en comptent davantage que la recension copte. Les notes manuscrites sur ces écarts sont reproduites dans le texte.
  105. [105]Le canon grec correspondant interdit d’apporter à l’autel autre chose que les éléments eucharistiques et certaines prémices admises en leur temps. Le résumé explique donc la limitation liturgique des offrandes déposées sur l’autel.
  106. [106]Le canon interdit aux ministres ordonnés de renvoyer leur épouse sous prétexte de piété ou de service liturgique. Il protège le mariage légitime contre une ascèse faussement spirituelle.
  107. [107]Le canon pascal traite de la date de Pâques et interdit de célébrer la Pâque chrétienne selon une dépendance judaïsante du calendrier, afin de maintenir l’unité ecclésiale de la fête.
  108. [108]Le canon défend au clerc de s’engager dans des affaires séculières incompatibles avec son ministère. Il vise moins tout travail matériel que l’absorption du ministre par des charges étrangères au service de l’Église.
  109. [109]La Didascalie des Apôtres est un ordre ecclésiastique ancien transmis en plusieurs langues orientales. Elle traite notamment de l’évêque, des diacres, des veuves, de la pénitence, de la prière, de la discipline communautaire et de la vie liturgique.
  110. [110]« La Didascalie des Apôtres » (al-Disqûliyya) est également un recueil de préceptes ecclésiastiques anciens, distinct des canons proprement dits. Sa table connaît, comme l’indique Ibn Kabar lui-même, plusieurs variantes selon les manuscrits.
  111. [111]Le concile d’Ancyre est surtout connu pour ses canons pénitentiels : lapsi revenus de l’apostasie, clercs défaillants, fautes sexuelles, violence involontaire, divination et discipline de réintégration.
  112. [112]Le concile d’Ancyre se tint en l’an 314 de notre ère — donc avant Nicée (325) — ; il traita surtout du sort des chrétiens qui avaient « cédé » durant la persécution de Dioclétien et de Maximin Daïa. Ibn Kabar le situe comme « le premier des conciles secondaires ».
  113. [113]Le concile de Néocésarée (vers 315) — situé à Néocésarée du Pont — fut consacré principalement aux questions disciplinaires concernant le clergé, de mariage, d’ordination et de conduite des prêtres. Ibn Kabar le situe immédiatement après celui d’Ancyre, parmi « les conciles secondaires ». La tradition manuscrite copte lui rattache parfois des notices ou variantes qui ne coïncident pas exactement avec les collections grecques.
  114. [114]Le concile de Nicée (325) : premier concile œcuménique, convoqué par Constantin pour résoudre la crise née de l’enseignement d’Arius. La tradition retient le nombre de 318 Pères ; Ibn Kabar donne ce chiffre en écho à la tradition. Il condamna l’arianisme et fixa le symbole de foi nicéen. Ses vingt canons grecs portent notamment sur les ordinations, les lapsi, les juridictions d’Alexandrie, Rome et Antioche, les clercs, l’usure et la discipline synodale
  115. [115]Sur Arius : prêtre d’Alexandrie, il enseigna que le Fils n’était pas éternel mais une créature, et que le Verbe — créé — avait pris dans le Christ la place de l’âme rationnelle. Le concile de Nicée fixa, en réponse, la foi « consubstantielle au Père », exposée dans le Symbole.
  116. [116]La découverte du bois de la Croix par Hélène, mère de Constantin, est rapportée par plusieurs sources anciennes ; Ibn Kabar y rattache l’origine immédiate de la convocation du concile de Nicée.
  117. [117]Sur le nombre des canons : Ibn Kabar lui-même rapporte ici qu’Ibn al-Tayyib, dans son ouvrage sur les canons, fait état de soixante-treize canons issus de Nicée. La recension orientale n’en retient qu’une partie ; ce qui suit donne les vingt canons reçus en copte, puis les trente canons de morale ecclésiale. Les vingt canons de Nicée dans la tradition grecque comprennent notamment : interdiction de l’auto-castration cléricale, règles d’ordination, discipline des lapsi, reconnaissance des anciens usages d’Alexandrie, de Rome et d’Antioche, et interdiction de l’usure cléricale.
  118. [118]La tradition copte-arabe élargit ici la matière nicéenne par des sections annexes. Il faut distinguer les vingt canons grecs de Nicée des développements postérieurs reçus dans les collections orientales.
  119. [119]Les « Quatre Livres » appartiennent à un ensemble canonico-narratif attribué à l’autorité des empereurs chrétiens. Ils mêlent avertissements, cas judiciaires, lois impériales et règles ecclésiastiques ; il ne s’agit pas d’un concile œcuménique au sens strict.
  120. [120]L’identification d’ » Athanase, patriarche de Constantinople » et du roi « Nestian » demeure délicate dans la tradition transmise. La note a été conservée sans correction dogmatique, mais le titre signale qu’il s’agit d’un dossier canonique reçu par la compilation, non d’une attribution critique sûre.
  121. [121]Athanase de Constantinople — patriarche distinct du grand Athanase d’Alexandrie, dont les canons portent ici son nom. Le destinataire, « le roi Nestian », est de même obscurité dans la transmission ; le texte présente l’ensemble sans plus de précision sur la date.
  122. [122]Le concile de Sardique (343) est surtout connu pour les canons relatifs aux appels épiscopaux, aux déplacements d’évêques, aux relations entre évêques voisins et à la réhabilitation de prélats déposés dans les controverses ariennes.
  123. [123]Le concile de Sardique (Serdica, aujourd’hui Sofia) fut convoqué pour rétablir Athanase d’Alexandrie, Marcellin d’Ancyre, Asclepas de Gaza, et d’autres évêques persécutés par les ariens. La tradition occidentale le tint pour œcuménique ; la tradition orientale le compte parmi les « conciles secondaires », comme l’indique Ibn Kabar.
  124. [124]Dans l’ordre d’Ibn Kabar, ce concile est appelé « cinquième » tout en étant le deuxième des grands conciles. Il correspond à Constantinople I (381), concile dirigé contre les pneumatomaques et confirmant la foi nicéenne au sujet du Saint-Esprit.
  125. [125]Macédonius (mort vers 364), patriarche de Constantinople, est l’auteur de l’hérésie qui porte son nom : il refusait à l’Esprit-Saint la pleine divinité, le tenant pour créature. Ses partisans étaient appelés « Pneumatomaques » (« combattants contre l’Esprit »).
  126. [126]Apollinaire de Laodicée (mort vers 390) soutenait que le Verbe avait pris dans le Christ la place de l’âme rationnelle humaine, en sorte que le Christ aurait été un homme « sans intellect humain ». Le concile rejette cette doctrine et confesse que le Verbe a pris « un corps avec une âme rationnelle et intelligente ».
  127. [127]Le concile de Constantinople, premier de ce nom, se tint en 381 sous l’empereur Théodose Iᵉʳ. Il complète le Symbole de Nicée en ajoutant l’article relatif au Saint-Esprit et clarifie la foi face à plusieurs hérésies. La tradition orientale le compte au cinquième rang dans la suite générale des conciles, et au deuxième parmi les conciles œcuméniques (les « grands conciles »).
  128. [128]Sabellius (IIIᵉ siècle), prêtre africain : niait la distinction des personnes en disant que Père, Fils et Esprit-Saint sont une seule personne (« face ») et une seule hypostase, simples manières d’apparaître du Dieu unique.
  129. [129]Le « Quartodéciman » (« quatorzième ») : celui qui célèbre la Pâque le 14 du mois lunaire, à la date juive, indépendamment du dimanche. — Les autres groupes mentionnés (Sabbatiens, gardiens des usages juifs, partisans « les âmes pures », Eunomiens, etc.) sont autant de courants dissidents que les conciles ont voulu réintégrer dans l’Orthodoxie selon une procédure spécifique.
  130. [130]Les anathèmes mentionnés condensent les condamnations doctrinales contre les positions jugées contraires à la foi nicéenne : négation de la divinité du Saint-Esprit, altération de la Trinité ou séparation erronée du Christ.
  131. [131]Le concile de Gangres condamne les excès ascétiques attribués aux milieux eustathiens : mépris du mariage, rejet des assemblées paroissiales, condamnation de la propriété, rupture familiale sous prétexte d’ascèse et refus de l’autorité ecclésiale.
  132. [132]Le concile de Gangres (vers 340) eut lieu en Paphlagonie (Asie Mineure). Il fut convoqué pour condamner les excès d’Eustathe de Sébaste, qui prêchait un ascétisme rigoriste interdisant la viande, le mariage et certaines libertés ecclésiales — entraînant à sa suite les chrétiens d’Arménie.
  133. [133]Le concile d’Antioche contient des règles disciplinaires sur les évêques, les métropolites, les synodes provinciaux, les ordinations irrégulières, les appels et les clercs qui agissent hors de leur juridiction.
  134. [134]Le concile d’Antioche dont il est question ici est celui de 341 (« in encaeniis », pour la dédicace de la grande église dorée d’Antioche). Ibn Kabar le distingue très soigneusement du concile précédent contre Paul de Samosate, lequel s’était tenu à Antioche avant Nicée et n’avait pas laissé de canons écrits.
  135. [135]Le concile de Laodicée (IVe siècle) réglemente la discipline liturgique et ecclésiale : lectures, clergé, chrétiens judaïsants, observance du dimanche, jeûnes, livres reçus dans l’Église et comportement des fidèles.
  136. [136]Mani (Manichée, IIIᵉ siècle) — fondateur du manichéisme, doctrine dualiste qui faisait du Christ une simple émanation du Royaume de lumière. Le concile de Laodicée s’oppose à cette doctrine et à d’autres dérives sectaires de son temps.
  137. [137]Le concile de Laodicée se tint vraisemblablement vers 363-364 en Phrygie (Asie Mineure). Ibn Kabar le situe au sixième rang des conciles secondaires. Le nombre des canons varie selon les recensions : la source ici en énumère cent dix-sept ; la mention initiale de « 59 canons » reflète la recension la plus brève reçue ailleurs.
  138. [138]L’*omophorion* (rendu ici par *bilâriya*) est l’étoffe portée par l’évêque autour des épaules ; le canon interdit à des clercs de rang inférieur d’en revêtir l’aspect, ce qui dénaturerait l’ordre hiérarchique.
  139. [139]Les canons de Carthage appartiennent à la tradition africaine. Ils portent sur la discipline des évêques et des clercs, les appels, la réconciliation des pénitents, les rapports avec Rome et la liste des livres reçus dans l’Église africaine.
  140. [140]Ibn Kabar note que ce concile n’est mentionné par aucun des collecteurs antérieurs (ni Anbâ Michaël métropolite de Damiette, ni Ibn al-ʿAssâl, ni Ibn al-Tayyib), à l’exception d’Anbâ Marqos ibn Zorʿa. Cela explique la nature parfois incomplète de l’index transmis.
  141. [141]Les canons 107 à 114 reflètent les débats antipélagiens : ils condamnent l’opinion qu’Adam aurait été créé mortel, que le baptême des enfants n’est pas nécessaire à la rémission des péchés, et celle qui dit que les saints n’ont pas de péché. Ces positions sont précisément celles que Carthage 418-419 rejeta contre Pélage.
  142. [142]Le concile d’Éphèse (431) condamna Nestorius et confirma l’usage du titre Theotokos pour la Vierge Marie. Le canon central dans ce contexte interdit d’introduire une foi différente de celle définie à Nicée.
  143. [143]Nestorius, patriarche de Constantinople (428-431) : il refusait d’appeler Marie Theotokos (« Mère de Dieu »), arguant qu’elle n’est mère que de l’humanité du Christ, et tenait que le Christ — après l’union — est en deux personnes (qanoumayn), deux essences, deux natures, avec une seule volonté.
  144. [144]Le concile d’Éphèse (431) — troisième concile œcuménique, convoqué par Théodose II contre Nestorius. Il proclame la maternité divine de Marie (Theotokos, « Mère de Dieu ») et rejette la doctrine selon laquelle le Christ serait deux personnes (deux hypostases). Pour la tradition copte orthodoxe, c’est avec Nicée et Constantinople l’un des trois grands conciles reçus.
  145. [145]Le récapitulatif des dix conciles est attribué par Ibn Kabar à Anbâ Marqos ibn Zorʿa, patriarche copte (1167-1189), qui en avait dressé un sommaire de sa main. Ibn Kabar rappelle aussi quelles collections il a, lui-même, jugé bon d’inclure dans cette compilation, et celles qu’il a passées sous silence — notamment certaines attribuées à Clément.
  146. [146]« Apolides » est la forme arabe médiévale d’Hippolyte. Les Canons d’Hippolyte sont conservés en arabe à partir d’une tradition copte ; ils règlent surtout ordinations, eucharistie, catéchuménat, veuves, jeûnes et discipline liturgique.
  147. [147]Les « canons d’Apolides » (ainsi nommés dans la version arabe, peut-être pour Aurélius ou Anaclet — l’identification reste incertaine) sont attribués à un prêtre que l’on pensait à l’époque patriarche de Rome présenté comme successeur des apôtres. Le texte est une compilation pseudo-épigraphique d’origine grecque ; les numérotations varient selon les copies (entre 38, 58 et près de 100 selon les recensions).
  148. [148]Les canons attribués à Clément relèvent de la tradition pseudo-clémentine : l’autorité apostolique de Clément sert de cadre littéraire à des règles de discipline ecclésiastique, plus qu’à des décrets historiques directement rédigés par Clément de Rome.
  149. [149]Christodoulos d’Alexandrie fut le 66e patriarche copte d’Alexandrie (XIe siècle). Les canons placés sous son nom concernent la discipline interne de l’Église copte médiévale, notamment le clergé, les églises et les usages communautaires.
  150. [150]Anbâ Christodoulos d’Alexandrie (vers 1046-1077). Ses canons, promulgués le 8 Mesory 764 des Martyrs (1048 ap. J.-C.) après la consécration de l’église Doqâʾîl, traitent en 31 chapitres de discipline ecclésiale, depuis les sacrements jusqu’à la liturgie célébrée à domicile.
  151. [151]Gabriel II ibn Turaik fut le 70e patriarche copte d’Alexandrie (1131-1145). La mention « 71e » du document a été corrigée en « 70e », conformément aux listes patriarcales usuelles.
  152. [152]Anbâ Ghibrayal (Gabriel) ibn Turayk d’Alexandrie (1131-1146). Auteur de deux ensembles canoniques : un recueil de 8 chapitres pour le clergé d’Alexandrie (mois de Baouna 790 des Martyrs, soit 1074 ap. J.-C.), et un grand recueil de 74 chapitres compilant les canons des apôtres, des Pères et des patriarches.
  153. [153]Le grand recueil attribué à Gabriel II ibn Turaik est une compilation canonique copte médiévale. Il rassemble des règles de gouvernement ecclésial, de discipline cléricale, d’églises locales et d’administration patriarcale.
  154. [154]Cyrille III ibn Laqlaq fut le 75e patriarche copte d’Alexandrie (1235-1243), et non le 74e. La correction harmonise ce titre avec la notice du chapitre septième, qui l’identifie déjà comme 75e patriarche.
  155. [155]Anbâ Cyrille III ibn Laqlaq d’Alexandrie (1235-1243). Son recueil, daté du 16 Tut 952 (variante 905) des Martyrs, fut établi en accord avec les évêques et les notables, anathèmes à l’appui contre quiconque s’en départirait. La première rédaction est l’œuvre d’al-Ṣafî ibn al-ʿAssâl.
  156. [156]Le terme transmis comme « Eksantâbîlîn » a été clarifié par « Hexabiblos ». La forme grecque signifie littéralement « six livres » ; dans ce contexte, Ibn Kabar l’emploie pour introduire une organisation en six groupes des livres de l’Ancien Testament.
  157. [157]Le mot copte *ΕΞΗΑΝΤΑΒΙΒΛΟΝ* (« Hexabiblion ») évoque les six grands ensembles dans lesquels Ibn Kabar regroupe les livres de l’Ancien Testament : la Torah, les Prophètes, les Juges, les Rois, les Sages et les Justes.
  158. [158]L’expression arabe al-Ṣiddīqīn a été traduite par « les Justes » dans le corps du texte afin d’éviter une translittération opaque. Elle désigne ici un groupe de livres reçus dans la liste ecclésiale transmise par Ibn Kabar.
  159. [159]Le « Bartolomée » que mentionne ici Ibn Kabar correspond à Ptolémée II Philadelphe (vers 285-246 av. J.-C.), commanditaire de la traduction grecque des Soixante-douze, dite *Septante*.
  160. [160]Selon la tradition copte transmise par Ibn Kabar : « Moïse — Josué — ce qui figure dans le livre des Prophètes : 16 — ce qui figure dans les livres des Rois : 6 ». Total : 24 prophètes. Cette liste inclut donc à la fois les prophètes auteurs de livres et les prophètes des livres historiques (Élie, Élisée, Nathan, Samuel, Gad, Ahiya).
  161. [161]« Tnloûsât » : terme technique copte désignant la collection des Constitutions apostoliques. Le huitième livre des Constitutions contient le canon 81 qui énumère les livres du Nouveau Testament.
  162. [162]Le canon 81 des Tnloûsât recense les vingt-huit livres du Nouveau Testament reçus comme Écriture sainte dans la tradition copte ancienne. L’originalité de cette liste, par rapport au canon occidental, tient à l’inclusion des deux épîtres attribuées à Clément de Rome — considérées par certaines Églises orientales comme apostoliques. La mention finale « hors la Praxis » (littéralement « les Actes » en grec) signale que le compte de 28 livres n’inclut pas une seconde fois les Actes des Apôtres déjà cités.
  163. [163]Selon la tradition copte transmise par Ibn Kabar : Matthieu (originellement publicain, surnommé « Le Choisi » / le Sélectionné / al-Muṣṭafâ), Marc (premier patriarche d’Alexandrie, l’un des Soixante-dix), Luc (le Sage, l’un des Soixante-dix) et Jean (l’Évangéliste, fils de Zébédée, « le Théologien » et « le Fils du Tonnerre »).
  164. [164]La mention arabe al-Muṣṭafā a été rendue simplement par « le Choisi ». Le mot fonctionne ici comme interprétation du nom Matthieu dans la tradition reçue, non comme un nom propre à conserver en translittération.
  165. [165]La péricope de la femme adultère (Jean 7,53 – 8,11) est l’un des passages les plus discutés du Nouveau Testament. Ibn Kabar en livre ici une remarquable analyse critique, recensant les témoins manuscrits coptes, syriaques, grecs et arabes — un exemple précoce de critique textuelle.
  166. [166]Les termes arabes al-milla et al-niḥla ont été remplacés par leurs équivalents français : communauté/confession et école doctrinale. Ibn Kabar distingue ainsi l’appartenance confessionnelle générale et l’école théologique ou ecclésiale particulière.
  167. [167]La translittération arabe des « orthodoxes » a été supprimée du titre, car le terme français existe et suffit. Les précisions confessionnelles restent indiquées dans les notes lorsque la terminologie médiévale peut prêter à confusion.
  168. [168]La forme « Apolides » a été remplacée par « Hippolyte de Rome », identification usuelle de la tradition canonique arabe et copte des Canons d’Hippolyte.
  169. [169]Le titre a été harmonisé en « Jean Chrysostome, archevêque de Constantinople ». Il n’était pas patriarche d’Antioche ; son surnom grec Chrysostome signifie « Bouche d’or ».
  170. [170]Saint Athanase l’Apostolique — 20ᵉ patriarche d’Alexandrie (328-373) — figure majeure du concile de Nicée et défenseur intrépide de l’orthodoxie contre l’arianisme.
  171. [171]Saint Cyrille le Grand — 24ᵉ patriarche d’Alexandrie (412-444), présidant du concile d’Éphèse (431) contre Nestorius, et proclamateur du titre *Theotokos* pour la Vierge Marie.
  172. [172]« Aréopagite » (en grec *ΑΡΕΟΠΑΓΙΤΗΣ* — Areopagites) signifie « membre du conseil de l’Aréopage ». Il s’agit de Denys l’Aréopagite, premier évêque d’Athènes, mentionné dans les Actes 17,34; auteur du corpus dit « Pseudo-Dionysien ».
  173. [173]Saint Antoine le Grand (vers 251-356), « père des moines », fondateur de l’érémitisme. Ibn Kabar mentionne ses 22 lettres, sa retraite au monastère copte (Dayr al-Anbâ Antûniyûs), ses testaments, et son rôle dans les canons monastiques.
  174. [174]« Le Shaykh spirituel » (al-Shaykh al-Rûḥânî) est un titre traditionnel donné à Saint Jean Saba, ascète de Beit Dilyâtâ (VIIIᵉ siècle), connu pour ses écrits mystiques. Voir Graf, Histoire de la littérature arabe chrétienne, t. 1, p. 434-436.
  175. [175]Saint Symeon le Stylite (vers 389-459) : célèbre ascète syrien qui vécut 37 ans sur une colonne près d’Alep. Les articles et réponses ici cités seraient en réalité de saint Macarius, mais traditionnellement attribués à Symeon le Stylite. Voir Graf, t. 1, p. 389-395.
  176. [176]Eusèbe de Césarée (vers 265-339/340) : grand évêque du IVᵉ siècle, ami de Pamphile le martyr ; ordonné évêque en 313, prit part au concile de Nicée en 325. Auteur de la fameuse Histoire ecclésiastique — bien que les Arabes anciens, comme le note Ibn Kabar, n’aient pas connu ce livre. Voir Graf, t. 1, p. 318.
  177. [177]Le mot « Jacobites » est un terme médiéval externe, souvent employé pour les non-chalcédoniens syro-coptes. Il a été évité dans le titre principal au profit de la désignation plus claire « Orthodoxes syriaques et iraquiens ».
  178. [178]Yahya ibn ʿAdī (893-974) : célèbre philosophe et théologien syriaque orthodoxe de Bagdad, disciple d’al-Fârâbî. Considéré comme l’un des plus grands logiciens chrétiens médiévaux.
  179. [179]Abou Ali ʿIsa ibn Ishaq ibn Zurʿa (943-1008) : philosophe orthodoxe, élève de Yahya ibn ʿAdī. Né et mort à Bagdad. Voir Graf, t. 2 (Rome 1947), p. 252-256.
  180. [180]Le terme arabe al-Nasāṭira a été rendu par « Nestoriens ». Dans le vocabulaire médiéval copte, il désigne surtout l’Église de l’Orient et les auteurs rattachés à sa tradition théologique.
  181. [181]Hunayn ibn Ishaq (808-873) : célèbre nestorien d’al-Ḥīra, illustre médecin et traducteur, qui rendit en arabe nombre d’œuvres grecques. Voir Graf, t. 2, p. 122-129.
  182. [182]Le terme arabe al-Malakiyya correspond aux Melkites, c’est-à-dire les chrétiens byzantins ou chalcédoniens rattachés à l’Empire. Le titre français a donc été harmonisé en « Melkites byzantins ».
  183. [183]Saint Jean Climaque (vers 579-649), higoumène du monastère du mont Sinaï, auteur de L’Échelle [du paradis] (Κλίμαξ), traduit en arabe au IXᵉ siècle. Son ouvrage en 30 degrés est l’un des classiques de la spiritualité monastique orthodoxe. Voir Graf, t. 1, p. 409-410.
  184. [184]La longue translittération arabe du titre a été supprimée : elle désignait simplement les auteurs coptes orthodoxes récents ou contemporains d’Ibn Kabar.
  185. [185]Anbâ Sawirus ibn al-Muqaffaʿ al-Malîjī, évêque d’al-Ushmûnîn (vers 905/910 – après 987) : le premier Copte à écrire en arabe. Défenseur intrépide de l’Église copte face aux musulmans, aux juifs, aux nestoriens et aux byzantins. Voir Graf, t. 2, p. 300-318; Samir Khalil Samir, « Sawirus ibn al-Muqaffaʿ, sa vie », dans La revue de l’Église de Minia, 2ᵉ année (1970), p. 109-115 et 155-164.
  186. [186]Anbâ Michel, métropolite de Damiette : nommé sous le patriarche Marqos III ibn Zurʿa (1166-1189), continua sous Yûhannâ VI ibn Abi Ghâlib (1189-1216). Engagé dans des controverses théologiques fameuses avec le juge aveugle Marqos ibn Qunīrî.
  187. [187]Al-Muʾtaman Abou Ishâq Ibrâhîm ibn al-ʿAssâl, le plus jeune des trois frères ʿAssâl. Florissait dans le deuxième tiers du XIIIᵉ siècle. L’un des plus grands penseurs de l’Église copte. Voir Graf, t. 2, p. 407-414.
  188. [188]Al-Ṣafī Abou al-Faḍāʾil (Ibn al-ʿAssâl), grand canoniste de l’Église copte, contemporain d’al-Muʾtaman. Auteur du célèbre Majmuʿ al-Ṣufuwī (recueil canonique). Mort avant 1260. Voir Graf, t. 2, p. 388-403.
  189. [189]Simʿân ibn Kalīl ibn Muqâra : scribe de Saladin (al-Ṣalâh al-Dîn al-Ayyûbî) en 1173, parti combattre avec lui à Hijroun. Il quitta le vizirat en 1176 pour se faire moine à Dayr Yûhannâ al-Qaṣîr, où il vécut plus de 30 ans. Mort après 1206. Voir Graf, t. 2, p. 336-338.
  190. [190]Buṭros al-Armanī, prêtre de Sadmantī : moine au monastère de Mar Jirjis à Sidmint près du Fayoum, milieu du XIIIᵉ siècle. Voir Graf, t. 2, p. 351-356.
  191. [191]Ibn Kâtib Qayṣar : Abou Isḥâq ibn al-Riʾâsa Ibrahim, du début du XIIIᵉ siècle. Auteur du célèbre commentaire de l’Apocalypse. Voir Graf, t. 2, p. 379-387.
  192. [192]Le récit de Barlaam et Josaphat — l’une des plus célèbres « légendes dorées » du Moyen Âge, racontant la conversion d’un prince indien (Wâṣif / Josaphat) par un ermite chrétien (Barlaam). Sa trame originelle remonte à un récit bouddhique (la vie de Bouddha), christianisé en Géorgie au IXᵉ siècle, traduit en grec au Xᵉ et de là dans toutes les langues européennes. Voir Graf, t. 1, p. 546-548.
  193. [193]La fameuse controverse de 781-782 entre le calife abbasside al-Mahdī (775-785) et le catholicos nestorien Timothée Iᵉʳ (780-823) — l’un des rares textes survivants d’un véritable dialogue islamo-chrétien de cette période. Publiée par le P. Louis Cheikho dans la revue al-Machriq de Beyrouth, t. 19 (1921), p. 359-374 et 408-418.
  194. [194]Al-Wâḍiḥ ibn Rajâʾ — converti de l’islam au christianisme à la fin du Xᵉ siècle, mort vers 1002, sous le règne du calife al-Ḥâkim bi-amri’llâh. Ami intime de saint Sawirus ibn al-Muqaffaʿ.
  195. [195]La Didascalie (Διδασκαλία τῶν Ἀποστόλων) est un recueil canonique syriaque dont le texte original remonte au IIIᵉ siècle. Son chapitre 35 décrit en détail l’architecture et la disposition de l’église primitive — orientation, portes, sièges, séparation des hommes et des femmes, place des diacres et des lecteurs.
  196. [196]Les termes wandestrin, ekkesryneen et kondesterīn sont des translittérations gréco-coptes ou arabes conservées par la tradition manuscrite. Leur équivalent exact n’est pas toujours certain ; le contexte montre qu’il s’agit de locaux ou d’espaces liturgiques distincts, liés au service, aux catéchumènes, aux personnes tenues à part et aux vierges.
  197. [197]Le « synthronon » (grec σύνθρονον) désigne le siège épiscopal ou banc surélevé associé au clergé dans l’abside ou à proximité du sanctuaire. La forme transmise dans le texte arabe/copte est translittérée ; l’expression « siège de l’évêque » en donne le sens liturgique.
  198. [198]Proestos vient du grec προεστώς : celui qui préside. Dans le vocabulaire ecclésiastique oriental, le terme peut désigner le prêtre ou responsable qui préside localement au service et à l’organisation du clergé.
  199. [199]Les « Paralipomènes » sont l’ancien nom grec des livres des Chroniques. Le titre signifie littéralement « choses omises » ou « compléments », d’où certaines traductions anciennes comme « restes des Rois ». La forme française retenue ici évite le contresens.
  200. [200]Cf. 1 Chroniques 28:11-21.
  201. [201]Dans Ézéchiel 40-42, l’unité de mesure attendue est la coudée ou le roseau de mesure selon les passages. « Arpent » était donc une traduction inadaptée dans ce contexte architectural et biblique.
  202. [202]Cf. Ézéchiel 40:5 et suiv., jusqu’à la fin du ch. 41 et au ch. 42 — en abrégé.
  203. [203]Apocalypse 21 distingue les fondements de la muraille, ornés de pierres précieuses (Ap 21,19-20), et les douze portes, qui sont des perles (Ap 21,21). Le passage d’Ibn Kabar abrège et transmet la vision sous une forme liturgique ; la traduction a été corrigée pour éviter de confondre portes et fondements.
  204. [204]La vision de la Jérusalem céleste se trouve en Apocalypse 21. Les fondements de la muraille sont ornés de douze pierres précieuses (Ap 21,19-20), tandis que les douze portes sont douze perles (Ap 21,21).
  205. [205]Ces prescriptions reprennent des règles canoniques courantes sur la sainteté de l’église : interdiction d’y tenir des repas profanes, interdiction du commerce dans l’église, accès réservé au sanctuaire et garde des portes contre ceux qui ne peuvent participer aux mystères.
  206. [206]Les Psaumes 121 à 151 (selon la numérotation copte qui inclut le Ps 151) sont récités lors du rite de consécration — soit 31 Psaumes au total. Ils correspondent aux Cantiques des Degrés (120-133) et aux dernières louanges du Psautier.
  207. [207]Les psalies sont des hymnes coptes. Les tons Adam et Batos sont deux grands modes hymnographiques de l’année liturgique copte : Adam est utilisé pour certains jours et fêtes ; Batos pour d’autres jours selon le calendrier.
  208. [208]Cette dernière section, sur les composants du Saint-Myrôn (le chrême sacré), reflète une tradition très ancienne. La préparation du Myrôn est l’une des prérogatives exclusives du patriarche copte d’Alexandrie, accomplie au monastère copte de Saint-Macaire au Wadi al-Natrun.
  209. [209]Les noms des aromates du Myrôn sont difficiles à fixer : certains sont des noms arabes de plantes ou de résines, d’autres des translittérations coptes, grecques ou syriaques. Lorsqu’une identification française sûre existe, elle a été donnée ; lorsqu’elle reste incertaine, la translittération a été conservée.
  210. [210]Ces « canons de Clément » appartiennent à la littérature canonique pseudo-clémentine et apostolique reçue dans plusieurs traditions orientales. Ils ne sont pas des canons historiques directement rédigés par Clément de Rome, mais des textes disciplinaires transmis sous son autorité.
  211. [211]La formulation transmise ici est obscure dans le texte arabe et ne permet pas de restituer avec certitude la sanction exacte. L’ancienne traduction « son décès est délié » était incompréhensible en français ; le sens certain est celui d’une profanation grave du Myrôn par auto-onction non autorisée.
  212. [212]Selon la tradition copte transmise par Ibn Kabar, la Nativité du Seigneur eut lieu en l’an 307 de la dynastie d’Alexandre fils de Philippe (ère séleucide), 43ᵉ année du règne de l’empereur Auguste, et 35ᵉ année du règne d’Hérode le roi de Judée.
  213. [213]La tradition occidentale retient surtout trois Mages : Melchior, Gaspard et Balthazar. Ibn Kabar transmet ici une tradition orientale différente, avec douze noms puis une variante à trois rois. Seuls les noms ayant une forme française ou occidentale identifiable avec prudence ont été normalisés.
  214. [214]Le tirage au sort patriarcal renvoie à une pratique ancienne destinée à manifester le choix divin lorsque plusieurs candidats ont été jugés recevables. Le procédé rappelle Actes 1,23-26, où Matthias est choisi par tirage au sort pour remplacer Judas.
  215. [215]La règle vise à empêcher une consécration patriarcale ou épiscopale isolée. L’imposition des mains doit être synodale : plusieurs évêques attestent ensemble la continuité apostolique et la validité de l’ordination.
  216. [216]Ézéchiel 3:17-20. Cf. la grande responsabilité du « veilleur » (raqîb) sur le peuple : si le pécheur meurt sans avoir été averti, son sang sera réclamé de la main du veilleur.
  217. [217]Référence implicite à la séparation théologique des trois grandes traditions chrétiennes — orthodoxes coptes, byzantins (chalcédoniens), et nestoriens — chacune ayant son propre catholicat ou patriarcat.
  218. [218]Le titre « Catholicos » (qâthûlîqûs) — du grec *καθολικός* (« universel ») — désigne dans la tradition chrétienne orientale le chef de l’Église dont le siège est en Mésopotamie (Bagdad pour les nestoriens). Ce titre se distingue de celui de Patriarche.
  219. [219]Le passage sur Séleucie-Ctésiphon, Bagdad et l’Abyssinie est textuellement difficile. Le sens ecclésiologique général est clair : Ibn Kabar distingue les juridictions honorifiques orientales tout en rattachant l’ordination du métropolite d’Abyssinie à Alexandrie.
  220. [220]« Tazkiya » (تزكية) : recommandation officielle attestant des vertus et de la dignité du candidat. La formule type est lue à voix haute par un diacre depuis l’ambon, avant que ne commence l’imposition des mains.
  221. [221]Référence à la parabole du serviteur fidèle (Matthieu 25,21 et 23) : « C’est bien, bon et fidèle serviteur — entre dans la joie de ton maître. »
  222. [222]Romains 8,28-30 — la chaîne d’or de la prédestination, du choix divin, de l’appel, de la justification, et de la glorification.
  223. [223]Hébreux 5,4 — « Et nul ne s’arroge à soi-même cette dignité ; il faut y être appelé de Dieu, comme Aaron. »
  224. [224]Le « Sîstâtîqa » (السيستاتيكا) — du grec *συστατική* (« lettre recommandée ») — désigne la lettre synodale officielle, en double exemplaire copte et arabe, signée par tous les évêques participants, annonçant aux Églises l’ordination du nouveau patriarche.
  225. [225]Le mot arabe, parfois traduit par « division », correspond ici à une désignation ou mise à part liturgique, non à une division au sens français. Dans le contexte d’une consécration, il faut comprendre l’acte canonique par lequel le candidat est séparé pour une charge : nomination, désignation ou ordination.
  226. [226]Cette section résume des causes canoniques classiques de déposition : simonie ou corruption dans l’accès à l’épiscopat, intervention abusive du pouvoir séculier, abandon injustifié du siège, ordination irrégulière, usurpation du pouvoir d’absoudre ou d’imposer les mains, négligence pastorale grave, injustice et ivrognerie.
  227. [227]Le texte arabe emploie ici une idée de retranchement, de coupure ou de déposition. La traduction littérale « qu’il soit divisé » est fautive en français : la sanction visée est la déposition ou l’exclusion de l’exercice du ministère.
  228. [228]La liste concerne les grandes fêtes coptes et la répartition des services liturgiques entre les prêtres de rang supérieur. Les dates sont données selon les mois coptes : Tout, Bâbah, Hâtour, Kiahk, Tûbah, Amshîr, Baramhât, Baramouda, Bashans, Baounah, Abib, Misra.
  229. [229]Paramoun désigne le jour ou la période préparatoire qui précède immédiatement certaines grandes fêtes, notamment la Nativité et la Théophanie, avec jeûne et dispositions liturgiques propres.
  230. [230]Le huitième jour après Pâques est traditionnellement associé à l’apparition du Christ à Thomas (Jn 20,26-29). Dans plusieurs traditions orientales, il est appelé dimanche de Thomas ou fête du Disciple.
  231. [231]1 Pierre 5,1-4 — le célèbre passage où Pierre exhorte les anciens (πρεσβύτεροι) à paître le troupeau de Dieu non par contrainte mais de bon cœur, non pour un gain honteux mais d’une âme empressée, non en seigneurs de ceux qui sont leur lot mais en devenant les modèles du troupeau.
  232. [232]« Hégoumène » (ἡγούμενος, hagoumenos en copte) signifie littéralement « celui qui guide / qui administre ». Dans la tradition copte, c’est le titre donné à un prêtre principal — souvent traduit en arabe par « Qummus » — qui dirige une église ou un monastère.
  233. [233]Référence à la parabole des talents (Matthieu 25,21) : « Sois ! bon et fidèle serviteur. Tu as été fidèle en peu de choses, je t’établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton maître. »