La Jalousie de l’Envie
- 01 — 1° Origine de ce vice
- 02 — 2° Ses effets
- 03 — 3° Supplice des envieux
- 04 — 4° Exhortation ;
- 05 — 5° Remè de

La Jalousie de l’Envie
Saint Cyprien de Carthage · 25 juin 2016 · 19 min de lecture · 3 342 vues
1° Origine de ce vice ; 2° Ses effets ; 3° Supplice des envieux ; 4° Exhortation ; 5° Remède.
Être jaloux du bien que nous voyons, porter envie à ceux qui valent mieux que nous paraît, à certaines personnes, une faute légère ; d’où il suit qu’on ne la craint pas, qu’on la méprise, qu’on dédaigne de l’éviter et qu’elle devient, pour les âmes imprévoyantes, une cause secrète de ruine spirituelle. Pourtant. le Seigneur nous ordonne d’être prudent, de veiller sans relâche, de peur que l’ennemi, qui veille de son côté et nous dresse de continuelles embûches, ne se glisse dans notre coeur. Là, il lui sera facile de transformer en incendie les étincelles du péché, de faire découler des plus petites causes les résultats les plus terribles, de communiquer à ce souffle enchanteur, dont il berce notre mollesse, la fureur de la tempête et d’engloutir, dans un commun naufrage, notre foi, notre salut et notre vie.
Nous devons donc veiller, mes frères bien-aimés, et travailler de toutes nos forces, pour résister à cet ennemi qui, dans sa fureur, lance ses traits sur les parties vulnérables de notre corps. C’est le conseil de l’apôtre Pierre : Soyez sobres et vigilants, car le démon, votre ennemi, tourne autour de (3) vous comme un lion rugissant, cherchant quelqu’un à dévorer (I Pet., V.). Oui, il tourne sans cesse, et, semblable à l’ennemi qui assiège une ville, il explore les murs, cherchant un endroit faible pour pénétrer dans la place. Il offre aux yeux des formes séduisantes et des voluptés faciles, afin de détruire la chasteté par la vue. Il flatte les oreilles par les accords de la musique, afin d’amollir la vigueur chrétienne par des chants efféminés.
Il provoque la langue par l’injure ; il pousse la main au meurtre par la provocation ; il entraîne l’homme à la fraude en lui offrant des profits injustes. Pour perdre une âme, au moyen de l’argent, il lui souffle des calculs frauduleux. Il promet les honneurs de la terre pour enlever ceux du Ciel ; il montre l’erreur pour ravir la vérité. Quand il ne peut tromper en secret, il menace ouvertement et suscite contre nous les fureurs de la persécution. Ainsi, il fait toujours la guerre aux serviteurs de Dieu, artificieux dans la paix, violent dans la guerre. C’est pour cela, mes frères bien-aimés, que nous devons toujours être armés, soit contre les embûches secrètes, soit contre les menaces ouvertes de l’ennemi. Il est toujours prêt à attaquer : soyons donc toujours prêts à résister.
Comme la plupart de ses traits glissent dans l’ombre et que les attaques de ce genre font d’autant plus de blessures qu’elles sont moins remarquées, étudions la nature des armes et veillons à les repousser. Au nombre de ces armes sont la jalousie et l’envie. Si on les examine attentivement, on verra qu’un chrétien doit surtout se tenir en garde contre elles ; car, s’il se laissait prendre dans les pièges du démon, si, cédant aux suggestions de l’envie, il tournait sa haine contre son frère, il se donnerait à lui-même le coup mortel.
1° Pour mieux comprendre cette vérité, remontons à l’origine de l’envie ; on évite plus facilement un fléau quand on sait d’où il vient et quels ravages il cause. Dès l’origine du monde, l’envie perdit le démon et le porta à perdre l’homme. Il avait longtemps brillé parmi les choeurs angéliques, il avait longtemps joui de l’amitié de Dieu ; mais, un jour, l’envie le précipita du faîte de sa gloire. Lorsqu’il vit l’homme créé à l’image de Dieu, sa jalousie s’enflamma de nouveau. Ainsi, déchu lui-même, il entraîna l’homme dans sa déchéance ; captif, il lui fit partager sa captivité et l’enveloppa dans sa ruine. Quel mal, mes frères bien-aimés, que celui qui a causé la chute d’un ange ; qui a porté le désordre dans la nature la plus noble sortie des mains du Créateur ; qui a égaré le séducteur du genre humain !
L’envie se perpétue dans le monde par la malice de ces hommes qui veulent imiter la conduite du démon et marcher sur ses traces ; mais ils seront punis les premiers, car, dit l’Écriture : La mort est entrée dans ce monde par l’envie du démon (Sap., II). Les envieux sont donc les imitateurs du démon. Voilà l’origine de cette haine qui, dès les premiers jours du monde, arma Caïn contre son frère. Il fut tellement aveuglé par la jalousie, qu’il oublia à la fois et l’amour fraternel, et la grandeur du forfait, et la crainte de Dieu, et le châtiment suspendu sur sa tête. Ainsi le premier d’entre les justes fut injustement mis à mort ; celui qui ignorait la haine périt victime de la haine et, lorsque le sang coulait de ses plaies béantes, il ne repoussait pas même le bras de son meurtrier.
Quel motif excita l’inimitié d’Esaü contre Jacob son frère ? l’envie. Jacob avait repu la bénédiction paternelle ; Esaü résolut de s’en venger, et devint pour lui un persécuteur. Pourquoi Joseph fut-il vendu par ses frères ? parce qu’ils étaient jaloux. Il leur avait raconté, avec la simplicité d’un frère qui parle à des frères, des visions qui annonçaient son élévation future, et eux conspirèrent sa perte. Pourquoi Saül haïssait-il David ? pourquoi voulait-il l’assassiner malgré son innocence, sa douceur, sa miséricorde, sa patience inaltérable ? c’est qu’il lui portait envie. David, avec l’aide de la puissance divine, avait tué Goliath, et le peuple, délivré d’un ennemi si terrible, courait à sa rencontre en chantant ses louanges. Dès lors, Saül sentit s’agiter dans son sein toutes les fureurs de l’envie.
Sans nous arrêter à tant d’exemples, fixons nos regards sur la ruine d’un grand peuple. Est-ce que les Juifs ne périrent pas parce qu’ils préférèrent porter envie au Christ que croire à sa parole ? Toujours ils furent opposés à ses prodiges, et leurs yeux, aveuglés par la haine, ne purent voir sa divinité. Instruits par tant de leçons, veillons, mes frères bien-aimés, et affermissons, contre ce fléau, nos âmes qui appartiennent à Dieu. Que la perte des autres contribue à notre salut, et que le châtiment des insensés nous serve de remède.
