La continence
- 01 — Chapitre premier — La continence est un don de Dieu
- 02 — Chapitre II — La continence du cœur
- 03 — Chapitre III — Lutte de la continence contre la chair
- 04 — Chapitre IV — Se défier de ses propres forces
- 05 — Chapitre V — Ne pas excuser son péché
- 06 — Chapitre VI — Dieu tire le bien du mal
- 07 — Chapitre VII — La paix, fruit de la continence et de la justice. — Double nature des manichéens
- 08 — Chapitre VIII — Combien de temps la chair convoite-t-elle contre l’esprit ?
- 09 — Chapitre IX — Notre chair n’est pas substantiellement mauvaise
- 10 — Chapitre X — Folles assertions des manichéens
- 11 — Chapitre XI — Comparaison entre la chair et l’église
- 12 — Chapitre XII — Fausse continence des manichéens et des hérétiques
- 13 — Chapitre XIII — La continence du corps et de l’esprit
- 14 — Chapitre XIV — Ne cesser de lutter contre les vices de la chair

La continence
Saint Augustin · 25 juin 2016 · 66 min de lecture · 3 571 vues
En quoi consiste la continence. — Nécessité de la grâce pour garder la continence. — Vaines excuses des libertins, surtout des Manichéens.
1. Il est difficile, quand on traite de cette vertu de l’âme que l’on nomme continence, d’élever son langage à la hauteur du sujet. Mais, pour soutenir ma faiblesse sous le poids d’un tel fardeau, je compte sur le secours tout-puissant de Celui de qui seul nous vient cette sublime vertu. Ce Dieu qui donne aux fidèles la continence, accorde également à ses ministres le pouvoir d’en parler dignement. J’attends donc de lui seul ce que m’inspirera ce grand sujet.
Et d’abord j’affirme et je prouve que la continence est un don de Dieu. Au livre de la Sagesse, nous lisons que personne ne peut être continent, si Dieu ne lui en fait la grâce. Parlant, non pas de la chasteté conjugale, mais d’une continence plus belle et plus glorieuse, le Seigneur nous dit : « Tous ne comprennent pas cette parole, il n’y a pour la » goûter que ceux à qui Dieu en a fait la grâce ». Elle-même, cette chasteté conjugale, comment se conserve-t-elle ? Ce ne peut être qu’en se refusant toute action illicite ; voilà pourquoi l’Apôtre y voit également un don de Dieu. Parlant donc à la fois de ces deux chastetés, virginale et conjugale, il s’écrie : « Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi : mais chacun a reçu de Dieu un don qui lui est propre, celui-ci d’une manière et celui-là d’une autre ».
2. C’est donc de Dieu seul que nous devons attendre la continence. Mais ne croyez pas que je parle uniquement ici de la continence de la chair ; ne chantons-nous pas dans un psaume : « Placez, Seigneur, une garde à ma bouche et la continence sur mes lèvres
Laissons à cet oracle divin le sens naturel qu’il comporte, donnons au mot bouche toute l’extension qu’il réclame, et la continence dont il y est parlé nous apparaîtra comme un don bien signalé du ciel. C’est peu en effet de veiller sur ses paroles et de purifier son langage de toute souillure. N’y a-t-il pas aussi la bouche du cœur ? et n’est-ce pas là surtout que l’écrivain sacré demandait à Dieu et nous apprenait à lui demander nous-mêmes de placer une garde et d’asseoir la continence ? En effet, alors même que nos lèvres restent silencieuses, ’combien de cris s’échappent de notre cœur ! Au contraire, que le cœur soit silencieux, et la bouche restera muette en face des objets les plus séduisants. Ce qui n’émane point du cœur ne produit aucun bruit extérieur ; ce qui en émane est-il mauvais, l’âme en est souillée, lors même que rien ne se manifesterait au dehors. Ainsi donc il doit y avoir continence jusque dans le cœur où parle le silence ; la continence doit étouffer ce qui pourrait souiller la pensée, lors même que les lèvres du corps resteraient muettes.
