La Conduite des Vierges
- 01 — 1° Excellence de la Virginité
- 02 — 2° Danger des richesses
- 03 — 4° Des assemblées mondaines
- 04 — 5° Exhortation

La Conduite des Vierges
Saint Cyprien de Carthage · 16 juin 2016 · 28 min de lecture · 2 523 vues
La règle est la gardienne de l’espérance, le lien de la foi, le guide salutaire de notre pèlerinage, l’aliment des bonnes moeurs, la maîtresse de la vertu.
C’est elle qui nous unit pour toujours au Christ, qui nous fait vivre en Dieu, qui nous fait jouir des célestes promesses et des divines récompenses. Heureux ceux qui la suivent ! malheur à qui s’en éloigne ! Soyez fidèle à la règle, nous dit l’Esprit-Saint dans les Psaumes, de peur que le Seigneur ne s’irrite contre vous et que, sous le poids de sa colère, vous ne vous écartiez de la droite voie. (Ps. II). Le Seigneur dit encore au pécheur : Pourquoi faire parade de tes mérites ? Pourquoi te glorifier de mon alliance ? tu méprises toute règle, tu foules aux pieds mes commandements (Ps. XLIX.). Enfin nous lisons : Celui qui repousse la discipline est voué au malheur (Sag. III.) (3) Mon fils, nous dit Salomon, en nous donnant les leçons de la sagesse, ne négligez pas la loi du Seigneur ; s’il vous châtie, ne vous éloignez pas de lui, car Dieu châtie ceux qu’il aime (Prov.
III). S’il en est ainsi, si Dieu châtie pour corriger, ses disciples aussi, surtout ceux qui portent le caractère sacerdotal, aiment leurs frères quand ils les reprennent pour les rendre meilleurs. C’est ce que Dieu a prédit par la bouche de Jérémie : Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur et ils vous conduiront avec la règle. Ainsi les deux Testaments, l’Ancien comme le Nouveau, nous parlent sans cesse de la règle ; le fondement de la religion et de la foi dépend de notre respect pour elle et de notre fidélité à l’observer : d’après cela, est-il pour nous un bien plus désirable que de jeter dans ce terrain béni de profondes racines, de construire nos demeures sur ce rocher inébranlable, où, vainqueurs des orages et des tourbillons du siècle, nous arriverons, par l’accomplissement des préceptes divins, aux récompenses que Jésus nous a promises ?
Ne savons-nous pas d’ailleurs que nos membres sont les temples de Dieu, qu’ils ont été purifiés, par l’eau régénératrice, des souillures de l’ancienne contagion, qu’il n’est permis ni de les violer ni de les souiller, car, en les souillant, on se souille soi-même ? C’est nous qui devons décorer ces temples ; c’est nous qui en sommes les pontifes, : servons celui a qui nous appartenons. Vous n’êtes plus à vous, dit saint Paul dans les épîtres où, à l’aide des conseils divins, il nous forme à la vie chrétienne, vous n’êtes plus à vous, car vous avez été achetés bien cher ; glorifiez et portez Dieu dans votre coeur (1 Corint., VI). Oui, glorifions Dieu, portons-le dans un corps pur, sans tache, voué à une vie meilleures. Puisque nous avons été rachetés par le sang du Christ, notre maître, obéissons en tout à sa volonté, faisons en sorte que rien d’immonde et de profane ne (5) pénètre dans son sanctuaire, de peur que, justement offensé, il n’abandonne sa demeure.
Écoutez les paroles de ce Dieu qui nous guérit en nous instruisant : Vous voilà rendu à la santé, ne péchez plus, de peur qu’il ne vous arrive quelque chose de pire (Joan. V.). Après la guérison, il donne la règle de la vie, la loi de l’innocence. Il ne veut pas qu’on marche sans frein ; mais, après avoir soumis l’homme à cette régie salutaire, il le menace de maux plus graves s’il l’abandonne ; car, si c’est une faute légère de pécher avant de connaître la loi divine, c’est une faute impardonnable de connaître Dieu et de l’offenser. Ces préceptes regardent tous les sexes, tous les âges, aussi bien les hommes que les femmes, les jeunes gens que les jeunes filles. Que chacun, fort de sa religion et de sa confiance en Dieu, veille avec crainte sur ce dépôt de grâce et de sainteté qu’il tient de la bonté du Seigneur, car il est écrit : Celui qui persévèrera jusqu’à la fin sera sauvé (Mat., X).
1° Maintenant, c’est aux vierges que je m’adresse : plus leur dignité est élevée, plus nous devons en prendre soin. Elles sont la fleur de l’arbre de l’Église, l’honneur et l’ornement de la grâce spirituelle ; elles sont notre joie, le chef-d’oeuvre incorruptible du Ciel, l’image de Dieu dont elles reproduisent ici-bas la pureté, la portion la plus illustre du troupeau de Jésus-Christ. L’Église, se réjouit au milieu de cette glorieuse famille ; elle bénit sa fécondité, et plus le nombré des vierges s’augmente, plus aussi s’accroît la joie de sa mère. C’est à elles que j’adresse mes exhortions. En agissant ainsi, je cède plus à mon affection qu’au devoir de ma charge. Moi, le plus petit, le dernier d’entre les prêtres de Jésus-Christ ; moi pénétré du sentiment de ma bassesse, je ne viens pas me donner le vain plaisir de censurer le vice, mais je viens vous mettre en garde contre les sollicitations et les attaques du démon.
Ce n’est pas une précaution inutile, une crainte vaine que celle qui nous montre la voie du salut et nous rend fidèles aux préceptes du Seigneur. Nous savons que celles qui renoncent à la concupiscence de la chair, pour se consacrer à Dieu de corps et d’esprit, accomplissent une oeuvre digne d’une grande récompense. Elles ne doivent plus se parer que pour plaire à Celui qui couronne leur virginité. Il a dit lui-me : Tous ne comprennent pas cette parole, mais ceux à qui il a été donné de la comprendre. Il est des eunuques de naissance ; d’autres le sont par la violence des hommes ; mais il en est qui se privent de tous les plaisirs charnels en vue du royaume céleste (Math., XIX). L’ange de l’Apocalypse élève aussi la voix pour exalter la continence et la virginité : Ceux-là ne se sont jamais souillés avec les femmes ; ils sont demeurés vierges ; ils suivent l’Agneau partout où il va (Apoc., XIV).
Quand Dieu promet aux hommes la récompense de la pureté, les femmes ne sont pas exclues ; mais comme la femme est une portion de l’homme, qu’elle a été formée avec la chair de l’homme, Dieu, dans l’Écriture, s’adresse presque toujours à l’homme, car ils sont deux dans une seule chair, et la femme est comprise dans l’homme. — Si donc Jésus-Christ a pour cortège les âmes pures, si le royaume de Dieu est destiné aux vierges, qu’ont-elles à faire des parures et des ornements d’ici-bas ? En cherchant à plaire aux-hommes, elles offensent Dieu ; elles oublient cette parole des Psaumes : Ceux qui plaisent aux hommes ont été confondus ; Dieu les a méprisés (Ps. LI). Paul aussi a dit dans son langage sublime : Si je cherchais. à plaire aux hommes, je ne serais plus le serviteur de Dieu (Gal., I.).
