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L'Épiphanie et saint Jean-Baptiste

Sa Sainteté Chenouda III · 11 min de lecture · 2 vues

Le mois de janvier nous apporte de nombreuses fêtes: le Jour de l'An, Noël, la Circoncision et l'Épiphanie. Nous rendons grâce à Dieu qui nous a donné la bénédiction de ces fêtes et leurs effets dans notre vie. À l'occasion de la célébration de l'Épiphanie, arrêtons-nous un instant pour méditer sur le Baptême du Christ et sur la personne de saint Jean-Baptiste.

I. Méditations sur l'Épiphanie

L'Épiphanie célèbre le Baptême du Christ. Cette fête est appelée « Épiphanie », ce qui signifie: Apparition divine.

En effet, la Sainte Trinité s'est manifestée ce jour-là: le Fils est baptisé, le Père au ciel dit: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, objet de mon affection », et le Saint-Esprit apparaît comme une colombe (Mt 3, 16-17). C'est pour cela que le Baptême du Seigneur Jésus révèle le dogme de la Trinité.

C'est ainsi que le baptême se fait toujours au nom de la Trinité, selon la parole du Seigneur à ses apôtres avant son Ascension: « Allez, faites de toutes les nations des disciples; baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Mt 28, 19). Il n'a pas dit aux noms, car les trois sont un, comme il est dit: « Car il y en a trois qui rendent témoignage: l'Esprit, l'eau et le sang, et les trois sont d'accord » (1 Jn 5, 7).

À travers cette fête, l'Église nous rappelle que le Christ a été baptisé par immersion, comme il a été dit: « Aussitôt baptisé, Jésus sortit de l'eau » (Mt 3, 16). Elle nous rappelle également que les croyants du Nouveau Testament se font baptiser par immersion, et non par aspersion comme dans d'autres rites: c'est ainsi que l'eunuque éthiopien fut baptisé, au début de l'époque apostolique, par Philippe — « Quand ils furent remontés hors de l'eau, l'Esprit du Seigneur enleva Philippe » (Ac 8, 39).

De même, le mot « baptême » (baptisma) signifie teindre, et la teinture se fait par immersion. Et comme le baptême est un ensevelissement avec le Christ (Col 2, 12), l'ensevelissement ne peut se faire que par immersion et ne saurait être remplacé par une aspersion d'eau. Dans les anciens monuments, nous trouvons d'ailleurs que le baptême se fait dans des fonts appelés fonts baptismaux, ce qui démontre que le baptême se fait par immersion et non par aspersion.

Cette fête évoque pour nous de nombreuses significations spirituelles et dogmatiques concernant le baptême du Seigneur Jésus par Jean-Baptiste, et l'importance du baptême dans l'Église.

Rappelons-nous que le Seigneur Dieu s'est fait baptiser par saint Jean alors qu'Il était sans péché, afin d'accomplir toute justice. Voilà une belle leçon d'obéissance à Dieu: une obéissance et un sens du devoir où l'on ne se pose pas de questions quant à l'intérêt ou à l'utilité de notre soumission à Dieu.

Il a été baptisé pour nous remplacer, comme Il a jeûné pour nous et comme Il a été crucifié pour nous. Nombreuses sont les œuvres qu'Il a faites pour les autres et non pour Lui-même. Il nous a remplacés en offrant à Dieu le Père une image parfaite de l'homme; Il a satisfait le Père par sa vie, comme Il l'a satisfait par la Rédemption de l'humanité.

Lors de son baptême, pensons à son humilité. Rappelons-nous son amour et sa douceur dans sa conversation avec Jean: « Laisse faire pour le moment. »

C'est ainsi que le baptême du Seigneur Jésus nous rappelle notre propre baptême et la grande importance que l'Église lui accorde. Le baptême est le premier sacrement de l'Église et la porte d'entrée aux autres sacrements. On dit: « Un tel est devenu chrétien », c'est-à-dire qu'il a été baptisé. Ce terme est juste dans son sens théologique, nous rappelant la parole du Seigneur Jésus: « Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé » (Mc 16, 16).

C'est pour cela que le jour du baptême est un jour de fête pour l'enfant et sa famille. En ce jour, l'Église lui offre trois sacrements: le Baptême, la sainte Chrismation et l'Eucharistie. Elle le prépare à participer à la vie ecclésiastique: il devient membre de l'Église et reçoit le premier témoignage de l'Église dans sa vie. L'Église désigne aussi un parrain qui sera spirituellement responsable du baptisé; dans la plupart des cas, c'est la mère qui est désignée. Elle fait serment devant Dieu et devant l'Église de prendre soin de son enfant dans la crainte de Dieu, s'engageant à lui enseigner tout ce qui concerne la foi, et à l'entraîner à la vivre et à la pratiquer.

II. L'humilité du Seigneur lors de son baptême

Le baptême de Jean était un baptême de repentance, et le Seigneur Jésus n'avait pas besoin de repentance. Pourquoi donc a-t-Il été baptisé?

Il a été baptisé comme délégué de toute l'humanité, en se soumettant au baptême de repentance. Comme Il a jeûné pour nous alors qu'Il n'avait pas besoin de jeûner; comme Il est mort pour nous alors qu'Il ne méritait pas de mourir.

Tout cela, pour offrir au Père une image parfaite de l'humanité, pour payer le prix de nos péchés. C'est ainsi qu'Il s'est présenté au baptême « pour accomplir toute justice » (Mt 3, 15), afin que nul ne puisse lui reprocher un péché, et afin d'apparaître devant tous soumis à la Loi, bien qu'Il fût au-dessus d'elle. C'est ainsi qu'Il a marché avec le peuple, étant l'un d'entre eux, et s'est présenté au baptême de repentance.

Quelle leçon d'humilité le Seigneur nous offre! Et quand Jean s'excusa en disant: « C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi », le Seigneur lui répondit: « Laisse faire pour le moment… »

Avec la même modestie, « pour accomplir toute justice », sa mère, la Sainte Vierge, a suivi le même chemin: elle s'est présentée à la purification alors qu'elle n'en avait pas besoin, et elle a offert le sacrifice des pauvres pour son Fils, Lui qui est le Saint des saints.

Il en est de même de la Circoncision: le Seigneur s'est soumis à la Loi en toutes choses, bien qu'Il fût le Législateur lui-même, afin de nous donner l'exemple d'une obéissance parfaite et de ne laisser à personne l'occasion de le reprendre.

Le sacerdoce du Christ est « selon l'ordre de Melchisédek », tandis que le sacerdoce de Jean était « selon l'ordre d'Aaron ». Le Christ, sans péché, s'est soumis au sacerdoce de la Loi par pure humilité.

Par humilité encore, le Seigneur s'est soumis à la Loi concernant son âge: Il a attendu d'avoir trente ans, selon la Loi, alors qu'Il Lui aurait été plus simple de commencer plus tôt. C'est pourtant à cet âge que les fils de Lévi commençaient leur service au temple.

III. La grandeur du Baptiste

L'ange qui annonça sa naissance à son père Zacharie dit: « Il sera grand devant le Seigneur » (Lc 1, 15). Étonnante parole: « grand devant le Seigneur », Lui devant qui tout homme se tient en connaissant son indignité, à l'image de notre père Abraham qui disait: « Voici, j'ai osé parler au Seigneur, moi qui ne suis que poudre et cendre » (Gn 18, 27).

La grandeur de Jean apparaît dès avant sa naissance. À quel moment fut-il rempli de l'Esprit Saint dans le sein de sa mère? « Dès qu'Élisabeth entendit la salutation de Marie, son enfant tressaillit dans son sein. Élisabeth fut remplie d'Esprit Saint » (Lc 1, 41)… et elle s'écria d'une voix forte: « Aussitôt que la voix de ta salutation a frappé mes oreilles, l'enfant a tressailli d'allégresse dans mon sein » (Lc 1, 44).

Dieu lui révéla aussi l'identité du Christ avant le baptême, afin qu'il puisse témoigner de Lui: « Celui qui m'a envoyé baptiser d'eau m'a dit: Celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise d'Esprit Saint » (Jn 1, 33).

Le Seigneur lui-même a rendu témoignage à sa grandeur: « Parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'en a pas paru de plus grand que Jean-Baptiste » (Mt 11, 11). Sa vie fut courte, mais combien féconde: il n'est pas étonnant que Dieu ne laisse pas toujours longtemps sur la terre plusieurs de ses bons serviteurs. Ils ont présenté durant leur vie un excellent travail de justice, un exemple qui suffit; Dieu les libère alors en paix.

La puissance de Jean se distingue en ce qu'il a vécu de façon parfaite alors que sa génération était dans les ténèbres. Dans le désert, il a appris la prière et la méditation, l'audace et le courage, la solidité et la foi; il a acquis la force qui naît de l'ascèse. Vêtu de poil de chameau, se nourrissant de sauterelles et de miel sauvage, il ne se souciait ni du vêtement ni de la nourriture, préoccupé d'une seule chose: le Royaume.

La voix de Jean n'est pas morte avec sa mort. Hérode persistait à craindre Jean même après l'avoir fait mourir: lorsqu'il apprit la puissante prédication du Christ et ses miracles, il dit à ses serviteurs: « C'est Jean-Baptiste, il est ressuscité des morts, et c'est pour cela que les miracles s'opèrent par lui » (Mt 14, 2).

Jean traita Hérode comme un homme quelconque: il témoigna de la vérité, car Hérode avait besoin de ce témoignage. « Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère » (Mt 14, 4): parole d'audace devant un roi, qui lui coûta la vie. Il fut ainsi le précurseur du Christ non seulement dans la prédication, mais aussi dans la mort: comme le Christ mourut pour la vérité, Jean mourut pour la vérité.

IV. L'icône du Baptiste

L'icône du Baptiste, c'est l'icône du baptême du Christ. Certains représentent pourtant Jean-Baptiste comme un ange pourvu de deux ailes, portant sur un plateau sa propre tête tranchée — image qui rappelle son martyre, mais qui n'est pas l'icône propre de sa mission.

Sa véritable grandeur est liée au fait qu'il a baptisé le Christ. C'est la seule chose qui le distingue de tous les autres saints, et c'est pour cela qu'on l'a surnommé le Baptiste.

C'est pourquoi la sainte Église ne l'appelle ni « Jean l'ange », ni « Jean le martyr », ni même « Jean le prophète », mais « Jean le Baptiste ». Son titre vient de l'œuvre unique que Dieu lui a réservée: plonger dans les eaux du Jourdain Celui qui sanctifie les eaux.

V. Son baptême du Christ

Toute la grandeur qui entoura Jean, toute cette immense popularité qu'il possédait, ne lui fit jamais oublier sa petitesse devant le Christ.

Les foules accouraient vers lui de Jérusalem, de toute la Judée et de toute la région du Jourdain (Mt 3, 5); les gens se demandaient s'il n'était pas le Christ. Mais lui disait: « Moi, je vous baptise d'eau en vue de la repentance; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de ses sandales. Lui vous baptisera d'Esprit Saint et de feu » (Mt 3, 11; Lc 3, 16).

Et comme il les attirait vers un baptême meilleur que le sien, il les attirait plus encore vers la personne de ce baptême, en disant qu'Il est plus puissant, supérieur et plus ancien: « Après moi vient un homme qui m'a précédé, car il était avant moi » (Jn 1, 30).

Il refusa d'abord de baptiser le Seigneur, disant: « C'est moi qui ai besoin d'être baptisé par toi, et tu viens à moi! » (Mt 3, 14). Quelle humilité chez celui qui savait qui Il était, et qui se savait lui-même indigne.

VI. Non moi…

Jean a réussi à respecter ses limites. Chez lui, le moi était mort, et le Christ était le tout en tout.

À ceux qui venaient lui rapporter que Jésus baptisait à son tour et que tous allaient à Lui, il répondit avec joie: « Il faut qu'il croisse, et que je diminue » (Jn 3, 30). Il se réjouissait d'être « l'ami de l'époux » qui se tient là, qui l'écoute et qui éprouve une joie parfaite à entendre la voix de l'époux (Jn 3, 29).

C'est une leçon pour les serviteurs qui se construisent eux-mêmes aux dépens du service, ou qui prennent le service comme un champ où se montrer. Jean, lui, ne cherchait pas à retenir ses disciples: lorsqu'il vit Jésus passer, il dit: « Voici l'Agneau de Dieu », et deux de ses disciples, l'ayant entendu, suivirent Jésus (Jn 1, 36-37). Il leur avait appris à aller au Christ, et non à s'attacher à sa propre personne.

Nous aussi, lors de l'Épiphanie, nous nous souvenons de notre baptême.

VII. Notre baptême

Notre baptême n'est pas celui de Jean. Le baptême de Jean était un baptême de repentance avec l'eau seule; le nôtre est un baptême de renaissance par l'eau et l'Esprit, selon la parole du Seigneur à Nicodème: « Si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu » (Jn 3, 5).

Dans notre baptême, nous mourons avec le Christ et nous ressuscitons avec Lui: « Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême en sa mort, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, de même nous aussi nous menions une vie nouvelle » (Rm 6, 4).

La mort ici signifie la mort de notre vieil homme, selon les paroles de l'apôtre: « Nous savons que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché soit anéanti » (Rm 6, 6). Et la résurrection signifie que nous revêtions l'homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté de la vérité (Ep 4, 24).

Rappelons-nous donc, en cette fête, la grâce que nous avons reçue, et vivons en enfants de la lumière, fidèles aux promesses de notre baptême.

La bénédiction de saint Jean-Baptiste soit avec nous. Et bonne fête!

Notes et références

  1. S.S. le Pape Chenouda III, « L'Épiphanie et saint Jean-Baptiste », Patriarcat Copte Orthodoxe — Prédication de saint Marc, traduction du Dr Mina El Kes Bersoum Mattar, édité par l'église Archange Michel et Saint-Georges, Villejuif. Source : https://docs.copte.fr/documents/l-epiphanie-et-saint/l-epiphanie-et-saint.pdf