
L’Élan de l’Esprit
Vingt-sept méditations
Sa Sainteté Chenouda III · 27 août 2026 · 181 min de lecture · 10 vues
En traitant le thème de l’élan de l’esprit, une interrogation s’impose:
De quelles chaînes l’esprit doit-il s’affranchir?
Tout au long de notre présence sur terre, notre esprit est en état de lutte pour se libérer de différentes entraves dont nous aurons l’occasion d’en parler dans cet ouvrage…
Parmi ces entraves, il y en a une dont - à mon avis - il est difficile de se libérer ici-bas, en dépit de sincères efforts!
C’est la connaissance du péché.
Probablement l’une des jouissances futures offertes dans ’Eternité serait notre affranchissement de cet état.
Quand Dieu créa le Premier Homme, Il le créa dans un état de simplicité et de pureté, dépourvu de toute connaissance du péché sous ses différentes formes… Adam vivait dans cet état de félicité avant de manger de l’arbre de la connaissance du bien et du mal… Il se trouvait ainsi dans un état d’innocence parfaite identique à celle de l’enfance…
Ainsi, quand Ève fut tentée par le Serpent, elle n’a pas réalisé qu’elle entendait les paroles mensongères d’un malfaiteur… Le serpent lui avait menti en lui disant: « Vous ne mourrez pas… » et « Vous serez comme des dieux… »[1]. Or, Ève ignorait le mensonge et ne se doutait guère de la sincérité du conseil offert par le Serpent…
Adam et Ève ne connaissaient que le bien… Quant au mal, ils l’ignoraient totalement… jusqu’au moment où ils mangèrent de l’arbre défendu.
Une nouvelle connaissance, celle du péché, s’infiltra alors dans le cœur de l’homme.
D’autres connaissances vinrent aussi troubler sa pureté originelle naturelle: « Plus de savoir, plus de douleur »[2], avait-on dit dans l’Ecclésiastique.
La première découverte d’Adam fut celle de la différence entre lui, l’homme, et Ève, la fem:me; dès lors, la connaissance du sexe commença à s’introduire dans son esprit et ses sentiments. Et pour la première fois, il connut la honte et chercha à se couvrir. Du même coup, la peur l’envahit, ce qui le poussa à se cacher derrière les arbres…
Et depuis, l’homme a connu plusieurs culpabilités.
Cette connaissance s’est ancrée dans son esprit, déchaînant contre lui, à certains moments, des combats spirituels. Même s’il ne commet pas lui-même le péché, il risque de condamner autrui pour y avoir succombé… Et depuis, l’homme vit ainsi dans la dualité de sa connaissance du bien et du mal, du légitime et de l’illégitime…
Quand pourra-t-il donc s’affranchir de cette dualité? Quand son esprit retrouvera-t-il sa pureté et sera-t-il délivré de la connaissance du mal qu’il a pu acquenr de l’intelligence, de la raison, de l’expérience ou de l’acte? Quand s’émancipera-t-il du « souvenir du mal entraînant à la mort »?…
Je ne pense pas du tout que cela puisse advenir ici-bas, mais dans l’au-delà, tel que l’a dit l’apôtre Saint Paul à son disciple Timothée, en ressentant que « le moment de (son) départ (était) venu »[3]:
« Et maintenant, dit-il, voici qu’est préparée pour moi la couronne de justice… »[4].
L’homme sera finalement couronné de justice… celle qui ne commet pas le péché et ne le connaît pas; il sera couronné de la sainteté sans laquelle personne ne peut voir Dieu… Mais quand cela aura-t-il lieu? Le discours de Saint Paul sur la couronne de justice nous fournit la réponse: « (celle) qu’en retour Le Seigneur me donnera en ce jour-là, Lui, Le Juste Juge, et non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront attendu avec amour Son apparition… »[5].
C’est à cette couronne de justice qu’aspire ardemment l’esprit. Mais ici-bas, nous commettons continuellement le peché, et nous avons régulièrement besoin de nous repentir. Nul n’est sans péché, même s’il ne vit qu’un seul jour sur la terre…
Quand serons-nous donc vraiment émancipés de la connaissance du péché? Quand reconnaîtrons-nous uniquement Dieu, Lui, qui n’est que lumière et en qui il n’y a « point de ténèbres »…?[6]. Ceci aura lieu quand nous nous débarrasserons du fruit de la connaissance du bien et du mal auquel nos ancêtres avaient goûté. Nous récupérerons alors notre première dignité…
Dans l’Etemité, notre état sera meilleur que celui d’Adam dans le paradis terrestre, car la justice d’Adam et d’Ève ne les a pas préservés de la chute, alors que dans l’Etemité, la justice sera infaillible et nous retrouverons l’innocence, la pureté d’antan, la simplicité et l’ignorance du péché dont jouissaient nos Premiers Parents avant la chute.
Nous renierons le péché sous tous ses aspects, tous ses détails et ses souvenirs.
Notre pensée sera centrée positivement sur la vie spirituelle et tout ce qu’elle implique d’amour pour Dieu, de méditation sur Ses Attributs Divins, sur les « choses du ciel »[7] et sur « ce que l’œil n’a pas vu, ce que l’oreille n’a pas entendu, ce qui n’est pas monté au cœur de l’homme »[8].
L’esprit aura ainsi atteint l’apogée de son élan.
Or, le niveau suprême qu’il peut tout au plus atteindre ici-bas, c’est l’affranchissement de l’emprise du péché, de la matière et de la chair, afin d’être dégagé de tous liens matériels et « libéré de la servitude de la corruption, pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu »[9].
Avez-vous jamais ressenti cette liberté?
L’élan de l’esprit nous la confère… elle n’est autre que le détachement de tout lien qui entrave son accès vers Dieu… Comment peut-on parvenir à cet état? Les méditations qui font l’objet de cet ouvrage, écrites pour la plupart au début des années 50, avant d’embrasser la vie monacale, vous fourniront la réponse à cette interrogation fondamentale…
