Histoires des solitaires égyptiens
Texte grec édité et traduit par F. Nau, Revue de l’Orient chrétien, 1907-1913
- 01 — Notice de F. Nau
- 02 — Récits des Pères
- 03 — Des officiers royaux
- 04 — Sur le saint habit des moines
- 05 — De la tempérance
- 06 — De la guerre que nous fait l’impureté
- 07 — Récits pour nous exciter à la patience et à la fermeté

Histoires des solitaires égyptiens
Texte grec édité et traduit par F. Nau, Revue de l’Orient chrétien, 1907-1913
F. Nau · 30 août 2026 · 141 min de lecture · 36 vues
(Ms. Coislin 126, fol. 158 sqq.) Ce titre, emprunté à la version syriaque, correspond au latin Vitæ Patrum et nous semble préférable à l’épigraphe que porte notre texte grec. En effet, nous ne trouverons pas seulement de bonnes paroles (apophthegmes) prononcées par les vieillards, mais, le plus souvent, des histoires de moines racontées par l’auteur ou du moins consignées d’après des récits qui lui ont été faits. Ces histoires conservées dans de si nombreux manuscrits grecs sont de deux genres : les unes portent explicitement le nom de leur héros ou de leur auteur : « Macaire faisait… Macaire racontait… », les autres ne portent pas de nom propre : « il y avait un frère qui faisait… un vieillard racontait… ». De bonne heure, la plupart des histoires qui portent un nom d’auteur furent extraites et transcrites à part dans leur ordre alphabétique. La plus importante de ces collections alphabétiques a été éditée par Cotelier. À peu près tout le reste est inédit.
Nous avons parcouru les manuscrits de Paris dans l’espoir — un peu déçu — d’y trouver de nombreuses histoires intéressantes123. Dès 1900, nous avons pu signaler à M. Léon Clugnet deux des histoires de Daniel de Scété et depuis lors l’histoire de sainte Marine4 et quelques récits intéressants du ms. grec 15965. Nous avons édité nous-même les récits du moine Anastase sur les Pères du Sinaï6 et les récits d’un autre Anastase (sans doute le patriarche d’Antioche)7, nous avons traduit tous ces récits dans la Revue de l’Institut catholique (1902)8, et avons encore édité l’histoire de Thaïs9 et le chapitre des saints anachorètes (S. O.). Enfin nous avons publié l’analyse du ms. grec 1596 qui nous paraissait contenir l’une des plus intéressantes compilations10.
En dehors de ces quelques histoires intéressantes que nous avons trouvées dans la masse des apophthegmes11, il nous avait toujours paru important de compléter la publication de Cotelier. Mais les mss. les plus considérables comme Coislin 127 (et 108) qui nous avaient attiré d’abord, sont bien souvent des compilations récentes de toute provenance qui ont fondu à nouveau les apophthegmes alphabétiques avec les autres sous divers lieux communs. On le reconnaît à ce fait que les pères cités sont rangés par ordre alphabétique, et que les récits de Daniel le scétiote (viᵉ siècle) sont déjà fondus parmi les autres12. C’est le cas des mss. Coislin 127 et 108. Le ms. de Londres, Burneij 50, qui est formé de deux volumes, est une compilation plus récente encore, car elle renferme un bon nombre de récits du moine Anastase sur les Pères du Sinaï13 et ne peut donc être antérieure au viiiᵉ siècle puisque le moine Anastase écrivait vers le milieu du VIIᵉ siècle. Nous avons étudié aussi de petites compilations, comme celle du ms. Coislin 282, fol. 1-96; elles ont le grand avantage de ressembler à celles qui ont été traduites en latin du vᵉ au viᵉ siècle et qui constituent les Vitæ Patrum. Leur ressemblance avec le latin leur est une garantie d’antiquité, mais une partie de leurs histoires, celles qui renferment des noms propres, en ont été extraites pour figurer dans les apophthegmes alphabétiques et ont donc été éditées par Cotelier ; les éditer à nouveau ferait double emploi. Il s’ensuit donc qu’une édition destinée à compléter celle de Cotelier sans faire double emploi avec elle semblait assez difficile à préparer. Nous avons remarqué enfin que ce travail avait été fait par l’auteur des compilations contenues dans le ms. Coislin 126 du xᵉ au xiᵉ siècle. Cet auteur, après avoir transcrit les apophthegmes alphabétiques (fol.
1-158), a recueilli ensuite tous ceux qui ne figuraient pas dans cette première partie. Il n’a suivi aucun ordre, les quelques titres correspondent à peine à quelques-unes des histoires qui les suivent, l’auteur semble donc bien n’avoir eu qu’un souci, celui d’être complet14, et c’est ce qui nous rend sa compilation précieuse, car, pour compléter Cotelier, il nous suffit de l’éditer.
Objet et mode de la présente publication. Nous ne nous préoccupons pas de rechercher les sources, d’étudier l’ancienneté relative ou la crédibilité de nos récits, car ces études critiques ne peuvent guère devenir définitives qu’après une publication complète des textes15 ; nous avons donc seulement la prétention de les préparer et non de les faire.
Nous publions telle quelle la seconde partie du ms. Coislin 126 (A), fol. 158 sqq., dont la première a été éditée par Cotelier. Nous avons ajouté hâtivement une traduction française pour ceux des lecteurs de la Revue de V Orient chrétien qui ne lisent pas le grec. Les anecdotes ont trait à toutes sortes de sujets et, bien qu’elles aient été écrites pour édifier, la malignité pourrait parfois y trouver son compte aux dépens de quelques malheureux moines. Elles doivent être lues avec l’esprit dans lequel elles ont été écrites. D’ailleurs cette édition n’est pas une œuvre de vulgarisation : elle est destinée aux seuls savants et il ne sera pas fait de tirage à part.
Pour préparer un peu l’étude critique des apophthegmes, nous ajoutons leur concordance, lorsque nous l’avons notée, avec les anciennes versions latine et syriaque et avec quelques manuscrits grecs de Paris. La version latine du v° au viᵉ siècle (en majeure partie du moins) est contenue en particulier dans la Patrologie latine de Migne, t. LXXIII, col. 707 à 1066. Nous y renverrons par la lettre M, suivie des numéros de la colonne et de l’histoire.
La version syriaque, aussi ancienne, puisqu’elle est contenue dans des manuscrits du viᵉ siècle, nous est conservée dans diverses collections aussi bien que les traductions latines. Nous renverrons : a) au manuscrit de Londres add. 12173, du viᵉ au viiᵉ siècle (L), dont nous avons pu faire une analyse détaillée ; b) à l’édition donnée par le Révérend Père Bedjan (B), qui est une compilation du Paradis des Pères composé par Enanjésus au VIIᵉ siècle, et d’autres histoires recueillies par le R. P.
Bedjan dans divers anciens mss. syriaques ; c) à l’édition du Paradis des Pères d’Enanjésus (E) publiée avec traduction anglaise par M. W. Budge. Comme on le verra, les traductions latine ou syriaque d’un bon nombre de ces histoires ont déjà été publiées. Ces histoires1617 elles-mêmes ont été citées ou résumées par une multitude d’auteurs. Il n’est donc pas trop tôt d’en publier enfin le texte grec original.
F. Nau. Mars 1907.18
