La discussion d’un moine anthropomorphite audien avec le patriarche Théophile d’Alexandrie
En l’année 399 — d’après la Vie d’Aphou, évêque de Pemdjé (Papyrus III de Turin)
- 01 — Notice liminaire
- 02 — Aphou, moine de Pemdjé
- 03 — La lettre festale et le voyage à Alexandrie
- 04 — La lecture de la lettre festale
- 05 — La discussion sur l’image de Dieu
- 06 — L’argument eucharistique
- 07 — La parabole du portrait royal
- 08 — La rétractation de Théophile
- 09 — Aphou, disciple des moines audiens
- 10 — La doctrine et la Pâque des Audiens
- 11 — La crise de l’an 399
- 12 — La lettre pascale de 399
- 13 — Aphou et la « conversion » de Théophile
- 14 — La lettre de rétractation
- 15 — La doctrine de Théophile à la veille de sa conversion
- 16 — La synthèse anthropomorphite
- 17 — Conclusion

La discussion d’un moine anthropomorphite audien avec le patriarche Théophile d’Alexandrie
En l’année 399 — d’après la Vie d’Aphou, évêque de Pemdjé (Papyrus III de Turin)
Étienne Drioton · 30 août 2026 · 38 min de lecture · 4 vues
Il est raconté dans la vie d’Aphou, contenue dans le Papyrus III du Musée Égyptien de Turin (1), que ce moine descendit un jour à Alexandrie, après avoir entendu lire la lettre festale du patriarche Théophile, pour inviter celui-ci à respecter l’orthodoxie. Comme l’a reconnu Revillout, l’épisode se rattache à la controverse bien connue de l’anthropomorphisme qui divisa l’Église d’Égypte aux environs de l’an 400.
Il nous a paru bon de revenir sur ce document dont on n’a fait que signaler rapidement l’importance, parce que ce texte, qui revêt un caractère particulier de précision et de vérité, apporte à l’historien des détails inattendus et indubitablement authentiques : il fait surgir à la lumière de l’histoire dans la personne d’Aphou un dernier survivant de cette forme primitive de l’hérésie anthropomorphite, l’audianisme ; il ajoute aux dires des historiens grecs et latins des précisions nouvelles, tant sur les circonstances qui entourèrent la conversion de Théophile que sur les idées de l’archevêque à la veille de cette conversion ; il livre enfin la synthèse la plus élevée qui soit encore connue de l’hérésie anthropomorphite.
Le papyrus du musée de Turin qui a conservé l’histoire d’Aphou appartenait à la collection de Drovetti, ancien consul général de France en Égypte (2). Il comporte trente et un feuillets, non paginés, écrits en belle onciale de six millimètres de hauteur. Envoyé d’Égypte à Turin dans une caisse avec les autres papyrus de la même collection, il arriva, comme du reste tout le précieux envoi, en fort mauvais état ; mais l’illustre Peyron sut réparer le désastre, réunit les fragments de papyrus, les colla sur papier transparent et divisa le tout en sept codices, suivant le contenu des fragments. La vie d’Aphou fut ainsi classée dans le Papyrus III, entre un panégyrique de saint Jean-Baptiste et des actes de la martyre Hêraï (3), avec lesquels elle n’a du reste aucune relation.
Aucun renseignement n’a été publié sur la provenance du papyrus ni sur sa date. Quoi qu’il en soit, le papyrus porte en lui-même un cachet indubitable d’historicité qui en fait un document de premier ordre pour l’histoire de l’anthropomorphisme : tandis que l’exposé des idées débattues concorde dans les détails les plus minutieux avec ce que révèlent les historiens ecclésiastiques de la controverse, l’auteur du récit ignore la controverse elle-même : il a perdu la clé de ce qu’il rapporte si exactement, et cette exactitude aveugle prouve qu’il met en œuvre un document fort bien renseigné, peut-être même le procès-verbal de quelque notaire épiscopal qui assista à l’entretien d’Aphou avec l’archevêque Théophile (4).
