Commentaire du traducteur — la controverse avec Rome à la lumière du dialogue œcuménique moderne
Commentaire de Samuel Metias sur La Doctrine orthodoxe de l’archidiacre Habib Guirguis
- 01 — Introduction — l’esprit de ce commentaire
- 02 — Sur le chapitre premier — La primauté de saint Pierre
- 03 — Sur le chapitre II — La primauté du Pape de Rome
- 04 — Sur le chapitre III — La prétention à la primauté romaine
- 05 — Sur le chapitre IV — L’infaillibilité du Pape
- 06 — Sur le chapitre V — Les peines ecclésiastiques
- 07 — Sur le chapitre VI — Les indulgences
- 08 — Sur le chapitre VII — La procession du Saint-Esprit
- 09 — Sur le chapitre VIII — Le baptême par aspersion et par effusion
- 10 — Sur le chapitre IX — Le retard du saint chrême
- 11 — Sur le chapitre X — Les azymes
- 12 — Sur le chapitre XI — La privation du saint calice
- 13 — Sur le chapitre XII — La privation des enfants de la communion
- 14 — Sur le chapitre XIII — Les deux natures et les deux volontés
- 15 — Sur le chapitre XIV — L’entrée des âmes au ciel avant le jour du Jugement
- 16 — Sur le chapitre XV — Le purgatoire
- 17 — Sur le chapitre XVI — Le mépris du jeûne
- 18 — Sur le chapitre XVII — L’Immaculée Conception
- 19 — Sur le chapitre XVIII — La manducation de l’étouffé et du sang
- 20 — Sur le chapitre XIX — Le refus du divorce pour cause d’adultère
- 21 — Sur le chapitre XX — L’interdiction du mariage des prêtres
- 22 — Sur le chapitre XXI — L’interdiction de lire la Sainte Écriture
- 23 — Question connexe — les mariages mixtes
- 24 — Conclusion spirituelle — l’espérance de l’unité

Commentaire du traducteur — la controverse avec Rome à la lumière du dialogue œcuménique moderne
Commentaire de Samuel Metias sur La Doctrine orthodoxe de l’archidiacre Habib Guirguis
Samuel Metias · 15 juillet 2026 · 100 min de lecture · 18 vues
Le volume qu’on vient de lire appartient à son temps ; la foi qu’il défend n’appartient qu’à Dieu. Entre l’un et l’autre, le traducteur a cru devoir au lecteur un compte rendu loyal de ce qui s’est passé, entre Rome et Alexandrie, depuis que le jeune maître du Collège clérical montait en chaire dans les églises de Haute-Égypte pour la garde du dépôt de la foi. Car il s’est passé beaucoup — plus, peut-être, qu’en aucun des quinze siècles qui séparent le concile de Chalcédoine des conférences du Saint.
Que le lecteur sache d’abord qui lui parle, et au nom de qui. Celui qui écrit ces pages est le traducteur du présent volume : un fidèle de l’Église copte orthodoxe qui a passé de longues veilles dans le texte du Saint, à le peser mot à mot, à en vérifier les sources et à en éclairer les marges — et qui a appris, à cette école, combien la controverse la plus ferme peut être portée par l’amour le plus vrai. Il n’est ni évêque, ni prêtre, ni docteur ; il n’a reçu mandat d’aucun synode, et son avis n’engage que lui. Ce commentaire n’est donc pas un acte du magistère de l’Église copte : c’est l’offrande d’un serviteur des textes, soumise d’avance au jugement de ses pères dans la foi ; et si quelque chose s’y trouvait qui contredît l’enseignement de l’Église, que cela soit tenu pour non écrit.
Pourquoi l’écrire, alors ? Parce que le traducteur tient pour certain que l’unité des chrétiens est dans le vœu même du Christ, qui a prié, la veille de sa Passion : « afin que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’eux aussi soient en nous, afin que le monde croie que tu m’as envoyé » (Jn 17, 21) ; qui a promis : « il y aura un seul troupeau, un seul pasteur » (Jn 10, 16) ; et dont l’Apôtre nous presse : « appliquez-vous à conserver l’unité de l’Esprit par ce lien qu’est la paix » (Ep 4, 3). L’unité n’est pas une politesse entre institutions : elle est une obéissance rendue à Celui qui l’a demandée à son Père.
Mais cette unité ne se fera ni par l’ignorance, ni par l’à-peu-près, ni par l’oubli commandé des questions qui fâchent. Elle ne pourra se faire que dans la bonne compréhension, par les chrétiens des différentes traditions, des arguments et des convictions propres à chacun. C’est pourquoi il fallait d’abord traduire le Saint tout entier, sans rien en adoucir : on ne réconcilie pas des ombres ; on réconcilie des convictions. Et c’est ce que les dialogues du siècle passé ont montré : quand deux Églises acceptent de s’écouter jusqu’au bout, il arrive qu’elles se comprennent mieux ; il arrive, mieux encore, qu’elles trouvent une formulation commune de la même foi qui les anime — les mots diffèrent, et la foi se reconnaît.
Or voici, en peu de mots, ce qui s’est passé. Au mois de mai 1973 — pour la première fois depuis le concile de Chalcédoine —, le pape de Rome, Paul VI, et le pape d’Alexandrie, Chenouda III, se sont rencontrés, se sont donné le baiser de paix et ont confessé ensemble, dans une déclaration commune, le Christ « Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité » — l’union de sa divinité et de son humanité « réelle, parfaite, sans mélange, sans commixtion, sans confusion, sans altération, sans division, sans séparation ». Une commission mixte de théologiens travaille depuis lors, et elle a publié des accords sur l’Église (2009), sur la communion des premiers siècles (2015), sur les sept sacrements (2023).
En avril 2017, François et Tawadros II ont déclaré ensemble, au Caire, que leurs Églises chercheraient sincèrement à ne plus répéter le baptême administré dans l’une ou dans l’autre. Et en mai 2023, les vingt et un martyrs coptes égorgés sur le rivage de Libye pour le nom du Christ ont été inscrits, avec le consentement du pape d’Alexandrie, au martyrologe de l’Église romaine : le sang des fils de l’Église copte est désormais fêté par Rome comme celui de ses propres martyrs. Qui eût osé l’écrire, du vivant du Saint108 ?
Tout n’est pas réglé pour autant, il s’en faut. On verra, chapitre après chapitre, que des différences demeurent : quelques-unes touchent au dogme, et il faudra les regarder en face ; beaucoup d’autres relèvent de la discipline propre à chaque tradition, et les Pères ont toujours su que la diversité des coutumes n’a jamais rompu l’unité de la foi. Le présent commentaire s’essaiera à les peser les unes et les autres, sans en grossir ni en dissimuler aucune.
La démarche sera partout la même, et le lecteur la reconnaîtra sans qu’il soit besoin de l’appesantir. Reprendre les arguments du Saint, un à un, tels que le volume vient de les donner ; rappeler les éclaircissements que les annotations y ont déjà apportés ; dire loyalement ce que les dialogues et les évolutions de l’Église latine en ont fait — ce qui est tombé, ce qui s’est précisé, ce qui demeure ; distinguer en chaque matière le dogme de la discipline ; peser ce qui devrait être réglé avant la pleine communion et ce qui pourrait y subsister comme une diversité légitime ; enfin, là où la parole commune n’est pas encore écrite, se risquer, en toute humilité, à en proposer une — qui ne contredira jamais ni le Saint ni la foi copte, mais qui pourrait aider nos frères catholiques à se rapprocher de la foi orthodoxe. Et parce que rien, en ces matières, ne doit venir du commentateur, chaque proposition s’appuiera sur les Saintes Écritures et sur les Pères et Docteurs de l’Église universelle morts avant l’an 451 — ceux que Rome et Alexandrie vénèrent d’une même vénération —, à la méthode même de saint Habib Guirguis, qui ne voulait pas d’autres armes que celles-là.
Cette espérance n’est pas une témérité neuve : elle a son précédent dans l’âge d’or des Pères. En l’an 433, deux ans après le concile d’Éphèse, saint Cyrille d’Alexandrie et Jean d’Antioche, que la querelle avait dressés l’un contre l’autre jusqu’à l’anathème, se reconnurent la même foi dans la formule d’union ; et Cyrille ouvrit sa lettre par le chant du psaume : « Que les cieux se réjouissent ». Ce que les Pères ont su faire, leurs fils n’ont pas le droit de désespérer de le refaire.
Que le lecteur copte n’ait donc aucune crainte : rien, dans ces pages, ne retranche un iota de la foi de ses pères, et le commentateur tient — avec le Saint — que cette foi est la foi droite, gardée sans altération depuis saint Marc. Que le lecteur catholique, de son côté, lise le Saint sans irritation : il découvrira, sous la rudesse des polémiques d’un autre âge, l’amour jaloux d’un homme pour l’Épouse du Christ — et il reconnaîtra peut-être, dans plus d’une page, la foi de ses propres Pères. Et que l’un et l’autre se souviennent que ce ne sont pas les commentaires qui font l’unité : c’est la prière du Christ, à laquelle il nous est seulement demandé de ne pas résister.
