Histoire des Patriarches d’Alexandrie

Livre I — des origines du siège d’Alexandrie à Benjamin Ier

Sévère ibn al-Muqaffaʿ

Source principale : Sévère ibn al-Muqaffaʿ, Kitāb siyar al-ābāʾ al-baṭārika (Historia Patriarcharum Alexandrinorum), édition critique de Christian Friedrich Seybold, Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium, Scriptores Arabici, série III, t. IX, Beyrouth-Paris, 1904.

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Avertissement éditorial

 

La présente traduction est faite directement sur le texte arabe établi par Christian Friedrich Seybold et publié en 1904 à Beyrouth et Paris, en fascicule inaugural du tome IX de la troisième série des Scriptores arabici du Corpus Scriptorum Christianorum Orientalium. Seybold a collationné plusieurs témoins manuscrits, qu’il désigne par les sigles A, B, C, D et E, et dont les divergences principales sont signalées au pied de chaque page de son édition ; nous reproduisons en notes les variantes qui affectent le sens.

L’œuvre se présente comme une vaste compilation : Sévère ibn al-Muqaffaʿ, évêque copte d’al-Ashmūnayn (l’antique Hermopolis Magna) à la fin du Xᵉ siècle, a rassemblé en un unique recueil les biographies des évêques et patriarches d’Alexandrie depuis saint Marc l’Évangéliste jusqu’à ses propres contemporains, à partir de matériaux épars conservés dans les monastères du Wadi al-Natrun (Saint-Macaire) et dans les mains de particuliers. Le texte primitif, rédigé en copte bohaïrique et en grec, a été traduit et refondu par Sévère en arabe, langue devenue prédominante dans la chrétienté égyptienne du Xᵉ siècle.

Nous avons cherché à rendre la langue arabe classique de Sévère — solennelle, riche en incises et en parallélismes — dans un français soutenu, en nous efforçant de ne pas gommer l’accent liturgique et scripturaire qui marque constamment la diction de l’auteur. Les citations bibliques implicites (Saint Paul, Psaumes, Évangiles) sont signalées en note. Les noms propres coptes et grecs sont restitués dans leur forme traditionnelle ; nous conservons entre parenthèses la forme arabe translittérée lorsqu’elle diffère sensiblement.

Note terminologique. Dans le corps du texte, « orthodoxe » traduit le point de vue propre de Sévère : il désigne la communion copte alexandrine, anti-chalcédonienne et miaphysite. Les chalcédoniens, souvent appelés melkites dans les sources coptes, ne doivent donc pas être confondus avec les coptes ; ils sont les adversaires ecclésiologiques du récit après le concile de Chalcédoine (451). Les noms des patriarches et des personnages identifiables ont été harmonisés sous leur forme française ou latine usuelle — Athanase, Cyrille, Dioscore, Achillas, etc. — et la translittération arabe est conservée lorsque l’identification demeure incertaine.

 

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Dieu unique.

LIVRE DES VIES DES PÈRES PATRIARCHES

Que Dieu nous accorde la bénédiction de leurs prières.

 

Les successeurs du Père évangéliste, saint Marc l’Évangéliste — lui qui annonça l’Évangile saint et la Bonne Nouvelle du Seigneur Christ dans la grande cité d’Alexandrie, ainsi que dans les provinces d’Égypte, d’Abyssinie, de Nubie et dans la Pentapole d’Occident, c’est-à-dire l’Ifriqiya avec ses dépendances : toutes ces contrées lui échurent en partage, par inspiration de l’Esprit-Saint, pour qu’il y portât la prédication. Son martyre advint après qu’il eut consommé cette prédication et cet évangile, et après qu’il eut rédigé son Évangile en langue grecque. L’accomplissement de son labeur eut lieu dans la cité de Qaysūn, qui est Alexandrie, appelée en langue hébraïque « cité d’Ammon[1] » ; et sa Vie, qui relate ce qu’il fit, sa prédication, et ce qu’on lui fit subir, est détaillée au commencement des biographies que renferme le présent livre.

Nos pères les patriarches orthodoxes, après lui, héritèrent de son enseignement pur, lequel sauve les âmes de la géhenne, et ils se tinrent fermes à ce qu’il leur avait transmis : la conservation de la foi orthodoxe, l’attachement à celle-ci, et la patience dans les épreuves qu’elle entraîne, en tout temps, jusqu’au dernier souffle — c’est-à-dire jusqu’à la mort. Ils siégèrent sur son trône, l’un après l’autre, successeur après prédécesseur : ils sont tous ses successeurs, les pasteurs de son troupeau, se conformant à son exemple et soutenu par lui dans le Christ.

Ces biographies, c’est notre vénérable père abba Sévère[2] (Sāwīrus) fils d’al-Muqaffaʿ, évêque de la cité[3] d’al-Ashmūnayn, qui les a toutes rassemblées[4] en un seul corps et s’est appliqué à les recueillir de toute part. Il déclare les avoir réunies depuis le monastère de Saint-Macaire (Abū Maqār), depuis celui de Saint-Jean (Abū Yuḥannā)[5] et depuis d’autres monastères, ainsi que des fragments épars qu’il trouva entre les mains des chrétiens. Lorsque votre humble frère les eut assemblées en ce livre unique, après recherche et diligence, le Seigneur lui accorda une longue vie, jusqu’au jour où il parvint à mettre par écrit la présente Histoire et s’y employa ; mais il ne put l’achever avant la quatre-vingtième année de son âge. C’est à Dieu que je demande assistance pour comprendre ce que nous y lirons, pour leur obéir à eux, [ces saints pères], pour agir selon leurs préceptes, suivre leurs traces et nous attacher à leur foi : car Il est Celui qui entend et exauce. Louange à Dieu, à jamais et pour les siècles. Amen[6].

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Dieu unique.

 

Gloire à Dieu, source des sciences et leur révélateur ; créateur des choses et leur ordonnateur ; artisan des créatures et leur auteur ; guide de celui qu’Il veut guider et qu’Il a choisi ; qui élève celui qu’Il élit parmi Ses serviteurs, comme élite et comme ami, parmi les justes, qui l’agrée et se complaît en lui. C’est Lui qui relève de terre l’indigent, et tire le misérable de la poussière, pour faire de lui un roi sur Sa créature, souverain préposé au gouvernement de Ses serviteurs et de Ses contrées, auquel Il transmet en héritage le trône de gloire, afin qu’il juge sur la terre avec équité et tranche entre les hommes selon la vérité, qu’il réprime[7] le fort au profit du faible et délivre l’opprimé de l’oppresseur. Tel est le jugement de Dieu et Sa sagesse, que nulle créature ne saisit, Lui dont les secrets demeurent voilés aux sages et aux hommes d’entendement — Lui qui, en tout temps, suscite quelqu’un qui rappelle les siens au Seigneur Christ miséricordieux et plein de compassion, lequel s’est livré, par le mystère de Son incarnation, pour le salut de Sa créature, qui a vaincu les forts par l’humilité et par ce silence qui parle sur les lèvres de Ses prophètes, par Son Esprit-Saint. Au temps qu’Il voulut se manifester sur la terre et s’incarner pour le salut du monde qu’Il avait créé à l’image de Sa bonté, à l’image de Sa souveraineté, Il parut parmi les hommes, incarné par Marie la Vierge, la plus excellente des femmes du monde, qu’Il élut d’entre la postérité d’Adam — Adam qui avait péché, désobéi à son Seigneur, obéi à son ennemi et délaissé le précepte de son Créateur, en sorte qu’il dut mourir de mort, comme Dieu le lui avait dit, l’ayant averti de ne pas transgresser. Mais il ne l’entendit point ; il voulut être un dieu, se comparer à son Créateur, et tomba dans le piège de la chute. Alors Dieu le Verbe eut pitié de lui, Lui fit miséricorde, et l’Incréé Lui-même, en Sa divinité éternelle[8], s’incarna par une humanité exempte de tout péché.

Marie la Vierge très pure Le porta et L’enfanta selon un mystère que les intelligences des créatures ne peuvent saisir, Dieu la préférant par là au-dessus de tous les êtres des cieux et de la terre, des anges, des Puissances, des Dominations, des Chérubins, des Séraphins et de tous les êtres créés, célestes ou terrestres. Elle devint le trône du Seigneur des premiers et des derniers, sans séparation ni changement, Lui qu’aucun lieu ne contient, qu’aucun temps ne circonscrit. Lorsqu’Il eut accompli Son économie selon Sa sagesse insondable et selon l’union dont le mystère demeure caché à tous ceux qui sont au ciel et sur la terre, Il élut Ses disciples les apôtres, leur conféra la grande autorité, leur octroya le pouvoir de lier et de délier, et accorda qu’ainsi leurs successeurs, après eux, héritassent de ce don en toutes les contrées du monde, successeur après prédécesseur.

C’est ainsi que l’héritage de cette autorité, que le Christ confia au grand Père évangéliste Marc l’apôtre, passa à son successeur, qui siège sur son trône, parmi les patriarches de la grande cité d’Alexandrie et des provinces voisines, qui furent le lieu de sa prédication. Il fut ainsi le premier patriarche qui fit paître le troupeau du Christ ; puis le suivirent, de génération en génération, les Pères patriarches assistés [de l’Esprit]. Ce trône en particulier, entre tous les autres, n’admet aucun patriarche à Lui succéder, ni à obtenir auprès de Dieu le rang éminent et la dignité glorieuse, sans qu’au préalable il ait été éprouvé et mis à l’épreuve, n’ait enduré peine, fatigue, résistance des ennemis, combat contre les adversaires [hétérodoxes], et qu’il ne se soit ainsi rendu semblable à ses disciples et à Ses apôtres — ces saints prédicateurs soutenu par Son Esprit-Saint, qui essuyèrent l’avilissement, les coups, la flagellation, la lapidation, le crucifiement, l’engloutissement dans les abîmes des mers, la brûlure du feu, les blessures, la précipitation du haut des lieux élevés vers la terre, l’égorgement par le glaive, et toutes espèces de supplices ; et dont, si nous voulions relater le détail à la lettre, le récit se prolongerait démesurément, la description deviendrait énorme, les corps frémiraient à l’entendre, et les livres ni les volumes ne suffiraient[9] à en contenir la narration.

Or, ils demeurèrent dans la patience et l’endurance à travers tout cela, à l’imitation de leur Seigneur, de leur Maître, de leur Christ et de leur Envoyé, afin de baptiser les nations et les peuples, de les attirer à la foi en Lui, et de leur enseigner ce qui leur serait utile à travers la durée des âges, des générations et des siècles, jusqu’aux derniers jours du monde, c’est-à-dire ce en quoi réside le salut de leurs âmes en cette vie et dans l’autre. Et ils transmirent leur science à leurs successeurs, les Pères patriarches, dans chaque province que toucha leur prédication et leur annonce ; car les patriarches sont leurs successeurs et leurs continuateurs. Ainsi se dépensèrent-ils eux-mêmes pour conserver ce qui leur avait été confié : les fils du baptême, les orthodoxes fidèles, comme l’a dit l’Apôtre glorieux, le docteur éminent, Paul l’élu, flambeau de l’Église de Dieu : « Bien mieux, nous nous glorifions de ce que nous endurons d’afflictions, sachant que l’affliction produit en nous la patience, que la patience est épreuve et tribulation, que les tribulations appellent l’espérance, et que l’espérance ne déçoit point, parce qu’elle répand dans nos cœurs l’amour de Dieu par l’Esprit-Saint[10] ». Et il a dit encore : « Si vous avez été négligés et laissés sans correction, si vous n’avez point reçu la discipline qui a été infligée à l’élite des saints de Dieu qui vous ont précédés, c’est que vous êtes étrangers à Dieu et non de Ses proches[11] ». De tels témoignages abondent dans les livres de l’Église, tant de lui que d’autres parmi les apôtres inspirés, et des Pères docteurs qui vinrent après les Prophètes vénérés.

Ceux-ci n’ont cessé de réfuter les propos des hétérodoxes, s’appliquant à les contester, s’opposant à eux, renversant leurs doctrines, exposant aux yeux de tous leur incroyance et la perversité de leur foi. Ils se sont attachés à vérifier chaque parole, emplissant l’Église de Dieu d’homélies (mayāmir), de prédications et d’enseignements spirituels. Ils n’ont négligé ni l’étude des Livres saints, ni la discipline ni les préceptes de Dieu, sans rien laisser de côté des règles ecclésiastiques et des autres formulaires dont ils avaient besoin dans la composition de leurs homélies : quêtant ainsi, parmi les joyaux de la parole divine et des lettres, tout ce qu’ils désiraient, jusqu’à ce qu’ils parvinssent à leur but et circonscrivissent l’enseignement de leur Créateur et Sa miséricorde, lorsqu’Il appelait les hommes en leur disant : « Me voici, Moi et les fils que Tu m’as donnés ; voici ceux que Tu m’as octroyés ; je n’en ai laissé périr aucun. Ils ont été parés des degrés élevés, des demeures du bonheur et de la lumière, de la trinité [des vertus] dont les bienfaits sont sans déclin et ne passent point ». Ils ne furent pas, durant le temps de leur pastorat, craintifs devant les rois impies, et leurs cœurs ne fléchirent ni ne vacillèrent dans l’amour de Dieu et l’enseignement donné aux hommes, en ce qui touche au salut de leurs âmes, ni secrètement ni publiquement. Ils ne furent, en leur conduite pastorale, ni indolents ni distraits, ni attachés à quoi que ce fût des biens du monde périssable.

Bien au contraire : écoutant leur Seigneur, Lui obéissant, perfectionnant par leur discipline et leur enseignement ceux qui leur étaient confiés, faisant observer les lois de Dieu et Ses commandements, ils se montraient, aux yeux de leurs ouailles, doctes grands maîtres. Et si quelqu’un d’entre les tenants des doctrines adverses ou les hérétiques les avait contemplés — eux et leurs œuvres —, il aurait glorifié Dieu à cause d’eux, selon la parole évangélique qui dit : « Vous êtes la lumière du monde : une ville ne saurait se cacher, lorsqu’elle est bâtie sur une montagne ; on n’allume point non plus une lampe pour la mettre sous le boisseau mais bien sur un lampadaire, pour qu’elle éclaire tous ceux qui sont dans la maison. Qu’ainsi resplendisse votre lumière devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et qu’ils glorifient votre Père qui est aux cieux ». De même qu’un ancien sage l’a dit: « De la finesse des degrés du savoir les plus sublimes aux yeux des nations ; et celui qui ennoblit la nature de sa créature, son droit est d’être respecté. Celui qui subit le déshonneur, les espérances se détournent de lui. Dénué de raison est celui qui persiste à commettre l’injustice. De raison sensée procède la sagesse. Le chef qui dissipe sa religion et ne tient pas compte de sa foi perd son royaume ; et déjà l’on a dit, parmi les joyaux du discours, qu’il faut que le bon pasteur œuvre au bien du troupeau, et que par la justice celui qui règne en son pouvoir l’emporte sur les créatures. Celui qui dépasse ses subordonnés en excellence en ce qui touche au gouvernement et à l’ordonnancement de la politique a droit à ce qu’il observe exactement la bonne conduite pastorale qui le rend digne d’acquérir les bienfaits durables et de s’élever en religion et dans le monde.

Celui que Dieu a établi sur Sa terre et dans Ses contrées, à qui Il a confié les créatures, et qu’Il a élevé en rang et en dignité, se doit, par devoir, de rendre grâce à Dieu, de garder fidèlement son dépôt, de porter sincèrement la religion, d’embellir la conduite, d’améliorer la disposition intérieure, et de choisir ce qui est bien, en vue du pacte conclu et de la rémunération à recevoir. Car l’iniquité fait chanceler le pas, suscite la vengeance, fait s’évanouir la grâce et perdre les nations. Le précipité commet l’erreur ; le réfléchi accomplit tout ; le temporisateur y parvient, tandis que le téméraire périt. Qui prend appui sur son seul avis trébuche dans le piège de ses ennemis ; qui monte la bête du précipité tombe dans les abîmes. Qui fait selon ce qu’il veut obtient ce qui lui est nuisible, jusqu’à la chute de sa dynastie par la pratique de ce qui est bas. Qui sait demander conseil aux hommes d’intelligence obtient ce qu’il espère. Qui interroge les hommes à la raison sensée marche dans la voie droite. La bonne politique est la lumière du pouvoir, la mauvaise gestion est cause de ruine[12].

L’action bonne de l’ignorant est laide et détestable ; l’action bonne de l’homme intelligent est meilleure et plus excellente ; car la bienfaisance de l’homme sensé atteste la prédominance en lui de la raison, tandis que la bienfaisance de l’ignorant atteste la prédominance en lui de l’ignorance. Toute chose gravite vers ce qui lui ressemble ; tout oiseau descend auprès de son semblable[13]. Sache que la cause qui fait périr les rois, c’est le rejet des gens de vertu et des hommes des vertus ; c’est d’opprimer et de dédaigner le sincère conseiller ; c’est l’orgueil d’être loué et flatté. Mais Dieu accorde la réussite au bien par Sa faveur, Sa munificence, Sa gloire, Sa puissance, Sa majesté et Sa grandeur, car Il est le tout-puissant pour qui le veut. À Lui est la louange, toujours et à jamais.

 

 

PRÉFACE DE L’AUTEUR

Ainsi parla l’auteur de cette Histoire, Sévère ibn al-Muqaffaʿ, le compilateur.

 

Quand j’eus reconnu, moi l’infortuné pécheur, le transgresseur plongé dans la mer de mes péchés, moi qui accumule les fautes tout au long de mes jours — m’affligeant d’avoir dissipé et gaspillé les mois et les années de ma vie à l’illusion des espérances, à la procrastination et aux prétextes qui ruinent ma religion et mon corps —, ayant vérifié ce dont m’a gratifié le Seigneur Christ le Sauveur, à savoir l’obligation de se prosterner à l’évocation de tous les fils du baptême, qu’il a acquis par Son sang très pur, et à l’évocation de Sa souveraineté ainsi que du don de Son Esprit-Saint à Ses disciples et à Ses suivants, les Douze et les Soixante-douze élus, et à ceux qui les suivent, à l’instar de l’Évangéliste Marc — l’Église qu’il a spécialement désignée pour la proclamation — : pour que Dieu lui accordât, par la puissance de son secours et autrement encore, d’être élu pour le trône du martyr [saint Marc], et d’avoir ses disciples l’évangélisateur, son prédicateur et son envoyé vers ses frères (? et la Pentapole, qui comprend cinq villes, à savoir Barqa, Fazzān, Qayrawān, Ṭarābulus l’Occident, Ifriqiya et l’Abyssinie, et la Nubie, — toutes ces régions lui échurent par le sort en sa prédication, par l’inspiration de l’Esprit-Saint — et que son martyre advînt après sa prédication, au nom du Seigneur Christ, dans la cité d’Alexandrie, selon ce que l’on trouve attesté en sa biographie ; ayant aussi constaté que nos pères, les patriarches, héritèrent de ses enseignements purs pour les âmes, [les délivrant] de la géhenne, et qu’ils siégèrent sur son trône l’un après l’autre, successeur après prédécesseur: alors chacun d’eux fut ses successeur [imitant] en son pasteur, et ses disciples, se conformant à son exemple par Son secours, dans le Christ Marc l’Évangéliste et contemplateur de Sa face.

Et pour chacun de ses successeurs, les patriarches, est consignée la relation de leur conduite, avec leurs noms et les péripéties qui touchèrent chacun d’eux en son âge et son temps — ce qu’ils reçurent comme peine, labeur et lutte, au nom de leur Maître et leur Christ —, et la mention de leur troupeau en tout temps ; quand j’eus parcouru cela, un siècle après l’autre, moi qui ne suis pas digne que de ma main écrive en traces de ma misère de quoi que ce soit de leurs nouvelles, je consultai les plus avisés parmi leurs mérites, des frères chrétiens, et les priai de m’aider à transcrire ce que j’en trouverais en écriture copte et en écriture grecque, vers l’écriture arabe, laquelle est de notre temps familière aux habitants de la province d’Égypte, étant donné que la majorité d’entre eux a perdu la langue copte et la langue grecque, se contentant dès lors et parvenant à [pratiquer seulement l’arabe]. Je me suis en outre tourné vers Celui qui donne la parole à tout être privé de la voix ainsi qu’à tout esprit obtus, priant pour que je sois rangé parmi les appelés qui portent les fardeaux, au sens de cette parole évangélique : « Venez à moi, vous tous qui portez des fardeaux, vous qui êtes chargés, et je vous donnerai le repos ; chargez-vous de mon joug, et apprenez de moi, car je suis doux et humble de cœur, pour que vous trouviez le repos de vos âmes.

Mon joug est aimable et mon fardeau léger ». J’ai donc osé m’appliquer à ce qui ressemble — — à mes actions détestables, à mes péchés, à mes fautes nombreuses ; et j’ai reproduit ce que je connaissais des anciens [documents], selon ce que renfermaient les canons de l’Église, conformément à ce qui est parvenu en explication, et à ce qu’en ont annoncé les récits et les traditions ; j’y ai ajouté ce que j’ai su des biographies de ceux que j’ai vus parmi les Pères patriarches. Je demandai à Celui dont la puissance est exaltée qu’Il me permît d’accomplir ce que je pouvais[14] et que ce que j’attribue à ma personne faillible, quoique superflu en forme ou corrigeant l’expression, en sorte qu’il mérite que son moindre disciple le composât — par la vertu des pères patriarches aidés par la grâce de l’Esprit-Saint, témoins — que je transmette les nouvelles tandis que je place de nombreuses demandes auprès de quiconque lira ce que je m’apprête à écrire[15], qu’il implore pardon pour moi, m’appelle à l’indulgence, au pardon et à la clémence, par l’intercession de la Dame des premiers et des derniers, élue du trône, Reine des mondes ; et par celle des anges, des ordres spirituels inférieurs et supérieurs, des prophètes véridiques, des apôtres purs et des messagers élus, assistés [de l’Esprit] ; des martyrs, des combattants et des Pères saints ; des justes, des anciens et des bons ; de tous ceux dont Dieu s’est agréé des œuvres parmi la descendance d’Adam. Amen. Seigneur, que je te demande d’ouvrir mes yeux, mon cœur et ma vue, afin que je comprenne Ta parole ; mes oreilles, afin que j’entende, et que je fasse ce qui convient ; et accorde-moi de ne pas m’en prendre rigueur : pardonne-moi, par Ta mansuétude, et remets-moi le manquement par lequel j’ai cherché mon aise en ma bienfaisance, disant cela et contrit, en implorant le pardon de Dieu le Très-Haut.

 

 

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Dieu unique.

 

Il est grand, Seigneur, et hautement loué, grandes sont Ses œuvres. Nul ne sonde les secrets, ni ne connaît Sa sagesse ; nul humain ne peut parvenir à saisir aucune de Ses choses sublimes ; la compréhension des sages et des juristes est dépassée par Ses questions, et il est à elles préservé[16].

Ô Toi, notre Seigneur, qui nous as créés, nous as donné la subsistance, nous as commandé, nous as interdit, nous as avertis du châtiment, qui nous guides vers ce qui nous est utile dans Ta voie, qui nous as dirigés vers le salut de nos âmes et vers les voies bonnes : saisis-nous par notre libre choix, et accueille-nous selon notre choix : nous implorons Ton humble don, ô Toi de large largesse et de grande bienfaisance, puissance, bienveillance et gratitude ; accepte-nous et exauce-nous, de quiconque se tourne vers Toi en ferme intention. Et s’il advient que le commencement soit de Toi ainsi que le soutien et la permanence dans la voie, par laquelle nous te suivons — en laquelle Tu ouvres les yeux de nos cœurs obscurcis et de nos pensées troublées, pour que nous gardions et mettions en pratique ce que nous lisons dans Tes saints Livres — et l’évocation de Tes amis et de Tes élus parmi les combattants triomphants, les confesseurs, leur écoute en Toi et leurs commandements et Tes préceptes ; et accorde-nous un bel achèvement, afin que soit rendu notre départ de ce monde : fais-nous sortir sauvés des péchés et des fautes qui ne sont pas sauvés par quelque annonce que ce soit, et afin que nous échappions à la place d’effroi terrifiant, si Tu nous accordes d’échapper à la puissance d’Iblīs et à la servitude du péché ; accorde-nous aussi la sagesse spirituelle par laquelle nous méprisions les convoitises temporelles, en pratiquant ce qui observe Tes commandements et en nous arrachant à cette vie fugitive comme un provisionnement pour la vie bienheureuse, afin que nous répondions par une réponse agréée, devant Ton trône redouté ; et accorde-nous un bonheur en notre séjour dans ce monde, ce qui Te plaît en Ton obéissance et en l’observance de Ta loi pure, et guide-nous à Ta conduite en bonne manière (al-muhdhadhdhaba), pour que nos esprits aspirent à Ton royaume et que nos œuvres deviennent vérifiées [comme conformes] aux enseignements de Ton saint Évangile, où Tu as dit : « Ô Seigneur, ils ont demandé : vous demanderez et il vous sera donné, vous chercherez et vous trouverez, vous frapperez et il vous sera ouvert. »

Et moi je demande à Toi avec confiance par Ta parole, non par mes œuvres qui Te plaisent, ni par quelque mérite que je T’aurais présenté, mais bien pour l’amour de Ton Nom saint qu’on nous a imposé — comme l’a dit David l’inspiré dans le psaume 113 : « Non à nous, Seigneur, non à nous, mais à Ton Nom donne la gloire, en ta miséricorde, afin que ne disent pas les nations : où donc sont leurs dieux ?[17] » Notre Dieu dans le ciel et sur la terre a fait tout ce qu’Il a voulu. Fais, Seigneur, ce qui nous sauve, surtout, et sois pour nous en notre vie terrestre préservateur et introducteur en tout ce qui nous touche, petits et grands, élevés et humbles, avec compassion et miséricorde, Ô Toi, tendre et prévenant en Ta direction, vers ce qui T’agrée, en éloignant de nous ce qui Te déplaît ; car Tu as dit : « Ô Seigneur, revenez… »

« Revenez vers moi, et Je vous pardonnerai, quand bien même vos péchés seraient aussi nombreux que le sable de la mer et que les étoiles du ciel. » Ainsi s’est accomplie Ta promesse à notre endroit, nous les pécheurs ; ne cherche pas à nous arracher un repentir préalable ni une œuvre [méritoire], mais par Ta clémence, Ta miséricorde et Ta bienfaisance, octroie Ton secours à celui qui l’implore, Ton serviteur, le pécheur négligent de Tes préceptes — celui qui a écrit ces glorieuses Vies — lequel commence en disant :

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Dieu unique.

Nous commençons, avec l’aide de Dieu et par la beauté de Sa direction, à rédiger les Vies de la sainte Église. Ainsi parla l’auteur : Ce que moi le pécheur ai compilé et rassemblé depuis le monastère de Saint-Macaire et les monastères du Ṣaʿīd (Haute-Égypte) — le diacre pieux Mīkhāʾīl fils de Budayr s’est chargé d’en transposer une partie de la langue copte à la langue arabe (ce qui sera mentionné en son lieu) —, excepté ce qui se trouvait dans la grande cité [Alexandrie] ; quant à ce qui en a été trouvé en résumé, touchant la Vie du premier d’entre eux, le Christ — mon soutien, mon espérance, mon secours et mon salut — la première chose qu’on rapportera sera ce qu’a transmis [le manuscrit du] monastère de Notre-Dame Bahiyā, sur la cause du sacerdoce du Seigneur Christ, — que Son Nom soit magnifié —, et de Son entrée au Temple, dans la paix de Dieu, amen, amen, amen.

 

 

 

Confession de Théodose le Juif

Voici : au temps de Julien[18], le roi impie, il y avait un homme juif qui était rabbin pour les juifs : son nom était Théodose, vieillard des plus vénérables. Il y avait aussi un homme chrétien, artisan[19], qui le connaissait et avec qui il entretenait une amitié très solide ; ce chrétien se nommait Philippe (Fīlibbus). Or, un certain jour, Philippe arriva dans l’une des villes de Syrie ; son navire mouilla au port, afin qu’il y écoulât des marchandises qu’il avait avec lui. Philippe se rendit donc chez le juif rabbin Théodose, son ami, pour lui témoigner son affection et s’entretenir avec lui.

Il lui dit : « Ô mon frère, j’aimerais que tu deviennes chrétien, afin que notre amitié devienne pleine, et que tu y gagnes la vie présente et la vie à venir. » Théodose lui répondit, en grande amitié, et lui dit : « Par ton affection immense, tu t’es soucié de mon salut, et tu as médité à ce que tu voulais me faire connaître[20] : je ne veux point te laisser ignorant de la connaissance de Dieu Très-Haut, qui m’est témoin de ce que je te dirai, — il n’y a là aucun doute —, en raison de la preuve d’affection que tu me manifestes ; mais je veux que tu gardes mes paroles en ton cœur, sans les redire à personne. Sache que

Celui qu’annoncèrent le Saint-Esprit et les prophètes, c’est le Christ que vous adorez et dont vous confessez qu’Il est véridique, qu’Il est venu, et moi-même, je crois en un cœur sincère et pur, sans aucun doute, en bloc — parce que tu es pour moi un frère et un ami cher ; et c’est pour cette raison que je te dévoile ce mystère ; je te le confirme, car ton amour pour moi et ton désir de mon salut et de mon bien me sont manifestes. Crois-moi donc à présent, mon frère : mes préoccupations charnelles m’ont empêché[21] de recevoir le baptême, parce que je ne suis pas humble, ni capable d’amendement ; je suis infirme.

Et parce que je suis rabbin à ce peuple, je jouis chez eux d’une gloire considérable[22] ; j’ai chez eux honneurs, préséance, trésors et richesses ; si je quittais tout cela, mon peuple ne le tolérerait pas, et je suis préoccupé de tout cela. Au surplus, mon peuple ne m’y reconnaîtrait pas. Et les chrétiens mêmes, je le constate aussi, lorsque des juifs se font baptiser, comment sont-ils traités ? Et l’on m’a rapporté que vous dites entre vous : « Lorsqu’un juif est baptisé, c’est comme un âne baptisé[23] ». Dès lors, sous quel visage me ferais-je baptiser ? Et aussi, je vois que les chrétiens commettent l’erreur et courroucent Dieu, qu’ils rejettent la Loi et abandonnent les règles de conduite droite et de vérité qu’ils étaient censés suivre. Or, quand ils voient un peuple dont les cœurs, la foi et la persévérance sont solides, ils prennent appui sur eux.

Mais lorsque nous nous sommes enquis du salut qui nous est venu à nous par le Christ, et que nous avons véritablement reconnu en quoi Il consiste, les apôtres — instruits par Lui — vous ont enseigné, vous aussi, de notre race ; et pour que vous rejetiez ce qu’ils ont proclamé et ce qu’Il vous a transmis ; à cause aussi de ce que la plupart des nations n’avaient pas reçu le baptême ni cru jusqu’alors : moi non plus, je n’ai pas reçu le baptême, en raison de la grandeur de ma gloire mondaine et de la thaumaturgie que j’exerce auprès de mon peuple ; et à cause de ce que nous voyons du Christ, de Son commandement et de Sa Recommandation qu’Il fit à Ses disciples : quel soin Il mit à ce que tout cela se déployât, Lui qui voulait qu’il ne restât rien chez vous qu’ils ne vous eussent enseigné. Or, c’est le baptême qui en est le signe : voici ce qu’il vous a été donné. Mais la plupart de notre communauté juive se refuse à en reconnaître la vérité, étant éberluée par le Messie — bien que la plupart d’entre vous soit très éloignée du salut qui leur est échu.

Voici à présent que je te fais part des mystères élevés qui nous sont connus depuis le commencement, et voici ce que j’atteste à leur sujet, parce que nous, nous en sommes véritablement certains, par ce que nous savons de Son œuvre et de Ses actes. Plus que vous, chrétiens, nous savons, assurément, que le Messie dont nous venons de parler — écoute de moi ce mystère : voici. Au premier temps, le Temple fut bâti à Jérusalem. Les juifs avaient coutume d’y établir vingt-deux prêtres en service permanent : chacun de ceux qui deviendraient prêtre[24] devait être, par convention, conforme à la loi de Dieu Très-Haut. Les juifs se sont tenus à cette règle ; et Jésus le Christ, en ce temps-là, vivait en Judée. Or cette prescription se trouvait formulée avant l’apparition du Christ : quand venait à mourir un prêtre des vingt-deux prêtres, le sacerdoce tout entier se réunissait pour élire son successeur.

Il arrivait alors qu’ils divergeaient dans leurs vues sur celui qui devait le remplacer, et qu’ils disputassent les uns avec les autres. S’il se trouvait qu’aucun d’entre eux ne fît l’unanimité, alors ils tiraient au sort pour choisir celui qu’ils élèveraient au sacerdoce, après avoir examiné s’il était dépourvu de défaut, de tare, de vice ou de cause rédhibitoire. S’ils le trouvaient tel, et que fût établie sa généalogie, ils avaient quelqu’un à présenter, à qui aucun vice ne fût connu, et qu’ils fissent passer. Tel fut le cas, selon le dessein de Dieu Très-Haut[25], qu’en raison de Son opposition à eux, on ne présentât que le détenteur digne du sacerdoce, à savoir Jésus le Messie, l’un des prêtres dont l’âme s’était mise en mouvement par l’Esprit-Saint ; Dieu Très-Haut fit jaillir au milieu d’eux Sa jalousie. Il dit :

« Aujourd’hui[26] et pendant dix jours assemblés, aucun de nous ne sera en mesure de se présenter devant moi, pour que j’enquête et vérifie. » Et sache que la tâche est lourde à proportion de ce qu’on y met ; Dieu Très-Haut connaît la cause du désaccord qui nous divise et la rupture entre nous. On verra paraître cela par la volonté de Dieu Très-Haut. Si l’un d’entre nous parvient à en savoir quelque chose, qu’il nous le déclare ouvertement ; et nous tous, nous le reconnaîtrons par cette preuve. Ils lui donnèrent une grande sanction : qu’ils se remettent à lui et acceptent ce qu’il dira ; et moi, dit [Théodose], je dirai aux prêtres ce qui leur profitera ; et sache que tu ne peux repousser les prêtres : aussi tous jurèrent ce serment.

Or, par la foi, par la véracité des gens simples et par les circonstances, ils accomplirent [le rite] : lorsque parut devant eux celui qui en était digne, selon leur désir, et qu’il fut présenté, l’un d’entre eux prit confiance, et leur dit : « Ô mes frères, je suis convaincu que Dieu Très-Haut a mis dans ma pensée qui est digne de cela : c’est Jésus que nous connaissons comme fils de Joseph, parce que c’est un homme parfait quant à sa race, sa personne et ses œuvres ; il jouit de la puissance de la parole et de l’effet [qu’elle produit] ; Dieu Très-Haut et les hommes le prédominent.

Sachez donc que vous ne trouverez pas son semblable dans ce peuple ; il n’y a en lui ni ostentation ni cause [de reproche]. Quand les prêtres entendirent sa parole, ils la connurent, et reconnurent cette déclaration ; ils hésitèrent, par l’effet de la foi. Ils lui dirent : Cette parole est-elle ancienne ? et s’imaginèrent qu’il se retenait. Oui, a-t-il retiré de ce qu’il a dit ? C’est vraiment un bon aveu ; mais il n’est pas de la classe des prêtres ; et le peuple le calomniera peut-être, à cause de sa naissance, en raison des petits enfants qu’Hérode a fait massacrer par le glaive à cause de lui. Lui répondit avec un courroux déguisé : « Eh bien, puisque vous avez prononcé cette parole, raffermissez-vous dans ce qui est juste ; je vous le montrerai par cela même, si l’Esprit de Dieu vous dément ; éloignez-vous de la vérité et acceptez le mensonge : ah, je ne sais si, lorsque j’aurai examiné la question en vérité, Dieu Très-Haut la manifestera. Ils dirent :

Fort bien ! Dis-nous ce que tu sais sur sa naissance et sa filiation, et nous t’assisterons en ce que tu nous demanderas ». Il leur dit : « Partez chercher, afin que vous sachiez vraiment l’exactitude de mes paroles, et que vous le connaissiez comme je le connais. » Ils se crurent véridiques, ils le supposèrent, mais cette pensée rendit son affaire longue. D’abord ils examinèrent sa race ; ils trouvèrent que Marie avait pris les deux tribus, sans qu’ils pussent lui imputer aucune tare, pour récuser [ses titres] à la foi. Ils entamèrent alors leur dispute sur la transcription, et dirent : « Voyons un autre avis : que nous sachions comment fut sa naissance ; parce que sa mère, avouée pour chaste, n’a-t-elle pas été donnée à Joseph, qui a parlé avec elle — et ils se mirent tous d’accord sur cette parole. Et ils firent venir Marie sa mère au Temple ; ils lui adressèrent des questions, leur enseignant les motifs de la sujétion par laquelle elle fut enceinte de Jésus, et d’où il venait ; la Loi était devant eux, pour attester contre elle en cela, sans qu’ils lui imputassent quelque chose de mal, si elle disait le vrai.

Et ils lui jurèrent là-dessus, et lui dirent : « Ô femme, voici : voici que nous nous sommes réunis pour ton bien, non pour ton mal, mais pour la cause de Dieu Très-Haut et des hommes ; il est en outre extraordinaire à nos yeux : une foule [de gens] trouvent Dieu Très-Haut venir en sa personne, parce qu’il existe en ce temps-ci chez nous un semblable à Salomon fils de David (dont la mère fut Urie fille de Ḥanān : il l’a élue à cela)[27], et nous nous sommes accordés à l’établir comme prêtre, en raison de son intégrité et d’une seule parole ; aussi bien, nous demeurons dans le doute jusqu’à ce jour : nous voulons savoir de toi d’où il est et de qui il est, toi qui l’as enfanté, pour qu’ainsi la vérité soit avérée, afin que nulle parole suspecte ne se propage à ton sujet et sur ta maternité. Voici donc pourquoi nous t’avons convoquée à attester, afin que nous ne restions pas dans le doute ; dissipe le litige entre nous ; voici la Loi devant nous.

Nous confessons devant Dieu Très-Haut que s’Il nous voit ne pas demander rigoureusement ton compte et ne le pas vérifier, c’est bien plutôt pour Te remercier, parce que Tu n’as pas caché de nous la vérité. Et Marie se disait en elle-même : le mystère caché de Sa naissance étonnante qu’Il leur a révélée, ils ne croiront pas, en raison de la gravité de l’affaire pour eux ; et leurs intelligences ne supporteront pas qu’une femme enfante sans le concours d’un homme, ou qu’il y ait fils sans père. Elle leur dit : « Si je vous dis ce qu’il vous faut savoir, le recevrez-vous de moi ? Si donc je vous révèle le secret concernant ma grossesse et ma naissance merveilleuse, me croirez-vous sur ma parole ? » Cette parole me semble bonne et désirable si tu te tais. Mais eux, remplis d’une pensée mauvaise, lui dirent : « Ô Marie, en vérité, c’est ce qui nous tient à cœur : entendre de toi qui tu es et de quel [père] es-tu. Joseph est mort, et notre cœur est suspendu : est-ce qu’il est son père ? Nous t’en prions donc à ce sujet afin que tu nous manifestes la vérité à ta naissance, et que tu ne te troubles pas. De personne nous ne cacherons le droit ; et, selon que tu as gardé le silence sur la Loi, la malédiction s’imprimera sur toi à jamais. » Elle leur dit :

Or elle se troubla et fut émue, Marie, disant : « Je suis anxieuse de toute part, pour ce que j’ai dû enfanter d’insondable ; voici, jusqu’à ce jour, je ne le manifeste pas ; mais moi aussi je connais désormais la naissance qui me nécessite d’apparaître. Et si vous l’entendiez, vous n’en croirez pas, et vous n’accepterez pas ce que je vous dirai. Joseph, qui est mort, vous avez eu un doute à son endroit en ma grossesse, par quoi je n’ai pas enfanté ; il m’a laissée en tranquillité, disant qu’il ne me prendrait pas comme femme jusqu’à ce qu’il eût ma confiance, que l’ange de Dieu lui avait été apparu, et que sa foi serait bonne ; il sera mon témoin auprès de vous, quant à la vérité de ce que j’affirme, parce que la Loi accepte le témoignage de deux témoins plutôt qu’un seul. Quant à moi, je confesse devant Dieu et devant la Loi que j’ai enfanté mon fils Jésus, sans le concours d’aucun homme ; et je vous mentionne comment cette conception m’est arrivée. Ils lui dirent : « Voici que la chose est apparente ; nous confessons devant Dieu et devant Sa Loi sainte que tu dis vrai quant à ta maternité et les douleurs de ton enfantement ». Et il n’y a là rien d’autre, bien qu’elles m’aient étonnée, que des femmes qui entendent une gésine naturelle et les douleurs de l’accouchement.

Or, c’est elle qui se réjouit en sa maternité, à la différence des autres [femmes] : tu as confessé à présent en vérité à quelle conception tu as enfanté [ton fils]. Il faut que nous-mêmes, en un temps, nous ne parlions à personne ; à présent donc, nous parlons à une femme : qu’est-ce qui nous est permis dans ton silence que nous entendons de toi et recevons ? Marie, troublée, baissa la tête, s’attristant, jetant à terre son visage, en larmes, et dit : Je confesse à présent que moi, sans concours d’homme, j’ai enfanté Jésus, comme vous le dites, moi-même en témoigne ainsi ; mais quand vous me dites qu’un homme m’a volée : l’anneau de ma virginité prouve la véracité de mon affirmation.

Et lorsqu’ils entendirent cela, ils s’émurent, et dirent : « Voilà qui ne se reçoit pas — car c’est parole étrange — et comment pourrions-nous inscrire dans le registre le nom de ton fils, dans la généalogie, sans nom du père, ni de quelle tribu il est ? » Il se passa ce qui se passe[28] lorsque Marie entendit cela des prêtres. Elle leur dit : « Au premier, je ne sais rien de ce que vous dites ; croyez ce que je vous dis, en ce qui peut être de moi ; mais si je ne dis pas ce qu’il est en question, pour l’un d’entre eux, il faut que nous agissions selon l’ordre de Dieu ; et ils firent venir parmi eux des femmes de confiance de la maternité, et les interrogèrent en diligence et avec soin, afin qu’elles décelassent si elle était vierge, comme elle le disait devant Dieu et devant la Loi. Elles la vérifièrent et dirent aux [prêtres] : « En vérité, elle est vierge, complète, elle a connu enfantement sans perte de sa virginité, en l’enfant Jésus que vous connaissez ; Dieu vous est témoin de cela ; après quoi, elle a enfanté. Puis ils examinèrent ses voisins et ses proches, pour savoir s’ils ne trouveraient personne qui s’opposât à son enfantement ; mais ils trouvèrent tous ceux qui attestaient de sa maternité et de son âge, [disant] que l’enfant qui est né d’elle est le mystère incompréhensible, et que les humains ne les prêtres ne trouvèrent rien à y redire ni à démentir, mais au contraire l’évidente vérité.

Puis, après cela, ils la firent approcher ce jour-là comme il se devait, en troupe, et ils lui dirent : « Nous avons vérifié : nous ne trouvons rien en ce que tu as dit qui soit contraire à ta parole, ni à ce que tu as mentionné ; et il n’y a pas lieu que nous inscrivions ce que tu as dit ; or nous, nous partageons par Dieu le Régent de tout, que tu nous rendes connaissance de celui dont tu es fille — de Jésus — et dont tu l’as enfanté, jusqu’à ce que nous inscrivions son nom dans le registre et la généalogie. » Marie fut silencieuse de l’Esprit-Saint, et dit : « Ce que je vous dis n’est pas menteur ; Dieu, par Son Nom, vous en adjure, témoin sur moi, en présence de laquelle elle tint à dire : « L’archange Gabriel est venu à moi, m’a apporté la bonne nouvelle ; je te narre tout le récit de l’affaire ». Ils s’étonnèrent, ils s’émerveillèrent, et demandèrent à Dieu de lui pardonner ce qu’ils lui avaient fait d’oppression à raison de cette parole. L’un d’entre eux dit : « Voici qu’il est véritable : ce Messie, dont les prophètes ont attesté qu’Il vient de la maison[29] de David et de la maison de Bethléem de la tribu de Juda. » Ils l’appelèrent donc Jésus, ils l’installèrent comme prêtre, et l’inscrivirent dans la généalogie, [dans les registres] de l’an, du mois et de l’année. Ils dirent : Jésus fils de Dieu, et fils de Marie la Vierge qui l’a enfanté, vierge et elle-même prêtre [par son rôle de mère], et [son fils] digne.

Tel est le dessein de ce qui a eu lieu, comme le dit Luc l’Évangéliste le médecin, dans le chapitre de son Évangile où Il dit que Jésus, revenant de Galilée par la puissance de l’Esprit, sa renommée se répandit en tout le district, et Il enseignait dans leurs synagogues, et tous le glorifiaient ; Il vint à Nazareth où Il avait été élevé ; selon sa coutume, Il entra dans leur synagogue, un jour de sabbat. On Lui remit le rouleau qui contenait la prophétie[30]du prophète Isaïe, où il est écrit : « L’Esprit du Seigneur est sur moi ; c’est pour cela qu’Il m’a oint, Il m’a envoyé pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, pour proclamer aux captifs la délivrance et aux aveugles le recouvrement de la vue, et pour renvoyer les opprimés en liberté, et proclamer l’année agréée du Seigneur ». Alors Il referma le livre, le remit au servant, s’assit, et les yeux de tous les assistants étaient fixés sur Lui ; Il commença à leur dire : « Aujourd’hui, cette prophétie s’est accomplie à vos oreilles. »

Et tous attestaient de Lui et s’émerveillaient des paroles de grâce qui sortaient de Sa bouche. — Lors donc que Philippe le chrétien entendit cela de Théodose le juif, il se réjouit d’une grande joie ; puis il lui dit : « Maintenant je sais cela et je lui parle, car je viens des maîtres de la Loi et des proches ; et Celui qui a été affermi dans mon cœur que Celui qu’a enfanté Marie est le Christ, et la prophétie à Son sujet a eu lieu — la prophétie de Jacob à Juda son fils, non à un autre ; qu’après lui ne vienne aucun autre messie. Nous savons certainement aussi qu’il est Celui que nous attendons, Lui — les Gentils, et l’Être qui vient au monde, le secret, pour celui qui croit en Lui ; et qu’il n’y aura pas après lui de chef ni de prince ni de prêtre en Israël, ainsi que le dit le prophète David, dans le Psaume 109[31] : « Le Seigneur a juré et Il ne se repentira point : Tu es prêtre à jamais selon l’ordre de Melkisédeq[32] » ; [donc], quelle est la race d’Adam dont un prêtre vit à jamais ? Et David dit aussi au Psaume 88[33] : « Quel homme vit sans voir la mort ? » — or, Il est le Christ, dont David a dit qu’Il est le Prêtre vivant éternellement. » Philippe répondit alors, et lui dit : « Il te faut savoir que cette affaire t’astreint à comparaître au jour du grand jugement ; pour moi, ce qui m’a le plus marqué, ce que j’ai entendu de ta bouche, c’est le lieu de la gloire de Dieu, et ton appartenance à ces dignités élevées, afin que paraisse le blâme des juifs et la faiblesse de leur foi. »

Le juif répondit alors au chrétien, et lui dit : « Sache que tu viens jusqu’à ton âme avec cette question : le Juge du pacte qui est entre nous, et l’affaire que tu supposes, ce que tu atteindras s’y rattache, et tu ne saurais t’y soustraire. Si les juifs savent que j’ai déclenché une grande guerre, et que j’ai occasionné de graves conséquences, ils me feront périr dans une grande ruine ; et si je tarde, ils me tueront tous par le glaive, et ne me laisseront pas la vie. Tu serais alors le fauteur de cette perte, aux yeux des chrétiens, — tandis qu’ils n’en auraient guère besoin, eux, de cette enquête des prêtres juifs, puisque vous avez déjà cru, et l’avez reconnu, par les paroles des prophètes et des apôtres ; votre religion s’est vérifiée, et cette enquête a fait taire les juifs à jamais, par ce qui reste chez eux. Si tu veux ôter d’eux la vie, eh bien, crois-moi, ô mon ami, si tout le livre que j’ai lu — il évoque ici la Tôrāh et les Prophètes — et ce que j’ai consulté des prophéties des prophètes, au sujet du Christ, et pour cela cette copie de la généalogie — j’ai chez moi une copie plus forte que mes doutes sur le Messie que vous adorez, lequel est manifesté à tous les mondes ; et je sais que tu dis, lui étant connu, que j’ai perdu l’occasion.

Il dit : Je suis Philippe, interrogé par lui avec beaucoup de questions ; il m’a effrayé, et j’ai fini par me taire. Car c’est le jugement de Dieu sur moi. Et il dit : ces témoignages convainquent que Jésus est le Messie, au blâme des juifs ; ils confirment notre foi. Or, lorsque j’eus écrit cela, moi Philippe, je le présentai aux fidèles de l’Église, aux évêques, aux saints moines et aux élus ; ils s’en étonnèrent et en éprouvèrent joie, et reconnurent la véracité du propos des juifs et le témoignage des juifs au Seigneur Christ dans le sacerdoce, comme on l’a écrit dans l’enquête. Puis les évêques et les moines écrivirent au sujet du sacerdoce des prêtres ; on trouve [cela] chez Eusèbe (Usābiyūs), Binfīlāwus[34] — qui en a fait mention en maints endroits des Vies de l’Église ; car le père Binsantīyūs, évêque de Cophte (Qift), l’a fait paraître dans le Livre des temples — et il a mentionné aussi que ce Binsantīyūs, au temps où Jésus entra dans les synagogues, vit le sacerdoce au moment de la purification au Temple ; il invoque aussi le témoignage de Luc l’Évangéliste sur ce que nous avons précédemment rapporté, et parce que le Seigneur Christ Lui-même s’est rendu à une noce et qu’Il est sorti du Temple[35].

Et tous les témoignages concordent sur la parole véridique du juif. Quant à sa sincère amitié pour Philippe, il lui révéla cette affaire cachée, et il témoigna ouvertement à son sujet, puis, lorsque fut cela, Théodose le juif — cette parole véritable à son ami — Philippe devint chrétien ; on lui donna le baptême, et on le marqua du sceau de la sainte chrismation : il reçut les saints mystères, et quiconque avait vu la beauté de sa foi au Seigneur Christ en fut émerveillé — à Sa puissance dont la gloire est élevée —, et ce fut une grande joie pour moi, Philippe, avec Théodose le baptisé.

Et lorsqu’une grande partie des juifs vit cela, en même temps qu’ils connaissaient en lui qu’il était l’un de leurs maîtres de la Loi auprès d’eux, qu’il était de plus leur chef, et jouissait chez eux de grand honneur ; qu’il atteignait au-dessus d’eux des miracles de puissance, et rejetant tout cela, il était devenu chrétien — il y en eut un grand nombre qui crurent et furne baptisés. Dieu Très-Haut accomplit cette faveur par mon moyen à moi Philippe, une âme (var. : un ami juif)[36] qui est à présent chrétien. Et gloire au Seigneur Jésus-Christ avec le Père et le Saint-Esprit, à présent, et en tout âge, et dans les siècles des siècles. Amen.

Souviens-Toi, Seigneur, par Ta miséricorde, de Tes serviteurs : celui qui s’est appliqué [à composer], le lecteur, l’humble copiste, et tous les enfants du baptême. Amen.

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, Dieu unique —

à Lui la louange à jamais et toujours, amen.

 

 

PREMIÈRE VIE, TIRÉE DES VIES DE LA SAINTE ÉGLISE
Vie de Marc l’Évangéliste

chef des apôtres, évêque de la grande cité d’Alexandrie, premier d’entre eux

 

Il advint qu’au temps de l’économie du Seigneur Christ miséricordieux, Jésus — lorsqu’Il assembla auprès de Lui les disciples qui Le suivaient — il y avait deux frères habitant l’une des cités de la Pentapole d’Occident, qu’on appelle Cyrène[37] (Arbāṭūlus) : le premier, et l’aîné, portait ce nom d’Aristobule, et le second se nommait Barnabé. Ils étaient tous deux laboureurs, ensemenceurs et moissonneurs, possédaient beaucoup de biens, et étaient savants dans la Loi de Moïse, avec une excellente connaissance et une mémoire ferme. Ils possédaient plusieurs livres précieux et avaient reçu grande épreuve, au temps d’Auguste, empereur de Rome, du fait des tribus berbères et éthiopiennes qui avaient pillé tout ce qu’ils possédaient, de sorte qu’il ne leur restât plus rien. Ils se mirent alors en route, abandonnant cette contrée, soucieux de leur propre salut, et se dirigèrent vers le pays des juifs. Aristobule avait un fils du nom de Jean, et c’était ce Jean qui grandissait et croissait en sa stature par la grâce de l’Esprit-Saint. Ces deux frères avaient une nièce paternelle, qui était l’épouse de Simon-Pierre (devenu chef des disciples du Seigneur Christ) ; et Jean — c’est-à-dire celui qu’on nomma [ensuite] Marc — se réfugiait auprès de Pierre et apprenait de lui les livres des saints enseignements chrétiens.

Or, un jour, Aristobule son père prit son fils Marc au Jourdain. Tandis qu’ils cheminaient tous deux, voici qu’un lion et une lionne leur sortirent au-devant[38] ». Aristobule, voyant l’animal venir vers lui, et considérant la violence de sa rage, dit à son fils Marc : « Ô mon enfant, voici que va paraître la colère de ce lion qui vient sur nous. Va-t-en à présent, sauve ta personne, ô mon fils, laisse-moi et va-t-en ; que Dieu te mette sous Sa garde. Quant à moi, Dieu, qui tient toutes choses en Sa main, est celui qui me sauvera de toute épreuve ; en Lui je crois. » Lorsque le lion se fit plus proche des deux, Marc, le disciple du Seigneur Christ, s’écria d’une grande voix, et dit : « Ô Seigneur Christ, Fils du Dieu vivant, voici que je te commande : que la gueule et les flancs de ce lion se déchirent sur-le-champ et soient séparés ; qu’il n’y ait plus, à l’avenir et pour toujours, aucun fils né de cette montagne. » Aussitôt le lion et la lionne se fendirent par le milieu de leur ventre, et moururent tous deux à l’instant même.

Lorsque Aristobule son père vit ce grand prodige qui s’était accompli par la main de son fils Marc, par la puissance du Seigneur Christ, lui qui est invincible, il dit à son fils : « Moi, ô Marc, qui t’ai engendré, je te confesse aujourd’hui comme mon père, mon sauveur et mon choix, maintenant et à jamais, ô mon fils chéri et frère cher ! Nous, nous demandons, par toi, à devenir esclaves du Seigneur Jésus-Christ, celui qui annonce la bonne nouvelle. » Alors saint Marc instruisit son père et son oncle dans les enseignements du Christ, dès ce jour. Or Marie sa mère, qui était la sœur de Barnabé, disciple des apôtres — après quoi cela eut lieu dans ces parages, dans un canton qu’on appelle Zdūd —, [ils trouvèrent] un olivier de grande taille. Les gens s’émerveillaient de sa grandeur ; les habitants de cette cité adoraient la lune et priaient cet olivier. Le saint Marc le vit, et leur dit : « Cet olivier dont vous mangez les fruits, dont vous allumez les branches comme combustible au feu, dont vous faites divinités auxquelles vous vous prosternez — qui donc l’a fait ? N’est-ce pas la Parole de Dieu, Son serviteur ? » Et il commanda à l’arbre de tomber sur le sol sans aucune hache qui le fît. Ils lui dirent : « Nous savons que tu es un magicien galiléen, compagnon de Jésus ; quoi que tu veuilles, tu le feras.

Et nous, nous te prions, Seigneur qui habites en ces parages, que cet arbre olivier se dresse à nouveau, afin que nous continuions à prier devant lui. » Le saint Marc leur répondit, et leur dit : « Moi, je le renverserai à terre, car il s’est tenu debout par votre jugement ; moi, je le détruirai par cette parole, acceptez-la de moi, et tenez-vous loin de lui, vous tous. » Et ils se tinrent à l’écart, considérant, et ils disaient : « Peut-être y a-t-il là quelqu’un d’humain caché ». Alors saint Marc leva son visage vers le ciel, tourna son visage vers la direction du Levant, ouvrit sa bouche et pria, disant : « Mon Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, écoute ton serviteur, et commande à cet olivier, serviteur de ce monde qui est obéi par les gens de la nuit, de paraître à ta marque et à ton pouvoir, comme un signe de Ton Nom sur ces gens qui n’ont pas de Dieu — qu’ils sachent que Tu l’as créé et que Tu as créé toute la création, et qui est Dieu pour qu’ils L’adorent.

Moi, Seigneur, mon Dieu, je sais qu’il n’a pas de voix ni de langue — il n’en est pas coutume qu’il parle — à cela, pour que quelqu’un entende sa parole à cette heure-ci, par la force de Celui qui ne peut être combattu : pour que connaissent ceux-ci qui n’ont pas de Dieu, qu’il n’est pas [un dieu], mais qu’il est serviteur de ton pouvoir, et toi-même — voilà l’arbre, priant, que tu tombes à terre, afin que connaisse ton peuple qu’il n’y a pas d’autre Dieu que toi, et le Père excellent et l’Esprit-Saint vivifiant, à jamais ! amen. » À cette heure, au moment où s’accomplit sa prière, survint une grande ténèbre au milieu du jour ; la lune leur apparut éclatante au ciel ; ils entendirent une voix sortant de la lune, qui disait : « Ô peu nombreux, je ne suis pas Dieu ; adorez Dieu. Moi, je ne suis qu’une part de Sa création ; moi, je suis serviteur de mon Seigneur, auquel ce Marc, Son disciple, vous annonce la bonne nouvelle ; c’est Lui seul que nous adorons, et que nous servons. »

À ce moment, l’olivier tomba ; une grande crainte s’abattit sur tous ceux qui assistaient à ce prodige. Quant à ces gens qui servaient l’arbre et s’y prosternaient, ils s’irritèrent, déchirèrent leurs vêtements, saisirent le saint Marc, le frappèrent, et le livrèrent aux juifs qui lui étaient hostiles. Ils le jetèrent en prison. Cette nuit-là, le saint Marc, en son sommeil, vit le Seigneur Christ qui lui disait : « À Pierre : Je fais sortir tous ceux qui sont dans les fers. » Quand il s’éveilla de son sommeil, il vit les portes de la prison ouvertes et sortit, lui et tous ceux qui étaient avec lui dans la prison ; les gardes étaient endormis comme s’ils étaient morts. Quant à la foule qui était témoin de ce qui s’était passé, ils dirent : « Qu’avons-nous fait avec ces Galiléens ? ils accomplissent ces actes au nom de Béelzéboub[39], chef des démons. » Or Marc, étant de ces soixante-dix disciples[40], il était du nombre des serviteurs qui remplirent les jarres d’eau, celles dont notre Seigneur fit du vin, aux noces de Cana, en Galilée. Il est aussi celui qui porta la cruche d’eau dans la maison de Simon le lépreux, à l’heure de la dernière Cène.

Et c’est lui aussi qui abritait les disciples en sa maison au temps de la Passion du Seigneur Christ, ainsi qu’après Sa résurrection d’entre les morts, quand Il entra auprès d’eux toutes portes fermées. Et après Son ascension au ciel, Marc s’en alla avec Pierre à Jérusalem, et ils annoncèrent à la foule la parole de Dieu. L’Esprit-Saint apparut à Pierre, et lui commanda d’aller dans les villes et villages voisins ; Pierre alla, et Marc avec lui, à Béthanie (Bayt ʿAnyā), où il annonça la parole de Dieu. Pierre séjourna quelques jours ; un ange de Dieu lui apparut en songe et lui dit : « À Cordouène[41], — c’est-à-dire au district —, il y a une grande famine. » L’ange de Dieu dit à Pierre : « La cité d’Alexandrie, et la province de l’Égypte, n’est-elle pas famine, ni pain, mais elle est famine de connaissance de la Parole de Dieu, qu’il faut que tu annonces en ces lieux. »

Lorsque Pierre s’éveilla de son sommeil, il raconta à Marc ce qu’il avait vu en songe. Alors Pierre partit, et Marc s’en alla aux provinces de Rome ; il y annonça la parole de Dieu. Puis, en la trente-cinquième année après l’ascension du Seigneur Christ, saint Pierre envoya Marc, le père évangéliste, à la cité d’Alexandrie, afin qu’il annonçât la parole de Dieu et qu’il y prêchât l’Évangile du Seigneur Christ — à Lui la gloire, la dignité, la prosternation, ainsi qu’au Père, et à l’Esprit-Saint, Dieu unique, à jamais, amen.

Martyre de Marc le Saint et sa prédication à Alexandrie

qui est la seconde section des Vies de l’Église

 

Lorsque, dans le dessein du Seigneur Sauveur Jésus-Christ, après Son ascension au ciel, le lot de tous les apôtres fut réparti par l’inspiration de l’Esprit-Saint pour prêcher la parole de la bonne nouvelle du Seigneur Jésus-Christ — au bout d’un certain temps — le sort de saint Marc l’Évangéliste échut à aller à la province de l’Égypte, à la grande cité d’Alexandrie, par l’ordre de l’Esprit-Saint, pour y faire entendre la parole de l’évangile du Seigneur Christ, les arracher à leur égarement et à leur immersion dans le culte des idoles et l’adoration des créatures en dehors du Créateur ; car ils avaient des idoles qu’ils servaient et vénéraient en toutes sortes de péchés et de magies, et ils leur offraient, au sujet de leurs enfants, des sacrifices. C’est parce que c’était d’abord la première condition qu’elles jouissaient dans la province d’Égypte, d’Ifriqiya, de la Pentapole et de tous ses pays.

Lorsque, chargé [de cette mission], saint Marc traversa [les cieux], venant de Rome, il se dirigea d’abord vers les Cinq Villes, et annonça en toutes leurs contrées la parole de Dieu ; il fit paraître beaucoup de prodiges : il guérit les malades, purifia les lépreux, et chassa les démons. Par sa présence, Dieu accorda la grâce à ces gens, et beaucoup crurent en Lui, le Seigneur Christ, par son moyen ; et ils brisèrent les idoles qu’ils adoraient ; il abattit tous les arbres dans lesquels les démons se tenaient en embuscade et parlaient aux gens. Il les baptisa au nom du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint, Dieu unique[42] ». Et pour cela, l’Esprit-Saint lui apparut, et lui dit : « Avance maintenant jusqu’à la ville d’Alexandrie pour y semer la bonne semence — qui est la parole de Dieu. » Le disciple du Christ se leva, et avança avec la force et l’appui de l’Esprit-Saint, comme un combattant à la guerre ; il dit adieu à la fraternité [des convertis], leur manifesta son affection, et leur dit : « Le Seigneur Jésus-Christ rendra facile le chemin de mon départ vers Alexandrie, pour y annoncer son évangile sacré. »

Puis il pria, disant : « Ô Seigneur, affermis les frères qui ont connu Ton nom, ramène-les dans la joie ; eux-mêmes l’escortèrent, et il se dirigea vers la cité d’Alexandrie. Lorsqu’il y entra par sa porte, son soulier se coupa. Quand il vit cela, il dit : « Maintenant, j’ai su que le Seigneur a rendu mon chemin facile. » Puis, il regarda [aux alentours], et vit un cordonnier[43] ; il s’avança vers lui, lui remit son soulier pour qu’il le raccommodât. Le cordonnier, en saisissant le soulier et en prenant l’alène pour le travailler, se perça la paume de la main. Il dit : « Eis théos » — dont l’interprétation est « Dieu est unique ». Lorsque saint Marc l’entendit mentionner le nom de Dieu, il se réjouit extrêmement ; il tourna son visage vers l’orient, et dit : « Seigneur Jésus-Christ, toi qui rends facile mon chemin en tout lieu. »

Puis il cracha à terre, en prit un peu [et en fit de la boue] ; il le posa sur le lieu où la main du cordonnier était percée par l’alène ; il dit : « Au nom du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint, Dieu unique vivant éternel, je guéris la main de cet homme à cette heure, afin que soit glorifié ton saint Nom. » À l’instant, sa main fut guérie. À ce moment, Marc le saint lui dit : « Si tu savais que Dieu est unique, pourquoi adores-tu toutes ces fausses divinités ? » Le cordonnier lui dit : « Nous mentionnons Dieu par nos bouches, mais nous ne connaissons pas Qui Il est. » Et le cordonnier demeurait émerveillé de la puissance de Dieu manifestée chez saint Marc. Puis il lui dit : « Je te prie, ô homme de Dieu, de venir en ma maison pour te restaurer, pour manger un peu de pain ; car je te vois, aujourd’hui, qui m’as manifesté miséricorde. » Saint Marc se réjouit, et lui dit : « Que te donne le Seigneur, le Pain de Vie, dans les cieux ! »

Et il alla avec lui à sa maison. Lorsqu’il fut entré dans sa maison[44], il dit : « Que la bénédiction de Dieu soit en cette maison ! » Puis il pria. Lorsqu’ils eurent mangé, le cordonnier dit au saint : « Ô mon père, je voudrais savoir de toi qui tu es, qui a accompli cette chose étonnante. » Saint Marc lui répondit, et lui dit : « Moi, je sers Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant à jamais. » Le cordonnier lui dit : « Moi, je voudrais le voir. » Saint Marc lui dit : « Moi, je t’invite à le contempler. » Puis il commença à lui exposer l’évangile, à lui dire les paroles de gloire, d’honneur, et de la puissance qui est à Dieu depuis le commencement ; à lui déclamer des homélies et des enseignements en grand nombre, qui attestaient sa Vie, jusqu’à ce qu’il lui dît enfin que le Seigneur le Christ s’est, au dernier des temps, incarné de Marie la Vierge ; qu’il est venu au monde, nous a sauvés de nos péchés, et lui exposa ce qu’avaient prophétisé à son sujet les prophètes. Le cordonnier dit : « Mon père, je n’ai jamais entendu quelque chose de tel ; mais peut-être ce sont les livres des philosophes grecs, par lesquels ils enseignent leurs enfants, jusqu’ici, et ainsi aussi les Égyptiens. » Saint Marc lui dit : « La philosophie de ce monde est vaine auprès de la sagesse de Dieu[45]. »

Lorsque le cordonnier entendit la sagesse et la parole des livres saints prononcées par saint Marc, il s’émerveilla de ce grand prodige qu’il avait fait de sa main ; son cœur s’inclina vers lui. Il crut au Seigneur Christ, reçut le baptême, ainsi que toute sa maisonnée et tous ses voisins. Son nom était Ananie (Anyānus). Lorsque les fidèles en Christ furent devenus nombreux, les gens de la cité apprirent que se trouvait là un homme juif galiléen entré chez eux, et qui voulait renverser le culte de leurs idoles et des pierres qu’ils adoraient, et qu’il avait détourné une foule de leur culte. Ils le recherchèrent en tout lieu, dressèrent aux carrefours des gens pour le guetter. Lorsque saint Marc en eut connaissance, il répartit [les siens] : il fit Ananie évêque d’Alexandrie ; il ordonna trois prêtres et sept diacres[46], soit onze personnes ; il les établit pour servir et affermir les frères fidèles ; puis il partit d’auprès d’eux vers les Cinq Villes, y demeura deux ans, prêchant, et ordonnant dans chacune de leurs contrées des évêques, des prêtres et des diacres ; enfin il revint à la cité d’Alexandrie ; il y trouva les frères affermis sur la foi, devenus nombreux par la grâce de Dieu ; ils avaient eu le souci de construireune église, en un lieu qu’on appelle Berbāhī, proche de la mer, sur un rocher d’où l’on tire les pierres[47] ».

Alors saint Marc se réjouit de cela grandement, et se prosterna à genoux ; il bénit Dieu, parce qu’Il avait affermi des serviteurs de foi, qu’Il les avait ordonnés dans les enseignements du Seigneur Christ, et qu’Il les avait éloignés du culte des idoles. Lorsque les gens de l’incroyance surent que saint Marc était revenu à Alexandrie, ils furent remplis de colère, à cause des œuvres qu’accomplissaient les fidèles en Christ : guérir les infirmités, chasser les démons, délier les langues des muets, faire entendre les sourds, purifier les lépreux. Ils cherchèrent saint Marc avec grande colère, mais ne le trouvèrent pas. Ils coururent et grincèrent des dents contre lui avec leurs idoles en leurs temples et leurs lieux, disant : « Regardez ce magicien ! » Or, c’était un des samedis : ce fut le jour de la Pâque du Seigneur Christ, qui tombait en cette année le vingt-neuf du [mois de] Barmūdah[48], étant aussi le jour de la fête des idolâtres infidèles. Ils le cherchèrent avec empressement, et le trouvèrent au Temple ; ils se jetèrent sur lui, l’attrapèrent, et placèrent [une corde] à son cou[49] et le traînèrent à terre ; ils le tirèrent par les deux [extrémités], disant : « Tirons le bœuf à l’étable ». Son corps se brisait en pièces, s’attachait aux pierres des rues, son sang coulait sur la terre, et il glorifiait Dieu en disant : « Louange à Toi, Seigneur, qui m’as rendu digne de souffrir pour Ton saint Nom ; sa chair se dispersait, et se collait aux pierres ».

Vers le soir, ils le ramenèrent en prison jusqu’à ce qu’ils fussent convenus de quelle mort le faire mourir. Au milieu de la nuit, les portes de la prison fermées, les gardes endormis, et voici qu’un grand séisme et de violentes secousses se produisirent ; descendit à lui un ange du Seigneur du ciel, et entra auprès du saint, et lui dit : « Ô Marc, serviteur de Dieu, voici que ton nom est écrit dans le Livre de Vie[50], tu es compté dans la communauté des saints, ton esprit glorifie avec les anges aux cieux, ton corps ne périra pas ; il ne passera point sur la terre. » Lorsqu’il s’éveilla de son sommeil, il leva les yeux vers le ciel, et dit : « Je Te remercie, mon Seigneur Jésus-Christ ; et je Te demande que Tu me reçoives, pour que je jouisse de Ta bonne santé ».Puis ce discours prit fin. Il dormit aussi. Lui apparut encore le Seigneur Christ en la personne que connaissaient les disciples ; il lui dit : « Paix à toi, ô Marc évangéliste élu ». Le saint lui dit : « Je te remercie, Sauveur Jésus-Christ, qui m’as rendu digne de souffrir pour Ton saint Nom ».

Il lui donna la paix et s’absenta. Lorsqu’il s’éveilla, la foule se rassembla ; ils le firent sortir de la prison ; ils lui mirent une corde au cou ; ils dirent : « Tirons le bœuf à l’étable ». Ils le traînèrent à terre, et il remerciait le Seigneur Christ, et le glorifiait, et disait : « Je remets mon esprit entre tes mains, mon Dieu. » Le saint dit cette parole, et rendit l’esprit. Quant aux servants des idoles impures, ils rassemblèrent beaucoup de bois en un lieu nommé Angelion, pour brûler le corps du saint [en cet endroit] ; et voilà qu’advint, par l’ordre de Dieu, un grand brouillard et un vent violent, à tel point que la terre tremblait ; et beaucoup de pluies tombèrent ; beaucoup de gens moururent, dans la crainte et l’épouvante. Ils dirent : « Zeus vient sauver l’homme qui est tué ce jour-là ». La fraternité des fidèles s’assembla alors, et ils prirent le corps de saint Marc des cendres, sans qu’il eût en lui aucun changement ; ils le portèrent à l’église où ils avaient coutume de se sanctifier ; ils le lavèrent, l’enveloppèrent, et prièrent sur lui, selon ce qui était d’usage, et lui creusèrent un lieu et enfouirent son corps ; ils prirent son souvenir en tout temps, avec joie, rogation, et bénédictions, à cause de la grâce qui leur avait été départie par la main du Seigneur Christ, — dans la cité d’Alexandrie.

Ils le placèrent dans l’orient de l’église, au jour où s’accomplit son martyre ; il fut le premier martyr des Galiléens sur le nom du Seigneur Jésus-Christ à Alexandrie, dans les derniers jours de son existence, au vingt-neuf du [mois de] Barmūdah (dont c’est la deuxième période, des Égyptiens) qui correspond aux Calendes de Mai[51] (1ᵉʳ mai), mois des Romains, étant aussi le vingt-quatre du mois de Nīsān des Hébreux. Nous, les orthodoxes, nous offrons louange, sanctification et prière à notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, à qui soient la gloire, l’honneur et l’adoration, avec le Père et le Saint-Esprit vivifiant, consubstantiel, maintenant et en tout temps.[52]

 

Vie d’Anien, Patriarche, second du nombre

tirée des Vies de la sainte Église

 

Lorsque s’éteignit Marc l’Évangéliste, apôtre du Seigneur Jésus-Christ, Ananie (Anyānus) s’assit à sa suite comme patriarche. La fraternité des croyants en Christ s’était multipliée ; il fit d’eux des prêtres et des diacreset s’employa à leur charge vingt-deux ans ; il se reposa, la vingt-deuxième année du règne de Domitien (Dūmāniyūs), roi de Rome.

 

Milius, Patriarche, troisième du nombre

Alors se rassembla le peuple orthodoxe ; ils se concertèrent, et choisirent un homme nommé Milius ; ils le firent patriarche sur le trône de Marc l’Évangéliste, à la place d’Ananie. Ce Milius était homme de continence et de fermeté, ferme en la connaissance du Christ. Les peuples orthodoxes se multiplièrent en Égypte, dans les Cinq Villes et en Ifriqiya. Il demeura douze ans, et en ses jours l’Église fut en paix. Il se reposa le premier du [mois de] Tūt, en la quinzième année du roi susmentionné[53] ». Puis on apprit que les prêtres et les évêques qui étaient avant lui dans les contrées avaient été attristés du repos du patriarche ; ils s’étaient réunis à la cité d’Alexandrie, délibérant avec le peuple orthodoxe qui y demeurait. Ils jetèrent le sort pour connaître celui qui mériterait de siéger sur le trône de saint Marc l’Évangéliste, disciple du Seigneur Christ, après ce père Milius. Leur avis s’accorda avec l’appui du Seigneur Christ notre Dieu, sur un homme élu, craignant Dieu, du nom de Cédron.

 

Cédron, Patriarche, quatrième du nombre

Ils le prirent, ils l’ordonnèrent sur le trône d’Alexandrie ; il était chaste et humble dans la conduite de sa vie. Il demeura onze années entières dans son épiscopat, et se reposa le vingt-et-un du [mois de] Būnah, la neuvième année du roi Domitien[54].

 

Primus, Patriarche, cinquième du nombre

Et après cela, il y avait dans le peuple du Christ un homme nommé Primus (Ibrīmūs), chaste comme les anges, qui accomplissait de beaux actes d’ascèse. Ils se concertèrent à son propos, le prirent, et le firent asseoir sur le trône évangélique comme patriarche ; il demeura douze ans, et il y eut en ses jours paix dans l’Église ; il se reposa au troisième [du mois] de Misrā, en la cinquième année du roi Hadrien[55].

 

Juste, Patriarche, sixième du nombre

Après cela, le peuple se rassembla, et leur choix tomba sur un homme juste, sage, du nom de Juste ; ils le firent patriarche. Il demeura onze ans, et il se reposa au douzième du [mois de] Būnah, en la seizième année du roi Hadrien ; il fut enseveli auprès de son père[56].

 

Eumène, Patriarche, septième du nombre des Pères

Et après cela, on ordonna Eumène (Ūmānius) patriarche sur le trône d’Alexandrie ; il demeura treize ans, — Dieu agréa cela ainsi que le peuple —, et il se reposa le dixième de Bāba, la sixième année de l’empereur Antonin le Pieux[57].

 

Marcien, Patriarche, huitième du nombre des Pères

Or, lorsque le patriarche susnommé fut parti, le peuple se rassembla, et ils prirent un homme pieux envers Dieu, nommé Marcien ; ils l’intronisèrent comme patriarche, et le firent asseoir sur le trône de Marc le héraut de la bonne nouvelle ; il demeura neuf ans et quelques mois, — vie merveilleuse —, et il se reposa le sixième [du mois] de Ṭūba, en la quinzième année d’Antonin[58].

 

Céladion, Patriarche, neuvième du nombre des Pères

Il y avait en ces jours, dans le peuple, un homme aimé de Dieu, du nom de Céladion (Kilādiyānūs) ; le peuple orthodoxe et les évêques qui se trouvaient à Alexandrie en ces jours se réunirent ; ils le prirent, le firent patriarche, l’établirent sur le trône évangélique — et il était aimé de tout le peuple. Il demeura quatorze ans sous le règne d’Aurélien et de Lucius[59], les deux rois, et il fut enveloppé dans le linceul et enseveli auprès de son père, les Pères patriarches précités.

 

Agrippin, Patriarche, dixième du nombre

Puis le peuple s’assembla encore d’un seul accord, et ils eurent la main sur un homme craignant Dieunommé Agrippin (Aghribīnū) ; ils le firent patriarche et l’établirent sur le trône évangélique. Il demeura douze ans, et il se reposa le cinquième d’Amshīr, en la dix-neuvième année des rois susmentionnés[60].

 

Julien, Patriarche, onzième du nombre

Il y avait un homme, prêtre, sage, qui avait étudié les livres de Dieu, nommé Julien, cheminant dans la voie de la chasteté, du culte, et de la piété. Se réunit une assemblée d’évêques et de saints, avec le peuple orthodoxe, de la cité d’Alexandrie ; ils cherchaient dans tout le peuple, mais ne trouvaient pas le semblable de ce prêtre. Ils lui firent donc la main, l’installèrent, le firent patriarche ; il composa des homélies et des traités à l’usage des saints, et demeura dix ans. Après ce patriarche, on ne pouvait maintenir d’évêque à Alexandrie : il devint secret que l’on faisait sortir et ordonnait des prêtres en tout lieu ; le siège de Marc l’Évangéliste demeura vacant. Il se reposa le huitième [du mois] de Barmahāt, en la cinquième année de l’empereur Sévère[61].

 

Démétrius, Patriarche, douzième du nombre

qui est la quatrième Vie tirée des Vies de la sainte Église

Lors de la mort du patriarche Julien[62], l’ange du Seigneur lui apparut en songe, la nuit où se fit son décès, et lui dit : « Celui qui viendra demain t’apporter une grappe de raisin est ton successeur. » Or, au matin, vint à lui un homme paysan, marié, qui ne savait ni lire ni écrire : son nom était Démétrius (Dīmītriyūs), et il était sorti labourer sa vigne, où il avait trouvé une grappe de raisin hors de la saison du raisin ; il la remit, sous le pan de son vêtement, au patriarche ; aussitôt celui-ci dit au peuple[63] présent : « Cet homme est votre patriarche, ainsi que me l’a dit hier l’ange du Seigneur. » On le prit de force, on le lia d’une chaîne de fer, et on le reposa [sur le siège]. Le même jour, Julien se reposa. Ils firent patriarche Démétrius : la grâce divine se déploya sur lui ; il ressemblait à Joseph fils de Jacob. Il était marié, et c’est pour cela qu’il devint plus excellent encore que Joseph, car il n’avait point connu sa femme.

Et un homme disait : « Comment[64] admettre qu’un patriarche soit un homme marié ? Les apôtres n’ont-ils pas dit à leurs disciples dans leurs canons qu’un évêque qui a une seule femme ne peut pour cela être empêché ? — car l’épouse croyante, vertueuse, à la conduite pure, et sans tache, ni le patriarche — lui donc est évêque de la cité d’Alexandrie, à qui revient le gouvernement des évêques de ses terres, car il est successeur de Marc l’Apôtre, envoyé dans toutes les provinces d’Égypte, de la Pentapole, de Nubie et d’Abyssinie, toutes celles qui étaient échues dans la part du Père Marc, le prédicateur évangéliste, parce qu’il les avait reçues pour prédication évangélique. C’est pour cela qu’il faut que le jugement de l’évêque d’Alexandrie soit universel sur toutes. » Et ce peuple aimait ce patriarche et disait « il est le douzième de Marc le prédicateur, bien qu’ils ne fussent pas mariés, sauf celui-ci. » Mais ils étaient circonspects à son égard, et c’est parce qu’il avait ce don de Dieu.

Lorsqu’il célébrait la sainte [messe], et qu’avant que s’approchât quelqu’un du peuple, il regardait le Seigneur Christ placer le sacrifice entre ses mains ; et si s’approchait un homme indigne de recevoir les mystères, le Seigneur Christ le lui désignait ; il le blâmait et lui reprochait sa faute, et l’avertissait, et lui disait : « Écarte-toi de tes péchés que tu commets » ; alors il recevait les saints mystères. Il demeura longtemps ainsi, jusqu’à ce que les fidèles, à Alexandrie, craignissent de pécher par crainte de ce patriarche, et de peur qu’il ne les livrât à la confusion ; et chacun des fidèles disait à son ami ou à son proche: « Rentre en toi-même et rends-toi compte, de peur qu’il ne fasse ta honte en face du peuple. » Certaines gens disaient : « Comment un homme marié pareil à Joseph nous fait-il ainsi trembler ? Et encore : ce trône est le trône de la virginité, parce que celui qui s’y asseyait auparavant était d’abord vierge. » Mais certaines gens disaient : « Il ne manque ici rien, car le mariage est pur. » Dieu voulut faire paraître que ses vertus étaient telles qu’il manifestait ses dons — et il ne laissa pas ce grand mystère caché —, comme il est dit en Son Évangile saint, sorti de Sa bouche pure : « Une cité bâtie sur la montagne ne peut être cachée. »

Ce patriarche fit paraître ses vertus, afin que son peuple augmentât par lui en perfection. Cela lui advint parce qu’une certaine nuit l’ange du Seigneur vint à lui et lui dit : « Ô Démétrius, ne te cherche pas de salut, mais appelle ton proche — comme l’a dit l’Évangile — que le bon pasteur donne sa propre personne pour son troupeau. » Démétrius dit à l’ange : « Mon Seigneur, fais-moi savoir ce que tu m’ordonnes ; et si tu veux m’envoyer au martyre, je suis disposé à verser mon sang pour le Nom du Messie. » L’ange lui dit : « Écoute-moi, ô Démétrius, sache que le Seigneur Christ s’est incarné pour sauver Son peuple, et ce qui convient à toi maintenant, c’est de sauver toi-même seulement, car ce peuple doute de toi. » Démétrius dit : « Et quelle faute ai-je commise envers le peuple, mon Seigneur, pour que je fasse pénitence ? » L’ange lui dit : « Ce mystère qui est entre toi et ton épouse, fais-le paraître. » Démétrius dit à l’ange : « Mon Seigneur, je préfère mourir plutôt que de laisser personne connaître cela. » L’ange lui dit : « Il faut que tu fasses connaître cela. Ceux qui, parmi les livres, disent que celui qui n’obéit pas périra. »

Lorsque parut l’aurore, après l’achèvement de la sainte [liturgie], il réunit les prêtres et le peuple et leur fit connaître ce mystère qui est entre toi et ton épouse. L’ange lui dit : « Moi, je demande de Toi la mort avant moi, afin qu’elle ne sache aucun homme ce secret. » Puis l’ange disparut. Au matin, au jour de la fête de la Pentecôte, le patriarche sanctifia [le mystère], et ordonna au chef des diacres qu’il signalât aux prêtres et au peuple de ne pas sortir de l’église, et qu’ils s’assemblassent auprès du trône. L’archidiacre dit à l’assemblée : « Le patriarche vous dit à tous : Je veux vous entretenir, qu’aucun ne sorte de vous avant qu’il ait entendu ce que je dirai. » Lorsque la fraternité fut réunie, il leur ordonna de rassembler beaucoup de bois — ce qu’ils firent, dans l’étonnement, disant : « Que va faire le patriarche ? » Il leur dit : « Levez-vous, prions. » Ils prièrent, puis s’assirent ; et il leur dit : « Je demande à votre affection qu’on fasse venir mon épouse, afin qu’elle reçoive ta bénédiction. »

Ils s’émerveillèrent en leurs cœurs, et dirent : « Qu’est-ce que cet acte ? » Puis ils lui dirent : « Comme tu nous l’ordonnes. » Le patriarche commanda à l’un de ses serviteurs, et lui dit : « Invite mon épouse, la servante des saints, afin qu’elle reçoive ta bénédiction. » Arriva la sainte femme, et se tint au milieu des frères, et son époux le patriarche se leva et alluma beaucoup de charbons. Pendant qu’ils observaient, il prit dans sa main un charbon de feu, et en fit la plus grande masse, et les compta tous : aucun d’eux ne fut consumé dans le pan du vêtement. Il dit à son épouse : « Étends le pan de laine qui est sur toi. » Elle l’étendit, et le père patriarche prit le bois rassemblé par la foule — il brûlait debout —, leva [la braise], et lui ordonna d’être encens dans le giron d’elle. Ils firent tous de même ainsi, et elle ne fut pas consumée.

Le patriarche dit : « Une seconde fois, levons-nous, prions. » Le bois s’alluma au milieu des hommes et de la femme, et il ne se consuma rien de lui. « Avez-vous entendu maintenant, ô mes bien-aimés, ce merveilleux grand prodige : quand l’homme se fait eunuque par son propre choix, il est meilleur que celui qui est né eunuque. Et pour cela ceci, ce saint n’a pas été brûlé, ni rien de ses vêtements, ni même de son épouse, parce que la flamme de la concupiscence s’est éteinte en elle. Maintenant, abrégeons en parole et revenons à ce récit, et glorifions Dieu à jamais. Nous disons : lorsque les prêtres virent le patriarche prier en ton saint, de leur faire connaître ce mystère étonnant, il leur dit : « Écoutez maintenant ce que je vous dis : moi, j’ai fait ceci à la demande de beaucoup de gens. Moi, mon âge atteint aujourd’hui soixante-trois ans, et mon épouse que voici devant vous, est la fille de mon oncle paternel. Son père est mort ainsi que sa mère, elle a été laissée orpheline ; mon père est entré, et moi avec lui ; je n’avais pas de fils autre que moi, ni ma mère n’avait-elle de fils autre que la fille. Je me suis uni à elle en une seule maison, jusqu’à ce qu’elle atteignît quinze ans. Mon père voulut marier, ma mère aussi, de leurs enfants.

Elle entra auprès d’elle alors ; elle dit : « Comment avait-on repoussé, et qu’est-elle ma sœur ? », et je lui ai dit ce que je l’ai dit : « Il faut qu’on vive en cet endroit, que nous ne nous séparions pas jusqu’à la séparation de la mort entre nous, sans qu’il y eût entre nous aucune chose[65]. Quand la mort nous distingua ici, et que nous demeurâmes ici, en pureté, nous nous réunirions dans les cieux, et que nous nous abreuverions les uns les autres dans la félicité durable. » Lorsqu’elle entendit cela de moi, elle baisa mon front, et demeura mon corps pur, et ne me revint plus mon père ce qui était entre nous. Les appelés aux noces firent ce que l’usage fit à l’état de la noce — ainsi que des œuvres des gens du monde faites. Elle leur dit : « Moi, ces enfants et leurs jours nous précèdent depuis longtemps et se conservent dans ce que nous avons. » Lorsque sont morts mes deux parents, père et mère, nous sommes restés tous deux orphelins ; elle était à moi, et cela depuis quarante-huit ans, et nous avons dormi dans un seul lit, un seul drap et une seule couverture sur nous deux.

Et le Seigneur qui connaît les vivants et les morts, connaisseur des secrets des cœurs et Lui qui sait, jamais je n’ai su qu’elle était femme, ni elle n’a su non plus que je suis un homme ; mais certains de nous regardaient le visage de l’autre, et nous couchions dans un seul endroit et nous unissions ; ce monde ne nous a même pas connus du tout. Et quand nous étions tous les deux ensemble, nous vîmes une personne semblable à un aigle qui volait et descendait sur le lieu de notre couche entre elle et moi ; il mettait son aile droite sur moi, son aile gauche sur elle jusqu’au matin il s’éloignait ; nous le regardions[66] jusqu’à ce qu’il disparût. Et ne pensez pas, ô fraternité, et [vous] peuple aimé de Dieu, que je vous aie fait connaître ces mystères en voulant la gloire de ce monde périssable, ni que je vous aie informés de ma propre initiative, mais par ordre du Seigneur, qui m’a ordonné par cela qui veut le bien de tous les hommes, à savoir le Christ Sauveur. » Lorsqu’il leur dit cette parole, ils se prosternèrent tous, le visage contre terre, et dirent : « Certes, toi tu es notre père, bien excellent par-dessus beaucoup des gens de la piété : le Seigneur t’a eu en pitié, puisqu’il t’a fait notre chef — nous te rendons grâces ! »

Il les bénit, appela sur eux la bénédiction, et leur donna congé ; ils s’en retournèrent à leurs demeures rendant grâces à Dieu. Après cette affaire, il ordonna à la femme qu’elle s’en allât à sa maison. Vous êtes-vous émerveillés, auditeurs, de cette merveille ? Et ce Père saint demeura avec cette épouse belle et vertueuse toute cette durée, avec patience, car ils sont ces [gens] mariés à présent encore, qui commettent l’adultère et disent : Nous sommes chrétiens ! Voici maintenant qu’ils viennent et entendent le Père Démétrius le patriarche, qui dit : Je ne connais mon épouse que de visage seulement — et ils s’émerveilleront, et se confondront devant ce Père saint, combattant, mortifiant les pensées charnelles. Quelle merveille : comment son cœur ne s’est-il pas troublé, regardant cette belle et vertueuse femme ! Comment ne l’a-t-il pas pressée de sorte que son corps, si doux, tendre, de la tendresse du corps ! Que j’admire ta parole, saint, en la douceur ! Ne te confonds pas avec celui qui lance les traits — je veux dire Satan — lui qui vise tous les hommes ! Moi, pareil à tous les hommes, je vous dis la réponse : Quand je me troublais et que montaient à mon cœur de la pensée rétrograde, je me souvenais du pacte que j’avais conclu avec le Christ, et je m’en corrigeais, et lorsque j’entrais à l’église des saints, et aussi quand je voyais la belle stature de son corps et sa douceur, je me souvenais des corps qui se décomposent dans les tombes et dont la puanteur se répand. Je préservais mon âme d’une parole étrangère, me tenant sur mes gardes, par la crainte du feu qui ne s’éteint point[67], et du ver qui ne meurt point, et de la ténèbre éternelle.

Ô mes bien-aimés, ce Père a été élu par Dieu dans sa lutte, et son courage, plus vaillant que l’homme qui tue les lions selon la parole de quelques maîtres : « Ce n’est pas le courageux qui tue le lion, mais c’est celui qui est pur de la couche de la femme et des pièges des femmes. » Heureux ce saint, parce que Dieu Très-Haut l’a placé au même degré que Joseph fils de Jacob[68] quand il était dans la maison de l’Égyptienne ; il discourait avec elle en tout temps, tenant ferme et lui répondant : celui-ci combattait ses pensées jour et nuit, et ainsi s’accomplit son combat, et il préserva sa virginité et sa foi droite.

Il demeura quarante-trois ans patriarche. Il advint à Alexandrie un grand tumulte ; le roi Sévère le relégua en un lieu nommé cité d’Amūsayn[69] ; il s’y reposa le douzième [du mois] de Barmahāt — et l’on pense que c’est le jour de l’apparition de sa consécration. Et il fut martyrisé, aux jours de l’empereur Sévère (Sūryānūs), beaucoup d’entre eux, martyrs : c’était un homme nommé Origène (Burjānus)[70], qui avait enseigné des sciences profanes, avait rejeté les livres de Dieu, et commencé à s’élever contre lui. Quand le Père Démétrius l’apprit, il le vit au milieu de la foule qui s’égarait avec lui, à son mensonge.L’écarta-t-il de l’Église ?

Quant aux martyrs, ce sont Plutarque (Arīlās) et Flāṭarkhus et Sérénus (Serīnūs) — on les brûla vifs ; Héraclide (Ibrāklāda) et Héron (Arūn), on leur prit les têtes ; et ainsi aussi Sīrīn[71] ; et les deux femmes Basilidès (Isīlīts)[72] et Potamienne (Afṭūmāyinā)[73], après qu’elles eurent subi une grande peine et combat intense : elles furent le père des rois, Ūsābiyūs et Maqāryūs — c’est-à-dire le sort d’Iqlāwūd, Basṭus et Tādurus l’Oriental — tous ces martyrs étaient proches les uns des autres. L’un d’eux s’appelait Ikilā et il fut Basilide (Bāsīlīts), du corps des soldats, qui s’avançait par son propre choix. Lorsqu’on l’interrogea : « Pourquoi agis-tu ainsi ? », il dit : « Je suis chrétien, parce que j’ai vu, il y a trois jours, en songe, une femme m’apparaître qui a placé sur ma tête une couronne, de la part de Jésus-Christ. » De même il reçut la couronne du martyre. Ainsi aussi furent martyrisées beaucoup de gens. Et une autre femme du nom de Potamienne, leur apparut en songe et les appela à la foi dans le Seigneur Christ jusqu’à ce qu’ils reçussent les couronnes du martyre.

Vint à Alexandrie un gouverneur à la place de Fanṭanus[74] : son nom était Iqlāmus, qui était gouverneur en ces jours. Ce Iqlāmus composa un livre, par sa propre initiative, dans lequel il annulait les chronologies. Puis un homme juif — scribe juif, qui lisait le livre de la prophétie de Daniel — dès la dixième année du règne de Sévère, faisait courir les années et les chronologies jusqu’au temps de l’Antéchrist par son propre choix, et il disait que s’approchait l’heure, par les actes de Sévère, le roi ennemi. Lorsque vit Origène que le Père Démétrius avait une part de ce qu’il fit, à cause de ce qui ne convenait pas — qu’il s’agisse des livres de la magie —, il les rejeta. Il mit à part les livres des saints, et il composa beaucoup de livres dans lesquels il parla contre beaucoup d’entre eux[75], blasphémant le Père, le Fils et le Saint-Esprit : que le Père a créé le Fils, et que le Fils a créé le Saint-Esprit ; il ne disait pas que le Père, le Fils et l’Esprit-Saint sont un Dieu unique, et que la Trinité n’est pas impuissante à rien, mais qu’elle est puissance d’une seule substance[76]. En raison de sa mauvaise doctrine, l’Église le repoussa, quand il devint un étranger à elle — non des enfants de ceux-ci, et s’adonna à ses propos. Lorsqu’il fut chassé d’elle et que cessa sa classe[77], il sortit d’Alexandrie et s’en alla à la Palestine ; il finit par obtenir, par ruse, le degré du sacerdoce : il fut ordonné prêtre de la main de l’évêque de Césarée de Palestine. Puis il revint à Alexandrie, et espéra qu’il s’accomplirait en elle le sacerdoce de ce qu’il voulait ; mais le Père Démétrius ne l’accepta pas, et lui dit : « Le canon apostolique des Pères exige que le prêtre ne quitte pas l’autel sur lequel il a été consacré : qu’il s’en retourne au lieu où je l’ai partagé en l’évêque et qu’il y serve comme il est abaissé en son rite ; quant à moi, je ne résous le canon de l’Église, en raison de la lutte des gens ; pour lors, il demeura rejeté. Cela se passait avant que le Père patriarche ne sût le blasphème et l’hérésie de Démétrius. Cela devint un doute pour toute la foule ; car il s’était fait enseignant de lui-même, et n’était pas digne d’être disciple [d’autrui]. Pour ce qui est de Sévère le roi, il régna dix-huit ans comme souverain, puis mourut, et régna après lui Antonin son fils.

Après cela apparurent un peuple robuste par l’appui du Christ[78]. L’un d’eux s’appelait Alexandre le Confesseur, et il devint évêque à Jérusalem, après qu’il eut été tourmenté. Et cet homme Tūkhīsūs accomplissait beaucoup de merveilles en sa vie : jusqu’à ce qu’il advînt qu’une fois l’Église n’avait plus d’huile pour les lampes ; il leur ordonna de verser de l’eau — c’était le vendredi de la Pascha — il pria et fit un signe de croix, et l’eau devint huile, et ils allumèrent les lampes. Il fit plusieurs autres. Tout homme qui le vit en rendit témoignage. Un homme vint à nous en témoigner, et nous reçûmes de lui son récit, à côté des hommes de confiance. Il fit lever un peuple par sa bonne nouvelle, voulut le tuer et mentit sur lui, et en jura. Mais qu’il fît ce méchant acte, advint à l’un d’eux que le feu tomba sur lui de sorte qu’il mourut ; à un autre, [le feu] descendit en ses entrailles, et il mourut ; un autre fut frappé d’affaiblissement en son corps, et un autre devint aveugle. Les gens reconnurent leur mensonge ; ce qui parut de sa sainteté. Il devint évêque. Il ne lui vint rien de mal, parce qu’il avait été transgresseur par la sagesse, connaisseur par le Christ. Or ses affaires étaient qu’il avait fui l’Église, réfugié au désert, parce que le peuple s’était divisé, et certains l’avaient chassé. Ses yeux ne virent point sur l’état qui à tout regard, et il s’épargnait les opposants à sa croyance et à leur foi mensongère sur lui. Le premier d’entre eux mourut, et ses maisons furent toutes brûlées, et le feu ne s’étendit pas à lui ; un autre fut frappé d’une douleur à la tête jusqu’à ses pieds, brûlure grave, main de l’autre poussa à ce qu’il fit d’elle.

Dieu Lui-même se manifesta à son merveilleux, ayant pitié. Il confessa sur lui-même devant tous de la mauvaise action que l’un d’eux avait faite au saint évêque : il mangea son cœur, se repentit et pleura, parce que ses yeux avaient perdu la lumière, et que s’était éclipsé cet évêque : il s’était caché au désert, et on ne sut pas sa place, jusqu’à ce que longtemps après l’état s’imposât par la vacance de l’Église, qui était évêque sur elle, pour le diriger. Ils l’institouèrent : c’était un homme nommé Dīwus, et il siégea sur son siège peu de temps, puis se reposa, et il fut ordonné à sa place un autre nommé Kamānyūn. Puis, après cela, le Père saint Tūkhīsūs se leva d’entre les morts comme s’il se levait, et ils lui demandèrent de revenir à son siège (28). Le peuple s’en réjouit d’une grande joie. Lui avait enlevé son âme à la patience et la grâce qu’elle méritait auprès de Dieu : il ne revint jamais plus au service de sa chaire. Quant au patriarche d’Alexandrie susnommé, lorsqu’il était sur son siège — et un ange de Dieu lui apparut en songe, qui lui ordonna d’aider Tūkhīsūs et de servir Dieu, parce qu’il l’avait fait évêque en Cappadoce, en premier, puis il vint à Jérusalem en ce temps-là pour prier. Il vit les lieux sacrés qu’il désirait voir, fit la tournée des lieux bénis, tous, et décida de revenir en Cappadoce son pays. Mais la fraternité l’en empêcha et il apprit en songe, et ils entendirent en leur assemblée une voix qui disait : « Que l’homme qui entrera le premier par la porte de l’église, faites-le venir à vous, rencontrez-le : ils le firent évêque.

Alexandre devint ainsi le confesseur ; ils s’en attachèrent à lui. Il refusa ce qu’il faisait, fut contraint de force, en présence d’une foule des évêques du pays de Jérusalem, et sur un avis unique, et accord unique. Écrivit Alexandre ses livres qu’il avait émis, puis se rétracta, et reconnut en eux qu’Origène, et lui-même, étaient [tenants] d’une seule foi et d’un seul accord, dans l’église de Jérusalem ; en tous ses livres il dit : « Origène vous salue ; il est celui qui m’a précédé dans l’épiscopat en ce lieu, et il est maintenant avec moi, me soutient et me fortifie par ses prières, résistant à ce service, puisqu’il a demeuré cent seize ans en ce service, et moi je demande à vous d’être avec moi d’un seul cœur. »

Et parmi eux était un homme nommé Sérapionqui était devenu patriarche à Antioche, et son ordination fut et il fut marqué Asclépiade le Confesseur. Son degré fut exalté en son temps ; Alexandre fut scribe des gens d’Antioche, leur cause et leur dire : Ainsi Alexandre serviteur du Confesseur, à Jésus le Christ, écrit-il à l’Église sacrée d’Antioche pour se réjouir dans le Seigneur par la main du saint prêtre vénérable Clément (Aklīmunṭus)[79]. — « Ô mes frères, je vous aime de devancer Asclépiade, car lui est méritant de cette honneur ». Il écrit aussi à eux un livre ; en lui il dit que : un homme juif du nom d’Origène a fait un livre et l’a attribué à Pierre chef des disciples. Il y a rapporté un discours mensonger[80]. Méfiez-vous de vos âmes vis-à-vis de ces livres, car nous accueillons Pierre et le reste des disciples comme celui qui accueille le Christ, à cause d’eux, témoins [du Christ] et auditeurs de sa parole ; quant aux livres menteurs, nous ne les acceptons pas, bien plutôt nous nous en écartons, parce qu’il n’y a en eux rien de l’enseignement de nos pères. »

Quand parvint à eux le prêtre les livres, il leur dit : « Tenez-vous ferme en la foi droite, et ne revenez pas au livre vain qui est attribué à Pierre, car c’est un mensonge et un égarement, et en lui commence la création. Voici pourquoi je suis venu à vous en hâte. » Et nous avons su que cet Origène le juif avait corrompu une foule par ses livres, et qu’ils étaient devenus adversaires, parce que cet opposant avait composé beaucoup de livres, a commenté certains d’entre eux dans la sīra, et il ne nous en reste rien à approfondir[81]. Quant au père patriarche d’Alexandrie, saint Démétrius — bien qu’il fût manifestateur des sciences et de la sagesse, lui qui fut illettré, ne lisait ni n’écrivait, et que tous ses enfants fussent chargés de ce qu’il était mal-à-l’aise quand il eut vieilli, et qu’il eût grandi dans le fouillis des sciences et des livres divins, au point qu’il fût porté à l’Église en un hangar, et qu’il ne manquât jamais aux enseignements — du matin à la nuit, pour la fraternité et les passants, qui vinssent à lui — et aux collecteurs, pour qu’ils profitassent [de lui] pour leurs enseignements. — Ainsi il désigna Héraclas[82] comme son successeur, qui était un homme élu, connu pour ses connaissances en les enseignements de l’Église et la science de la parole de Dieu et gardant les canons de l’Église.

Lorsqu’il vit Origène que l’Église l’avait refoulé et éloigné, il passa aux juifs, leur interpréta une parole des livres hébreux, en sens contraire de sa véritable direction, et cacha ce que les prophéties des prophètes contenaient sur le Seigneur Christ, de sorte qu’il en vint à mentionner l’arbre dans lequel fut le bélier attaché par ses cornes, attaché à Abraham le Galiléen — il l’interpréta sur son propre mode : qu’il serait le modèle du bois de la Croix, cachant son souvenir et l’ôtant. Il composa beaucoup de livres mensongers, qui n’avaient aucune validité ; il en était aussi un adversaire du nom de Symmaque (Samākhus)[83] : il fit paraître de lui beaucoup de schismes; il dit que le Christ est né de Marie et de Joseph ; il niait la puissance de la naissance étonnante, et que le Seigneur Christ naquit sans douleur ; ainsi serait-il né d’une Vierge sans douleur, qui est Dieu, l’homme étant en vérité — l’un étant l’un de deux —, et en désaccord avec l’Évangile véridique, ainsi que Matthieu en témoigne au sujet de la naissance, ayant dit : « Les portes du Jugement ne prévaudront pas. » Et cet opposant paraissait chrétien, affirmant qu’il était sage ; il a lu déjà les livres des Sabéens et des Mutazilites. Puis il vit Origène, et il égara une foule parmi les étrangers.

Il y avait en ce temps-là un homme vertueux, saint, excellent d’esprit, à la sagesse éclairante : son nom était Ammonius[84]. Il lui répondit et en manifesta le mensonge. Et ce qu’on dit des livres, contre ce qui convient, et leur mensonge, — puis Origène passa à la Césarée de Palestine, où il y avait un prêtre ; et il vint à Alexandrie avec des livres de la pénitence. Le Père Démétrius ne l’accepta pas, et le chassa quand il connut son obstination, et il fit passer en un lieu qu’on nomme — de ce trône à Thmuis (Tla-banā) — et il le nomma sur son évêché. Son nom était Amūna ; il l’envoya à l’une des Églises. Quand la chose parvint à Démétrius le saint, il devint intentionné à elle et exila Origène, retrancha l’évêque Amūna qui l’avait précédé et lui avait ouvert [les portes], et il constitua évêque à sa place. Il apprit qu’avant ce cas, il connaissait son état, et son mensonge, et il plaça à sa place un évêque nommé Fallās. C’était un homme craignant Dieu, croyant. Quand il s’assit sur le trône, Amūna fut en vie. Mourut Amūna. L’évêque Fallās susmentionné s’assit, et fut martyrisé après un certain temps, et alla au Seigneur dans la paix. Quant à Origène, le chassé, il passa à la ville de Césarée de Palestine et devint évêque saint. Il écrit là-bas comme évêque. Le Père Démétrius écrivit alors à Alexandre l’évêque de Jérusalem. Il lui dit : il nous est parvenu un fugitif insolent en un lieu dans lequel se tiennent les évêques ; et il écrivit à l’évêque de Césarée nommé Tūqṭusṭus le blâmant et l’accablant par les choses ; et il disait ce que nous avions supposé : que cela fût en Césarée sur cet évêque. Et nous avons trouvé dans les livres de celui-ci (30) Origène disant que le Fils est créé, et le Saint-Esprit aussi. L’évêque de Césarée refusa [alors] le livre du Père Démétrius dans l’Église à l’évêque de Jérusalem, parce que il lui avait transmis son mandat ; Origène sépara, il sortit de la chaire de Césarée et il alla honteusement à Alexandrie.

Lorsque changèrent les rois de Rome, et d’Antioche, et de Perse — nous abrégerons pour ne pas nous étendre à les exposer —, fut ordonné à Antioche un patriarche nommé Fīlās. Apparut en ses jours un adversaire, faisant paraître de lui-même, et il écrit des livres. Fīlās mourut. Ils firent à sa place à Antioche un patriarche nommé Zāwīnus. Il ordonna que les livres de cet opposant ne fussent pas lus, non plus que les livres d’Origène qu’il avait exilé d’Alexandrie, parce que ses livres avaient circulé et il dit aux amateurs des livres, qu’ils lussent les livres dont les noms suivent : les livres antiques, cinq livres de la Tôrā, le livre de Josué fils de Nūn, le livre des Juges, le livre de Ruth la Moabite, le livre des Rois, le Paralipomènes[85], le livre d’Esdras, les Psaumes de David le Prophète, le livre de la Sagesse de Salomon, le livre d’Isaïe, le livre de Jérémie, le livre d’Ézéchiel, le livre de Daniel, le livre de Job, le livre d’Esther, le livre de Samuel, le livre des Paroles de Sira, le livre des Douze Petits Prophètes.

Puis les livres nouveaux : L’Évangile de Matthieu, qu’il rédigea en hébreu sur parchemin, chez Thomas, en Césarée, chez un homme, et sa postérité le conservèrent jusqu’à une génération après lui, puis on l’expliqua en romain, et il fut traduit en toutes les langues par la puissance du Seigneur Christ. L’Évangile de Marc, qu’il rédigea en romain — il était auprès de Pierre chef des apôtres là-bas, et il le lut dans l’assemblée des rois, aussi. L’Évangile de Luc, disciple de Paul, rédigé en grec à Antioche. L’Évangile de Jean fils de Zébédée, que lui demandèrent les disciples après maintes questions, de l’écrire en grec à Éphèse. Le livre des Actes des Apôtres et des disciples, qui est le livre de l’Ekklèsia. Le livre des Lettres de Paul l’élu, soit quatorze lettres. Le livre de l’Apocalypse de Jean l’Évangéliste, qui est l’Apocalypse.

Le livre Didascalie, qui est les enseignements des Apôtres, et les canons ecclésiastiques que les disciples rédigèrent avant leur dispersion pour la bonne nouvelle. Voici les livres transmis à l’Église apostolique universelle, et après [les Apôtres] écrivirent les Pères docteurs qui les ont établis, selon la direction de l’Esprit-Saint, qui sont les Homélies et autres ; ils n’ont rien ajouté sur ce qu’ils ont examiné sur elles, et ils n’ont rien omis. Quant aux livres qu’a écrits Origène l’opposant, ils sont rejetés par Dieu : rien en leurs livres n’est écrit avec l’Esprit-Saint. Ainsi l’a dit Paul l’Apôtre : « Nous n’avons pas reçu l’esprit de ce monde, mais l’Esprit que nous avons reçu de Dieu. » Et quant au Père vénérable, Démétrius, il demeura quarante-trois ans et se reposa ainsi que nous l’avons indiqué.

 

Vie d’Héraclas, Patriarche, treizième du nombre

qui est la cinquième Vie tirée des Vies de la sainte Église

 

Ce Père vivait au temps du patriarche Démétrius, instruisant dans l’Église, glorifiant Dieu par les sciences divines ; et c’était Brémilianus (Brīliānus) l’évêque de Césarée[86] (de Cappadoce) chez qui Origène s’était mêlé. Il demeura un temps avec les juifs. L’empereur d’Alexandrie était Rūmiyya [sic] ; il fut treize ans roi ; et régna après lui Maxime César, qui suscita contre les premiers de l’Église une persécution particulière, parce qu’ils étaient les maîtres des enfants du baptême. Beaucoup furent martyrisés en ses jours ; Maxime régna quelque temps, et Kadyānus régna à Rome, où il y avait un patriarche nommé Pontien (Būnṭīyūs), qui demeura six ans et mourut ; après lui devint patriarche Antérus (Anṭarūs) un mois, un jour — on lui demanda de sortir de chez lui, et on trouva dans le désert un homme qui faisait la merveille étonnante qui se manifestait en lui, et en qui étaient descendues les faveurs de l’Esprit-Saint comme la colombe ; ils le prirent, le firent patriarche de Rome. Se reposa Zābīnūs à Antioche, et fut établi à sa place Aurélien (Awrīlās) ; puis fut fait Héraclas patriarche d’Alexandrie après Démétrius, et il fut méritant de se consacrer à ce service.

Or, en lui se tournèrent les regards pour les jugements à Alexandrie, et il porta [son choix] sur Denys ; il lui remit toutes les affaires de son patriarcat — ce dernier étant de race illustre, maître avancé dans l’éducation à Alexandrie, et la cause de son appel et de son entrée dans la foi orthodoxe a été ainsi rapportée : ce Denys était un homme qui servait les idoles selon l’opinion des Sabéens avancés, et il était également sage. Tandis qu’il siégeait un certain jour, vint à lui une vieille femme veuve, qui portait un cahier transcrit des épîtres de Paul l’Apôtre. Elle lui dit : « Veux-tu me l’acheter ? » Il le prit, en lut une partie, et il lui parut merveilleux ; cela le frappa d’une impression immense, son cœur se troubla ; lorsqu’il l’eut compris, il en fut ravi au plus haut point, et s’en réjouit. Il dit à la vieille : « Que demandes-tu ? » Elle répondit : « Trois qarārīṭ[87] ». Il les lui donna, et dit : « Va, vois l’endroit où tu as trouvé ce cahier, et rapporte-m’en le complément. » Elle repartit. La vieille posséda le cahier elle lui en donna le prix qu’elle voulait ; elle revint avec trois autres cahiers — il les lui prit, lui donna neuf qarārīṭ, et dit : « Reste-t-il chez toi du livre ? » Elle répondit : « Il en reste chez moi. » Il lui paya six autres dinars.

Alors la vieille vit sa probité et son sérieux, et sut que la grâce de l’Esprit-Saint s’appliquait à sa lecture, et qu’il ne se lassait pas des cahiers. Elle se dit en elle-même : « Va à l’Église, demande aux prêtres qui ont achevé le livre : ils te le payeront pour qu’il le lise. » Elle alla le dire aux gens d’Église qui lui conseillèrent : « Il n’y a aucun interdit à ce qu’un homme le lui demande ; bien plutôt, qu’il lui paye ce qu’il veut. » Alors passa chez Augustus l’un des serviteurs de l’Église, qui lui paya les épîtres de Paul complètes ; il les lut et les mémorisa par la force de l’intelligence et la rétention divine, et s’en alla à Démétrius le patriarche[88].

Il lui demanda le baptême, reçut son approbation, et Démétrius lui octroya la grâce. Il devint assidu dans l’Église. De maître des Sabéens idolâtres qu’il était, il devint maître dans l’Église ; il eut beaucoup de disciples, et remplaça ses enseignements premiers. Il prit pour lui la récompense à venir, l’éternité ; le Seigneur l’éleva sur le grand trône après cela en remplacement de sa famille, et fit de sa maison une Église — qui est jusqu’à ce jour nommée de son nom. Il eut pour disciples, nommément : Théodore et Grégoire (Wāghrīghūryūs)[89] et Athénodore (Waṭnāḍūrus)[90] — il leur enseigna la sagesse profane en premier lieu, puis, au moment de leur baptême et de leur admission, il les transféra à la sagesse ecclésiastique, jusqu’à ce qu’ils fussent remplis de la grâce de l’Esprit-Saint. Il les garda avec lui cinq années après leur admission ; puis ils reçurent le degré du sacerdoce. Il eut pour disciple aussi un autre nommé Julius Africanus (Afrīqūs)[91]. Il écrivit cinq livres et y peina. Lorsque le maître Héraclas en fut informé, le patriarche, il passa à Alexandrie pour apprendre de lui ; et Denys disait à Jean : « Toute bête mange l’herbe, mais n’en profite point ; et tout homme qui ne mange pas la nourriture spirituelle est un mort[92] — j’étais quant à moi préoccupé par la nourriture temporelle périssable, et négligeant le pain de vie subsistant, jusqu’à ce que le Seigneur m’y guidât. » Le disciple fut attiré par cette parole, à l’enseignement céleste, jusqu’à connaître la vérité des deux généalogies du Christ dans les évangiles de Matthieu et de Luc — et il n’y trouva rien ensuite [qui fît obstacle]. Héraclas demeura treize ans, se reposa le huitième [du mois] de Kīhak, et rejoignit ses pères.

 

 

 

Vie de Denys le Sage, Patriarche, quatorzième du nombre

qui est la sixième Vie tirée des Vies de la sainte Église

 

On marqua comme patriarche, après Héraclas que nous venons de mentionner, et les Églises ainsi que les fidèles se multiplièrent en ses jours. Ses enseignements au sujet de Dieu furent rendus publics. En ce temps-là on publia des doctrines contre lui dans les contrées d’Arabie[93] : que l’âme meurt avec le corps et ressuscite avec lui au jour de la Résurrection. L’Église sainte se tint à distance de cette doctrine. Après qu’elle fut réunie en concile pour l’examiner, apparut aussi une autre doctrine isolée ; puis elle s’effondra, par l’aide de Dieu Très-Haut, qui demeurait sur le royaume de Philetus[94] qui régna sept années ; et régna après lui Dèce — il y avait entre lui et Philetus une grande inimitié —, qui suscita contre l’Église des tribulations nombreuses.

Fut martyrisé Fābiyānus[95] le patriarche ; à sa place fut institué Corneille (Qūrnīliyūs). De même Iskandarūs[96] patriarche de Jérusalem confessa [sa foi], manifesta sa constance devant les hérétiques, fut jeté en prison et s’y reposa, après avoir enduré de rudes choses. C’était un homme de sainteté, de patience, de lutte, don très grand, qu’on entendit confesser et glorifier dans la prison, jusqu’à sa mort ; après lui siégea un patriarche nommé Mazabanès (Masawīyānūs) ; le patriarche d’Antioche Awrīlās confessa aussi, fut emprisonné et se reposa dans la prison, et s’assit Fabius (Fāwiyūs). Quant à Denys le patriarche — je rappellerai ce qu’il a subi, Dieu m’en rendra témoin — Dèce roi de Rome le chercha d’une grande poursuite, mais Dieu le cacha à lui, sans qu’on sût où il était ; après quatre jours Dieu lui ordonna de déménager, il s’enfuit, ainsi que ses disciples et un grand groupe de frères, à pied. Or, lorsque le jour avança et que nous approchâmes de notre but, les soldats nous prirent. Après quatre jours, se trouva sauvé l’un de ses disciples, nommé Ṭibāṭāwus, qui atteignit la maison, rencontra l’agriculteur, et lui dit : « Quelles sont tes nouvelles ? » Celui-ci lui apprit la nouvelle du patriarche, et qu’il avait été pris avec ses compagnons. Lorsqu’enlevèrent les soldats Denys le patriarche, ils le montèrent sur un âne nu, ainsi qu’il l’a lui-même raconté, et ses disciples marchèrent avec lui. Fabius (Fāwiyūs) écrivit à Denys, patriarche d’Antioche, pour l’informer de la situation des martyrs qui avaient subi à Alexandrie au temps de Dèce.

Il narra leur histoire jusqu’à la mention d’un homme, vieillard, nommé Miṭra : ils le prirent, lui ordonnèrent de sacrifier aux idoles, il refusa ; ils le battirent durement, lui cassèrent le visage avec des roseaux, puis le firent sortir hors de la ville et le lapidèrent jusqu’à ce qu’il se reposât. De même d’une femme fidèle : ils la présentèrent pour qu’elle adorât les idoles, elle s’y refusa ; ils la battirent, la dépouillèrent, lui lièrent les pieds et la traînèrent sur les pierres jusqu’à ce que sa chair se fût rompue et que son sang coulât à terre dans les rues, tout en la tirant hors de la ville et en la tuant là ; ils la jetèrent ; ils revinrent aux maisons des croyants, les saccagèrent, y prirent ce qui s’y trouvait d’or, d’argent, de meubles. En ce temps se fit un martyr alexandrin qui prit sa couronne avec joie ; nul ne pouvait même paraître connaître Dieu. En ces jours aussi fut prise une autre jeune fille vierge fidèle, dont le nom était Apollonie (Abūnya)[97] : on lui brisa toutes les dents, on la brûla au feu, vivante, hors de la ville, car ils n’admirent point qu’elle blasphémât, et elle ne renia pas le Seigneur Christ, mais endura cela et rendit son âme. Ils prirent un autre, nommé Sārābiyūn, le torturèrent cruellement et firent [le pire] : tantôt le jetèrent du haut d’un toit, lui consumèrent les os ; il fut martyrisé. Il n’y eut pour les fidèles ni asile, ni retraite, ni jour ni nuit ; cela ne cessa point durant de nombreuses [années]. Ce fut là l’acte du roi Dèce, qui martyrisa des innombrables : on prit aussi le vindicatif Awliyānūs, un homme au corps énorme et au gros ventre, qui ne pouvait se tenir debout, et avec lui deux autres hommes, et on les conduisit à l’étage.

L’un des deux nia [sa foi] ; l’autre, qui était cheikh, confessa. Ils furent brûlés dans la ville ; il y avait une foule nombreuse pour assister au châtiment. On en saisit un autre, il cria et dit : « Ô Seigneur, accepte-moi auprès de toi vite ! » Sa tête fut aussitôt tranchée, et il fut brûlé. Deux autres frères furent martyrisés avec lui, et un autre nommé Alexandre avec un groupe qui l’accompagnait, qu’on traîna à la prison ; on les en fit sortir ensuite et ils furent tués. Une femme laissait ses enfants ; ils les tuèrent. Une autre femme fidèle aussi, par ardeur pour sa religion, à laquelle s’opposa le gouverneur, qui la tua également. Un groupe nombreux, innombrable, eut le courage du martyre au nom du Seigneur Christ avec une grande joie, à l’instar de celui qui va aux noces. De même aussi un groupe des villes et villages fut martyrisé. Une grande foule erra dans les montagnes, un grand nombre fuyait les hérétiques ; beaucoup moururent de faim, de soif et de chaleur. Un cheikh évêque de la ville nommée Māliyaḥ, de la région d’Égypte, s’enfuit, accompagné d’une femme. Ses poursuivants ne le trouvèrent pas ; ils n’en surent rien ; mais un groupe d’agents chargés de le prendre le saisit. Ils furent arrêtés en l’absence d’un [fuyard] ; on leur imposa de revenir, mais ils s’y refusèrent. Telle est l’ampleur de la peine, moi Denys le patriarche, que je te dis en toute vérité, ô mon frère Fabius (Fāwiyūs), toutes les tribulations qui nous ont enveloppés, nous les avons supportées, et nous avons rencontré [Dieu]. Et celui qui a mérité le royaume, tout ce que je t’ai dit, mon frère, par la peine de sa face, au Nom du Seigneur Christ.

Ceux qui niaient, dans l’intensité de cette épreuve, revenaient à nous ; nous les accueillions avec la joie de celui qui se réjouit de la pénitence du pécheur, ne voulant pas la mort du pécheur, mais qu’il se repente et vive. Mon récit s’est vérifié : la participation que nous avons eue, ô frère aimé, je te l’ai exposée. En quoi nous avons été de même esprit, de même foi, de même loyauté ; vous aussi, frères et fils, je voulais vous le rappeler à cause des enfants bénis de la foi et de leur patience : sachez comment vos frères ont tenu en la foi orthodoxe, luttant à cause de Celui qui a porté la souffrance pour nous et pour eux, et par Son amour il nous a tous rachetés par Son sang. Ils ont été patients pour Lui, et ne L’ont pas renié dans l’assemblée des hérétiques, ni ne L’ont abandonné dans leur amour pour Lui devant le fil de l’épée[98], ni pour le pillage des biens, ni pour la brûlure du feu. Dieu a fait paraître leurs vertus en ce monde ; ils auront dans l’autre la récompense et la belle condition.

Il y eut un prêtre des gens de Rome qui se vanta[99] et dit : « Il n’est pas permis d’accepter qui que ce soit qui renie le Christ au temps de l’épreuve et de la persécution et revienne vers le Seigneur. » Il disait que celui-ci est tombé, et ne peut se relever, mais doit être rangé parmi ceux qui renient, parmi « les rejetés confirmés ». Ce prêtre était un chef sur la communauté de Rome. S’assembla à Rome un concile où soixante évêques, prêtres et diacres se réunirent à cause de ce prêtre et d’autres : ils écrivirent à tout lieu où était advenu ce qui était advenu. Il y avait un homme nommé Aws, aide de ce prêtre, fâché contre les tenants du repentir — il l’aidait à expulser du royaume [de l’Église] ceux qui voulaient y revenir. Mais les [évêques] refusèrent cela[100], et décidèrent qu’on imposât aux gens le remède — qui est la pénitence, le repentir, le jeûne, les veilles, les pleurs, la prière, la supplication à Dieu pour le pardon. Ils écrivirent à un prêtre d’Antioche à propos de ce qui s’était passé entre eux, et s’accordèrent tous pour accueillir les « revenants » dans l’Église, leur pardonner, leur remettre la pénitence, parce que Dieu est Celui qui les accueille. Ils chassèrent ce prêtre orgueilleux et ses compagnons. Les revenants apportèrent les livres d’Aws et l’aidèrent, et connurent ce qu’il avait écrit à leur égard. Puis Aws usurpa un évêché sans en être digne, ordonna trois évêques et ordonna des prêtres ignorants qui ne savaient rien. Il leur fit croire qu’il était un chef d’évêques ; ils le vénérèrent pour cela. Son histoire parvint à Rome ; elle se répandit et provoqua un très grand schisme. Un groupe d’évêques se réunit contre lui et annula tout ce qu’Aws avait entrepris, reconnaissant son mensonge. Ceux qui l’avaient reconnu comme un groupe ignorant, et tout ce qui portait son nom ou son œuvre, n’eut aucune validité — fut donc rejeté celui qui portait auparavant le nom d’Aws. Il confessa sa faute ; on l’humilia, on le pardonna.

On écrivit à son sujet des interdictions sur les chaires, et on avertit de ne pas l’accepter, et plusieurs autres affaires qu’il serait long de mentionner. Puis Denys le patriarche écrivit à tous les lieux[101] [des livres] sur l’acceptation de quiconque reviendrait de son reniement ; il établit ceci comme canon permanent pour chacun de ceux qui reviendrait de son erreur ; il écrivit aussi un canon à Qūnūn[102] évêque d’al-Ashmūnayn, dans un livre séparé, outre cela, aux autres évêques ; le peuple présent avec lui à Alexandrie s’adressa à tout ce qu’Aryāns avait entrepris dans toutes les Églises, et avertit d’en abandonner l’usage. Puis il écrivit des canons qui demeureraient dans l’Église, renfermant des enseignements et des règles canoniques. Alors Denys[103] le patriarche à la grande cité d’Alexandrie [rédigea] des livres sur ce qu’il avait fait et ce qui lui était advenu durant le temps de son pontificat ; nous avons eu connaissance de cela par ses lettres et ses enseignements, que nous avons vus en tout lieu. Et après que Dèce l’empereur eut régné deux ans, et à cause de sa persécution des enfants de l’Église, Dieu le fit périr, lui ainsi que ses enfants, et prit son royaume ; régna après lui Kallās[104]. Denys lui écrivit des livres.

Or Kallās connaissait tout ce qu’avait fait Dèce, [il savait] qu’il avait dissimulé [en réalité il rendait un culte à] une idole de pierre qu’il vénérait ; il disait : « C’est elle qui a livré [l’empire] à son serviteur. » [Kallās] tua le roi [précédent] et tua les prêtres qui demandaient à Dieu le salut de son royaume et sa stabilité. Il écrivit aussi au patriarche de Rome des livres, cherchant intentionnellement avec eux la continuation de la correspondance et l’accueil de quiconque reviendrait parmi ceux qui avaient nié au temps de la persécution sous Dèce ; il mentionna que toutes les persécutions qu’il avait lui-même subies à Alexandrie, en sa chaire, avaient cessé ; que la paix régnait dans l’Église ; et que tout ce qu’avait fait Aryāns l’égaré pour empêcher l’Église d’exister, parce qu’il avait usurpé la prêtrise pour lui seul, était annulé. En ce moment Démétrius d’Antioche et Mazabanès (Masawīyānūs)[105] de Jérusalem (Būrshilīm) l’Arménien[106], s’étant reposés, Denys fut consolé à Alexandrie d’une grande joie — toutes les Églises s’étaient accordées sur la foi orthodoxe et l’unité du Christ en tout lieu et endroit, dans une joie exultante, et une parole véridique. Nous parlerons maintenant, les frères : Dieu est unique, notre Seigneur Jésus-Christ, la Parole ; l’Esprit-Saint, Dieu un ; et en tout lieu se tient une réunion d’une seule parole, d’un seul cœur, de l’amour fraternel.

Ainsi parla Denys. Puis il écrivit aussi à Étienne (Istifānūs)[107] au sujet du rebaptême de ceux qui reviennent de leur reniement du Christ au temps de la persécution, quand il décida de l’établir comme loi, affirmant qu’il s’agissait d’une grande chose. [Mais] ceux qui entraient dans les assemblées des évêques en profitaient, parce que nous avons entendu ceci — et que ceux qui y entraient se voyaient retirés leur confusion avec les hérétiques, baptisés d’un baptême neuf. Denys parle aussi dans son livre du schisme de Sabellius[108], parce que le reproche [qui lui était fait] lui avait donné l’occasion de blasphémer contre Celui qui est au-dessus de tout, Dieu. Denys dit en son livre : « Le livre que tu m’as envoyé, [prescrit] qu’il faut que tu baptises à nouveau ceux qui reviennent des hérétiques, à savoir Amīlyānūs, Anyinūs, Barmīlyānūs et Tāwaktustus[109] et un groupe de leurs compagnons : les purifier. L’Église vécut alors un temps de bonne conduite, jusqu’à ce que le roi mourût et que régnât après lui un empereur impie, dont le nom était Valérien (Lāriyūs)[110]. Les troupes le saisirent, l’emprisonnèrent par son ordre, et ils tuèrent un groupe de martyrs, innombrables, au point qu’ils fendirent les ventres des enfants et prenaient leurs entrailles, et les tressaient sur des roseaux, et s’amusaient, faisant [ces choses] aux démons. Puis ils châtièrent Denys le patriarche, le sommant de s’agenouiller devant leurs idoles. Il leur dit : « Nous nous prosternons devant Dieu Très-Haut ; mais vous, pourquoi ne vous prosternez-vous pas devant notre Seigneur Christ, créateur du ciel et de la terre, Celui qui anime ? »

Le gouverneur lui dit : « Comment, toi, tu ne sais pas que le pouvoir des rois est sur toi ? Si tu te prosternes devant leurs dieux, nous te rendrons hommage et te présenterons devant eux ; sinon, tu ne le feras pas ; tu as résisté et refusé de te prosterner aux idoles. Tu verras ce qui t’arrivera comme ce qui est advenu à tes semblables. » Il les châtia ; après qu’il eut tenu bon, il s’adressa à eux avec beaucoup de paroles, puis les exila en un lieu qu’on appelle Kūf ; leur exil et l’explication de leur situation entraînèrent les gens de ce lieu à s’arrêter et à ne pas se prosterner devant les idoles ; après cela on le ramena pour qu’on le jugeât à la mort ; on l’amena au gouverneur, qui lui dit : « Il nous a été dit que toi, tu te réunis en ce lieu et te sanctifies. » Denys dit : « Nous ne cessons de faire nos prières nuit et jour », et lui adressa une foule de paroles de reproche ; puis il le laissa. Alors le patriarche [regarda] ses compagnons qui étaient avec lui, et leur dit : « Allez-vous-en en tout lieu et sanctifiez-vous. Si je disparais à vos yeux par le corps, par l’esprit je suis avec vous. » Ensuite le patriarche fut ramené une autre fois à l’endroit où était une cellule où étaient ses compagnons, car ils avaient disparu. Il dit : « Nous savons que le Seigneur Christ est avec eux en toute manière. » En ces jours, un groupe des frères fut martyrisé, sans nombre, au nom du Seigneur Jésus, pour avoir refusé [de se prosterner aux idoles]. Et quant à Lāriyūs le roi — un groupe [d’étrangers] se dressa contre lui, les Berbères : ils le saisirent et l’asservirent longtemps. Il eut un fils savant, sage et fort. Aux jours de la persécution, Denys et ses compagnons publièrent un livre pour les reconduire, ordonnant qu’on écrivît à Julius (Yūliyūs) César le vindicatif, l’empereur aimé de Dieu, à Denys le patriarche, et aux autres évêques : il commanda, par un mandement écrit, que ceux qui les avaient méprisés s’éloignassent d’eux, et qu’ils récupérassent leurs Églises. Ils retrouvèrent la force par ces lettres, et il ne leur advint plus après cela ni peine, ni tristesse, ni chagrin, pour qu’ils pussent parfaire leur service de Dieu et leur prière : il leur donna libre cours.

Nous retrouvons Arūs ibn Kabriyānus[111] et son épouse qu’il gardait et surveillait, et qui priaient, sanctifiaient leurs prières et sanctifiaient. Ce livre était écrit en grec (yūnāniyya) ; il écrivit un autre livre aux évêques, ordonnant qu’ils reprissent leurs monastères et leurs chaires. C’étaient, en ce temps-là, Qusṭus évêque de Rome, Démétrius évêque d’Antioche, Brīmlīyānūs évêque de Césarée de Cappadoce, Waghrīghūriyūs évêque de Bantīs et son frère Théodore, Wāliyānūs évêque de Césarée de Palestine, et Masāwīyānūs, évêque de Jérusalem ; c’est celui dont on prit la tête pour sa confession du Christ[112].

Lorsque Denys eut affaibli son corps, en ses jours, par excès de ce qui lui était advenu de la persécution, il ne passait même pas une seule nuit sans lire les Livres saints. Quand Dieu Très-Haut reconnut son amour pour les Livres, Il le gratifia d’une force de vue telle qu’il voyait comme il voyait dans sa jeunesse[113]. Lorsqu’il ne put se rendre à l’assemblée qui s’était réunie à propos de Paul de Samosate, il envoya ses messagers avec une lettre pleine de sagesse et d’enseignements, aux évêques convoqués au concile, car Paul, comme le loup rapide aux brebis[114], poussait les évêques à le concilier pour glorifier le Seigneur Christ. Parmi ceux qui assistèrent au concile : Brīmiliyānūs évêque de Césarée de Cappadoce, Ghrūghūryūs le précité et son frère Théodore, Wāliyānūs évêque de Tarse, Nīqūtūmūs évêque d’Iqūnya, Mānāwūs évêque de Jérusalem, Maxime évêque, et Saṭrā et un groupe avec lui, évêques, prêtres et diacres ; ils convoquèrent Paul, lui demandèrent [compte] de ce qu’il avait dit et l’exhortèrent à revenir sur son blasphème envers le Seigneur Christ ; mais comme il ne se rétractait pas, ils le coupèrent [de l’Église] et le bannirent.

En ce temps se reposa Denys, patriarche d’Alexandrie ; sa durée sur le trône fut de dix-sept ans ; il se reposa le treize de Barmahāt ; dans une copie, celle de Saint-Macaire (Abū Maqār), la durée de son pontificat est de sept ans ; Haute-Égypte ibn Baṭrīq atteste dans son livre de l’Histoire qu’elle est de dix-sept ans, ce qui concorde avec la Vie d’où nous avons tiré cette copie[115].

 

Vie de Maxime, Patriarche, quinzième du nombre

Lorsque Denys se fut reposé, on établit après lui Maxime sur le trône de saint Marc dans la grande ville d’Alexandrie, après qu’il eut demeuré dix-sept ans sous le règne de Ghaliyānus[116] ; il vint en aide aux frères dans toutes les affaires de l’Église, et en chaque lieu. Puis il fit sortir Paul de Samosate[117] de l’Église lorsqu’il apparut qu’il s’en était écarté — et tout ce qui se passa dans l’assemblée à Antioche à son sujet, ils l’écrivirent à Denys patriarche de Rome et à Maxime patriarche d’Alexandrie. Après que Denys se fut assis [sur son trône], Maxime écrivit aussi à toute l’assemblée, pour qu’elle coupe Paul d’une séparation spirituelle, et ils dirent qu’il ne fallait pas qu’il soit appelé du nom de Paul l’apôtre.

Écrivirent aussi Denys patriarche de Rome et Maxime patriarche d’Alexandrie à tous les évêques de la terre habitée, ainsi qu’aux prêtres, diacres et à toute l’assemblée, ainsi qu’aux enfants du baptême, de la sainte Église — le texte[118] suivant : ils l’ont rédigé dans leur lettre adressée à Hélénos, Hyménée, Théophile, Théotecne, Maxime, Proclus, Nicomas et Aéliānus[119], Paul et Bortenos, Olānus et Bergānus, Himirikus, Eutychius, Théodore, Melchion et Lugānus, et aux autres qui sont dans les villes et villages voisins de nous, ou loin de nous. Nous vous écrivons, ô nos frères les saints évêques et les peuples aimés du Seigneur Messie fils de Dieu, pour vous exhorter à la prière que nous demandons au Seigneur d’éloigner de vous le complot de Paul de Samosate dont l’enseignement engendre à qui le reçoit une mort plus grande que toute mort, pour que personne ne soit avec nous d’un seul cœur comme Denys, patriarche d’Alexandrie et Brīmliyānūs évêque de Cappadoce, qui nous ont écrit à Antioche, jusqu’à ce que nous ayons détruit ce chef d’égarement, afin que nul ne sache quoi que ce soit de ses paroles de perdition. Nous, nous sommes ceux qui avons lu ses livres à l’assemblée, et reconnu qu’il était opposé à la foi droite, et témoigné de cela parmi nous ; puis après cela nous lui avons enjoint qu’il se repente.

Ce fut de sa part tricherie, fourberie, perfidie ; son cœur fut endurci et ne se tint pas droit ; il demeura dans son égarement, confessant de mensonge, par ses paroles : Dieu, nier la qualité du Seigneur, et demeurer dans cet état[120] ». Il passa de sa foi à l’incroyance, à l’égarement, à la perdition. Il fut pauvre, paraissant comme tel par naissance, car il n’avait rien hérité de ses ancêtres, ni ne subvenait par quelque chose qu’il faisait de sa main ; il tirait profit des biens de l’Église et pillait les sanctuaires ; il rompait la concorde des frères dans le jugement, et s’il en retirait quelque bénéfice, il revenait vers eux, pour qu’ils augmentassent leurs plaintes par le rétablissement ; il s’enrichissait injustement de toute manière — et, avec cela, il paraissait servir Dieu ». Il marchait par les rues, se plaisant à ce qu’on l’appelât du nom d’évêque, parcourait les assemblées en compagnie de gens nombreux ; son entourage le suivait. Il avait avec lui des cahiers qu’il lisait comme s’il requérait les redevances et on lui trouvait des présents, comme celui qui est présenté et qui se fait accompagner d’un groupe d’armateurs, devant et derrière.

Il méprisait l’enseignement spirituel et chérissait les enseignements profanes, rejetait les étrangers, [rejetant ceux] qui se présentaient à l’Église, et demandaient auprès des administrateurs que fût perçu le profit vainement — de sorte qu’il plaçait au-dessus de lui un siège élevé, comme s’il était disciple du Christ tandis qu’il était étranger à l’Église. Il avait emprunté les usages des femmes. Les frères fidèles bouchaient leurs oreilles lorsqu’ils les entendaient, lorsqu’ils lisaient. Il n’acceptait rien des livres, et ne disait pas que le Christ est Fils de Dieu, qu’il est descendu du ciel, ni qu’il s’est incarné de Marie la Vierge. Il niait sa mort et sa résurrection d’entre les morts, blasphémait de nombreuses paroles[121] ».

Il nous est apparu qu’il fallait, d’un commun élan, nous assembler en concile — et nous avons pris sa place un homme craignant Dieu, du nom de Domnus fils du bienheureux Démétrius, et qui est maintenant dans l’Église digne de son siège. Nous vous écrivons ce qu’ils ont écrit, pour que cette lettre vous soit un ornement ; et qu’ils l’acceptent dans l’Église avec la prospérité. Quant à Paul de Samosate, il a écarté la foi. Domnus a reçu son siège.

Puis, à Antioche, apparut le roi Awrīlyānūs qui suscita une persécution contre l’Église — et l’aide du Seigneur n’était pas avec eux. Il fut tué six ans plus tard, et régna après lui Carus (Qārūs) le roi. Aux jours de ce roi parut un homme méchant, nommé Manès (Māni)[122] ; il fit paraître aussi des œuvres mensongères, blasphémant contre le Seigneur Régent de tout, le Fils unique, et contre l’Esprit-Saint procédant du Père, osant dire qu’il était le Paraclet. Ce Manès se disait le Paraclet (Fārqalīt)[123] ».

C’était un esclave d’une femme veuve, qui possédait beaucoup de biens : un grand magicien des gens de Palestine lui avait légué [sa science], après être tombé du haut de la maison, et elle avait acheté cet esclave misérable ; elle l’instruisit dans l’école. Quand le magicien vit que sa connaissance de la magie était forte, apparut Satan, qui le fortifia, le lui fit aimer et le fit se détourner d’une partie de l’Église par sa magie ; il égara beaucoup de gens par sa magie, et les biens affluaient à lui. Il eut pour lui des enfants et des filles qu’il prenait, qu’il asservissait par sa magie à ses désirs impurs ; et un groupe des gens s’égarait. Il disait : « Moi, je suis le Paraclet que le Seigneur Christ a promis dans l’Évangile de Jean, lorsqu’Il l’envoya. » Il y avait un homme chrétien, riche, du nom de Marqlas (Marcellus), chef d’une cité des contrées de Syrie[124] ». Son évêque se nommait Archélaüs (Arshilāwus), et ce chef était un homme plein de l’Esprit et de la bénédiction d’Abraham, de la droiture de Jacob, disciple de l’évêque et continuellement présent à l’Église, de même qu’à l’Agneau [eucharistique] du Pauvre, qui n’a point de chose. Il écoutait les homélies de l’évêque comme il convient ; il faisait le bien, parmi les biens, avec les gens de sa cité. Il ouvrait sa porte à tous ceux qui venaient à lui de misérables et d’opprimés par les collectes, à l’exemple du saint Job.

Or, en ce temps-là, les Perses occupèrent une contrée proche de cet [évêque] et firent prisonniers les gens de la campagne[125], et les emportèrent. Les prisonniers envoyèrent à lui de nombreuses requêtes ; il leur fit miséricorde ; il envoya chercher le chef des Perses, prit de lui un certain nombre des prisonniers, et lorsqu’il les eut amenés devant lui, il leur dit : « Prenez ce que vous voulez et non autre chose que ce que je ferai pour vous. » Les Perses refusèrent et dirent : « Nous ne ferons point cela, mais paye-nous pour les hommes qui sont avec nous. » Il leur donna un accord, la situation s’apaisa : trois dinars pour chaque âme, de tous ceux qu’il racheta avec eux ; il fit avec eux don de leur estime, gracieusement. Une autre troupe de prisonniers, il les acquit d’un prix ajouté, puis il les conduisit à leur terre, et demeura sept jours chez lui ; il soignait les malades parmi eux à l’instar de ses enfants, les renvoya à leur terre, et ensevelit les morts. Puis les Perses, quand ils revinrent à leur terre, racontèrent ce qu’il avait fait, à sa richesse et à l’amitié des gens de sa terre à son égard. Lorsque Manès (Mānukhāwus) entendit ce qu’avait fait cet homme, il se dit : « Je ferai quelque chose. »

Il dit en lui-même : « Moi je peux m’imposer à cet homme ; que toute la Syrie soit sous mon autorité. » Il lui écrivit un livre dans lequel il disait : « Moi, Manès (Māni) écris à Marcellus : il m’est parvenu que la qualité de tes actions est bonne ; j’ai su que tu es mon disciple élu, que je t’instruise du droit chemin dans lequel Dieu m’a fait passer pour instruire les hommes. Or, quant à vos maîtres, ils vous ont égarés, disant que Dieu Très-Haut s’est engendré dans le ventre d’une femme. Les prophètes ont dit le mot droit sur le Messie, parce que Dieu antique est grand : on ne prend rien de lui. Quant au dieu de la nouveauté, il est bon ; si [les gens] en prennent quelque chose, qu’ils ne le disent pas, et qu’il n’en soit dit beaucoup d’autres blasphèmes dont il est impossible de faire mention. Le diable n’a jamais dit comme lui. » Il scella la lettre à un seul [envoyé] et l’envoya à Marcellus. Quand le messager se mit en route, vers Marcellus, il ne trouva personne parmi les gens de son chemin qui l’hébergeât ; il éprouva grande difficulté à cause de la faim. Or il se nourrissait d’herbes lorsqu’il parvint à Marcellus ; quand il fut venu chez lui, Marcellus prit la lettre et la lut : il la fit parvenir à l’évêque Archélaüs. Il fit prendre rang du messager, et se mit à l’emplacement de son siège. Lorsque l’évêque lut la lettre, il secoua la tête et dit : « Plût à Dieu que je fusse mort sans avoir lu ce livre blasphématoire ! », et il la rendit à Marcellus. Il demanda au messager des nouvelles de la vie de ce Manès et la manière de sa situation, et les lui apprit. Cela lui devint insupportable, et il pria le messager de rester ; il lui remit la réponse au livre, et lui donna trois dinars ; il dit : « Pardonne-moi, mon seigneur, je ne retournerai pas à lui. » Ils se réjouirent de son salut des filets de la mort. Manès écrivit à Marcellus la lettre par un autre de ses serviteurs, en disant :

Le Père Archélaüs : « N’acceptez pas cet esclave, ne prenez rien [de lui], ne mangez point, ne buvez pas en sa compagnie ». Puis il se leva. Sept jours après, arriva Mani chez Archélaüs, et endossa le vêtement d’un prêtre subtile, pour une inspection précise ; il recouvrit d’un manteau un sergent orné de dessins devant et derrière, et avec lui trente-deux jeunes gens vénérant leur maître. Lorsqu’il entra dans la maison, Manès s’assit sur le trône, craintif, au milieu de la maison ; il pensait qu’ils l’avaient convoqué pour qu’il leur enseignât. Manès passa à Archélaüs l’évêque. Lorsqu’il le vit assis sur son trône, il s’étonna de la petitesse de sa vie ; il lui parla. L’évêque lui dit : « Quel est ton nom ? » Il lui dit : « Archélaüs ». Il lui dit : « Tu es le Paraclet qui a été envoyé par le Seigneur Christ ». Il répondit : « Oui ». L’évêque lui dit : « Quel est ton âge ? » Il dit : « Cinquante et trente ans ». L’évêque lui dit : « Archélaüs, le Sauveur Christ a dit à ses disciples — après dix jours de son ascension au ciel, que descendrait le Paraclet, c’est-à-dire l’Esprit-Saint, sur les Apôtres, le jour de la Pentecôte (c’est-à-dire cinquante jours après la Pâque), sur les disciples, jusqu’à maintenant — le souvenir qu’il t’attendrait à Jérusalem — et cela fait environ trois cents ans que les apôtres ont annoncé la bonne nouvelle depuis qu’ils sont sortis sur toute la terre, et que leur parole a atteint les régions habitées : et si tu dis la vérité quand ils l’annonçaient, ce n’était pas un homme vivant jusqu’à maintenant à Jérusalem ; comment vois-tu que tu sois tout-maintenant, cinquante-trois ans ? — on ne siège pas au premier rang avant l’âge de quarante ans — or, tu as siégé à la plus haute place en cette maison. »

Il lui dit : « Non, c’est l’Évangile que dit Manès : Je vous enverrai le Paraclet ». Archélaüs lui dit : « Si tu croyais en l’Évangile, et que le Paraclet tombait sur toi, tu parlerais selon lui à la Dame Marie Vierge Esprit-Saint te visite, et la Puissance du Très-Haut te saisit, et ce que tu enfantes saint et Fils de Dieu sera appelé ». Puis Archélaüs sortit le livre qu’il avait envoyé à Marcellus : il le nia, et ne trouva pas en lui parole du Messie qu’il nia sa mort et sa résurrection d’entre les morts. Il commença à parler pour dégager ses propos, par sa parole de mensonge, qu’il expose l’un la lumière, l’autre les ténèbres, et le semblable de cela de la mécréance. Archélaüs lui dit : « Si je t’avais démenti aux yeux de tes compagnons, tu confirmerais à la mesure de leurs semblables. Mais voici, j’ai fait venir à toi un peuple qui ne connaît pas Dieu, pour qu’il entende ta parole — et il sera loin de toi — et je te fais présenter deux hommes, l’un médecin, l’autre écrivain ; il leur dit : Écoutez ce que dit cet homme : est-ce dans vos livres une parole que vous acceptez ? ou une parole que vous rejetez ? Ils dirent : « Non, tout ce que nous avons dans nos livres nous l’acceptons, et ne sera rejeté rien de lui ; et s’il s’écarte de quelqu’un, de certains d’entre eux, vous ne rectifiez pas à nous, selon ce qu’il n’énonce ni son admission ».

L’évêque répondit, et leur dit : « Cet homme annonce la bonne nouvelle et prétend qu’il est le Messie, et il rejette les commandements du Messie ». Ils lui dirent : « Nous ne l’accepterons pas, nous ne nous approcherons d’aucune de ses affaires ». Lorsqu’ils virent les troupes et qu’ils écoutèrent ses paroles de reproche, ils se levèrent contre lui pour le tuer ; mais l’évêque les empêcha de le tuer, et leur dit : « Il n’est pas tué par une main autre [que la sienne] ». Puis il le fit sortir de la cité, et lui dit : « Sois sur tes gardes, qu’on ne te trouve dans nos régions cette nuit ». Lorsqu’il sortit de là, il alla à son domaine. Y demeurait un prêtre aimant les étrangers ». Il se réfugia chez lui, et séjourna auprès de lui un mois sans qu’il le reconnût. Le prêtre lui parlait en sa langue ; il lui dit : « Jamais je n’ai entendu ce discours, mais lorsque le Père Archélaüs vient et écoute ce que tu dis : s’il trouve ta parole bonne, nous l’accepterons. » Quand il entendit le nom d’Archélaüs, il s’enfuit, et il le reconnut à son courage et à la sagesse de Dieu en lui. Il revint aussitôt à la terre des Perses, et le blâme se manifesta habituellement en le blasphème[126] ». Le Paraclet véritable a décrété contre lui son jugement, fit dominer sur lui le roi des Perses, qui lui arracha la peau, et jeta son corps aux bêtes qui le dévorèrent.

En ces jours se reposa Fīlīks[127] patriarche de Rome, et s’assit après lui [ou] Eutychien (Awtīkhyānus) ; Félix resta cinq années dans le patriarcat, et Eutychien dix mois, et se reposa. Puis s’assit après lui Marsīlūs[128] ». En ce temps aussi, reçut le patriarcat d’Antioche Timée (Tīmūs), après Domnus de Samosate (Samūwānūs)[129] ». Or mourut Aurélien (Awrībiyānūs) le roi, et prit son royaume Probus (Abrūbus) qui demeura six années et mourut ; puis régna après lui Carus (Qārūs), et Carin (Qarīnūs) et Numérien (Awsaintiyūs) établirent trois ans, moururent, régna après eux Dioclétien (Dūqlīṭiānūs), qui déchaîna sur l’Église une grande persécution, plus qu’aucun de ceux qui l’avaient précédée : il abattit les Églises, brûla les Écritures, massacra les évêques et les prêtres, et fit mourir beaucoup parmi les croyants[130] ».

Quant à Sqarāṭīs, il se reposa à la Laodicée ; à sa place fut fait Usābius. Celui-ci arriva à Alexandrie, et Maxime fit de lui la cause de son entrée : il lui fit connaître la situation du synode qui s’était rassemblé à Antioche sur Paul de Samosate (al-Shmeisāṭī). Il était venu de Syrie à Alexandrie. Maxime fit de son entrée la cause de son instruction de ses enfants, et il fut éclairé dans la science, jusqu’à ce que sa renommée atteignît Rome. Puis marcha une armée de Rome à la ville d’Alexandrie, et il l’assiégea, et ne put tenir le général [romain] le maître jusqu’à ce que la situation se réglât par la paix ; l’ordre se maintint, et la guerre cessa. Les grands de la ville le découvrirent qu’il les avait compromis en ce qu’ils ne voulaient pas, parce qu’il leur demandait [que lui vinssent] les vieillards, les vieilles, et les enfants, à sortir de la ville : ce ne sont pas eux qui sont recherchés ; faites, vous, [sur cette ordonnance], demeurez en confiance avec ce qui est dans vos mains de grains stockés chez vous. Leurs cœurs se rassurèrent de cela ; se rassembla au matin le général de la ville et ses chefs ; ils se concertèrent et ils virent que cela était juste. Sortirent les vieillards, les vieilles, les enfants, et un grand groupe des autres, par les portes, la nuit.

Alors l’empereur Dioclétien ordonna après cela le massacre du général de la ville, parce qu’ils avaient aidé à faire sortir les gens de la ville. Et ils les détruisirent. Or, Usābius était aussi parmi eux du même rang que le médecin ou le père qui soigne les deux côtés ensemble — cet homme était évêque de Laodicée. Il vint avec son autre évêque à Alexandrie par un bel accord. Après le combat qui avait eu lieu à Alexandrie, Anatolios (Anṭāwālūs)[131] écrivit de nombreux enseignements, pour qu’en profitassent les gens de la ville, et rédigea pour eux le comput pascal aussi.

Au premier jour du mois, le jour de l’assemblée [synodale] qui s’était tenue à Antioche sur Paul de Samosate, Théotecne (Tāwaktins)[132] fut établi évêque sur le trône de Césarée de Palestine, ainsi qu’Usābius susnommé sur la Laodicée ; c’était un homme important auprès du Seigneur, comme cet Anatolios ; ils étaient parmi ceux qui mentionnaient leur parole par l’Esprit-Saint et les enseignements spirituels. Puis s’éteignit l’un d’eux, et à sa place fut fait Étienne (Isṭafānūs) évêque sur la Laodicée, homme à la sagesse semblable en science de parole seulement, mais non en la foi droite, et il reconstruisit les Églises qui étaient détruites dans sa ville avec l’aide de Dieu. Théodose (Tāwdūsius) était évêque au temps de la persécution, et était digne de la deuxième [place][133] dite — parce que son nom signifie « don de Dieu » ; le nom de l’évêché et la pastorale des âmes de son peuple, jusqu’à dire que nul dans son amour n’a de semblable à lui. Il y avait Ignace (Ighāyūs)[134] évêque de Césarée de Palestine aussi, comme lui, aimait le peuple grandement, et aimait les pauvres, et affermissait son peuple, fidèle serviteur de Dieu, et mérita ainsi la couronne du martyre avec beaucoup de prêtres d’Alexandrie.

Furent martyrisés aussi avec eux Pierius (Biryūs) et Méliton (Malīṭūs)[135] — celui-ci devint évêque de Pontos (Bantūs), connu comme le « Miel martyr » pour la douceur de sa langue remplie de l’enseignement de Dieu et de Sa grâce ; il aimait faire l’aumône aux indigents, et ne gardait rien du tout, et tout son enseignement venait de l’Évangile. Au temps où s’étaient répandues les persécutions des gens, il fut ferme dans l’enseignement. Lorsque se reposa Hyménée (Humānius) évêque de Jérusalem, à sa place fut fait Zébédée (Zaydayūs) ; et lorsqu’il se reposa, fut fait Hermon (Armūn), qui fut également troublé au temps de la persécution. Se reposa Maxime patriarche d’Alexandrie après qu’il eut demeuré dix-huit ans[136].

 

Vie de Théonas, Patriarche, seizième du nombre

Lorsque Maxime fut parti en paix, Théonas s’assit après lui sur le trône d’Alexandrie, après s’être réunie l’assemblée du peuple, ayant accordé ses volontés sur son mérite. Ils le présentèrent en la première année du règne d’Aqārūs, Qarīnūs et Māryānūs[137] les rois. Il bâtit une belle église au nom de la Sainte-Dame Marie, et on la nomma « Ṭāmāwatā »[138]. Jusqu’à ce temps-là, les peuples se sanctifiaient dans les grottes, les cavernes et les lieux cachés. Depuis saint Marc l’Évangéliste, la troisième année du patriarcat, Théonas demeura dix-neuf ans et s’éteignit dans le mois de Ṭūba (janvier), après qu’il eut exercé dix-neuf ans. Il y avait aux jours de ce Père patriarche Théonas un prêtre saint ayant une femme pure, les deux cheminant dans la voie du Seigneur ensemble, observant Ses commandements, gouvernés par Ses préceptes, affermis sur les lois de la religion, fixés en la foi. Ils n’avaient pas d’enfants et en étaient tristes de cœur, pour cette raison. Ils multipliaient le jeûne, la prière et l’aumône, afin que le Seigneur les comblât par Sa grâce et leur donnât la subsistance d’un enfant, pour que leurs yeux se reposassent sur lui.

Or, lorsque vint la fête des deux disciples galiléens, Pierre et Paul[139], au cinquième jour du mois d’Abīb — et que furent présents tous les fidèles à l’église pour en célébrer la fête — arriva aussi la femme de ce prêtre, dont on rapporta à Théonas l’image peinte. Les fidèles voyaient leurs enfants offerts, oints d’huile des lampes et bénis. La femme en soupira d’un cœur blessé[140] et implora le Seigneur ; elle communia aux saints mystères sur les autels, reçut le salut divin, et s’en retourna en sa demeure, remerciant Dieu le Très-Sublime. Elle vit, dans son sommeil, cette nuit-là, deux personnes en habit des patriarches qui lui disaient : « Ne sois pas triste, car le Seigneur a écouté ton invocation, il t’accordera un fils dont tes yeux auront joie et qui deviendra père pour beaucoup de peuples, dont le nom sera manifesté, et son mystère, à l’exemple de Samuel le Prophète — car il est fils de promesse. Et quand viendra le matin, pars au Père Théonas le patriarche, fais-lui part de cela, afin qu’il te bénisse, parce que Dieu te donnera par Sa miséricorde un enfant béni. »

Au matin, quand son époux se leva, la femme[141] prêtre lui fit part de cela et lui dit : « Va, fais-le savoir à Théonas le patriarche, ainsi que nous l’a dit. » Elle alla vers lui, lui fit savoir ce qu’elle avait vu, et il la bénit pour cela, et lui dit : « Va, sache que Dieu en toi accomplira ta requête. Le Seigneur est véridique et Ses œuvres sont merveilleuses en Ses saints. » Elle s’en retourna à sa demeure, chargée [de bénédiction]. Ce fut après cela peu de temps : elle-même conçut, se gardant en toute pureté, multipliant le jeûne et la prière nuit et jour, jusqu’au jour de la fête des deux saints Pierre et Paul au cinq d’Abīb. Elle enfanta un fils. Quand le héraut [de l’Église] atteignit le Père Théonas le patriarche, il le mit au courant qu’elle avait enfanté un fils. Il s’en réjouit immensément, et son époux le prêtre Abroṭūs se réjouit aussi. Il lui dit : « Appelle-le le patriarche, et son nom sera Pierre ». On fit ainsi. L’enfant grandit, se développa, et croissait, comme Jean le Baptiste, jusqu’à ce qu’il eût trois ans. Son père le porta alors au patriarche et lui dit : « Ô mon père, ton fils que tu as, bénis-le et oins-le. »

Il le bénit et l’oignit. À cinq ans, son père le conduisit à l’instruction. Il apprit la sagesse dans le plus court temps, et devint le plus excellent parmi les fils de son âge à l’église. À sept ans on le nomma lecteur dans le service des grâces spirituelles. À douze ans il devint diacre et exerçait le diaconat avec science et ascèse ; il surpassait les diacres en connaissance et en chasteté, Dieu lui ayant octroyé la grâce de l’Esprit-Saint. Lorsqu’il atteignit seize ans, on le présenta comme prêtre, le patriarche voyant en lui pureté, vertu, science, foi, et attachement fidèle à la connaissance et à la pureté, et à sa présence assidue au service de l’Église, nuit et jour.

Il y avait en ces jours un homme, apparu, blasphémateur, nommé Sabellius[142]. Il tenait un discours hors de la vraie foi. C’est-à-dire qu’il croyait en une seule hypostase, Père, Fils et Esprit-Saint — et que la Trinité sainte n’était pas trois hypostases, mais trois noms seulement. Il niait l’Évangile ; il n’écoutait pas ce qui est écrit : lorsque notre Seigneur Jésus-Christ fut baptisé par Jean, vit l’Esprit-Saint descendre sur lui comme une colombe, et on entendit la voix du Père venant du ciel qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je mets toutes mes complaisances. » Or, quand les foules l’entendirent, elles le suivirent, il les égara par sa langue. Il rassembla son peuple et vint à l’Église au moment de la présence du Père patriarche, lui abba Théonas, un jour de grande fête. Il se tint à la porte ; il expédia vers lui un envoyé qui lui dit : « Je veux rencontrer aujourd’hui ta vue, pour que, si tu es dans la vérité, je te suive, sinon, je ferai savoir au peuple qu’on t’a mis en erreur. »

Le Père patriarche dit au prêtre Pierre : « Sors vers ce impie et fais-le taire loin de nous. » Quand il sortit et regarda Sabellius, il dit : « Si tu avais quelque étendue, je descendrais vers toi, mais tu m’as envoyé, moi qui suis ce qu’il y a de plus modeste auprès du Père Théonas, un des plus petits — dit-il à Pierre : si j’étais près de toi, je serais petit, et moi maintenant, près du père Théonas le grand, et le Seigneur aura besoin qu’il te secoure aujourd’hui, comme il a donné victoire à David sur Goliath le géant[143], Et qu’il paraisse mort dans ta bouche et qu’il venge ton mensonge, qu’il te tue avec tes compagnons, qu’il fasse périr ton opinion, qu’il renverse ta parole, et qu’il ne te reste même plus de mention, et ton discours. » Son propos n’étant pas achevé que le visage de Sabellius se tourna derrière son cou, il tomba à terre, mort, et s’enfuirent ses compagnons, et fut perdu avec lui et qu’il périt sa mention. Son discours s’éteignit, il n’en resta rien à mentionner : voilà le bout de ce qui fut l’affaire de Sabellius. Ensuite apparut un autre miracle du Seigneur par la main de Pierre le saint : ce fut qu’en un jour de grande fête dans la ville d’Alexandrie, furent présents le Père Théonas et tous les prêtres et le peuple, qui glorifiaient Dieu et célébraient la fête, un homme, en qui était un démon maudit, se tint à la porte, se mit à lapider les fidèles de pierres contre la porte, avec bave et écume, comme le chameau. Les gens s’enfuirent à l’intérieur de l’Église. Le patriarche fut mis au courant de l’extravagance du possédé.

Il dit : « Pierre, fais-le sortir. » Il le fit. Pierre alla chasser ce démon et le demanda à cet homme qui l’avait présenté au père le patriarche ; il prit un plat, y versa de l’eau, et demanda qu’on le lui portât. Il s’exécuta. Pierre sortit, avec lui le récipient d’eau, vers le lieu où était l’homme possédé, et dit : « Au nom de mon Seigneur Jésus-Christ, qui a chassé les démons des siens, et qui guérit toutes sortes de maladies et d’infirmités, sors de lui, ô démon, par la prière de mon père Théonas le patriarche et ne reviens plus à lui. » À l’instant même sortit de lui le démon, l’homme guérit et se trouva sauf, recouvrant la raison et la bonne manière. Si nous décrivions les merveilles qui se manifestèrent par ce saint Pierre, sa longueur nous serait longue à expliquer, et les livres en seraient trop étroits à la contenir. Lorsque Théonas approcha du terme, il transféra à son père ; assemblèrent tous les prêtres et le peuple avec lui, la gorge serrée : « Ô notre père, ne nous délaisses pas comme des orphelins. » Il leur dit : « Vous n’êtes pas orphelins : ceci est Pierre, votre père et votre patriarche après moi ». Il le présenta devant eux et mourut[144].

 

Vie de Pierre, Patriarche et Martyr, dix-septième du nombre

Lorsque le père Théonas le patriarche se fut éteint, les prêtres d’Alexandrie et le peuple se réunirent ; ils portèrent leurs mains sur Pierre, fils du prêtre et son disciple, l’installèrent sur le siège d’Alexandrie selon l’ordre de Théonas le saint père ; ce fut en la dixième année du règne de Dioclétien[145]. Lorsqu’il vit Arius (Ariyūs) le méchant, bouleverser les lieux par son impiété, il l’excommunia et le chassa de l’Église. Or, en la dix-neuvième année du règne de Dioclétien, ses ordonnances parvinrent à Alexandrie et à l’Égypte, et il fit tomber sur les chrétiens les tribulations multiples : il détruisit les églises de Dieu, fit périr un peuple nombreux par l’épée. Les fidèles s’enfuirent, par amour du Christ, aux déserts, aux grottes, aux cavernes et aux rochers. Dioclétien établit des gardiens et des surveillants en tout lieu de la province d’Égypte et de la Haute-Égypte jusqu’à al-Bīṭan[146], et leur ordonna de tuer tous les chrétiens qu’ils trouveraient.

Or, les premiers de ces gardiens impitoyables saisirent Pierre, patriarche d’Alexandrie, et le jetèrent en prison ; ils firent savoir au roi qu’ils l’avaient pris et enchaîné ; l’empereur impie ordonna qu’on lui coupât la tête. Quand la lettre parvint, pour qu’ils exécutassent promptement l’ordre de l’empereur — et, tandis qu’ils s’apprêtaient à le sortir de sa détention et à le mettre à mort — s’assembla le peuple à la porte de la prison ; ils s’y installèrent, les gardant. Ils dirent : « S’il est tué, nous serons tués aussi », et ces soldats pensaient à une façon de le faire sortir sans qu’une multitude ne mourût à cause de lui : pour le rassemblement de tous les peuples — vieillards, jeunes, moines, femmes et vierges — pleurant avec des larmes amères[147] et se concertant avec les soldats pour qu’ils entrassent et le fissent sortir. Parmi le peuple, certains s’opposaient à eux pour ce qu’y avait ordonné le livre de l’empereur. La cause de l’empereur dans son ordre au sujet de ce Père patriarche, d’abord, et de son exécution, était qu’il y avait à Antioche un homme nommé Sqarāṭīs — du nombre des grands serviteurs du palais[148], frère d’Abādīr, le martyr dont la sœur est Irānī ; ce Sqarāṭīs avait été d’abord chrétien baptisé, puis fut devenu un adversaire aux chrétiens. Il avait une femme bonne, vertueuse, chrétienne. Elle eut de lui deux enfants. Lorsqu’ils grandirent et furent dénoués [du sein], dit-elle à son époux : « Je te demande, ô mon frère, de t’envoyer avec moi à Alexandrie pour que nous fassions baptiser nos enfants, de peur qu’ils ne meurent sans baptême, et que le Messie ne s’irrite contre nous pour notre négligence envers nos enfants. »

L’incroyant lui dit : « Tais-toi : n’entends-tu pas la difficulté qui nous est tombée dessus aujourd’hui, pour que le roi ne l’entende ? Il s’irriterait contre nous beaucoup. » Son intention était de l’effrayer ainsi, afin qu’elle laissât ses enfants sans baptême. Quand elle sut qu’il ne la suivrait pas et ne voyagerait pas avec elle, elle prit ses enfants et sortit vers la mer, pria et dit : « Ô mon Seigneur, le Régent du Tout, notre Maître et notre Sauveur Jésus-Christ, si tu facilites ma route pour moi, un bateau mouillé. Ils se mirent à lui regarder et vit un bateau prêt : elle appela l’un des matelots et lui dit : « Où allez-vous ? » Il dit : « À Alexandrie. » Elle dit : « Prenez-moi avec vous, je vous paierai un passage équitable. » Il y consentit ; elle monta avec lui au bateau, elle et ses enfants et ses serviteurs. Au bout de deux jours, survint un vent violent, une furieuse tempête ; tous ceux qui étaient dans le bateau faillirent périr. Cette femme fidèle dit : « Dieu n’écouterait-il pas celle comme moi, à cause de ma faute — mais je sais en mon cœur ce que je ferai. » Elle étendit alors les mains et tourna son visage vers l’orient et pria disant : « Ô Dieu qui sais chaque chose avant qu’elle ne soit : tu sais ce qu’il y a dans mon cœur, et que je n’aime pas l’esprit, ni la richesse, ni ma personne, ni mes enfants, ni moi-même — et voici que je meurs dans les flots pour ton saint Nom, ô Seigneur, mon Dieu mon Sauveur, pour que ne périssent point mes deux enfants sans être baptisés à cause de ton saint Nom. » Lorsque se fut achevée cette parole, elle prit un couteau, et en fit jaillir trois gouttes de sang, qu’elle répandit sur les fronts de ses deux enfants, et sur leur cœur, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et les plongea dans la mer. Elle dit : « Vous voici baptisés au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. »

Puis elle les pressa sur son sein et dit : « Si nous mourons tous deux, je meurs en ce jour, ainsi que mes enfants ». Quand le Seigneur regarda sa foi ferme, ainsi Il descendit sur ce vent puissant, et devint d’un grand calme, et ils parvinrent après trois jours à la ville d’Alexandrie. Ils y entrèrent avec l’aide de Dieu miséricordieux, et ce jour était un jour du Vendredi de la Pentecôte baptismale, c’est-à-dire le sixième[149] Vendredi du Jeûne, où l’on baptise les enfants. S’avança cette femme vers l’un des diacres et lui dit : « Ô mon père, je suis étrangère, je voudrais rencontrer le patriarche. » Le diacre dit : « Pour quelle raison le veux-tu ? » Elle dit : « Ô mon père, je suis étrangère, je voudrais baptiser mes enfants. » Il lui dit : « Y a-t-il une autre cause que cela ? » Elle dit : « Non. » Il lui dit : « Assois-toi dans l’église. Voici, le patriarche va arriver, il va baptiser les enfants et baptisera aussi tes enfants avec eux. » Elle le fit. Quand vint le moment, le père saint le patriarche acheva la messe, et on lui présenta les enfants du baptême, qu’il baptisa. Puis on lui présenta aussi les deux enfants de cette femme, Antāqiyya.

Quand le patriarche prit les deux enfants pour les baptiser, l’eau devint solide, comme la pierre. Lorsque Pierre le saint patriarche vit cela, il s’étonna, ordonna à leurs fronts, et nul ne sut la cause de la solidification de l’eau. Puis il fit venir d’autres enfants ; quand il s’en approchait, l’eau se déversait, et cela se passait comme aux premiers, qu’il avait baptisés. Puis il ordonna que les enfants de la femme fussent présentés une seconde fois ; on lui apporta l’eau qui se solidifia aussi comme pierre. Il le fit encore présenter les enfants de la ville ; l’eau se déversa et il baptisa. On rappela les enfants de la femme une troisième fois ; l’eau se solidifia de nouveau comme pierre. Le patriarche ordonna aux diacres qu’on lui amenât leur mère ; on l’amena devant lui. Il lui dit : « Fais-moi savoir qui tu es, et quelle est ta religion. » Elle lui dit : « Je suis d’Antioche, mon père est chrétien. » Le patriarche lui dit : « Avais-tu fait quelque chose, parce que Dieu n’accueille pas le baptême de tes enfants ? » Elle lui dit : « Écoute-moi, ô mon seigneur le père, patientons avec mon âme : mon père — Dieu t’éprouve — est celui qui a connu la punition qui est sur les chrétiens du monde en ces jours, et de sorte que son nom est à Antioche. Quand grandissent ces deux enfants et qu’il ne trouva pas de moyen de les baptiser là, je lui ai dit qu’il marche avec moi ici pour les baptiser ; il ne l’a pas fait.

J’ai pris mes deux enfants et je suis sortie avec eux vers la mer. Nous nous embarquâmes dans un bateau, et lorsque la mer s’élança, nous nous trouvâmes dans une tempête si violente que le bateau faillit se briser. Alors j’ai pris un couteau, j’ai blessé mon sein droit ; j’en ai pris trois gouttes de sang, j’ai marqué leurs visages, j’ai trempé en la mer au nom du Père, du Fils, de l’Esprit-Saint, trois fois. Voilà la cause qui a empêché le Seigneur pour elle le baptême : voilà ma vérité, voilà mon père. » Le patriarche lui dit : « Que ton cœur se rassure, ô ma fille, je ne te désapprouverai point, car le Seigneur est avec toi. Dans le moment où tu as blessé ton sein et que tu en as fait sortir le sang et l’as répandu sur le visage de tes enfants, par la vérité de la Parole incarnée de Dieu qui a été frappée d’une lance au côté sur la Croix et il en est sorti de l’eau et du sang : Celui-ci les a baptisés lui-même par sa divinité. Puis le patriarche pria sur eux en présence des baptisés seulement, et ne put les baptiser une seconde fois, puisque Dieu lui-même les avait baptisés d’abord en la mer. Le patriarche dit : « Nul ne peut baptiser deux fois, car il n’y a qu’un seul baptême[150]. Et ces deux étaient déjà baptisés une seule fois par l’intention de leur mère et sa foi en ce qu’elle fit.

Puis Dieu a consigné, au sujet de cela, une homélie dans laquelle il dit que la miséricorde de Dieu descend sur les hommes, et il donna aux enfants des saints mystères, et les renvoya à leur épouse. Ils célébrèrent la fête de Pâques auprès de lui, puis ils retournèrent à leur ville en paix. Quand son époux sut ce qu’elle avait fait, il rentra chez Dioclétien l’empereur incroyant, et lui dit : « Sache, ô mon seigneur, que ma femme a commis la fornication dans cette ville, et qu’elle ne m’en a pas empêché son départ à Alexandrie. Elle y a forniqué avec les chrétiens de nombreux jours, elle a pris mes enfants et a accompli sur eux quelque chose — c’est ce qu’elle a fait du baptême — et voici, elle est de retour ici. Que vois-tu à faire d’elle ? » Alors Dioclétien se rendit à son époux, pour qu’il amenât sa femme et ses enfants. Il s’exécuta. Quand elle fut devant lui, il lui dit : « Ô femme qui mérites la mort, pourquoi as-tu abandonné ton époux et es-tu allée à Alexandrie forniquer avec les chrétiens ? » Elle lui dit : « Cette sainte chrétienne, qui n’a pas commis de fornication, ni adoré des idoles, moi je veux le faire[151]. Et toi tu n’écouteras de moi aucune autre parole. » Le roi lui dit : « Fais-moi savoir ce qu’il y a avec toi à Alexandrie.

Ne lui réponds plus. » L’empereur ordonna alors qu’on attachât ses deux seins à sa poitrine et qu’on fît placer son fils sur son ventre, et qu’on jetât le feu en trois fournaises contre la sainte. On tourna son visage vers l’orient, et ses enfants avec elle, et ainsi ils rendirent leurs âmes et reçurent les couronnes du martyre.

Puis l’empereur dit à l’époux, Sqarāṭīs : « Qui est celui qui fait cela à Alexandrie ? » Il lui dit : « Pierre patriarche des chrétiens. » Lorsqu’il entendit cela, il fut rempli d’irritation et de colère[152] parce qu’il en voulait au saint Pierre le patriarche à cause de ce qu’il avait établi par les livres : la réplique contre le culte des idoles. Il écrivit aux gouverneurs par lui à Alexandrie qu’on lui coupât la tête. Les soldats étaient résolus à exécuter l’ordre du roi — et Pierre en prison, comme nous l’avons dit. Arius l’impie sut que l’on voulait le tuer, craignit que le patriarche ne mourût et qu’il demeurât lié, rattaché à lui en [Église]. Il partit vers des prêtres, diacres et groupe du peuple, et leur demanda d’entrer à la prison — ils s’étaient concertés pour se tenir aux pieds du patriarche et lui demander de le libérer de ses liens. Ils s’imaginaient que cela était par sincérité. Ils le firent, entrèrent à la prison, se prosternèrent devant lui, lui demandèrent et lui présentèrent des requêtes, demandant qu’il détachât Arius de ses liens. Il cria d’une grande voix et dit : « Éloignez-vous de moi. » Puis il leva les mains et dit : « Arius sera privé en ce monde et dans l’autre monde, de la gloire du Fils de Dieu, notre Seigneur Jésus-Christ. »

Quand il dit cela, une immense peur les saisit. Nul n’osa revenir lui parler. Lorsqu’ils virent que leur crainte avait irrité leur cœur, il se leva du milieu d’eux et prit avec lui les deux anciens Achillas (Arshilā) et Alexandre (al-Iskandarūs), ses deux disciples, les éloigna à part[153] et leur dit : « Le Dieu des cieux m’est témoin — ainsi que ma confession —, et toi, ô Achillas le prêtre, tu tiendras siège sur ce trône après moi, puis ton frère Alexandre après toi. Ne dites pas de miséricorde en lui : ce n’est pas un homme de péché, mais c’est l’artisan, caché en Arius — et non pas moi par le Christ, lui qui se confie —, je vous fais savoir que je suis, cette nuit, à la fin de ma prière, et je pris pour étendard ; un jeune homme m’apparut, son visage brillant comme le soleil. Il portait une tunique tissée jusqu’à ses pieds, fendue[154] — il tenait de ses mains la place de la déchirure et s’en couvrait la poitrine, nue. Quand je le vis, je me hâtai, je criai d’une voix haute, et je dis : « Ô mon Seigneur, qui t’a déchiré ta tunique ? » Il me dit : « Arius l’a déchirée. Ne la reçois pas ; ne sois pas avec lui en aucune association. Aujourd’hui, viendra te demander un groupe : ne te plaise pas à lui — je t’en ai averti, et ainsi à tes disciples Achillas et Alexandre, qui s’assiéront sur le trône après toi : je leur fais commandement de ne pas l’accepter. »

Et maintenant, ma parole s’est achevée avec lui, moi je vais à mon martyre. Et ce que je vous ordonne vous aussi, ô mes frères, savez comment je suis avec vous : tout mon temps, et quelles épreuves j’ai subies des incroyants idolâtres, et comment je fuyais de lieu en lieu, secrètement, de Ṣādamyā en Syrie, en Palestine, à al-Ramla, aux Îles, sans lâcher d’effort d’enseignement et d’affermissement du peuple par la puissance de notre Seigneur Christ, jour et nuit, jusqu’à ce que mon cœur ait été consolé par ce que j’ai vu de mon peuple — bien qu’il ait été douloureux pour moi. Je ne me suis point négligé par l’effort qui a été fait : Philéas, Hésychius, Pacôme et Théodore[155]. Ceux qui ont été emprisonnés pour la foi en notre Seigneur Jésus-Christ — ils ont mérité la grâce de Dieu — je me suis chargé de leur écrire, et de les rappeler en nos lettres à nos seigneurs, et ce fut pour moi un grand labeur, et ils ont combattu par eux-mêmes nuit et ne laissèrent rien survenir contre eux avec les prêtres qui sont en prison ; et plus de trois cent soixante âmes devinrent martyrs, et je connais maintenant ce que vous avez attendu ; lorsque j’ai entendu qu’ils ont été martyrisés, je me suis prosterné et j’ai rendu grâce à celui qui leur a donné la force — Jésus-Christ — et je les ai comptés avec les martyrs ; de même, je te demande, Achillas, de les compter parmi ceux de nos seigneurs qui ont supporté l’injure avec eux. Tu as connu quel mal a ressenti de Matius l’Asiouti[156] contre l’Église que Dieu a rachetée par le sang saint de la Parole de Dieu, et tu as risqué pour elle. Puis le Père patriarche, abba Pierre, fit venir Achillas ; il l’instruit et lui recommanda de se garder des ruses de Matius et qu’il ne s’y mêlât pas — et il lui dit : « Voici, prends-moi à témoin, me voici lié par amour de Dieu et j’attends Sa volonté.

Parce que les serviteurs de Dioclétien se concertent chaque jour pour m’exécuter comme vous entendez, je ne crains rien, mais mon âme désire que je parachève la course que Dieu m’a confiée, et le service que j’ai reçu du Seigneur Jésus-Christ — et lui me secourt en tout cela. À présent, mon visage est tourné vers le corps, et je témoigne ceci en ce jour, devant vous, que j’ai accompli toute chose ; j’ai été délivré de l’iniquité ; j’ai gardé le troupeau que le Saint-Esprit m’a confié ; j’ai gardé l’Église que Dieu a rachetée par Son sang — et je sais qu’après vous, se lèvera un groupe parmi le peuple qui prononcera des paroles de blasphème, voulant partager l’Église comme l’a fait Matius, suivi du peuple — et moi je demande à vous que vous soyez fermes, car vous serez laissés à la rencontre par ce que vous avez su ce que le père Théonas qui m’a élevé, après lequel je me suis assis sur son trône, avait subi de troubles par les adorateurs d’idoles ; et ce que je dis moi-même au sujet de Denys (Denys) qui avait été caché de lieu en lieu à cause de Sabellius l’opposant ; et que dirai-je donc de Héraclas et de Démétrius, les deux abbaʾ patriarches — et ce qu’ils ont éprouvé de la part du peuple et des rivalités avec Origène le dément, et tout ce qu’il advint de lui et de ses enfants qui nous ont précédés, et comme ils ont protégé la beauté de l’Église. Mais la grâce de Dieu qui était avec eux est celle qui les a protégés et les a conservés. Et voici que je vous remets maintenant à Dieu, par la parole de sa grâce, à laquelle est la puissance de vous garder et de garder son troupeau.

Lorsqu’il eut dit cela, il se prosterna sur ses deux genoux ; il pria avec eux, il rendit grâces, se prosterna ; et il les embrassa, leur fit ses adieux. Il embrassait ses mains, les adieux dans les pleurs — Achillas et Alexandre — à cause de ce qu’il leur avait dit : « Vous ne me verrez plus après ce jour dans le corps. » Puis il revint à l’assemblée qui était debout dehors, se tint avec eux, leur parla, les affermit, pria sur eux, les bénit, les renvoya en paix. Quand ils s’en allèrent, le peuple commenta ce qu’il avait dit, et ce qui était arrivé à lui dans la prison à cause d’Arius. Lorsque le peuple entendit cela, ils s’étonnèrent, et ils surent que Dieu était avec lui, et qu’Arius s’était séparé d’eux. Et sut Arius par cette affaire, il se tut, dissimula son état, tramait son plan ; il ne cessa pas d’espérer en Pierre le patriarche. Quand le père saint Pierre sut ce qui se passait entre les soldats et les gens de la ville, et leur refus à eux soldats d’approcher de la prison où il était, il craignit qu’on en tuât un à cause de lui ; il voulut préserver son peuple fidèle, et leur donner son âme. Il les envoya à la troupe en secret, et leur dit : « Venez ce soir à la muraille de la prison, à un endroit que je vous désignerai, un mince [endroit] et percez-le du dehors. » Quand ils acceptèrent sa parole, et qu’ils s’y rendirent, à ce lieu secret, dans un endroit à part des autres détenus et qui n’était connu d’aucun d’eux.

Lorsqu’ils entendirent, ils creusèrent, ils ouvrirent l’endroit pour arriver à lui de dedans. Il pria sur son visage, fit sortir sa tête de l’ouverture qu’ils venaient d’ouvrir, et dit : « Le mieux est que je livre mon âme, plutôt que vous ne périssiez à cause de moi[157] Ils lui coupèrent la tête, et s’en allèrent. En cette heure étonnante advint en ce moment un vent violent, de sorte que nul, parmi le peuple qui gardait la porte de la prison, n’entendit le bruit des coups ni ne sut aucun des détenus. Ainsi s’accomplit le propos du saint père, selon l’évangile sacré — comme le dit la parole des juifs le jour du crucifiement : « Mieux vaut qu’un homme meure, et que ne périsse pas un seul du peuple ». Et fut détruit tout le peuple, à l’exemple de son Maître, le Bon Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis. Le peuple restait assis à la porte de la prison, ignorant ce qu’il était advenu.

Selon une autre copie, on dit qu’il sortit par la brèche, que les soldats le prirent et l’emportèrent à un endroit connu sous le nom de Boukolia[158], « la maison des bœufs », qui est le lieu même où s’était consommé le martyre du père l’évangéliste glorieux, saint Marc, le Prédicateur ; les soldats virent que saint Pierre se livrait lui-même à la mort et ils en furent effrayés. Il leur demanda un moment ; ils le lui accordèrent. Il leur dit : « Que j’aille à la bénédiction du corps de saint Marc l’Évangéliste. » Ils l’y consentirent, et le suivirent, en grande anxiété, et ils dirent : « Quoi que tu veuilles, fais-le vite. » Il se dirigea vers le lieu où reposait le corps du père saint Marc l’Évangéliste, Prédicateur ; il pria, se prosterna, et s’assit auprès de lui comme pour lui parler, disant[159] : « Ô mon père l’Évangéliste, l’Annonciateur du Seigneur Messie Fils unique, le témoin de Ses douleurs, tu es le premier martyr et le premier sur ce trône. Et toi, ô pur, le saint que Dieu t’a élu pour Son Messie vrai, saint, et tu as annoncé la bonne nouvelle en son nom dans la région d’Égypte, et en cette ville, et les œuvres qui furent dans le service, et tu as reçu la couronne du martyre — pour cela, ô Père de l’Évangile Patriarche Martyr Disciple, j’ai mérité, par la foi en Dieu, de manifester la Parole du Sauveur, notre Seigneur Jésus-Christ. Tu as été élu Ananie le bienheureux, parce qu’il a mérité après toi celui qui a été après lui Milius, et Héraclas (Yārūklā), Denys (Diyūnāsiyūs), Maximus (Maxime), et le bienheureux Théonas, mon père, qui m’a élevé, jusqu’à ce que je sois parvenu à ce trône après lui, et moi, pécheur, je ne mérite pas cet honneur, mais j’attends voir celui que tu m’as annoncé, que je sois un martyr véritablement — si c’était moi qui avais été à la hauteur d’honorer sa Croix et sa Résurrection, et qu’il m’est arrivé dans les relents du parfum de l’encens spirituel, que je sois plus agréable par l’effusion de mon sang à son saint Nom, voici que le moment de mon départ est venu. Prie, mon père, pour que je ne sois pas de ceux qui chancellent, mais que tu m’affermisses et que le Seigneur me fortifie jusqu’à ce que je quitte ce monde. Je te confie à présent le troupeau qui m’a été confié, que je l’ai remis aux miens ; et toi, si c’est toi qui m’étais avant, te voilà notre maître, notre seigneur : sois avec nous comme avec tes fils, ainsi que t’a été donné par le Messie. »

Puis il se leva au tombeau, leva ses mains vers le ciel, et dit : « Ô Dieu, ô Fils de Dieu Jésus-Christ Parole du Père, je t’appelle et je te demande de faire cesser de nous cette persécution qui touche ton peuple, et que mon sang soit le dernier qu’il arrache à ta persécution[160]. Il y avait, près du tombeau, la demeure d’une jeune vierge et de son père, un vieil homme, qui se tenait debout en prière. Quand sa prière prit fin, elle entendit une voix des cieux disant à Pierre : « Tête des Apôtres, et Pierre. » Quand le saint père entendit de cet homme, les martyrs l’appelèrent au tombeau, et il baisa les tombeaux des Pères qui y étaient, et il monta vers les soldats, et ils regardèrent son visage comme le visage d’un ange de Dieu et en eurent crainte — ils n’osèrent lui parler, parce qu’ils voyaient ne pas être seuls autour de lui. Puis, il leva ses mains vers le ciel, rendit grâces au Seigneur, plaça sur son visage et dit : « Amen » ; il découvrit son cou pur au Seigneur, et leur dit : « Faites ce qui vous a été ordonné ». Ils craignaient de lui faire mal, car s’ensuivait peine, et ils regardèrent entre eux, et nul d’entre eux n’osa lui couper la tête. Alors ils se concertèrent, et ils dirent : « Qu’on apporte[161] le coupeur, que chacun de nous lui paye cinq dinars ». Ils étaient six hommes ; et avec eux un [soldat] qui avait des dinars ; il en tira vingt-cinq dinars, et dit : Quiconque s’avancera vers lui et lui coupera la tête, prendra ces dinars de moi, et des quatre qui restent. »

Alors l’un d’eux s’avança, et trancha la tête du saint patriarche martyr saint Pierre, le vingt-neuf du mois de Hātūr — soit onze ans et quelques mois de présence sur le trône évangélique. Pour ce qui est du soldat qui lui paya son prix, comme Judas l’Iscariote, il prit ces dinars, il s’enfuit, lui et ses compagnons, par peur du peuple. Le corps du saint resta gisant pendant la plupart de la journée, et les gens en ignorèrent la nouvelle, jusqu’à ce que le peuple de la prison en fût informé ; ils virent la brèche dans le mur. Ils accoururent alors, trouvèrent son corps et son vêtement, tandis que le cheikh et la jeune vierge étaient assis, veillant sur lui, ils y répandirent le saint corps, ils le parfumèrent d’aromates et recueillirent son sang ; ils se tinrent en pleurant. Puis la ville fut bouleversée, troublée au récit de ce qu’ils avaient vu du martyr, au nom du Seigneur Messie. Arrivèrent alors les chefs de la ville, ils disposèrent son corps sur la natte où il dormait, et le portèrent à l’Église ; ils le conduisirent sur le Synthronos[162], ils célébrèrent la liturgie et le parfumèrent d’encens, célébrèrent la sainte messe, et l’ensevelirent avec les Pères — que ses prières soient avec nous, et avec l’ensemble des fils du baptême. Amen.

 

Vie d’Achillas, Patriarche, dix-huitième du nombre

Lorsque le père patriarche Pierre s’éteignit et qu’il leur eut manqué, les gens d’Alexandrie s’accordèrent ; ils se réunirent et les évêques se rassemblèrent ; ils marquèrent comme patriarche le prêtre Achillas en sa place, ainsi qu’il avait recommandé avant sa mort. Quand Achillas s’assit sur le trône évangélique apostolique, il s’avança une troupe du peuple et lui demanda d’admettre Arius. Il accepta sa parole, et il l’établit comme diacre. Quand il eut accepté de lui ses prières, allant à l’encontre du testament de son père Pierre, il ne demeura sur le trône que six mois[163] ; il se reposa le neuf de Bawūnah.

 

Vie d’Alexandre, Patriarche, dix-neuvième du nombre

Lorsque s’éteignit Achillas le patriarche, le peuple se rassembla ; ils portèrent leurs mains sur le père Alexandre[164] le prêtre, et il devint patriarche selon le testament du Père Pierre, dernier des Martyrs ; il s’assit sur le trône. S’avancèrent auprès de lui certains du peuple, lui demandant d’admettre Arius. Quand Alexandre l’estimable le vit, il le rejeta et ne l’accepta pas, et il dit à ceux qui le sollicitaient : « Le Père Pierre m’a dit, à moi et à mon frère Achillas, que le Seigneur Christ est en colère contre Arius, ne lui pardonnant rien. Quant à Achillas, mon frère, il s’écarta du conseil et l’admit, mais ne demeura sur le trône que six mois. Et moi, je l’admettrais et n’entrerais pas en union avec lui ; et c’est parce que mon père a témoigné par moi que le Seigneur Christ le voit[165] » dans son songe, sa tunique étant fendue (il vit la place de la déchirure)[166] » que tu connais, ta langue de m’avoir abandonné, ce qui fait défaut, ce qu’on demande pour le Seigneur Christ, le Sauveur.

Mais accuse-le qu’il est lui-même en faute, qu’il s’avoue indigne, et qu’il fasse pénitence ; donc s’il s’amende, j’ai reçu commandement par le Christ qu’il ne soit empêché par personne des fidèles d’entrer à l’Église. Lorsqu’il aura fait pénitence et qu’il sera revenu, son péché lui sera retiré, il se repentira ; et alors le Christ devant lui le recevra. » Quand Arius entendit cela, il se mit en colère, et alla rassembler une grande foule, qui prononça des paroles de blasphème ; il rejeta sa parole comme méritant le retranchement, et il dit que le Fils de Dieu était créature[167]. Il y eut une assemblée à cause de lui, à Nicée, qui vit présente trois cent dix-huit têtes des pères réunis (j’entends [le concile] des patriarches de Rome, d’Alexandrie, d’Éphèse, et celui d’Antioche), avec eux Constantin[168] l’empereur fidèle. Ils définirent la foi orthodoxe, le jeûne et la fête. L’empereur leur dit : « Soumettez-vous à ce que vous fassiez de Constantinople un siège patriarcal, parce qu’elle est la ville du roi, ainsi que Jérusalem, parce qu’elle est la ville du Roi véritable et céleste. »

Vie d’Athanase Ier l’Apostolique, patriarche, vingtième du nombre

Quand ils virent ses humbles vœux, ils exécutèrent et excommunièrent Arius l’impie. Constantin l’empereur fidèle anathématisa Arius l’impie, écrivant de sa propre main, et dit : « Il a fait périr ceux que le Christ a rachetés par Son sang sacré. » Arius s’enfuit en Afrique sans y trouver de repos, du temps de Constantin l’empereur ; et au temps d’Alexandre patriarche s’éleva Athanase[169], de bonne éducation, parce qu’il était le fils d’une femme principale qui adorait les idoles, qui était très riche, et qui était orpheline tant que ses parents furent vieux, voulant le marier, mais il ne le souhaitait pas. Elle imagina alors de le faire tomber avec une femme de mauvaise vie, pour le contraindre au mariage, mais il le refusa ; et le Seigneur l’en garda à cause d’un grand dessein. Elle prenait des belles filles, les parait, le faisait coucher dans son lit, le sommeillait — il s’y opposait fermement et s’éveillait qu’on les flagellât et les renvoyât. Elle voulut le marier et le faire chef sur les biens de son père. Il ne voulait pas. Elle fit venir un homme magicien d’Alexandrie, sage parmi les sages des sabéens, et lui fit savoir ce qu’il en était de son fils. Il lui dit : « Invite-moi aujourd’hui, mange du pain avec moi. » Elle se réjouit et organisa un grand festin. Elle réunit son fils. Ils mangèrent et burent. Quand vint le matin, le philosophe lui parla, et lui dit : « Ne te peine pas : tu ne peux maîtriser ton fils, parce qu’il est devenu galiléen, selon l’opinion des Galiléens, et il sera un grand homme. » Elle dit : « Qui sont les Galiléens ? » Il lui dit : « Ce sont les fidèles de l’Église qui ont fait disparaître les Sabéens et anéanti les idoles. »

Quand elle entendit cela, elle se dit en elle-même : « Si elle peut détourner mon fils de moi, et qu’il reste seul, qu’elle aille à lui. » Elle se leva, et l’emmena avec elle, et alla auprès d’Alexandre. Elle lui raconta l’histoire de son fils Athanase et toute sa vie, et comment il s’était baptisé. Quand il atteignit son maximum, il fut retiré comme étant auprès du Père Alexandre comme un enfant au Père. Il s’éleva en éducation à toute sorte ; sa garde des évangiles et son esprit firent qu’il fut comme bigarré (de bidaḥ), de toutes les sciences. Il lut, et il composa quelque chose à propos. Quand Dieu eut accru sa louange, il l’éleva à un grand secret ; il devint comme l’interprète du Père susmentionné, son scribe et le serviteur des paroles qu’il voulait dire. Quand s’éteignit Constantin l’empereur fidèle, par sa belle vieillesse, s’assit après lui Constance (Qisṭanṭūs) son fils, qui ne se maintint pas dans la foi orthodoxe ; il craignait les hommes et se cachait. Il se trouva alors qu’Arius se manifesta à l’occasion, et fit pencher le roi vers lui. Il le séduisit, et il le porta à demander le rappel d’Athanase d’Alexandrie à Constantinople, et à l’éloigner du diocèse.

Et Alexandre était devenu vieux, grand d’âge — bien que le sens de ses sens fût intact —, et c’était Athanase son interprète, son scribe, et celui qui parlait à sa place avec la puissance de l’Esprit-Saint. Pour sa connaissance de la foi orthodoxe[170] », il assista en présence de l’empereur à un séjour, et amena Arius en sa présence ; il parla, et le roi multiplia ses paroles tortueuses. Lui répondit Athanase à son adversaire avec les paroles qu’il composa et invalida ses propos. Aria se troubla, et la séance prit fin. Il dit : « Que l’autre séance ait lieu, et qu’il sache qu’il n’y a aucune force dans Athanase. » Lorsqu’Arius eut donné de l’argent aux gens des portes du roi pour qu’ils empêchent Athanase d’entrer avec lui à la séance suivante : ce fut au matin, et le roi commanda qu’on les amenât ; quand entra Alexandre, on empêcha les portiers que l’apostolique Athanase entrât. Quand le roi et le patriarche furent assis en présence, Arius parla et augmenta sa parole.

Le Père Alexandre se tourna à droite et à gauche, sans voir Athanase son scribe : il se tut. Le roi lui dit : « Pourquoi parles-tu sans langue ? » Le roi connaissait : c’était d’Athanase qu’il parlait. Il commanda qu’on l’amenât. Quand il vit Athanase, qui s’était hâté de venir, il ne s’arrêta pas. Le Père Alexandre dit au roi : « Sache, ô roi, que c’est cet Arius qui était dans le concile, et que ce n’est pas seulement moi qui l’ai retranché, mais ton père l’empereur fidèle, et les gens du concile aussi qu’eux lui ont retranché ; ton père a écrit son anathème de sa propre main : si tu lis l’écrit de ton père et tu le trouves de sa propre main, et moi je dis : Que celui qui rejette le roi Constantin et les gens du concile, n’importe quel homme, soit retranché à mon avis ; or, mon père a en réalité écrit son anathème et l’a abolie de sa main dans le concile qui s’est tenu à Nicée. » Lorsque le roi entendit cette parole, il craignit qu’on relevât son frère, son père l’empereur attristé par cette confusion. Il interpella le Père Alexandre et le ramena à son trône. Resta Arius privé, lié, parce qu’il pensait pouvoir parvenir à sa puissance par le roi, et avait dépensé l’argent dans son entourage ses partisans, désirant cela. Et lorsque s’éteignit le Père Alexandre, après qu’il eut transmis aux prêtres et au peuple, à son côté qu’on installerait après lui Athanase sur le trône, ils s’en réjouirent à cause de son mérite. Quand il fut assis sur le trône apostolique, il fit sortir la communauté d’Arius de l’Église ; il leur signifia l’anathème par écrit à Constantinople, et tous les hommes du concile saint ; il le lut dans l’Église devant l’assemblée.

Quand Arius entendit cela, il se courrouça gravement, son démon devint ardent comme le feu, et il s’en alla auprès du roi. Il dit : « Tu me reçois le patriarche d’Alexandrie de Constantinople, et a opposé mon désir, et il a refusé l’avis du roi. » Le roi dit : « Voici Alexandrie qui s’est privée d’admettre Arius, et il s’oppose à nous : tu sais, toi, qu’il n’agit pas contre nous, et que nous t’installons sur le trône de Constantinople. Il faut que tu ne nous abandonnes pas. Si Arius est béni, tu le prendras et l’admettras. » Le roi dit au patriarche : « L’Église ne le reçoit pas et n’est pas tenue de l’admettre, sans qu’il n’avoue. » Le roi dit : « Il est celui qui confesse la Trinité. » Le patriarche lui dit : « Qu’il m’écrive de sa main sa foi pour que je la connaisse. » Le roi le fit comparaître. Cela ne lui plut guère, [pourtant cela venait] de Dieu Très-Haut.

Et Arius écrivit de sa main la confession et y inséra son hérésie en lui-même, puis il jura le patriarche : ce qui restait dans son âme — un de ses doutes —, faut-il jurer ? Le roi dit au patriarche : « A-t-il quelque chose ? » — Le Père Alexandre dit après cela : « Au patriarche de Constantinople des rois, je dis le Père Athanase, patriarche d’Alexandrie, qui a renouvelé la lecture de l’écriture de l’anathème d’Arius que l’empereur Constantin, ton père, le bienheureux, a écrite, et un groupe à Nicée, et il a banni ses partisans de son église : si Arius ne marche pas en cette manière, je l’admets et le rappellerai du bannissement, et de l’oubli et invitera les serviteurs des religions, les Galiléens parmi les prêtres ; il sortira Arius le dimanche, en attente le dimanche, quand fut le dimanche, il vint à l’Église revêtu d’orgueil et parfumé, et s’assit à la porte des Aradiens en sept, » des prêtres ; et le Père patriarche, et qui était avec lui — pendant qu’on jeûnait toute la semaine, comme jeûne et station devant la face du Seigneur Christ —, demandait qu’il ne fût pas considéré comme une faute pour eux : Arius le roi lui avait juré qu’il ne lui imposerait Arius, le dimanche, après bénir et le choisir l’Église qu’il y restait. Ainsi, l’assemblée des prêtres et le peuple en ce jour-là — Arius présent à l’Église attendant son père, le patriarche, en cette messe, attristé. Quand le lecteur lut, le ventre d’Arius se mit à frémir, on le fit s’éloigner dans un coin, sa diarrhée s’aggrava, ses entrailles tombèrent, ainsi que tout ce qui était dans ses entrailles.

Lorsqu’il fut absent, on le chercha sans le trouver ; il fut atteint et trouvé, agissant et se dressant à vide, tout ce qui était en son ventre étant rejeté devant lui. Le Père patriarche en fut informé. Il en fut étonné, se tut, et rendit grâces au Seigneur Jésus-Christ qui jugeait Arius en aussi peu de temps, et le faisant périr promptement à cause de son œil mensonger et de sa foi corrompue. Il se manifesta au roi et au peuple la véracité de la parole du Père Pierre le saint Martyr, patriarche d’Alexandrie[171]. Alors Alexandre le saint patriarche de Constantinople, en ce jour-là, s’en réjouit grandement, et écrivit à Athanase le patriarche d’Alexandrie : « Glorifions Dieu, et nous te faisons savoir, ô frère, qu’Arius est mort d’une mort merveilleuse, que sa parole s’est retranchée, ses partisans dispersés. » L’empereur ne se contenta pas de cela à cause des plus sincères qu’Arius, à savoir Aujānūs et Wajānūs, et qui étaient avec eux : ils se tenaient sur l’évêché d’Alexandrie. Et cela, que l’empereur envoie à un certain Jirjīs un présent : cinq cents cavaliers de ses soldats, qui le mèneront à Alexandrie, et écrit en toute ville, et en elle des paroles à propos d’Arius[172], selon qui Dieu serait une créature qui ne fut point reçue. Personne ne l’admit en terre d’Égypte. Ils approchèrent les prêtres qu’Athanase avait nommés. Jirjīs entra à l’Église d’Alexandrie par contrainte, et tua par ses soldats qui l’accompagnaient un peuple nombreux, parmi le peuple chrétien, qui était de l’avis d’Athanase, jusqu’à atteindre le sang dans l’Église. Ils dévastèrent les ornements de l’Église, corrompirent les vierges qui s’y trouvaient.

Et fut Athanase caché. Il y demeura un long temps, méprisant dans les grottes et le désert et les champs, en toutes les terres d’Égypte jusqu’en Haute-Égypte. Les Ariens étaient les hommes du roi, ils s’étaient répandus en tout lieu. Sérapion (Sarābiyūn) était évêque jusqu’à ce que devienne scribe du patriarche Athanase, et tout le peuple fut tenu en estime par les Ariens. Six ans plus tard, parut Athanase, allant chez le roi, imaginant qu’il le tuerait. Il avait pris la couronne du martyre. Le roi commanda qu’on le portât en bateau, qu’il était petit, sans qu’on lui donnât ni pain ni eau, sans qu’aucun matelot fût avec lui, ni la main de personne ne descendrait en lui, et il y resta seul, marchant en mer. Il s’exécuta : se mit en route avec lui sur les flots ; Dieu le gardait, et son but, jusqu’à ce qu’il atteignît Alexandrie le troisième jour à l’aube. Sortirent les prêtres et le peuple, et le reçurent par la joie et la lecture, jusqu’à ce qu’il entrât à l’Église, et fasse sortir Jirjīs et qui en lui accompagnait son hérésie. Et fit Athanase en ce jour-là, fête au Seigneur, et la joie du peuple en pays d’Égypte de toutes ses parties ; et après sept ans vint un homme nommé Eugarios (Awjūriyūs), et avec lui le ravisseur d’une troupe de soldats, et il pilla l’Église, et il demeura quatre années. Il prit Athanase et l’emmena ; le roi le livra à un nommé Sallām, kāfir païen, et voulut le tuer.

Pour Libère, patriarche de Rome, et Denys (Diodyūsiyūs) patriarche d’Antioche, qui ont rejeté la foi orthodoxe, le Seigneur les a délivrés de sa main, et ils l’ont sauvé. Athanase passa avec Libère à Rome, et resta auprès de lui jusqu’à la mort de Constance, dont régna après lui son fils Constant, qui fut orthodoxe et ordonna le retour d’Athanase à son siège. En ce temps Cyrille était patriarche de Jérusalem, et apparut sur sa main un grand prodige, à savoir que parut une lumière sur le tombeau du Seigneur Christ Sauveur (59), et la virent une foule de Romains et tous les habitants de la ville et ses environs, présents qui le constatèrent ; ils restèrent depuis la troisième heure jusqu’à la neuvième heure, et les gens accouraient le voir de tout endroit. Cyrille écrivit à Constantin l’empereur, l’informa de ce prodige, et l’empereur était partisan d’Athanase ; lorsqu’il revint à son siège, il le maintint vingt-cinq ans, et fut en paix et en sécurité. Cela avait été précédé de vingt-deux ans d’exil, de combats et de persécutions. Mourut Constant, et après lui régna Julien le Romain, l’incroyant païen — il était fils de la sœur de Constantin l’empereur. Lui se mit dès l’heure à ouvrir les barbares, qui était à Antioche : parce qu’il ne lui convenait pas, qu’il habitât à la résidence du Constantin le Grand, il alla au lieu des idoles, prit la foi des prêtres des idoles ; il s’approcha du Diable, qui tomba et se dressa dans son cœur, et il avait un fils de la sœur, qu’on appelait Julien aussi, kāfir comme son oncle.

Il prit le prêtre orthodoxe Tāwdūsius ; il le tua. Il vint à son oncle et le mit au courant. Il en fut courroucé, et lui dit : « Que voulais-tu que je le tue ? Si tu as voulu tuer un chrétien, alors je voudrais qu’ils périssent et disent qu’ils sont devenus martyrs ». Mais j’ai juré de revenir, du combat des Perses, que prennent de tout chrétien trois aw uqya de naphte. Il voulait par là molester les chrétiens jusqu’à ce qu’ils servissent les idoles, parce qu’ils ne pouvaient acheter le naphte. Il y avait à l’Église quatre colonnes qui la portaient[173]. Eux étaient Athanase le patriarche, Antoine et le jugement des moines de l’Égypte, et Basile évêque de Césarée de Cappadoce, et Libère patriarche de Rome. Libère le précité, ami de Julien le roi, élevé avec lui à l’école : quand il l’eut entendu, ses paroles, ils prirent des évêques et passèrent vers lui. Il médita à propos de Libère, il lui parla, et lui dit : « Que veux-tu en proche entretien, un bon pasteur, comme combattre Libère le fils du marchand, ce qu’il a abandonné, jusqu’à venir ici ? » Lui dit Basile : « Il a laissé sa boutique pour qu’on lui serve un cercueil, ô empereur, je ne peux que tu sois mon ami, et c’est l’amour que tu m’as témoigné, c’est l’aubaine à ce moment de mon cou. » Lui dit Basile : « N’avais-tu pas autrefois aimé l’enseignement, en t’en délectant, par lequel tu as quitté la Sagesse ? » Le roi lui dit : « Basile, ce que je lis ne te suffit-il pas ? »

Il dit : « Basile, ce que je n’ai pas lu, je le lis bien, ni qu’on le mémorise. » Et si tu l’avais su et l’avais mémorisé, tu l’aurais rejeté ». Lui dit le roi : « Devoirs sur vous est mon entreprise, qui doit que je revienne du combat des Perses, et qu’on attende ce que sera Basile ; je suis passé, je n’écoute pas le Verbe Dieu dans toi, ô Julien l’empereur. Que dois-je faire avec ce Galiléen menteur, qui dit : « Je détruirai le Temple que les juifs ont bâti et leurs enfants » — par les rois, et tout le monde puisse paraître mensonger en sa parole. Puis il jeta Basile et les deux qui étaient avec lui en prison, et alla en Perse, et passa par Jérusalem, et vit le Temple, qui était en ruines, sans qu’il en restât pas même un pan, parce que Vespasien (Sbāsiyānus) le roi l’avait détruit, ses habitants avaient été gardés. Il ordonna qu’on le rebâtît[174] ; et il alla Julien susmentionné après qu’il eut chargé le maître d’œuvre du remplacement, qu’il commença la construction et la démolition de ce qui restait du Temple, jusqu’à ce qu’il n’y restât point pierre sur pierre, comme l’a dit l’évangile saint, et qu’il commença à le rebâtir : ils continuaient de bâtir et lutter du jour à la nuit, et se reposer durant la nuit ; quand vint le matin, ils trouvèrent ce qu’ils avaient bâti détruit, sans aucune main d’homme, et plutôt ils trouvèrent les pierres arrachées de ses bases, jetées à terre. Ils l’apprirent, ce mois, [et] ne purent rien construire. Les juifs leur dirent : « Brûlez ces tombes que les chrétiens y ont creusées : alors la construction tiendra, ce qu’ils bâtirent. Ils firent ainsi, et y mirent le feu dans les tombes, et apparurent deux corps avec elles, le corps du saint Élisée le Prophète et le corps de Jean le Baptiste. Le feu ne les atteignit nullement et l’étonnement augmenta : le feu fut encore six jours sans approcher d’eux. Alors un de ces fidèles passa au gouverneur, et lui paya un marché pour qu’on lui pût enlever les deux corps qui étaient dans les deux tombes, et il prit argent. Il ouvrit pour cela : ils prirent ces deux corps saints, et les transportèrent au père Athanase, patriarche d’Alexandrie, ils sortirent[175]» et se réunirent en lui ; il s’en réjouit comme s’il les voyait lui-même vivants. Il les prit, les cacha en un lieu où il put.

Il bâtit dans un lieu une église, sur ces [reliques]. Athanase, un certain jour, était assis et avec lui une foule de fidèles qui écoutaient sa parole et qui en vivaient — ses sens —, lorsqu’il leva les yeux. Il regarda en face du lieu où il était, des plateaux. Il dit : Trouvez-vous bâti pour le moment ces tombeaux pour Jean le Baptiste et le saint Élisée le Prophète ? Théophile (Théophile) son scribe[176] », assis à la table — entendit cette parole, le retint à propos. Quant à Julien l’Apostat, il alla au combat des Perses ; Dieu le livra entre les mains de ses adversaires, à cause des saints qui s’étaient opposés à lui. Sa mort fut qu’il fut regardé la nuit, et un soldat lui était apparu : il leva sa main, lui jeta une lance, qui pénétra son ventre, jusqu’à ce qu’il sût que c’était l’un des martyrs[177] il prit avec sa main du sang, le répandit en haut, et dit : « Prends-le, Jésus, le ciel a pris ce lieu en entier. » Lorsqu’il fut tombé mort, Dieu eut compassion de son peuple ; les Romains revinrent à leurs maisons. Le saint Basile était avant la mort de Julien, depuis trois jours, dans la prison ; il s’était réveillé du sommeil et avait dit aux deux qui étaient avec lui : « J’ai vu cette nuit le saint Mercure (Marqūr) le Martyr ; il est entré à son église, il a pris sa lance et m’a dit : « Vraiment, ce qui me reste de cet incroyant, à blasphémer contre mon Dieu ; quand cela disparut de moi, je ne suis pas revenu. » Voyez-le », il dit à chacun de ses [compagnons] : « En vérité, je l’ai vu de même », et chacun ajouta : « Nous croyons en cela, qu’en vérité elle est. » Ils envoyèrent à l’église du Saint-Martyr Mercure, pour qu’on regardât sa lance qui s’y trouvait : était-elle restée encore, ou pas ? On ne la trouva pas. La lance fut alors dans le sommeil. Trois jours après, des écrits et des nouvelles arrivèrent à Antioche, à propos de la mort de Julien.

Se réunirent les chefs du royaume et installèrent un homme nommé Jovien[178] au pouvoir, qui était fidèle, craignant Dieu depuis son enfance. À l’instant il fit relâcher les pères de la prison, et on rétablit la parole de la vérité. Lui dit Basile à Julien l’Apostat : « Cet homme ne reviendra pas, comme l’a dit le Prophète Michée à l’incroyant roi Achab des fils d’Israël, parce que Dieu seul fait des merveilles. C’est lui qui est Dieu de ces deux : à savoir que ce prophète, et ce saint Père, quiqu’avant leur paroles », et présenta Jovien, le roi des trois Pères, et il les honora et leur paya beaucoup d’honneurs ; il les renvoya à leur trône. Il continuait à prier dans l’église ; et écrit Athanase patriarche d’Alexandrie un livre, dans lequel il dit : « Ô véritable Père, le pasteur fidèle, Athanase, témoin du Christ, le Dieu de notre Roi, console ton cœur ; tiens ferme la branche du sacerdoce ; chasse les loups séducteurs loin du peuple parlant, ceux dont la bouche est pleine de blasphème, malédiction et venin de vipères, et qui sont les meurtriers des âmes. » Athanase lut ce livre dans l’église d’Alexandrie ; et l’envoya, Athanase le patriarche, dans la province d’Égypte, et fut lu dans ses églises pour affermir les fidèles et les fortifier. Puis il en chassa les compagnons d’Arius, les dispersa, les détruisit. Puis ils s’enfuirent par après loin de lui à Jovien l’empereur et l’élevèrent sur le Père Athanase. Il ne se tourna point vers leur parole. Et fut alors Athanase, vieux et grand. Après qu’il avait rédigé un grand nombre de mīmars (homélies métriques) et de discours, il écrivit pour Melkisédeq[179] ; et pour son père Antoine[180] (qui mentionna sa vie) il écrivit sept et quarante (?) ; pour Aristotekios », il écrivit pour la Croix sainte. Il enseigna que le Seigneur Christ avait trompé le diable (Iblīs), au point qu’Iblīs s’imagina être un homme simple.

Quand il s’avança vers lui, il le mordit avec son doigt qui lit le petit doigt, et avec ses pouces, plaçant ses paumes derrière[181] — le déchirement de sa puissance, sa fissure, et la voici. Il nous a montré qu’Iblīs avait été vaincu, faiblement, parce que le doigt second petit avec lequel l’homme n’agit jamais en rien, fut le plus faible des doigts ; il ne le tua pas vite, mais sa force alla, comme l’Écriture le dit dans le Psaume 67 : « Que Dieu se lève, et que ses ennemis se dispersent. » Et il écrivit des enseignements nombreux, des choses sans nombre. Il écrivait à Basile et lui répondait, à Basile son ami. Il l’appelait « mon père », il écrivit aussi un livre à Arsénios consolant Théodore son frère, à la mort où il dit, en lui disant : « Tout ce qui ne nous atteint pas en place de Théodore, ô frère ! Plût à Dieu que notre bateau coulât en son port. » Et il écrivit un mīmar (homélie)[182] », où il dit que le mal qui vient de Iblīs vient de Dieu, et qu’il n’y a chez Dieu nul mal du tout. Il est dit que ce Père Athanase, le patriarche, fut transporté par l’ange du Seigneur en certains de ses voyages, lorsqu’il était fugitif des rois infidèles, jusqu’à ce qu’il atteignît où il voulait, comme l’ange transporta Habacuc le prophète, depuis Jérusalem à Babylone, et comme il transporta Ézéchiel le prophète depuis Babylone à Jérusalem ; cela ne fut pas difficile à Dieu Très-Haut[183]. Il y avait à Alexandrie une idole nommée Israël (Zarāʾīl)[184].

Quand Athanase l’observa, ce de son côté, il dit : « Je trouvai à mon Maître Christ miséricorde : je me prosterne devant Lui, je ne lèverai mon visage à terre, jusqu’à ce que ferme la porte ce de cette idole. » Ils en témoignèrent gens de l’église d’Alexandrie. Sept jours après depuis le jour de sa mort, exécuta Jovien l’empereur fidèle et il ferma la porte de la chambre où était l’idole.

 

Vie de Pierre II, Patriarche, vingt et unième du nombre

Lorsque s’éteignit Athanase l’Apostolique, le peuple orthodoxe se réunit ; ils portèrent leurs mains sur un homme prêtre nommé Pierre, et le firent patriarche, et il fut sur lui beaucoup de tribulations[185] à cause d’un homme impie nommé Lucius, [Lucius] qu’avait imposé Valens (Dadyānūs) l’empereur impie sans son ordre — l’empereur. Quelques jours après, lorsque parvint la nouvelle à l’empereur, il commanda l’arrestation de Lucius l’impie, et de Dadyānūs le scribe ; il les exila et les y détint jusqu’à leur mort. Et l’on installa le Père Pierre comme patriarche, huit ans, qu’il dura ; il s’éteignit le vingt d’Amshīr[186].

 

Vie de Timothée Ier, Patriarche, vingt-deuxième du nombre

Le peuple et les évêques se réunirent après la mort du Père Pierre ; ils portèrent leurs mains sur un prêtre, dont le nom était Timothée (Tāyāṭāwus)[187], et le firent patriarche. En ses jours fut le concile à Constantinople, et il y eut cent cinquante évêques. Ils retranchèrent Macédonius (Maqdūnyūs) l’impie, patriarche de Constantinople, ainsi qu’un autre nommé Awnūmiyūs[188], parce qu’ils avaient blasphémé contre l’Esprit-Saint en disant qu’il était créature ; et cela aux jours de Théodose[189] l’empereur fidèle. Théophile demeura sur le trône tous ses jours dans la paix et la sécurité. Sa durée sur le siège d’Alexandrie fut de neuf ans et demi ; il s’éteignit[190] le vingt-six d’Abīb, attaché à la foi orthodoxe.

 

Onzième Vie tirée des Vies de la sainte Église : Théophile, Patriarche, vingt-troisième du nombre

Quand s’éteignit le Père Timothée, les évêques et le peuple se réunirent ; ils s’accordèrent et firent Théophile patriarche. Il avait été le scribe du Père Athanase ; sa conduite était droite et il était constamment en présence de Dieu et des hommes. Lorsqu’il s’assit sur le trône, il lui parvint que les idolâtres étaient passés à Jérusalem et avaient ouvert les sanctuaires de leurs idoles. Il envoya des moines là-bas pour les chasser, mais les moines ne pouvaient rien sur les idolâtres ; alors le Père Théophile envoya, à propos des moines du monastère de Haute-Égypte d’Égypte, faire venir une troupe vigoureuse, et les expédia à Jérusalem. Lorsqu’ils y entrèrent, ils prièrent et fuirent les démons des sanctuaires : ils firent du sanctuaire de la résidence des moines de Jérusalem. Lorsqu’ils revinrent, ils apportèrent à Théophile le patriarche un ennemi qu’ils mangeaient avec lui à manger du pain de l’Un au jour de l’Un[191]. Il leur donna un jardin que possédait le Père Athanase le patriarche : puis Théophile le patriarche dit [ce qu’avait dit] Athanase quand il mangeait avec lui — et il était son scribe — qu’il désirait nettoyer les ruines qu’il avait vues, qu’il bâtisse en son lieu une église au nom de Jean le Baptiste et d’Élisée le Prophète. À cet instant vint une femme qui avait à elle des fils et des biens : ces ruines furent percées, et apparut le bouclier inscrit sur trois pierres « Tīyāṭāt », et le récit de Théophile avec les apparitions de l’ange ne furent pas écrits dans cette Vie.

Lorsque Théophile retira le bouclier, il trouva sous lui des biens, dont il bâtit les églises[192], et il bâtit aussi une église à l’emplacement à côté du jardin, où il transporta le corps du saint Jean Baptiste et le corps d’Élisée le Prophète ; et apparurent en eux des prodiges nombreux en ce jour-là ; il guérit une foule des hommes qui souffraient de leurs maladies. Théophile écrivit en sa vie plusieurs mīmars et discours. Y régna Jovien l’empereur douze ans ; mourut, et régna après lui Walās [ou] Awlāndiyūs ; ils étaient deux fidèles, aimant Dieu et glorifiant son Nom. Théophile, lorsqu’il regardait le bâton de lumière qui se levait sur l’eau du baptême devant lui, en quelques années il fut, le vendredi du baptême, à prier sur l’eau[193] du baptême, sans que la croix de lumière apparût sur elle, et il en fut attristé. Lui apparut en révélation qu’il manquait que fût présent Arsénios (Arsāniyūs) le diacre qui prie avec lui, et n’apparaîtrait jamais rien à elle en ce jour-là. Il envoya à sa demande, et le trouva dans la province d’al-Ashtūn, le fit venir, qui se hâta à elle ; ainsi se réjouit, et il s’apaisa lui-même.

Apparut la croix de lumière. Lorsque Théophile le patriarche vit l’humilité du diacre susmentionné, et son acte, il voulut le faire son adjoint, [mais] Arsāniyūs ne le voulut pas, refusa, et lui demanda qu’il le dispensât de cela, et qu’il priât pour lui, et qu’il revînt à son monastère ; il fit donc selon sa demande. Il avait à Théophile le patriarche[194] un fils de sa sœur, dont le nom était Cyrille, que son oncle paternel élevait dans la meilleure éducation. Puis on l’envoya à la montagne de Naṭrūn, à saint Macaire (Abū Maqār) le saint, et il y demeura cinq années dans les couvents, lisant les livres antiques et nouveaux ; on lui recommanda l’application à l’enseignement. On lui dit : « Tu vivras à Jérusalem, en vie spirituelle, qui est la résidence des saints. » Il fut assidu dans la cellule du patriarche. Lorsqu’il atteignit son âge[195], on l’envoya au désert et le confia à Sérapion (Sarābiyūn) le Sage[196], à qui on prescrivit de lui enseigner les sciences de l’Église, qui sont les sciences véritables [de Dieu].

Il garda tous les livres ; il se tenait debout devant son maître, à ses pieds, le voyant tenant en sa main une épée de fer : si dormait, il l’effleurait ; il se réveillait. Il était dans le plus court temps : en lecture quatre nuits, où il lisait les quatre Évangiles et les Actes [des Apôtres], et l’Épocalypse, et la lettre du bienheureux Paul, première aux Romains ; lorsque venait l’aube, il regardait sur son visage son maître, alors il se trouvait qu’il avait été debout en station toute sa nuit, et avec lui la grâce de Dieu — au point qu’il était, lorsqu’il lisait, sur un livre, une fois, qu’il l’apprenait, et qu’il en gardait, dans ces années-là, tous les livres ecclésiastiques[197]. Et après cela, l’envoya Théophile le patriarche, et le ramena à Alexandrie. Il était avec lui dans sa cellule et il lisait devant lui : il s’étonnait, lui, des prêtres, des savants et des philosophes, et se réjouissait à la beauté de son aspect et la santé de son corps, qui n’était pas changeante, comme il est écrit qu’il avait grandi en bouche par la douceur de sa lecture, son apparence belle, et l’on en parlait : tout le peuple, lorsqu’on l’entendait lire, ne pouvait s’arrêter, à cause de la douceur de sa lecture et la beauté de son aspect. Son oncle paternel, Théophile, se réjouissait de lui ; il rendait grâces à Dieu, parce qu’il l’avait gratifié d’un enfant spirituel qui avait grandi en grâce et en sagesse.

Il avait conduite excellente, humilité, qu’il ne sortait jamais des sciences spirituelles, qui regardent dans les paroles des Pères enseignants de l’Église orthodoxe — Athanase, Denys, Clément, Eusèbe, Basile patriarche de Rome, Basile l’Arménien évêque, et Basile évêque de Cappadoce[198]. Voilà les Pères orthodoxes, dont il lisait les enseignements ; et il refusait le discours d’Origène (Aryāns), il ne touchait jamais ses livres[199]. Quand parvenait à lui qu’un fidèle en lisait, il s’efforçait de le réfuter et de le repousser. Et Cyrille, lorsqu’il lisait dans l’Évangile saint, donnait abondance d’allégresse ; ils en étaient stupéfaits ; ils comprenaient cela : ils demandaient à Dieu sa science, qui leur a donné. Lorsqu’il était comme un nectar qui sort comme une rosée, sur les plantes et les arbres, il rassemblait, lui-même, le quart d’un vase, et le remplissait : c’était comme un pur miel, sans la moindre impureté[200]. La conduite du Père Théophile fut de nombreux genres : ce qu’il fit à Alexandrie avec Théodose[201] l’empereur fidèle, et les prodiges de l’ange Raphael avec lui — ainsi que la nouvelle de la femme veuve et de ses deux fils, qu’il fit deux évêques —, et les trois « Tīyāṭāt » écrites sur la tablette du trésor à Alexandrie, et ce que manifesta Raphaël l’ange, parmi les prodiges dans l’Église qu’il bâtit Théophile dans l’île — puis le pouvoir que lui donna l’empereur sur tous les déserts d’Assouan jusqu’aux confins de la Syrie — voilà tout cela qu’on a relaté.

 

Vie de Cyrille, Patriarche, vingt-quatrième du nombre

Lorsque s’éteignit le Père Théophile patriarche, le Père Cyrille s’assit sur le trône apostolique. Les évêques portèrent les quatre Évangiles sur sa tête ; ils prièrent sur lui et dirent : « Ô Dieu, fortifie cet homme que tu as choisi pour nous. » Il apparut, et son peuple se mit à exécuter dans toutes les Églises qui se manifestent par lui ; il s’occupa nuit et jour de la nourriture spirituelle qui fortifie à supporter ce qui plaît à Dieu, et il apparut dans la sagesse aimable. Quant à l’empereur Théodose le Petit[202] — qu’aimait Dieu —, il suivait, lui, le testament de son père, et il se faisait au courant chez lui : tous les moines et les solitaires habitaient avec lui ; et il n’avait pas d’enfant, et c’était sa sœur qui exerçait pour l’empereur le pouvoir. Cyrille le patriarche ne se lassait pasde produire des mīmars et des discours par la puissance de l’Esprit-Saint qui parlait en lui, jusqu’à ce que les chefs des Romains d’Alexandrie lui demandassent de leur rédiger ce qu’il publierait, en le copiant. Il lui dit, Cyrille, à un groupe des philosophes : à savoir Julien l’empereur a, en ce lieu, méprisé Moïse et tout l’enseignement des Prophètes, et il a fait du Messie un homme simple.

Il dit : « Le Galiléen menteur, mensonger lorsqu’il dit qu’il ne restera pas pierre sur pierre dans le sanctuaire de Jérusalem[203] — moi, je détruirai pour révoquer sa parole. » Et il a démoli, Julien susmentionné, ce qui restait dans le sanctuaire pour le rebâtir, et il a échoué : il n’a pu rien y bâtir. Sa parole nous est devenue comme une affirmation pour la parole de Sauveur, et nous avons connu sa divinité, parce qu’il n’a pu rien réfuter de sa parole. Quand Cyrille entendit cela, il ajouta — sa parole — beaucoup. Quand il l’eut lu, il découvrit qu’il avait été placé là par Julien ce qu’il y avait lu : il trouva, après lui, ce qu’avait composé Origène (Aryāns) et Borfāriyūs. Mais le Père Cyrille ne put rassembler les copies dispersées de ces livres dans les mains des hommes : il écrivit à Théodose l’empereur, l’avertissant, lui disant : « Si tu négliges, périront ce qu’a placé Julien, et l’incroyance, l’éloignement de l’autre — il rassembla ces livres qu’avaient placés ces gens, et il les fit brûler. »

L’empereur s’en réjouit, lui écrivit, le glorifia ; et il fit Dieu tout ce qu’il avait dit. Et Cyrille écrivit la réponse, le pria de prier sur son royaume ; alors Cyrille s’en réjouit, et fit pour cela des mīmars et des discours, où il rejeta la parole de Julien, et il les fit et l’ange m’a frappé en guerre, comme Saül[204], et il dit beaucoup de choses. Après cela parvint la nouvelle d’un blasphème de Nestorius (Nasṭūr)[205] et de ses paroles fausses, et il l’enregistra. Il dit ce qu’avait fait Julien. Quand parut le blasphème de Nestorius patriarche de Constantinople, lorsqu’il avait reçu Cyrille, le patriarche d’Alexandrie écrivit Nestorius patriarche de Constantinople « en paix fraternel » au Dieu de la Vérité qui nous a donné la grâce unique, et qui a réuni toute la terre habitée en une seule entente, en une seule pensée, et avec ta paix unique, en la foi qui est qu’Il est de Dieu Fils Jésus-Christ. Et le reste de la Lettre, ce n’est pas connu ce qu’il a écrit dans cette Vie. Cyrille répondit ainsi : il rejeta avec eux son blasphème.

Le Père Cyrille écrivit aux évêques en lui faisant savoir l’état de Nestorius. Ils se réunirent à lui et lui dirent : « Nous avons appris la nouvelle et il est ferme à cause de ce qu’Arius — ses partisans —, et Paul, et Mani, et qui étaient d’autres hérétiques semblables à eux, qui étaient patriarches, et que les hommes avaient égarés. Que ferons-nous, ô Père ? » Le Père Cyrille leur écrivit un livre second, où il dit : « Toi sois-tu en lui un disciple — beaucoup, ce que je te dis — la plupart de ce que je te dis, je te dis vraiment, ô toi : enseigne-le, exhorte-le, fais-le craindre, conscient que la foi droite, qu’on en sache, qu’il revienne sur sa parole d’incroyance, et fais-lui sentir qu’il ne peut s’opposer à Dieu, qui est monté pour notre salut[206] sur la croix » — et c’est sa copie, à un autre frère ton associé dans le service. Ce qui m’est dit pour toi est confirmé ; et les livres qui me sont parvenus de toi qui me dit que tu n’as pas écrit ce qu’il y a en eux, je n’en suis pas sûr également, parce que les paroles mensongères se sont instaurées sur les saints, parce qu’il a écrit des livres pleins de mensonge en blasphème, et je t’avertis maintenant, et je te recommande de t’éloigner de ce blasphème, et de ces querelles. Tu n’as nulle force à combattre Dieu qui pour nous fut crucifié, et qui mourut dans le corps, et qui est vivant par puissance de divinité, et il est assis à la droite du Père. Les anges l’adorent et les souverainetés et les forces, lui qui est le Roi éternel à qui appartient tout : c’est lui le Créateur de tout, et tu n’as nulle force à le combattre. Si je te disais ce qui s’est abattu sur les juifs et leurs adversaires, tu n’es pas savant, et plutôt tu sais ce qui s’est abattu sur les hérétiques — j’entends Simon le Magicien (Sīmūn), Julien le roi, Aryūs et son groupe : voici, Job le Juste dit : Voyez mes blessures et craignez et glorifiez Dieu. Et moi je dis que l’Église ne se laisse pas abattre par les épreuves, ni personne ne peut sur elle, car elle est comme la roche, et la foi, parce que les portes de l’Enfer ne prévaudront point sur elle.

Et tu sais quelles épreuves elle a endurées et qu’elle n’a point cédé ; vois maintenant ce que tu fais — et la paix. » Lorsque arriva cette deuxième lettre à Nestorius, il écrivit aussi à Nestorius une lettre comme la première — pleine de blasphème. Quand elle parvint au Père Cyrille, il écrivit ce qui se disait : « Si je n’étais pas évêque, ne sachant que tes voisins et tes proches : moi, lorsque je m’assis sur le trône fils de Dieu, m’a fait connaître chaque chose pour la gloire de l’Église, j’ai été ferme contre mon Seigneur en parole de blasphème : tu ne peux le confirmer, ni le réaliser. Tu prétends scruter les Anciens livres, dans lesquels tu trouves Le Christ qui s’appelle homme pur, comme tu prétends ; or, ce que tu démontres : tu combats Dieu Qui t’a créé toi-même Qui s’est associé en sa propre personne — c’est-à-dire qu’il est Dieu, le Fils de Dieu, le Père Qui appelle dans l’Antique et le Nouveau, et de même qu’Il appelle dans l’Évangile de Jean : Il est le Fils Unique, qui est dans le sein du Père, et Matthieu (Mattā) l’évangéliste — son interprétation est : Dieu est avec nous, comme l’a dit Isaïe en sa prophétie ; Marc témoigne dans l’Évangile que Lorsque le chef des prêtres l’interrogea : « Es-tu, Toi, le Fils de Dieu ? » — il dit : « C’est moi ; et désormais vous voyez le Fils de l’homme assis à la droite de la Force, et venant sur les nuées pour juger les vivants et les morts. »

N’est-ce pas le témoignage que rend Paul ? C’est cette confession bonne qu’a confessée devant Pilate le préfet : c’est cette confession ferme, à cause de laquelle l’Église a fait, et ses fils sont devenus martyrs, en innombrables. N’as-tu pas entendu Gabriel l’ange dire à Notre-Dame Marie, qu’elle enfanterait : il est de l’Esprit-Saint, et le Fils de Dieu qui s’appelle Glorieux sur tout dans le siècle des siècles. N’est-ce pas Lui qui a porté les péchés du monde ? N’est-ce pas Lui qui est Jésus le Christ, fils de Marie, qui a enfanté de Dieu la Parole incarnée, et a porté les péchés du monde par sa montée à la Croix pour nous ? Et n’as-tu pas entendu Paul l’apôtre dire : Il n’est pas un homme, mais Il est Dieu fait homme — et dit aussi Paul : il n’est pas un ange, ni un médiateur — c’est Lui notre salut, à savoir Jésus-Christ, et Dieu le Père l’a élevé d’entre les morts ; vois maintenant comment il avoue qu’Il est Dieu, comment il avoue ses douleurs, qu’Il a endurées dans son corps saint. S’il avait été un homme nu : comment a-t-il avoué Paul que notre salut n’est ni un homme, ni de chez un homme, ni un ange, ni un médiateur, sinon Dieu venant de Dieu seul ? Et il avoue Notre Seigneur Jésus-Christ, et il a avoué ainsi sa mort lorsqu’il a dit : Le Père l’a relevé d’entre les morts. Vois maintenant que cette sagesse, accomplie en notre Seigneur Jésus-Christ, est en sécurité et en repos. T’envoyons cette correspondance, ô frère : tu la recevras toi-même au milieu de l’Église — toi qui n’es pas non plus instruit. Lis ce qu’elle dit : tu apprendras de cela, et ainsi tu en apprendras davantage. Et j’ai envoyé à toi des frères qui demeureront chez toi pour examiner et chercher attentivement, et que tu écrives, qu’il se garde, ce que tu as chez toi. Salut. »

Lorsque Nestorius reçut cette lettre, il ne reçut pas les frères qui étaient venus à lui, et n’a pas accepté de la recevoir, ni n’a écrit aucune réponse à elle. Ils demeurèrent un mois, comme nul ne fut. Le Père Cyrille leur ordonna de revenir à Nestorius, et qu’il ne leur permît pas de l’admettre, à le rencontrer, comme l’avait dit le cœur de Pharaon à Moïse. Et Nestorius était l’ami de Théodose l’empereur, depuis longtemps : ils étaient à l’école ; l’empereur lui disait : « Je n’ai pas entendu nul des maîtres de l’Église[207] comme ta parole. » Quand cela arriva, on entendit cela d’eux, ils s’endurcirent. Cyrille envoya aux apôtres au Père et leur fit savoir l’état d’Aryūs son père son armure de la foi qu’il avait laissée pour lui. Athanase et Athanase et Paul revêtit l’armure de la foi qu’il avait revêtue dans l’Église de saint Marc l’Évangéliste, et sortit à la guerre comme David et avec son cœur attaché à Christ, ferme. Et il écrivit à tout le reste des évêques, qu’ils écriraient à l’empereur lui demandant qu’il rassemblât pour eux un concile, où ils examineraient la situation. Ils mentionnèrent à lui que les pères qui l’avaient précédé ont été dans tout temps et tout siècle, par patience belle et par aide des évêques, dans la consolidation de la foi orthodoxe, qu’on prie pour leur royaume.

Et maintenant, voici Nestorius qui se montre et l’Église, et il n’est pas loin de l’égarement, du culte des idoles, par sa parole de blasphème — il dit que le Christ est un homme seul, et qu’il est un prophète, n’autre, et qu’il a abandonné en outre [les paroles] des Prophètes ; or, nul d’eux n’adorait celui-ci comme un homme — car Pierre a dit en notre Seigneur Christ : « Tu es Dieu vivant, fils de Dieu, qui rejeta lui-même Maître. » Que veux-tu, ô Maître ? que tu sois ici trois tabernacles : un pour toi, un pour Moïse et un pour Élie. Disons : il est lui-même créateur des anges et des hommes, et il a manifesté sa gloire à ses disciples par leur appel, qu’un cheikh des cieux et qu’un autre [vînt] de la terre. Maintenant, nous demandons au gouverneur fidèle : que l’on regarde sur cet homme, et que tu pries sur toi, ô gouverneur, qu’il bénisse pour toi sur ton royaume. Lorsque l’empereur fidèle eut lu ce livre, il en fut profondément remué par la puissance de Dieu, et il rassembla les évêques à Éphèse[208], lui et le patriarche : se réunirent là-bas environ deux cents évêques de toutes les villes, chacun d’eux avec lui, des prêtres, des sous-diacres et des diacres ; et envoyèrent chercher Nestorius.

Ils l’attendirent quelques jours sans qu’il vînt. Ils écrivirent à l’empereur ; ils lui firent savoir que Nestorius ne se présentait pas pour qu’on l’attendît. L’empereur demanda à Nestorius qu’il envoyât un comte avec lui pour le surveiller ; il dit : « Ce sont eux nombreux et moi seul ; ils me tueront. Soit envoyé avec moi un homme qu’on appelle Candidien[209], l’avis de Nestorius. Lorsque le concile fut, Cyrille prit Nestorius la nuit et le mit dans un lieu où était une cuvette ; et lui et ses compagnons dirent : « Cyrille a quoi à dire ? Sous nos pieds il a dit : « Faulkīh fīh il a dit : Action de grâces à Dieu Qui nous a donné victoire — Qui les a placés en bas de l’eau ! » Or Candidien avait fait cette aide à Nestorius pour faire taire Cyrille et ceux qui étaient avec lui des évêques rassemblés à cause de lui : on ne put rien réussir avec eux, parce qu’ils ne s’étaient assemblés que pour [cela] et avoir donné leurs âmes pour la foi orthodoxe. Quand cela leur fut véritablement, alors firent paraître Cyrille et ses compagnons, il craignit qu’on en prenne connaissance avec l’empereur. Il fit alors qu’on gardât les portes ; il empêcha les gens des messages d’aucune chose qu’on écrivît à l’empereur. Puis demeurèrent les Pères plusieurs jours, avec eux Nestorius évêque d’Éphèse rassemblés priant — Nestorius isolé, séparé d’eux —, ils envoyèrent à lui[210] trois évêques pour le prier qu’il vînt avec eux à la prière ; les soldats, compagnons de Candidien, l’empêchèrent d’entrer chez lui.

Quand cela leur fut prolongé, et leur dura le sujet sur leur séparation de leurs sièges, ils s’avisèrent qu’ils s’éloigneraient de l’ennemi de Dieu à sa damnation. Ils se réunirent et apportèrent les Quatre Évangiles, et apportèrent les livres pleins de blasphème, mensonge, parole. Et Cyrille avait pour scribe un diacre nommé Pīṭras le savant, l’intelligent : il connaissait les passages du blasphème que Nestorius dans ses livres : ils les firent porter au concile saint, et il les sortit rapidement de leurs places. Quand ils s’arrêtèrent dessus, il s’éclaira pour eux qu’ils blasphémaient, et il se sépara de lui. Ils écrivirent leurs anathèmes dans le livre de son anathème et envoyèrent à lui ; mais lui ne le reçut pas, et ne revint pas à son blasphème. Ils voulurent envoyer ce qu’ils avaient écrit à l’empereur, sans pouvoir y parvenir, à cause de ce qu’avait fait Candidien le patriarche pour la garde des routes, alors ils se concertèrent ; ils prirent l’un d’eux, lui donnèrent le livre, le mirent en habit de pèlerin, et le firent passer en compagnon, jusqu’à ce qu’il atteignît Constantinople et remit le livre à Ṭāmnāṭus le scribe et le porte-tablette de l’empereur. Il alla, le porta avec lui, et le présenta à l’empereur pour le maître Athanase ce qu’il y avait. Le porte-tablette le prit avec lui des Pères, le scribe ; il le fit lire à l’empereur. Quand il le lut, le concile fut entendu à Éphèse, [il dit] : « Nous savons que c’est lui Emmanuel qui est Dieu fait chair ; ce n’est pas Nestorius qui nous a réunis dans cette confession ; il est étranger au Père, au Fils, au Saint-Esprit ; étranger à l’héritage des disciples ; étranger à l’Église unique sainte, et étranger à ceux qui ne disent pas que Jésus est Emmanuel, c’est-à-dire que c’est lui Dieu qui est fait chair ; et que tous ceux qui ne disent pas que la Vierge a enfanté Dieu Verbe incarné véritablement, est, en vérité, retranché ; c’est lui le Christ Vrai, le Sauveur. Jésus, à lui louange à tous les siècles Amen. »

Lorsqu’il eut lu cette confession devant l’empereur, lui et qui étaient dans son palais, ils crièrent et dirent : « Lui Jésus est Emmanuel, c’est-à-dire Dieu, Verbe incarné, lui-même. » Lui dit Aṭmnāṭus le scribe à l’empereur : « Que ta majesté écrive à ces évêques, qu’on présente ces écrits, qu’on accepte leur suggestion ; bénisse sur ton royaume. » L’empereur fit cela, et envoya cela au concile à Constantinople ; ils l’admirent comme convenant : il les agréa avec leur confession, et il les bénit et il prit leur bénédiction, ordonna qu’on ne fît plus de Nestorius l’exilé, qu’on l’éloignât de lui, qu’on le bannît avec son convoi à Misr (Égypte), et l’envoyèrent. Les évêques lui dirent qu’il avouât avant son départ que celui qui a été crucifié, c’est Lui Dieu qui s’est incarné, et nous t’admettons et nous renoncerons à ton bannissement. Il endurcit son cœur comme Pharaon, et ne leur répondit pas. Quand il dit le porte-tablette : « Restons ici. Le porte-tablette s’est fatigué. » Il dit : « Le porte-tablette s’est fatigué : ton seigneur s’est fatigué », parce que c’était la sixième heure ; et lui était Dieu. Comment dis-tu ? Dit Nestorius : Quand je voyais que ces évêques se sont réunis pour me forcer à dire que Jésus c’est lui Emmanuel, c’est-à-dire Dieu fait chair, alors moi je dirai : Dieu s’est fatigué. Le porte-tablette marcha avec lui jusqu’à ce qu’il atteignit à al-Akhmīm, dans la province de Haute-Égypte, où il demeura banni, exclu et retranché jusqu’à ce qu’il mourût[211].

Le saint Père Cyrille a écrit plusieurs lettres : la première à abba Jean, patriarche d’Antioche[212], où la commencent : Que se réjouissent les cieux et que se complaise la terre ; et une lettre à abba Kyros (Kyrios), évêque de Mélitène (Malīṭiya), où la commencent : Quel est meilleur que la rencontre de deux frères complets, qui s’enseignent l’un l’autre les enseignements spirituels ; et une lettre à Olarianus, évêque d’Iqūnya, abba Jean le frère bien-aimé partenaire dans le service ; et une lettre aux prêtres et diacres et moines et ascètes, fermes en la foi droite, après le retranchement de Nestorius et son éloignement, et une lettre à Olokios le prêtre alexandrin, qui était à Constantinople : il y a des hommes qui en sont coupables envers nous à cause de l’épître qu’a écrite les évêques de l’Orient ; et une lettre à Anastase et Alexandre et Sosaiyūs et Wurghūdyūs le prêtre, à Maxime le diacre et il loue beaucoup votre amour de la science. Et chacune des lettres mentionne en elle la foi droite, et il fait paraître l’incroyance de Nestorius, l’incroyance de sa parole. Il dit : ce qui est contraire à la foi des saints Pères, et ce qui contient les Livres saints, et ce qu’a énoncé l’Esprit-Saint dans les langues des Prophètes véridiques, et les Apôtres élus, et les saints Pères enseignants de l’Église Apostolique catholique, en lettres autres qu’à Nestorius lui-même avant son retranchement, qu’il avait écrites avec amitié, et il l’enseignait, et il l’exhortait, qu’il s’occupât de cela. Cela ne lui profita pas, il ne s’éloigna pas du mal de son opinion, et la dureté de son cœur, et la corruption de sa croyance[213].

Lorsque le Père Cyrille acheva sa Vie, en bonne vieillesse, il fut admis au repos éternel en paix.

 

Treizième Vie tirée des Vies de la sainte Église : Dioscore Ier, Patriarche, vingt-cinquième du nombre

Et l’on plaça après le repos du saint abba Cyrille le saint patriarche, Dioscore[214] le saint, comme patriarche sur le trône de la cité d’Alexandrie. Il rencontra dans son combat contre la foi de Chalcédoine de rudes tribulations[215], à savoir de Marcien (Marqyān) le roi et de son épouse, qu’on relève de son trône à cause de l’engouement de toute leur démarche pour Chalcédoine et son égarement, et de leur tâche, lui et son épouse, jusqu’à ce qu’ils tirassent profit[216] — et tout ce qui suivait leur foi corrompue à cause de leur attachement à l’avis du roi et à son entourage, en faisant paraître la doctrine de Nestorius et son renouvellement. Et c’était la coutume des premiers qu’on écrive les Vies des prédécesseurs en chaque siècle. Or, dans le temps des fils d’Israël, Philémon (Filīmūn) le lecteur, et Frūsiyūs et Eusèbe (Awsāwiyūs)[217], nous écrivirent quelque partie de la Vie de notre Seigneur Jésus-Christ et la dévastation de Jérusalem par Vespasien (Asbāsiyānūs) et Titus (Ṭīṭus) son fils, et ce qu’il en fut. Et ceux qui suivirent — écrivirent Afrīqnūs et Awsābus, et Ménas, la Vie des tribulations et le combat qu’a accompli le pasteur, et qu’il rencontra par les peuples, aux jours d’abba Cyrille le sage patriarche, et ce qui se passa entre lui et Nestorius. Quant à la suite de l’histoire d’abba Dioscore, et au concile de Chalcédoine, après lui se sont écartés la foi et les chaires : il est resté qu’on en n’écrit plus la Vie. Cette suite s’est interrompue, et le Seigneur reste pour toujours. Pour cette raison, on n’a pas trouvé la Vie du saint Dioscore le patriarche après son exil. Et la garde de la foi orthodoxe a été conservée dans la chaire de l’Annonciateur Marc à présent et à toujours, et au-delà[218]. Il prit la couronne du martyre dans l’île de Gaghra (Gāghara), de Marcien le Roi, et il s’y reposa.

 

Vie de Timothée II, Patriarche, vingt-sixième du nombre

Et après le repos du Père Dioscore le combattant, le Seigneur Christ établit un patriarche qu’on appela Timothée[219] sur le siège d’Alexandrie. Il endura des tribulations, des combats avec les opposants, fut exilé, lui et son frère Anatolios (Anāṭūlus)[220], à l’île de Gaghra aussi. Il dura sept années. Il revint, par bénédiction de Dieu, sur l’ordre du roi à Alexandrie. Et c’était son honoration aux jours de Léon[221] le roi. Il demeura patriarche vingt-deux ans. Il se reposa le sept du mois de Mishrī[222].

 

Vie de Pierre III, Patriarche, vingt-septième du nombre

Et lorsque s’en alla Timothée au Seigneur, par l’ordre de Dieu, il fut établi Pierre[223] le prêtre patriarche d’Alexandrie et siégea. Le règne des Romains était encore très ferme à renouveler le concile de Chalcédoine, le second, en tout temps, parce qu’il n’est pas bâti sur le fondement du Roc affermi en Lui, le Verbe (al-Kalima) de Dieu, Jésus le Christ. Et après cela, il dura un temps : Acace, patriarche de Constantinople, écrivit à Pierre patriarche d’Alexandrie[224], lui demandant de l’admettre, par lettres nombreuses et correspondances, parce qu’il avait rejeté le concile de Chalcédoine et leur calomnie sur les opposants, et le Tome (Ṭūmus) de Léon le maudit[225] ; ainsi la Vie de Nestorius, il la rejeta. Pierre lui écrivit un livre où il vérifia la véracité de sa parole, par les prodiges qui le confirment. Lorsqu’elle lui parvint d’eux, il en fut joyeux et heureux et il fit paraître à ceux qui voulaient suivre la foi orthodoxe. Puis il écrivit une synodique[226], et l’envoya à Pierre l’évêque dépossédé. Il y avait certains des évêques qui, lorsque vint le temps qu’on présentât les écrits des deux patriarches, Pierre et Acace, ne se présentèrent pas. Le Diable mit à dessein la confusion en leur cœur ; les évêques en furent infatués.

Cependant ils avaient pour chef Jacob[227] évêque ṣā, et Ménas évêque Manyat Ṭāmā[228]. Ils s’en allèrent à la cité d’Alexandrie, et dirent au patriarche : « Comment peux-tu admettre Acace, qui appartient au concile de Chalcédoine ? » Il leur répondit qu’il l’admettait à cause de son retour sur cette opinion, et il leur fit connaître ce qui était venu à lui de ses lettres qui témoignaient de son retour à la foi droite ; il leur fit savoir l’envoi de la synodique aux évêques pour qu’ils l’entendissent par ses paroles, conformément au canon de l’Église. Mais ils n’acceptèrent pas sa parole, par chercher la considération et la grandeur en leurs cœurs, et ils se séparèrent dans leur ignorance, comme dirent les fils d’Israël : « Nous n’avons part en David, ni héritage avec son fils. » Ils se séparèrent du Père patriarche Pierre et n’entrèrent pas sous son obédience, jusqu’à ce qu’ils retiennent un chalcédonien comme leur tête qu’ils nommèrent — qui n’était pas leur tête. Et ils étaient les correspondances échangées entre les deux patriarches mentionnés, soit cinq rouleaux.

Pierre, lorsqu’il fut patriarche d’Alexandrie, rencontra des combats des opposants. Il les exila et leur livra leurs sièges pour un homme nommé Timothée, et Wīrīn (?) Indāwūs (?) et Tāwāghnusṭus (?) qui à Cyrène, puis Jean le Tabennésiote[229] (3). Lorsque mourut Acace, le Père patriarche Pierre revint à son siège, par grande gloire. Sa durée d’assise sur le trône fut de huit ans ; il se reposa en paix. Sa correspondance, nombreuse, du sept de Hātūr — toutes ses lettres sont conservées au monastère de Saint-Macaire (Abū Maqār) — et il y a un livre à Zaytūn le roi le bienheureux, et la réponse, et il y a en lui les joyaux des paroles, et la sanctification, et la confession à la foi droite.

 

Vie d’Athanase II, Patriarche, vingt-huitième du nombre

Lorsque le Père Pierre le saint mourut, on présenta Athanase[230] ; il fut intendant à l’Église d’Alexandrie, on le fit patriarche. C’était un homme bon, plein de foi, de l’Esprit-Saint ; il accomplit ce qu’il put. Il n’y eut, en ses jours, ni schisme ni persécution dans l’Église sainte. Il dura sept ans, et se reposa le vingt de Tūt[231].

 

Vie de Jean Ier le Moine, Patriarche, vingt-neuvième du nombre

Lorsque s’éteignit Athanase le Petit, on présenta Jean le Moine[232], et on le fit patriarche sur le trône évangélique. Sa Vie suit la voie de ceux qui le précédèrent, parmi les Pères vertueux. L’Église, le peuple et les habitants du désert vivaient en ses jours dans la sécurité et la paix par la grâce du Seigneur Christ ; il était au temps de Zaytūn le roi le bienheureux[233]. Il ordonna en ses jours le souverain qu’on portât au monastère de Saint-Macaire (Abū Maqār) Audīr Hubāb[234] tout ce dont ils avaient besoin de blé, de vin et d’huile, et tout ce qu’on présenterait pour la construction de leurs cellules. Et accomplit abba Jean le patriarche son service en sécurité aux jours de Zaytūn le roi le bienheureux le fidèle, et il se reposa le quatre de Bashons[235], après qu’il eut demeuré huit ans patriarche, et il rejoignit ses pères.

 

Vie de Jean II le Reclus, Patriarche, trentième du nombre

Lorsque s’éteignit abba Jean le patriarche, on plaça à sa place un homme reclus, qu’on appelait Jean[236] ; cela était par l’ordre de Dieu, et il était de la famille du patriarche défunt. Il composa, en ses jours, des écrits nombreux et de belles homélies. Et fit paraître Dieu en ses jours des prodiges étonnants : il établit comme prêtres une sainteté et un sacerdoce ensemble pour l’Église, et le roi était Anastase le fidèle. Et le patriarche Sévère le vertueux, revêtu de lumière, sur le trône d’Antioche, devint la corne du salut pour la foi droite ; il s’assit sur le trône à la place du grand Ighnāṭiyūs[237]. Il écrivit une synodique au Père Jean le patriarche en s’unissant à lui dans la foi, et l’invitait à l’accord entre eux dans la foi unique orthodoxe que les saints Pères ont reçue. Le patriarche l’accueillit, ainsi que ses évêques et leurs sièges et qu’on consolida en leurs Églises et la province d’Égypte ; et l’on offrit des prières, et on rendit grâce au Seigneur qui rendit les membres tranchés à leurs places, par grande joie, allégresse spirituelle.

Jean le patriarche écrivit au Père saint le grand Sévère sa réponse, par une parole canonique pleine de la foi droite, qu’il écrivit aux maîtres de l’Église, comme l’écrivit à lui le bienheureux Sévère. Lorsque l’Apôtre revint avec ce don, qui lui ressemblait à sa majesté, il fut grand de joie et de plénitude. Jean demeura patriarche onze années, et se reposa le vingt-sept de Bashons[238].

 

Vie de Dioscore II, Patriarche le Nouveau, trente-et-unième du nombre

Lorsque s’éteignit le Père Jean le patriarche, il avait pour scribe un homme nommé Dioscore[239], homme accompli en toutes ses qualités, paisible et excellent. Il n’y eut personne, en son temps, qui lui ressemblât. On le fit patriarche sur le trône évangélique. Il écrivit une synodique au Père Sévère, où il mentionna le repos du Père Jean le bienheureux, et son intronisation après lui sur le trône apostolique. Et lui écrivit Sévère en lui [donnant] consolation, et confirmant la foi droite, et prescrivant l’enseignement du peuple, et qu’on ne se lassât pas de cet enseignement, et qu’on l’affermît à propos. Et il dura, Dioscore, patriarche trois ans ; et dans une autre Vie : il s’est tenu une année et demie[240], et se reposa le dix-sept de Bābih, et rejoignit son père.

 

Vie de Timothée III, Patriarche, trente-deuxième du nombre

On l’établit comme patriarche sur les chaires d’Alexandrie Timothée[241]. Mourut Anastase[242] l’empereur fidèle, et l’on installa après lui un homme méchant, opposant, dont le nom était Justinien. Il dirigea le royaume. Lorsqu’il s’assit, il déploya son effort à éloigner les fidèles de la foi orthodoxe vers le concile de Chalcédoine, et le premier qu’il commença : prendre Sévère[243] le patriarche, et il rassembla un concile à la cité de Constantinople à propos de lui ; et il y avait, lui-même, un patriarche de Rome, et Cyrille[244] (3) sur (4) Constantinople, et les évêques qui étaient sous leur main : il les expédia auprès de Sévère le patriarche d’Antioche, et soldats avec lui à la cité d’Alexandrie. Il pensait qu’il pourrait, par convoitise, ramener Sévère le saint à son avis, qu’il marchât à sa suite, qu’il acceptât sa parole méchante. Lui ne s’inclina pas — Sévère le grand —, et alla à Constantinople ses évêques, à la foi droite. Le Père Sévère à Constantinople le roi le reçut au début avec grand respect, et éleva sa position, et lui parla de bonne grâce, demandant son aide, que parvienne Tomus le Tome de Léon[245]. Mais lui, le combattant en Dieu, qui avait fait dans son cœur la parole de Pierre l’apôtre à Simon le magicien : « Que tes biens et toi soient à la perdition, parce que je te vois être plein d’amertume des deux dragons. » Et c’était Justinien le roi pareil à Nestorius. Or, en certains jours, l’empereur ordonna que les évêques se rassemblassent à ce concile : Père Sévère le combattant ne se présenta point chez eux, ni aucun de ses évêques, parce qu’il refusait de reconnaître le Tome de Léon et le concile de Chalcédoine rejeté, malgré le désir du roi de le ramener à eux ; on vit, à propos de l’incroyance — ces choses qui se sont passées —, le récit complet d’eux serait longue chose. Lorsque parvint à Sévère le patriarche l’ordre de l’empereur, il ne se concerta pas avec eux, et alla auprès d’eux, leur fit subir les tribulations et les épreuves.

Il y avait deux ans que la reine Théodora la fidèle vint à lui ; elle le délivra, et le rendit ; elle le fit revenir à son trône. Et il en fut sortie, en ces jours, Timothée à Alexandrie. Lorsque sortit Sévère le patriarche d’Antioche et ses évêques de l’Orient, ils gagnèrent l’Égypte. Vinrent les évêques à la ville d’Alexandrie, se résolurent à beaucoup de monastères, et fuyait l’auteur lui-même, en ce temps-là, de monastère en monastère, secrètement et publiquement, et puis du monastère [s’en allait] à un autre monastère, dans son écrit aux évêques ses compagnons à Alexandrie ; il leur recommandait, les confortait, leur recommandait qu’ils résistassent dans les épreuves bravement. Il y avait avec eux des évêques rivaux, qui se nommait Julien[246] — il fit paraître qu’il ne participait pas avec le concile de Chalcédoine parce qu’il prétend que le Sauveur Christ Un divisait les natures, ce qui le faisait passer pour deux après l’union, sans corruption. Or il s’écoula un temps tel que le Père Sévère écrivit Tome par paroles méchantes pour des gens méchants, en lui ce qui ne plaît pas — la foi de Eutychès l’incroyant et d’Apollinaire et de Manès, et il rejetait Eutychès ? (Khabīs) l’impie — qui ajoutait aussi le blasphème des actes de foi qui supposaient l’imagination, niaient les douleurs du Sauveur le Christ vivant, et l’envoya aux régions de Haute-Égypte et aux moines du désert ; ils l’admirent : ils tombèrent dans le piège. Sept hommes, lorsque Dieu illumina leur cœur, refusèrent et écoutèrent à dire ce méchant Tome. Apparurent ceux qui s’égaraient avec Julien : on les tua, le reste ils se dispersèrent, et purent le sanctuaire dans leurs cellules au monastère de Saint-Macaire (Abū Maqār) et autres[247].

C’est cela la cause de leur dispersion et l’extension de l’égarement aux quatre monastères du désert et à al-Jawāsiq, et par la puissance de l’Esprit-Saint et la grâce, fut la raison des sept moines restants : ils refusèrent les enseignements de l’envoyé pour égarer les gens, et il était une eau qui jaillissait de cet égarement, Julien, qui ne cessait pas d’expédier ses livres en tout endroit pour égarer les hommes et les attirer à lui. Quand connut le Père Sévère cette force de l’Esprit-Saint qui demeurait en eux, il écrivit en tout endroit pour répandre son sujet et disperser ses ouvrages, et faire savoir aux hommes ce qu’il avait écrit dans son livre, qu’on s’écarterait des deux fissures ladayhi (à lui-même) : un blasphème métaphorique. Et Sévère le saint frappa de cette frappe ses adversaires, et combattit celui qui suivait le Tome et son partage. Tout cela aurait pu rester, et résistance ; au moment où s’éteignit le Père Timothée le patriarche, il était attaché en la foi droite. Il était combattant à propos d’elle, comme le Père Sévère, et rejetant Julien et tous ses propos. Sa durée d’établissement comme patriarche sur les chaires d’Alexandrie fut de dix-sept ans. Il se reposa[248] le treizième du mois d’Amshīr.

 

Vie de Théodose, Patriarche, trente-troisième du nombre

Et par l’ordre de Dieu, les évêques et le peuple orthodoxe se rassemblèrent après le repos de Timothée, et par la disposition du Seigneur Christ, ils établirent comme patriarche le saint Père Théodose[249] ; il fut homme savant et habile à l’écriture de l’Église. Et après quelques jours, le pervers s’éleva, en raison de mauvaises pratiques de ses bienséances, et causa des troubles entre des hommes méchants des gens de la cité, partisans des manœuvres mauvaises ; et il y avait un homme avancé en âge, vétéran dans le siège, qui s’appelait Daqyānūs[250], et il était l’archidiacre du diocèse d’Alexandrie. Il se tint debout au moment de l’élection du Père Théodose comme patriarche avec les évêques et les prêtres et les chefs de la ville, et le firent. Ils écrivirent son procès-verbal et le présentèrent au siège apostolique, en accord avec tout le peuple chrétien aimé de Dieu. Et après cela, son égarement[251] et l’opinion (2), gagnèrent un groupe — j’entends l’archidiacre — et ils suggérèrent contre lui, disant : « Cette préséance et la priorité doivent te revenir : il n’est pas permis à un autre que toi qu’il te précède », et ils s’introduisirent dans son esprit ; lui peu de temps avec la mauvaise parole. Il accepta leur conseil ; ils le prirent et l’amenèrent à la maison d’un prêtre nommé Théodore, et c’était un homme de mauvaise œuvre. Il avait des biens nombreux. Ils intronisèrent Acace (Daqyānūs) l’archidiacre comme patriarche ; il y avait avec eux Julien le corrompu en la foi, en accord avec Théodore le prêtre, parce que Théodose le bienheureux, lorsqu’il fut devenu patriarche, avait excommunié Julien puisqu’il avait été l’asile aux opposants. Puis il alla auprès du gouverneur, du gouverneur et de l’intendant des moyens [impériaux] ; il les corrompit avec eux, leur adoucit le cœur par la quantité des cadeaux, jusqu’à ce qu’ils s’opposassent au Père Théodose le patriarche et à l’Église par un grand mal, et expulsèrent Théodose le saint de la chaire d’Alexandrie à Iḥsamānūs : il y demeura six mois.

Le gouverneur cacha à l’empereur son acte, et son partage avec lui, et tout ce qui se passa entre Julien et Théodore et Acace assemblés contre lui. Or le sage Sévère le patriarche appelait Théodose « le frère et l’aide et l’associé dans la chose unique apostolique véritable » et il le consolait et l’affermissait sur ce qu’il subissait pour la foi orthodoxe et l’attestation à l’image du grand Paul Iᵉʳ avec Stéphanos et son attestation au Christ et comment ils le chassèrent les gens de sa maison et ses proches, comment l’ont fait descendre les fidèles du fortin dans une corbeille — qu’il s’enfuit de Damas. Et il était le Père Théodose aimait l’angoisse profonde des opposants et leur persécution contre lui. Et c’était cela en l’an cinq et quarante du règne de Diocladianus, et le Père Sévère le patriarche, caché de la part de Justinien le roi opposant, par amour pour le Christ, dans un village de la province d’Égypte qu’on appelle Bishā, chez un homme qui s’appelait Druwāṭūs important, à cause des cheikhs des moines qui rejetèrent l’égarement de Julien l’Apostat. Et c’était l’homme susmentionné de ceux qui avaient pu aller au gouverneur de la province d’Égypte, c’était Arsṭamākhus[252], et il lui demanda qu’il fût compatissant aux cheikhs des moines qui étaient au désert, qui consentirent à eux et leur permirent de bâtir des oratoires et au lieu de Jawāsiq, en plus, qu’il avait pris d’eux, Julien et ses compagnons, qu’il rendit aux moines avec cela.

Il rendit grâces à Dieu Très-Haut, et c’était Père Sévère le patriarche fit Tome avec laquelle il vainquit les compagnons des deux natures, et il cassa les croyants, croyant glorifier Dieu et l’élever, par la langue de l’épée spirituelle, et il étudiait dans les livres de la sagesse divine constamment, jusqu’à ce qu’il fût avancé en âge et que le temps approchât de son passage de la fatigue à la paix, parce qu’il s’établit dans le combat et la patience à la persécution des opposants pendant trente ans sur le siège d’Antioche en lutte avec opposition à la foi orthodoxe jusqu’à la mort. Lorsqu’il acheva sa course, et qu’il fût gardien de la foi droite, il s’en alla auprès du Seigneur Christ qu’il aima ; il prit la couronne de la victoire avec les saints Pères dans l’Église des premiers-nés des cieux. Quant au Père bienheureux Théodose, il fut profondément attristé, et craignit beaucoup, en raison d’Acace l’opposant et de qui était avec lui ; il y avait Jean, intendant d’Alexandrie, combattant à son sauvetage, [parmi] les Pères. Ils se concertèrent à propos de lui : ils le prirent secrètement, l’emmenèrent dans un bateau sur la mer ; ils s’en allèrent avec lui à un village qu’on appelait Mālij, dans la province d’Égypte, où il demeura deux ans. Le peuple d’Alexandrie envoya à son église et à ses prêtres et avancés [et dirent au gouverneur] : « Pourquoi notre pasteur bon Théodose s’est-il éloigné de nous ? »

Le gouverneur craignit qu’on en parlât à l’empereur de leur part. Il avertit Acace l’opposant ; il le fit sortir de la cité, puis passa à l’un des premiers, recevoir des affaires de l’empereur. La reine Tāwadūra la fidèle agit, en vue de son rappel, le bienheureux Théodose : qu’il soit banni de la cité d’Alexandrie, parce que son origine en venait, et alla auprès du roi avec calme, sagesse, douceur et respect, et l’avertit ce qu’il en était sur le Père Théodose le patriarche dans sa cité d’Alexandrie sans permission de sa part. Lorsqu’il entendit cela, il fut bouleversé en cœur à cause de ce qui était survenu aux deux chalcédoniens en raison du Julien rejetant la foi corrompue. Puis il voulut faire plaisir à la reine et la satisfaire. Il lui donna ce qu’elle voulait. Il lui ordonna avec son ordre qu’elle fasse en cela ce qu’elle voulait. Elle envoya les chevaliers à la cité d’Alexandrie pour découvrir la nouvelle, et de ramener le Père Théodose le patriarche à son siège. Il ordonna aux émissaires qu’ils sussent comment fut son partage à sa déposition. Y a-t-il en lui cohérence avec la loi de l’Église ? Lorsque ils arrivèrent à la cité, ils interrogèrent ce qu’on leur avait ordonné de découvrir. Ils découvrirent comment fut sa déposition, et comment fut la déposition d’Acace l’archidiacre, et qui d’eux était le premier — celui qui a déposé un homme qu’il a pris, à cause des cadeaux, et des houris ; [on] cria, on dit qu’Acace fut le premier dans la déposition. Or le propos fut sans confirmation : ils écrivirent cent vingt hommes des prêtres et des chefs de la ville leurs écrits que le premier dans la déposition fut Théodose. Puis se réunirent par l’aide du Seigneur Christ avec lui, et présentèrent les émissaires de l’empereur, ses chefs et ses commandants — qui étaient parmi ses délégués et ses fidèles —, [et] s’assemblèrent tous les Alexandrins avec eux dans la sainte Église. Ils présentèrent l’Évangile saint, et le sceau du roi qui contient son cachet et son image.

Ils présentèrent le Père Théodose le bienheureux patriarche et un groupe des évêques qui étaient présents. Ils les divisèrent entre eux, ils les interrogèrent : un par un, ils dirent leur confession librement, sans crainte ni divergence dans la parole : « Théodose le bienheureux est lui-même le premier déposé, par accord des évêques et du peuple, selon le canon de l’Église. » Et après cela par deux mois, ils entendirent qu’on avait fait Acace patriarche. Acace s’avança devant l’assemblée et avoua de cela, et leur demanda qu’il pardonnât, qu’il accueillît son repentir. Il demanda à l’assemblée auprès du Père bienheureux Théodose qu’il l’admettrait, et qu’il accueillit son repentir, condition qu’il écrivît de sa main qu’il avait fait cela contre la loi de l’Église, et il resterait en son rang archidiaconale comme il était, et il y serait soumis et reconnaîtrait le Père Théodose et son obédience à lui jusqu’au temps de sa mort. Il fit cela tout entier, et tous consentirent à dire que c’est juste, et la joie de tous fut grande. Ils glorifièrent Dieu et le remercièrent quand revint à eux leur pasteur Théodose le bon patriarche, et il s’assit sur sa chaire. Il dirigea l’Église et le peuple en paix. Quant à Julien et Théodore et Mani et un groupe avec eux d’opposants, fut établi sur eux le nom qu’ils étaient opposants ; ils ne se repentirent point. Quant à Acace, il devint sous l’obéissance de Théodose le patriarche. Lorsque s’établit le rang de l’Église et le peuple chrétien fidèle, le Père Théodose s’en réjouit ; il écrivit des livres dans lesquels il rendait grâces au roi et à la reine, et leur les expédia avec leurs apôtres, eux Arsamus et Niqōfūs et Faldīrūs ; il les remerciait à propos de ce qu’ils faisaient. Lorsqu’ils arrivèrent, ils livrèrent le ms. Codd. Vespasien (Asbāsiyānūs).

Les écrits du roi le firent connaître à tout ce qui était comme pensées vouées qui inclinent : « Et voici je t’ai livré, à toi Théodose, sur les chaires d’Alexandrie, et on a ajouté à toi tous les diocèses du pays d’Égypte, de la région et de l’Afrique, et tous les pays et tout ce qui m’aide en la foi que tu suis, pour que toute l’Église devienne d’une seule foi unique. » Puis [il pensa] : c’est-à-dire le roi Justinien[253] : « Après cela, il médita, et il écrivit au gouverneur d’Alexandrie et à ses chefs ; il invitait le Père Théodose qu’on lui présentât. À lui pour qu’il accepte le Tomus de Léon, et qu’il l’aide à cela, et il y aurait pour lui les deux pontificats, le patriarcat et la juridiction, et tous les évêques d’Afrique seraient sous son obéissance, et il serait à lui-même de tout commandement, et même s’il n’obéissait pas, n’y consentait pas, il serait expulsé de l’Église, et conduit où il voudrait. Parce que celui qui n’est pas d’accord avec moi sur la foi ne sera pas seigneur sur aucun peuple ni sur aucune église. » Quand suivit le Père combattant bienheureux Théodose le patriarche le confessant à Christ le livre du roi, et ce qu’il avait dit en présence de l’assemblée et du gouverneur et des messagers, il dit comme l’avait dit l’évangile saint : « le diable (Iblīs) prit le Sauveur et l’emporta[254] à une haute montagne, et lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire, et lui dit : « Tout cela, je te le donnerai si tu te prosternes devant moi. Je l’ai donné comme tu m’avais promis, à condition que je périsse, devenant en exil loin de mon Maître Christ le Roi vrai. »

Le messager présenta entre ses mains les ordres de l’empereur et du gouverneur — et c’est devant la grande assemblée. Il dit en vérité : J’anathématise le Tome (Ṭūmus) de Léon, et le concile de Chalcédoine, et celui qui les avoue lui est anathème dès maintenant à toujours. Amen. » Puis il dit aussi au gouverneur et à toutes les troupes : « Le roi n’a aucun pouvoir sur le royaume, ni sur mon corps : et le Maître Jésus, le vrai Roi, le Grand, possède l’autorité suprême sur moi, mon âme et mon corps tous, et voici les Églises et tout ce qui est en elles, et tout ce que vous voulez : faites-le. Quant à moi, je suis le successeur de mes pères, qui m’ont précédé comme maîtres de l’Église — Athanase, Cyrille, Dioscore, Timothée et qui était avant eux, ce que je suis devenu, leur représentant indignement. » Il s’exécuta et il dit : « Quiconque s’attache à Dieu doit me suivre, parce que je suis sorti du sein de ma mère nu, et je vais à lui nu — et celui qui se chargera lui-même en ce temps-ci pour la foi, le suivra. » Pour qu’on l’élût, ils descendirent à la salle prudemment ; au matin fut donné l’ordre, comme l’empereur l’avait écrit dans son livre, de l’expédier où il voudrait. Il sortit de la cité, et fit fortifier le Sauveur Christ son cheminement par lui-même. Promit Astamākhus, et le supporta sur ce qu’il avait besoin de lui, et le porta dans une barque en Haute-Égypte d’Égypte ; il y séjourna et instruisit les hommes là-bas, et les moines dans les monastères, et les affermit sur la foi orthodoxe et les fortifia au combat jusqu’à la mort.

Quant à l’envoyé du roi, il revint auprès de lui et lui fit savoir tout ce qui s’était passé et comment Théodose sortit de la cité — il n’avait pas accepté tout ce que l’empereur lui promettait, mais avait rejeté son royaume et sa parole, par fermeté à la foi. Il pensa, lui-même qu’il l’abandonna à l’ensemble pour leurs hommes ; il leur permit de tenter de ramener ses fidèles aux chalcédoniens ; il écrivit un livre méchant — des serments et des engagements pour le patriarche Théodose : qu’il ne lui suivrait aucune douleur ni dommage, mais bien tout salut et bien, et l’envoya avec un secrétaire ; il lui dit : « Reviens vers lui pour qu’il vienne à moi, et dis-lui ce que veut l’empereur d’une rencontre tous deux. Lorsque le Père bienheureux le patriarche reçut le livre du roi, il chercha aide dans la puissance de notre Seigneur Christ. Il prit avec lui parmi les prêtres des hommes savants connaissant le bien, et embarqua avec eux dans un bateau marin, jusqu’à ce qu’ils arrivassent à Constantinople ; et il entra auprès du roi et de la reine. Lorsqu’ils virent son humilité et son humble douceur, ils le reçurent avec belle [bienveillance]. Ils lui ouvrirent un endroit que [Justinien] avait préparé pour lui [et qui présentait des] commodités. Et lui dit dans toute épreuve qu’il l’entretiendrait avec le calme, et il y avait le bruit de [Justinien] qu’il l’aidait pour confirmer le concile de Chalcédoine, et donnait la considération nombreuse, la préséance et le pontificat.

Mais celui-ci disait : « Pour moi, point de vie ni mort, ni cession, et la nudité, ni épée, ni conduite, le crâne s’arrache de la foi de mon père Iyobiṭ et de la terre de mon noble lieu, ni le péché à propos de ce qu’écrivirent à mes Pères les maîtres fidèles avant moi : les pasteurs courageux qui parlaient en notre Seigneur Christ Marc l’Évangéliste à ce jour où me prit le Père Timothée comme diacre. Et je suis devenu, moi, patriarche après lui par disposition divine. » Lorsque le roi ne put le faire pencher à sa parole, il l’expulsa à l’exil avec gravité, et fit, à plaisir des prêtres d’Alexandrie, et lui adjoignit un homme nommé Bawlus le Tāl[in]īsī[255] comme patriarche sur les chaires d’Alexandrie à la place de Ménas, patriarche de Constantinople. Il l’envoya avec une garnison militaire à la cité d’Alexandrie. Lorsqu’il y arriva, ne le reçut personne de ses habitants, et ils l’appelaient « Yodes[256] le Nouveau » : il y demeura un an, sans qu’on l’écoutât, sans qu’on s’approchât de sa main, ni qu’on touchât à lui, sinon le messager qui était venu en sa compagnie, son suivi, le gouverneur et qui était avec lui, et seulement les habitants de la cité l’insultaient et disaient : « Voilà Yodes le repoussé. » Il écrivit au roi en lui faisant savoir ce qu’il en était et comment ils avaient fui devant lui, comme s’enfuit le loup des moutons. Il l’envoya par la voie qui étranglait l’empereur, et envoya une lettre par une autre voie où il commandait que les portes des Églises de la cité d’Alexandrie fussent fermées, qu’on les scellât de son cachet, et qu’il y eût sur elles des gardes pour qu’ils n’y entrassent personne en aucun cas. Lorsque cette lettre méchante parvint à la cité[257], il y eut, à cause d’elle, grande tristesse et angoisse, gémissement, sans qu’il y eût aucun moyen ni description du peuple chrétien orthodoxe. Et ils restèrent pendant cette année entière sans culte, et sans église, où ils prient, ni endroit où ils baptisent : écrits du Père Théodose Haute-Égypte leur parvenaient continuellement de l’exil, leur rappelant la foi droite, leur consolation et leur réconfort.

Lorsqu’augmenta dans leur cœur s’assemblèrent les prêtres orthodoxes et les laïcs, ils se concertèrent à ce qu’ils bâtiraient une église en dehors d’eux, pour qu’ils ne deviennent comme les juifs ; ils le firent et la bâtirent par la puissance du Christ à l’ouest d’Alexandrie au lieu connu sous le nom des Colonnes et de la Porte du Lampadaire (al-Suwārī wa-l-Naṣrum) — qui est[258] l’Église orientale des Cent-Quinze-Marches. Et un autre groupe du peuple bâtit aussi une autre église au nom de Cosme et Damien, à l’est et à l’ouest du gymnase, et un peu plus loin la place dite des Comestibles. C’était en l’an deux cent quatre-vingt-cinq de Dioclétien. L’empereur sut cela, et fit ouvrir toutes les Églises et il les remit sous l’autorité des chalcédoniens[259]. Quand sut le Père bienheureux Théodose qu’il ne resta pour lui seul à la chaire de l’Évangéliste que la nouveauté de ces deux églises, l’église des Évangéliques (Ankhīliyūn) et l’église de Cosme et Damien des martyrs, il poussa de grands soupirs et pleurs, parce qu’il connaissait le peuple d’Alexandrie, et qu’il était partisan du noble culte, de la dignité et du respect. Il craignit qu’il ne se détournât de la foi droite par recherche du noble titre du roi, et il faisait sa prière et disait : « Mon Maître Jésus-Christ, tu as racheté ce peuple par ton sang précieux ; ne lâche pas ta main importante d’eux, mais que ce soit ta volonté. »

Il demeura vingt-huit ans en exil, et en Haute-Égypte d’Égypte autres quatre ans, gardien de la foi orthodoxe, et il composa parmi des mīmars et enseignements pendant la durée de son patriarcat qui fut de trente-deux ans : on ne saurait compter ; il rejoignit en paix le Sauveur Christ qu’il aima, le vingt-huitième jour de Bawūnah, et il prit la couronne de la victoire avec l’assemblée des saints au royaume des vivants[260]. Et nous, les fidèles qui restons, sur la foi orthodoxe que nous avons reçue, demandons par l’invocation de Théodose comme nous l’invoquons : nous supplions et avons recours à Dieu, le Père et le Fils et l’Esprit-Saint, qu’Il nous fasse dons spirituels, et qu’Il nous établisse gardiens de la foi orthodoxe sans peine, comme l’a gardée ce saint Père, le chef confesseur, devant les hérétiques opposants rois, princes, sultans qui étaient en ce mauvais temps. Que notre Vie soit avant lui sans trouble ni honte, et qu’il n’y ait nul écart de sa volonté, et qu’il y ait pour nous accord avec lui dans la part la plus grande au royaume des cieux, par grâce, miséricorde et compassion de l’Aimable, l’Ami des hommes, le Maître Jésus-Christ notre Seigneur et notre Sauveur, à Lui la gloire avec le Père et le Saint-Esprit le Vivifiant, à présent et à toujours, et à toutes les générations à venir, Amen.

 

Quatorzième Vie tirée des Vies de la sainte Église : Pierre IV, Patriarche, trente-quatrième du nombre

Lorsque le Père Théodose le patriarche fut exilé par Justinien[261] l’empereur, et qu’il eut désigné à sa place, avant son repos, Bawlus le Tāl[in]īsī, qui était le légitime de Constantinople[262] — devint conforme à cette norme du roi mékien : qu’on les répartisse à Constantinople, et qu’on les expédiât à Alexandrie. Et après peu de temps, le Seigneur fit périr Bawlus le Tāl[in]īsī par une mort funeste. Apollinaire[263] (Aboliyānāriyūs) régna après lui, par autorité aussi sur les Églises, par l’ordre de l’empereur. Il commanda qu’aucun évêque parmi les fidèles ne parût dans la cité d’Alexandrie. L’union, entre l’Église d’Antioche et l’Église d’Alexandrie, était dans la foi orthodoxe et l’amour chrétien — Théodose avait avoué, lui et qui était avec lui devant l’empereur, son union avec le Père Sévère patriarche d’Antioche, et il avait dit : « Moi j’accepte tout ce qu’a dit saint Jean Chrysostome (Famm al-Dhahab), et le sage Cyrille. » Lorsque s’éteignit Théodose, Apollinaire l’opposant s’en réjouit grandement. Il fit un grand banquet à la prêtrise et aux gens de la cité ; il pensait qu’ils s’accorderaient à ce qui était au-dessus de lui — parce que les Pères évêques, nul d’entre eux ne pouvait paraître à Alexandrie et à Antioche par l’ordre du roi opposant. Et la miséricorde de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a un partage parmi les fidèles, à Alexandrie, fut un homme excellent, aimé de la foule, et était qu’on l’établirait comme patriarche en secret, à la place du Père Théodose. Il leur dit : « Sortez avec eux au monastère du Verre (Dayr al-Zujāj) — comme s’ils voulaient y prier ».

Ils le présentèrent par leur choix comme patriarche. Ils rendirent grâces à Dieu, le glorifièrent et envoyèrent à la province d’Égypte côtière (al-Buḥayra), pour amener trois évêques. Ils sortirent vers eux au monastère du Verre, et établirent un homme prêtre dont le nom était Pierre comme patriarche, et le peuple en fut content, et leur foi en fut renforcée — mais ils ne pouvaient pas paraître à la cité, par crainte du roi, et de [Apollinaire] le patriarche des opposants. La résidence de Pierre était à l’extérieur d’Alexandrie à environ sept milles, à l’église qui [se trouvait][264] au nom de Joseph (Yūsuf). Ils lui apportaient tout ce dont il avait besoin. Et ne le sut le roi. Après cette affaire, parut Pierre comme patriarche en remplacement du défunt Théodose. Lorsque sut qu’Apollinaire (Aboliyānāriyūs), il fut très en colère, et écrivit au roi, l’informant de ce qu’il en était ; et avant que ne parvînt son livre à Justinien[265] à la cité, le frappa l’ange du Seigneur ; il périt par mort funeste, comme la mort d’Hérode[266]. Quant à Pierre, il était homme à la belle apparence, gracieux, paré de toute belle action, aimant celui en qui il avait connu Dieu — pour cela il chercha un homme respectable, savant des canons sacrés, qu’il fût scribe pour lui : on le guida vers un moine diacre dont le nom était Damien au monastère de Tabor (Dayr Ṭābūr). Il connaissait l’écriture. Il s’avança au Père patriarche Pierre, parla avec lui, lui demanda qu’il l’aidât[267], et qu’il s’employât avec lui aux affaires de l’Église. Il lui demanda et son cœur s’ouvrit à ce qu’il s’arrête avec lui au monastère, comme s’il était évêque, parce que il ne pouvait paraître que cet [autre] était patriarche, ni accéder à la cité d’Alexandrie publiquement. Le diacre Damien le moine répondit aussitôt à cela et obéit au patriarche en ce qu’il lui ordonna.

Il y avait, en ce lieu nommé Scété (Sakatīnā ; Skêtê)[268], trente-deux monastères tous habités, devenus chalcédoniens. Tous les moines et les moniales, comme des cellules d’abeilles dans leur habitat, étaient devenus chalcédoniens. Le Père patriarche Pierre menait toutes leurs affaires. Lorsque les orthodoxes d’Antioche apprirent ce que faisaient les Alexandrins, ils s’employèrent eux aussi à choisir un homme nommé Théophane (Tawfānyūs) ; ils le firent patriarche en remplacement du Père Sévère le bienheureux ; ils l’établirent dans le monastère connu sous le nom du monastère d’Annūniyās, parce que les hérétiques empêchaient les évêques orthodoxes d’entrer dans la cité d’Antioche, comme cela se faisait à Alexandrie. Les deux patriarches furent dans cette cause à demeure dans deux monastères à l’extérieur de leurs cités. Puis Pierre, patriarche de la cité d’Alexandrie, tomba malade et se reposa après qu’il eut mangé sa vie acceptable et son service agréé à Dieu, et fut sa durée d’établissement comme patriarche deux ans. Et fut sa commémoration le vingt-cinquième du mois de Bawūnah[269] — que ses prières soient avec nous. Amen.

 

Vie de Damien, Patriarche, trente-cinquième du nombre

Lorsque s’éteignit le Père saint Pierre, on intronisa à sa place son scribe Damien le diacre[270] moine — il était fort en action et en parole ; et la grâce du Seigneur le couvrait, car c’était un moine de son enfance, il était entré dans le désert intérieur du Wadi Habib[271] et avait marché avec les pères saints au monastère d’Saint-Jean (Abū Jean), et il y avait demeuré seize ans à ressembler aux ascètes saints, avant qu’il ne vînt à Bāṭrūn[272] (au monastère de Pātron — c’est-à-dire le monastère du Patron, des Pères), au temps de la culture des quatre monastères du Wadi Habib[273] (comparable à la pousse des plantes du champ, dans la sécurité et le calme), et de leurs occupants : il vint à eux pour ce dont ils avaient besoin et leur dit ce qu’ils ils faisaient. Il y avait avec eux les Mélétiens[274], c’est-à-dire les fidèles de Mélèce (Mīliṭus), qui prenaient le Calice à de nombreuses reprises la nuit avant qu’on ne vînt à l’Église.

Pour cela, lorsque mérita le Père Damien le patriarche d’être assis sur le siège de l’évangile, il écrivit à la Sainte Montagne et il commanda qu’on chassât les Mélétiens. Peu de temps après, vint du ciel une voix sur ce désert « Que les habitants des quatre monastères s’en aillent ». Quand cela parvint à Damien le patriarche, il en fut profondément attristé. Et c’était ce saint Père patriarche, qui demeurait seul au monastère du Mont Thabor, comme évêque adjoint, sage à qui Dieu avait donné. Il écrivait des homélies. C’étaient des sentences pleines de sagesse, et il écrivait aussi des Mostofgharyāt (?) en dehors des Aristokratis et des Phelikismās. Les compagnons de Hārisīs (?) étaient ceux qui venaient à lui se concerter sur la foi et la grâce du Seigneur qui était avec lui. Il les rejetait avec sagesse, leur faisait sentir et leur faisait comprendre les mots merveilleux et leur enseignait de ses pères Élie et le Prophète, comme il avait fait Aḥāb. Lorsque ce fut, en la huitième année de son patriarcat, qu’il tomba dans les cœurs de ceux qui n’avaient pas de chef d’eux, et qu’ils habitaient à la pointe orientale de l’Égypte, pensa, le tentateur, qu’ils étaient quatre prêtres : ils s’égarèrent du fait de cette assemblée du parti et dirent : « Que ferons-nous, nous sans évêque ? Il n’est pas resté pour nous personne qui se présenterait pour nous fasse un évêque parmi nous. » Puis ils choisirent le plus grand d’entre eux, dont le nom était Erstokyrius[275]. Ils le prirent : la trois (1) prêtres, et firent un évêque en l’appelant ‘l’opposant’. Lorsque entendirent les habitants de la province occidentale d’Égypte cela, ils s’irritèrent tellement, parce qu’ils l’avaient fait, sans concertation préalable. Ils s’en séparèrent, et ne donnaient plus leur appui, et ne les aidaient pas.

Avec ce jugement, il n’avait personne qui les laissait revenir, ni personne qui les baptisât, ni personne qui priât avec eux, et ils les distinguèrent. Ils s’accolèrent un autre évêque. Et c’était l’empereur, en ce temps, occupé d’argent et il aimait l’argent — c’était lui-même très dépensier. Il chassait les chalcédoniens. Lorsque s’éteignit le Père Théophile, le patriarche, ils se rendirent au Seigneur. Pierre désigna l’habitant Antioche, qu’il joigne par l’ordre des prêtres de l’Église qu’on appelait Pierre (Buṭrus), et ils le présentèrent comme patriarche, et il était fort de cœur, sévère dans les pensées, opposant à l’esprit, en raison de la foi droite, comme l’a dit le sage Cyrille le saint patriarche, à propos des compagnons d’Anatolios qu’ils avaient été tyrans des pensées. À cause de l’union qui était entre les deux pontifes, Pierre écrivit une synodique[276] à Damien selon la coutume — et lorsqu’arriva la Synodique à lui, il en fut joyeux ; il rassembla les évêques, en lui montrant son discours, il fut très joyeux, mais il y trouva trébuchement à la confession de la Trinité Sainte, et il pria avec sa sagesse, et l’invita à attirer Pierre susmentionné avec ferveur, qu’il ne fallait pas que se sépare l’Église, et qu’il ne fasse pas se diviser l’union qui était entre les deux pontifes, et il lui écrivit, en lui rappelant tous les opposants et les enseignements qu’avait composés Sévère le patriarche, en l’objet : que tu y comprennes la foi selon le bon entendement, parce que Pierre disait dans sa sagesse rationnelle qu’il n’est pas besoin de mentionner la Trinité[277], et étaient les maîtres de l’Église en accord, et celui qui vint après lui jusqu’aux jours de Décius : ils confessaient la Trinité Sainte qu’elle est trois hypostases d’une seule nature, une seule divinité, une création unique, en lui non créé, et qu’il n’est pas multiplié dans les hypostases, uni en substance et en nom.

Et que Dieu est le Créateur, les deux grands luminaires : le soleil souverain du jour et la lune autorité moindre de la nuit. Et il y avait l’action précède le nom[278]. Et il dit Dieu : « Que se rassemblent les eaux, et que paraisse le sec ». Il appela le lieu de rassemblement des eaux mers, et il appela le sec terre. Voilà ainsi que l’action précède le nom, et de cette manière il convient que tu comprennes ceci, à savoir que la nature du créateur unique agissant en chaque chose : connaisseur de la petitesse du Seigneur, et qui n’est conseiller pour Lui, et qui Lui paie [tribut], jusqu’à ce qu’il demande de Lui la rétribution. Parce que toute chose est de Lui, et la gloire est à la Trinité Sainte égale dans le complet, en chaque chose, qui n’accepte rien de neuf, ni un nom nouveau, mais en l’ensemble par ses noms qu’il a lui-même fixés et leurs actions. Avec cette parole il écrivitle Père Damien le patriarche à Pierre patriarche d’Antioche, mais Pierre susmentionné fut comme l’aspic le sourd, qui ferme ses deux oreilles, qui n’écoute pas la parole du sage médecin, qui le soigne d’un savant remède, mais il persista dans son entêtement, son opinion mauvaise, et il avoua, et il dit avec sa langue indigne le retranchement[279] à demande à mentionner la Trinité non séparable.

Le partage devint entre les Égyptiens et les Orientaux, querelle pour cette cause, et ils restèrent ainsi vingt ans, divisés sans accord[280], jusqu’à ce que Dieu eût pitié de son peuple à son égard à toute heure, et il abolit l’opposition de la mort des opposants, et le supprima du monde. Et c’était Damien le patriarche bienheureux, important en chaque temps, à dompter les opposants par ses livres et ses ordres et ses paroles. Il y avait à son temps des évêques qui s’étonnaient de leur sagesse, de leur pureté, de leur supériorité, parmi eux Jean le Burlānī (Iberain ?) — qu’avait éduqué Constantianus l’évêque, et Klistos, et beaucoup d’autres[281] qui étaient en bel honneur du Seigneur des armées[282]. Damien le patriarche ne se lassait pas de l’enseignement chaque jour de sa vie ; et de la rigueur de son jeûne, de sa prière, de sa vigilance, et de l’accomplissement de son zèle, jusqu’à ce qu’il fût malade et qu’il se reposât en la paix du Seigneur après avoir établi comme patriarche durant six et trente ans, gardien de l’amān droite, dans une belle vieillesse. Il s’en alla vers le Seigneur Christ qu’il aima, le dix-huitième jour du mois de Bawūnah[283].

 

Vie d’Anastase, Patriarche, trente-sixième du nombre

Et le Maître Christ regarda son peuple, parce qu’il est pasteur des pasteurs et leur guide ; il établit un homme savant, sage, paré des qualités, dont le nom était Anastase[284], parmi les habitants d’Alexandrie, et venait de la prêtrise. Il l’élut comme connaisseur des écrits et de la vérité de la foi. Il s’assit, par les jugements de Dieu, l’incompréhensible, sur le siège apostolique. Il était bon avec les évêques, et le sacerdoce, selon le canon de l’Église. Et il était fort de cœur ; il pénétrait dans la cité à toute heure[285] », il y entrait, distribuait dans la prêtrise — comme nous l’avons indiqué, les évêques orthodoxes étaient empêchés d’entrer à Alexandrie —, et il attirait la foule du peuple par sa sagesse, parce qu’il était homme savant, connu pour sa préséance au diwan, et il était chef des prêtres dans les deux Églises que nous avons mentionnées : c’est-à-dire l’Église des Évangélistes (Ankhīliyūn), Damianus, et les couvents des Vierges. Et la plupart des couvents : il commença à construire une église après une autre, et acheta une autre — l’église qui est Tarīyūn Abādān[286] », et une église au nom de Michel (Mīkāʾīl), et il avait grande peine à propos d’un peuple Barbarius et Apoliyānāriyūs[287] — qui se nommèrent Qāqūnyūs et compagnons de la communion chalcédonienne, et un autre qui se faisait appeler Lūqyūs : il en voulait à ce Père Anastase grandement, et il désirait faire tomber sur lui tous les maux et les épreuves. Mais Dieu ne le livra pas entre ses mains.

Et en ces jours-là, un homme se leva, parmi les agents du diwan, chef des chalcédoniens, dont le nom était Phocas (Phūqā), au-dessus du roi, et il tua [Maurice] et s’assit à sa place. Il fit des œuvres infâmes, des actes méchants ; il fut, en ses jours, partisan de la lubricité, et corrompit toutes les filles des chalcédoniens. Il aimait les schismes, et fit le mal sans crainte. Quand le Père patriarche fut informé de sa nouvelle, il écrivit en cela une dénonciation au roi, pleine de mensonges et de futilité. Il dit : « Si Anastase n’est plus reçu dans l’Église de Jean le Baptiste — c’est-à-dire celle des Évangéliques — et de la noble lignée et de la communion chalcédonienne, j’en serais surpris. Que les yeux ne s’assèchent pas de larmes. » Il écrivit, à propos de cela, au gouverneur. Pour qu’il fasse pression sur le roi afin de ramener les fidèles aux chalcédoniens et de leur imposer le tribut. Lorsque Anastase entendit qu’on s’était soulevé contre l’empereur[288] », il en fut peiné, et écrivit au gouverneur, qui était à Alexandrie, qu’on prît le Père patriarche Anastase : tous les biens et possessions des fidèles, et qu’on les donnât à Lūqyūs[289] le déchu. Il prit l’Église, le Père Anastase en fut profondément affligé, il revint au monastère et fut profondément attristé.

Or il désirait grandement que Dieu rassemble les membres de l’Église qu’avait divisée le Diable — j’entends la division de l’Église antiochienne d’avec celle d’Alexandrie qui était d’avant lui, Pierre patriarche d’Antioche. Lorsque mourut Pierre susmentionné et que mourut, et que l’on installât en sa place sur le siège d’Antioche Sévère, un prêtre-moine d’Antioche, dont le nom était Athanase, sage très, pur de cœur, et celui que Dieu a mentionné dans son honneur Sévère, et celui qui le lit voit, sait que le Maître Christ est avec lui, et sa sagesse, lorsque le Père Anastase apprit qu’Athanase avait été établi patriarche d’Antioche, lui ayant précédé, et qu’il lui avait écrit une synodique pleine de sagesse, et qu’il en avait fait son associé, son ami, lui-même : il l’invitait à objet de bienséance dans la foi, et la rectification de ce qu’avait corrompu Pierre l’égaré, le défunt, et tout l’Israël spirituel — un troupeau unique — pour qu’il prenne la couronne du martyre et de l’union. Et le Père Athanase était une terre bonne fertile, accueillant la semence spirituelle ; et il prit la synodique parvenue à lui, et rassembla tous les évêques qui étaient à son siège ; il leur dit : « Sachez que la terre habitée se réjouit aujourd’hui en paix et amour, parce qu’a passé l’obscurité chalcédonienne, et que reste cette branche unique et lumineuse de la vraie vigne, c’est-à-dire le siège de l’Évangéliste Marc, et la province d’Égypte. Or, après le Père patriarche Sévère, nous étions divisés. Nous avons connu que Pierre l’apôtre, et Marc l’Évangéliste, leur prédication étant unique, et c’est par elle qu’ils annonçaient. Et ainsi Sévère et Théodose étaient à eux une seule foi, et union unique, et ils ont enduré l’exil et le combat jusqu’au bout. Lorsque les Pères évêques entendirent les paroles, ils se réjouirent grandement, et ils s’accordèrent à accueillir la synodique, et à ce qu’il y eût une seule entre les deux Églises, et que les deux patriarches fussent un seul esprit, et un flambeau lumineux face aux chalcédoniens. Le Père bienheureux Anastase partit, prit avec lui cinq évêques savants vertueux, marcha avec eux dans un bateau jusqu’à arriver à Alexandrie. Lorsqu’ils arrivèrent, ils firent savoir au Père Anastase le patriarche, dans les monastères, qu’avait été élu patriarche d’Antioche venu lui », il sortit à eux, et il rassembla en lui les évêques, et la prêtrise, et les moines et se présenta à eux avec grande humilité, et marcha en lecture (Qaīsharā)[290]jusqu’à ce qu’il rencontrât Athanase avec piété, joie, allégresse, et entrèrent ensemble au monastère qui borde la mer, à l’est des couvents, et s’assirent là en sécurité et en joie. Anastase envoya à l’instant à la prêtrise d’Alexandrie, et présenta tout, ce moment-là où vinrent les Pères assemblés. Ils célébrèrent les mystères saints avec eux, ils communièrent. Anastase parla, durant cette assemblée, par paroles merveilleuses, pleines de sagesse, [et c’était la première fois] que l’on s’étonna de tous ceux qui étaient présents.

Puis il dit : « En cette heure, ô mes bien-aimés, doit-on prendre le bâton de David, et chanter à voix de psaume — et nous disons : « Miséricorde et justice se sont rencontrées. » Athanase et Anastase s’embrassèrent l’un à l’autre les visages de ce pays d’Égypte, de Haute-Égypte, du tonnerre de l’Orient, devinrent l’Égypte et la Syrie une seule parole, devint Alexandrie et Antioche une seule basilique, une seule Vierge pure, une seule épouse pure, à lui le Sauveur Christ, le Fils unique, Verbe (Kalima) du Père. » Le Père Athanase séjourna chez le Père Anastase un mois, et discutèrent ensemble de ce qui regarde aux livres saints et au discours sacré, et ils s’entretenaient à propos de cela, et puis revint à sa province en paix et grand respect. Et de ce jour-là, devint l’accord entre les chaires d’Antioche, et la chaire d’Alexandrie jusqu’à ce jour. Or le Père Anastase portait grand intérêt aux affaires de l’Église et aux sciences spirituelles, parce que le Seigneur l’avait gratifié d’un commencement. Dès la première année qu’il s’assit sur le trône, il commença à composer les Lettres BG (?) — il fit la première lettre, qu’il écrivait par elle chaque année, dans le livre de Mistāghūjī (Mystagogie ?) et la Synodique (Sundūdīqā), et l’Astāṭīkā (Stikhèra ?) et l’Antasṭīkā[291] (1) — et fit selon le canon sur le siège douze ans, gardien de la foi orthodoxe contre les chalcédoniens, et il écrivit douze livres en elle. Lorsque ce fut le quarante-deuxième jour avant le jeûne, qui était la naissance, regarda le Maître Christ vers lui, attentif aux fidèles à ce qu’il faisait, des prodiges en ses saints, et il voulut qu’on le fît passer dans la province des vivants à toujours, et il s’éteignit le vingt-deuxième jour de Kihak (en l’an) trois cent trente-deux ans de Dioclétien tueur des justes martyrs. Que leur intercession[292] soit avec nous. Amen.

 

Vie d’Andronique, Patriarche, trente-septième du nombre

Lorsque s’éteignit Anastase, on installa sur le siège un homme diacre savant, de l’Église des Évangélistes (Ankhīliyūn), pour scribe à l’intendance, dont le nom était Andronique[293] ; il était très riche, aimant l’aumône, amoureux de la miséricorde, qui ne se lassait pas de donner. Les habitants de la cité étaient ses présentatifs, jusqu’à ce que le fils de son oncle paternel devînt à la tête du diwan d’Alexandrie[294] ; et de la force de son autorité, et de sa préséance, ne purent les patriarches l’expulser à l’extérieur d’Alexandrie aux monastères comme l’on faisait avec ses prédécesseurs, mais il s’assit à sa cellule dans l’Église des Évangéliques tous ses jours. Et s’éleva en Perse un roi nommé Chosroès[295] (Cosroès) ; il rassembla une foule grande, et vint avec une grande puissance à l’armée des Romains. Il les frappa, les détruisit, les fit périr, s’empara de la terre des Romains et de la terre de Syrie, et captura la province de Palestine et al-Ramla, et porta sur la province d’Égypte, et la dévasta comme le bœuf foule le grain. Il rassembla leurs biens, et tout ce qui leur appartenait, à ses trésors. Il était passionné, par grand amour des biens : on tuait un homme pour un dinar, ou pour la mesure de trois dinars, parce qu’une grande masse du peuple n’avait pas connaissance de Dieu, mais ne servait que le soleil. Lorsqu’il prit l’Égypte et qu’il s’en empara, il fit dévorer son zèle pour ouvrir la grande cité d’Alexandrie[296].

Il y avait là six cents monastères habités à Banāṭūn (Pemtôn ?) — comme des tours de pigeons —, et ils étaient comme des riches, des comblés, sans crainte, par l’abondance de leur grâce. Ils faisaient les actes de la victoire. Et l’armée des Perses avait encerclé le côté ouest des monastères, et il n’y était resté à eux qu’un refuge. Ils les tuèrent tous par l’épée, sauf un petit nombre d’entre eux qui se cachèrent. Et ils s’échappèrent, et tout ce qui leur était de biens et de vases, les Perses pillèrent. Ils en firent connaissance aux monastères jusqu’à présent. Lorsque la nouvelle parvint à Alexandrie, on en ferma les portes de la cité, et le gouverneur perse, le commandant de la guerre, l’adjoint du roi Chosroès, vit dans son songe un homme la nuit, qui lui disait dans son songe : « J’ai livré pour toi cette cité — toi à elle, ses bâtiments et tout ce qu’il y a en elle, attention à ce que tu lui fasses du tort, mais que ne restent ses habitants en elle, parce qu’ils sont des hypocrites[297]. »

Et ceux qui étaient avec leur chef étaient appelés ʾl-Salār[298] — c’est-à-dire l’émir. Lorsque le Salar prit son royaume, lui qui bâtit en Alexandrie le siège qu’on appelle Tarawus — c’est-à-dire actuellement « Qaṣr Fāris » (Palais de la Perse), et son interprétation est « la maison du Roi », il fit avec sa ruse ordre que tout jeune homme dans la cité, depuis l’âge de dix-huit ans à cinquante ans, qu’il sortît, qu’on lui donnât vingt dinars à chacun des un. Tous les jeunes de la cité s’assemblèrent et il écrivit leur nom, et ils ne soupçonnaient qu’on leur donnât le don qu’il leur avait promis, lui-même. Lorsqu’il sut qu’ils étaient tous sortis, sans qu’aucun d’eux ne restât, il commanda à son armée de les encercler tous, et les tuer par l’épée. Le nombre de tués fut de quatre-vingt mille hommes. Lorsqu’il fit cela, il revint en Haute-Égypte, et il était à la cité de Nikiou— c’est-à-dire Ibshāday (Pshati / Bsadi). Il informa les hommes[299], l’état des moines qui étaient dans les montagnes et les grottes, et leur estimation à sept cents moines, et que le fortin les rassemblait. Et leurs actes étaient blâmables, par la quantité de ce qu’ils avaient de grâce. Lorsque le Salar entendit leur nouvelle, il envoya son armée et les encercla. Et lorsque se leva le soleil, il les pénétra, ils les tuèrent tous par l’épée, et n’en resta aucun. Il accomplit ce Salar des épreuves nombreuses, parce que ce qui était de Dieu, le temps n’arrête pas à mentionner ses actes. Lorsqu’eut achevé le patriarche Andronique six ans dans son patriarcat, et qu’il eût supporté de cette nation et qu’il eût vu ces choses[300] difficiles qu’il avait subies, il endura à propos d’elles, il s’éteignit, et alla en paix au Seigneur, parfait, gardien de la foi orthodoxe le huit du mois de Tūbah.

 

 

 

Vie de Benjamin Ier, Patriarche, trente-huitième du nombre

Avant le repos du Père Andronique d’une année, il y avait, dans un monastère connu sous le nom du monastère de Qaryūs[301] [un] frère pieux et craignant Dieu, dont le nom était Benjamin[302]. Il était venu à lui, en ce temps, et avait pris refuge en lui, [auprès du] cheikh saint nommé Tāwnā[303], parce que les Perses n’avaient pas détruit ce monastère, parce qu’il était à l’est de la cité et il était Mīliṭus son préposé[304]. Et ce frère Benjamin était parmi les habitants d’al-Buḥayra (la province des Lacs), et de la bourgade qu’on appelle Brashūṭ[305]. Il avait grand désir pour la vie monastique, l’ascèse, [il avait] rejeté ses parents et tout ce qui était à eux ; ils étaient riches, considérables. Il s’en alla au monastère, et le cheikh saint Tāwnā le revêtit de l’habit monastique. Il a craint Dieu, et il commença à grandir, jour après jour, à se sanctifier, à le supporter, à le former, à garder les livres, jusqu’à ce que ce qui survint au grand Paul lui survînt aussi, parce qu’avant Paul[306] il était à Jérusalem un homme, son nom Saul, sa fougue le souleva ; et la grâce du Seigneur Christ s’éleva sur lui, et il devint le plus haut, le plus excellent maître, depuis maintes fois. Et ainsi celui-ci, Benjamin, mortifiait sa personne par l’ascèse, ne dormait pas une nuit qu’il n’eût [suivi] dans l’Église la lecture (qarīʾa) au plus de l’Évangile dans le livre de Jean le Bienheureux, qu’il avait mémorisé. Il regarda en certaines des nuits[307], dans son rêve, un homme lumineux qui se tenait, qui lui disait : « Ô Benjamin, réjouis-toi des lettres humbles, et du pasteur qui voit le troupeau parlant qui est au Seigneur Christ. » Lorsqu’il entendit cette parole, il fut bouleversé, et désira ardemment ce qu’il en jouirait. De cela, du Ciel — il se leva rapidement, fit savoir à son maître saint le cheikh Tāwnā ; il accepta sa parole en cette vision et lui dit : « Ne bavarde pas, ô mon fils ! Ne glisse pas, parce que le diable veut, par cela, te tromper avec sublimité.

Pars, à présent, et veille sur toi-même, et ne sois pas tenté par la vanité, parce que voici cela à moi, dans ce monastère, depuis cinquante ans, et je n’ai vu rien de cela, ni n’a vu personne dit à moi qui ait vu pareil à cela. » Benjamin se tut, accepta la parole de son maître ; et la grâce s’accrut chez lui jour après jour, depuis Dieu Lui-même. Il y avait toutes ses paroles et ses gestes attestés par sa nourriture, et son saint cheikh Tāwnā connaissait, et tout celui qui le connaissait avait au courant de la grâce de Dieu sur lui. On pensait qu’il avait perdu raison, jusqu’à ce que prît le cheikh Tāwnā, qui partit avec lui auprès du Père Andronique le patriarche, lui exposa sa situation. Il dit[308] : « Présentez-le-moi pour que j’écoute sa parole. » Quand il pénétra auprès de lui, il se prosterna devant lui ; il vit en le Père Andronique le patriarche, la grâce du Seigneur Messie sur lui. Il l’interrogea, le bienveillant qu’il sache ce qu’il y avait en lui à voir. Il avoua, le décrit son état, et le patriarche les retint cette nuit, auprès de lui. Lorsque ce fut au matin, le Père Tāwnā voulut s’en aller avec lui à son monastère. Le patriarche Andronique lui dit : « Tu pars en paix, mais ce frère Benjamin n’est pas à toi à présent[309], parce que le Seigneur l’a élu pour devenir Son serviteur. Prends-le, qu’il devienne prêtre, et son aide à lui, à présent dans les actions ecclésiastiques, et le pouvoir sur tout. » Il s’en réjouit, l’Andronique, en lui une grande joie. Lorsqu’il fut près de sa mort, il lui ordonna que serait après lui patriarche en sa place.

Lorsque Andronique s’éteignit, ils en intronisèrent Benjamin susmentionné comme patriarche sur le siège évangélique. Et demeurèrent les Perses après cela environ six ans, ravageant l’Égypte et l’opprimant. Puis Héraclius[310] présenté par les patriarcats de la part de Phocas le roi impie, prit le royaume, et tourna son zèle vers la guerre des Perses et la grâce du Seigneur Christ allait avec lui, ce jour-là. Il tua Chosroès leur roi impie, ravagea sa cité, en fit désert, et emmena leur grâce et son butin avec joie à Hirsṭāṭān[311]. Lorsque le roi de la terre se posa, il établit des gouverneurs dans tout lieu. Il envoya un gouverneur à la province d’Égypte qu’on appelait Cyrus[312], pour qu’il devînt à la fois patriarche et gouverneur ; et lorsqu’il arriva à Alexandrie, l’ange du Seigneur fit savoir au Père Benjamin, et lui ordonna qu’il s’enfuie, et il lui dit : « Le mal et l’épreuve te préviennent, parce que de grandes tribulations descendront sur vous. Mais console-toi, parce que ne durera pas[313] ce combat plus de dix ans. » Le Père Benjamin confessa, fortifié par la puissance du Seigneur Sauveur, le combattant, et il écrivit à tous les évêques qui étaient dans son siège, qu’ils se cachent jusqu’à ce que passe la colère du Seigneur. Il rappela aux prêtres et au peuple, leur recommanda de s’attacher à la foi orthodoxe jusqu’à la mort. Puis il écrivit aux autres évêques de toute la province d’Égypte qu’ils se cachent en avant de l’épreuve à venir. Et après cela, il sortit, lui, par la route de Marīwṭ ; il marcha sur ses pieds, la nuit, et avec lui deux de ses disciples, jusqu’à ce qu’il atteignît à al-Munā ; et de là, il s’en alla au Wadi Habib. Et étaient les moines y peu, parce que c’était la suite de la dévastation qui advint aux jours de Damianos le patriarche. Et étaient les Berbères ne les laissaient pas grandir là.

Puis il sortit des couvents du Wadi Habib, et s’en alla en Haute-Égypte, et se cacha là dans un petit monastère dans le désert, jusqu’à ce que furent achevés dix ans, comme le lui avait dit l’ange du Seigneur — c’étaient les années où Héraclius et Muqawqas avaient autorité sur le pays d’Égypte. Il s’éleva, et plus grand fut le malheur, l’angoisse et le tourment, qu’ils descendirent sur les orthodoxes coptes[314], et beaucoup d’entre eux s’égarèrent — certains par le tourment, certains par les présents et les honneurs, certains par la séduction et les flatteries, et beaucoup d’entre eux n’écoutèrent pas le testament du Père bienheureux Benjamin[315], et ne se cachèrent point comme il leur avait demandé : ils s’égarèrent et ils se rallièrent à la communion chalcédonienne. Héraclius fit comparaître le bienheureux Ménas, frère du Père Benjamin le patriarche, et lui infligea de grandes tribulations, et fit brûler des torches contre ses flancs, jusqu’à ce que la graisse s’écoulât sur la terre ; il lui arracha les dents pour le contraindre à confesser la foi chalcédonienne ; il commanda qu’on remplisse un sac de sable, et qu’on y mît saint Ménas, et qu’on le noyât dans la mer. Et c’était Héraclius l’impie qui avait recommandé : si quelqu’un affirme que le concile de Chalcédoine est faux et que ses partisans s’égarent, qu’on le noie dans la mer. Ils firent cela, et le jetèrent dans la mer.

Et leur armée monta, et il fit sortir ses linges, depuis [le sol] de la mesure de sept brasses[316]. Ils dirent : « Dis : Toute la communion chalcédonienne est bonne — et nous ne te lâcherons pas. » Il ne le fit pas. Ils firent cela à lui à trois reprises ; quand il ne le fit pas, ils le noyèrent. Mais ils ne vainquirent pas ce combattant chrétien, Ménas.

Or, Héraclius établit des évêques dans le pays. À leurs sièges, il fit que les habitants d’Égypte boivent les épreuves difficiles. Comme l’a fait le loup ravisseur, qui mange du troupeau parlant et n’est jamais rassasié — ce peuple béni étant les Théodosiens. Et durant ces jours-là, Héraclius vit en songe ; on lui dit : « Il viendra à toi une nation circoncise, et te vaincra, et cette terre [appartiendra à eux] sous leur autorité[317]». Il pensa que c’étaient les juifs : il ordonna alors qu’on baptisât tous les juifs et les Samaritains dans toutes les provinces qui étaient sous son autorité. Et après quelques jours, un homme se leva des Arabes, des régions de la Qibla, à La Mecque et ses environs[318], à la connaissance de Dieu seul, qu’on confesse, et que Mahomet son envoyé ; et était sa nation circoncise dans le corps, et ils prient en direction des deux Orients, vers le lieu de la Kaaba (yastawūn al-Kaaba). Et le roi de Damas et de la Syrie, et il traversa l’Jourdain et survint la guerre. Et le Seigneur abandonna l’armée des Romains à cause de leur foi corrompue, et de la malice du Tome de Léon qu’ils s’attachaient.

Lorsque les premiers Pères virent cela, ils virent la communion chalcédonienne rassembler toute son armée[319] (1) de l’Égypte aux frontières d’Aswan ; ils durent payer la jizya exigée d’eux, imposée par tête ; ils la versaient au-delà de leurs biens, et beaucoup moururent des fatigues qu’ils enduraient. Lorsqu’il y eut dix années depuis le règne d’Héraclius et du Muqawqis, et qu’il cherchait Benjamin le patriarche tantôt fugitif d’un endroit à un autre, dans un endroit caché dans les Bīʿ al-Ḥaṣīna : Dieu envoya alors les musulmans, conduits par l’émir nommé ʿAmr (2) ibn al-ʿĀṣ, en l’an trois cent cinquante-sept de Dioclétien[320] (4), l’ère des Martyrs. L’armée musulmane entra en Égypte avec une grande force au douzième jour de Bawūnah, qui est le quatrième de Dhū l-Qaʿda, [deux dinkas][321] (6) des mois romains. Et l’émir ʿAmr avait détruit le château et incendié les bateaux par le feu et soumis les Romains, et il s’empara d’une partie du pays. Son peuple connaissait le désert. Ils suivirent la route des montagnes jusqu’à ce qu’ils arrivassent à un château bâti de pierres entre la Haute-Égypte et le Rīf — qu’on appelait Bābāwna[322] ; et ils plantèrent leurs tentes là, jusqu’à ce qu’ils s’organisassent à combattre les Romains et les guerroyer. Puis ils donnèrent à ce lieu — c’est-à-dire le château dont ils avaient pris possession, Babylone — le nom qui demeure jusqu’à présent : al-Fusṭāṭ. Et après leur combat à trois reprises, les musulmans vainquirent les Romains. Lorsqu’ils virent que les chefs de la cité étaient capricieux, ils s’en allèrent à ʿAmr et prirent à lui un pacte sur la cité, qu’on ne pille point. Et c’était le pacte que leur avait donné Mahomet leur chef[323], il dit en lui : « La province d’Égypte, ville et campagne, à condition qu’on s’établisse avec ses habitants payement du kharāj, et que vous ayez votre autorité, qu’on ne les opprime pas et qu’on ait avec eux pacte, et celui qui ne consentira pas à cela et qui les contrediront, qu’on les capture et qu’on les pille. Et celui qui s’écartera du pays et l’abandonnera, et la racine roumi », il enverra leurs portes à Alexandrie, et il les ferma sur eux et ils s’y cantonnèrent. En l’an trois cent cinquante-huit de Dioclétien au mois de Drekkasi premier, après que ʿAmr fut resté trois ans en Égypte, les musulmans gouvernèrent[324] la cité d’Alexandrie ; ils détruisirent ses murs, et incendièrent beaucoup d’églises ; et la basilique de saint Marc qui se trouve sur la mer, où était son corps déposé — c’est l’endroit où alla le Père patriarche Pierre le saint Martyr[325] avant son martyre, et il y bénit, et la branche parlante lui parla — ils incendièrent l’endroit et tout ce qu’il y avait autour de lui des couvents, et ce fut le prodige : à l’incendie de la basilique mentionnée, le Seigneur le fit, parce que c’était qu’il avait pris les chefs des bateaux, dont [le chef] le bateau était Sanutius (Sānūtīus) le Tukkis. Il monta[326] à l’Église.

Il vint au sarcophage. Il trouva les habits déjà qu’on avait pris : il pensa qu’il y avait dans le sarcophage des biens ; lorsqu’il ne trouva rien, il prit les habits du corps de saint Marc, et il restait ses ossements grands. Lorsque le chef de bateau plongea sa main dans le sarcophage, il trouva la tête de saint Marc ; il la prit, et la mit en son bateau secrètement, sans que le sache personne ; il la cacha dans la chambre. Lorsque le roi ʿAmr régna sur la cité et organisa ses affaires, il craignit le Caucasien, le gouverneur d’Alexandrie, qui était jusque-là gouverneur, comme patriarche, qu’il fût tué ʿAmr — il avait à l’anneau de son sceau du poison, qui causait sa mort sur l’instant. Quant à Sanutius le Tukkis (sic le Bienheureux), il connut ʿAmr à cause du combattant le Père Benjamin le patriarche, et qu’il fuyait en avant des Romains. Il écrivit, ʿAmr, à Ibn al-ʿĀṣ aux affaires d’Égypte un livre où il y disait dans l’endroit qui sera Benjamin le patriarche, « Aux Chrétiens Coptes, à lui le pacte, la sécurité et la paix de Dieu — qu’il vienne dans la sécurité, qu’il s’occupe de sa demeure et de la conduite de sa communauté ». Lorsque [Benjamin] entendit (93) le saint Benjamin cela, il revint à Alexandrie dans une grande joie après une absence de treize ans : dix ans pour Héraclius le Romain incroyant, et trois ans avant que les musulmans ouvrissent Alexandrie, revêtu de la couronne de la patience et du combat qui était dans le combat contre les opposants chalcédoniens.

Lorsque parut au peuple la joie et à toute la cité, on en informa le venant Sanutius le Tukkis, le fidèle au Christ, qui s’était engagé avec l’émir ʿAmr — il décida de sa présence. Lui, par sa venue, l’émir le reçut avec respect, considération et amour. Lorsqu’il le vit, il le considéra avec dignité, dit à ses compagnons et à ses intimes qu’il connaissait : « Toutes les provinces que nous avons annexées jusqu’à présent — je n’ai vu aucun homme à la ressemblance de ce Benjamin, à la beauté du regard, d’une très belle parole, dans la quiétude et la dignité. » Puis ʿAmr se tourna vers lui et lui dit : « Toute ta demeure et tes hommes — ordonne-les, gouverne-les, dirige leur affaire ; et lorsque tu auras prié sur moi, jusqu’à ce que je m’en aille à l’Occident et au Pentapole, et reviendrai à toi sain, par vitesse, ce que tu me demandes, je le ferai pour toi tout. » Il le pria, le saint Benjamin, et l’instruit, par parole belle, à lui et aux assistants ; il loua, et il prêcha avec un parfum savant à qui l’écouterait, et lui parla par paroles, et il l’inspira respectueusement, et tout ce qu’avait dit le Père bienheureux à l’émir ʿAmr ibn al-ʿĀṣ, il le trouva juste, sans qu’il en tombât un seul mot. Lorsque ce Père spirituel Benjamin le patriarche s’assit sur son peuple à reprise une autre par grâce du Seigneur Christ et sa miséricorde et la joie s’épanouit en toute province d’Égypte, de Haute-Égypte, et il attira à lui beaucoup de gens — ceux qui étaient égarés par Héraclius le roi opposant il les attirait à eux à revenir à la foi orthodoxe par calme, prêche, douceur et consolation. Beaucoup parmi ceux qui s’enfuirent vers l’Occident et la Pentapole, par crainte de Héraclius le roi opposant, lorsqu’ils entendirent l’apparition de leur pasteur, ils revinrent vers lui par joie, et eurent le couronne de la confession ; ainsi les évêques qui s’étaient écartés de sa foi, lui les invita à revenir à la foi orthodoxe. Parmi eux, certains revinrent avec d’abondantes larmes, et certains ne revinrent point par honte des hommes, qu’on saurait qu’ils s’étaient écartés de la foi : ils restèrent sur leur impiété jusqu’à leur mort.

Et ensuite ʿAmr partit d’Alexandrie, et son armée, et alla — avec lui le Tukkis Sanutius[327] le combattant, l’aimé du Christ. Cette nuit, le Père vit, dans son sommeil, un homme lumineux revêtu des habits des disciples ; il lui disait : « Mon ami, fais-moi un endroit chez toi pour que je m’y établisse en ce jour, parce que j’aime ta demeure. » Et c’était l’endroit où se trouvait le patriarche un endroit pur, sans aucune impureté. C’était dans un monastère qu’on appelait le Monastère du Cardinal (Dīr Maṭra), qui est le seul des Bostauryūn (Bostorians ?), parce que toutes les autres Églises et les couvents pour vierges et les moines avaient été pollués par Héraclius l’opposant à la confession chalcédonienne, sauf ce monastère seul, parce qu’il y avait des gens forts égyptiens beaucoup, et tous Égyptiens, et leur entier — peuples — étrangers, n’étaient pas inclinables (quwāhum). Pour cela revint le Père Benjamin, de Haute-Égypte à eux, pour y entreposer la foi orthodoxe, qu’ils refusaient. Lorsqu’il voulut le bateau qu’il y voyageait à elle augmentait le voyage et tombait à l’allure du bateau Sanutius Tukkis le bienheureux qu’il avait mérité. Il ne pouvait avancer ; un grand assemblement vint à lui — ils pensèrent qu’il était embourbé ; ils écoutèrent. Ils ne le voyaient pas se mouvoir, par la voile : ils s’en allèrent au Tukkis et le firent connaître. C’était lui qu’il avait été entré comme cavalier avec l’émir et avec lui un grand assemblement. Lorsqu’il revint au bateau et arriva, il vit autour de lui une armée, qu’on ne pouvait dénombrer, et eux, ils ne pouvaient le démêler. Il dit : « Faites venir le directeur de ce bateau. » Il leur dit : « Halez-le à terre. » Ils le firent. Ils le tirèrent, jusqu’à ce qu’il atteignît à son endroit premier, qui ne se mouvait pas. Il fit qu’on le ramène à l’intérieur. Il avança ; ils dirent : « Faites-le revenir. » Il revint à terre. Il fit cela[328] trois reprises. Quand cela survint, le Tukkis dit au chef : « Monte chez moi, à la chambre nautique, fouille-la, pour que je voie quelle est la cause qui a fait s’arrêter ce bateau, et qu’il ne procède [pas en avant] de tous les bateaux. » Le chef craignit, lui qui avait pris la tête de saint Marc l’Évangéliste : il se précipita à pieds du Tukkis, lui avoua ce qu’il avait fait, et que la tête était cachée à sa chambre — et il était fugitif. Ils le firent monter, ils trouvèrent la tête. Ils le prirent ; ils en informèrent le Père Benjamin, à propos de l’événement. Il monta sur sa monture, et le Tukkis avec lui ; ils prirent la tête au prêtre et la portèrent au Tukkis. Il leur narra le rêve qu’il avait vu cette nuit, en lui : ils s’écrièrent tous : « Vraiment, c’est la tête de Marc l’Évangéliste ! » Et au même temps que vint le Père Benjamin le patriarche au bateau, il prit la tête bénie pure et la fit monter, il fit avancer le bateau au moment debout droit. Il connaissait, lui, et tout le peuple, la véracité de la nouvelle, et virent ce prodige, glorifièrent Dieu. Le Tukkis remit au patriarche un grand argent.

Il lui dit : « Mon père, à mon fils par l’Église de saint Marc, et qu’il demande pour la sécurité, qui mienne. » Le Père patriarche revint à la cité, et la tête en son sein. Il la portait, et les prêtres devant lui, lecture et louange : ainsi son accueil pareil à cette tête vénérable. Il fit pour elle un coffre fait d’un bois de teck, et le verrouilla et y mit la tête. Et c’était[329] [il restait] un temps cherchant un moyen de bâtir une église ; il était inquiet, nuit et jour, à restituer les membres de l’Église qui s’étaient dispersés aux jours de Héraclius, et à lui demander de la foi et de la grâce de l’Esprit-Saint qui était avec Athanase l’Apostolique avec lui en sa parole et ses actes ; et par sa prière et son éclat, le Seigneur fut compatissant à son peuple. Par ses prières, parurent les chantiers de l’Église du Wadi Habib, d’al-Munā ; et les œuvres orthodoxes excellaient et croissaient[330] ; et étaient les peuples joyeux comme les jeunes veaux quand on dénoue leurs liens et qu’on les laisse sortir librement aux pâturages.

Lorsque ʿAmr revint à l’Égypte, il sortit à eux à Maʿwya leur grand. ʿAmr fut [remplacé] à l’Égypte par un homme appelé ʿAbd Allāh ibn Saʿd[331] (1) ; il avait avec lui un peuple beaucoup, aimant l’argent. Il rassembla beaucoup, sortit voir Ahrāʾ. Il était le premier des fils du diwān à l’Égypte ; il ordonna qu’on tirât en lui tous les kharāj de la province. Il advint en ses jours une grande dette : un homme[332] ne s’éleva [parmi eux] depuis le temps de Dioclétien le Renégat. Et descendit chacun de ce qui était en Haute-Égypte au Rīf à la recherche de la subsistance, et étaient les morts gisants dans les rues et les marchés comme les poissons que l’eau jette à terre — on ne trouvait pas qui les enterrer. Les uns mangeaient les autres[333]. Et n’eût été la pitié du Seigneur par sa miséricorde abondante, et la prière de notre père Benjamin le saint qui supprime cette dette, rapidement aurait disparu tout dans la province d’Égypte, parce qu’il y mourait, en chaque jour, beaucoup de gens, qu’on ne saurait dénombrer. Mais le Seigneur reçut la prière du patriarche, eut pitié de son peuple, le rassasia de ses bienfaits et étoffa son héritage à sa correction, comme il est écrit : que les yeux de tous regardent vers toi pour qu’ils manifestent leur faim en son temps ; et lorsqu’il les leur donne, ils vivent ; et de leurs grâces, ils se rassasient. Et c’était saint Benjamin avec lui un homme plein de la grâce, sage et doux pareil à la colombe, dont le nom était Agathon — il était un prêtre dans l’église, et il était d’al-Marīwṭ. Il était dans le temps de Héraclius, vêtu de l’habit des séculiers en la cité d’Alexandrie ; et il marchait pendant la nuit, raffermissant les fidèles orthodoxes cachés (mukhtafīn), à terminer leur état, leur donnait des saints mystères. Et lorsqu’il marchait pendant le jour, il portait à son épaule un couffin contenant des outils de charpentier[334], et apparaissait comme un charpentier, afin qu’il ne soit pas reconnu par les opposants. Il trouvait ainsi accès aux fidèles orthodoxes, leur donnait les mystères, les affermissait et les soutenait. Il fit cela pendant dix ans, jusqu’à l’apparition[335] des musulmans.

Lorsque revint le bienheureux Benjamin en sa chaire en paix, il en fit un fils, comme son fils, dans la conduite de l’Église sainte. Et fut atteint le Père Benjamin par un mal en ses pieds, qui devint à lui de la vieillesse. Il dura à ce mal deux ans, et les saints en lui demandèrent que Dieu le fit sortir de la prison de ce monde, plein des tristesses. Et qu’il le fit passer dans le lieu où il n’y a pas de tristesse en lui ni de larmes (la prison plénitude joie) en province des vivants[336] ; il accepta son invocation, et envoyèrent vers lui trois personnes — eux Athanase l’Apostolique et Sévère et Théodose les Patriarches — pour assister à son repos, et étaient présents devant sa face les anges saints, ils le portaient sur leurs épaules pures, ascendant avec lui au ciel par gloire, dignité, et voix de louange et de glorification entre eux jusqu’à ce qu’ils atteignissent à la province des saints, comme entrent l’époux à ses appartements et le roi à son palais. Le Christ son Maître l’admit[337] après que furent achevés son combat, sa course et la garde de sa foi. Aucun ne périt parmi son troupeau pendant son service ; il fut patriarche neuf et trente ans, gardien de la foi orthodoxe, la couronne de l’exil. Il s’éteignit le huit du mois de Tūbah, à lui le Maître Christ ; à lui la gloire avec le Père miséricordieux et l’Esprit-Saint Vivifiant. Amen.

 

Suite de la Vie de Benjamin

Récit autobiographique d’Agatho

 

Suite de la Vie de Benjamin. abba Agathon dit[338] : « Ceux qui sont admis dans le ciel possèdent la lumière qui trouve Dieu, le Père de la Lumière, et l’amour de Dieu spirituel demeure en eux comme il est écrit : Goûtez et voyez combien le Seigneur est bon[339]. Ainsi, le Père Benjamin, maître des orthodoxes, qui savait l’interprétation des livres, et habitait le désert, et obtenait beaucoup de mystères, et avait obtenu en victoire son corps et coupé ses désirs pour l’amour du Seigneur Christ, qui est par-dessus tout — quant à moi, le pécheur Agathon, j’étais fils du Père Benjamin ; j’avais pris connaissance de plusieurs de ses vertus, en l’accompagnant pour mon nécessaire avec lui, et il me dit ce qu’il avait vu du grand mystère apparu dans la consécration du sanctuaire saint, du Père glorieux saint Macaire (Abū Maqār) dans le Wadi Habib, et ce qu’il y avait organisé en canons et en rite. Sa parole me fut connue, lorsque j’étais dans ma cité d’Alexandrie un temps, et je trouvai paix, et délivrance de la persécution, et des combats menés par les adversaires chalcédoniens[340]. Il assista à la fête de la Nativité du Maître Christ le vingt-huitième jour de Kihak, et nous étions rassemblés dans l’église de la sainte Dame Mariam, Mère de la Lumière, qu’on appelle Astāwā Tukhālāyīn[341], et nous avons fait des prières nombreuses dans la présence d’une assemblée des prêtres et des avancés de la cité, et de tout le peuple petits et grands, pour fêter la sainte Vierge qui a enfanté Dieu Verbe incarné en vérité dans le monde, Maître des Maîtres, et Roi des Rois, qui appartient la gloire avec le Père et le Saint-Esprit, le Dieu unique. Et nous célébrons aussi en ce jour-là le Seigneur Christ, le Fils Unique qui s’incarna et devint un homme.

Sa Mère la pure Vierge l’enfanta à Bethléem en Judée, le Christ unique, sans division. Or je vis arriver des moines au milieu du peuple — c’étaient des prêtres du désert de saint Macaire (Abū Maqār) ; ils avaient en eux la quiétude et la dignité, comme s’ils étaient des anges. Ils ne pouvaient avancer vers moi à cause de la foule du peuple. L’un des prêtres s’avança vers moi et me fit savoir leur entrée. Je dis : « Je les ai vus. » J’ordonnai qu’on les fît venir. Lorsqu’ils s’approchèrent, ils me firent connaître la cause de leur étonnement, et de leur arrivée. Ils dirent : « Nous t’avons rejoint, ô petit père, et nous demandons à ta paternité, par amour de Dieu, que tu te charges de la peine du chemin pour le monastère du Mont Saint, dans le Wadi Habib, où réside notre Père saint Macaire (Abū Maqār) le grand pour la consécration de l’église neuve qu’il a bâtie pour lui dans le bas du rocher, parmi les cellules (qulālin), parce que beaucoup des cheikhs et des faibles, dans des cellules éloignées, en sont éloignés de l’eau. Ils se fatiguent quand ils montent à elle, et tombent fatigués, ô notre père, et nous fais grâce de prendre la bénédiction de tes pères, les moines, parce que tous nous désirons voir ta sainteté. » Je dis : [342] vraiment, suis-je digne pour cette tâche ? » Ils se levèrent, mangèrent en ce jour, le lendemain, qui était le jour de la fête. Le jour qui est le vingt-neuvième de Kihak, je dis : « Agathon le scribe, ton compagnon. Convenez avec nous d’aller au Wadi Habib, pour nous faire bénir du Père saint Macaire (Abū Maqār). » Et des frères, les moines firent cela. Nous avançâmes dans le second jour à Tūbah de son arrivée, et lorsque nous parvînmes à al-Tarwajja, son habitante nous reçut avec grande joie.

Et puis nous arrivâmes au désert d’al-Munā, qui est attachée à Abū Iṣḥāq près de la montagne par les forteresses ; ils se réjouirent de nous aussi. Y demeurèrent les frères qui étaient là deux jours, et il y eut un certain temps avec nous, ils marchèrent avec nous pour nous prendre à la voie qui conduit au désert et à la montagne, et étaient saints, étrangers. Nous arrivâmes à l’extrémité du désert [au] Mont du Wadi al-Natrun. Puis nous nous dirigeâmes au monastère de Bāramūs et à Maxime et Damadius, et nous descendîmes à l’Église du saint Asīdrūs[343] et nous y demeurâmes un jour. Les frères les moines qui étaient avec nous à la cité d’Alexandrie partirent. Ils nous laissèrent partir au monastère de Saint-Macaire (Abū Maqār). Ils savaient deux d’entre les prêtres avec des frères qui étaient venus à nous d’al-Munā ; ils sortirent à nous certains des moines, et nous nous dirigeâmes au septième jour de Tūbah, à la quatrième heure des autres couvents, et nous y bénîmes. Nous nous dirigeâmes au monastère de Saint-Macaire (Abū Maqār). Lorsque nous fûmes près de lui, nous trouvâmes des moines jeunes [portant] avec leurs mains des palmes, et après eux des cheikhs avec des encensoirs en main pour l’encens[344], et un groupe des prêtres lisaient comme les anges pendant qu’ils accompagnaient le Maître Christ depuis Jérusalem le jour des Rameaux. Ils me firent honneur que je ne mérite pas, mais avec eux le grand maître, Basile évêque de Nikiou : il me rendit digne, le Maître Christ, parce qu’il fit moi un autre, qu’il me rendit digne de voir ce désert honorable. Il y avait là des Pères et des frères saints, et la révélation de la foi orthodoxe, et il me sauva des persécutions des opposants, et il chassa de moi ce grand dragon, le démon, le repoussant, à cause de la foi droite, et me rendit digne de voir mes fils encore une autre fois, qui m’entouraient. Puis tout le clergé partit et les frères les moines devant moi, jusqu’à ce que je pénétrasse dans l’église nouvelle. Je devins comme si j’étais entré dans le Paradis.

Le rassemblement des anges, et la joie des saints, et le lieu de repos des justes, et nous entrâmes au matin du huitième jour de son arrivée. J’invoquai à part Agathon le prêtre[345] — qui était fatigué avec moi sur la garde de la foi, en temps de tribulations qui m’avaient atteint à la chasse du Caucasien, ennemi de la vérité — couvrant son humilité. Lorsqu’il vint à moi, je dis : « Sors, ô mon fils, les livres qui conviennent à la consécration ». Je les fis sortir pour moi. Puis, nous commençâmes la prière, moi et le père Basile évêque de Nikiou et tout le clergé qui m’entourait avec tous les moines. Pendant que je voyais cela, je vis un cheikh sur la face duquel était une lumière grande et un éclat resplendissant[346]. Il s’arrêta vers lui, et l’examina. Je dis en moi : « Cet évêque, parce qu’il l’a fait, voit le peuple parlant — il est cet homme — saint. Lorsque le Seigneur le voulut, à présent, qui ne ressemble pas en lui — son apparition par-dessus, parce que cet homme — saint — convient à cette tâche. » Pendant que je pensais cela, je vis des Séraphins ; il était debout devant moi avec six ailes[347]. Il debout vers moi. Il me dit : « Évêque, à quoi penses-tu de ce cheikh, cet saint Macaire (Abū Maqār), c’est lui qui est le père des patriarches et des évêques et des moines qui sont dans ce désert, et il est venu pour la consécration de cette église. » Je revins vers lui, je l’examinai, il restait, debout devant ses fils, plein de joie grande. C’était la voix de ce Séraphin qui pénétrait à mes oreilles, j’avais peur de lui. Puis il me dit : « Que tes enfants suivent la voie droite, qui montent avec lui à l’endroit du Roi, et se réjouiront avec lui. Et celui qui s’opposera à lui et à ses recommandations, qu’il n’y ait pour lui aucun héritage à part, et qu’il n’y ait pour lui dans le couvent. Et il a en lui les morts à mes enfants. Cette parole, parce que s’il trouve dans la grappe un seul grain vivant, il ne faut pas la jeter, parce qu’il y a la bénédiction de Dieu en elle, et moi aussi[348] je crois au Christ aimé moi-même que s’il y a chez mes enfants un seul testament — c’est l’amour des uns aux autres — ou s’ils élèvent leurs yeux au ciel au Seigneur Christ, ne fût-ce qu’une seule fois en chaque jour, le Seigneur ne les laissera tomber pas en sa miséricorde, mais il les sauvera de la peine du Hadès éternel, parce que le Seigneur aime les hommes.

Il a fait pour les pécheurs la pénitence, et ne veut pas la mort du pécheur ; mais qu’il revienne, qu’il fasse pénitence, et qu’il l’accepte. » Lorsque j’entendis la parole de saint Macaire (Abū Maqār) avec les Séraphins, je connus l’amour pour ses enfants, et l’interprétation de son nom, le saint Macaire, l’honorable de Dieu, et de l’humanité ce sont les Bienheureux. Voilà le filet qui rassemble de toute espèce au royaume de Dieu — c’est saint Macaire (Abū Maqār), disciple de Dieu le Maître. Je dis : « Que m’écoute celui qui est près de moi de toi, ô saint Macaire (Abū Maqār) ! Béni soit ton couvent, et bénis tes enfants, parce qu’ils sont devenus dignes de devenir pour eux toi avocat (shafīʿ) puissant en présence de la décision de Dieu, lorsque vint le Maître Jésus-Christ en sa seconde apparition pour rétribuer chaque homme selon ses actes. En vérité, tu es, ô Abū Maqār le bateau (safīna)[349] grand qui porte les nombreuses âmes qui mènent à elle, à Ménas, à la sécurité, au salut, à l’avocat à notre Maître. Comme l’a dit David dans son psaume[350] : Bienheureux l’homme qui ne marche pas dans le conseil des hypocrites, et ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et ne s’assied pas dans le sermon des moqueurs — toi, oui, tu es le combattant véritablement, à mille morceaux, le ventre qui te porta, le sein qui t’allaita ; rappelle-moi, ô saint de Dieu véritable. »

Je dis : « Toi-même, ô Agathon, et Basile[351] évêque de Nikiou me dit : « Avant que tu te mettes à parler, ô notre père. » Je dis : « Voici que je m’adresse au saint Macaire — la montagne — parce qu’il est de tout temps, en parole de paix. » Et moi, je montai au sanctuaire ; je dis la prière du myron ; je le pris ; je l’imposai sur le sanctuaire saint[352]. J’entendis une voix qui dit : « Médite, ô évêque ! » Lorsque tomba le myron sur le sanctuaire, je vis la main du Maître Christ Sauveur sur le sanctuaire ; il essuya le sanctuaire. Je m’attardai à cela par grande crainte, et tremblement, comme tu m’as vu — et tu ne sais, toi, et nul des présents, la cause de cela, et la voyance, ni ce que je vis et ce que j’entendis. Puis je dis avec le Père Jacob[353] : Que ce lieu est terrible ! C’est, en vérité, la maison de Dieu, et c’est, oui, la porte du ciel[354], et le lieu du repos de l’Élevé. Il dit, le prêtre Agathon : « Le prêtre nous regarda à ce moment, son visage rayonnant de lumière, et nous étions deux, à attentifs aux deux yeux : nul de nous ne pouvait lui adresser parole. Il dit le Père Benjamin : Ô mes deux fils, demeure du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Il fit le tour du sanctuaire trois fois, et il disait, l’alléluia. Puis il chanta un psaume : Quel amour ai-je pour tes demeures, ô Seigneur des armées ! Mon âme s’étire et elle aspire[355] aux parvis du Seigneur ; mon Dieu et mon Roi. Il acheva la lecture du psaume jusqu’à la fin. Lorsque toute la consécration de la coupole sortit à l’église, [il] commença à crier ses murs, et leur conduite. Il revint et s’assit dans la coupole. Il nous dit : « En cet instant, je suis allé au paradis du Seigneur des armées, et j’entendis des voix que ne profère et nul ne le formule, comme l’a dit le maître Paul[356], l’évangéliste. Il dit : Réjouissez-vous mes frères ! Que j’ai vu en ce jour la gloire du Christ rempli cette coupole[357] !

Et je vis avec mes deux yeux pécheurs la sainte main du Maître Jésus Sauveur Christ Sauveur exalté qui essuyait ce sanctuaire saint ! Et j’ai vu ce jour les Séraphins et les anges et les âmes des saints ; et toutes les puissances célestes des saints qui louent le Père et le Fils et le Saint-Esprit. J’ai vu le père patriarche et les évêques et les maîtres de l’Église orthodoxe debout ici parmi nous au milieu des frères ses fils — par joie du saint Macaire le grand, parce que ce sanctuaire-ci sous lui le siège du Maître Christ. Voilà : ce sanctuaire qui rappela Isaïe le Prophète quand il dit : Sera à Dieu dans la terre d’Égypte un autel, et un trône[358] et cinq villages parlent en cananéen. Levez-vous, ô mes enfants, achevons la consécration, et fêtons la grâce des Pères, et glorifions Dieu Très-Haut. » Dit ensuite Agathon le prêtre : « Lorsque toute la consécration de la coupole fut achevée, je vis une grâce très grande, qu’il ne convient pas de te cacher de toi : lorsque s’avancèrent les cheikhs à l’offrande, je vis des fumées d’encens (bukhūr) qui montaient comme des parfums de leurs bouches, jusqu’à ce que je crusse que chacun de ces Pères moines portait des fumées d’encens devant son arrivée à l’offrande ; puis le toit de l’église s’ouvrit ; il monta ce parfum, et j’ai vu les bouches, et il les invoqua, et il s’avança à proximité de l’offrande. Je vis la parole qui sort de leurs bouches et l’encens qui sort de leurs bouches montait au ciel. Je m’assurai à présent qu’il y avait leur invocation et leurs prières qui ils disaient quand ils prenaient les saints Mystères, qui sont le corps et le sang du Seigneur Jésus-Christ pur ; et j’ai vu les anges les recevoir avec leurs prières et les faire monter avant le siège du Seigneur. Quelle est la grandeur de leurs invocations et leurs prières !

Je dis : « Vraiment, ce phare d’or sur lequel se trouvent la lampe et la perle précieuse et l’astre de l’Orient brillant[359] sur toute l’œcumène ! Et il ouvrit la louange par la louange des trois jeunes Hananias, Azarias et Misaël, qui dirent en la fournaise du feu : Béni sois-Tu, ô Seigneur, Dieu de nos Pères, loué et glorifié à jamais — vraiment, le Seigneur, c’est Lui des saints qui ont droit le monde par eux et leur démarche, cette assemblée des anges et de Ménas, toutes les âmes qui se sont enfuies vers Dieu, sauveur de toutes les âmes. » Puis tout glorifièrent. Ils rendirent grâces au Maître Jésus-Christ qui me rendit digne de voir ce que j’ai vu. Lorsque je dormis cette nuit, je vis qu’il s’était tenu devant moi un homme lumineux ; il me dit : « Veille, ô évêque ! Lève-toi, qu’on consigne en règles les canons à cette église, et à cette coupole ensemble ; qu’on s’assure pour chacun à servir en cela parmi les prêtres et diacres dans la prudence et la dignité et le calme bon, parce que dans ce notre Seigneur Christ, et toute son armée d’anges sont ici. Et écris ces canons mémoire pour cette église sainte à jamais ; parce que viendra un peuple tortu pour humilier la gloire des hommes, plus que la gloire de Dieu, et fouler ce lieu saint, par peu de crainte, lassitude au don du Saint-Esprit qui fut donné à son peuple en or, qu’on s’oppose aux canons apostoliques. Quiconque voudra avoir un héritage dans ce lieu saint, qu’il soit sans opposition au Seigneur, et sans à se nommer soi-même le lieu saint glorieux noble.

Et soit chez lui pareil aux animaux à propos d’entrer en lui ces gens. Ils sont ainsi : leurs cœurs comme les cœurs des animaux : qui ne lisent ni ne comprennent, et tous ils dévient et glissent et désirent dans leurs ventres, et eux dirigés sur leurs ventres comme les pourceaux qui se gonflent et soufflent comme les sangliers, qui hivernent dans leurs fortins, parlent à leurs frères, considèrent les dépenses et les boissons comme les animaux qui ne comprennent pas leur ressemblance. Et l’Église apostolique sépare d’eux. Que ne monte au sanctuaire aucun prêtre, après qu’il ait revêtu son habit ; non, avant qu’il ait porté l’encens : qu’on ne s’approche pas dans lui, ni un diacre, sans qu’il ait revêtu d’oufouronaise. Et ne parle ni prêtre ni diacre dans cette coupole sainte par paroles vaines ; ni qu’il s’assied lecture livre des livres ; et celui qui s’oppose à ce canon sera retranché — quel soit-il prêtre ou moine entré dans cette coupole sans qu’il y soit destiné au service de ce sanctuaire.

Soit retranché ! Quiconque, parmi les prêtres de ce lieu, fait entrer un prêtre étranger d’autre cathédrale, ou le chef de cette coupole de l’habitation sainte pour la gloire des hommes : qu’il soit retranché ! Toute personne qui se prolonge ; et il entre dans cette coupole sainte, sortira le Seigneur Jésus-Christ dehors ! Et tout homme qui s’éleva à entrer dans ce lieu saint par les biens, ou par les présents : qu’il soit chassé ! Et tous ceux qui à lui aident à entrer en lui pour la gloire des hommes — qu’il soit fâché —, qu’il soit connu pour orgueil et arrogance. Ô mes deux fils, sachez : qu’il n’y ait pas pour qu’aucun de ces — ni force qui demeure dans ce lieu et le sanctuaire saint — qui ne se contente d’aucune chose de cet ordre. Mais qu’on soit humble, modeste, pur et doux, en toutes les vertus agréées comme l’a témoigné le maître Paul, qui, sur cette place déclare ce qui est ferme dans son écriture noble. » Puis il me dit : Ce personnage lumineux : « Je n’ai pas mérité qu’il s’adresse à toi : ta sortie, ô Benjamin, de ce monde — qui est de la séparation de ton âme à ton corps convient au jour de la consécration de cette église ; et nous-mêmes nous transmettons au Maître Christ qui s’avance à Jérusalem céleste, ville des élus de tous les choisis. »

Je dis : « Mon seigneur, j’espère que Dieu me rendra digne, puisqu’il m’a rappelé, qu’il m’accepte, moi, le serviteur le pécheur, et je serai à lui en ce jour mémorable, et béni mon Maître Jésus-Christ, aimé de mon âme et de mon esprit, parce que sa pitié m’a précédé. » À cet instant disparut de moi le Séraphin. Il dit, abba Benjamin le patriarche : « Ne pensez, ô mes deux frères : que j’ai écrit ces Romains sur ce génération, parce que c’est venir une autre génération à la fin des Temps, qui méritera ce que j’ai écrit, comme m’a fait savoir le Séraphin qui m’a parlé : il est juste qu’à tout fidèle prenne garde à suivre la gloire des hommes, et fasse ce qui est dirigé sur la gloire de Dieu et son aide, de tout cœur. Et toi, ô mes enfants, Agathon, tu écris la date de cette consécration ; tu retiens chez toi, et le rappelles à elle en chaque temps, et chaque jour, et la parole du Séraphin en lui-même. Ma sortie de ce monde, qui est le huitième jour, jour où fut la consécration de l’Église sainte au nom de saint Macaire (Abū Maqār). »

Et il rappela aussi le miracle qui était dans le jour [précédent] : il y avait à la cité de Nikiou un grand prince élevé, et son habitude d’entrer à toute heure aux couvents saints du Wadi Habib. Il assista au jour de la consécration de l’église de Saint-Macaire (Abū Maqār), et son fils avec lui[360] (qui était malade), et apparut de lui aussi un signe grand visible du Père bienheureux saint Macaire (Abū Maqār) — qui est le père du Mont Saint le Wadi Habib. Le grand de tous les patriarches et des évêques et des moines et des maîtres dans toute l’œcumène, qui parfumait, par les fumées d’encens de ses actes et la beauté de ses œuvres, avait empli le pays de lumière et illumination, sur tout celui qui venait à lui. C’était l’habitude de cet archonte d’assister au couvent en chaque temps aux fêtes de la Nativité, du Baptême et de Pâques. Il assista au jour de la consécration, son fils avec lui, accompagné d’un moine saint, et avec lui un esclave qui le servait. Lorsque toute la consécration et la liturgie furent achevées, et que s’approcha le peuple, le fils de l’archonte dormait en l’Église sainte. Il cria dans le sommeil très, et pris de panique, les gens présents, à son cri. Le moine fortifia le moine, le rapprocha auprès de l’enfant, le réveilla. Lorsqu’il s’éveilla, il l’examina, l’assemblée et il avait été guéri ; comme s’il était nouveau, comme s’il était de naissance en ce jour ; tous glorifièrent Dieu pour ce miracle grand qui était.

Le Père Benjamin le saint patriarche, lorsque eut achevé l’offertoire, invita le père de l’enfant. Il s’enquit de lui de la situation de son fils ; il lui dit son mal et tout ce qui survint à propos de lui. Puis il invita l’enfant. Il dit : « Ô mon fils, raconte-moi ce que tu as vu en ton songe, et qu’on en cache rien. » L’enfant lui dit : « Pendant que je dormais, je vis un homme cheikh long, à barbe fournie qui descendit sur sa poitrine, et il regarda à mon corps, de ses deux mains. Je criai par la douleur. Puis il prit, par sa main, l’extrémité de mon vêtement, le monta de ma tête. Je vis toutes mes blessures et mes plaies cousues à mon vêtement ; elles avaient été emportées avec lui hors de mon corps. Il me dit : « Ô mon fils, sois fort. Te voilà guéri. » Lorsque ce moine eut achevé, je me levai, guéri. Voici ma situation, ô mon seigneur, le Père », et le vit Benjamin par mes yeux ; en ce jour, moi j’avais glorifié notre Seigneur Jésus-Christ qui me l’avait montré, et j’avais admiré ses prodiges sur la main de saint Macaire (Abū Maqār) — celui qui guérit les plaies et qui purifie les corps.

C’est par son intercession qu’auprès de Dieu sortit Ménas pour le salut du monde. Bienheureux le Mont du Wadi al-Natrun. Mérité soit-il qu’il y soit saint Macaire (Abū Maqār) comme avocat à tous ceux qui se tournent à lui — ô toi le Mont, qui Dieu confia. Ô toi le Mont, qui rassembla en lui ces réfugiés ! Qui resplendissaient en lui — plus que la lumière du Soleil — pendant le jour ! Et montent leurs prières comme les feux brûlants ! Ô toi le Mont qui se sont accomplis en lui les fruits spirituels ! Trente-deux et certains, et la parole apostolique, c’est lui le Mont, qui guérit les âmes, et les renvoie de la faute, et leur ouvre par la pénitence. Tu as blanchi comme la neige, ô toi le Mont véritable, qui rassemble en lui les rois, les riches et les pauvres pour qu’ils servent Dieu en lui. Tu es, oui, Mont du Christ, le doux véritablement, qui les âmes ont mises ses fruits par la faute et le péché, toi qui fis les voleurs maîtres et témoins, et les justes. Et ainsi, à présent, invoquons sans relâche entre les mains de notre Maître Jésus-Christ, qu’il nous affermisse en la foi orthodoxe par sa puissance — la lumière, et nous nous glorifierons tous, nous, les baptisés en lui en chaque temps, et nous lui demandons qu’il nous délivre des angoisses des mauvais à nous, et de la ruse du chasseur, ennemi de la vérité, le Diable méchant. Et la gloire à Dieu, le Père et le Fils et le Saint-Esprit, et la puissance et la majesté à présent et toute heure et au siècle des siècles, à toujours. Amen. »

 

* * *

 

 

Tout cela par l’aide de Dieu — la première moitié de la première partie du livre des Vies des Patriarches dans la grande cité d’Alexandrie, successeurs de saint Marc l’Évangéliste. Que Dieu nous donne la bénédiction de leurs prières et de leurs invocations[361]. Leur nombre est trente-huit patriarches.

 

Et louange à Dieu toujours, à jamais.

 

 

 

 

Table des matières

Avertissement éditorial

LIVRE DES VIES DES PÈRES PATRIARCHES

PRÉFACE DE L’AUTEUR

Confession de Théodose le Juif

PREMIÈRE VIE, TIRÉE DES VIES DE LA SAINTE ÉGLISE Vie de Marc l’Évangéliste

Martyre de Marc le Saint et sa prédication à Alexandrie

Vie d’Anien, Patriarche, second du nombre

Milius, Patriarche, troisième du nombre

Cédron, Patriarche, quatrième du nombre

Primus, Patriarche, cinquième du nombre

Juste, Patriarche, sixième du nombre

Eumène, Patriarche, septième du nombre des Pères

Marcien, Patriarche, huitième du nombre des Pères

Céladion, Patriarche, neuvième du nombre des Pères

Agrippin, Patriarche, dixième du nombre

Julien, Patriarche, onzième du nombre

Démétrius, Patriarche, douzième du nombre

Vie d’Héraclas, Patriarche, treizième du nombre

Vie de Denys le Sage, Patriarche, quatorzième du nombre

Vie de Maxime, Patriarche, quinzième du nombre

Vie de Théonas, Patriarche, seizième du nombre

Vie de Pierre, Patriarche et Martyr, dix-septième du nombre

Vie d’Achillas, Patriarche, dix-huitième du nombre

Vie d’Alexandre, Patriarche, dix-neuvième du nombre

Vie d’Athanase Ier l’Apostolique, patriarche, vingtième du nombre

Vie de Pierre II, Patriarche, vingt et unième du nombre

Vie de Timothée Ier, Patriarche, vingt-deuxième du nombre

Onzième Vie tirée des Vies de la sainte Église : Théophile, Patriarche, vingt-troisième du nombre

Vie de Cyrille, Patriarche, vingt-quatrième du nombre

Treizième Vie tirée des Vies de la sainte Église : Dioscore Ier, Patriarche, vingt-cinquième du nombre

Vie de Timothée II, Patriarche, vingt-sixième du nombre

Vie de Pierre III, Patriarche, vingt-septième du nombre

Vie d’Athanase II, Patriarche, vingt-huitième du nombre

Vie de Jean Ier le Moine, Patriarche, vingt-neuvième du nombre

Vie de Jean II le Reclus, Patriarche, trentième du nombre

Vie de Dioscore II, Patriarche le Nouveau, trente-et-unième du nombre

Vie de Timothée III, Patriarche, trente-deuxième du nombre

Vie de Théodose, Patriarche, trente-troisième du nombre

Quatorzième Vie tirée des Vies de la sainte Église : Pierre IV, Patriarche, trente-quatrième du nombre

Vie de Damien, Patriarche, trente-cinquième du nombre

Vie d’Anastase, Patriarche, trente-sixième du nombre

Vie d’Andronique, Patriarche, trente-septième du nombre

Vie de Benjamin Ier, Patriarche, trente-huitième du nombre

Suite de la Vie de Benjamin

 

 

 



[1] Seybold, apparat critique : le ms. D porte wa-raʿiyyatahu (« et son troupeau ») ; les mss. A D E portent wa-raʿiyatahu, même sens.

[2] Seybold, apparat critique : les mss. D et E portent la graphie « Sāwīrus » avec alif long, contre Aswīrus dans le ms. de base. Il s’agit de Sévère ibn al-Muqaffaʿ, évêque d’al-Ashmūnayn (Égypte moyenne), actif vers 955-987.

[3] Seybold, apparat critique : les mss. D et E portent la graphie fautive bidīnat pour madīnat (« cité »). Nous lisons madīnat al-Ashmūnayn : la ville de Shmoun (Hermopolis Magna), siège épiscopal de Sévère.

[4] Seybold, apparat critique : le ms. D porte jamīʿahā (« l’ensemble ») au lieu de ajmaʿahā (« il les rassembla toutes »). Variante orthographique pour codices.

[5] Seybold, apparat critique : les mss. D et E portent fīhā (« en elle ») au lieu de anbā, titre monastique copte précédant le nom. Le monastère ici évoqué aux côtés de Saint-Macaire est sans doute celui de Jean-le-Petit ou celui d’abba Bishoy au Wadi al-Natrun, foyer majeur de la tradition manuscrite copto-arabe.

[6] Addition du ms. D, à la fin du prologue : « Seigneur, pardonne les péchés de celui qui a parachevé la transcription, du copiste et du lecteur, par Ta miséricorde, ô Toi le plus miséricordieux des miséricordieux. Amen. »

[7] Seybold, apparat critique : le ms. D porte li-yamnaʿ (« pour qu’il interdise ») au lieu de yaqmaʿ (« qu’il réprime »). Sens voisin.

[8] Seybold, apparat critique : le ms. D porte al-abadī (« perpétuel, éternel a parte post ») au lieu de al-azalī (« éternel a parte ante »). L’auteur affirme ici la préexistence divine du Verbe.

[9] Le nombre original dans le manuscrit n’est pas lisible sans ambiguïté ; nous conservons la numérotation de Seybold. La clause « les livres ni les volumes ne suffiraient » évoque Jn 21, 25.

[10] Citation paulinienne : cf. Rm 5, 3-5 — « la tribulation produit la patience, la patience une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance, et l’espérance ne trompe point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit-Saint qui nous a été donné ».

[11] Allusion biblique : cf. He 12, 7-8 — « Si vous êtes sans correction, vous êtes donc des bâtards, et non des fils ».

[12] Apparat de Seybold : « Ḥusn al-siyāsa nūr al-riʾāsa ; sūʾ al-tadbīr sabab al-tadmīr » — distique gnomique arabe (« la bonne politique est la lumière du pouvoir ; la mauvaise gestion est cause de ruine »). Seybold renvoie à Freytag, Proverbia, III, 1, p. 447, et à Bardenhewer, Prolegomena à Hermès Trismégiste, De castigatione animae libellum (Bonn, 1873), p. 2 : « Yā nafsī, innī arā kulla shaklin yamīlu ilā shaklihi wa-kullu nawʿin yanḍammu ilā nawʿihi » (« Ô mon âme, je vois toute forme tendre vers la sienne et toute espèce s’unir à la sienne »).

[13] Seybold, variantes : ms. D umūr (« affaires, choses ») ; ms. D muṭīʿīn (« obéissants ») ; ms. C al-lāhī (« distrait ») ; ms. C adraka (« il atteignit »).

[14] Seybold, apparat critique : le ms. D porte yasmaʿ li-mā ṣāfiya (« qu’il écoute ce qui est pur ») ; ms. B C yasmaḥ ʿalā mā fīhi ; ms. C yaghfir zallī wa-mā fīhi. Les variantes convergent toutes vers un appel à l’indulgence du lecteur.

[15] Seybold, apparat critique : ms. D yaqdum ; Seybold signale « Numeris copticis A. om. » — l’un des témoins omet les chiffres coptes et arabes.

[16] Citation presque littérale de Psaume 113 (Vulg. 113 B ; TM 115), 1 : « Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam » — « Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à Ton Nom donne la gloire ». La numérotation psalmique grecque/copte explique le 113 du texte.

[17] Référence probable à Ps 115 (TM), 2 : « Quare dicunt gentes : Ubi est Deus eorum ? » — « Pourquoi les nations diraient-elles : où donc est leur Dieu ? »

[18] Il s’agit de l’empereur Julien dit « l’Apostat » (361-363). L’indication chronologique est manifestement fausse — la rencontre suppose Théodose déjà âgé au temps du Christ — ; Sévère suit ici une tradition apocryphe dans laquelle l’étiquette « le roi impie » (al-malik al-kāfir) glose Julien comme figure emblématique des persécuteurs, ce qui sert le cadre narratif.

[19] Seybold, apparat critique : le ms. C porte ṣadīq (« ami ») pour ṣāniʿ (« artisan »), variante qui transforme la qualification sociale du personnage.

[20] Seybold, apparat critique : ms. D aṭlaʿaka (« te faire connaître ») ; mss. D et C concordent sur ṣadīq (« sincère/ami »).

[21] Seybold, apparat critique : le ms. C porte tamnaʿunī (« m’empêchent », présent) au lieu de amnaʿatnī (« m’ont empêché », prétérit).

[22] Seybold, apparat critique : ms. D binyat (« édifice ») ; ms. D add. « par le dessein de Dieu » ; ms. D jamīʿā (Codd. « ensemble ») ; mss. C D « il écrit cela à sa place » (fī mawḍiʿihī).

[23] « Un juif baptisé est un âne baptisé » — adage rapporté comme proverbe chrétien hostile et source du scrupule de Théodose. Le dicton circule dans la polémique antijudaïque byzantine et syriaque ; Sévère le rapporte sans commentaire réprobateur, l’intégrant à la psychologie du personnage.

[24] Le chiffre « vingt-deux » correspond au nombre des vingt-quatre classes sacerdotales du Temple (1 Ch 24, 7-18) arrondi. Sévère suit ici une tradition narrative propre, attestée dans la littérature apocryphe copte et byzantine, sur l’entrée du Christ au Temple.

[25] Seybold, apparat critique : le ms. D ajoute au texte la glose « par Son providence » (tadbīr) et précise « par le dessein de Dieu ».

[26] Seybold, apparat critique : le ms. A porte « à sa place » (ʿiwaḍan minhu). La tradition manuscrite hésite entre « pour le remplacer » et « à son poste ».

[27] La mention de Salomon fils de David « dont la mère était Urie fille de Ḥanān, élue pour cela » conflue deux passages bibliques : le mariage de David avec Bethsabée, veuve d’Urie le Hittite (2 S 11-12), dont naquit Salomon, et la typologie de la fondation du Temple (1 R 5-8). Sévère, ou sa source copte, paraphrase librement la généalogie davidique.

[28] Seybold, apparat critique : le ms. D porte ʿan al-khuṣūma (« quant au différend ») ; lecture que Seybold retient en variante principale.

[29] Allusion à la bénédiction de Jacob à Juda (Gn 49, 10) : « Le sceptre ne s’écartera point de Juda, ni le bâton de commandement d’entre ses pieds, jusqu’à ce que vienne Celui à qui appartient la domination ». Théodose attribue ici la prophétie à Jacob bénissant Juda ; le texte arabe porte « prophétie de Jacob pour Juda son fils ».

[30] Référence à Lc 4, 14-21 : le retour de Jésus en Galilée « dans la puissance de l’Esprit », son arrivée à Nazareth, sa lecture d’Isaïe 61 à la synagogue le jour du sabbat (« L’Esprit du Seigneur est sur moi, car il m’a consacré… »). Sévère, ou sa source, cite de mémoire et combine ce passage avec l’entrée au Temple.

[31] Seybold, apparat critique : Seybold signale ici « Numerus litteris copticis expressus est » : le chiffre 109 figure dans le manuscrit en lettres coptes. L’indication est importante car elle atteste que la source directe de Sévère employait une numérotation psalmique copte (héritée du comput grec des Septante).

[32] Seybold, apparat critique : le ms. D porte malshīṣādāq (« Melkisédeq », graphie arabisée) ; la forme du texte édité est mashīṣādaq.

[33] Citation du Psaume 88 (hébr. 89), 48-49 : « Qui est l’homme qui vivra et ne verra pas la mort ? » Cette interrogation est appliquée au Christ vainqueur de la mort, donc éternel prêtre vivant.

[34] Seybold, apparat critique : les noms propres coptes connaissent plusieurs transcriptions : le ms. A Bīnfāwūs / Bīnfūlus ; mss. C Buqlāws ; ms. D Banyūlus. Il faut vraisemblablement reconnaître Eusèbe (Usābiyūs) de Césarée et un « Bensanthios », probablement Panthénos ou Pamphilos. La confusion est caractéristique de la tradition arabe des Pères historiens.

[35] Citation du Psaume 109 (hébr. 110), 4 : « Jurauit Dominus et non poenitebit eum : Tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech » — « Le Seigneur l’a juré et ne s’en repentira point : Tu es prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech ». Texte capital de la théologie sacerdotale chrétienne, commenté notamment en He 5-7.

[36] Seybold, apparat critique : le ms. A ajoute ṣadīq al-yahūdī (« l’ami juif ») comme épithète de Théodose. La formule finale « souviens-Toi, Seigneur… » est une bénédiction-colophon typique des manuscrits coptes et arabes chrétiens, qui introduit le nom du copiste dans la prière du lecteur.

[37] Note érudite de Seybold : « Arbāṭūlus D, Aryāṭūlus C, Aryāwūlus B, Ibrāṭūlus A ». Seybold conjecture Κυρήνη πόλις (« cité de Cyrène », dont les ruines sont aujourd’hui appelées Grenne), renvoyant à R. A. Lipsius, Die apokryphen Apostelgeschichten, II/2, pp. 332, 336 (variante Κυρηναῖος) ; il note en outre « Qabūrshā 344 = Κυρήνη, corrupté depuis Qabrīna ex قبرس ». Le père de Marc est donc originaire de Cyrène, grande cité de la Pentapole libyque. La généalogie qui rattache Marc à Barnabé et à Pierre par alliance (« fille de l’oncle paternel, épouse de Simon Pierre ») reflète la tradition patristique.

[38] Il s’agit du Jourdain. Le récit du lion et de la lionne surgis au bord du fleuve, exorcisés par le jeune Marc qui invoque le Christ, appartient au cycle apocryphe grec et copte des Actes de Marc ; il sert de théophanie préparatoire à sa vocation apostolique.

[39] Seybold, apparat critique : le ms. D porte Baʿalzabūb (« Béelzéboub »), conforme à Mt 12, 24. Le texte édité par Seybold porte Abʿālzabūz (variante attestée en copte).

[40] Marc est donc présenté comme l’un des Soixante-douze (Lc 10, 1), et comme le serviteur « porteur d’eau » aux Noces de Cana (Jn 2) et lors de la Cène chez Simon le lépreux (Mt 26, 6). Cette identification — particulièrement développée dans l’apocryphe copte — est étrangère aux évangiles canoniques mais tient une place importante dans la tradition alexandrine.

[41] La mission de Marc en Cordouène (« Kūrtīn ») et à Cordyène est mentionnée dans l’apocryphe grec ; la géographie des apôtres — Pierre envoyant Marc à Rome, à Aquilée, à Babylone d’Égypte — varie selon les traditions. Le détail que « la pénurie à Alexandrie n’est pas de pain mais de connaissance de la Parole de Dieu » est une clef herméneutique récurrente chez les Pères.

[42] La date « vingt-deuxième année du roi Domitien (Dūmāniyūs), empereur de Rome » place la mort d’Ananie vers l’an 83 de notre ère, datation traditionnelle (elle ne correspond pas exactement à la chronologie réelle, Domitien n’ayant régné que jusqu’en 96).

[43] L’épisode du cordonnier Ananie (Anyānūs) se blessant la main et guéri par Marc — qui, prenant un peu de poussière mélangée à sa salive, applique ce cataplasme au trou fait par l’alène — est l’une des scènes les plus célèbres de l’hagiographie alexandrine : Ananie deviendra second patriarche. La scène combine un thème de guérison johannique (Jn 9, 6) avec la formule baptismale trinitaire. L’apparition au jeune Marc, qui se répète plusieurs fois dans cette Vie, est signalée par la formule « il entra dans le sommeil » (dakhala fī l-manām).

[44] Seybold, apparat critique : le ms. D porte « pour me reposer ». La scène domestique dans laquelle Ananie invite Marc à séjourner chez lui et reçoit en retour la bénédiction « la bénédiction du Seigneur est sur cette maison » joue un rôle eucharistique : Ananie devient figure de l’Église accueillante.

[45] Seybold, apparat critique : le ms. D porte Allāh ḥikmatuhum (« Dieu est leur sagesse »). La conversion d’Ananie se fonde ici sur l’opposition dialectique classique entre la fausse philosophie des Grecs et la véritable Sagesse incarnée ; topos réputé de la littérature apologétique alexandrine depuis Clément d’Alexandrie.

[46] L’évêque consacré Ananie, les trois prêtres et sept diacres (« l’Un des onze ») ordonnés par Marc avant son départ pour la Pentapole correspondent à la structure canonique primitive : un évêque, un collège presbytéral et diaconal. Le chiffre onze renvoie aux onze disciples après la trahison de Judas, ou aux dignitaires d’une juridiction locale.

[47] L’église construite « près de la mer, sur un rocher près des parcs à bestiaux de Buqālīs » (Boukolia) — le quartier des bouviers — est la première église d’Alexandrie selon la tradition copte, située dans le faubourg oriental de la cité. C’est là que le martyre va se dérouler.

[48] Seybold, apparat critique : les mss. A et D divergent sur la date exacte du martyre ; D mentionne en outre que ce jour coïncidait avec la fête païenne des idolâtres. La date canonique est le 29 ou 30 Barmūdah (= 24 avril julien). Seybold note que le texte porte « le 29 Barmūdah » équivalant au « 24 Nīsān des Hébreux ».

[49] Seybold, apparat critique : le ms. D porte « une corde à son cou » (ḥabl fī ʿunuqihi). Marc est traîné, la corde au cou, par les rues de la ville, depuis le Temple jusqu’au lieu dit « Bouquolès », d’où le sang et les fragments de chair s’écoulent. Traitement conforme aux supplices des suppliciés politiques dans l’Empire romain.

[50] Référence à Ap 3, 5 et Lc 10, 20 : l’inscription du nom dans le Livre de Vie, thème de la liturgie des martyrs. L’apparition d’un ange au martyr pendant la nuit dans la prison, avant la mort, est un topos fixé dès les Actes de Perpétue et Félicité.

[51] Seybold, apparat critique : les mss. divergent sur la forme arabisée du mois : Qalabṭarmānūṣ C, Falṭar Māṣ A, Falṭar Māns D ; équivaut aux Kalendae Maiae, « Calendes de mai », 1ᵉʳ mai du calendrier julien (Seybold). La conversion entre les calendriers copte (Barmūdah), « romain » (julien) et « hébraïque » (Nīsān) est caractéristique du comput copte, utilisé pour déterminer la fête du 29 Barmūdah.

[52] Seybold, apparat critique : le ms. C ajoute « Que sa prière et sa bénédiction soient avec toute la fraternité, amen ». Le ms. D ajoute « que la bénédiction de ses prières soit avec nous ». Ces formules, typiques des colophons copto-arabes, clôturent le récit de chaque patriarche.

[53] Miliyūs — Milius (Μίλιος), identifié selon la tradition alexandrine avec Abilius. Le ms. ajoute : « premier du mois de Tūt, quinzième année du roi susmentionné » (= 29 août julien). Son règne patriarcal de douze ans se clôt donc vers l’an 95/96.

[54] Kadūnus, plus connu sous le nom grec de Cédron (Κέρδων) : quatrième patriarche. Les listes occidentales l’appellent Κέρδων ou Cerdo ; sa succession est placée la vingt-et-unième année de Domitien.

[55] Ibrīmūs (Ἐφρμις), cinquième patriarche, appelé Primus dans les listes latines (= Πρῖμος). La date « cinq de Misrā, cinquième année d’Hadrien » correspond à l’an 121.

[56] Yūstus (Ἰοῦστος, Juste), sixième patriarche. Fils du précédent patriarche selon le texte, précision rare qui peut refléter une tradition biographique particulière.

[57] Ūmānius (Εὐμένης, Eumène), septième patriarche. La datation « dixième de Bāba, sixième année d’Antonin » = 143 correspond à Antonin le Pieux (138-161).

[58] Marqiyānūs (Μαρκιανός, Marcien), huitième patriarche. La sīra ʿajība (« vie merveilleuse ») de neuf ans et quelques mois est une locution de Sévère pour indiquer un patriarcat riche en prodiges sans entrer dans le détail.

[59] Seybold, apparat critique : le ms. D porte la graphie Kilādiyānūs pour Céladion (Κελαδίων), neuvième patriarche ; Seybold identifie « Aurāliyānus wa-Lūqis » à Marc-Aurèle et Lucius Verus, co-régnant de 161 à 169. Le ms. D ajoute « aimé de tout le peuple ».

[60] Aghribīnū (Ἀγριππῖνος, Agrippin), dixième patriarche, élu sous le règne des souverains précités. La dix-neuvième année renvoie à 179/180.

[61] Julien (Ἰουλιανός, Julien), onzième patriarche. Sévère note que c’est à son époque que l’on « commence à sortir en secret et à ordonner des prêtres en tous lieux » : allusion probable à l’organisation de la mission dans la chôra égyptienne, les campagnes étant alors sans évêques résidents. C’est sous son successeur Démétrius (non traité ici) que se développera véritablement la juridiction épiscopale égyptienne.

[62] Seybold, apparat critique : le ms. A porte Yūliyānū, le ms. D Yūliyānūs. L’épisode qui s’ouvre (l’ange révélant en songe au patriarche mourant l’identité de son successeur) est typique du modèle hagiographique de la « désignation charismatique » : le candidat, sans aucune prétention ni même connaissance des choses sacrées, se trouve distingué par une théophanie qui force la main à l’élection populaire.

[63] Seybold, apparat critique : le ms. A porte ḥāḍirīn (« présents ») ; le ms. C ajoute la glose sabab fiʿlahu (« la raison de son action »).

[64] Difficulté canonique centrale : un évêque marié, sur le siège d’Alexandrie, est-il acceptable ? Les Canons apostoliques (can. 5 et 17) interdisent à l’évêque d’avoir une épouse ; c’est pour lever cette objection que Sévère introduit la révélation miraculeuse du mariage virginal de Démétrius, attesté par l’épreuve du feu (infra). La tradition rapportée par Sévère s’enracine dans une légende copte ancienne, qui souligne la sainteté conjugale de Démétrius comme figure de l’Église elle-même, « épouse immaculée » du Christ.

[65] Seybold, apparat critique : les mss. A et D portent « jusqu’à présent » (ḥattā l-ān). Les époux se présentent donc mutuellement comme frère et sœur spirituels, unis par les liens familiaux terrestres — cousins orphelins élevés ensemble — mais préservés de toute consommation charnelle par décision personnelle antérieure à leurs noces.

[66] L’aigle mystique planant la nuit sur les époux et déployant ses ailes au-dessus de leur couche est une théophanie eucharistique : l’oiseau liturgique de la protection divine (cf. Dt 32, 11 ; Ex 19, 4). L’épouse déclare connaître ce « mystère » depuis les noces ; elle est donc pleinement consentante à l’état virginal, et même en a reçu la vision.

[67] Allusion à Mt 22, 13 et à l’imagerie eschatologique : « le ver qui ne meurt point et le feu qui ne s’éteint pas » (Mc 9, 48, repris d’Is 66, 24). Démétrius, se ressouvenant des fins dernières en contemplant la beauté charnelle de son épouse, reprend ainsi un thème ascétique classique : la contemplation de la mort et de la corruption du corps comme remède contre la concupiscence.

[68] Seybold, apparat critique : le ms. D ajoute jamīʿan (« ensemble »). L’analogie avec Joseph fils de Jacob — l’homme chaste par excellence de l’Ancien Testament, qui résiste à la femme de Potiphar dans la maison de l’Égyptienne — est un topos constant de la spiritualité copte : Démétrius est un « Joseph de l’Évangile », combattant ses pensées jour et nuit.

[69] Seybold, apparat critique : le ms. D pose le toponyme Amūsayn (Eusèbe d’après Seybold), village du Delta ou de la chôra où Démétrius se serait retiré après avoir été inquiété par Sévère. L’émeute anti-chrétienne sous Septime Sévère est historiquement attestée en 202-203 dans toute l’Égypte (persécution qui fit périr notamment Léonide, père d’Origène, et Potamienne).

[70] Seybold, apparat critique : Seybold signale dans ses notes grecques (pp. 30-31) les formes authentiques des martyrs alexandrins que Sévère mentionne : Πλούταρχος (Plutarque), Σερῆνος (Serenus), Ἡρακλείδης (Heraclides), Ἥρων (Héron), Ποταμίαινα (Potamienne), Βασιλείδης (Basilide). Liste conforme à Eusèbe, Hist. eccl. VI, 4 — Eusèbe est la source ultime de cette notice.

[71] Seybold, apparat critique : le ms. D (et variantes) : le patriarche convoque l’archidiacre comme intermédiaire — procédé disciplinaire normal du patriarcat copte pour toute allocution à l’assemblée.

[72] Épreuve du feu portée dans le pan du vêtement — topos hagiographique ancien. Le parallèle avec Pr 6, 27 (« Un homme peut-il porter le feu dans son sein sans que ses vêtements ne s’embrasent ? ») est frappant : Démétrius, puis son épouse, démentent le proverbe salomonien, manifestant ainsi la virginité préservée de leurs corps.

[73] Seybold, apparat critique : les mss. C D F ajoutent le sens « bien qu’ils aient vécu ensemble dans une unique chambre ». La mise au point sur la cohabitation virginale — confirmée par l’épouse elle-même en assemblée — répond à une objection anticipée : les scoliastes auraient pu soupçonner une séparation de lit dérogeant aux obligations matrimoniales.

[74] Seybold, apparat critique : Seybold porte Παντεύνος (Pantaenus) pour Fanṭanus, grand maître chrétien d’Alexandrie (IIᵉ s.), fondateur du Didascalée et maître de Clément d’Alexandrie. Sévère le confond ici avec un certain « Iqlīmus » qui écrivit un Livre d’abolition des chronologies, personnage non identifié — peut-être un hérétique millénariste. La phrase est difficile ; la tradition manuscrite oscille.

[75] Seybold, apparat critique : le ms. D nos’khat (copie) ; le ms. F porte aussi yajuz ; le ms. D porte waḥuda (« d’une seule »), variante théologique importante : le patriarche défend le dogme contre ceux qui « s’imagineraient que le Saint-Esprit aurait été créé par le Fils ». L’hérésie ici visée est précisément la subordination trinitaire caractéristique de certains courants pré-nicéens et attribuée à Origène par ses adversaires.

[76] Origène (Ūrjānus dans la transcription arabe) — le grand Alexandrin ( c. 185-253 ) — est présenté ici, selon la tradition anti-origéniste du Vᵉ-VIᵉ s., comme prétendant que « le Fils ne peut créer le Saint-Esprit » et blasphémant Père, Fils et Esprit. L’accusation est conforme au dossier de condamnation du IIᵉ Concile de Constantinople (553). Sévère reprend la version copte de l’épisode, déjà connue d’Eusèbe mais passée par le filtre polémique ultérieur.

[77] Référence à la célèbre auto-mutilation attribuée à Origène d’après Eusèbe, Hist. eccl. VI, 8, 1-5 : interprétation littérale de Mt 19, 12 (« se faire eunuque pour le royaume des cieux »), qui scandalisa Démétrius et motiva son éloignement. Sévère accepte le fait mais l’interprète comme « sanctification » acquise avant la chute doctrinale — manière de séparer la biographie de la condamnation doctrinale.

[78] Seybold, apparat critique : Seybold, « Euseb. h. e. 6, 12, 5 — Asklēpiadēs (Ἀσκληπιάδης) / 6 — Markianos (Μαρκιανός) sous-entendu docétiste (δοκητής) ». Démétrius écrit en effet à Asclépiade d’Antioche pour l’informer d’une affaire disciplinaire concernant Sérapion d’Antioche et l’évangile apocryphe de Pierre. Sévère compresse plusieurs épisodes eusébiens.

[79] Référence : Eusèbe, H. E. VI, 12 — le prêtre continent Clément est sans doute Clément d’Alexandrie, prédécesseur d’Origène à la direction du Didascalée. Sévère, ou son source, confond peut-être différentes générations.

[80] Nouvelle hérésie imputée à « Origène » (Origène) : attribution à Pierre d’un pseudo-évangile hétérodoxe. Il s’agit probablement de l’Évangile apocryphe de Pierre, effectivement dénoncé comme docétiste par Sérapion d’Antioche vers 200 (Eusèbe, H. E. VI, 12). Sévère, dans son raccourci polémique, impute l’ouvrage à Origène — accusation sans fondement historique mais répandue dans la littérature monophysite ultérieure contre « les origénistes ».

[81] Seybold, apparat critique : le ms. D istaghnaynā ʿanhā (« nous nous en sommes passés »). Sévère s’abstient de lister les écrits d’Origène exilé — geste à la fois critique et prudent : reconnaître Origène comme auteur prolifique tout en refusant d’en donner publicité.

[82] Héraclas (Héraclas, Ἡρακλᾶς), successeur de Démétrius sur le siège alexandrin (232-247). Étudiant d’Ammonius Saccas comme Origène lui-même, il fut le premier « évêque-théologien » d’Alexandrie, promu par Démétrius avant sa mort comme adjoint au siège. Sévère mentionne sa consécration à la fin de la notice de Démétrius, avant d’ouvrir sa Vie propre (qui commencera à la page 36 et fera l’objet de la prochaine livraison).

[83] Seybold, apparat critique : Seybold donne : Euseb. H. E. VI, 17 Σύμμαχος ᾿Εβιωναῖος. Symmaque l’Ébionite, traducteur grec de l’AT, est ici mêlé à la polémique anti-origéniste : il aurait « fait paraître beaucoup de schismes » en disant que le Christ est un simple homme né de Marie et Joseph, niant la virginité de l’enfantement. L’association de Symmaque à Origène — l’un étant juif-ébionite, l’autre chrétien hellénisant — est anachronique mais sert la démonstration de Sévère.

[84] Seybold, apparat critique : Eusèbe H. E. VI, 19 — sur Ammonius le philosophe d’Alexandrie (Ἀμμώνιος Σακκᾶς), maître à la fois d’Origène et de Plotin. Sévère, ou son source, lui prête un traité « contre Origène et ses mensonges ». Historiquement douteux : aucun écrit d’Ammonius n’est conservé.

[85] Seybold, apparat critique : Seybold : Παραλειπομένων (« Paralipomènes », les Chroniques) — al-Barālūbūmānūk D, al-Barālūwūmānūl A. Sévère donne ici la liste du canon biblique alexandrin (vieilles Écritures) reçu par l’Église universelle : Pentateuque, Josué, Juges, Ruth, Rois, Paralipomènes, Esdras, Psaumes, Proverbes, Sagesse de Salomon, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, Daniel, Job, Esther, Samuel, Sira, Douze Prophètes.

[86] Seybold, apparat critique : ms. A wa-Nāṣūris ; ms. D wa-Ghrīghūriyūs. Il s’agit de Grégoire le Thaumaturge, disciple d’Origène à Césarée de Palestine (c. 233-238).

[87] Le qīrāṭ est la 24ᵉ partie du dinar : somme infime pour un cahier entier des épîtres pauliniennes. Scène caractéristique de la conversion providentielle par la Parole.

[88] Scène providentielle : le jeune Héraclas, accidentellement abordé par une veuve vendeuse d’un cahier des épîtres pauliniennes, achète la totalité des Épîtres à un prix ridicule, les apprend par cœur et rejoint Démétrius à Alexandrie.

[89] Théodore et Grégoire, disciples cappadociens d’Origène, voir n. 1.

[90] Seybold rapproche : Euseb. H. E. VI, 30 — Ἀθηνόδωρος, Athénodore, frère cadet de Grégoire le Thaumaturge.

[91] Seybold : Euseb. h. e. VI, 31 ; VII, 1 — Ἀφρικανός. Julius Africanus, chronographe chrétien (IIIᵉ s.), disciple d’Origène.

[92] Adage ascétique : seule la nourriture spirituelle — la Parole de Dieu — sustente véritablement l’homme. Denys, encore jeune, est touché par cette maxime.

[93] Il s’agit des Thnētopsychites (θνητοψυχῖται), que Sévère situe « dans les contrées d’Arabie », combattus précisément par Origène dans un synode d’Arabie vers 246-247, cité par Eusèbe H. E. VI, 37.

[94] Philippe l’Arabe (Φίλιππος ὁ Ἄραψ, r. 244-249) — parfois regardé par la tradition chrétienne comme le premier empereur secrètement chrétien. Règne d’environ sept ans.

[95] Fabien de Rome (236-250, martyr sous Dèce) et son successeur Corneille (251-253), gestionnaire de la crise des lapsi. Sévère condense la crise des trois grands sièges.

[96] Alexandre de Jérusalem, mort en prison à Césarée sous Dèce. La succession complexe d’Antioche est résumée en un paragraphe.

[97] Détails des supplices inspirés d’Eusèbe H. E. VI, 40-41.

[98] Seybold, apparat critique : ms. A ḥadd al-sayf. Écho paulinien : Rm 8, 35 — la liste des séparateurs d’avec l’amour du Christ.

[99] Le prêtre rigoriste de Rome, Novatien (Ναβοῦος, Noūāṭus), opposé au pape Corneille et schismatique en 251 sur la question des lapsi.

[100] Décision collégiale du concile de Rome : réintégrer les lapsi après pénitence — formule canonique universelle. Cf. Eusèbe H. E. VI, 43.

[101] Denys écrit un canon universel sur la pénitence des apostats — évoqué par Eusèbe H. E. VI, 44-46.

[102] Conon, évêque d’Hermopolis (al-Ashmūnayn, l’antique Shmoun). Détail saisissant : cette ville est précisément, sept siècles plus tard, le siège épiscopal de Sévère ibn al-Muqaffaʿ lui-même.

[103] « Denys le Grand » (ὁ μέγας, selon Eusèbe H. E. VII, 1) — Denys écrit des lettres canoniques à toutes les Églises.

[104] Trebonianus Gallus (Kallās), successeur de Dèce (251-253). Information propre à Sévère (absente d’Eusèbe).

[105] Massawiyānūs = Mazabanès (Μαζαβάνης), évêque de Jérusalem après Alexandre.

[106] « Paul l’Arménien » (Būrūslīm Aylīyā al-Armanī) — peut-être Paul de Samosate, ou simplement « Paul évêque d’Aelia [Jérusalem] » (Aelia Capitolina).

[107] Étienne, évêque de Rome (254-257). Correspondance au sujet du rebaptême des hérétiques — controverse célèbre à laquelle Denys prit position contre le rebaptême systématique.

[108] Sabellius, hérésiarque libyen, enseignait le monarchianisme modaliste (une seule hypostase, Père-Fils-Esprit comme trois aspects). Denys, en le combattant, fut accusé d’excès inverse (subordinatianisme).

[109] Les lapsi revenus : Denys leur impose pénitence ; l’Église retrouve la paix jusqu’au règne de Valérien (r. 253-260), qui déclencha une nouvelle persécution (257-258).

[110] Valérien mourut humilié en captivité chez le roi sassanide Shapour (260). Sévère retient la fin tragique de l’empereur persécuteur.

[111] Arūs ibn Kabriyānus — personnage non identifié, peut-être un haut fonctionnaire chrétien. Sévère précise que la lettre impériale de paix est rédigée en grec (yūnāniyya).

[112] Liste d’évêques contemporains : Xystus II de Rome, Démétrius d’Antioche, Mazabanès de Césarée, Eutychien, Théodore frère de Grégoire, etc. « Paul l’Arménien » est vraisemblablement l’évêque d’Aelia/Jérusalem, martyrisé par décapitation.

[113] Motif hagiographique de la lecture ascétique perpétuelle : Dieu, voyant l’amour de Denys pour les Écritures, lui rend la vue de jeunesse.

[114] Synode d’Antioche contre Paul de Samosate (268), qui niait la vraie divinité du Christ. Denys malade ne put s’y rendre, mais envoya une lettre dogmatique. Présents : Firmilien de Césarée de Cappadoce, Grégoire de Néocésarée, Athénodore, Théotecne de Césarée, Maxime suppléant d’Alexandrie (futur XVᵉ patriarche), Hélénus de Tarse.

[115] Sévère cite pour la première fois deux sources distinctes : le monastère de Saint-Macaire (Abū Maqār) et Haute-Égypte ibn Baṭrīq — c’est-à-dire Eutychius d’Alexandrie (876-940), chroniqueur melkite. Les deux témoins divergent sur la durée (13 ou 17 ans).

[116] Seybold, apparat critique : ms. A Sās, mss. D F Tīs ; mss. A D Barmyūs, ms. F Barmiliyānūs. L’empereur « Ghaliyānus » est Gallien (Γαλλιηνός, r. 260-268), fils de Valérien, qui promulgua le premier édit impérial de tolérance envers les chrétiens.

[117] « Paul de Samosate » = Paul de Samosate (Παῦλος ὁ Σαμοσατεύς), évêque d’Antioche entre 260 et 268/72, condamné par le synode d’Antioche pour avoir nié la divinité propre du Verbe (christologie dite « adoptianiste »). Ces deux paragraphes sont la version compressée des actes du synode, eux-mêmes résumés d’après Eusèbe, Hist. eccl. VII, 27-30.

[118] Seybold, apparat critique : Seybold restitue les noms grecs des évêques signataires, parfois très corrompus en arabe : Πρωτογένης (Protogène) pour Wurtughnus, Θεότεκνος (Théotecne) de Césarée, Ὑμέναιος (Hyménée) de Jérusalem, Nicomas d’Iconium, Hélénus de Tarse. Quelques transcriptions restent douteuses.

[119] Seybold, apparat critique : ms. A Hīrlās. L’enquête philologique de Seybold rapproche cette graphie fautive de Ἡράκλας (Héraclas) ou d’une autre liste d’évêques. La lettre synodale au clergé d’Alexandrie et de Rome est l’un des documents capitaux de la querelle adoptianiste au IIIᵉ siècle.

[120] Seybold, apparat critique : ms. D maḥabba li-llāh (« l’amour de Dieu »). La polémique contre Paul de Samosate articule plusieurs griefs : son refus de célébrer les jours de fête en chantant la divinité du Christ ; sa manière « étrangère » de siéger sur un trône surélevé ; sa fréquentation des femmes ; son cortège dans la rue.

[121] Charges dogmatiques concrètes : Paul dit « que le Christ est simple homme », « Jésus ne descend pas du ciel », « il n’est pas incarné de Marie la Vierge », « il nie sa mort et sa résurrection d’entre les morts ». Sur la connaissance directe des thèses de Paul à travers Sévère, on hésite entre tradition directe (via le dossier grec conservé) et résumé tardif dépendant d’Eusèbe.

[122] Seybold, apparat critique : ms. F add. al-khabīth (« l’abominable »). Détail caractéristique : Manès (Mani), prophète fondateur du manichéisme (c. 216-276/7), fut martyrisé par le roi sassanide Bahram Iᵉʳ, non crucifié — Sévère suit ici la tradition chrétienne syriaque qui amalgamait écorchement, crucifiement et dépouille jetée aux bêtes. L’exécution de Mani (mort en prison à Gondichapour, 276/77) fut commuée en « écorchement du cadavre » selon certaines sources.

[123] Mani se présente comme « le Paraclet annoncé par Jésus-Christ dans l’Évangile de Jean » — prétention centrale du manichéisme, authentiquement attestée dans les sources manichéennes elles-mêmes (Mani se proclame « apôtre de Jésus-Christ »). La confrontation avec Archélaüs porte sur l’identification du Paraclet et sur la date de sa venue annoncée par le Christ (Jean 14, 16).

[124] Seybold, apparat critique : mss. B D Firqūs, ms. F Furūmus, Codices Marcellinus omisso Gaio. Le nom arabe transcrit Marcellus — riche chrétien de Kashkar (en Mésopotamie, non en Syrie du nord) qui, dans les Acta Archelai, reçoit les prisonniers chrétiens rachetés aux Perses. La géographie de Sévère (« a’māl al-Shām ») compresse Mésopotamie et Syrie.

[125] Archélaüs (Ἀρχέλαος, Arshilāwus), évêque de Kashkar. Figure centrale des Acta Archelai : il débat publiquement avec Mani pendant plusieurs jours, le démasque et le chasse. Le récit est ici extrêmement condensé — Sévère ne rapporte pas les arguments théologiques détaillés mais insiste sur la durée du débat (« dix et quelques jours ») et la défaite décisive de Mani.

[126] Seybold, apparat critique : le ms. F ajoute hādhā al-khabīth (« ce vaurien »). Retour en Perse ; le roi perse (Bahram Iᵉʳ) fait écorcher Mani et jette son corps aux bêtes. Transcription fidèle, avec interpolation lexicale par un scribe chrétien indigné.

[127] « Félix » (Fīlīks), Marcellin en fait — transcrire les noms des papes de Rome de cette période est un exercice difficile pour les traducteurs arabes. Il s’agit de Félix I (269-274) et de Marcellin (296-304), mêlés par la tradition. « Euthychianus » (Awtīkhyānus) = Eutychien (275-283).

[128] Note de Seybold : « Marcellinus (omisso Gaio) ». Il manque en effet Gaius (283-296), entre Eutychien et Marcellin. Cette omission est caractéristique de la source copte de Sévère, dont la liste des papes est tronquée.

[129] Succession complexe — Domitius = Dius (ou Dométius), évêque de Samosate ; Marcellus = Sabellius ? ; Marcellinus ? Les identifications restent conjecturales. Voici la suite des patriarches romains condensée : Fārūs = Probus, Carus (Qārūs) et ses fils Qarīnūs et Awsaintiyūs (= Carin et Numérien, 283-285), Diocletien (284-305). Sévère connaît très bien la chronologie impériale romaine à travers sa source copte.

[130] Dioclétien est présenté en rupture avec ses prédécesseurs : « il suscita contre l’Église une grande persécution, plus que toutes celles qui l’ont précédée ». Le texte fait allusion à l’édit général de persécution (février 303) : destruction des églises, combustion des Écritures, interdiction des assemblées, exécution des évêques et prêtres. C’est cette persécution qui inaugura l’ère copte des Martyrs (29 août 284 = an 1).

[131] « Anatolios » (Anṭāwālūs) d’Alexandrie, premier évêque de Laodicée après le synode. Maxime rédige avec lui des manuels d’enseignement et un « calcul du comput pascal » — allusion au traité pascal d’Anatolios, attesté par Eusèbe (H. E. VII, 32) : Canones paschales, témoignage important pour la fixation de la date de Pâques.

[132] Théotecne (Θεότεκνος, Taotkūs / Tāwkhtīknīs), évêque de Césarée de Palestine, signataire du synode contre Paul de Samosate. Eusèbe (H. E. VII, 14) confirme sa présence au synode.

[133] Théodose l’évêque fut « martyr au temps de la persécution », « deuxième martyr » selon une numérotation particulière. Les mss. portent parfois Tāwdūsī ; l’identification reste incertaine — probablement pas Théodose empereur (trop tardif), mais un martyr local confondu dans la tradition.

[134] Ighāyūs (Ignace ?) évêque de Césarée. Identifications douteuses, mais le nom « Ighātiyūs » renvoie probablement à Ignace (Ἰγνάτιος), un des nombreux évêques de ce nom au IIIᵉ s.

[135] Méthode/Phileas/Pétrus — la liste des évêques-martyrs est d’une érudition remarquable. « Bīryūs » = Pierius, célèbre exégète alexandrin, « Petit Origène » selon Eusèbe. « Malīṭūs » = Méliton (?) ou Méthode d’Olympe, martyr au temps de la persécution dioclétienne. Zébédée (Zaydyūs) = évêque de Jérusalem successeur d’Hyménée. « Armūn » (Hermon) = évêque de Jérusalem successeur de Zabédée (fin IIIᵉ s.).

[136] Durée du patriarcat de Maxime : dix-huit ans, qui nous amène à 282 environ (s’il a commencé en 264 après Denys). La date est approximative car les listes varient.

[137] Apparat de Seybold : ms. F Awrūs wa-Qarynūs wa-Qāriyānūs, Codd. Aqārūs wa-Qarīnūs wa-Māryānūs. La succession impériale : Carus (282-283), ses fils Carin et Numérien (283-285). L’an 1 du patriarcat de Théonas correspond à la première année du règne conjoint, soit 282.

[138] La construction de « la belle église au nom de la Sainte-Marie » (baʿa ḥasana ʿalā ism al-sayyida Maryam) est le premier édifice marial attesté à Alexandrie. Elle porte le nom de Ṭāmāwatā (Theotokos), transcription arabe du grec Θεοτόκος (« Mère de Dieu »). Théonas, en donnant ce titre à son Église, anticipe d’un siècle la querelle nestorienne.

[139] Seybold, apparat critique : ms. F al-jalīliyyin (« galiléens »). La fête des « disciples galiléens » désigne la fête des saints Pierre et Paul (29 juin), célébrée depuis Alexandrie par les couples qui implorent Dieu pour la fécondité.

[140] Seybold, apparat critique : ms. D qalb qarīḥ (« cœur blessé »). L’épouse infertile prie devant l’icône sacerdotale, reçoit la vision de deux saints en habit patriarcal, et conçoit un fils par grâce. Motif hagiographique récurrent — comparer avec la naissance de Samuel (1 S 1), annoncée explicitement dans le texte.

[141] Seybold, apparat critique : ms. F add. al-mubārak (« le béni »). La mère, prévenue en songe que son enfant s’appellera Pierre, accomplit la prophétie : le père Abroṭūs (Abrotus) l’élève ; à trois ans on le porte au patriarche Théonas qui le bénit, à cinq ans il entre à l’école patriarcale, à sept ans il est lecteur dans l’Église, à douze ans diacre, à seize ans prêtre (sīra accélérée typique des Vies copto-arabes).

[142] L’hérétique « Sabellius » est Sabellius (Σαβέλλιος), hérésiarque libyen du IIIᵉ siècle fondateur du monarchianisme modaliste : Père, Fils et Esprit ne seraient que trois modes d’une même hypostase divine, non trois personnes distinctes. Sabellius est ici présenté comme un contemporain de Théonas — compression chronologique, puisque Sabellius avait en réalité été condamné dès l’époque de Denys d’Alexandrie (cf. livraison V).

[143] Miracle de David et Goliath appliqué typologiquement au jeune Pierre qui abat Sabellius d’une seule parole — mort subite de l’hérésiarque par apoplexie foudroyante. Le parallèle avec 1 S 17 est explicite dans le texte arabe.

[144] Théonas meurt après dix-neuf ans de patriarcat (282-300). Sa désignation testamentaire de Pierre comme successeur — « ceci est Pierre, votre père et patriarche après moi » — anticipe l’élection canonique qui suit.

[145] Pierre est intronisé la dixième année de Dioclétien (303), l’année même du premier édit de la Grande Persécution. Son patriarcat couvre les quatre édits de 303-304 et les années de chaos qui suivent.

[146] « Al-Bīṭan » (mss. B D) — lieu-dit proche d’Alexandrie où Dioclétien établit un centre d’exécution systématique des chrétiens d’Égypte et de Haute-Égypte. Lieu-clé de l’ère des Martyrs (comput copte à partir de 284), mais non identifié avec certitude.

[147] Le peuple d’Alexandrie, veillant à la porte de la prison, se prosterne pour empêcher les bourreaux d’enlever Pierre à l’exécution. La scène dure toute la nuit, vieillards, jeunes, moines, femmes et vierges pleurant et suppliant. Peinture hagiographique d’une grande intensité dramatique.

[148] Épisode de la femme chrétienne Sophia et de ses deux enfants. « Sqarāṭīs » (Socratès) son mari, un apostat fonctionnaire impérial au palais — frère d’Abādīr (Apater/Pater) et sœur d’Iranī — est par ailleurs martyrisé. L’épisode de la mère baptisant elle-même, d’urgence, ses deux enfants dans la mer en tempête avec trois gouttes de son propre sang, à l’imitation du côté transpercé du Christ, est un morceau hagiographique copte célèbre : la « triple baptismale de Sophia » est célébrée le vendredi de la sixième semaine de carême (dimanche du Jeûne).

[149] Le sixième vendredi du Carême copte (vendredi de la sixième semaine, dit « le Seigneur fait pleuvoir la miséricorde »). Pierre, voyant l’eau baptismale se solidifier devant les enfants de Sophia — signe que le Christ lui-même les a déjà baptisés —, comprend que la mère a accompli le sacrement dans la tempête. Ce détail liturgique enraciné dans le comput pascal copte est remarquable : Sévère conserve les données rituelles dans le corps même de son récit.

[150] Dieu, par la bouche de Pierre, compose une homélie (mīmar) sur la miséricorde de Dieu, que l’on récite chaque année à l’occasion de ce vendredi (« Dimanche du Jeûne »). Cette mention est d’un grand intérêt pour l’histoire de la liturgie copte : le mīmar (μεμρό du syriaque) — homélie métrique à lire publiquement — est attribué ici à Pierre Ier.

[151] Le retour de Sophia : son mari Sqarāṭīs, apprenant qu’elle s’est « enfuie avec les chrétiens » et a « fait quelque chose » à ses enfants, l’accuse d’adultère (zinnā). Dioclétien en personne préside le procès. Sophia refuse de s’expliquer, professe fermement sa foi, Dioclétien ordonne qu’on lui attache ses enfants au ventre et qu’elle soit brûlée tournée vers l’orient. Elle et ses enfants rendent l’âme dans les flammes.

[152] Sqarāṭīs apprend que Pierre — qui avait composé un livre contre le culte des idoles — doit être mis à mort. Il écrit aux fonctionnaires de Dioclétien à Alexandrie d’exécuter la sentence. C’est à ce moment qu’apparaît Arius (Ariyūs) — jeune homme ambitieux soucieux de la succession patriarcale —, venu solliciter, avec un groupe de prêtres, diacres et partisans, que Pierre lui confie la direction après sa mort.

[153] Épisode capital du conflit entre Pierre et Arius. Pierre crie au ciel qu’Arius est « rejeté de ce monde et du prochain », et confie à ses deux disciples Achillas (Arshilā) et Alexandre (al-Iskandarūs) la charge de ne pas l’accueillir à la communion. La tradition copte fait de ce testament prophétique l’origine canonique de l’exclusion d’Arius par Alexandre, XIXᵉ patriarche, au concile de Nicée.

[154] Vision nocturne du Christ apparaissant à Pierre, déchiré à la hauteur de l’hypostase (mawḍiʿ al-kharq, « lieu de la déchirure »). Pierre demande au Christ qui a fendu sa tunique : « Arius », répond-il. Pierre comprend qu’il ne faut pas accueillir Arius, « pas même avec un présent ». Scène d’une puissance symbolique considérable — la tunique sans couture du Christ (Jn 19, 23) devient chez Sévère l’image de l’Église déchirée par l’hérésie.

[155] Les cinq martyrs compagnons de Pierre : « Philéas, Hésychius, Pacôme et Théodore » — Seybold renvoie explicitement à Eusèbe, Hist. eccl. VIII, 13, 7 : Φιλέας τε καὶ Ἡσύχιος καὶ Παχύμιος καὶ Θεόδωρος. Ces quatre évêques martyrs d’Égypte sont ici réunis par Sévère avec Pierre sous l’unité liturgique du supplice.

[156] « Matius l’Asiouti » (Maltīyūs al-Asyūṭī) — ms. Mīlīṭūs. Il s’agit de Mélitios de Lycopolis (Μελίτιος Λυκοπόλεως), évêque schismatique de Haute-Égypte qui rivalisa avec Pierre en ordonnant ses propres évêques pendant l’emprisonnement du patriarche. Sévère mentionne sans préciser que Mélitios sera à l’origine du schisme mélitien, durable jusqu’à Nicée.

[157] Pierre, ne voulant pas que les fidèles combattent les soldats au risque d’un massacre, sort secrètement de la prison en faisant pratiquer une brèche dans le mur (« ouverture pour vous faire entrer » — en réalité, pour lui permettre de sortir sans soulever les gardes). Préférant sa propre mort à celle du peuple, il déclare : « Mieux vaut que je livre mon âme plutôt que tu ne périsses à cause de moi. » C’est le nœud dramatique du récit : Pierre se donne lui-même à la mort pour épargner son troupeau.

[158] Le lieu du martyre : « Būqūlā » (Boukolia), transcription arabe du grec Βουκολία, « quartier des bouviers » d’Alexandrie. C’est là que saint Marc lui-même avait été martyrisé — symbolique forte : Pierre se rend volontairement au lieu du martyre du premier évangéliste, « marchant pour recevoir la bénédiction » du corps du saint, avant d’aller lui-même à la mort.

[159] Prière de Pierre à saint Marc : une longue adresse au « père glorieux, saint Marc l’Évangéliste », énumérant la série des patriarches alexandrins (Anien, Milius, Cédron, Primus, Eumène — puis « Démétrius, Héraclas, Denys, Maxime et le bienheureux Théonas mon père ») et demandant au premier patriarche la grâce de mourir dignement après eux. Ce passage est particulièrement important : il fonctionne comme une généalogie apostolique que Pierre, dernier de la chaîne, récapitule avant sa mort.

[160] Prière de Pierre au tombeau pour l’arrêt de la persécution : « Éloigne cette persécution de ton peuple, que ma mort soit le dernier tribut versé. » Cette prière est célèbre dans la tradition copte : Pierre est dit « sceau des martyrs » (khatam al-shuhadāʾ) parce qu’après lui, la persécution de Dioclétien commence à décroître, annonce de l’Édit de tolérance (311).

[161] Dernière scène : le visage de Pierre brille comme celui d’un ange. Les soldats hésitent à l’exécuter. Se concertant, ils proposent que chacun donne cinq dinars (soit trente deniers au total — rappel ironique du prix de Judas) à celui qui osera porter le coup, lui-même avancera six dinars en sus. Un soldat se présente, frappe, coupe la tête du saint. Pierre meurt le vingt-neuf de Hātūr — c’est-à-dire le 25 novembre, date canonique de son martyre.

[162] Seybold, apparat critique : ms. A al-Sārnis, ms. C al-Manṭars, ms. D al-Sīris, ms. F al-Sātarn. Seybold : σύνθρονος (synthronos), le « cosiège » ou cathèdre mystique. Seybold renvoie à Renaudot, Liturgiarum orientalium collectio, II, 52 : on cérémonialise le corps de Pierre sur la cathedra, de telle sorte que son pouvoir lui soit concédé après la mort comme durant sa vie. Cette mention liturgique est un des témoignages arabes les plus précis sur l’office d’enthronisation patriarcale dans l’Église copte ancienne.

[163] Seybold, apparat critique : ms. F add. wa-aḥrim ariyūs fī al-jāmiʿ bi-Nīqya (« et il anathématisa Arius dans le concile de Nicée »). Notice de Sévère exceptionnellement brève — six mois sur le trône, durant lesquels Achillas ne fit qu’exécuter le testament de Pierre Ier : refus catégorique d’admettre Arius à la communion. Mort le 19 Bawūnah (= 13 juin), avant même que la querelle arienne n’éclate publiquement.

[164] L’apparat manuscrit signale ici la 53ᵉ paragraphe selon la division éditoriale de Seybold. Alexandre (Ἀλέξανδρος, Iskandarūs) est le XIXᵉ patriarche, élu en 313 et siégeant jusqu’en 326 ou 328. C’est le patriarche du concile de Nicée (325) — figure capitale du conflit avec Arius.

[165] Allusion à l’épisode central de Pierre Ier : la vision du Christ à la tunique fendue (cf. livraison VII), dans laquelle le Sauveur désignait nommément Arius comme l’auteur de la déchirure. Pierre avait recommandé à Achillas et Alexandre, ses deux disciples et successeurs désignés, de ne jamais accueillir Arius à la communion, quoi que ce soit.

[166] Seybold, apparat critique : ms. C majlas (« assemblée ») au lieu de qadda kalāmuhu, leçon que Seybold retient comme primaire. Le « grand concile à Nicée » (Niqya) — convoqué par Constantin Iᵉʳ en mai-juin 325 — réunit selon la tradition copte 318 Pères ; il prononce la condamnation d’Arius et formule le Symbole nicéen consacrant l’homoousie du Fils.

[167] Seybold, apparat critique : ms. F al-aytām (« les orphelins »). Le ms. C porte également cette graphie. Allusion à la doctrine arienne : « le Fils est créature » (makhlūq). Sévère, ou sa source copte, traduit ainsi le terme grec ktísma (κτίσμα), formule technique du débat trinitaire pré-nicéen.

[168] Constantin (Qisṭanṭīn) le Grand, premier empereur chrétien, fils de Constance Chlore et de sainte Hélène. Convertit en 312 (vision de la croix avant la bataille du pont Milvius), il convoque le concile de Nicée en 325. Il règne jusqu’en 337 ; son fils Constance II lui succède.

[169] Le prologue à la Vie d’Athanase (Ⲁⲧⲁⲛⲁⲥⲓⲟⲥ, Athanase ou Athanase al-Rasūlī, « l’Apostolique » — épithète honorifique constante). Athanase, 296-373, fut le grand champion du parti nicéen contre l’arianisme. Patriarche de 328 à 373 (avec cinq exils successifs), il est l’auteur de la Vita Antonii, des Discours contre les ariens, des Lettres festales et de la Vie de Saint Antoine (Bios Antoniou).

[170] Seybold, apparat critique : ms. C add. wa-aḥraqa fīh ariyūs (« et il y anathématisa Arius »). Le concile de Nicée — première convocation œcuménique — codifia le rejet d’Arius, énonça le Symbole en réponse à sa christologie subordinatianiste, et fixa la date de Pâques selon le comput alexandrin. Sévère insiste, conformément à la tradition copte, sur la place primordiale d’Athanase dans la formulation dogmatique, alors qu’Athanase n’était à Nicée que diacre, accompagnant Alexandre.

[171] Seybold, apparat critique : ms. C add. wa-aḥraqa ariyūs fī al-jāmiʿ bi-Nīqya. Constantin reçoit Arius en audience à Constantinople ; Arius prétend mensongèrement avoir signé la confession orthodoxe. Constantin, abusé, ordonne aux évêques d’Alexandrie de réintégrer Arius. La scène-clé de cet épisode est la mort spectaculaire d’Arius dans des latrines publiques à Constantinople, le matin même de sa réintégration prévue (entrailles répandues comme celles de Judas, Ac 1, 18). Eusèbe rapporte cet événement (V. Const. III, 23) et Sévère, ou sa source, en fait un signe providentiel.

[172] Seybold, apparat critique : ms. D Tāwāzūrjis, mss. ABC Awjārius. L’intrus arien sur le siège d’Alexandrie au temps de l’exil d’Athanase est Grégoire le Cappadocien (339-345), parfois confondu dans la tradition arabe avec Georges de Cappadoce (lyncheur 358-361). Sévère mentionne ses « quatre années » (en réalité six pour Grégoire) et son lynchage par la foule. Eutychius (Haute-Égypte ibn Baṭrīq) confirme la durée brève et la fin sanglante.

[173] Les « quatre colonnes du monde » qui sauvent l’Église : Athanase d’Alexandrie, Antoine le Grand, Basile de Césarée et Libère de Rome (« Libère »). Ce schéma, tardif et schématique, condense la résistance orthodoxe au IVᵉ siècle. Basile (329-379) ne fut effectivement évêque de Césarée de Cappadoce qu’à partir de 370 — donc bien après le pic des crises ariennes — mais Sévère, comme la tradition copte, projette son rôle sur l’ensemble de la période.

[174] Seybold, apparat critique : ms. F yankas (« il s’inverse »). Tentative de Julien de relever le Temple de Jérusalem détruit par Titus en 70 — épisode bien attesté par les chroniqueurs païens (Ammien Marcellin XXIII, 1) et chrétiens (Grégoire de Nazianze, Sozomène, Théodoret). Tremblements de terre et globes de feu interrompirent les travaux ; les ouvriers durent abandonner le chantier. Sévère retient l’essentiel : la nuit, le travail accompli est anéanti par des séismes, et les pierres sont réabsorbées.

[175] Découverte des reliques de Jean-Baptiste et d’Élisée par les juifs : Sévère rapporte ici une tradition précieuse. Aux confins de Sébaste, lors des fouilles ordonnées par Julien, les juifs trouvèrent dans les tombes deux corps qui ne brûlaient pas malgré le feu. Identifiés au prophète Élisée et à Jean le Baptiste, ils furent rachetés par les chrétiens et envoyés à Athanase à Alexandrie. Récit attesté par Théophane et la tradition byzantine : Athanase aurait fait construire une église pour les abriter, secrètement.

[176] Seybold, apparat critique : ms. F kātibuhu (« son scribe »). Théophile, plus tard évêque de Sébaste, est mentionné comme "scribe" d’Athanase à ce moment du récit. Sévère anticipe ainsi l’identité du futur biographe.

[177] Sur le martyre de Julien l’Apostat « par la lance du saint glorieux martyr Mercure », tradition cappadocienne ancienne, attestée par Sozomène (H. E. VI, 2) et la Légende de saint Mercure : Julien aurait été frappé en pleine bataille par une lance miraculeuse, en présence d’une apparition céleste du martyr Mercure, ressuscité pour l’occasion. Sévère reprend cette tradition copte sans nuance critique.

[178] Successeur de Julien : Jovien / Yūbānūs (Jovien, 363-364), brièvement empereur chrétien, qui restitua à l’Église ses biens. Mort en quelques mois, il fut remplacé par Valentinien Iᵉʳ et son frère Valens — c’est ce dernier qui, arianisant, exila Athanase pour la cinquième fois.

[179] Seybold, apparat critique : ms. D Mashishādāq (Melkisédeq), graphie copte de la chronique pascale. Athanase composa effectivement plusieurs lettres festales et une dissertation sur le sacerdoce de Melkisédeq (Hb 7), peut-être perdue. Sévère ajoute également « pour son frère Antoine » — référence à l’Antoine le Grand, dont Athanase écrivit la Vie en 357. La mention « pour la Croix sainte » désigne probablement le De incarnatione Verbi.

[180] Seybold, apparat critique : ms. F al-abbariyūs, Codd. Anṭūnyus. Antoine (Anṭūniyūs), saint Antoine le Grand (251-356), fondateur du monachisme égyptien et figure tutélaire de l’orthodoxie nicéenne. Son séjour à Alexandrie aux côtés d’Athanase (337) est une scène emblématique de la résistance anti-arienne. La Vie de saint Antoine, écrite par Athanase peu après la mort du saint, est l’une des œuvres fondatrices de l’hagiographie chrétienne.

[181] Le diable, croyant Jésus-Christ « simple homme » (insān sādhij), est trompé : il imagine pouvoir le détruire ; quand le Christ tend la main, le diable mord à pleines dents — la « morsure » est sa propre destruction. Le diable « a vu la deuxième force » (le Christ ressuscitant) et a perdu sa propre force. Image hagiographique typique : le diable comme proie de sa propre voracité, vaincu par la divinité du Christ.

[182] Lettre d’Athanase à un certain Arsénios consolant Théodore son frère lors du décès — Sévère mentionne sans précision : Arsénios pourrait être Arsénios évêque de Hypsélé (Hypsele), partisan d’Athanase ; Théodore son frère reste non identifié. Le détail « tout ce qui n’atteint Théodore est en mer » est une formule de consolation classique.

[183] Découverte miraculeuse des reliques : Sévère rapporte qu’Athanase, fuyant l’un de ses persécuteurs, se fit guider par un ange jusqu’au lieu où Sébaste avait caché des reliques. Le motif (« comme l’ange transporta Habacuc le prophète de Babylone à Jérusalem ») renvoie à Daniel 14 (LXX) et Bel et le Dragon. Sévère utilise cette comparaison biblique pour authentifier l’authenticité du transfert miraculeux.

[184] Identification frappante : « Un homme nommé Israël (Zarāʾīl) ». Apparat : ms. A Rasāʾil (« lettres »), Codd. Zarāʾīl. Lecture de Seybold : il s’agit d’une idole détruite par Athanase à Alexandrie — « il invoqua le Christ, et l’idole tomba en poussière, libérant un démon qui criait : Ô Athanase, c’est toi qui m’as chassé d’ici ». Récit topique des conversions par destruction d’idoles.

[185] Seybold, apparat critique : ms. F dadyānūs (Codd. Lucius). Sévère désigne Lucius (Λούκιος, 373-378), évêque arien intrus à Alexandrie, comme « al-ism al-kadhdhāb » (« le faux-nom »), confondant à dessein le titre qu’il s’arroge avec son imposture christologique. Lucius fut chassé à la mort de Valens et au retour de Pierre.

[186] Seybold, apparat critique : la chronique copte donne « 8 ans » comme durée du patriarcat de Pierre II ; les listes byzantines (Nicéphore, Eutychius) varient entre 5 et 8 ans. Sévère retient 8 ans : 373-381, soit l’arc complet jusqu’à l’avènement de Théodose.

[187] Théophile (Ⲑⲉⲟⲫⲓⲗⲟⲥ, Théophile, c. 345-412), patriarche d’Alexandrie de 384 à 412, neveu et prédécesseur de Cyrille. Personnage controversé : il dirigea la destruction du Sérapeum d’Alexandrie en 391, persécuta les origénistes, déposa Jean Chrysostome au synode du Chêne (403). Sévère, fidèle à la tradition copte, en fait pourtant le prototype du patriarche-évêque savant, auteur prolifique de mīmars (homélies métriques).

[188] Le concile de Constantinople (Iᵉʳ Concile œcuménique, 381 — second selon le comput général) compta 150 évêques, condamna Macédonius (Maqdūnyūs) patriarche de Constantinople (qui niait la divinité du Saint-Esprit, d’où le nom de pneumatomaques) et un certain « Awnūmiyūs » = Eunome (Eunomien, néo-arien radical). Sévère est exact sur le nombre : 150 Pères figurent dans la tradition canonique.

[189] Théodose Iᵉʳ (Théodose al-malik al-muʾmin, « le roi fidèle »), empereur 379-395, qui convoqua le concile de Constantinople et fit du nicénisme la foi officielle de l’empire (édit de Thessalonique, 380). Référence honorifique constante dans la tradition copte.

[190] Seybold, apparat critique : ms. F tanyīḥ (« endormissement »). Sa durée : « neuf ans et demi », soit 384-393 (en réalité 384-412, soit 28 ans — divergence majeure avec la chronologie historique, due peut-être à une perte de transmission ou à une confusion avec Pierre II).

[191] Première mention de l’épisode des « idolâtres de Jérusalem » : un groupe de moines envoyés par Théophile pour défendre les chrétiens à Jérusalem contre la profanation des sanctuaires païens. Théophile mobilisa effectivement les moines de Nitrie pour ses opérations contre les origénistes et les Sérapeoïdes. Les Coptes ont gardé mémoire de ces expéditions monastiques.

[192] Un détail caractéristique : durant ses fouilles, Théophile aurait découvert sous une mosaïque les reliques de Jean-Baptiste et d’Élisée (ou plutôt d’Élie), trouvées avec une inscription Ṭiyāṭāt — épisode que Sévère lie à la livraison VIII (n. 26), où Athanase avait reçu les corps des juifs de Sébaste. La continuité hagiographique suggère qu’il s’agit ici d’une seconde tradition : Théophile aurait fait construire au-dessus des reliques une église consacrée à Jean-Baptiste. La première est la « basilique du Précurseur » d’Alexandrie. Témoignage architectural précieux.

[193] Seybold, apparat critique : ms. F al-maʿmūdiyya (« le baptême »). Le rite de la consécration de la croix sur l’eau du baptême : signe de croix sur la cuve baptismale et apparition d’une « croix de lumière ». Théophile constata, lors d’une vigile pascale, que la croix de lumière n’apparaissait pas — son scribe Cyrille (kīrlos), neveu de Théophile, avait été retenu hors de la cérémonie. Théophile le fit rappeler ; à son retour, la croix de lumière apparut. Episode qui prépare typologiquement la succession de Cyrille.

[194] Cyrille (Kίρλος, Cyrille), 376/378-444, patriarche d’Alexandrie 412-444, neveu de Théophile. Théologien majeur du Vᵉ siècle, il fit condamner Nestorius au concile d’Éphèse (431) et défendit le titre de Theotokos de la Vierge. La tradition copte le compte parmi les Quatre Docteurs.

[195] Cyrille passa cinq ans dans les déserts du Haute-Égypte (al-Ṣaʿīd), notamment au monastère de Pachôme, étudiant les Écritures sous la direction d’un maître nommé Awghusṭus (Augustin ?). Cet épisode de formation monastique est attesté par l’historiographie cyrillienne ancienne : Cyrille séjourna effectivement chez les anachorètes de Nitrie et de Scété avant son ordination.

[196] Sérapion le Sage (Sarābiyūn al-Ḥakīm), maître de la « science véritable de Dieu » (ʿulūm al-ḥaqīqiyya). Personnage non identifié avec certitude — peut-être Sérapion de Thmuis (mort vers 360), évêque de Thmuis, ami d’Athanase et auteur d’un Contre les manichéens, dont la mémoire fut conservée dans la tradition monastique copte. Cyrille reçoit de lui la « formation à l’épée de fer » (sayf ḥadīd) — locution monastique imageant la rigueur ascétique.

[197] Détail d’un haut intérêt : Cyrille mémorise les Écritures par lecture unique. « Il avait pour maxime, lorsqu’il lisait un livre, de le lire une seule fois : il en mémorisait alors la totalité ». Le motif est repris d’Augustin et d’autres Pères, mais ici appliqué à la pédagogie alexandrine.

[198] La liste des maîtres orthodoxes que Cyrille cite : « Athanase, Denys, Clément, Eusèbe, Basile patriarche de Rome, Basile évêque arménien, Basile de Cappadoce ». Cette liste reflète le canon des Pères repris par la tradition copte : Athanase d’Alexandrie, Denys (le Grand), Clément d’Alexandrie, Eusèbe de Césarée, Basile le Grand. La distinction entre trois Basile (Rome, Arménie, Cappadoce) reflète une compression géographique de différents homonymes.

[199] L’opposition de Cyrille à Origène (Aryāns) — il rejetait son enseignement, ne touchait pas ses livres. Position héritée de son oncle Théophile, dont la grande œuvre destructrice à Nitrie en 400 visait précisément les origénistes (les « Quatre Tall Brothers » et leurs disciples). Cyrille, dans la tradition copte, prolonge cet anti-origénisme.

[200] Cyrille obtient, par sa connaissance scripturaire, le don de produire un nectar qui suinte des plantes et des arbres : « comme une rosée qui sort de l’herbe et des arbres ; il en remplissait des vases ; c’est un miel pur, sans aucune impureté ». Locution miraculeuse propre à Cyrille — peut-être souvenir typologique de l’oint des Psaumes (Ps 19, 11).

[201] Seybold, apparat critique : ms. F al-Kabīr (« le Grand ») — épithète honorifique de Théodose II (408-450), empereur byzantin sous lequel Cyrille préside au concile d’Éphèse en 431. Théodose II est en réalité petit-fils de Théodose Iᵉʳ — la chronologie copte amalgame les deux empereurs.

[202] Pierre II, dit « Sceau des Confesseurs » dans la tradition copte, est intronisé après Athanase. Sévère, ou sa source, ne lui consacre que quelques lignes : il fut exilé sous Valens (« Lucius le menteur »), puis libéré à la mort de l’empereur ; siégea huit ans, mourut le 20 Amshīr (= 14 février 381). Lucius (Lucius l’arien) avait été imposé par Valens comme intrus arien sur le siège alexandrin pendant l’exil de Pierre.

[203] Seybold, apparat critique : ms. ABC mawlā « le Maître ». Allusion à Mt 24, 2 : « Il ne restera pas pierre sur pierre. » Nestorius prétendait que la prophétie évangélique sur la destruction du Temple était fausse : c’est Julien lui-même, non le destin divin, qui voulait abattre les pierres restantes — or il échoua. Argument apologétique christologique de Cyrille contre Nestorius.

[204] Le récit consacre un long passage à la lettre de Cyrille à Nestorius : « ô bien-aimé frère ». Le texte arabe condense les célèbres lettres dogmatiques de Cyrille à Nestorius (Lettres I, II et III, l’unique encore aujourd’hui), où Cyrille exposait sa christologie en termes de « union selon l’hypostase » (henōsis kath’hypostasin). Sévère traduit en formules concises mais reconnaissables.

[205] Première mention de Nestorius (Nasṭūr), patriarche de Constantinople 428-431. Né à Germanicia en Cilicie, formé à l’école d’Antioche, Nestorius enseignait que le Christ est « simple homme » (insān sādhij), niant l’union hypostatique des deux natures et refusant à Marie le titre de Theotokos. Sa christologie diophysite radicale fut condamnée à Éphèse.

[206] Allusion explicite aux Anathématismes de Cyrille (les Douze Anathèmes) annexés à sa troisième lettre à Nestorius. Sévère ne les cite pas tous, mais retient les plus forts (« Si quelqu’un n’avoue pas que la Vierge est Theotokos qu’il soit anathème »).

[207] « Maximus, le diacre intelligent et savant » (Maxime al-shammās al-ʿālim al-fahīm) — secrétaire de Cyrille au concile d’Éphèse. Ce diacre, identifié à Pierre, est peut-être Pierre le Lecteur d’Alexandrie, célèbre futur archidiacre. Il avait pour fonction de produire les écrits de Nestorius condamnables.

[208] Le concile d’Éphèse (Iᵉʳ Concile d’Éphèse, juin-juillet 431, IIIᵉ Concile œcuménique). Cyrille y condamna Nestorius en l’absence des Antiochéniens (qui arrivèrent plus tard). Sévère résume en quelques lignes : « Cyrille convoqua le concile à Éphèse, où vinrent les évêques de toutes les villes — chacun des évêques avec lui prêtres, diacres, sous-diacres et lecteurs ».

[209] « Constantianus » (Candidien) — il s’agit de Candidien (Κανδιδιανός), comte impérial nommé par Théodose II pour présider le concile d’Éphèse, sympathisant initialement de Nestorius. Sévère retient son nom corrompu et sa fonction de protecteur du condamné. Candidien tenta effectivement de protéger Nestorius lors des sessions houleuses.

[210] Le récit du subterfuge : Cyrille fait amener clandestinement les évêques restés à l’extérieur, les fait pénétrer dans la salle par les fenêtres et les portes, sous les toits ; on lit les écrits de Nestorius, on signe sa déposition. Détail dramatique : Cyrille avait pour scribe « Pīṭras » (Pierre), homme savant et lecteur expert, qui produisit les passages condamnables.

[211] Nestorius est exilé en Haute-Égypte, à al-Akhmīm (Akhmim, ancienne Panopolis). Sévère retient cette donnée historique précise : Nestorius mourut effectivement en exil dans la Grande Oasis ou à Akhmim vers 451 — son sort est attesté par plusieurs sources, mais Sévère se contente d’« il y demeura banni, retranché, jusqu’à ce qu’il mourût ».

[212] Lettres de Cyrille : à Jean d’Antioche (le célèbre destinataire de la « Formula d’union » de 433, signée après le concile) ; à Conon évêque de Mélitène ; à Olarianus l’Alexandrin (peut-être Aulinos) ; à Anastase et Alexandre ; à Maxime le diacre. Chacun de ces correspondants est attesté dans la tradition cyrillienne.

[213] Cyrille meurt en grande vieillesse, après avoir terminé sa vie, et sa mémoire passe « à la béatitude éternelle, en paix ». Sévère ne donne pas la durée précise, mais Cyrille a en réalité siégé 32 ans (412-444). La transition vers Dioscore (XXVᵉ patriarche) est immédiate, dans la page 83.

[214] Dioscore Ier (Diyusqūrus ; gr. Διόσκορος), patriarche d’Alexandrie 444-454, neveu et successeur de Cyrille. Successeur immédiat à la suite duquel se déclencha la grande crise de Chalcédoine : Dioscore présida le « Brigandage d’Éphèse » (Ephesinum II, 449), où Eutychès fut réhabilité, puis fut lui-même condamné et déposé au concile de Chalcédoine (451) sur ordre de l’empereur Marcien. Pour la tradition copte, qui rejette Chalcédoine, Dioscore est un confesseur martyr — d’où le titre de « Mujāhid » (combattant) que lui donne Sévère.

[215] Seybold, apparat critique : ms. C add. al-Kabīr (« le Grand »). Marcien (Μαρκιανός, Marqyānūs), empereur d’Orient 450-457, et son épouse Pulchérie (Pulcheria, Buklāriyya), convoquèrent le concile de Chalcédoine, où la Définition affirma les « deux natures » du Christ. La tradition copte considère Marcien et Pulchérie comme les artisans de la rupture entre l’orthodoxie alexandrine et le compromis chalcédonien.

[216] Seybold, apparat critique : ms. C add. min Marqyān al-malik. La phrase « ils [Marcien et Pulchérie] tiraient profit de Chalcédoine et son égarement, et de leur tâche » : Sévère condense en quelques mots l’ensemble du dossier chalcédonien. L’attaque vise non seulement la Définition de foi, mais aussi le Tome de Léon (papes), associé à la christologie diophysite.

[217] Seybold, apparat critique : Eutychius (Haute-Égypte ibn Baṭrīq) cite ici une variante chronologique. La séquence des persécutions de Dioscore par Marcien : exil à Gaghra (Gangra) en Paphlagonie. Sévère retient le toponyme arabe Gaghra, transcription de Γάγγρα. C’est là que Dioscore mourut en 454, après quatre années d’exil — la tradition copte le commémore comme martyr le 7 Tūt.

[218] L’expression « Sa Vie est restée jusqu’à présent dans la chaire de Marc l’Évangéliste à toujours et à jamais » est une protestation théologique : pour la tradition copte, Dioscore est le dernier patriarche pleinement orthodoxe avant la rupture définitive. Le siège alexandrin reste, de droit, dans la lignée de Marc — les chalcédoniens (Protérios, etc.) sont des intrus illégitimes.

[219] Timothée (Théophile) — il s’agit ici de Timothée II Aelure (Τιμόθεος ὁ Αἴλουρος, « le Chat »), patriarche d’Alexandrie 457-477 (avec interruption). Sévère ou ses sources confondent fréquemment les noms Théophile (Théophile) et Timothée (Timothée, Tīmūṭāwus, Tīmūthiyūs) dans la tradition copto-arabe — confusion paléographique facilitée par la similitude des deux noms en lettres arabes. L’identification est confirmée par le fait que Sévère mentionne son frère Anatolios et l’exil à Gaghra, traits historiques de Timothée II.

[220] Anatolios, frère de Timothée II — non identifié avec certitude, peut-être à confondre avec Anatolios d’Alexandrie évêque ou disciple de Cyrille. Sa présence à l’exil de son frère est une donnée hagiographique copte propre.

[221] Léon Iᵉʳ (Léon, Λέων), empereur d’Orient 457-474. Sévère retient son rôle dans la déposition initiale puis le rétablissement de Timothée II : Léon, sous l’influence du moine Daniel le Stylite, autorisa le retour de Timothée à Alexandrie en 475 — détail historiquement attesté.

[222] Le 7 Mishrī correspond approximativement au 31 juillet. Timothée II Aelure mourut en 477 (le 31 juillet selon les synaxaires coptes), après vingt-deux ans de pontificat (compté depuis 455 environ).

[223] Pierre III Mongus (Πέτρος ὁ Μογγός, « le Bègue »), patriarche d’Alexandrie 477-490 (avec interruptions). Successeur de Timothée II, signataire du Hénotique de Zénon (482). Sévère le présente comme le grand bâtisseur de l’union antichalcédonienne.

[224] Acace (Ἀκάκιος, Acace), patriarche de Constantinople 472-489, négociateur du Hénotique avec Pierre III Mongus. Excommunié par le pape Félix III en 484, il devint le pôle anti-romain et unifia provisoirement les Églises orientales. Sévère met l’accent sur sa correspondance avec Pierre — l’échange de lettres entre les deux sièges est largement attesté dans les actes du concile de Constantinople de 536.

[225] Seybold, apparat critique : ms. C add. à propos de la lettre de Léon (probablement le pape Léon Iᵉʳ, Léon al-malʿūn, « le maudit » dans la tradition copte, auteur du Tome de Léon en 449). Sévère oppose ici Léon de Rome (Tomus ad Flavianum, l’instigateur du diophysisme chalcédonien) à la confession orthodoxe (cyrillienne) de Pierre III Mongus.

[226] Pierre III Mongus rédige une « synodique » (sundīqā, transcription du grec συνωδική) — encyclique adressée à tous les évêques pour confirmer leur adhésion à la foi orthodoxe. Texte effectivement conservé dans les actes byzantins. Mention du « pape Pierre l’Aimable » (Bīṭrūs al-maḥbūb), par contraste avec Léon « le maudit ».

[227] « Jacob » (Jacques) évêque, et Ménas évêque de la Pentapole (Manyat ?)... — la liste des évêques opposés à Acace puis ralliés à Pierre III est un détail que la tradition copte tardive a conservé. Jacob est probablement Jacques (Jacob) de Mosopotamie (Bāradéos, le futur fondateur de l’Église syriaque jacobite, mais ici peut-être un autre Jacques).

[228] Seybold, apparat critique : ms. ABCD Manyat Ṭamāh, Codd. Manyat Ṭāmā. Ce siège est non identifié avec certitude — peut-être Tāmā / Tahta en Haute-Égypte, ou bien la Pentapole libyenne (Cyrène).

[229] « Touez-Dawānsādīs » — Tabennésiote (Ταβεννησιώτης), désignation des moines de Tabennêse, fondés par Pacôme. Apparat : Codd. al-Tawāsādīs ; ms. F al-Tawābāsādīs. Ils sont mentionnés ici comme ralliés à la foi orthodoxe sous Pierre III. Mort d’Acace (489) suivie du retour du patriarche à Alexandrie.

[230] Athanase II (Ἀθανάσιος Β, Athanase), patriarche d’Alexandrie 490-496. Successeur de Pierre III. Sévère lui consacre quelques lignes : « Il fut homme bon, plein de la foi, pasteur de l’Esprit-Saint, et accomplit ce qu’il put. »

[231] Le 20 Tūt correspond approximativement au 17 septembre. Athanase II mourut effectivement en 496 (durée de pontificat : sept ans), date qui concorde avec la chronologie standard.

[232] Jean Ier le Moine (Jean al-Rāhib), patriarche d’Alexandrie 496-505 (XXIXᵉ patriarche). Sévère mentionne brièvement son intronisation après Athanase II et la paix qui régna sous l’empereur Anastase Iᵉʳ (491-518).

[233] Anastase Iᵉʳ (Ἀναστάσιος, Anastase, Zaytūn al-malik al-maghbūṭ), empereur d’Orient 491-518. Sa politique antichalcédonienne (notamment dans les dernières années) lui valut sympathie des miaphysites alexandrins. La tradition copte l’appelle « al-Maghbūṭ » (le Bienheureux).

[234] « saint Macaire (Abū Maqār) Audīr Hubāb » — toponyme curieux. Il s’agit du monastère de Saint-Macaire le Grand au Wadi al-Natrun (saint Macaire (Abū Maqār)), centre majeur de la spiritualité copte. « Audīr Hubāb » pourrait désigner un quartier ou une dépendance du monastère — désignation incertaine.

[235] Jean Ier se reposa le 4 Bashons (= 29 avril), après huit ans de pontificat. Date concordant avec la chronologie : 496-505 environ (variantes).

[236] Jean II le Reclus / Hesychaste (Jean al-Ḥabīs, Ἰωάννης Νικιωτής ?), XXXᵉ patriarche d’Alexandrie 505-516. Le surnom Ḥabīs (« le reclus », « l’enfermé ») reflète son passé d’ermite avant son intronisation. Sévère mentionne ses « écrits nombreux » et de « belles homélies ».

[237] Seybold, apparat critique : ms. ABCD Aghnāṭiyūs, Codd. Aghnāṭyūs. « Anastase, l’empereur fidèle » — Anastase Iᵉʳ (491-518), protecteur des antichalcédoniens. « Sévère » est ici Sévère d’Antioche (cf. n. 29). « Ighnāṭiyūs » est Ignace d’Antioche, ou plus probablement un homonyme contemporain non identifié.

[238] Mort de Jean II le Reclus le 27 Bashons (= 22 mai), après onze ans de pontificat (505-516).

[239] Dioscore II (Διόσκορος Β, Diyusqūrus al-Jadīd, « le Nouveau Dioscore »), XXXIᵉ patriarche d’Alexandrie 516-517 (très bref). Sévère le présente comme scribe du précédent — détail confirmé par les chroniques byzantines. Il signa également l’union avec Sévère d’Antioche, « confirmant la foi droite ».

[240] Seybold, apparat critique : « il fut patriarche trois ans, dans une autre Vie : il s’est tenu une année et demie ». Sévère consigne ici une divergence chronologique entre ses sources : la copie de Saint-Macaire donne « trois ans », une autre Vie « un an et demi » — divergence qui correspond à l’incertitude historique sur la durée exacte du patriarcat de Dioscore II (vraisemblablement 1-2 ans, 516-517 ou 516-518).

[241] Timothée III (Tīmūthāwus ; gr. Τιμόθεος Γ’), patriarche d’Alexandrie 517-535. Successeur de Dioscore II ; sa carrière se déroule presque entièrement sous le règne de Justin Iᵉʳ (518-527) et au début de celui de Justinien (527-565). Il est, avec Sévère d’Antioche, le pivot de la résistance antichalcédonienne au moment de la grande répression justinienne.

[242] Anastase Iᵉʳ (Anastase, 491-518), empereur sympathique aux antichalcédoniens, mort le 9 juillet 518. Son successeur, Justin Iᵉʳ (Justinien ; ms. F yusṭiyānūs), oncle de Justinien, marqua le grand renversement chalcédonien : il rétablit l’orthodoxie chalcédonienne dans tout l’Orient et persécuta les sévériens.

[243] Sévère d’Antioche (Σευῆρος, Sévère, c. 465-538), patriarche d’Antioche 512-518. Déposé par Justin Iᵉʳ en 518, il s’enfuit en Égypte où il vécut sous la protection de Théodora et de Timothée III. Sa correspondance avec Alexandrie pendant cette période est l’un des fondements de l’union miaphysite.

[244] Seybold, apparat critique : ms. F qarīb (« proche »). Cyrille (Qīrlus), patriarche d’Antioche — homonyme du grand Cyrille d’Alexandrie. Il s’agit ici d’un évêque chalcédonien intronisé sur le siège d’Antioche après la déposition de Sévère ; non identifié avec certitude.

[245] Le « Tome de Léon » (Ṭūmus Léon) — la lettre dogmatique du pape Léon Iᵉʳ à Flavien de Constantinople (449), qui devint l’une des bases doctrinales du concile de Chalcédoine. Pour la tradition copte, c’est le texte hérétique par excellence. Sévère le dénonce dans toute son œuvre.

[246] Allusion aux julianistes (aphtartodocètes), partisans de Julien d’Halicarnasse (mort vers 527), qui soutenaient l’incorruptibilité du corps du Christ avant la résurrection. Schisme miaphysite interne qui divisa le mouvement antichalcédonien après la mort de Sévère, opposant les sévériens (orthodoxes) aux julianistes (radicaux). Le détail des « sept moines » qui reviennent de l’erreur des julianistes appartient à la tradition copte propre.

[247] Justinien convoque alors Théodose à Constantinople (537), pour le mettre face à Sévère et obtenir leur ralliement à Chalcédoine. Le détail des sept moines convertis et des massacres dans la province d’al-Buḥayra (« la région des Lacs », Maréotide) est conforme à l’historiographie copte.

[248] Seybold, apparat critique : ms. ABCD divergent sur la durée. La version retenue : Timothée III mourut le 13 Amshīr (= 7 février) après dix-sept ans de pontificat (517-535). Il rejoignit ainsi son cher Sévère exilé chez les coptes.

[249] Théodose (Théodose, Θεοδόσιος, 535-566), patriarche d’Alexandrie. Pivot de l’Église miaphysite à l’époque de Justinien. Élu canoniquement, il fut chassé six mois plus tard par les julianistes qui imposèrent Gaianos (Γαϊανός), aphtartodocète. Théodora obtint son rétablissement par le commissaire impérial Narsès, mais Justinien finit par l’exiler à Constantinople en 537. Il y demeura, retenu, jusqu’à sa mort en 566.

[250] Daqyānus (Diaconus ?) — confusion possible. Il s’agit en réalité de Gaianos / Gaïen (Γαϊανός), archidiacre julianiste qui se fit imposer comme patriarche concurrent de Théodose pendant 103 jours (mai-août 535). Sévère condense la séquence en quelques lignes.

[251] Seybold, apparat critique : ms. ABCD aḍāllu, F aḍallū. « Pour qu’il les égarât. » L’opposition entre Théodose et Gaianos / Gaïen est l’épisode décisif du schisme julianiste à Alexandrie (535).

[252] Astamākhus le secrétaire impérial : il s’agit d’Aristomachos, fonctionnaire byzantin chargé de surveiller les moines coptes hostiles à l’union avec les chalcédoniens. Sévère mentionne « les moines de Bishā » (probablement les anachorètes de Pispir, cellule d’Antoine, ou les moines du désert oriental) qui rejetèrent l’égarement de Julien.

[253] Justinien (Justinien, Justinianus Iᵉʳ, 527-565), neveu de Justin Iᵉʳ. Sévère l’appelle ici « le roi mauvais » (al-malik al-mukhālif, « l’empereur opposant »). Cette qualification reflète la position copte vis-à-vis de la grande politique justinienne de réintégration chalcédonienne et de sa dureté envers les antichalcédoniens.

[254] « Mt 4, 8-10 » : la tentation du Christ par le diable. Théodose, sommé par Justinien d’accepter Chalcédoine en échange de l’union des deux patriarcats orientaux (Alexandrie et Antioche) plus la juridiction sur toute l’Afrique, refuse en citant Mt 4, 8-10 — l’épisode où Satan offre au Christ « tous les royaumes du monde et leur gloire » s’il l’adore. Théodose anathématise le Tome de Léon et le concile de Chalcédoine.

[255] « Paul le Tabennésiote » (Bawlus al-Tālīnīsī) : ici, il s’agit de Paul de Tabennésiote / Paul de Tabennêse, intrus chalcédonien sur le siège d’Alexandrie pendant l’exil de Théodose (537-540), envoyé par Justinien avec une garnison militaire. Sévère retient avec exactitude cette donnée historique.

[256] « Yodes (Iouèdès) le Nouveau, l’apôtre Judas » : Sévère assimile typologiquement Paul le Tabennésiote au traître Judas. Le qualificatif « Yodes le Nouveau » (Yūdis al-Jadīd) devient ensuite poncif dans la polémique copte contre les intrus chalcédoniens.

[257] Sévère retient le détail historique exact du sac d’Alexandrie : Justinien, fâché de la résistance d’Alexandrie, ordonna la fermeture de toutes les églises de la ville et expédia un envoyé spécial — Sévère cite la lettre impériale qui prescrivit la fermeture, le scellement, la mise en place de gardes armés. Ce blocus liturgique dura un an : pas de communion, pas de baptême, pas d’enterrement chrétien légitime — situation extraordinaire dans l’histoire du siège alexandrin.

[258] Seybold, apparat critique : ms. F sharqī. Topographie alexandrine remarquable : « le quartier connu sous le nom des Colonnes et de la Porte du Lampadaire (al-Suwārī wa-l-Naṣrum) », ainsi que « à l’est et à l’ouest du gymnase, et un peu plus loin la place dite des Comestibles ». Sévère, ou sa source, possède une connaissance topographique précise d’Alexandrie au VIᵉ siècle, ce qui suggère que la documentation provient effectivement d’archives locales (peut-être du monastère de Saint-Macaire (Abū Maqār)). « En l’an 285 de Dioclétien » : 285 + 284 = 569 ap. J.-C. — datation par l’ère copte des Martyrs.

[259] Détail historique exceptionnel : Justinien permit la réouverture des Églises antiques (chalcédoniennes) sous l’autorité chalcédonienne, mais maintint la prohibition sur les deux nouvelles églises miaphysites. Cette ségrégation cultuelle entre les communautés est attestée dans l’historiographie monophysite (Jean d’Éphèse, Histoire ecclésiastique).

[260] Théodose mourut le 28 du mois de Bawūnah (= 22 juin), après trente-deux ans de pontificat. Il avait été 28 ans en exil à Constantinople (537-566) et seulement quatre ans en Haute-Égypte. La date est conforme aux synaxaires coptes, qui le commémorent le 28 Bawūnah.

[261] Pierre IV (Bīṭrūs / Buṭrus, Πέτρος Δ’, 567-569), succède à Théodose après son désignation testamentaire à Constantinople. Patriarcat extrêmement bref (deux ans). Sévère, fidèle à la tradition copte, le présente comme un homme d’élite, beau, élégant, choisi pour ses qualités personnelles et sa fidélité à la foi de Théodose.

[262] Seybold, apparat critique : ms. F bi-l-Quṣṭanṭīniyya. Paul le Tabennésiote (Bawlus al-Tālīnīsī ; ms. F Bawlunāriyūs ; Codd. Tāwnāriyūs) — l’intrus chalcédonien qui avait fait fermer les Églises d’Alexandrie sous Justinien. Justin II (Yusṭiniyānūs ; Codd. Asbāsiyānūs) le remit en place comme « patriarche de la cité fermée », symbole de l’occupation chalcédonienne d’Alexandrie. Sa mort prochaine est annoncée comme un châtiment divin.

[263] Apollinaire (Apoliyānāriyūs / Awliyānāriyūs / [I]Awliyānāriyūs) — patriarche chalcédonien d’Alexandrie envoyé par Justinien à la place de Paul le Tabennésiote, ou peut-être tenant officiel de la chaire chalcédonienne sous Justin II. Apollinaire fut le patriarche chalcédonien officiel d’Alexandrie de 551 à 569. Sévère le mentionne avec dédain : il oppose l’éclat du patriarche miaphysite Pierre IV et la décadence morale du siège chalcédonien.

[264] Seybold, apparat critique : ms. ABCD fī makān (« en lieu »), ms. F sine punctis. La nouvelle église de Saint-Joseph (Yūsuf) construite à sept milles à l’extérieur d’Alexandrie : c’est le siège effectif du patriarcat miaphysite pendant la période de la fermeture des Églises chalcédoniennes (depuis 537). Information topographique précieuse — la basilique de Saint-Joseph d’Alexandrie est attestée par d’autres sources tardives.

[265] « Yūsṭīnyānūs » désigne ici Justin II (Iustinus II, 565-578), neveu et successeur de Justinien. Sa politique chalcédonienne reste vigoureuse les premières années (le « Programme » de 568, l’édit de 571 contre les sévériens) ; il ne s’apaisera qu’à la fin de sa vie. Sévère retient ici uniquement la persécution.

[266] Mort spectaculaire d’Apollinaire « comme la mort d’Hérode » : référence à Actes 12, 23 — Hérode Agrippa frappé par l’ange du Seigneur et rongé par les vers. Sévère reprend le motif typologique pour confirmer la justice divine. La mort effective d’Apollinaire eut lieu en 570 environ ; son successeur fut Jean III, lui aussi chalcédonien (570-580).

[267] Damien (Damien, Δαμιανός), futur successeur de Pierre IV, ici scribe et compagnon. La rencontre dans le monastère de Tabor (Dayr Ṭābūr) — c’est-à-dire le monastère « du Mont Thabor », identifié à un monastère syriaque à proximité d’Alexandrie ou peut-être au monastère copte de Saint-Macaire. Damien était moine syrien, écrivain, et avait aidé à construire une cellule pour Pierre IV pendant la persécution.

[268] « Trente-deux monastères au lieu nommé Sakatīnā (Σκήτη) » — c’est-à-dire Scété, le Wadi al-Natrun, désert monastique majeur de Basse-Égypte. Sévère mentionne que tous ces trente-deux monastères s’étaient ralliés aux chalcédoniens (« devenus chalcédoniens »), ce qui implique un grand revers du parti miaphysite à Scété. Information capitale : à la fin du VIᵉ siècle, le foyer monastique principal de l’orthodoxie copte connut une période de défection chalcédonienne, que Pierre IV et Damien chercheront à reconquérir.

[269] Mort de Pierre IV : il « avait mangé sa vie acceptable et son service agréé à Dieu », au bout de deux ans. Sa commémoraison est fixée au 25 Bawūnah (= 19 juin), date conforme aux synaxaires coptes.

[270] Damien (Damien, c. 570-605), XXXVᵉ patriarche d’Alexandrie. Moine syrien d’origine, scribe de Pierre IV, intronisé après lui. Patriarcat long et important : il consolida l’union entre les Églises copte et syriaque jacobite, mais sa controverse avec Pierre d’Antioche (le « schisme damianiste ») marqua une nouvelle rupture interne au camp miaphysite. Damien rédigea de nombreux traités dogmatiques.

[271] Seybold, apparat critique : ms. ABC bi-Wadi Habib (« dans le Wadi Habib »), ms. F bi-Wādī. Le Wadi Habib désigne le Wadi al-Natrun (vallée bénie). Le « monastère d’Abū Jean » est le couvent de Jean Hykélite (Apa Yuḥannā al-Qaṣīr / Saint Jean Colobus), l’un des grands centres monastiques miaphysites. Damien y séjourna comme moine.

[272] « Bāṭrūn » — déformation du grec Πατρών ou « monastère du Patron ». Plusieurs monastères portent ce nom dans le désert oriental égyptien et le Sinaï. Identification incertaine.

[273] « Quatre couvents » — les quatre grands monastères du Wadi al-Natrun : Saint-Macaire (Abū Maqār), abba Bishoy (Abū Bishay), les Romains (al-Baramūs), et la Vierge (al-ʿAdhrāʾ). La géographie monastique copte traditionnelle.

[274] « Les Mélétiens » (al-Mīliṭāniyūn / al-Mīliṭāniyīn) — disciples de Mélèce de Lycopolis (Μελίτιος Λυκοπόλεως), évêque schismatique de Haute-Égypte au début du IVᵉ siècle. Le schisme mélétien persista durant des siècles en Égypte ; les fidèles de Mélèce formaient encore une communauté distincte au temps de Damien. Damien en chassa les survivants des monastères du Wadi Habib.

[275] Seybold, apparat critique : Codd. Aristokyrios. Erstoukyrios — graphie défigurée d’un nom grec. Probablement Aristacharchos ou Aristotechnos, intrus chalcédonien désigné par les schismatiques de la province occidentale d’Égypte. Il prend rang d’évêque schismatique opposé à Damien.

[276] Damien rédige les célèbres « Synodiques » (sandūdīqā) — encycliques dogmatiques. Pierre Ier d’Antioche (Pierre de Callinique, patriarche d’Antioche jacobite 581-591), accuse Damien d’erreur trinitaire (sabellianisme) ; Damien réplique en accusant Pierre de trithéisme. Le « schisme damianiste » dura jusque vers 612-616, lorsque Anastase d’Alexandrie et Athanase d’Antioche restaurèrent l’union.

[277] Seybold, apparat critique : ms. Codd. add. lā yajūz lahu sharr (« qu’aucun mal ne lui arrive »). La trinitologie selon Damien : « trois hypostases, une seule nature ; un seul Dieu créateur ; il n’est pas créé ; il est non multiplié dans les hypostases, uni dans la substance ; et l’unique [Dieu] dans son unicité, en tant que les deux grands luminaires : le soleil souverain du jour, la lune autorité moindre de la nuit ». Cette analogie astronomique est caractéristique de la trinitologie alexandrine et damianienne.

[278] « L’action précède le nom » (al-fiʿl yasbiq al-tasmiya) — formule théologique nettement antitrithéiste : Dieu nomme l’eau « mer » et la terre « terre » après les avoir créées. La création précède la nomination. Argument contre les trithéistes (les Eunomiens, les Jean Philoponiens) qui distinguaient les hypostases comme trois déités séparées.

[279] Pierre Ier de Callinique d’Antioche (Pierre l’Antiochien, c. 581-591). Sévère le présente comme « le sourd qui ne peut entendre la parole du sage » — appréciation polémique typique de la tradition damianiste. La querelle entre les deux patriarches sur le « partage de la Trinité » dura plus de vingt ans.

[280] Le schisme entre les deux Égyptes (Alexandrie et la Pentapole / Cyrénaïque), et entre l’Égypte et la Syrie / les Orientaux : conséquence durable du schisme damianiste. Les coptes restèrent fidèles à Damien ; les jacobites syriens à Pierre. La rupture dura environ vingt ans.

[281] « Jean l’Iberain » (Jean al-Burlānī) — Jean d’Hephaistou (?) ou Jean d’Asie (Jean d’Éphèse, l’historien jacobite, c. 507-588), évêque et chroniqueur. Sévère mentionne son rôle de relais de la doctrine miaphysite, ainsi que celui des « Constantinople disciples » et des « auxiliaires Acaspe », terminologie obscure.

[282] « Damien combattit ce qui se passait par lettres et par paroles canoniques nombreuses » : conformément à son rôle d’homme de plume, Damien produisit une correspondance abondante avec Constantinople, Antioche, l’Asie Mineure, etc. Le « bel honneur du Seigneur des armées » est une formule liturgique typique des homélies festales.

[283] Mort de Damien le 18 du mois de Bawūnah (= 12 juin) après trente-six ans de pontificat (570-606), conformément aux synaxaires coptes. Damien, mort en bonne vieillesse à un âge avancé, est commémoré comme « le pasteur infatigable de l’enseignement, de l’éducation et de la prière ».

[284] Anastase (Anastase, Ἀναστάσιος, c. 605-616), XXXVIᵉ patriarche d’Alexandrie. Successeur de Damien, originaire d’Alexandrie, prêtre érudit reconnu pour sa science des Écritures, ses charges au diwan (administration ?) et son activité de constructeur d’églises (Tarīyūn-Abādān = monastère de Saint-Michel ; couvent des Vierges, etc.). Sa figure est dominée par la grande réconciliation du schisme damianiste avec Antioche.

[285] Seybold, apparat critique : ms. ABCD divergent. La passage est délicat. « En entrant à la cité » : Anastase, malgré l’interdiction chalcédonienne, jouit d’une certaine liberté de mouvement à Alexandrie sous la fin du règne de Maurice et le début de celui de Phocas. Sévère insiste sur sa popularité et sa science.

[286] Seybold, apparat critique : ms. F Tarīyūn Abādān, Codd. variantes. Le monastère « Tarīyūn-Abādān » (Tarîyûn / Tariyûn ?) — le « monastère du Trône d’Abādān » ou peut-être le « monastère de Saint-Michel d’Abādān ». Édifice non identifié avec certitude. La précision « bâtie sur le nom de l’archange Michel » est claire : il s’agit d’une basilique de Saint-Michel construite par Anastase pendant son patriarcat.

[287] « Barbarius et Aliyānāriyūs » — successeurs probables d’Apollinaire sur la chaire chalcédonienne d’Alexandrie : Eulogios (581-608) et Théodore Scribon (608-609). « Qāqūnyūs » désigne probablement le chalcédonien Théodore Scribon ; « Lūqyūs » serait Lukos ou un autre intrus. Les graphies arabes sont gravement corrompues — j’ai retenu les plus probables.

[288] Le terrible verdict de l’expulsion : la cité est assiégée par le « tyran » (mutaghallib) — c’est-à-dire l’usurpateur Phocas (602-610), qui s’empara du pouvoir en assassinant Maurice. Phocas fut un persécuteur féroce des miaphysites en début de règne (« il pensa retourner les fidèles aux chalcédoniens »).

[289] Seybold, apparat critique : ms. F sabīhā. Anastase est expulsé d’Alexandrie sur ordre de Phocas, ses biens lui sont confisqués et remis à « Lūqyūs le déchu » — l’intrus chalcédonien. Anastase se retire au monastère et y reste jusqu’à la chute de Phocas.

[290] « Qaīsharā » de David — citation des Psaumes (Ps 122 (Vulgate 121), 1 ; Ps 132 (131)) : « Je me réjouis quand on m’a dit : Allons à la maison du Seigneur. » — chant de pèlerinage repris ici dans la liturgie de la réconciliation. La promesse christologique : Alexandrie et Antioche sont « une seule basilique, une seule vierge, une seule épouse pure » du Christ.

[291] Seybold, apparat critique : ms. ABCD Mistāghūjī, Codd. variantes. « Mistāghūjī », « Sundūdīqā » et « Astāṭīkā » — termes grecs corrompus : Mystagogía (μυσταγωγία, traité d’initiation aux mystères) ; Synodikē (συνωδική, lettre synodique) ; Stikhērá (στιχηρά, antiennes ou hymnes liturgiques). Les douze livres d’Anastase couvrent ainsi tout le spectre du genre : enseignement liturgique, communications canoniques, hymnographie.

[292] Mort d’Anastase le 22 du mois de Kihak (= 18 décembre), après 332 années de l’ère copte des Martyrs (284+332 = 616 ap. J.-C.). Sa mort coïncide avec la prise d’Alexandrie par les Perses sassanides (entrée en juin 619 selon les chronologies modernes — chez Sévère, l’événement est avancé). Le « Dioclétien tueur des justes » est Dioclétien, ironiquement convoqué dans la datation par l’ère des Martyrs.

[293] Andronique (Andrūnīqu, Ἀνδρόνικος, 616-622), XXXVIIᵉ patriarche d’Alexandrie. Successeur d’Anastase. C’est sous son pontificat que survient la grande catastrophe — l’invasion perse (619) et le massacre des Alexandrins. Andronique est lui-même un homme bienfaisant, originaire d’une famille riche d’Alexandrie, ancien diacre de l’Évangéliques (Ankhīliyūn), aimé du peuple.

[294] « Ibn ʿammuhu diwan al-Iskandariyya » — son cousin maternel était à la tête de l’administration (diwan) d’Alexandrie. Lien familial puissant : grâce à cette parenté avec un haut fonctionnaire, Andronique est chargé d’autorité civile durant son patriarcat — fait inhabituel dans la tradition copte.

[295] Choro­bosko de Perse (Khusraw, Cosroès II Parvēz, roi sassanide 590-628) : il dirigea la grande offensive perse contre Byzance. Conquête de la Syrie (612), prise de Damas (613), prise de Jérusalem (mai 614, avec massacre et capture de la Vraie Croix), conquête de l’Égypte (619). Sévère retient le motif typique de la « grande horde » et la cupidité du roi qui « aimait l’argent ».

[296] « La cité grande, Alexandrie » assiégée. Données toponymiques précieuses : « ils étaient là six cents monastères habités » (chiffre énorme attesté par d’autres sources tardives sur l’Égypte du VIIᵉ siècle), « Banāṭūn » — ce dernier toponyme reste obscur (peut-être une déformation de « Pemton », sanctuaire d’Alexandrie ?).

[297] Seybold, apparat critique : ms. F al-yatīmīn, Codd. variantes. Sévère décrit la chute d’Alexandrie en termes hagiographiques : la cité fut donnée en songe au général perse, qui en fait un saccage relativement modéré (« n’y détruis pas ; ses habitants resteront en elle, parce qu’ils sont des hypocrites ! »). C’est le motif de la souffrance des Alexandrins, privés de leur évêque, accueillant les Perses comme un châtiment divin pour leurs divisions.

[298] Le « Salar » — titre persan signifiant « émir » ou « commandant militaire » (sardār). Il s’agit de Shahrbaraz, le grand général de Cosroès II, qui occupa l’Égypte jusqu’en 628. La « cuvette de palais Persé », nom donné par Sévère au palais des gouverneurs persans installés à Alexandrie, témoigne de l’occupation effective.

[299] L’épisode de la cité de Nikiou (Nikiou) en Haute-Égypte : sept cents moines y résident dans les grottes et les chapelles. Le Salar massacre tous, n’en laisse aucun. Témoignage corroboré par la Chronique de Jean de Nikiou (VIIᵉ s.), qui signale l’occupation persane brutale de Haute-Égypte. Les chiffres (700 moines, 600 monastères, 80 000 jeunes) sont conformes à la rhétorique hagiographique copte mais reposent peut-être sur des bases historiques réelles.

[300] Mort d’Andronique après six ans de pontificat (616-622), conformément aux synaxaires coptes. Il s’éteint « en paix » le 8 de Tūbah (= 3 janvier). La datation correspond : 616 + 6 = 622, juste avant la reconquête byzantine d’Héraclius (628).

[301] Seybold, apparat critique : ms. ABCD divergent (Birnūs, Fīrnūs, Qabriyūs ; ms. F sine punctis). Le « monastère de Qaryūs » (Qabriyūs / Birnūs / Fīrnūs) est très probablement le célèbre monastère de Canopus / Qabaryūs, à Canope, à l’est d’Alexandrie. Lieu d’importance majeure dans l’historiographie miaphysite copte. C’est là que Benjamin et son frère Ménas prirent l’habit monastique avant les persécutions.

[302] Benjamin Ier (Benjamin / Banyāmīn, c. 590-661), XXXVIIIᵉ patriarche d’Alexandrie 622-661. Le patriarche le plus important du VIIᵉ siècle copte. Il vit la fin de l’occupation perse, le retour byzantin sous Héraclius, la grande persécution melkite de Cyrus le Caucasien (« Muqawqis »), et la conquête arabe de l’Égypte par ʿAmr ibn al-ʿĀṣ (640-642). Les coptes le considèrent comme le sauveur de leur Église : c’est lui qui obtient de ʿAmr la garantie écrite de protection, fondement du statut copte dans l’Égypte musulmane.

[303] Théona, l’« ancien saint » (al-shaykh al-qadīs Tāwnā) — anachorète anonyme, peut-être apparenté à un Théonas ou à un Théona réfugié dans le Wadi Habib. Personnage non identifié avec certitude.

[304] « Ménas » (Ménas / Mina), frère de Benjamin, originaire d’al-Buḥayra (la province des Lacs, en Basse-Égypte). Personnage capital : il subira un martyre brutal pour la foi miaphysite sous Cyrus le Caucasien (cf. infra). Sa fidélité sert ici de pendant dramatique à la prudente fuite de Benjamin.

[305] « Brashūṭ » — toponyme non identifié avec certitude. Peut-être Pershut / Bersut, ancien village proche d’Alexandrie ou de la Buḥayra. La famille de Ménas y était connue.

[306] Allusion à la vocation de l’apôtre Paul (Saul de Tarse, devenu Paul) et de saint Paul l’ermite : la grâce de Dieu agit puissamment dans la transformation des hommes. Benjamin se compare lui-même à ces grandes figures pour souligner la dimension du don divin.

[307] Vision nocturne de Benjamin : un homme lumineux lui apparaît et lui annonce sa future élection au patriarcat. La métaphore des « lettres humbles » (al-ḥurūf al-mutawādiʿa) et du « pasteur qui voit le troupeau parlant qui est au Seigneur Christ » est typique du langage hagiographique copte. L’épisode prépare typologiquement la séquence dramatique qui suit.

[308] Théona de Andronique : l’ancien Théonas (= Tāwnā), maître spirituel de Benjamin, est convoqué par le patriarche Andronique qui veut entendre son discours. Cette mention atteste l’autorité spirituelle de Théona dans le désert d’Alexandrie au début du VIIᵉ siècle.

[309] Désignation testamentaire de Benjamin par Andronique comme son successeur. Procédure attestée dans la tradition copte depuis les premiers patriarches alexandrins (cf. Théonas désignant Pierre Ier).

[310] Héraclius (Héraclius, Ἡράκλειος, empereur 610-641) : conquérant des Perses, restaurateur byzantin de l’Égypte. Il envoie en Égypte le patriarche melkite Cyrus le Caucasien (sous le titre arabe de « Muqawqis ») avec mission de soumettre les coptes au monothélisme et au chalcédonisme. Cyrus exerce une persécution féroce des miaphysites — d’où la fuite de Benjamin.

[311] Seybold, apparat critique : Sa, supra. La fin du règne perse en Égypte : Cosroès II Parvēz est assassiné par son fils Sirōē (mars 628). Les Perses se replient. Héraclius (Héraclius), empereur byzantin, mène la contre-offensive et reconquiert les provinces orientales. La Vraie Croix, capturée à Jérusalem en 614, est restituée par Cosroès II avant sa mort, et Héraclius la rapporte triomphalement à Jérusalem en mars 630.

[312] Cyrus le Caucasien (Cyrus, Κύρος ; surnommé al-Muqawqis dans la tradition arabe), ancien évêque de Phasis en Lazique (Caucase), nommé en 631 par Héraclius patriarche melkite d’Alexandrie et en même temps gouverneur civil de l’Égypte (cumul exceptionnel). Il y reste 10 ans, jusqu’à la conquête arabe (641-642). Persécuteur des coptes, il signe finalement la capitulation d’Alexandrie devant ʿAmr ibn al-ʿĀṣ. L’identification du Muqawqis des sources arabes avec Cyrus de Phasis est désormais établie.

[313] Avertissement angélique à Benjamin : un ange du Seigneur lui ordonne de fuir avant l’arrivée de Cyrus, en lui prédisant que la persécution durera dix ans (631-641). Benjamin écrit alors aux évêques pour les exhorter à se cacher dans les montagnes, dans les couvents, puis fuit lui-même de Mareot vers al-Munā, vers le Wadi Habib (Wadi al-Natrun), enfin vers le Haute-Égypte (al-Ṣaʿīd).

[314] Seybold, apparat critique : Sa cinq supra. La grande persécution chalcédonienne sous Cyrus dura dix ans (631-641). Sévère résume la persécution de Cyrus : beaucoup de fidèles orthodoxes s’égarèrent vers la confession chalcédonienne, certains par les tribulations, certains par les présents et les honneurs, certains par la séduction et les flatteries ; beaucoup n’écoutèrent pas le testament du Père bienheureux Benjamin et se rallièrent à la communion chalcédonienne.

[315] Le martyre de Ménas, frère de Benjamin : l’épisode central de la persécution melkite. Cyrus le fait saisir, lui inflige des supplices effrayants — feu sur les côtés, sable dans les yeux, dents arrachées —, lui ordonne de remplir un sac de sable, le coud dans le sac et le jette à la mer. C’est un martyre conforme aux Actes des martyrs coptes : la mer rend trois fois son corps avant qu’il soit définitivement noyé. Le titre honorifique « al-bienheureux Ménas le Mujāhid » (« Ménas le combattant en Dieu, le bienheureux ») devient propre à ce martyr dans la tradition copte.

[316] « Cinq mille ducats / sept mille livres de blé » : la rançon que Cyrus exige de la communauté copte pour libérer Ménas. La somme est colossale ; même versée trois fois, elle ne suffit pas — le Caucasien fait noyer Ménas malgré tout. Détail d’une grande précision sociale-historique : sept ducats de rançon par tête.

[317] Allusion à la vision d’Héraclius (Héraclius) : « il viendra à toi une nation circoncise (mukhtatana) et te vaincra ; cette terre [appartiendra à eux] sous leur autorité ». Héraclius pense que la prophétie vise les juifs (qui pratiquent la circoncision rituelle). Il ordonne donc de baptiser tous les juifs et les Samaritains de l’empire. Mais peu après surgit l’islam : les Arabes circoncis. Le motif de la « nation circoncise » est connu de l’historiographie byzantine et copte (cf. Théophane le Confesseur sur l’édit anti-juif d’Héraclius).

[318] Première grande mention de Mahomet (Mahomet) dans le texte de Sévère ibn al-Muqaffaʿ. Sévère, lui-même chrétien copte vivant en Égypte musulmane au Xᵉ siècle, formule sobrement : « Un homme se leva des Arabes, des régions de la Qibla, à La Mecque et ses environs ; son nom était Mahomet. Il ramena les adorateurs des idoles à la connaissance de Dieu seul, et leur dit que Mahomet est son envoyé. Sa nation pratique la circoncision dans le corps. Ils prient en direction des deux Orients, vers le lieu de la Kaaba (yastawūn al-Kaaba). » Témoignage capital, dépouillé, factuel — l’un des plus anciens regards chrétiens sur l’islam dans l’historiographie copte.

[319] « Et le roi de Damas et de la Syrie, et il traversa l’Jourdain, et survint la guerre » : conquête arabe de la Syrie (633-636). La bataille du Yarmouk (août 636) est l’événement-clé qui livre la Syrie aux Arabes — Sévère résume cela en une phrase. « Et le Seigneur abandonna l’armée des Romains à cause de leur foi corrompue, et de la malice du Tome de Léon qu’ils s’attachaient. » Interprétation hagiographique copte : la défaite byzantine est le châtiment divin pour Chalcédoine.

[320] Conquête arabe de l’Égypte par ʿAmr ibn al-ʿĀṣ (Ibn al-ʿĀṣ, c. 583-664), général du calife ʿUmar Iᵉʳ. Sévère donne ici une chronologie d’une remarquable précision. « Avec une force grande au douzième jour de Bawūnah, qui est le quatrième de Dhū l-Qaʿda, l’an 357 des Martyrs (chiffres en lettres coptes) » = 4 dhū al-qaʿda 16 H = 28 mai 637 — date qui correspond à un moment de la conquête arabe de l’Égypte (mais l’année traditionnellement retenue pour le début de la campagne en Égypte est 18 H = 639). Sévère est ici l’une des sources les plus précises de la chronologie de la conquête.

[321] « Six mois », « ducats », « numeris copticis » : Apparat exhaustif chez Seybold. La transcription en chiffres coptes est conservée dans le manuscrit, ce qui atteste à nouveau l’origine copte directe du document. La datation interne est rigoureuse, conforme aux chroniques arabes ultérieures (Eutychius, Tabarī).

[322] Bataille décisive à « Bābāwna » (al-Buḥayra, ou Babylon d’Égypte = Fusṭāṭ ?) où ʿAmr défait définitivement les Romains. Le texte présente plusieurs toponymes : « Tarawaws qui est Qaṣr Fāris [...] et son interprétation est al-Fusṭāṭ » — identification topographique précieuse : le Qaṣr Fāris (Palais des Persans) à Babylon devient le Fusṭāṭ arabe, première capitale islamique de l’Égypte fondée par ʿAmr en 641.

[323] Le « pacte de ʿAmr » (al-ʿahd alladhī aʿṭāhum iyāhu Mahomet raʾīsuhum) — pacte fondateur, attribué à Mahomet le chef ; transmis par ʿAmr. Le texte en énumère les clauses : « la province d’Égypte, ville et campagne, à condition qu’on paie le kharāj (impôt foncier) ; et que vous ayez sous votre autorité de ne pas les opprimer ; et celui qui ne consentira pas à cela et qui les contredira, qu’on les capture et qu’on les pille [...] ». Première formulation islamique de la dhimma en Égypte. Sévère est l’une des sources arabes les plus anciennes pour ce texte.

[324] « En 358 des Martyrs » : 358 + 284 = 642 ap. J.-C. — date de la prise effective d’Alexandrie par ʿAmr ibn al-ʿĀṣ (8 novembre 641 selon les chroniques arabes, capitulation effective en septembre 642). Sévère donne « les musulmans gouvernèrent la cité d’Alexandrie au mois de Drekkasi premier ; et après que les musulmans gouvernèrent l’Égypte trois ans, ils dirigèrent la cité d’Alexandrie ». Trois ans entre le début de la campagne et la capitulation finale d’Alexandrie : chronologie remarquablement exacte.

[325] Destruction et incendies à Alexandrie : « ils détruisirent ses murs et incendièrent beaucoup d’églises ; et la basilique de saint Marc qui se trouve sur la mer, où était son corps déposé — c’est l’endroit où alla le Père patriarche Pierre le saint Martyr avant son martyre, et il y bénit, et la branche parlante lui parla — ils l’incendièrent. » Témoignage capital sur l’incendie de la basilique de Saint-Marc d’Alexandrie lors de la conquête. Le corps de saint Marc, déjà sauvé sous Pierre Ier (cf. livraison VII), est ici à nouveau menacé.

[326] Le récit de la translation des reliques de saint Marc : Sanutius Tukkis (Sanūtīus al-Takkis), « directeur des bateaux » de la flotte arabe, chercha le corps dans le tombeau, ne trouva qu’une partie des linges. Il prit la tête (raʾs al-qiddīs Marqus) et la mit dans son bateau secrètement. La sotériologie copte : la tête de Marc est sauvée par un fidèle face aux Arabes. La tête sera ensuite récupérée par Benjamin et installée dans une nouvelle basilique.

[327] « Beaucoup d’Égyptiens forts, dont la plupart étaient Égyptiens, et leur entier — peuples — étrangers (gharīb), n’étaient pas inclinables ». Au monastère, Benjamin convertit beaucoup de Coptes égarés sous Cyrus. La distinction « Égyptiens / étrangers » reflète probablement la différence entre Coptes natifs et populations grecques ou syriennes d’Égypte.

[328] L’épisode du bateau qui ne pouvait avancer sans la tête de saint Marc : Sanutius emportait clandestinement les reliques en Italie (vers Venise ?), mais le bateau ne pouvait quitter le port. Trois fois il revient au quai. Sanutius confesse, on monte au dépôt, on récupère la tête — laquelle reste finalement à Alexandrie sous la garde de Benjamin. Récit que la tradition copte oppose à la version vénitienne (translation des reliques de Marc à Venise en 828) — Sévère, écrivant au Xᵉ siècle, semble conserver une mémoire concurrente.

[329] Construction d’un nouveau reliquaire : « il fit pour la tête sainte vénérable un coffre fait de bois de teck (sāj), et il y mit la tête, et le verrouilla ». Ces détails matériels (bois de teck, serrure) suggèrent une origine documentaire authentique — Benjamin reconstruit un sanctuaire pour saint Marc à Alexandrie, premier signe de la restauration copte sous l’autorité arabe.

[330] Agatho (Agathon / Aghāwā), le compagnon disciple de Benjamin. Il sera le successeur de Benjamin (XXXIXᵉ patriarche, 661-680). Agatho est ici présenté comme un homme « pareil à la colombe (ḥamām), savant, doux ». La continuité du patriarcat copte est ainsi assurée à travers la conquête.

[331] ʿAbd Allāh ibn Saʿd ibn Abī Sarḥ : successeur de ʿAmr comme gouverneur de l’Égypte (646-656), nommé par le calife ʿUthmān (à la place de Muʿāwiya, ms. F muʿawya). Frère de lait du calife ʿUthmān, il fut un fonctionnaire très lettré ; sa famille tenait l’administration égyptienne. Sévère ne l’apprécie pas : « il était amoureux des biens », il « rassembla un peuple nombreux, sortit voir Ahrāʾ », et fit lever l’impôt avec rigueur. Une grande famine s’ensuivit en l’an 358 des Martyrs (= 642).

[332] « Comme un homme ne s’éleva [parmi eux] depuis le temps de Dioclétien le Renégat ». L’évocation de Dioclétien (sub-entendu : la Grande Persécution de 303) est ici typologique : Sévère présente la situation des Coptes sous l’oppression fiscale d’ʿAbd Allāh comme une nouvelle persécution. La grande famine est attestée par les chroniques arabes — Sévère évoque même l’anthropophagie : « les uns mangeaient les autres ». Ce détail tragique est conforme aux Annales d’Eutychius.

[333] Seybold, apparat critique : ms. ABCD divergent. La date arabe « an 358 », correspondant probablement à 642 (ère des Martyrs), permet l’identification précise de l’événement : famine attestée par Tabarī et Ya’qūbi en l’an 18 ou 20 de l’Hégire (640-642). Sévère retient le motif que la prière de Benjamin met fin à la famine. Topos hagiographique récurrent.

[334] Détail topographique précieux : Agathon maintient un réseau clandestin de visite des couvents et des refuges — « il marchait pendant la nuit à Alexandrie, sous l’habit des séculiers », « pendant le jour, il portait sur son épaule un panier rempli des outils de charpentier, et apparaissait comme un charpentier ». Sévère décrit le travail patient de réimplantation de l’orthodoxie copte sous occupation, avec ce détail saisissant : l’ascétique Agathon déguisé en artisan circulant.

[335] « Dix ans », « jusqu’à l’apparition des musulmans » : la grande période de fuite et clandestinité de Benjamin, depuis sa fuite (vers 631) jusqu’à la conquête arabe (641). Cette précision chronologique de dix ans est conforme aux annales contemporaines.

[336] Seybold, apparat critique : Codd. divergent. La maladie aux pieds est interprétée comme une grâce divine : « Dieu fit sortir ces saints — Athanase l’Apostolique, Sévère [d’Antioche], Théodose les patriarches — au-devant de lui pour le recevoir, en grande gloire. » Mort de Benjamin le 8 du mois de Tūbah (= 3 janvier 661) après 39 ans de pontificat (622-661).

[337] Seybold, apparat critique : ms. F bawnah, Codd. variantes. Mort de Benjamin Ier : « Le Christ son Maître l’admit dans son palais comme l’époux entre dans la chambre nuptiale, après que furent achevés son combat, sa course et la garde de sa foi. Aucun ne périt parmi son troupeau pendant son service ; il fut patriarche neuf et trente ans (= 39 ans). »

[338] « Suite de la Vie de Benjamin » (baqiyyat sīrat Benjamin) : récit autobiographique d’Agatho (qui sera le XXXIXᵉ patriarche), narrant un séjour mémorable à Wadi Habib avec Benjamin pour la consécration de l’église neuve de Saint-Macaire (Abū Maqār). Le récit est en première personne d’Agatho — « moi, le pécheur Agathon » — et se déploie comme un témoignage personnel inséré dans la Vie de Benjamin.

[339] Citation libre de l’Apocalypse 21 : « Voyez et goûtez combien le Seigneur est bon » (Ps 33 (32), 9) — ou plutôt 1 Tm 4, 4 sur la lumière. La traduction conserve l’imprécision de la source arabe.

[340] Seybold, apparat critique : ms. ABCD divergent (Mukhālifīn / Mujālifīn / Najālifīn). La lecture retenue désigne les adversaires chalcédoniens dont Agathon dit avoir été délivré ; les variantes manuscrites restent incertaines. La fête de la Nativité, célébrée le 28 Kihak (= 24 décembre), est l’occasion d’une grande assemblée à l’« église de la pure Dame Marie, Mère de la Lumière, Astāwā Tukhālāyīn » — toponyme corrompu, peut-être Astallō Tu-Khelain (le « Stōa des Khelain ») ou un édifice alexandrin disparu.

[341] Seybold, apparat critique : ms. ABCD divergent. La grande église mariale d’Alexandrie « Astāwā Tukhālāyīn » — non identifiée avec certitude. Le toponyme « Astāwā » provient probablement du grec stoa (στοά, portique) et désigne soit un quartier soit un édifice spécifique. Cette église semble être le siège central du culte marial copte à Alexandrie au VIIᵉ siècle.

[342] Seybold, apparat critique : Codd. Sittu. Le Wadi Habib (Wadi al-Natrun), centre monastique majeur. L’expédition pour la consécration de l’église neuve de Saint-Macaire (Abū Maqār) — c’est-à-dire le grand monastère de Saint-Macaire, restauré après la conquête arabe.

[343] « Basile évêque de Nikiou » : Basile évêque de Nikiou — figure mineure de l’épiscopat copte du VIIᵉ siècle. À ne pas confondre avec Jean de Nikiou, l’historien qui écrira sa célèbre Chronique vers 690.

[344] Seybold, apparat critique : Codd. divergent. Au Wadi al-Natrun, les jeunes moines avancent en portant des palmes (zaʿaf al-nakhl) et les anciens des encensoirs (majāmir al-bukhūr) — « comme s’ils étaient des anges » — recevant le patriarche comme on reçoit le Christ entrant à Jérusalem le jour des Rameaux. La typologie est explicite.

[345] Seybold, apparat critique : ms. F isṭadʿaytu al-qiss (« j’invoquai le prêtre »). Premier moment-clé : Agatho voit en songe l’invitation à participer à la consécration. Vision préparatoire à la consécration miraculeuse de l’église qui suit.

[346] Le récit de la consécration de l’église : « Je vis un cheikh sur le visage duquel était une grande lumière, un éclat resplendissant. Il s’arrêta vers moi et je l’examinai. Je dis en moi-même : Cet évêque, à voir le peuple parlant — il est un homme saint, qui s’est rendu digne de cette tâche. » L’apparition prolonge la typologie épiscopale par une vision angélique.

[347] Vision des Séraphins (sarāfīm) : « Pendant que je pensais cela, je vis des Séraphins sur lui : à chacun six ailes ; et un autre debout devant moi. Il me dit : Ô évêque, à quoi penses-tu de ce cheikh ? Cet saint Macaire (Abū Maqār), c’est lui qui est le père des patriarches et des évêques et des moines qui sont dans ce désert : il est venu pour consacrer cette église. » Vision typologique de la liturgie céleste reprenant Is 6, 2 (les six ailes des Séraphins).

[348] Le testament de saint Macaire : « Si l’on trouve dans la grappe une seule grappe vivante, il ne faut pas la rejeter, parce qu’il y a en elle la bénédiction de Dieu. » Citation libre d’Isaïe 65, 8 — texte vétérotestamentaire des « grappes pleines de bénédiction ». Saint Macaire reformule ainsi le principe pastoral de miséricorde envers les fils égarés : il faut préserver toute âme, même unique, même perdue.

[349] « Ô Père du couvent grand, qui porte une multitude d’âmes vers Ménas » : invocation à saint Macaire comme père spirituel de tous les moines. Le « bateau qui porte vers Ménas » est référence à l’aller-retour du Wadi Habib à Alexandrie pour le pèlerinage à Saint-Ménas d’Abū Ménas (le grand sanctuaire copte du désert occidental).

[350] Seybold, apparat critique : Codd. divergent. La citation de Ps 1, 1 : « Bienheureux l’homme qui ne marche pas dans le conseil des impies, qui ne se tient pas dans la voie des pécheurs, et qui ne s’assied pas dans la chaire des moqueurs. » Le psaume est lu pour caractériser la sainteté de Macaire.

[351] Seybold, apparat critique : ms. F bāsīliyūs. Basile évêque de Nikiou (cf. n. 8) à nouveau mentionné comme témoin de la vision. Sa double mention atteste son rôle de garant ecclésial du récit autobiographique d’Agatho.

[352] Vision liturgique : Agatho monte au sanctuaire pendant la prière du myron (mīrūn, le saint chrême) et voit la main du Sauveur Christ qui essuie le sanctuaire. Vision mystique du concélébrant céleste : le Christ lui-même participe à la consécration. Le détail précis de la fonction (« la main qui essuie » lors du saint chrême) atteste une connaissance exacte du rite copte de consécration des autels.

[353] « Apa Jacob » mentionné en référence à Jacques le Saint, Jacob d’Édesse (?) ou plutôt Jacques le Patriarche d’Israël à Béthel. La phrase « cette demeure véritablement la maison de Dieu et la porte du ciel » reprend Gn 28, 17.

[354] Citation libre de Genèse 28, 17 (la vision de Jacob à Béthel) : « Que ce lieu est terrible ! C’est ici la maison de Dieu et la porte du ciel. » Agatho applique la citation à l’église nouvellement consacrée.

[355] Seybold, apparat critique : ms. F sā fī. Le « zēmer » (psaume liturgique) : Ps 84 (83). « Quel amour ai-je pour tes demeures, ô Seigneur des armées ! Mon âme s’étire et elle aspire aux parvis du Seigneur. » Citation typique de la liturgie de consécration des églises.

[356] « Comme dit le maître Paul : un homme orgueilleux ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » — référence à 1 Co 6, 9-10 ou Ga 5, 19-21. Agatho s’humilie : « moi, qui suis sorti de ce monde, qui n’est pas digne que tu m’adresses la parole, ô Benjamin... »

[357] Vision finale du paradis liturgique : « Je vis aujourd’hui la gloire du Christ rempli ce sanctuaire ; et je vis avec mes deux yeux pécheurs la sainte main du Sauveur Jésus-Christ Sauveur exalté qui essuyait ce sanctuaire saint ; et je vis ce jour les Séraphins et les anges et les esprits angéliques et toutes les puissances célestes des saints qui louent le Père et le Fils et le Saint-Esprit. Je vis le père patriarche et les évêques et les maîtres de l’Église orthodoxe debout ici parmi nous au milieu des frères ses fils. »

[358] « Ce sanctuaire-ci, sous lequel est le siège du Maître Christ », est sis « dans la terre d’Égypte » — référence à Isaïe 19, 19 : « En ce jour-là, il y aura un autel pour le Seigneur au milieu du pays d’Égypte, et près de la frontière une stèle pour le Seigneur. » Prophétie messianique appliquée à l’église de Saint-Macaire (Abū Maqār) — déclaration d’une importance théologique remarquable.

[359] Seybold, apparat critique : Codd. divergent. La consécration achevée : « Lorsque toute la consécration de la coupole fut achevée, le Seigneur et la puissance et la grandeur entrèrent à présent... ». Vision finale de la cohabitation des trois ordres : célestes (anges, séraphins), patriarcaux (Athanase, Sévère, Théodose, Cyrille, Dioscore), et terrestres (Benjamin et son clergé).

[360] Seybold, apparat critique : ms. F kāna lahu walad mubtalan (« il avait un fils maladif »). Récit du miracle final : un grand prince (archonte) de Nikiou, dans le Wadi Habib, voit son fils malade guéri par l’intercession de Benjamin. Le rêve nocturne, l’apparition d’un cheikh à barbe blanche qui touche le malade, la guérison instantanée — schéma classique des récits hagiographiques coptes.

[361] Conclusion finale du premier livre : « Tout cela par l’aide de Dieu — la première moitié de la première partie du livre des Vies des Patriarches dans la grande cité d’Alexandrie, successeurs de saint Marc l’Évangéliste. Que Dieu nous donne la bénédiction de leurs prières et de leurs invocations. Leur nombre est trente-huit patriarches. — Et louange à Dieu toujours, à jamais. » Cette mention atteste que Sévère a effectivement structuré son ouvrage en parties, et que Benjamin Ier marque la fin du premier livre.