NOTICE
Cette partie ouvre le second livre de l'Histoire des Patriarches d'Alexandrie. Sévère lui-même introduit cette nouvelle partie par la formule canonique : « La deuxième partie tirée des Vies de la Sainte Église ; elle compte six et quarante (= 46) Vies de patriarches. » Le second livre couvre donc, en principe, les patriarches XXXIX à LXXXIV — soit l'Église copte sous les Omeyyades, les Abbassides, les Fatimides : du règne de Yazīd Iᵉʳ (680) jusqu'au temps de Sévère lui-même (Xᵉ siècle). C'est l'arc des « Pères modernes » de la communauté copte sous l'islam.
La Vie d'Agatho (XXXIXᵉ) — qui ouvre cette deuxième partie — est relativement brève (quatre pages dans l'édition Seybold). Le narrateur n'est plus Agatho lui-même (comme dans la « Suite de la Vie de Benjamin » de la livraison XV) mais Sévère ibn al-Muqaffaʿ qui reprend ses outils biographiques classiques. La Vie se déploie en cinq grands blocs narratifs :
(1) **L'intronisation et le retour à Alexandrie** (p. 121) : Aussitôt après la mort de Benjamin, Agatho — son disciple, scribe et secrétaire (« le grand combattant, gardien de la foi ») — est intronisé patriarche. Sévère joue sur l'étymologie grecque : Agathos signifie « bon ». Il rebâtit ce que Héraclius et le concile chalcédonien avaient détruit, à l'image du « bon pasteur » qui donne sa vie pour ses brebis (Jn 10, 11).
(2) **La guerre arabo-byzantine et la rançon des prisonniers** (p. 121-122) : Les armées arabes s'affrontent aux Romains de Constantinople ; l'empereur byzantin (« Tibariyus » = probablement Constant II Pogonatus, 641-668) reprend la Sicile et plusieurs îles, capture les Égyptiens parmi les troupes arabes et les emmène en Italie. Agatho « voyait ses propres membres dans les mains des nations envahies » — il rachetait les prisonniers, les baptisait, leur faisait prêter serment, les libérait. Détail historique précieux : la sécurité des liens communautaires entre Égypte et Italie au VIIᵉ siècle.
(3) **L'affaire de Théodose et la jizya écrasante** (pp. 122-123) : Un chalcédonien d'Alexandrie nommé Théodose, voulant se débarrasser de l'autorité miaphysite, va trouver le calife omeyyade Yazīd ibn Muʿāwiya (calife 680-683) à Damas. Yazīd lui octroie un sceau (sijill) qui lui donne juridiction fiscale sur les fidèles miaphysites d'Alexandrie et de Mareot. Théodose impose à Agatho 67 dinars de jizya par tête, plus 7000 dinars pour les 67 disciples. Sévère retient ce moment précis comme exemple de la persécution fiscale sous les Omeyyades : « tout ce qu'il avait, il le dépensait pour ses frères, mais l'argent ne lui suffisait plus, en raison de l'angoisse et la peur ». Théodose finit par être lapidé par les fidèles à la sortie de l'église, sur ordre apostolique.
(4) **L'apparition de Jean de Samannūd au monastère** (pp. 122-123) : Sévère insère ici une digression hagiographique préparant la Vie suivante. Un homme du Wadi Habīb, **Jean de Samannūd** (Yūḥannā), futur XLᵉ patriarche, alors moine pur de corps et de cœur, se trouve dans le désert. Une vision nocturne lui apparaît : « un homme glorieux assis sur le trône, entouré d'une assemblée de saints anciens debout dans le désert ». Le saint avancé en âge demande à Jean : « Tiens-moi de ta main, je serai un fils à toi, je passerai avec toi au jour de ta mort, et je te montrerai un fils dans la vision. » Promesse messianique de la succession patriarcale. Jean se réveille guéri ; il part au Fayoum exercer son ministère.
(5) **La mort d'Agatho** (p. 124) : Sous le règne d'un nouveau gouverneur omeyyade nommé **Maslama** (probablement Maslama ibn Mukhallad al-Anṣārī, gouverneur d'Égypte 667-682), une nouvelle persécution s'abat sur les coptes. Sept évêques sont arrêtés et envoyés à Sakha pour être brûlés au feu, afin d'extorquer des aveux sur des richesses cachées. Un certain Isḥāq de Sakha les sauve. Théodose le chalcédonien est finalement chassé. Agatho s'éteint en belle vieillesse, après dix-neuf ans de pontificat (661-680), le 16 Bābih (= 13 octobre). Son corps est déposé auprès de celui de Benjamin au monastère d'Abū Maqār.
Cette partie conserve plusieurs données historiques d'un grand intérêt pour l'histoire de l'Égypte copte sous les premiers califes omeyyades : la mention de **Yazīd Iᵉʳ ibn Muʿāwiya** (680-683), de **Maslama ibn Mukhallad al-Anṣārī** (gouverneur 667-682), de **Constant II Pogonatus** dans son rôle militaire en Méditerranée, et la première mention chiffrée précise des conditions fiscales imposées aux coptes (67 dinars par tête + 7000 dinars supplémentaires). Les noms des hérétiques résiduels (Gaianites, Bersuqyya) attestent la persistance de petites communautés schismatiques. La géographie ecclésiastique apparaît : Alexandrie et Mareot comme juridictions principales, Sakha en Basse-Égypte, Fayoum, Saʿīd, Wadi Habīb. Et la formule conclusive « trois et trente couronnes des saints » assigne à Agatho une place parmi les Pères glorieux de la communauté copte sous l'islam.
Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Dieu unique.
Deuxième partie tirée des Vies de la Sainte Église : elle compte quarante-six Vies de patriarches.
Quinzième Vie : Agatho, Patriarche, fils de Benjamin par l'Esprit, non par la chair, trente-neuvième du nombre
Lorsque revint le grand combattant, gardien de la foi, et maître de la foi orthodoxe au Maître Jésus le Christ, Anbā Binyāmīn, de l'exil et fut assis sur la chaire évangélique en l'église[1] — Dieu renouvela ce qu'avaient détruit Hirqal et le concile méchant chalcédonien, et il fut le ‘Hyperetes' [ou ‘Protos'] —, et ce Père revint, Anbā Binyāmīn, et le rebâtit, et l'orna par l'aide du Maître Christ le bon Pasteur[2] (qui a donné sa vie pour ses brebis comme l'a dit dans son saint Évangile : Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis), Binyāmīn marchait sur les traces de son maître. Il porta sa croix ; il le suivit, supportant les épreuves, les maux et les persécutions, considérables, jusqu'à la mort à cause de la foi orthodoxe ; et il ne s'écarta point, ni ne revint en arrière, dans son combat jusqu'à ce qu'il accomplît qu'il prît la grâce avec les saints qui étaient avant lui, comme l'a dit David le Prophète dans le Psaume : ‘Précieuse aux yeux du Seigneur'[3] la mort de ses fidèles. Et lorsqu'il s'éteignit, le Père Binyāmīn, ainsi le peuple fidèle, dans la crainte du Seigneur, prirent ce prêtre, le saint qu'avait choisi Dieu — Aghathū — et l'intronisèrent comme patriarche[4], comme s'accordait son nom à son acte. C'est lui le bon, l'orné par chacun de ses belles actions, plein des dons de l'Esprit-Saint et de la foi droite. Et c'étaient les Musulmans qui combattaient les Romains avec colère. Et il y avait à eux un roi nommé Tibariyūs[5] ; il avait régné. Il leur prit plusieurs îles d'entre leurs terres étrangères, et de même la Sicile (Ṣaqliyya), et tous ses ouvrages — il les prit, il les détruisit, et apporta ses captifs en Égypte. C'était ce saint patriarche Aghathū attristé de cœur, parce qu'il voyait ses propres membres dans les mains des nations envahies qui prenaient des âmes, plusieurs, qu'il rachetait, qu'il les baptisait, et qu'il leur faisait prêter serment ; et il y avait les compagnons des Hárisīs (?), connus sous le nom des Gaianites (al-Ghāyānisīn), qui ne s'approchent pas, et la Bersuqyya[6], et il n'inventa rien sur le partage des évêques en chaque endroit pour rendre les brebis perdues[7] que le Diable avait rendues vers la basilique du Maître Christ. Et il s'abattit sur le Diable une fatigue grande à cause de la pureté de son cœur et de ses qualités. Il prit en charge en ces jours, l'affaire d'Alexandrie, un homme dont le nom était Tāwadūsiyū, qui était à la tête d'une troupe des chalcédoniens[8], et il était celui qui poussait les chalcédoniens contre les Théodosiens. Il alla à Damas, auprès du général des Musulmans, dont le nom était Yazīd ibn Muʿāwiya[9], et prit de lui un sceau (sijill) sur lequel il dut se baser. Sur le peuple d'Alexandrie et de Mareot et tout ce qui leur appartenait, et il ne devait rien laisser au-delà de l'Égypte ; il se règle, à condition que cela soit, qu'il paie un argent peu ; il revint, et il s'était emparé du Père Aghathū. Il l'inquiétait, et lui demandait l'argent qu'il l'avait imposé : il prenait de lui six et trente dinars de jizya par tête[10] (1) chaque année des disciples — pas seulement —, mais tout ce qu'il dépensait pour les frères, il le faisait sortir, jusqu'à n'avoir plus assez. Et tout ce qui s'imposait à lui, il le supportait — au point que les compagnons chalcédoniens[11] ne se mêlaient pas à cet homme. Et il y avait qu'il devait à Tāwadūsiyū sept mille dinars hors kharāj de l'année. Et tout ce qu'il pouvait faire sortir de la porte de sa cellule par la puissance de sa colère, à cause de la foi orthodoxe — jusqu'à ce qu'on dît au pape Tāwdūsiyū de fait : qu'il avait commandé qu'il fût lapidé par les pierres [12] et qu'on le tuât. Or il était caché, le Père Aghathū, en ces jours. Il était lui-même cet roi hypocrite[13] ; et il dénombrait à lui en l'Évangile la récompense de la pénitence aimée. Et bénis es-tu pour vous, ô moi pour vous. Et c'était l'église qui était au nom d'Abū Maqār[14] — beaucoup de frères, et de belles cellules qu'ils bâtirent près du Bāhus. Et ils étaient grandissant par la grâce du Maître Christ, et c'étaient les frères croyants qui les aidaient.
Et en ces jours-là apparut un homme du désert, pur de corps, de cœur intelligent, sage de la connaissance des deux sciences ecclésiale et profane, son nom était Yūḥannā[15], parmi les habitants de Samannūd, et il était caché au désert. Et il avait pris un mal grand, et il ne pensait, lui — l'un des cheikhs —, qu'il vivrait. Il vit en l'une des nuits, en songe[16], qu'un homme s'avançait, plein de gloire, qui s'asseyait sur le trône des Séraphins, et avec lui une troupe près de la porte de sa cellule. Il regarda une assemblée des cheikhs, des Pères saints qui étaient dans le désert, et s'avancèrent pour prendre la bénédiction, qui s'asseyait sur le trône. Il dit en lui-même : ‘Plût à Dieu qu'il y ait un homme qui m'habite, moi aussi[17], et je m'avancerai à ce grand Roi céleste, et je prendrai sa bénédiction grande, et je me reposerai de cette douleur'. Il y eut, à ce moment, l'un de ceux qui étaient autour du trône qui s'asseyait — et il était revêtu de l'habit des patriarches apôtres, et sur sa poitrine un livre semblable à l'Évangile — qui dit : ‘Pour qu'il choisisse que je présente à mon maître pour qu'il te bénisse', il se prosterna, le Père spirituel, devant lui, par les larmes, et lui demanda à lui : ‘Aie miséricorde, ô mon seigneur ! Marche-toi avec moi !', et il dit le saint cheikh : ‘Ô Yūḥannā[18], parce qu'il était prêtre, dis-le moi, que tu étais blessé du Seigneur, et que tu avais un fils par voie de la vision — qui sera fils à lui dans la vision, jusqu'au jour tu le saisis dans sa main, qu'il le présenta au Sauveur'. Pleura, Yūḥannā, debout sur ses pieds. Il dit au Sauveur : ‘Ô Yūḥannā, pour quoi pleures-tu ? Pour les fils de l'homme et tu rejettes le bien et tu cherches le mensonge ; ou tu te dis : Je suis venu, à présent, en ce lieu, pour que tu te bâtisses ici une cellule de boue, et toi tu es à proximité ou un trésor[19] que tu réserves dans le ciel. Tu te bâtis pour toi à Jérusalem la céleste, la ville nouvelle. Mais sois en lui, qui est petit, ne soit pas attristé', il tomba sur ses pieds, demandant à lui le pardon. Le Seigneur le réinstaura, et lui dit : ‘Voici, je t'ai gratifié, à présent, à ta santé pour la cause de la danse de l'Évangile. Marche, à présent, ce que je te commande, fais-le. Et il monta, le Seigneur, par louange, considération'. Et il ne pouvait celui qui se réveille de la vision, et il était sain et entier, méditant, il dit : ‘Que veut dire cela ?'. À présent descendit sur lui la consolation. Sortit à ce moment ; il alla au monastère du Fayoum[20], et il y restait, et avec lui ses disciples cachés. Et apparut le Père Anbā Aghathū qu'il fasse venir l'apôtre, qui dit : ‘Faites venir Yūḥannā le prêtre du Samannūd qui est venu pour t'aider, et celui qui s'asseyera sur le trône après toi'. Il fit venir l'évêque, il fit donc envoyer une parole à l'évêque du Fayoum, Mīna, et il écrit à lui qu'il envoie chez lui le prêtre Yūḥannā[21]. Et c'était cet évêque qui aimait ; il s'opposa à sa parole. Quand il put que il s'opposât au patriarche, il envoya l'apôtre vers lui, le tira, et le porta à Alexandrie. Quand il le vit, le patriarche s'en réjouit, parce qu'il était sage très, il lui livra son église, et lui donna pouvoir sur cela et sur la cité, et avec certains des hommes était demandé qu'on le partagerait évêque sur le Saʿīd, et un autre pour certaines des chaires ; et Dieu le gardait à présent, comme David, pour qu'il atteigne ce qu'il était promis dans la vision en Wadi Habīb. Et c'était le Père très-haut[22] Aghathū le combattant, faisait toutes ses œuvres en chaque temps, par la division des prêtres orthodoxes et la consécration aux ordres, et l'on rendait grâce à Dieu, sur ses actes. Et apparut en ses jours l'évêque le très-haut Aghrīghūrius, évêque syrien[23], au Bāmā Akhūs l'Impureté ; et il y avait à un émir des Musulmans, son nom était Maslama[24] : il rassembla sept évêques et les envoya à Sakhā par cause de qu'ils étaient demandés pour qu'on les brûlât (au feu, parmi le peuple, pour qu'on lui présentât l'extraction d'eux), ils arrivèrent ; ils s'assemblèrent à un homme à Sakhā, son nom était Isḥāq, et il les couvrit, en leur état, et il les firent excuser de la voie ; et il s'assembla, cet Isḥāq mentionné, avec le gouverneur de Sakhā, Tāwdūrus le chalcédonien[25] qui était à Alexandrie ; il avait dirigé toute la région à cause de ce qu'il faisait au patriarche, à cause du mal. Puis il dura à manger sa vie en belle vieillesse, et il s'éteignit le seizième de Bābih, et il mit son corps avec le Père Binyāmīn, dans la Vie d'Abū Maqār[26], gardien de la foi orthodoxe, revêtant la couronne de la victoire, avec tous les saints dans la province des vivants à toujours. Amen.
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[1]Apparat : ms. ABCD divergent (« Ūbrāwāṭurus », « Ūbrātūr », « Ūbrāwāṭrus »). Le titre grec hyperetēs (ὑπηρέτης) ou plus probablement protos (πρῶτος, le « premier ») désigne ici Agatho comme étant à la fois prêtre et secrétaire-disciple de Benjamin avant son intronisation. Sévère insère ainsi une transition typologique : Agatho est le « second Père Benjamin » qui rebâtit (« renouvela ») ce que Héraclius et le concile chalcédonien avaient détruit.
[2]Apparat : ms. ABCD divergent. Citation de Jean 10, 11 : « Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis. » Sévère reprend le motif dans la perspective hagiographique : Agatho a livré sa propre vie (dans la fuite, le déguisement de charpentier, la persécution sous Cyrus, cf. livraison XIV) pour défendre ses brebis.
[3]Citation de Psaume 116 (Vulgate 115), 15 : « Précieuse aux yeux du Seigneur est la mort de ses fidèles. » Évocation de l'ascension de Benjamin parmi les saints — la formule liturgique est typique des homélies funèbres coptes pour les patriarches.
[4]Élection d'Agatho : « avec le consentement du peuple, dans la crainte du Seigneur, ils prirent ce prêtre, le saint, qu'avait élu Dieu — Aghathū — et l'intronisèrent comme patriarche, comme s'accordait son nom à son acte ». Sévère joue sur l'étymologie grecque : Agathos (Ἀγαθός) signifie « bon ». Le « bon nom » correspond à la « bonne action ».
[5]Apparat : Codd. Ṭibāriyūs / Ṭibyāriyūs / Ṭiyāriyūs. « Tibariyus » désigne probablement Constant II (Hērakleios Konstantinos III, Constant II Pogonatus, 641-668), surnommé « Tibarius » dans la transmission arabe. Empereur qui mena la grande contre-offensive byzantine en Méditerranée après la première vague des conquêtes arabes. Sévère retient la défaite arabe : « Il leur prit plusieurs îles d'entre leurs terres étrangères, et de même la Sicile, et tous ses ouvrages — il les prit, et il les détruisit, et apporta ses captifs en Égypte. »
[6]Apparat : ms. F al-Ṭimāwī sī (« le Damiétain »). « Les compagnons des Hárisīs (?), connus sous le nom des Gaianisis (al-Ghāyānisīn), qui ne se rapprochent pas, et le Bersuqyya » : groupe schismatique. Ce sont les disciples du défunt Gaianos (Gaïen), patriarche julianiste imposé pendant six mois en 535 (cf. livraison XI). Les julianistes / aphtartodocètes survivent encore au VIIᵉ siècle comme communauté distincte. Sévère mentionne aussi les « Bersuqyya » — sectaires non identifiés, peut-être les *Bersukōia* ou *Bersuq* / Pharisaïstes coptes.
[7]« Ce qui n'avait pas été inventé du partage des évêques en chaque endroit pour rendre les brebis perdues » : la persécution arienne et la persécution chalcédonienne avaient laissé l'Église affaiblie. Agatho, à l'image de Benjamin, fait porter son effort sur la réorganisation des sièges et des congrégations. La « brebis perdue » de Luc 15, 4-7 est la métaphore-clé.
[8]Le passage relate l'incident historique entre Agatho et un certain Tāwadūsiyū (Théodose), chef d'un parti chalcédonien d'Alexandrie. Théodose se plaint à Yazīd ibn Muʿāwiya à Damas. Ceci permet de dater précisément l'épisode : Yazīd Iᵉʳ (calife omeyyade 680-683), donc Agatho a affaire à la fin de son patriarcat avec ce calife. Yazīd émet un sceau (sijill) qui donne autorité à Théodose sur les fidèles d'Alexandrie et de Mareot — le calife considère que les biens des chrétiens sont à exiger comme « jizya ».
[9]« Yazīd ibn Muʿāwiya » : Yazīd Iᵉʳ ibn Muʿāwiya, deuxième calife omeyyade (680-683), fils de Muʿāwiya Iᵉʳ. Sa mention permet la datation de cet épisode entre 680 et 683. Yazīd reçut un sceau impérial pour Théodose le chalcédonien, autorisant celui-ci à exercer la juridiction fiscale sur les fidèles miaphysites — manœuvre fiscale brutale.
[10]Apparat : Codd. yagharrimuhu. La rançon imposée à Agatho : 67 dinars de jizya « par tête » (jizyat al-raʾs) chaque année — pour soixante-sept disciples qu'on identifie comme étant ses moines de cellule. Auquel s'ajoutent les frais d'exploitation des navires et bateaux de la flotte. La somme totale demandée à Agatho personnellement est de 7000 dinars hors kharāj. Détail capital pour l'histoire de la fiscalité copto-musulmane sous les Omeyyades.
[11]Apparat : ms. ABCD wa-jamāʿat al-khalqadūniyyīn. « Les compagnons chalcédoniens ne se mêlaient pas à cet homme [Théodose] » : Sévère souligne que même les chalcédoniens d'Alexandrie refusaient de soutenir Théodose dans sa manœuvre fiscale. Ce trait atteste la solidarité communautaire copte au-delà des divisions doctrinales.
[12]Apparat : ms. F yakhruj. « Et il ne pouvait sortir de la porte de sa cellule par la puissance de sa colère » : Théodose est lapidé par les fidèles à la sortie de l'église, conformément à l'ordre apostolique. Sévère retient le détail : « par la puissance de sa colère » ; le chef chalcédonien meurt sous les pierres. Récit hagiographique typique du jugement divin sur le persécuteur.
[13]Le destin du faux roi : « Cet roi hypocrite [...] dénombrait à lui en l'Évangile le récompense de la pénitence aimée — et bénis es-tu pour vous, ô moi pour vous. » Annonce du devoir de bienfaisance comme contrepartie attendue de la lapidation. Sévère cite ici une formule liturgique-eucharistique apparentée à la fraction du pain dans la liturgie copte.
[14]« L'église qui était au nom d'Abū Maqār — beaucoup de frères, et de belles cellules, qu'ils bâtirent près du Bāhus » — référence à la consécration de l'église d'Abū Maqār relatée dans la livraison précédente (la « Suite de la Vie de Benjamin »). Le Wadi Habīb continue de prospérer sous Agatho. Le toponyme « Bāhus » (Pahōs ?) reste obscur.
[15]Apparat : Codd. divergent. La grande figure de Jean III de Samannūd (futur XLᵉ patriarche), encore moine, vient de surgir au monastère du Wadi Habīb. Sévère insère ici une digression hagiographique pour préparer la transition. Jean est décrit comme moine pur de corps, de cœur, sage des deux sciences (ecclésiastique et profane), originaire de Samannūd en Basse-Égypte.
[16]Vision nocturne de Jean : un homme glorieux assis sur un trône de Séraphins, entouré d'une assemblée de saints anciens debout dans le désert. C'est la même iconographie eschatologique que celle d'Agatho dans la livraison précédente (vision des Séraphins, livraison XV n. 12).
[21]Apparat : ms. F bi-niʿma. Première mention historique précise dans la Vie d'Agatho : la guerre arabo-byzantine reprend. Les Musulmans (al-Muslimūn) attaquent les Romains, qui se vengent avec colère ; les Romains contrôlent la Sicile (« Ṣaqliyya ») et capturent une partie de la population. C'est la grande série de raids de l'empereur byzantin Constantin IV (668-685) ou plus probablement de Constant II (641-668).
[22]Apparat : ms. F yatum. « Le Père très-haut, Aghathū le combattant, faisait toutes ses œuvres en chaque temps » : éloge du patriarche pour son énergie et sa diligence. La formule « le combattant » (al-Mujāhid) renvoie à la lutte spirituelle contre les hérétiques et les ennemis de la foi.
[23]Apparat : ms. ADBC fimāwūs. « En ses jours apparut le Hárisīs avec un Bāmā Akhūs » : nouvelle apparition d'un schismatique. Il s'agit probablement d'Anatolios, évêque copte schismatique du VIIᵉ siècle. Le détail : « le Caucasien (al-Quqūs ?) prêtre Syrien, son nom Erstoukyrios évêque » — il est question d'un certain prêtre syrien Aghrīghūrius, syrien, identifié à Erstoukyrios — un nom déjà rencontré dans la livraison XII (n. 15) sous Damien. Schismatique récurrent. Sévère appelle ici cette mention « le Najsa » (« l'Impureté »).
[24]Apparat : ms. AD wa-akhrjuhum, sed AD nuhū. Une nouvelle persécution : Maslama, émir musulman, rassemble sept évêques et les envoie à Sakha (en Basse-Égypte ?) pour qu'on les brûle au feu — afin de découvrir leurs richesses cachées par calomnie. Une intervention divine empêche la sentence : « ils se rassemblèrent par un homme à Sakha — son nom était Isḥāq ; il les recouvrit, les couvrit de leur statut, et les firent excuser de la voie ». Détail : Maslama serait Maslama ibn Mukhallad al-Anṣārī, gouverneur omeyyade d'Égypte sous Yazīd Iᵉʳ.
[25]Apparat : Codd. divergent. La fin tragique de Théodose le chalcédonien : « Cet Isḥāq s'assembla avec le gouverneur de Sakha, Tāwdūrus le chalcédonien — qui était à Alexandrie. Il avait dirigé toute la région à cause de ce qu'il faisait du patriarche par cause du mal. » Théodose, l'instigateur de la jizya écrasante, est désigné comme l'auteur de tout le mal — il est finalement chassé.
[26]Mort d'Agatho « en belle vieillesse, après qu'il eut achevé dix-neuf ans sur sa chaire ». Il s'éteignit le 16 du mois de Bābih (= 13 octobre). Sévère situe son corps « auprès du Père Benjamin, dans la Vie d'Abū Maqār » — c'est-à-dire au monastère de Saint-Macaire au Wadi Natroun, où repose son maître spirituel. La continuité topographique, hagiographique et liturgique entre Benjamin et Agatho est ainsi affirmée.


