1. Importance de la Sagesse et du Discernement

 

L'on demanda à Saint Antoine: "Quelle est la plus grande vertu?"

"Le discernement, repliqua-t-il, est sans aucun doute la plus grande vertu". Le discernement c'est la capacitéde distinguer entre le vrai et le faux, le bien et le mal"

Bien des gens prient, jeûnent, se confessent, communient, lisent la Sainte Bible, et pourtant leur vie spirituelle n'est qu'un échec, parce qu'ils manquent de discernement, c'est-à-dire qu'ils pratiquent tous ces moyens sans sagesse, sans compréhension et sans discernement.

L'homme doit pratiquer toute vertu avec sagesse. Il doit comprendre en premier lieu la vraie acception et l'essence même de chacune d'elles, et savoir quand et comment peut-il la pratiquer. C'est ainsi que le discernement imprégnera toute vertu.

La Sainte Bible dit à ce propos: "Le sage a les yeux ouverts, mais l'insensé marche dans les ténèbres." (Qohelet 2:14) D'ailleurs, Notre Seigneur Jésus-Christ a souvent souligné l'importance de la sagesse. L'on a même dit qu'il a loué l'intendant malhonnête, pour avoir agi de façon avisée (Luc 16:8). Et en parlant du comportement empreint de sagesse, il dit:

"Montrez-vous, donc, prudents comme les serpents et candides comme les colombes" (Mathieu 10:16)

Tous les enfants de Dieu se sont conduits dans leur propre vie et dans le service de Dieu avec sagesse. L'Apôtre Saint Pierre a loué la sagesse imprégnant la prédication de Saint Paul: "Comme notre cher frère Paul l'a écrit, dit-il, selon la sagesse qui lui a été donnée." (II Pierre 3:15)

La sagesse était la condition requise pour le choix des serviteurs de Dieu, même quand il ne s'agissait que de l'ordination des diacres.

Dans le choix des sept diacres, les Saints Apôtres dirent: "Cherchez plutôt parmi vous, frères, sept hommes de bonne réputation, remplis de l'Esprit et de sagesse et nous les préposeront à cet office" (Actes 6:3)

2. La Sagesse est un des Noms du Christ

L'importance de la sagesse se dégage du fait qu'elle est un des titres de la Deuxième Personne de la Sainte Trinité.

Parlant de Notre-Seigneur Jésus-Christ, l'Apôtre dit qu'il est "puissance de Dieu et sagesse de Dieu" (I Corinthiens 1:24), "dans lequel se trouvent cachés tous les trésors de la sagesse!" (Colossiens 2:3)

De même, le livre des Proverbes dit en parlant du Christ:

"La Sagesse a bâti sa maison,
elle a taillé ses sept colonnes" (Proverbes 9:1),

désignant par là les sept sacrements de l'Eglise.

3. La Sagesse et l'Esprit Saint

Lorsque l'Esprit de Dieu habite un coeur, la sagesse l'habite inéluctablement.

Le prophète Isaïe dit du Saint-Esprit qu'il est "l'Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance." (Isaïe 11:2)

De même, en parlant du Saint-Esprit aux Chrétiens d'Ephèse, Saint Paul affirme qu'il est "un esprit de sagesse et de révélation", et s'ils le reçoivent, il illuminera "les yeux de (leur) coeur" (Ephésiens 1:17,18) L'Apôtre signale aussi que la sagesse est un des dons du Saint-Esprit. (I Corinthiens 12:1)

4. Sagesse de Dieu et Sagesse du Monde

Nous distinguons entre la sagesse de Dieu et l'astuce du monde, comme il a été dit: "Celui qui prend les sages à leur propre astuce" (I Corinthiens 3:19)

L'Apôtre Saint Paul explique longuement la grande différence qui existe entre la sagesse de Dieu et celle du monde qui sera anéantie (I Corinthiens 1:19), démontrant que "la sagesse de ce monde est folie auprès de Dieu" (I Corinthiens 3:19) Il la dénomme: "sagesse des hommes" (I Corinthiens 2:5) sagesse "selon la chair" (I Cotinthiens 1:26), "sagesse de ce monde" (I Corinthiens 2:6). Et il ajoute: "Ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages" (I Corinthiens 1:27)

Il oppose à cette sagesse du monde la sagesse spirituelle émanant de Dieu et de Son Esprit.

Il dit à ce propos: "Pourtant, c'est bien de sagesse que nous parlons parmi les parfaits, mais non d'une sagesse de ce monde. Ce dont nous parlons, au contraire, c'est d'une sagesse de Dieu, mystérieuse, demeurée cachée, celle que, dès avant les siècles, Dieu a par avance destiné pour notre gloire" (I Corinthiens 2:6,7)

De cette sagesse provenant de Dieu, l'Apôtre Saint Jacques dit qu'elle est une "sagesse d'en haut", et il l'explique en détails:

"La sagesse d'en haut, dit-il, est tout d'abord pure, puis pacifique, indulgente, bienveillante, pleine de pitié et de bon fruits" (Jacques 3:17). Il la distingue de la sagesse de ce monde qu'il qualifie de "terrestre, animale, démoniaque" (Jacques 3:15), et de laquelle émanent toute "jalousie, chicane, à (tout) désordre et toutes sortes de mauvaises actions" (Jacques 3:16)

La sagesse du monde est imprégnée d'astuce et de fourberie. Aussi, recourt-elle souvent au mensonge et à la duperie. Et Satan ne manque pas de s'immiscer dans les moyens qu'elle adopte.

Ainsi se comporta le serpent, "qui était le plus rusé de tous les animaux des champs" (Genèse 3:1), lorsqu'il dupa notre mère Eve, Jésabel, la femme du méchant roi Achab, agit de la même façon lorsqu'elle trama le stratagème permettant à son mari de s'emparer, injustement, de la vigne de Nabot de Yizréel (I Rois 21:5-15).

C'est à cette sagesse du monde que recourut notre mère Rebecca, pour permette à Jacob d'obtenir la bénédiction de son père.

Pour aboutir à ses fins, elle usa du mensonge et de la duperie, au point que Jacob lui-même eut peur et lui dit: "peut-être j'attirerai sur moi la malédiction au lieu de la bénédiction." (Genèse 27:12)

Tout moyen vous permettant d'atteindre un objectif déterminé n'est pas, nécessairement, un moyen honnête.

Il est étonnant que les chemins du monde mènent rapidement au but escompté, mais ils sont condamnés par Dieu.

Notre père Abraham prit pour femme Quetura qui enfanta Zimran, Yoqshîn, Mediân, Yishbaq et Shuahé, et ceux-là ont engendré Sheba, Dedîn, les Ashshurites, les Letushim, les Léummim et bien d'autres (Genèse 25:1-4), mais tous ceux-là n'ont pas joui de l'approbation divine, car ils étaient le fruit rapide d'un moyen humain désapprouvé.

Ahitophel nous donne un autre exemple de la sagesse humaine condamnée par Dieu.

Il s'agit là d'une perspicacité humaine qui parvient à ses fins, mais c'est une perspicacité diabolique que les justes craignent fortement, aussi supplient-ils Dieu de les en délivrer (II Samuel 15:31).

Il en est de même du conseil donné par Balaam à Balaq (Apocalypse 2:14).

Toutes les tromperies par lesquelles Satan induria le monde en erreur dans les derniers temps, et toutes les ruses qu'il emploie en tout temps relèvent de la même catégorie.

En voilà bien une perspicacité, une connaissance et une ruse qui portent leurs fruits, mais il ne s'agit là que de sagesse démoniaque dont parle l'Apôtre Saint Jacques (Jacques 3:15)

C'est cette sagesse que nous devons fuir et dont nous devons refuser les conséquences, même si celles-ci paraissent dans notre intérêt.

Si bonne que puisse paraître une idée présentée par Satan ou par notre propre intelligence humaine, mais dont les moyens sont malhonnêtes ou incompatibles avec les principes spirituels, refusons-la. A ce propos, la Sainte Bible nous met en garde ne disant:

"Tel chemin paraît droit à quelqu'un,
mais en fin de compte c'est le chemin de la mort" (Proverbes 14:12, 16:25)

5. Sources de la Sagesse:

La première source de la sagesse c'est Dieu lui-même à qui nous demandons, dans la prière, de nous accorder ce don. A ce propos l'Apôtre dit:

"Si l'un de vous manque de sagesse, qu'il la demande à Dieu. Qu'il demande avec foi, sans hésitation" (Jacques 1:5,6)

C'est pourquoi, nous demandons toujours à Dieu de nous guider, d'éclairer notre intelligence et notre coeur, de nous octroyer la sagesse qui émane de Lui et de nous apprendre comment faut-il nous comporter. Puisque "la sagesse descend d'en haut" (Jacques 3), demandons-la, donc, d'en haut.

La seconde source de sagesse est constituée par les conseils des personnes par la bouche desquelles Dieu parle.

L'Apôtre Saint Paul dit à ce propos: "Souvenez-vous de vos chefs, eux qui vous ont fait entendre la parole de Dieu. Obéissez à vos chefs et soyez-leur dociles, car ils veillent sur vos âmes, comme devant en rendre compte." (Hébreux 13:7,17)

Quelle est vraie cette belle expression qui dit: "Ceux qui sont sans guide tombent comme les feuilles d'automne."

Les sages et les personnes expérimentées représentent la troisième source à laquelle l'on peut puiser la sagesse.

L'un des poètes arabes dit à ce propos:

"Si, pour assurer un besoin, vous envoyez un messager,
Envoyez un sage sans le conseiller.
Si vous êtes perplexe devant un problème,
Consultez un homme sagace et ne lui désobéissez point."

Il ne suffit donc pas de demander conseil mais, aussi, d'obéir et de suivre le conseil donné.

Aussi le poète arabe dit à ce propos:

"Puisez la connaissance auprès des érudits,
et puisez la sagesse auprès des sages"

Pour s'imprégner de sagesse, il est indispensable de choisir un guide pieux et avis.

C'est pourquoi, dans les premiers temps de sa vie monastique, Saint Antoine cherchait conseil auprès des ascètes, comme l'abeille qui butine d'une fleur à l'autre pour constituer son miel.

Nombreux sont ceux qui demandent la sagesse auprès d'une seule personne, aussi deviennent-ils une copie conforme de leurs guides. Quant à Saint Antoine, il apprenait l'ascétisme de l'un, la prière d'un autre, l'humilité du coeur d'un troisième, l'affabilité d'un quatrième, la connaissance d'un cinquième, etc...

6. Le Principal Domaine Exigeant la Sagesse

Les oeuvres de l'homme se répartissent, en fait, en quatre catégories: une oeuvre clairement bonne et une oeuvre clairement mauvaise. Peut-être ces deux sortes n'ont pas besoin de discernement.

La troisième catégorie englobe les oeuvres devant lesquelles l'esprit demeure perplexe, se demandant si elles sont bonnes ou mauvaises, ou celles qui suscientent l'embarras quant à leurs conséquences ou aux moyens à adopter pour les exécuter.

Dans ce cas, l'homme a besoin de la sagesse et du discernement, ou du moins il a besoin d'un bon conseil et d'une parole utile pouvant lui àclairer la voie. Là réside l'importance du rôle que jouent les Pères spirituels, les directeurs de conscience et les sages.

La quatrième catégorie exigeant la sagesse et le discernement est celle où il faut choisir entre deux voies, lorsque la conscience n'arrive pas à determiner laquelle des deux est la meilleure.

Chacune des deux voies peut être bonne en elle même, mais laquelle est la meilleure? Ou bien laquelle d'entre elles convient-elle mieux à cette personne elle-même? L'exemple nous est donné par celui qui ne sait quelle voie choisir pour se consacrer à Dieu: la vie monastique ou le sacerdoce?

Les deux voies sont bonnes, mais laquelle est la meilleure pour lui? Ou bien, laquelle des deux convient-elle le mieux à sa nature?

Ces questions doivent être traitées avec sagesse et discernement. Elles demandent un certain délai, pour que l'homme puisse reconnaître ses vraies dispositions et entendre la voix de Dieu, soit à l'intérieur de son coeur, soit par la bouche d'un père spirituel avisé ou d'un directeur de conscience fidèle. De telles questions exigent une sagesse de notre part ou de la part de nos directeurs de conscience.

La sagesse et le discernement sont de même requis lorsqu'il s'agit de choisir une méthode permettant d'accéder à une vertu ou de s'y exercer progressivement.

Les vertus sont claires et bien exposées dans les livres spirituels. Mais quel serait le point de départ? Quel serait le moyen idéal pour l'acquérir ? Les uns s'y précipitent, ce qui pourrait aboutir à une conséquence contraire à celle qui est escomptée ou provoquer un revers spirituel. D'autres y vont lentment, ce qui pourrait conduire à la tiédeur, à la paresse et au relachement.

L'esprit peut demeurer perplexe entre la ferveur de l'empressement et la lenteur de la progression. Il a besoin de sagesse pour déterminer quelle conduite faudrait-il adopter.

Répondre que l'empressement est préférable ou la lenteur est préférable n'est nullement une réponse exacte. Lorsque le coeur est mû par un grand élan par suite de l'action de grâce, ou lorsqu'il est embrasé par le Saint-Esprit, il ne faut point s'arrêter. C'est ce qui est arrivé à Saint Missaël, le solitaire pélerin, aux Saints Maximos et Domadios et à tous ceux qui, comme eux, ont accédé rapidement à un haut niveau spirituel. Mais dans d'autres cas, il vaudrait mieux y aller progressivement.

Le discernement est, aussi, indispensable quand il s'agit de certaines questions délicates ou de celles dont dépend tout le destin de l'homme.

L'homme pourrait agir par ignorance ou d'une façon dépourvue de bon sens et regretter son acte toute sa vie. Il pourrait de même commettre une faute qui serait l'erreur de sa vie qu'il pleurerait en vain le restant de ses jours.

La situation requèrait en fait la prudence, la sagesse ou un conseil avisé.

Parfois l'homme s'enthousiasme pour un acte déterminé et l'enthousiasme qui le meut accapare tous ses sentiments, alors qu'il n'est nullement dans son intérêt, et il pourrait, même, le regretter après coup.

Après avoir raté l'occasion, il pourrait se dire: "Plaît à Dieu que je n'aie point agi de la sorte. Plaît à Dieu que j'aie pris mon temps pour consulter les autres ou pour suivre les conseils que j'ai vivement refusés."

La situtation avait, peut-être, besoin de discernement pour examiner d'autres aspects de la question, ou pour réfléchir aux diverses conséquences de cet acte.

Demander conseil fournit à l'homme la possibilité de distinguer les autres points de vue, de voir les choses sous un angle plus clair ou de découvrir des conséquences dont il ne tenait pas compte.

Un des points essentiels exigeant le discernement et la sagesse, c'est la nécessité d'avoir une conception claire et nette de chaque vertu permettant de former un tout intégral avec les autres vertus, loin de tout extrêmisme.

7. La Sagesse Octroie une Conception Claire des Vertus

Parfois une personne vient nous dire: je me suis comportée à l'égard des gens avec humilité et clémence, mais je suis devenue l'objet de leur dérision et j'en ai souffert psychologiquement.

Là, le tort n'incombe pas à la vie d'humilité, mais à l'application de l'humilité sans discernement ni compréhension.

Une telle personne a, en fait, besoin de connaître la vraie signification de l'humilité et de savoir comment s'y comporter, comment agir en toute humilité avec sagesse et discernement, sans en souffrir psychologiquement, de sorte que cette humilité soit bien ancrûe dans le coeur et n'ait point des conséquences néfastes.

Car une telle personne pourrait se lancer, après son expérience pénible, dans le sens inverse, abhorrer l'humilité, se comporter avec violence et s'accrocher fermement à sa dignité personnelle.

Sans aucun doute, si l'homme met en pratique sans discernement certaines vertus, celles-ci pourraient le conduire à des conséquences imprévues qui pourraient aboutir à une sorte de reniement de la vie spirituelle, à une déviation en sens contraire, ou à un complexe psychologique. Dans de tels cas, la cause véritable réside dans le manque de discernement et de sagesse qui marquèrent la mise en application de ces vertus.

C'est pourquoi le lecteur de certains livres spirituels, tels le Paradis des Moines et de certains articles qui décrivent un idéal de la vertu et des niveaux spirituels supérieurs, devra s'armer de discernement et de sagesse aussi bien que des conseils des experts dans ce domaine, avant de se livrer aux exercices spirituels permettant d'atteindre de tels niveaux.

Quand vous lisez tout ce qui concerne une vertu à laquelle un saint a accédé après une lutte qui pourrait avoir duré des dizaines d'années, il est dangereux, pour vous, de vouloir la mettre en pratique immédiatement, en partant du sommet, sans y aller progressivement et sans s'y comporter avec sagesse et discernement.

Cette précaution concerne bien des vertus dont nous signalons quelques-unes:

- Le silence et la vie de solitude
- Le jeûne et l'abstinence de longue durée allant jusqu'à plusieurs jours successifs
- L'humilité et la dernière place
- Les larmes et la componction du coeur
- L'affabilité et la tristesse du visage
- La prière perpétuelle
- La différence entre condamner et conseiller autrui
- La douceur et la force de la personnalité
- Le pardon, la fermeté et la correction
- L'ascétisme, le renoncement et le refus de la possession des choses
- La défense de la justice
- L'obéissance et la liberté de conscience

Deuxième Chapitre

 

La vraie sagesse est un don du Saint-Esprit et elle "descend d'en haut". Elle diffère de la sagesse humaine ou de la sagesse de ce monde que certains prétendent avoir, et qui n'est nullement de Dieu.

Bien des gens possèdent un savoir-faire, un certain tact et une certaine diplomatie qu'ils estiment être la vraie sagesse! D'autres considèrent leur astuce et leur intelligence comme étant une sagesse.

Or, tout cela pourrait être bien loin de la véritable sagesse qui "descend d'en haut" (Jacques 3)

Nous voudrions établir ici la distinction entre l'intelligence et la sagesse.

1. La différence entre l'Intelligence et la Sagesse

La sagesse a une acception plus large que l'intelligence qui pourrait en constituer une part.

L'homme pourrait jouir d'une intelligence exceptionnelle et d'un raisonnement remarquable, cela n'empêche pas que son comportement n'est toujours pas marqué par la sagesse. Il pourrait y avoir certaines entraves qui handicapent son raisonnement et son intelligence au moment d'agir.

Une mauvaise passion pourrait, par exemple, s'emparer de cet homme et commander tous ses actes. En s'y soumettant totalement, son comportement s'écarte de la sagesse malgré son intelligence, celle-ci étant handicapée par la passion qui est devenue son vrai guide!

Ses actes pourraient aussi être conditionnés par des nerfs facilement irritables. Il agit, dès lors, sous l'impulsion de ses nerfs non selon son intelligence, et sa conduite s'en ressent et manque de sagesse! De même, l'homme pourrait être intelligent mais manquer d'expérience et de connaissance sans lesquelles son comportement ne pourrait être empreint de sagesse.

Qu'est-elle donc la vraie sagesse et par quoi se distingue-t-elle de l'intelligence?

L'intelligence émane de la raison, elle pourrait n'être qu'une activité saine de la pensée.

Quant à la sagesse, elle ne s'arrête pas au stade de la bonne réflexion, mais elle fait suivre celle-ci d'un comportement raisonnable dans la vie pratique. Elle ne compte pas, uniquement, sur la raison, mais elle profite de l'expérience et des conseils des autres, de la prière et de l'inspiration du Saint-Esprit.

De même, la sagesse n'est pas, seulement, une pure connaissance ou un sain jugement, mais elle s'infiltre au plus profond de la vie pratique pour se faire marquer par une bonne conduite. Elle n'est pas simplement un ensemble de renseignements théoriques ou intellectuels, mais comme le dit Saint Jacques à juste titre:

"Est-il quelqu'un de sage et d'expérimenté parmi vous? Qu'il fasse voir par une bonne conduite des actes empreints de douceur et de sagesse." (Jacques 3:13)

En fait, la bonne réflexion ou l'intelligence subit une dure épreuve, quand il s'agit de la mettre en pratique. Si elle la passe avec succès, elle se transforme en sagesse.

Un homme pourrait être doué d'intelligence et de bonne réflexion, mais incapable de bien exposer sa pensée, faute de bien connaître la signification précise de chaque terme, aussi exprime-t-il mal ses idées. Quant à l'homme sage, il exprime bien ce qu'il entend dire et entend bien ce qu'il dit.

La sagesse implique, dès lors, la réflexion judicieuse, l'expression exacte de ses idées, la bonne organisation de ses affaires.

Nous pouvons affirmer donc que tout sage est intelligent, mais tout homme intelligent n'est pas, forcément, un homme sage.

Si le sage manque d'intelligence, il y remédie en recourant aux conseils des personnes expérimentées et à la lecture, en profitant de son expérience et de celle des autres aussi bien que de l'Histoire. A ce propos un poète arabe dit:

"Celui qui assimile l'Histoire,
ajoute bien des âges à son âge."

L'importance de l'expérience pour la sagesse a donné lieu à cette expression: avoir "la sagesse des vieillards."

On entend par là, que les vieillards ont acquis, tout au long de leur vie prolongée, bien des expériences qui leur confèrent la sagesse, quel que soit le degré de leur intelligence, car celle-ci ne joue pas un rôle absolu dans la vie.

Par leurs conseils, les sages conseillers ajoutent à l'entendement de l'homme un autre entendement.

Ils ajoutent à son opinion un autre point de vue, qu'il n'aurait pas discerné à cause de son peu d'expérience et de sa vision limitée des choses. Ils pourraient, de même, l'empêcher de se lancer dans un sens déterminé ayant accaparé toute sa pensée, par suite d'un dessein secret de son coeur.

Il s'avère donc que l'impulsivité entrave l'intelligence ou la pousse dans un sens déterminé.

C'est pourquoi, si intelligent que vous soyez, souvenez-vous de la parole de la Sainte Bible qui dit à ce propos: "Ne t'appuie pas sur ton propre entendement" (Proverbes 3:5) Votre entendement se meut, en fait, dans un cercle bien limité qui est celui de vos connaissances, de votre expérience et de votre propre vision. Il est recommandé d'y ajouter une autre vision, d'autres connaissances et d'autres expériences en consultant les autres et en leur demandant conseil.

Le sage n'agit pas avec impulsivité, mais il garde calmement sa propre conviction, tout en cherchant à voir plus clair, afin de trouver une méthode d'action plus vaste et plus profonde.

2. Les Entraves de la Sagesse

A. L'empressement à agir est une des entraves de la sagesse. C'est pourquoi les sages sont caractérisés par la pondération.

L'empressement ne laisse pas à l'homme un délai suffisant lui permettant de bien réfléchir, d'étudier et d'examiner une situation donnée, et de connaître les autres points de vue la concernant.

De même, elle ne donne pas lieu de demander conseil et de soumettre la question à Dieu dans la prière.

L'empressement pourrait impliquer une sorte de superficialité dans le jugement. Les actes hâtivement executés sont, le plus souvent, inconséquents et imprudents.

Dieu envoie souvent à l'homme, qui agit impulsivement, quelqu'un pour lui dire: "faites attention à vous même, donnez-vous le temps nécessaire à la réflexion et réexaminez votre décision".

Nous signalons, à ce propos, l'attitude de certains de nos fils émigrés qui reviennent en Egypte, pour une ou deux semaines, et qui voudraient choisir une épouse et se marier pendant ce court délai !

Nous trouvons, au contraire, qu'un grand saint, Saint Macaire Le Grand, adopta une attitude bien différente, lorsque lui vint l'idée de se rendre au désert intérieur pour rencontrer les pélerins solitaires: "Je combattis, dit-il, cette idée pendant trois ans, pour m'assurer si elle vient, oui ou non, de Dieu ?"

Même s'ils sont taxés de lenteur, les sages ont un comportement empreint de pondération et de mesure, car ils n'agissent qu'après avoir réfléchi, étudié, examiné, analysé et pénétré profondément la question.

Nous ne dénions pas que certaines questions exigent la promptitude, mais il y a une grand différence entre la promptitude et l'impulsivité.

L'impulsivité n'est autre chose que l'empressement dénué de tout examen et de tout approfondissement du sujet.

L'impulsivité est dangereuse, lorsqu'il sa'git des questions capitales ou dont dépend le sort de l'homme. Elle est inexcusable si la situtation offre une occasion suffisante pour réfléchir et si le temps ne presse pas. C'est pourquoi j'insiste toujours que:

"La bonne solution n'est pas la solution hâtive, mais la solution adéquate."

L'empressement pourrait être un des traits caractéristiques des jeunes gens qui se distinguent par l'ardeur et qui voudraient que tout soit rapidement executé. Mais s'ils examinent la question avec leurs aînés, ils pourraient être convaincus des dangers que comporte parfois l'empressement. Celui-ci pourrait être un trait de caractère inné de certains gens. Ces personnes devraient s'exercer à agir après délibération et réflexion.

Souvent, l'homme regrette de s'être hâté d'agir, car l'empressement l'a conduit à commettre une faute ou l'a rendu injuste à l'égard d'autrui.

Un journaliste, par exemple, se hâte de publier une nouvelle en exclusivité, puis l'on découvre que la nouvelle est sans fondement. Le journaliste perd, ainsi, la confiance des lecteurs en lui, quant à la précision des nouvelles publiées par lui.

Un père, par exemple, qui punit son fils ou un chef qui punit un subalterne pour une faute quelconque, puis découvre, après coup, son innocence.

B. L'incompréhension ou le manque de connaissances constitue une des entraves de la sagesse

Il pourrait y avoir un homme très intelligent, mais dont la vie conjugale est un échec. Or, son échec est dû à son ignorance de la psychologie de la femme. Il la traite comme il traite les hommes. Mais l'homme avisé cherche à pénétrer la mentalité, la psychologie et les conditions de la femme, pour que son comportement à son égard soit empreint de sagesse.

Il en est de même pour la femme, elle devra chercher à comprendre la mentalité de l'homme, pour que sa conduite à son égard soit avisée.

La même règle s'impose quand il s'agit de traiter les enfants. Il est indispensable d'étudier la psychologie et la mentalité des enfants, afin de découvrir la meilleure méthode permettant de les bien traiter.

En général, l'homme devra étudier la psychologie, la mentalité et les conditions de la personne avec qui il aura à faire , qu'il s'agisse d'un collègue au travail, d'un chef, d'un subalterne, d'un ami ou d'un voisin; et il devra se comporter à son égard de la façon qui convient le mieux à cette personne.

Si vous cherchez à pénétrer la psychologie et la mentalité de la personne avec qui vous aurez à faire, vous découvrirez la clef de son coeur et vous saurez comment vous y prendre.

Même si la clef que vous découvrez n'ouvre pas immédiatement, cherchez à la graisser et à la lubrifier. Essayez de nouveau d'ouvrir la porte et celle-ci s'ouvrira.

Souvent, l'échec que nous essuyons dans nos relations avec certaines personnes incombe moins aux points faibles de ces personnes qu'à notre ignorance de la manière adéquate avec laquelle il faudrait les traiter.

Aussi voudrions-nous étudier certains points concernant notre conduite à l'égard des autres.

3. La Sagesse entre le Silence et la Parole

"L'exercice spirituel du silence" est un des exercices appréciés par les jeunes gens marqués par la spiritualité. Par cet exercice, ils voudraient se débarrasser des péchés de la langue, en application de la parole de la Sainte Bible affirmant qu':"abondance des paroles ne va pas sans offense" (Jacques 10:19) Ils se souviennent de la prière de David disant:

"Etablis, Seigneur, une garde à ma bouche,
veille sur la porte de mes lèvres" (Psaumes 141:3)

Comme ils se rappellent les paroles de Saint Arsène affirmant: "J'ai souvent parlé et je m'en suis repenti. Alors que je n'ai jamais regretté mon silence".

Cependant, l'homme sage connaît que le silence n'est pas toujours une vertu et la parole n'est pas toujours un péché.

L'homme avisé ne garde pas le silence quand il faut parler, et ne parle pas quand la situation exige le silence. Grâce à sa sagesse, il sait discerner quand et comment parler. Et quand il parle, il sait comment mesurer ses paroles et quel ton adopter, de sorte que s'applique à lui ce qui a été dit à la vierge du Cantique des Cantiques:

"Tes lèvres, ô fiancée,
distillent le miel vierge" (Cantique 4:11)

Ses lèvres ne profèrent que des paroles profitables, des paroles empreintes de sagesse et qui remplissent le coeur de consolation. Tout le monde se rend compte que ce n'est pas lui qui parle, mais c'est l'Esprit du Père qui parle en lui. (Mathieu 10:20)

Il parle ainsi avec mesure, pondération, sagesse et profit. Il ne regrette jamais une parole dite et n'aspire pas au silence qui protège l'homme des péchés de la langue.

Le discernement est, ici, indispensable. L'exercice du silence ne doit pas être appliqué à la lettre loin de l'esprit de cet exercice, car parfois en gardant le silence on peut commettre de graves erreurs.

Le sage connaît bien comment peut-il agir face aux insanités des gens. Dans ce cas, l'homme ordinaire se trouve en face des deux versets:

"Ne réponds pas à l'insensé selon sa folie
de peur de lui devenir semblable, toi aussi" (Proverbes 26:4)

"Réponds à l'insensé selon sa folie
de peur qu'il ne soit sage à ses propres yeux" (Proverbes 26:5)

Il n'y a, en fait, aucune contradiction entre ces deux versets. Mais la sagesse permet à l'homme de discerner quand faut-il répondre à l'insensé et quand doit-il s'abstenir de le faire.

Si par votre réponse vous devenez semblable à l'insensé, il vaudra mieux ne pas lui répondre et garder le silence. Si par votre silence il devient sage à ses propres yeux, il est préférable que vous lui démontriez la folie de ses paroles.

Seule la sagesse est capable de trancher la question. Par le discernement l'on pourrait, en fait, distinguer laquelle des deux attitudes est la meilleure. Il serait insensé de vouloir donner un seul avis applicable à tous les cas.

Nous ne pouvons pas vous conseiller de garder le silence, quand un seul mot de votre part peut résoudre un problème ou lorsque votre silence pourrait être mal compris.

De même, nous ne pouvons pas vous recommander de parler en tout temps. Il est déconseillé qu'un homme lise ce qui a été signale, à ce propos, dans le livre du Paradis des Moines et l'applique à la lettre, alors qu'il n'est pas un moine et que les conditions de sa vie spirituelle en sont différentes.

Parfois, le silence pourrait être le signe de la discrétion, de la pondération et de la sagesse permettant à l'homme d'éviter bien des fautes et des problèmes. Comme il pourrait être une occasion favorable pour la prière et la méditation.

D'autres fois, le silence pourrait être insanité, passivité ou manque de sagesse. Comme elle pourrait être un effet de la peur et un manque de fermeté.

Le discernement permet de distinguer entre les différents cas. Le directeur de conscience ne doit pas soumettre son fils spirituel à une loi et le lier par des commandements dont il ignore la finalité. Mais il doit l'aider à acquérir la sagesse et le discernement, et le laisser agir et adopter l'attitude adéquate qu'exige chaque situation.

Tout ce qui s'applique au silence pourrait s'appliquer à d'autres vertus.

4. La Sagesse entre l'Affliction et la Joie

Certains jeunes gens amorcent leur vie spirituelle en se repentant et en pleurant leurs péchés, tel qu'il a été signalé dans le livre du Paradis des Moines. Ils mettent devant leurs yeux le verset disant: "Car avec un triste visage on peut avoir le coeur joyeux." (Qohelet 7:3)

Ces jeunes gens persistent dans cet état avec un certain extrêmisme, de sorte que l'affliction devient pour eux un état stable et une méthode de vie. Ils se souviennent comment le Seigneur qualifia d'heureux les affligés (Mathieu 5:4)

Ils mettent devant eux la vertu "des larmes" qui émane de celle de la componction du coeur. Or, les discours des saints à ce sujet sont nombreux et il est difficile de les énumérer.

Les larmes pourraient être un des signes de la conversion, une preuve de la délicatesse et de la sensibilité du coeur. L'asc"tisme et la mort au monde comptent parmi leurs fruits.

Pourtant, celui qui adopt" cette voie à besoin d'un grand discernement, pour ne pas aboutir à un revers dans ce domaine. Car persister dans l'affliction et s'y comporter sans sagesse conduisent l'homme à bien d'erreurs et bien des faiblesses dont voici quelques-unes:

L'affliction permanente pourrait, facilement, devenir une pierre d'achoppement qui jette la crainte dans le coeur de ceux qui voudraient s'approcher de Deiu et vivre avec Lui, car il voit que la piété n'est autre qu'affliction et larmes.

Ils donnent ainsi une image déformée de la vie avec Dieu, que le Seigneur voudrait qu'elle soit une vie de joie perpétuelle. L'apôtre l'affirme bien en disant: "Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous" (Philippiens 4:4) Comme il signale que la joie est un des fruits de l'Esprit Saint (Galates 5:22).

D'autre part, Satan pourrait exploiter l'affliction de l'homme pour le pousser au désespoir et à la désespérance, détruisant ainsi son moral. D'ailleurs l'affliction pourrait provoquer l'ennui et la lassitude.

Le sage connaît les limites de la componction et des larmes. Il sait comment les impr"gner d'esp"rance et de consolation. Il sait comment vivre dans la joie en pleine contrition et en pleine componction, tout en pleurant ses péchés dans le secret, non avec des larmes brûlantes mais avec des larmes consolatrices.

Dans ce domaine, la sagesse est donc indispensable, car la religion ne s'arrête pas au stade de la lettre, comme elle n'est pas un ensemble de vertus ambigues, mais elle est esprit et vie.

Celui qui vit avec un coeur plein de componction et débordant de larmes devra se comporter avec sagesse. Celui qui mène une vie de joie devra, aussi, s'y conduire avec sagesse afin de ne pas tomber dans l'insouciance et l'indifférence.

Troisième Chapitre

 

1. Danger du Verset Unique

Le sage ne se limite pas à un seul verset de l'Evangile, pour en faire le critère unique de sa vie, en l'appliquant à la lettre. Mais il sait quand faut-il appliquer chaque verset en temps opportun et quand doit-il recourir à d'autres versets pour en dégager la vraie conception.

Nous avons déjà signalé un exemple à propos de l'affliction et de la joie, que nous chercherons à développer ci-dessous.

Parfois, les gens pourraient tirer profit de vos larmes, car ils voient en vous un être spirituel doté de sentiments délicats et s'intéressant au salut de son âme.

Parfois, quand vous êtes affligé, vous suscitez l'inquiétude des gens aussi bien que leur perplexité.

C'est pourquoi, bien des guides spirituels gardent leurs larmes pour leur vie privée, alors que devant les gens ils ont un visage affable.

Ils agissent ainsi, d'une part pour ménager la sensibilité des gens, de peur qu'ils ne souffrent de les voir affligés, et d'autre part pour réjouir le coeur des autres indépendamment de leur propre souffrance.

Quelle est admirable la parole d'un homme de lettres qui dit à ce propos:

"Qu'il est noble le coeur affligé qui cache sa tristesse pour chanter un hymne avec les coeurs joyeux."

Il n'est nullement sage qu'un homme choisisse un exercice spirituel et le mette en pratique sans discernement et sans tenir compte des circonstances qui l'entourent, ce qui l'expose à bien des problèmes.

2. Le Discernement et les Exercices Spirituels

La vie spirituelle n'est pas uniquement un ensemble de contraintes, de règles et de lois. Mais c'est l'état d'un esprit qui demeure en Dieu par l'amour et la liberté.

Un homme, par exemple, s'impose une règle selon laquelle il s'abstiendra de rire pendant une semaine, car le rire le conduit à la tièdeur d'esprit. Mais voilà qu'intervient, pendant cette semaine, une occasion où il devrait faire preuve de courtoisie, ou bien il est invité à des noces, et il continue à garder un visage contrarié et impassible au cours de la cérémonie, portant ainsi préjudice à ses relations avec les autres. Peut-on dénommer cette attitude persévérance dans l'exercice spirituel ou plutôt manque de discernement?

L'application de l'exercice spirituel ne doit pas être rigide, comme elle ne doit pas tenir à la lettre loin du bon sens, car les exercices spirituels ne doivent pas constituer des liens et des chaînes.

Celui qui mène une vie spirituelle saine et sage connaît bien comment accomplir une oeuvre pour l'amour de Dieu, et comment faire, également, le contraire pour l'amour de Dieu. Il faut, en fait, adopter l'attitude adéquate pour chaque situation. A ce propos, parlant de ses exercices concernant des situations contraires, Saint Paul dit:

"Je me suis initié à la satieté comme à la faim, à l'abondance comme au dénument" (Philippiens 4:12)

Les enfants de Dieu s'en tiennent, en fait, à l'esprit de la vie non à des textes et à des lettres.

Ils savent quand et comment accomplir une oeuvre donnée et son contraire avec une conscience tranquille, comme le signale la Sainte Bible à ce propos:

"Réjouissez-vous avec qui est dans la joie, pleurez avec qui pleure." (Romains 12:5)

Il y a donc un temps pour tout sous le ciel, comme le dit le livre de l'Ecclésiaste: "un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se taire et un temps pour parler" (Qohelet 3:1-7)

Tout acte en son temps est un bien, quand il est exécutéconvenablement et sagement.

L'homme sage accomplit l'oeuvre requise en temps opportun sans se lier, sa vie durant, par un état déterminé.

3. Le Discernement en Matière de Lectures et de Mise en Pratique

Parfois des personnes lisent certains livres spirituels, exécutent à la lettre ce qu'elles y lisent et finissent par en souffrir. Souvent même elles aboutissent à un revers spirituel.

L'exemple nous est donné par un homme qui lit le livre du Paradis des Moines et met en pratique à la lettre tout ce qui a été signalé, oubliant deux points essentiels:

1. Ce livre signale des niveaux spirituels supérieurs auxquels les Pères ont accédé après de longs combats et, partant, ces niveaux ne sont pas pour les novices dans la vie spirituelle.
2. Ce livre signale des conseils donnés par les Pères spirituels à des personnes déterminées dont l'état pourrait différer du vôtre.

Le Saint Père à qui recouraient les moines pouvait donner à un frère un conseil déterminé et à un autre frère un conseil bien différent, mais qui lui était approprié. Il ne donnait pas les mêmes conseils à tous les moines.

Quant à nous, nous devrons choisir ce qui nous convient, après avoir consulté notre directeur de conscience et en y allant progressivement.

La même règle s'applique aux Psaumes. Certains expriment la joie, d'autres la tristesse. Quand il s'agit de les mettre en pratique, choisissez ce qui va de pair avec votre état. Certains, en fait, concernent des niveaux spirituels supérieurs auxquels vous n'avez pas accédé mais vous vous en servez dans vos prières en tant qu'un niveau idéal pour vous.

De même, quand vous lisez un livre spirituel, il faut tenir compte des deux points suivants:

1. L'esprit de la parole non la lettre.
2. Choisir ce qui vous convient personnellement, j'entends ce qui est approprié à votre condition et à votre situation, à votre niveau spirituel, à vos forces et à vos capacités et ce qui va de pair avec votre progression dans la voie de Dieu.

Il est dangereux qu'un homme mette en pratique tout ce qu'il lit sans discernement, sans sagesse et sans conseils.

Nous aspirons à une vie spirituelle marquée par la quiétude et la croissance, une vie où nous aimons le bien et où nous nous y comportons avec sagesse.

4. Exemple de la Bonté et de la Fermeté

Certains gens recourent uniquement à la bonté et à la douceur. D'autres adoptent la fermeté et le comportement à poigne comme règle de vie. Mais la sagesse incite :

Employer la fermeté, quand la situation l'exige pour trancher la question qui s'impose, à employer la douceur quand il est préférable d'y recourir.

Dans votre douceur, ne soyez pas si conciliant de façon à en souffrir. Et dans votre fermeté, ne soyez pas trop dur de manière à faire souffrir les autres. Notre-Seigneur Jésus-Christ a eu recours à la douceur comme à la fermeté.

Il était doux et humble de coeur et l'on dit de Lui:

"Il ne fera point de querelles ni de cris
et nul n'entendra sa voix sur les grands chemins.

Le roseau froissé, il ne le brisera pas,
Et la mêche fumante il ne l'éteindra pas" (Mathieu 12:11-20)

Il était ferme, quand il réprimanda fortement les Scribes et les Pharisiens leur disant: "Malheurs à vous, Scribes et Pharisiens, hypocrites" (Mathieu 23)

Notre-Seigneur Jésus-Christ était ferme, même en blâmant Saint Pierre.

"Retire-toi Satan (selon la traduction oeucuménique de la Sainte Bible)! Lui dit-il une fois, tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes" (Mathieu 16:23)

C'est à ce point que Notre-Seigneur, reconnu par sa douceur, était ferme dans cette situation. De même, lorsque Saint Pierre refusa, par pudeur, que le Christ lui lavât ses pieds, Notre-Seigneur lui dit: "Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi" (Jean 13:8)

Il y a donc, des situations qui exigent la fermeté, comme la purification du Temple par Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Le Christ bon et doux, qui a dit à la femme adultère: "Moi, non plus, je ne te condamne pas" (Jean 8:11), et l'a délivrée de ceux qui l'on condamnée, nous le voyons, dans le Temple, chasser les vendeurs, faire un fouet de cordes, renverser les tables des changeurs de monnaie et donner l'ordre aux vendeurs d'enlever les cages de colombes.

Nous remarquons que, dans sa fermeté, Notre Seigneur n'a pas adopté la même attitude envers tout le monde. Mais il se comporta différement selon chaque situation.

Ainsi, il renversa les tables des changeurs de monnaie, mais il ne fit pas de même avec les cages de colombes. Il réprimanda les uns par la parole et les chassa, mais dans une autre situation, il fit un fouet. Chaque attitude fut donc adoptée avec discernement, tel que l'exigeait la situation.

Si vous appréciez la douceur et la bonté et vous voyez quelqu'un agir fermement, ne dites pas: j'ai été scandalisé, tout idéal s'est effondré à mes yeux.

Là, se révèle le danger de la vertu unique. La vie spirituelle ne pourrait être constituée par une seule vertu en négligeant les autres. Mais c'est une vie intégrale où toutes les vertus se complètent les unes les autres, formant un tout spirituel.

Dans certains cas, le manque de fermeté devient un péché, comme il est arrivé au prêtre Eli.

Dieu le punit sévèrement en privant sa progéniture du sacerdoce, parce qu'il manqua de fermeté dans l'éducation de ses enfants. C'est vrai qu'il attira leur attention et leur démontra leurs fautes, mais il n'a pas agi avec fermeté, et ses réprimandes sentaient la mollesse. (I Samuel 3:12-14)

C'est pourquoi, l'attitude ferme adoptée par Saint Pierre envers Ananie et Saphire ne nous étonne pas (Actes 5:1-11)

Il les condamna à mort et il ne leur donna pas le temps de se convertir. Car aux premiers temps du Christianisme, la fermeté était nécessaire pour l'édification de l'Eglise, pour que la négligence, la perfidie et le mensonge ne s'y infiltrent pas. En fait, après le châtiment de Saphire et d'Ananie, "une grande crainte, dit la Sainte Bible, s'empara alors de l'Eglise entière"

Nous remarquons, ainsi, que la crainte est parfois nécessaire autant que l'amour, sans qu'il n'y ait aucune contradiction.

5. Le Discernement entre la Crainte et l'Amour

La Sainte Bible affirme que le "Principe de la sagesse (c'est) la crainte du Seigneur" (Proverbes 9:10) La crainte n'est pas une erreur, mais elle constitue une étape spirituelle. Car celui qui ne craint pas pourrait aboutir à l'insouciance et à l'indifférence, comme l'on a dit du juge inique, qu'il "ne craignait pas Dieu et n'avait de considération pour personne" (Luc 18:2)

En matière d'éducation, la crainte est nécessaire pour certaines personnes et à certains âges, et sans laquelle l'éducation pourrait se solder par un échec.

L'enfant qui ne craint point son père pourrait se comporter avec impudence et sans frein et devenir, ainsi, une source d'amertume pour ses parents.

De même, l'étudiant qui ne craint pas ses professeurs pourrait devenir facilement un étudiant turbulent qui fait perdre le temps à ses camarades et épuise les nerfs de ses professeurs.

Cependant, nous devons souligner que la crainte n'est qu'une étape qui, avec la croissance, se transforme progressivement en amour et en respect.

C'est pourquoi, le père ou le professeur ne devra jamais ressentir du remords pour avoir réprimandé son fils ou son étudiant. Qu'il ne se dise pas ni en lui-même ni en confession: "J'ai commis une faute en réprimandant quelqu'un et en perdant ainsi ma douceur!!"

Il faudrait plutôt que sa conscience lui reproche de n'avoir pas été ferme au moment où il fallait l'être.

La sagesse pose des limites aux reproches, de sorte qu'elles soient faites d'une manière spirituelle et saine, et par un responsable ou en vertu d'un pouvoir confère.

Saint Paul a ete oblige de reprimander les fidèles de Galates qui ont commencé par l'esprit pour finir dans la chair (Galates 3:3) et l'ont forcé à changer de langage (Galates 4:20)

Le saint zèle oblige parfois l'homme à devenir un feu ardent.

Dans ce cas, l'homme spirituel doit comprendre quelle est la place de la douceur dans le cadre du zèle. Il s'agit là d'une question qui doit être longement traitée. Mais nous nous contentons de dire, ici, qu'il y a un temps pour chaque chose sous le ciel. Pourtant, l'homme peut agir avec zèle sans perdre, pour autant, sa douceur.

L'homme aurait tort s'il perdait le saint zèle, par suite d'une fausse conception de la douceur.

Il faudrait donc avoir une conception précise de la douceur, de sorte que l'on ne comprenne pas qu'elle est une mollesse de caractère ou un état d'inaction. Certains voient dans le prophète Elie un exemple du saint zèle et en Jérémie un exemple de la douceur et des larmes.

Mais Jérémie était, aussi, un exemple du zèle et de la défense de la justice. Il n'était pas, uniquement, un homme de larmes. Tout lecteur du livre de Jérémie se rend compte de cette réalité.

David était un exemple du courage, de la force et du zèle et, en même temps, il était un homme de pleurs qui mouillait son lit par les larmes (Psaumes 6) et pleurait la mort d'Absalom, de Saül et de Jonathan.

Une mûre, qui traite son enfant avec une tendresse abusive qui pourrait le corrompre, n'est pas dotée de sagesse et a besoin d'acquérir la vertu du discernement.

Elle devra connaître quelle est la véritable tendresse? Quelles sont ses limites? Quel est son rapport avec la bonne éducation, aussi bien que son rapport avec la vie spirituelle de son fils et avec son sort éternel.

Le Père céleste aimait Son Fils Unique, pourtant Il L'a livre à la mort pour nous. Sur la croix, Il "a voulu L'écraser par la souffrance", en tant que sacrifice expiatoire pour nous, car c'est sur Son Fils qu'Il a fait retomber nos fautes à tous (Isaïe 53:1-10)

Le médecin avisé connaît quand faudrait-il employer le bistouri, quand devrait-il recourir à l'amputation et quand faudrait-il utiliser les calmants et les analgésiques.

Aussi, appelle-t-on le médecin en langue arabe "le sage".

La question du discernement englobe toute la vie spirituelle; la traiter, c'est traiter toutes les vertus. Aussi, nous contenterons-nous des quelques exemples déjà signalés.

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