Série des Caractéristiques De La Voie Spirituelle

 

Avant-Propos

 

La fidélité parfaite dans la vie spirituelle, qu'elle soit dans tes rapports avec Dieu, avec les hommes ou avec soi-même, est une des caractéristiques de la voie spirituelle.

Quelle est-elle cette fidélité?
Comment est-elle?
Quelle est son importance?
Quels sont ses limites et ses aspects?

Toutes ces questions ont été abordées dans ce livre. Cet ouvrage nous entretient également de la fidélité "en peu de chose" afin que sur "beaucoup" Dieu nous établisse [Mathieu 25:21 et 23] Quel est "ce peu" que nous devons observer avec fidélité? Et quel est ce "beaucoup" sur lequel Dieu nous établira? C'est ce qui sera élucidé dans cet entretien sur la fidélité.

Celui qui est fidèle "en peu de chose" il lui est indispensable de s'entraîner à la vie de minutie; ce qui nous amène à discuter de la minutie, de ses divers domaines ainsi que de la différence entre la minutie et le scrupule obsessionnel, et des combats de Satan à ce propos.

L'homme qui se comporte avec fidélité et minutie est celui dont la vie est caractérisée par le sérieux.

Aussi ces trois attributs sont-ils groupés en un seul volume: la fidélité, le sérieux et la minutie. Ils font partie des Caractéristiques de la voie spirituelle et celui qui les observe, progresse dans sa spiritualité et s'achemine à la perfection.

Le Pape Chénouda III

Premier Chapitre: Importance et Limites de la Fidélité

 

Je n'entends pas par la fidélité tout simplement l'honnêteté en matière d'argent et la probité dans les questions matérielles, dans le sens que l'homme ne soit ni voleur ni pilleur d'autrui. Mais j'entends, par là, la fidélité en général qui doit marquer tout le comportement et toute la vie spirituelle de l'homme, à savoir:

La fidélité de l'homme dans ses relations avec Dieu, avec autrui et avec soi-même.

Notre-Seigneur Jésus-Christ nous incite à acquérir cette vertu quand il parle de la fidélité dans le service de Dieu, de "l'intendant fidèle, avisé, que le maître établira sur ses gens, pour leur donner en temps voulu leur ration de blé" (Luc 12:42). Plus encore:

Il souligne que la fidélité est le critère du jugement dernier et la condition fondamentale de l'entrée au Royaume de Dieu.

Il dira à celui qui mérite d'entrer dans Son Royaume: "C'est bien, serviteur bon et fidèle, en peu de choses tu as été fidèle, sur beaucoup je t'établirai; entre dans la joie de ton seigneur." (Mathieu, 25:21-23)

Mais à quel point devra être cette fidélité? Notre-Seigneur le signale lui-même:

"Reste fidèle jusqu'à la mort, et je te donnerai la couronne de vie." (Apocalypse, 2:10)

"Jusqu'à la mort", c'est-à-dire au point de vous sacrifier vous-même et de donner votre vie pour demeurer fidèle. Cela nous rappelle le reproche de Saint Paul aux Hébreux, par suite de leur manque de fidèlité dans leur résistance au péché; il dit à ce propos:

"Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans la lutte contre le péché." (Hébreux, 12:4)

"Jusqu'au sang", c'est-à-dire que l'homme doit être prêt à verser son sang dans sa lutte contre le péché. C'est ainsi qu'il fait preuve de fidélité dans sa relation avec Dieu, se gardant bien de Le trahir en s'abandonnant au péché.

La fidélité permet aux justes d'atteindre leur but.

Plusieurs ont commencé ensemble le chemin de la vertu, mais les uns sont arrivés, les autres n'ont pu atteindre le but et d'autres y sont parvenus, mais en retard. Quelle est la cause de cette différence? La vraie cause réside dans le fait que les premiers, contrairement aux autres, ont rempli fidèlement leurs devoirs spirituels, méritant ainsi d'être couronnés.

La fidélité englobe les questions de ce monde aussi bien que les questions spirituelles:

Comme l'homme s'intéresse à sa vie spirituelle, il lui incombe aussi d'être intègre en toute oeuvre à accomplir. L'étudiant doit être honnête dans sa vie estudiantine, qu'il s'agisse d'étudier et de reviser, ou d'assurer son succès et de passer brillamment ses examens. L'ouvrier doit faire à la perfection son travail et respecter les horaires. Il en est de même du fonctinnaire et de toute personne assumant une responsabilité quelconque.

Joseph le juste était un homme spirituel et fidèle à son travail.

Il était fidèle en servant Potiphar et en assurant la prospérité des affaires de son maître. Il l'était, de même, en tant que Ministre d'approvisionnement de l'Egypte, sauvant de la famine ce pays aussi bien que les pays voisins. Plus encore, en prison, il était fidèle dans son travail, au point que "le geôlier chef" lui confia des responsabilités.

Il y a bien des questions dans la vie pratique qui met à l'épreuve la fidélité de l'homme.

Un exemple nous est donné par le fonctionnaire qui cherche à acquérir un faux certificat médical pour obtenir, sans droit, un congé de son travail. Non seulement il manque lui-même de probité, mais aussi il constitue une cause de chute pour le médecin en l'entraînant à participer à son péché. Il en est de même de celui qui s'empare, sans droit, d'un per diem, et de celui qui demande une prime pour travail supplémentaire, alors qu'il pourrait accomplir ce travail pendant les horaires ordinaires et sans indemnité.

Les exemples dans ce domaine sont nombreux.

Signalons, entre autres, le cas de celui qui transmet des nouvelles d'une façon qui manque de loyauté de celui qui divulgue un secret qui lui a été confié de celui qui ne remplit pas la mission dont il est chargé avec la fidélité requise.

1. Votre Fidélité envers Dieu

Si Dieu a été fidèle dans Ses relations avec nous au point d'accepter l'Incarnation et d'assurer notre Rédemption, si Son amour et Son don de soi sont allés jusqu'à ce point, combien devait être notre fidélité à son égard?!

Votre fidélité envers Dieu signifie que vous ne le trahissez jamais. Prenons comme exemple l'épouse qui reste fidèle à son mari. Quelle que soit la liberté sans contrôle qu'il lui accorde, elle ne le trompe jamais et n'établit aucune relation avec un autre.

Il en est de même de votre âme, elle est l'épouse du Christ, elle ne devra ni Le tromper avec le monde ni avec le démon, ni Le trahir par une mauvaise passion ni par une mauvaise pensée.

Votre coeur qui appartient à Dieu ne l'ouvrez jamais à Ses ennemis.

L'homme fidèle ne transige pas avec le péché, car le péché est une hostilité envers Dieu. Il ne tolère aucune mauvaise pensée, mais ,en toute fidélité, il la chasse rapidement. Il n'accepte nullement toute question susceptible de le séparer de Dieu, estimant que tout péché est essentiellement adressé à Dieu, car il est contre Son amour, Sa volonté et Ses Commandements, comme il empêche l'homme de demeurer en Dieu. Joseph le Juste méprisa ainsi le péché en disant:

"Comment pourrais-je accomplir un aussi grand mal et pécher contre Dieu." (Genèse, 39:9)

Il considérait que cette faute était essentiellement adressée non à Potiphar ou à son épouse, mais à Dieu Lui-même. Dans le même sens, le Prophète David dit à Dieu dans le psaume:

"Contre Toi, Toi seul, j'ai péché,
Ce qui est coupable à Tes yeux, je l'ai fait." (Psaumes, 51:6)

Le péché sépare l'homme de Dieu est constitue une rebéllion contre Lui.

L'homme fidèle dans sa relation avec Dieu refuse absolument tout ce qui le sépare de Lui. Comme l'a bien signalé l'apôtre Saint Paul: "Oui, dit-il, j'en ai l'assurance, ni mort ni vie, ni anges ni principautés, ni présent ni avenir, ni puissances, ni hauteur ni profondeur, ni aucune créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus Notre-Seigneur." (Romains, 8:38)

Ceux qui ont vraiment connu Dieu ne L'ont jamais abandonné.

A ce propos, les saints repentants nous en donnent un exemple. Ceux-là, une fois convertis, ont goûté l'amour divin et ne sont plus revenus aux péchés qui les avaient séparés de l'amour de Dieu. Leur croissance dans l'amour pour Dieu allait s'intensifiant, ce qui leur a permis d'atteindre certains niveaux de perfection. Nous signalons, entre autres, Saint Augustin, Saint Moïse le Noir, Sainte Marie l'Egyptienne et sainte Pélagie.

De l'ancienne vie de débauche, Saint Augustin dit à Dieu:

"J'ai beaucoup tardé à Vous aimer, ô Vous beauté indicible."

Il considère et il confesse que dans l'état de péché, il était bien loin de l'amour de Dieu. Cela du point de vue négatif. Mais du point de vue positif, la fidélité à Dieu incite l'homme à être fidèle dans toutes ses oeuvres spirituelles: dans la prière car celle-ci n'est autre qu'un entretien avec Dieu, dans sa lecture de la Sainte Bible, car c'est à travers celle-ci qu'il entend la voix de Dieu. Il l'est aussi dans ses méditations, ses louanges à Dieu, dans sa confession, sa communion et son jeûne.

Il est de même fidèle dans le service de Dieu et dans sa vie spirituelle.

Il l'est dans l'enseignement, comme le dit le Saint Apôtre à ce propos: "Enseigne ce qui est conforme à la saine doctrine." (Title, 2:1) Il ne présente pas ses conceptions particulières en tant que des doctrines. Il n'offre aucun enseignement aux gens que celui qui lui a été transmis par l'Eglise, par l'entremise de ses saints, conformément à ce qu'a signalé Saint Paul à son disciple Timothée: "Ce que tu as appris de moi sur l'attestation de nombreux témoins, confie-le à des hommes sûrs, capables à leur tour d'en instruire d'autres." (II Timothée, 2:2)

S'il est fidèle dans l'enseignement, il l'est aussi dans la visite de ceux qui en ont besoin et dans la recherche des égards.

Le Christ nous en donne l'exemple en partant à la recherche de la brebis égarée (Luc, 15), en oeuvrant pour assurer le salut de Zachée et de la Pécheresse et en déclarant qu'Il est venu, Lui-même, "pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude." (Marc, 10:45)

Parlant de la fidélité dans le service de Dieu, la Sainte Bible dit:

"Maudit celui qui fait avec négligence le travail du Seigneur." (Jérémie, 48:10)

L'homme fidèle à Dieu accomplit l'oeuvre du Seigneur avec ardeur, assiduité et dévouement, et avec un zèle sacré, il le fait de tout son coeur et de tout son amour. Il se fatigue pour Dieu et il ne donne de sommeil à ses yeux ni de répit à ses paupières, qu'il ne trouve un lieu pour le Seigneur dans tout coeur. Comme il a été dit de l'évêque dans la Didascalie: "qu'il doit prendre soin de tout fidèle pour assurer son salut." Cette règle s'applique aussi à tous ses collaborateurs.

C'est cette fidélité qui a marqué le ministère des Apôtres.

Ils ont témoigné pour Dieu en toute fidélité. Ils ont été des témoins fidèles qui ont transmis le message divin au monde entier, comme il a été dit dans le psaume:

"Nulle voix qu'on puisse entendre,
mais pour toute la terre en ressortent
les lignes, et les mots jusqu'aux limites du monde." (Psaumes, 19:4-5

C'est avec force qu'ils ont proclamé hautement leur témoignage.

Ils ont supporté la prison, la flagellation, l'expulsion et la torture, en disant leur fameuse déclaration: "Il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes." (Actes, 5:29) L'apôtre Saint Paul nous en donne un exemple lorsqu'il dit:

"J'ai combattu jusqu'au bout le bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi." (II Timothée, 4:7)

Il dit encore: "Je rends grâces à celui qui m'a donné la force, le Christ Jésus, Notre Seigneur, qui m'a jugé assez fidèle pour m'appeler à son service." (I Timothée, 1:12) L'apôtre louait de même la fidélité de ses collaborateurs dans le service de Dieu: "Tychique, dit-il, (est) ce frère bien aimé qui m'est un fidèle assistant dans le Seigneur." (Ephèsiens, 4:7) "Epaphras (est) notre cher compagnon de service (qui) nous supplée fidèlement comme ministre du Christ." (Colossiens, 1:7) "Onésime (est) le fidèle et bien-aimé frère" (Colossiens, 1:7), et "Timothée est mon enfant bien aimé et fidèle dans le Seigneur." (I Corinthiens, 4:17)

C'est pourquoi appelle-t-on celui qui assume la responsabilité du service de Dieu dans les classes de catéchèse et les réunions de jeunesse: "le fidèle du service", c'est-à-dire le Secrétaire du Service (le mot fidèle est le terme par lequel l'on désigne le secrétaire en langue arabe):

Qu'il s'agisse du Secrétaire général, du Secrétaire d'une branche du service ou du Secrétaire du groupe (Il s'agit ici du service de la catéchèse et des réunions spirituelles pour la jeunesse (la traductrice)). Le service est la charge qui a été confiée à chacun d'eux pour en assumer fidèlement la responsabilité. C'est pourquoi dit-on, du serviteur de Dieu, que le service lui a été confié pour en prendre fidèlement soin. C'est Dieu qui lui confie cette tâche. A ce propos, l'Apôtre Saint Paul dit: "Dieu a manifesté sa parole par une proclamation dont un ordre de Dieu notre Sauveur m'a confié la charge." (Tite, 1:3) "L'évangélisation des incirconcis m'était confiée comme à Pierre celle des circoncis." (Galates, 2:7) Il affirme de même: "C'est une charge qui m'est confiée. Malheur à moi si je n'annonçais pas l'Evangile!" (I Corinthiens, 9:17,16) Le ministère n'est pas donc un simple titre, mais c'est une charge dont on rend compte à Dieu et que le serviteur de Dieu doit accomplir fidèlement.

Celui qui est fidèle dans sa relation avec Dieu, l'est aussi à ses engagements et ses voeux.

Il est fidèle à tous ses engagements, en partant de celui qui a été pris par sa mère, à sa place, le jour du baptême en renonçant à Satan, pour englober ceux dont il se souvient ou ceux qu'il a oubliés. Parmi eux figurent les promesses faites chaque fois qu'il prend part au Saint Sacrement de l'Eucharistie, ou en temps de difficultés aussi bien que les voeux qu'il fait en général et dont la Sainte Bible dit:

"Mieux vaut ne pas faire de voeu que d'en faire un sans l'accomplir." (Qohelet, 5:4)

Vous devez vous recueillir pour vous rappeler vos engagements et vos voeux et les accomplir même en retard, cela vaut mieux que de les négliger tout à fait. Ne faites jamais un voeu pour tergiverser après coup, cherchant à le discuter et à le changer ou à y renoncer. Avant de faire un voeu ou une promesse, la Sainte Bible vous conseille en disant: "Ne hâte pas tes lèvres, que ton coeur ne se presse pas de proférer une parole devant Dieu." (Qohelet, 5:4)

Votre fidélité à l'égard de Dieu englobe votre fidélité en matière de dîmes et de prémices.

Car ceux-ci ne vous appartiennent pas, étant la part du Seigneur que vous devez verser à ceux qui en ont droit: l'Eglise et les pauvres sinon, cet argent serait pour vous "le malhonnête Argent". Car, en le gardant, vous devenez injuste envers ceux qui en ont droit. De cet argent et de tout fons semblable, la Sainte Bible dit: "Faites-vous des amis avec le malhonnête Argent". (Luc, 16:9) De même, le Seigneur dit dans le livre de Malachie: "Un homme peut-il tromper Dieu? Or vous me trompez! - Vous dites: en quoi t'avons-nous trompé? Quant à la dîme et aux redevances." (Malachie, 3:8)

2. Votre Fidélité Envers Vous-Même:

Elle englobe bien des questions: Votre fidélité envers votre vie éternelle, l'intérêt que vous devez porter à votre âme, à votre croissance spirituelle, votre fidélité quant à la résistance au péché, quant à l'emploi de votre temps et quant à ce qui concerne votre raisonnement.

L'homme fidèle envers sa vie éternelle déploie tous ses efforts pour la mériter.

Il se considère étranger sur cette terre, il ne désire rien de ce monde et toutes ses aspirations se concentrent sur la vie éternelle, comme le souligne la Sainte Bible: "Nous ne regardons pas aux choses visibles, mais aux invisibles; les choses visibles en effet n'ont qu'un temps, les invisibles sont éternelles." (II Corinthiens, 4:18)

Il est plus soucieux de son esprit que de son corps.

Or, cela est contraire à ce que nous remarquons dans ce monde. Nombreux sont ceux qui prennent soin de leur corps en matière de manger, d'habits, de santé, de soins médicaux, même du sport et de tout ce qui assure la force physique alors qu'ils négligent complètement leur esprit, comme si leur éternité ne les inquiétait pas.

Ceux qui sont fidèles à leur vie éternelle le sont aussi à leur nourriture spirituelle.

Ils offrent à leur esprit tous ses besoins, qu'il s'agisse de la parole divine, des prières, des cantiques, des méditations ou des réunions et des relations amicales spirituelles. Ils le nourissent du Saint Sacrement de l'Eucharistie, avec tout ce qu'il comporte d'exercices de préparation à la Sainte Communion, ils le nourrissent de l'amour divin, des fruits du Saint-Esprit et des exercices spirituels bénéfiques. Etes-vous ainsi fidèle envers votre esprit?

Ceux qui sont fidèles à leur éternité s'empressent de soigner leur esprit.

S'ils remarquent qu'une maladie spirituelle envahit leur esprit, ils recourent au Médecin de nos âmes et de nos corps, Dieu, qui leur octroie, par sont Esprit Saint, la force nécessaire. Ils recourent aux pères et aux guides spirituels, quémandant un remède délivrant leurs âmes de toute mauvaise passion et de toute mauvaise pensée.

Les hommes fidèles à leur esprit se soucient de leur croissance spirituelle.

Ils ne se contentent pas du niveau spirituel auquel ils ont eu accès, car Dieu exige d'eux la sainteté et la perfection. N'a-t-Il pas dit: "Vous serez parfaits comme votre Père Céleste est parfait"? (Mathieu, 5:48) La Sainte Bible ajoute encore: "A l'exemple du Saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite". (I Pierre, 1:15)

Aussi, les hommes fidèles à leur esprit ont faim et soif de la justice.

C'est ainsi qu'ils mériteront la félicité promise par le Seigneur. Leur soif de Dieu est inextinguible, et si comblés soient-ils, ils en demandent plus et, joignant leur voix à celle de David, le psalmiste et l'homme de prière, ils disent:

"Dieu mon âme a soif de Toi" (Psaumes, 63:1)
"Comme languit une biche
après les eaux vives,
ainsi languit mon âme
vers Toi mon Dieu." (Psaumes, 42:2)

Si élevé que soit le niveau de la vertu auquel ils ont accédé, ils aspirent à un niveaux supérieur, comme il est arrivé à Saint Paul qui, après avoir été ravi jusqu'au troisième ciel, (II Corinthiens, 12:2,4), dit: "Non que je sois déjà au but, mais je poursuis ma course, pour tâcher de saisir, oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être, et je cours vers le but." (Philippiens, 3:12-14)

La vie de l'homme fidèle se caractérise par une croissance continue.

Celle-ci ressemble à la croissance ininterrompue mais imperceptible de l'arbre. Le psaume dit à ce propos:

"Le juste poussera comme un palmier,
il grandira comme un cèdre du Liban." (Psaumes, 92:13)

Cette croissance incessante marque ses prières qui deviennent plus longues et plus profondes, comme elle marque sa foi, son humilité, son amour, ses sacrifices et sa générosité. Il se blâme lui-même si sa croissance spirituelle vient à s'arrêter.

Par cette croissance, il cherche non seulement à gagner la vie éternelle, mais aussi à s'assurer une place privilégiée dans cette éternité.

Puisque "chacun recevra son propre salaire selon son propre labeur" (I Corinthiens, 3:8), il déploie tous ses efforts pour acquérir un plus grand salaire. Puisque "une étoile même diffère en éclat d'une étoile" (I Corinthiens, 3:8), lui aussi oeuvre pour mériter cette gloire éternelle, il se sacrifie par amour pour Dieu et il ne cesse de croître dans cet amour afin de jouir de la gloire éternelle, estimant que la croissance de son amour pour Dieu non seulement lui assure une éternité plus heureuse, mais aussi elle le protège ici-bas de la chute. Sans compter que la fidélité l'incite à poursuive cette croissance.

Comptez-vous parmi ceux-là? Est-ce que chaque jour est marqué par la croissance spirituelle?

Ou demeurez-vous à la même place, car votre croissance s'est arrêtée? Ou, ayant perdu votre amour d'antan, vous rétrogradez? Ou bien, vous avez encore besoin d'une conversion pour vous relever ? Posez-vous la question, et si vous constatez que vous faites partie d'une de ces catégories, la fidélité vous incite à lutter de toutes vos forces pour résister au péché.

Gardez-vous de laisser une des portes de votre âme ouverte au péché.

En toute fidélité, bloquez toutes les portes par lesquelles Satan pourrait s'infiltrer dans votre âme et maîtrisez vos pensées et vos sens. Car ces derniers sont les portes de la pensée, et celle-ci est la porte par laquelle la mauvaise passion pénètre dans le coeur. Quant à vous, chantez avec David en disant:

"Fête le Seigneur, Jérusalem
loue ton Dieu, à Sion
Il renforça les barres de tes portes,
Il a chez toi béni tes enfants." (Psaumes, 147:12,13)

C'est à juste titre qu'il a été dit dans le Cantique des Cantiques.

"Ma soeur, ô fiancée,
Tu es unjardin bien clos,
une source scellée." (Cantique, 4:11)

Elle est un jardin riche en fruits de l'Esprit, mais clos à l'Ennemi de tout bien, à ses idôes et à ses ruses, clos à cet Adversaire qui se trouve, dès lors, dans l'impossibilité de s'y introduire, car le Seigneur est à l'intérieur. Elle est un temple du Saint-Esprit (I Corinthiens, 3:16), aussi est-elle parfaitement fortifiée contre les assauts de l'Ennemi.

Cette âme fidèle ressemble à un bâteau sans trou.

Il ne s'y trouve aucun trou par où l'eau pourrait pénétrer. L'eau l'entoure de toutes parts, mais uniquement de l'extérieur, car elle ne trouve aucune faille par laquelle elle pourrait s'infiltrer à l'intérieur. C'est le cas de tout homme fidèle. S'il voit que le Diable cherche à entamer une brèche dans son âme, il y remédie incessamment. Et ainsi, Satan ne peut l'attaquer que de l'extérieur sans pouvoir y pénétrer, et son âme demeure intacte.

Quand l'homme fidèle à sa vie spirituelle commet un péché, il ne cherche point à se justifier.

Il n'allègue aucune excuse sous prétexte de faiblesse ou de la dureté du combat affronté, mais il résiste jusqu'à la mort. Joseph le juste a refusé le péché et il n'a point considéré les circonstances contraignantes comme une excuse valable. Le prophète Daniel et les trois jeunes gens ont tenu fermement à leur Dieu et ont refusé de recourir aux allégations, sous prétexte qu'ils n'étaient que des prisonniers de guerre et que les menaces envisagées étaient graves et effrayantes: la fosse aux lions et la fournaise de feu mais ils ont résisté. Tous les martyrs ont agi de même face à toutes sortes de tortures et d'intimidations.

L'homme fidèle est un résistant qui combat héroïquement les combats du Seigneur.

Il ne dit jamais: "Cela est arrivé malgré moi, c'était au-dessus de mes forces". Mais, au contraire, comme le petit David affronta avec foi Goliath le champion Philistin, il affronte les combats spirituels les plus dures sans crainte, confiant que Dieu lui assurera la victoire.

L'homme fidèle dans ses combats se souvient des paroles concernant l'officier héroïque:

Il combat jusqu'à la dernière balle, et jusqu'au dernier homme.

C'est-à-dire, qu'il combat de toutes ses forces, recourant à toute la grâce et à toute l'aide qui lui sont octroyées. Il ne se rend jamais à l'ennemi, il ne trahit pas le Seigneur, il ne compte pas sur les excuses qu'il pourrait avancer. La Sainte Bible et l'Histoire Sainte nous fournissent bien d'exemples de ces hommes forts et fidèles qui sont demeurés fermes dans l'amour de Dieu, quelles que soient les circonstances environnantes.

Si le coeur est fidèle, la volonté l'est aussi.

Vouloir c'est pouvoir. Si la force manque à l'homme fidèle, il la demande d'en haut et elle lui est accordée. C'est pourquoi, Saint Pierre, après avoir souligné la force de Satan démontrant qu'il est semblable au lion rugissant qui rôde cherchant qui dévorer, ajoute:

"Résistez-lui, fermes, dans la foi". (I Pierre, 5:8,9)

Certes, la résistance est une preuve de fidélité, à condition qu'elle soit un résistance sérieuse, de tout le coeur et de toute la volonté. Quelle en sera la conséquence? L'apôtre Saint Jacques répond à cette question.

"Résistez au Diable et il fuira loin de vous". (Jacques, 4:7)

Il est donc important d'avoir un coeur pur, fidèle et déterminé à résister, et qui incite la volonté à le faire. C'est pourquoi, Notre-Seigneur s'informait tout d'abord de l'état du coeur, et avant de guérir le malade de Bethesda, il lui demanda: "Veux-tu guérir"? (Jean, 5:6)

L'Ennemi a l'habitude de chercher, en premier lieu, à vous sonder.

Il vous met à l'épreuve pour savoir si vous allez être conciliant avec lui pour une toute petite question. Si vous l'êtes, il exige votre complaisance pour une question plus sérieuse. Si vous lui ouvrez, dans votre coeur, une toute petite brèche comme le chas d'une aiguille, il vous assaille plus fortement, car il saisit que votre fidélité envers Dieu n'est pas totale. Votre tolérance dans une toute petite quesiton l'encourage à chercher en vous une place à occuper ou un point faible à exploiter!

Si vous êtes conciliant avec lui en matière des sens, il vous attaque par les pensées.

Si vous acceptez ses pensées, il vous assaille par les mauvaises passions.

Si vous tolérez les mauvaises passions, il vous combat par l'acte même du péché.

Aussi faut-il totalement refuser tout accommodement avec le péché. Si vous faites un faux pas, relevez-vous très vite et ne vous laissez pas entraîner à en faire d'autres. La fidélité exige de vous d'être vigilant et de ne point négliger la pureté et le salut de votre âme. Si vous remarquez que le Diable cherche à souiller votre âme par n'importe quel moyen, souvenez-vous de ce que la Sainte Bible dit à ce propos:

"Faisons toute pensée captive pour l'amener à obéir au Christ". (II Corinthiens, 10:5)

L'homme fidèle à son éternité et à sa spiritualité est vigilant envers lui-même Il n'attend pas de faire une chute mortelle, mais s'il voit qu'une certaine tiédeur envahit son âme, il se hâte d'y remédier pour empêcher toute évolution dans ce sens. Il résiste au fautes dès le premier pas et n'attend pas de les voir s'aggraver au point d'en souffrir. Car s'il s'abandonne au relâchement, le Diable ne le lâchera point.

L'homme fidèle n'allègue pas comme excuse la faiblesse de ses moyens.

Il cherche, par contre, à développer ses moyens. Il ne présente pas ses déficiences comme excuse, car Dieu est à même de lui octroyer la force. Dieu est fidèle et Il ne permet pas qu'un homme soit à prouvé au-dessus de ses forces. L'apôtre dit à ce propos: "Dieu est fidèle, il ne permettra pas que vous soyez tentés au-delà de vos forces; mais avec la tentation, il vous donnera le moyen d'en sortir et la force de la supporter." (I Corinthiens, 10:13)

L'homme spirituel est fidèle en matière du "temps".

Son emploi du temps est consacré à tout ce qui est profitable du point de vue spirituel et intellectuel, soit pour lui, soit pour le service d'autrui. Il voit que le temps représente une portion de sa vie qu'il ne doit pas dilapider inutilement. Le temps est un talent qui lui a été confié pour s'en servir à faire le bien. Songez combien de temps perdez-vous inutilement? Demandez-vous "Suis-je fidèle en matière du temps?".

Prenons, comme exemple, votre fidélité en ce qui concerne le jour du Seigneur.

C'est le jour du Seigneur, c'est-à-dire qu'il lui appartient. Si vous ne consacrez pas ce temps à une des préoccupations spirituelles, vous aurez manqué de fidélité envers le Seigneur et envers vous-même. Ce qui s'applique au dimanche, en tant que jour du Seigneur, s'applique à toutes les solennités et les fêtes du Seigneur. Ces époques appartiennent à Dieu, aussi sont-elles sacrées. Dieu dit à ce propos dans le livre du Lévitique: "Les solennités du Seigneur auxquelles vous les convoquerez, ce sont là mes saintes assemblées. Voici mes solennités" (Lévitique, 23:2) Dieu recommande de les sanctifier comme l'on sanctifie les jours du Sabbat. (Lévitique, 23:2)

Etes-vous fidèle aux jours et aux solennités du Seigneur? Les sanctifiez-vous?

3. Votre Fidélité Envers Les Autres:

L'homme qui, dans son for intérieur, est fidèle au Royaume de Dieu, il l'est aussi en ce qui concerne l'épanouissement du Royaume de Dieu dans le coeur des autres. Il les aime comme il s'aime lui-même, il leur porte un intérêt aussi vif qui celui qu'il porte à lui-même, il prend soin de leur salut, de leur croissance et de leur bonheur comme il le fait pour lui-même, car tel est le Commandement divin. (Mathieu, 22:39)

Lorsque Dieu créa les arbres, Il ne les créa pas infructueux, mais Il les dota d'une propriété de haute importance, celle d'être:

"des arbres fruitiers donnant sur la terre selon leur espèce des fruits contenant leur semence." (Genèse, 1:11)

Il créa aussi "les herbes portant semence selon leur espèce." (Genèse, 1:12) Etes-vous comme les arbres qui donnent des fruits et qui portent semence selon leur espèce? Oeuvrez-vous pour l'épanouissement du Royaume de Dieu là où vous vous rendez? A quel point êtes-vous fidèle au Royaume de Dieu? C'est une question à laquelle vous devez répondre à vous-même et à votre confesseur.

Si vous entrez dans une maison, faites-vous pénétrer la parole de Dieu avec vous?

Portez-vous des fruits spirituels dans le coeur de ceux avec qui vous vivez: qu'il s'agisse d'amis, de connaissances ou de collègues, soit par la parole, soit par l'exemple, soit par les deux ensemble? Si vous rendez visite à des gens, se disent-ils en eux-mêmes: "Aujourd'hui, le Christ nous a rendu visite"? Etes-vous cause de la bénédiction divine?

Etes-vous, par votre fidélité, le sel de la terre et la lumière du monde?

N'est-ce pas là le Commandement du Seigneur dans le Sermon sur la Montagne! (Mathieu, 5:13,14) Sommes-nous fidèles dans l'observance du Commandement? L'apôtre Saint Pierre dit à ce propos: "sûrs d'obtenir l'objet de votre foi: le salut des âmes" (I Pierre, 1:9) Et Saint Paul d'ajouter: " afin d'en sauver à tout prix quelques-uns." (I Corinthiens, 9:22) Plus encore, il affirme: "Je me suis fait l'esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre." (I Corinthiens, 9:19)

Saint Ignace d'Antioche était surnommé le "Théophorus", c'est-à-dire celui qui porte Dieu en lui-même.

Etes-vous, vous aussi, théophorus (portant Dieu dans votre coeur)?

Portez-vous Dieu à tous les hommes de sorte qu'ils Le voient dans votre vie, édifiant ainsi Son Royaume dans toutes vos relations?

Pensez-vous, comme je le pense, que la question de la fidélité mérite d'être traitée dans un livre? Je regrette de ne pouvoir lui consacrer que cet article.

 

Deuxième Chapitre : La Fidélité En Peu de Chose

 

 

1. Comment puis-je accéder à cette fidélité?

L'homme pourrait se dire: le chemin de la vie spirituelle est long, comment pourrais-je atteindre le but? Comment pourrais-je accéder à la sainteté sans laquelle personne ne pourrait voir le Seigneur? Comment atteindre la perfection requise? La réponse à toutes ces questions est facile:

Soyez fidèle en peu de chose, Dieu vous établira sur beaucoup.

Telle est la méthode de Dieu et telle est sa promesse. C'est justement ce qu'Il dira aux hommes le jour du jugement. (Mathieu, 25:21,23) C'est la seule charge qui vous incombe et vous n'avez pas à penser au but dès le début. Sachez que le plus long trajet commence par un pas.

Soyez fidèle dans le premier pas, Dieu vous assurera le reste.

Soyez fidèle dans votre objectif spirituel, Dieu vous accordera le moyen de l'atteindre.

Soyez fidèle dans l'intention, Dieu vous assurera l'action. Satan pourrait chercher à rendre cette voie difficile et à y multiplier les entraves, exagérant les appréhensions démontrant les exigences qui dépassent vos capacités, pour vous pousser au désepoir, Mais Dieu ne vous demande que d'être fidèle en peu de chose et Il se chargera de vous établir sur beaucoup. Qu'il est beau le début du grand psaume qui dit:

"Heureux, impeccable en leur voie, ceux qui marchent dans la loi du Seigneur." (Psaumes, 119:1)

Il suffit d'être impeccable en marchant dans la voie du Seigneur, c'est tout ce qu'Il exige de vous. Quant à l'objectif à atteindre, laissez à Dieu le soin de vous l'assurer, car c'est à Lui de déterminer quand et comment vous devez y accéder.

2. Le service de Dieu et la consécartion de la vie au Seigneur

L'homme pourrait se demander: "Comment pourrais-je consacrer entièrement ma vie au Seigneur? Est-il possible que Dieu m'accorde la grâce de Lui vouer ma vie? Ma vie pourrait-elle être toute entière au service de Dieu? Et comment?" Nous lui répondrons:

Commencez par le peu que vous pourez consacrer, en accordant à Dieu le temps du loisir.

Commencez par sanctifier pour Dieu le jour du Seigneur. Si vous êtes fidèle dans ce domaine, Dieu vous établira sur beaucoup. Soyez fidèle dans le service de la catéchèse, et si votre fidélité satisfait le Seigneur, Il vous établira dans un service plus vaste.

Soyez fidèle dans tout service qui vous est confié, Dieu vous mènera à la vie de consécration.

Certains croient qu'ils ne peuvent servir l'Eglise que s'ils occupent les postes supérieurs. Chacun d'eux se dit: "Si j'étais Archévêque ou Evêque, j'aurais fait telle ou telle chose. Si J'étais prêtre, j'aurais réformé tout ce quartier ou tout ce village ou toute cette ville", alors qu'il est loin du service de Dieu, ou que le service qu'il accomplit n'a point donné de fruit. Quant à vous, n'agissez pas de même, mais:

Soyez fidèle dans votre maison, le Saint-Esprit vous établira sur la maison de Dieu.

Faites le peu de chose dont vous êtes capable, soyez fidèle dans l'éducation de vos enfants, c'est alors que Dieu vous confiera ses enfants pour les former. C'est pourquoi la Sainte Bible signale, parmi les conditions requises pour le prêtre, d'avoir: "des enfants croyants, qui ne puissent être accusés d'inconduite et ne soient pas insoumis" (Tite, 1:6), de savoir "bien gouverner sa propre maison et tenir ses enfants dans la soumission d'une manière parfaitement digne. Car celui qui ne sait pas gouverner sa propre maison, comment pourrait-il prendre soin de l'église de Dieu?" (I Timothée, 3:4,5)

Celui qui ne peut faire "le peu de chose", comment pourrait-il réaliser beaucoup?

Celui qui est incapable de gouverner une seule maison, comment pourrait-on le charger de prendre soin de tous les fidèles? La fidélité est éprouvée en premier lieu en peu de chose. Et avant de parler de la fidélité du serviteur de Dieu en ce qui concerne sa maison ou une classe de catéchèse, l'on doit parler de sa fidélité dans sa propre vie et savoir comment se comporte-t-il. C'est pourquoi nous disons:

Soyez fidèle en ce qui concerne votre âme, Dieu, vous confiera le salut d'autres âmes.

Eprouvez votre fidélité quant au soin que vous devez porter à votre âme, qui est la vôtre, et dont vous connaissez tous les secrets et toutes les faiblesses, cette âme que vous pouvez blâmer et qui pourra vous obéir. Si vous n'êtes pas fidèle en ce qui concerne votre âme, comment pourra-t-on vous confier le soin de gouverner les autres? Si vous êtes incapable de gouverner une seule âme, la vôtre, plusieurs comment pourrez-vous prendre soin de plusieurs âmes?!

Un saint dit à ce propos: "Celui qui n'est pas honnête quant à un seul drachme, il mentirait à lui-même s'il croit pouvoir l'être quand il s'agirait de mille deniers."

Ce qui est important, c'est la fidélité non la dignité dont vous êtes investi.

Saint Etienne ne comptait pas parmi les douze apôtres, il n'était pas un évêque dans l'Eglise, il était un simple diacre. Mais il était si fidèle à sa charge qu'une multitude s'est convertie au christianisme par son intermédiaire et qu'il a pu confondre les assemblées des philosphes. Il était au sommet de l'Eglise, alors qu'il n'était qu'un simple diacre. Il en est de même du diacre Saint Athanase, du lecteur Saint Ephrem le Syrien et de Saint Simon le cordonnier.

Saint Rueiss était fidèle à Dieu sans être investi d'une dignité écclésiale quelconque.

Il n'était ni diacre, ni lecteur, ni religieux; il ne comptait pas parmi le clergé ni parmi les serviteurs de Dieu dans l'Eglise. Mais il était fidèle envers Dieu dans sa vie spirituelle et dans sa relation avec Lui; il devint, ainsi, un des saints de sa génération et il jouissait de l'amitié et de l'estime du Saint Père, le Pape de son temps.

Ce qui importe est donc la fidélité non la dignité dont on est investi.

A quel point êtes-vous fidèle à vos responsabilités, si minimes soient-elles?

Il n'est pas nécessaire que le héros d'un roman soit un roi, un chef ou un commandant en chef mais il pourrait être le serviteur. Les spectateurs estiment et admirent l'acteur pour sa fidélité à interpréter son rôle quel qu'il soit.

Soyez donc fidèle dans "le peu de choses" que vous détenez. Sachez que celui qui a rendu deux talents jouit de la même louange que celui qui en avait rendu cinq, car ils étaient aussi fidèles l'un que l'autre. La louange du Seigneur concernait la fidélité non les deux ou les cinq talents.

David était fidèle dans le soin qu'il prenait de ses brebis, Dieu lui confia la charge de prendre soin de Son peuple.

David était fidèle "en peu de chose": les quelques brebis qu'il gardait dans le désert (I Samuel, 17:28). Quand un lion ou un ours enlevait une brebis du troupeau, David poursuivait et arrachait la brebis de sa gueule. Quand Dieu vit sa fidélité dans ce domaine, il le chargea de delivrer l'armée entière de Goliath, le Champion Philistin. Et comme il était fidèle dans l'affrontement de Goliath, Dieu "l'établit" sur tout le royaume.

A vous de suivre cette progression dans la fidélité.

Soyez fidèle dans la maison de Photiphar, Dieu vous "établira" sur le palais de Pharaon et sur toute la terre d'Egypte.

Soyez fidèle dans le peu de moyens dont vous disposez, Dieu vous accordera des moyens de plus en plus grands. Soyez fidèle en offrant la poignée de farine et le peu d'huile que vous avez dans la cruche, comme l'a fait la veuve de Sarepta, Dieu vous octroiera la jarre de farine qui ne s'épuise pas et la cruche d'huile qui ne se vide pas, tout le temps de la famine (I Rois, 17:12, 16).

3. La Volonté et la Pensée

Vous pourriez vous sentir désespéré face aux péchés qui vous asservissent, comme s'ils constituaient une habitude bien ancrée ou un caractère enraciné, et vous criez avec l'apôtre: "Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir: puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas" (Romains, 7:18, 19).

Que pourrais-je vous dire:

Soyez fidèle en ce que votre volonté est capable d'accomplir, Dieu vous aidera à accéder aux niveaux qui la dépassent.

Soyez fidèle dans la résistance contre les péchés commis volontairement, Dieu vous aidera à surmonter les fautes commises involontairement. Vous vous demandez: "Que puis-je faire face aux mauvais rêves qui troublent mon sommeil et que je suis incapable de repousser, car il s'agit de choses accumulées et enracinées dans l'inconscient?" Je vous dirai:

Soyez fidèle dans le contrôle du conscient, Dieu vous accordera le contrôle de l'inconscient.

Soyez fidèle dans votre résistance contre les péchés à l'état d'éveil, Dieu vous octroiera la résistance aux faiblesses du sommeil. Soyez fidèle dans le contrôle de votre pensée durant le jour, Dieu vous garantira la pureté de la pensée pendant la nuit. Si vous êtes vigilant quant à la pureté de votre pensée à l'état d'éveil, il arrive un temps où, dans votre sommeil, votre pensée se purifie. Ayez une pensée pure durant le jour, cette pureté vous accompagnera durant la nuit.

Si vous êtes fidèle dans les combats des sens, Dieu assurera votre triomphe dans les combats des pensées.

Les sens représentent les portes et les sources de la pensée. Si vous vous éloignez en toute fidélité des causes suscitant les mauvaises pensées, Dieu vous en protègera.

Si vous êtes fidèle dans votre lutte contre les mauvaises pensées, Dieu vous octroiera la pureté du coeur qui en est supérieure. Si vous êtes fidèle en cherchant à sauvegarder cette pureté, Dieu vous donnera, au dernier jour, la couronne de justice (II Timothée, 4:8) et vous vivrez loin de tout péché, dans l'autre monde.

4. L'Amour Parfait

Vous pourriez vous demander: "Je voudrais accéder à l'amour parfait, aimer Dieu de tout le coeur et de toute la pensée (Deutéronome, 6:5), aimer tout le monde, même mes ennemis et aimer le Bien. M'est-il possible d'acquérir cette vertu qui paraît difficile à atteindre?". Je vous dirais: Commencez par peu de choses, vous atteindrez beaucoup.

Si vous êtes fidèle dans la vertu "de la crainte de Dieu", le Seigneur vous accordera celle de l'amour parfait.

Car, le "principe de la sagesse (c'est) la crainte du Seigneur." (Proverbes, 9:10) Si vous êtes fidèle dans la crainte de Dieu, observant ainsi Ses Commandements, Dieu vous octroiera alors "le parfait amour (qui) bannit la crainte" (I Jean, 4:18) Car la fidélité en un stade conduit à un stade supérieur.

Vous pourriez vous demander: "Comment pourrais-je observer les Commandements alors que j'aime le monde?! Et que mon coeur aime ce qui va à l'encontre de ces Commandements!!" Je vous dirais: Commencez par vous contraindre à faire le bien.

Si vous êtes fidèle en cette contrainte, vous parviendrez inévitablement à l'amour du Bien.

Car l'amour de Dieu et l'amour du Bien pourraient être non le point de départ mais l'aboutissement d'une longue oeuvre spirituelle. Contraignez-vous à faire le bien, car en le faisant vous y trouverez du plaisir, c'est alors que vous l'aimerez et vous le ferez, par amour, sans aucune contrainte. Ainsi, Dieu vous aura établi "sur beaucoup".

De même, si vous êtes fidèle dans l'amour du prochain que vous voyez, vous accéderez à l'amour de Dieu que vous ne voyez pas (I Jean 4:20).

Commencez par ce "peu de chose" qui est l'amour d'autrui, vous atteindrez "beaucoup": l'amour de Dieu. Parfois l'on se demande: "Comment pourrais-je aimer les gens et certains d'entre eux sont mes ennemis et mes adversaires?! Comment pourrais-je arriver à aimer mes ennemis?" Vous y parviendrez en suivant la même règle: Soyez fidèle dans le "peu de chose" que vous détenez.

Soyez fidèle dans l'amour de vos parents, vous pourrez acquérir l'amour de vos connaissances.

Soyez fidèle dans l'amour de vos connaissances, vous aboutirez à l'amour des ennemis.

Car en habituant votre coeur à aimer, il arrive un moment où la haine est totalement arrachée de votre coeur. L'inimitié sera alors d'un seul côté, du côté de vos ennemis, non plus dans votre coeur.

5. La Chair et l'Esprit

Celui qui est fidèle dans la vertu exercée par le corps, accède à la vertu de l'esprit.

Celui qui est fidèle quant au jeûne et à l'abstinence du corps, Dieu aide son esprit à se garder de commettre le péché.

Sa langue s'abstient de dire les vaines paroles, son esprit rejette les mauvaises pensées et son coeur refuse les mauvaises passions. Celui qui n'est pas fidèle dans le jeûne du corps - ce qui n'exige pas que peu d'efforts - comment pourrait-il atteindre le jeûne de l'esprit?! C'est pourquoi l'un des Pères dit à ce propos:

"Par la quiétude du corps on acquiert la quiétude de l'âme".

La quiétude de l'âme est d'une grande importance et l'on ne peut y accéder que si l'on est fidèle dans la quiétude du corps; l'on entend par ce terme que l'homme ne cherche pas à flâner d'un endroit à l'autre, tout en contrôlant les sens pour qu'ils ne se laissent pas distraire par ce qui n'a aucun profit, qu'il s'agisse de l'ouie, de la vue, du toucher ou de l'odorat.

Par la déférence du corps on acquiert la soumission de l'esprit.

La fidélité dans l'observance de l'humilité du corps permet d'accéder à celle de l'âme.

Sans aucun doute celui qui est fidèle en observant la soumission du corps au moment de la prière, se tenant debout devant Dieu avec déférence, levant les yeux au ciel, contrôlant ses sens et ses gestes, s'agenouillant quand il le faut et se prosternant quand il le faut, celui-là obtient de Dieu la soumission de l'esprit et de la pensée. L'homme qui est fidèle en se prosternant devant le Seigneur, Dieu lui accorde l'adoration en esprit et en vérité. Celui qui dit "Saint" en s'inclinant avec foi, son inclination provoque, sans aucun doute, la soumission du coeur.

D'ou l'utilité de se déchausser avant d'entrer dans le Saint Sanctuaire pour nous prosterner devant Dieu.

Il s'agit là des oeuvres du corps, mais si elles sont exécutées avec fidélité et foi, elles transfèrent la soumission du corps à l'esprit qui se soumet à son tour, étant donné le lien du corps et de l'esprit.

Ainsi, si nous sommes fidèles quant au temple de notre corps, ils deviendra un temple de Dieu.

Si nous sommes fidèles alors que nous vivons dans un corps matériel, Dieu nos accordera le corps glorieux et spirituel le jour de la Résurrection (I Corinthiens, 15:44).

En général, si nous sommes fidèles quant aux choses matérielles, Dieu nous établit sur les choses spirituelles. Prenons, comme exemple, la prière.

6. La Prière

L'on pourrait se demander: "A quel point pourrait-on prier "sans cesse et ne pas se décourager" (Luc, 18:1)? Et comment observer le commandement nous incitant à prier "sans cesse"?! (Thessaloniciens, 5:17) N'est-ce pas trop pour nous?!" Si, c'est trop si vous croyez que c'est le point de départ. Commencez par "peu de chose", Dieu vous "établira sur beaucoup".

Soyez fidèle en cherchant à acquérir l'habitude de la prière, Dieu vous accordera la longue prière.

Si vous êtes fidèle dans la prière du "Pater", et si vous la récitez du plus profond de votre coeur, en entendant chaque expression que vous prononcez, elle vous ouvrira bien d'horizons de méditation et vous conduira à bien d'autres prières.

Si vous êtes fidèle dans les prières rituelles, Dieu vous octroiera la prière du coeur.

Mais certains suscitent le problème du temps. Nous disons à ce propos: Si l'homme est fidèle en priant dans le temps disponible, Dieu lui accordera des temps supplementaires pour prier. Le vrai problème réside dans le fait que nous avons un temps suffisant et assez long pour prier, mais nous le perdons en vain, car nous ne sommes pas sincères dans notre désir de prier.

Certains soulèvent la question des stades de la prière, des états d'extase, des visions et de la prière imprégnée de larmes, et se demandent: "Comment pourrait-on y accéder?" Nous leur répondons: en adoptant le même principe: Celui qui est fidèle "en peu de chose", Dieu "l'établit sur beaucoup".

Soyez fidèle en priant avec ferveur et intelligence, Dieu vous octroiera la prière imprégnée de larmes

Soyez fidèle en persévérant dans la prière mue par l'amour de Dieu, Dieu vous accordera les autres stades de la prière. Vous y accéderez sans les avoir désirés en tant que stades de la prière car l'amour de soi pourrait se mêler à cette question de stades

La vie spirituelle ressemble à une échelle dont vous ne pourrez atteindre les degrés supérieurs sans franchir en paix tous les degrés antérieurs

7. Divers Exemples:

Soyez fidèle en ce que vous détenez, Dieu vous "établira sur" ce qu'Il détient.

Soyez fidèle dans l'exploitation de vos moyens actuels, Dieu vous donnera les moyens que vous ne possédez pas. Si vous excellez à marcher avec les piétons, Dieu vous aidera à prendre part aux courses des chevaux (Jérémie, 12:5).

Si vous êtes fidèle dans la lutte contre les péchés visibles, Dieu vous accordera le triomphe sur les péchés invisibles et les péchés par omission.

Si vous êtes fidèle à Dieu pendant l'enfance et l'adolescence, Dieu assurera votre fidélité et votre triomphe dans les tentations de la jeunesse.

Si vous êtes fidèle en recevant en mariage Léa, Dieu vous accordera l'union avec Rachel (Genèse, 29:27). Si vous êtes fidèle à Dieu durant votre exil au désert du Sinaï, Dieu vous permettra d'entrer dans la terre promise de Canaan.

Si vous êtes fidèle dans cette vie limitée et de courte durée, Dieu vous accordera l'éternité illimitée.

L'essentiel est d'être fidèle en tout ce que vous faites, si minime soit-il. Ainsi, soyez fidèle dans la mine unique que vous détenez, Dieu vous confiera les cinq mines. Soyez fidèle dans les choses visibles, Dieu vous octroiera "ce que l'oeil n'a pas vu, ce que l'oreille n'a pas entendu ce qui n'est pas monté au coeur de l'homme" (I Corinthiens, 2:9).

Soyez fidèle dans les fruits de l'Esprit, Dieu vous "établira" sur les dons de l'Esprit.

Ne vous pressez pas à demander les dons (I Corinthiens, 12) avant d'acquérir les fruits (Galates, 5:22,23); car, selon les caractéristiques de la vie spirituelle, les fruits de l'Esprit doivent précéder Ses dons.

Si notre père Adam avait été fidèle en "peu de chose" (le fait de ne pas manger d'un seul arbre), rien ne serait advenu de tout ce qui est arrivé. S'il avait passé cette épreuve avec succès, il aurait pu manger de l'arbre de la vie.

Selon les règles monastiques, celui qui est fidèle durant la période de la vie communautaire et dans l'acquisition des vertus qu'elle assure, pourrait, s'il le veut, amorcer la vie de solitude.

Un moine dit au père spirituel du monastère: "Permettez-moi de mener la vie de solitude, car je ne supporte plus les vexations de frères." C'est alors que le Père expérimenté lui dit:

"Si tu ne peux supporter les tracasseries de tes frères dans la Communauté, comment pourrais-tu supporter les combats diaboliques dans la solitude".

Le bon larron était fidèle durant les cinq heures qu'il passa sur la croix, et Dieu lui accorda d'entrer avec Lui au Paradis.

Un père demanda à son fils de nettoyer le champ des épines. Quand le fils arriva au champ, il le trouva plein d'épines, il fut pris de désespoir et s'endormit sans rien faire. Quand son père apprit ce qui s'est passé, il lui dit:

"Mon fils, nettoie quotidiennement une partie autant que tu as besoin pour dormir seulement. Il arrivera un temps ou le champ tout entier sera nettoyé des épines".

Saint Abraam, évêque d'El Fayoum, était fidèle dans la vertu de la charité, donnant à tous ceux qui lui demandaient l'aide, ne laissant des fonds qu'il détenait aucun sou pour lui, mais tout allait aux nécessiteux.

Quand Dieu vit sa fidélité, il "l'établit" sur une plus grande oeuvre de charité, en lui accordant le don de guérir les malades car il était "fidèle en peu de chose".

 

Troisième Chapitre : Le Sérieux

 

1. Importance du Sérieux

Satan combat le sérieux pour plusieurs raisons.

Le sérieux est une des caractéristiques les plus importantes de la voie spirituelle sans lequel l'homme ne peut atteindre son objectif. Si nous nous demandions:

Comment les saints ont-ils accédé à ces niveaux si élevés dans la vie spirituelle?

La réponse serait: parce qu'ils ont suivi le chemin spirituel avec tout le sérieux requis.

Ils ont tracé une ligne de conduite bien claire qu'ils ont suivie avec un coeur ferme et inébranlable. Ils n'ont dévié ni à droite ni à gauche, Ils avaient des principes stables qu'ils n'abandonnaient jamais; comme ils n'ont pas permis aux circonstances d'entraver leur action.

C'est ainsi que les saints ont atteint rapidement leur but. Saint Missaël, le solitaire pélerin, amorça la vie monacale, dès le premier jour, avec le plus grand sérieux. Il devint un des solitaires pélerins à l'age de dix-sept ans. Son père spirituel, Saint Isaac, remarquait la grande rigueur avec laquelle il se traitait. Saints Maximos et Domadios ont atteint un niveau spirituel très élevé alors que la barbe de l'un d'eux n'avait pas encore poussé. Leur prière était tel un rayon de lumière s'élevant jusqu'au ciel, car ils ont suivi la vie spirituelle avec le plus grand sérieux.

Saint Tadros, disciple de Saint Pacôme, et Saint Jean surnommé le Court sont devenus, dès leur jeunesse, des guides spirituels pour les moines de leurs générations.

Qu'est ce qui a conduit Saint Antoine à la vie monastique si ce n'est le sérieux dans la vie spirituelle?

Il entendit le verset disant: "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux, puis viens, suis-moi." (Mathieu, 19:21) Tous les fidèles qui étaient à l'église entendirent le même verset. Mais il était le seul à l'appliquer sérieusement.

De même lorsqu'on lui dit: "Si tu étais moine tu t'aurais rendu sur la montagne dans le désert intérieur, car cet endroit ne convient pas à l'habitation des moines", il se dit: "C'est la voix de Dieu qui m'est adressée". Il se leva aussitôt et se rendit au plus profond du désert, où il instaura la vie monacale avec le plus grand sérieux.

Lequel parmi nous pourrait agir avec un tel sérieux pour accomplir rapidement et minutieusement les Commandements de Dieu?

Ce sont là des exemples puisés dans la vie des moines. Quant au domaine du service de Dieu, nous pouvons signaler, comme exemple, Saint Jean-Baptiste dont la mission ne dura qu'une seule année, au cours de laquelle il précha et prépara à Dieu un peuple bien disposé. L'esprit de sérieux marqua son ministère au point que Notre-Seigneur dit de lui: "Parmi les enfants de femmes, il n'en a pas surgi de plus grand que Jean le Baptiste." (Mathieu, 11:11)

Nous signalons, à ce propos, le sérieux avec lequel l'apôtre Saint Paul accomplit son ministère, se fatiguant ainsi plus que tous les apôtres qui l'avaient précédé. (I Corinthiens, 15:10)

Le sérieux dans la vie est une preuve de la virilité et de la forte personnalité.

L'homme dont la vie spirituelle se caractérise par l'esprit de sérieux est un homme qui se respecte lui-même, qui respecte ses propres principes, la parole que profèrent ses lèvres aussi bien que la voie spirituelle dans laquelle il s'est engagé C'est pourquoi il se distingue par la fermeté et la constance. Il ressemble à un grand navire qui, en se dirigeant vers sa destination, se fraye puissamment une voie dans la mer de la vie, et non point à une petite barque que les flots emportent en tous sens.

Il est étonnant que plusieurs se comportent avec un très grand sérieux quand il s'agit de leurs affaires matérielles et mondaines, mais ce sérieux manque totalement quand il s'agit de leur vie spirituelle.

Ils régissent sérieusement leurs affaires pour acquérir un gain ou une promotion, pour s'assurer un poste stable dans leur travail, ou parce qu'ils craignent la punition et le châtiment. Mais quand il s'agit de leur vie spirituelle, aucun stimulus intérieur ne les pousse à agir avec un esprit de sérieux, peut-être parce que la crainte de Dieu n'habite pas leur coeur ou que l'éternité ne leur est pas présente sous les yeux, aussi n'adoptent-ils pas une ligne de conduite spirituelle bien claire, dont la nécessité de le suivre serait pour eux une obligation.

2. Caractéristiques de l'Homme Sérieux

L'homme qui n'est pas sérieux dans sa vie spirituelle oscille toujours entre l'ascension et la descente, sa marche est instable: Il tombe et se relève, il se relève et tombe. Parfois il est fervent dans l'esprit, parfois il est tiède, ou tout à fait loin de la vie spirituelle. Parfois il prie, parfois il oublie de prier. Il pourrait lire et ne pas lire la Sainte Bible. S'il trouve du temps, il s'entretient avec Dieu, s'il n'en trouve pas, il ne s'en inquiête pas beaucoup et il envisage la question avec indifférence.

Sa vie et son culte à Dieu se caractérisent par la négligence, alors que la Sainte Bible dit: "Maudit celui qui fait avec négligence le travail du Seigneur." (Jérémie, 48:10)

L'esprit de sérieux dans la vie spirituelle ne tolère ni la négligence ni le relâchement, ni l'hésitation ni la régression. Il n'accepte pas l'oscillement entre les deux camps: l'amour du monde et l'amour de Dieu.

L'homme sérieux ne transige jamais avec le droit de Dieu qu'il réclame à lui-même avant de le réclamer aux autres. Il observe les Commandements divins avec fermeté, minutie et profondeur. Son obéissance à Dieu a toujours lieu sans discussion et sans marchandage.

Notre Père Abraham observa une obéissance toute sérieuse lorsque, selon l'ordre du Seigneur, il prit son fils unique pour l'offrir en holocauste.

Il ne discuta pas avec Dieu, il ne protesta pas contre son ordre, mais il y obéit sans que ses sentiments ne soient changés envers Dieu. C'est bien là le sérieux dans l'obéissance.

De même, Joseph le Juste était sérieux dans l'accomplissement du Commandement divin et dans la sauvegarde de sa chasteté, même si la prison en était la conséquence.

Le prophète Daniel était sérieux dans le culte qu'il rendait à Dieu, même si le prix en était la fosse aux lions.

L'homme sérieux a un coeur intrépide qui ne faillit pas devant les circonstances extérieures.

Saint Jean-Baptiste était sérieux dans l'observance du Commandement du Seigneur lorsqu'il dit au Roi Hérode: "Il ne t'est pas permis d'avoir la femme de ton frère" (Marc, 6:18). Saint Jean Baptiste agit ainsi sans craindre ni la prison ni la décapitation.

Quelle différence avec ceux qui exercent leur pression sur l'Eglise pour se marier en période de jeûne, sans prendre au sérieux le Commandement divin!

L'homme sérieux ne s'allègue aucune excuse et ne présente aucune justification de ses péchés.

L'homme c'est l'homme, quelles que soient les circonstances extérieures. Les circonstances exerçaient leur pression sur Joseph le Juste, mais il ne s'y assujettit pas, il ne toléra pas le péché sous prétexte qu'il n'était qu'un esclave soumis au pouvoir des autres et que la femme de son maître pourrait lui porter préjudice.

De même, le Prophète Daniel ne se permit pas de prendre part aux mets du roi et au vin de sa table, alors qu'il n'était qu'un prisonnier de guerre et soumis à une discipline. Il était sérieux dans l'observance des principes auxquels il croyait, quelles que fussent les circonstances qui l'entouraient.

L'homme spirituel est aussi sérieux dans sa conversion.

S'il abandonne le péché, il le fait sérieusement et n'y revient plus. Il est sérieux dans sa résistance au péché. Il n'agit pas comme les Hébreux que l'apôtre blâme en disant: "Vous n'avez pas encore résisté jusqu'au sang dans la lutte contre le péché." (Hébreux, 12:4) Qu'il est profond le sérieux exprimé par cette expression: "Jusqu'au sang"!

L'homme sérieux dans sa conversion ne l'ajourne jamais, comme l'a fait le Gouverneur Félix (Actes, 24:25) et le Roi Agrippa (Actes, 26:28), mais il agit comme l'enfant prodigue qui se leva sur le champ et se rendit chez son père, présentant une conversion imprégnée de la componction du coeur.

Le sérieux de la conversion se révèle par ces paroles d'un Père spirituel: "Je ne me rappelle pas que les démons aient pu entraîner ma chute deux fois dans un même péché".

Car ayant appris que c'était un péché, il lui était impossible d'y revenir une seconde fois.

Quant à celui qui confesse ses péchés et commuie, puis succombe plusieurs fois aux mêmes péchés et répéte la même confession, sa conversion n'est sans doute pas sérieuse.

Dans les fameuses histoires de conversion signalées par les hagiographies des saints tels, Marie l'Egyptienne, Pélagie, Augustin et Moïse le Noir, nous pouvons souligner une constatation importante:

La conversion constituait un trounant de leur vie sans retour au péché. C'était une conversion sérieuse qui les transportait du péché à la pureté et les élevait à la sainteté et à la perfection. Ces pécheurs sont ainsi devenus des saints offrant des exemples de la vie de justice et constiuant une bénédiction pour les autres. Plus encore, ils sont devenus des guides spirituels.

Ils étaient sérieux dans leur renoncement à Satan et à ses oeuvres iniques. Ils l'étaient aussi dans leur réconciliation avec Dieu et dans leur désir de mener une vie marquée par la vertu.

Mais ceux qui commettent tous les jours des péchés comptant sur ce verset du psaume:

"Il ne nous traite pas selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses" (Psaumes, 103:10),

ceux-là ne sont pas des vrais convertis. Or, la miséricorde divine n'est accordée qu'à ceux qui sont sérieux dans leur conversion.

La croissance continuelle dans la vie spirituelle est une des caractéristiques de l'homme sérieux, car le sérieux, lui octroie la ferveur spiritulle et celle-ci le pousse toujours en avant.

Il lutte au plus haut degré pour acquérir la pureté et la perfection. Il remet à Dieu, avec persévérance et assiduité, sa force et ses moyens, sa volonté et son coeur. Il oeuvre pour sa vie spirituelle avec toute la grâce qui lui est octroyée, il ne néglige rien, mais il y déploie tous ses efforts.

Il s'attache de plus en plus à Dieu et s'approche de plus en plus de Lui. Il approfondit sans cesse son amour pour Dieu, il comprend de mieux en mieux la vertu et il progresse dans son application.

Il ne gâte pas son âme et il ne lui accorde aucune faveur particulière. Il n'excuse pas ses manquements, et si elle se laisse aller à la négligence, il la contraint à exécuter l'oeuvre du Seigneur, afin qu'elle s'y habitue et qu'elle l'accomplisse avec amour.

L'homme sérieux ne fait pas cas de ses propres désirs, mais il sacrifie tout plaisir par amour pour Dieu.

Ainsi, ceux qui s'exercent à observer le sérieux en toute chose se fatiguent continuellement pour Dieu.

Ils sacrifient toujours leur repos au service de leur vie spirituelle, tel Saint Paula de Tamouh qui menait son bon combat en observant un ascétisme rigoureux, en soumettant son corps à son esprit, au point que le Seigneur lui dit un jour: "C'en est assez des fatigues mon ami Paula " et tel le prophète David qui dit dans son psaume:

"Point n'entrerai sous la tente, ma maison,
point ne monterai sur le lit de mon repos,
point ne donnerai de sommeil à mes yeux
et point de repit à mes paupières,
que je ne trouve un lieu pour le Seigneur, un séjour au puissant de Jacob." (Psaumes, 131)

C'est cet esprit de sérieux qui doit marquer la vie spirituelle.

Si l'homme sérieux affronte des difficutés, il ne s'en sert pas comme excuse, mais il les surmonte.

Il ne se plie à aucune entrave, mais il lutte et prie aspirant à l'idéal, mettant devant ses yeux ce qu'a dit l'apôtre à ce propos: "Courez donc de manière à le remporter." (I Corinthiens, 9:24) Ainsi, il est toujours mû par "la ferveur de l'esprit" (Romains, 12:11)

Tant qu'il met devant lui cet idéal, il n'accepte pas les compromis, il ne se contente pas d'avoir dépassé une étape de la vie spirituelle, mais il poursuit sa voie avec ardeur, s'acheminant vers la perfection. C'est pourquoi il est toujours en étant d'ascension vers Dieu. Il est naturel que l'on ne craigne ni revers ni régression pour celui qui progresse continuellement.

L'esprit de sérieux marque tout son comportement. Il est sérieux dans la vie de conversion, dans son refus de tolérer les mauvaises pensées, dans la poursuite de la voie spirituelle, dans la mise en pratique de la vertu. Il l'est aussi dans ses exercices spirituels auxquels il ne renonce jamais, quelles que soient les raisons. Il est sérieux dans toute parole proférée par ses lèvres, il l'est de même dans ses voeux et ses engagements envers Dieu.

Il ne fait pas un voeu pour y réfléchir après coup et chercher à marchander. Il n'ajourne pas l'accomplissement d'un voeu et ne cherche pas à le changer, il ne tergiverse pas et il ne revient pas sur sa parole. Mais il accomplit ses voeux sérieusement, rapidement et rigoureusement. Il met devant lui ces paroles de la Sainte Bible: "Mieux vaut ne pas faire de voeu que d'en faire un sans l'accomplir." (Qohelet, 5:4) Jephté de Galaad nous donne un exemple bien clair de l'homme sérieux dans ses voeux. (Juges, 11:25-30)

L'homme sérieux l'est aussi dans son culte. Il ne se contente pas du ritualisme cultuel.

Par contre il accorde tout l'intérêt à la profondeur et à l'essence même des oeuvres spirituelles. C'est pourquoi, son culte à Dieu est marqué par la profondeur, la foi, l'humilité et la soumission du coeur. Il prie en pénétrant le sens de chaque mot, il prie avec ferveur et concentration, avec un coeur débordant d'amour pour Dieu. Il ne permet pas à son esprit de se distraire, ni à ses sens de flâner d'un lieu à l'autre, mais il s'offre en oblation dans ses prières, ses méditations, ses prosternements et ses jeûnes. Son corps n'est jamais seul à l'église, alors que son esprit rôde à l'extérieur. Il déploie tous ses efforts pour exécuter toute oeuvre vers laquelle Dieu le guide. Comme il est sérieux dans le service de Dieu.

Le sérieux conduit toujours au succès et à la perfection.

L'homme assume alors avec succès toute responsabilité qui lui est confiée et l'accomplit à la perfection, qu'il s'agisse de sa vie dans l'Eglise, de ses fonctions civiles ou de tout projet qu'il exécute.

3. Les Combats de Satan

Satan combat l'esprit de sérieux par tous les moyens et, parfois, par des preuves puisées dans la Sainte Bible.

Il pourrait le dénommer attachement à la lettre ou soumission à la loi plus qu'à la grâce. Mais nous affirmons que la grâce n'encourage ni la paresse ni le relâchement ni la négligence.

Satan pourrait prétendre que le sérieux est contre la souplesse. Nous répondons: la souplesse ne donne pas lieu au relâchement ni au renoncement à la minutie et à ses propres engagements. L'Adversaire pourrait répliquer que tout cela est contre "la liberté de la gloire des enfants de Dieu". (Romains, 8:21) Nous affirmons qu'il ne pourrait y avoir de liberté allant à l'encontre du Commandement. La vraie liberté est d'ailleurs celle qui nous affranchit du péché.

Nous disons, en dernier lieu, que l'esprit de sérieux est lié à la fidélité, à la minutie et à l'observance de ses engagements. C'est justement ce dont je voudrais vous parler, s'il plaît à Dieu.

 

Quatrième Chapitre : La Vie de Minutie

 

Pour comprendre profondement la minutie, nous supposons ce qui suit:

Imaginez qu'un ange ait révélé à un homme que sa vie prendrait fin dans une semaine. Durant cette semaine, cet homme se comporterait sans doute avec toute la minutie possible, pour se préparer à l'éternité. A partir de ce critère, nous voudrions examiner la vie marquée par la minutie.

1. Importance de la minutie:

La minutie est une des caractéristiques les plus importantes de la voie spirituelle. L'homme spirituel examine tout minutieusement: ses relations avec Dieu, avec les hommes aussi bien qu'avec lui-même. Il juge consciencieusement son comportement, ses paroles et ses pensées. Il contrôle fermement ses sens, ses sentiments et ses tendances.

Il agit de même quant à la répartition de son temps et au programme de sa vie.

L'homme minutieux ne l'est pas seulement quand il se trouve en compagnie des gens, mais il l'est aussi quand il est seul dans sa chambre privée.

La minutie dans le comportement pourrait être facile, dans une certaine mesure, en présence d'autrui. Car de par notre nature, nous refusons les critiques et nous craignons d'être dévoilés devant les gens et de les voir décourvrir nos defauts et nos fautes. C'est pourquoi le vrai critère de notre minutie apparaît dans le comportement que nous adoptons alors que nous sommes seuls et loin de l'observation des autres. Si nous sommes consciencieux dans notre solitude, cela prouve que notre minutie est réelle et non hypocrite.

Pour l'homme spirituel, la minutie constitue non une simple tentative ou un simple exercice, mais une partie intégrante et spontannée de sa nature.

C'est un homme qui est habitué à être consciencieux en toute chose, par suite des mobiles intérieurs qui font partie de ses principes et de ses valeurs.

Même si personne ne le voit , il voudrait être sans reproches devant Dieu qui l'observe, et devant les anges et les saints qui le voient.

Etes-vous intérieurement consciencieux sans tenir compte des jugements d'autrui?

Et là nous nous posons la question: qu'est-ce que la minutie?

La minutie c'est le caractère de l'homme prudent qui se garde de commettre la moindre faute. C'est le comportement juste et pondéré empreint de vigilance, visant à adopter l'attitude la plus parfaite possible, sans négligence ni relâchement ni laisser aller, c'est le comportement de celui qui refuse la conscience large qui pourrait justifier bien des fautes.

La minutie est un pas vers la perfection. Celui qui prend ses précautions pour ne pas tomber dans les petites fautes, il lui est difficile de succomber aux grands péchés. Celui qui déploie tous ses efforts pour se prémunir contre le péché par la pensée, il ne lui est pas facile de succomber au péché par l'acte.

2. La Minutie et le Scrupule Maladif

Il faut que l'homme distingue entre la minutie et le scrupule maladif. Ce dernier émane d'une conscience étroite qui voit le péché là où il n'y en a pas, ou qui surestime la gravité des fautes, qui est assaillie par le sentiment de culpabilité, sans qu'il y ait un motif raisonnable, ou que l'estime de la minutie pousse à un extrêmisme s'écartant de la vérité, elle condamne alors des actes sans tache...

Le scrupule maladif est une sorte d'attachement à la lettre, de pharisianisme et de superficialité sans compréhension. Un exemple nous est donné par ce que les Pharisiens considéraient comme une observance rigoureuse de la sanctification du Sabbat, alors qu'il ne s'agissait que d'un attachement à la lettre sans en pénétrer l'esprit, sans profondeur et sans bonne compréhension du Commandement.

Nous refusons de dénommer cette attitude minutie, car celle-ci est un comportement spirituel sain et qui tient une place entre le relâchement et le scrupule maladif.

Elle nous rappelle la balance de précision du pharmacien qui pèse exactement chaque élément du médicament, car celui-ci devient néfaste en cas où la dose augmente aussi bien qu'au cas où elle diminue.

C'est ainsi que devra être la vie spirituelle empreinte de minutie.

L'homme consciencieux surveille son âme et la juge, il ne lui permet pas de transiger avec quoi que ce soit. Il a des principes et des valeurs qu'il observe rigoureusement et ne se permet jamais d'en être en-d , car ils constituent pour lui des jalons bien clairs sur la voie spirituelle.

3. Domaines de la Minutie

L'homme minutieux est vigilant quant à l'emploi de son temps.

Il estime que ce temps constitue une portion de sa vie, aussi accorde-t-il un grand intérêt à son emploi. Il ne perd pas une minute pour une chose qu'il pourrait regretter ou dont il ne profiterait pas.

Il répartit équitablement son temps entre toutes ses responsabilités. Comme il veille à son bon emploi, il respecte ses horaires, il accorde un vif intérêt à la méthode de sa vie pour éviter toute perte inutile du temps.

Comme il est soucieux de sauvegarder le sien propre, il l'est aussi quand il s'agit de celui des autres.

Nous insistons sur ce point, car il pourrait y avoir un homme pour qui le temps n'a aucune valeur et qui s'imagine qu'il en est de même pour les autres. Il rend alors visite à une personne, ou il entretient avec elle une conversation banale l'occupant et perdant ainsi son temps, alors que cette personne, par timidité, ne sait point que faire pour se débarrasser de lui.

Quant à l'homme minutieux, il respecte sa vie et son temps comme il respecte ceux des autres. Il ne se permet pas de perdre son temps dans des futilités, et n'en donne pas plus qu'il n'en faut à un entretien, à une occupation ou à une visite.

Il tient à consacrer à sa vie spirituelle le temps requis, Il est consciencieux quant à l'emploi du temps disponible pour la prière, la méditation, les lectures spirituelles, comme à celui qu'il doit accorder à l'Eglise, au service de Dieu et aux réunions spirituelles. Il l'est aussi dans la sanctification du jour du Seigneur et en tout ce qui concerne sa vie spirituelle, il ne permet pas que celle-ci soit emportée par le tourbillon des diverses préoccupations.

Il est minutieux dans ses prières, il tient à ce qu'elles soient de vraies prières, avec tout ce que ce terme implique de compréhension, de ferveur et de soumission requises, de profondeur de la foi, d'amour et d'humilité dus. Il n'accomplit pas hâtivement ses prières aux dépends de la profondeur, et il ne s'y laisse pas distraire, manquant ainsi de concentration.

Il ne néglige pas son office, ses psaumes et ses heures de prière. C'est un homme qui adore Dieu consciencieusement. S'il fait le signe de la croix, il le fait minutieusement en refléchissant à toutes ses significations dogmatiques et spirituelles, avec respect et émotion, avec confiance dans son efficacité.

Le signe de la croix n'est pas pour lui un simple geste exécuté rapidement sans vénération ni compréhension, comme le font certaines personnes.

A l'"glise, le respect marque sa prière aussi bien que ses gestes. Il ne regarde ni à droite ni à gauche, il ne parle pas avec son entourage, mais il s'occupe uniquement du culte. Il ne presse pas le pas d'une façon qui ne convient pas au recueillement et à la vénération dus à ce lieu. Mais il entre à l'église calmement, en chantant les paroles du psaume disant:

"Et moi, par la grandeur de ton amour,
j'accède à ta maison;
vers ton temple sacré je me prosterne,
pénétré de ta crainte." (Psaumes, 5:8)

Il se prosterne et il se tient debout à sa place, plein de vénération, veillant à avoir un comportement spirituel, à maintenir la concentration de son esprit, de ses sens et de son coeur, pour que, quand le prêtre officiant dit: "Ou sont vos esprits?" et il répond: "Ils sont chez le Seigneur", il soit tout à fait sincère.

L'homme spirituel examine minutieusement ses pensées et il ne tarde pas à chasser celles qui sont mauvaises, plus encore, il veille à écarter celles qui sont vaines et inutiles. Il déploie tous ses efforts pour sauvegarder la pureté de sa pensée l'attachant à Dieu et évitant ainsi toute distraction.

Il met devant lui ces paroles de l'apôtre: "Nous faisons toute pensée captive pour l'amener à obéir au Christ." (II Corinthiens, 10:5) Quant à celui qui tolère toutes sortes d'idées, il n'est nullement rigoureux dans la maîtrise de sa pensée.

L'homme spirituel choisit minutieusement ses paroles, pèse chaque mot avant de le prononcer, qu'il s'agisse du sens de ce mot ou de ce que l'on puisse en entendre, de sa convenance soit à la situation soit aux auditeurs.

L'homme qui parle et qui regrette après coup ce qu'il a dit est un homme dont les paroles manquent de précision. Il en est de même de celui qui, lorsqu'on lui adresse des reproches à propos de ses paroles, se défend en disant: "ce n'était pas là mon intention". L'on peut en dire autant de celui qui, par manque de sagesse, blesse autrui par ses paroles.

S'empresser de parler ne permet pas de peser minutieusement ses paroles. Se hâter de donner son avis et de juger autrui , s'abandonner facilement à la colère exposent l'homme à commettre l'erreur. Ses paroles manquent alors de précision et, partant, elles manquent leur impact.

Mais l'homme minutieux parle lentement, pesant toute parole avant de la proférer. C'est pourquoi l'apôtre dit à ce propos: "Que chacun soit prompt à écouter, lent à parler, lent à la colère." (Jacques, 1:19)

Car en parlant lentement et en refléchissant avec pondération, l'homme peut contrôler ses paroles, choisir les termes adéquats et devenir de plus en plus précis dans ses propos. Car une fois prononcée, la parole ne peut être changée ni retirée, elle fera partie de son bilan négatif !

Comme l'homme doit examiner minutieusement ses paroles, il doit en faire autant pour ses plaisanteries et ses traits d'humour, afin que ceux-ci ne dégénèrent pas en moqueries et dénigrement d'autrui, faisant de lui un sujet de plaisanterie, de badinage et d'amusement pour les gens!!

Ses plaisanteries deviennent alors un moyen de blesser les autres. L'homme a le droit de plaisanter avec les gens, mais il n'a pas le droit de se moquer d'eux.

L'homme spirituel doit être consciencieux, même dans ses plaisanteries et son enjouement, se gardant bien de blesser ni d'offenser autrui, même involontairement ou par humour.

Il n'est pas admissible qu'une personne dise une plaisanterie qui lui plaît, sans tenir compte de son impact sur son interlocuteur, si son trait d'humour peut blesser ce dernier d'une manière quelconque.

L'homme spirituel est aussi scrupuleux dans ses critiques, ses reproches et ses réprimandes. En offrant ses conseils il ne blesse pas, et en blâmant il ne détruit pas.

Notre Seigneur nous a mis en garde en disant: "Quiconque dit à son frère "crétin" (raqa), il en répondra au Sanhédrin, et s'il lui dit "insensé", il en répondra dans la Géhenne de feu." (Mathieu, 5:22) Le mot (raqa) "crétin" est le moindre mot dépourvu de respect.

Que de fois les orateurs emploient le mot "insensés" et ses multiples synonymes, aussi bien que les différents termes par lesquels ils expriment leur mépris à l'égard du raisonnment et du niveau intellectuel des autres! Mais l'homme consciencieux n'agit point de la sorte.

Remarquez comment Notre-Seigneur Jésus-Christ choisit les termes les plus délicats dans Son entretien avec la Samaritaine de telle sorte qu'Il la conduisit à la conversion, sans la blesser aucunement. S'Il avait employé ce que les gens appellent la franchise, ou la nécessité de déclarer franchement leur vérité aux pécheurs, cette femme se serait détournée de Lui et Il n'aurait pu gagner son âme.

La minutie de l'homme consciencieux paraît dans l'accomplissement de toute responsabilité qui lui est confiée, qu'elle soit spirituelle, matérielle ou sociale. Sa minutie le conduit au succès et à la perfection, elle lui assure de même le respect et la confiance des gens. Il ne cherche pas à se justifier s'il vient à manquer à cette minutie. Quoi qu'il arrive, l'homme consciencieux ne justifie jamais son comportement. Malheureusement, nombreux sont ceux qui sont rigoureux quand il s'agit de juger les autres, mais ils n'emploient pas le même critère pour se juger eux-mêmes.

Ils sont très durs avec autrui, mais quand il s'agit d'eux-mêmes, ils trouvent bien des excuses, alors que c'est l'attitude inverse qui devrait être adoptée.

Soyez rigoureux en vous jugeant vous-mêmes et ne cherchez pas à vous justifier. Quant aux autres, cherchez à leur trouver des excuses.

Notre-Seigneur nous en a donné l'exemple lorsqu'Il dit de votre péché: "la poutre qui est dans ton oeil", et du péché des autres: "la paille qui est dans l'oeil de ton frère." (Mathieu, 7:5) Ainsi, vous devez considérer votre péché comme une poutre et celui d'autrui comme une paille.

Le problème de l'homme réside dans le fait qu'il répartit les péchés en majeurs et mineurs, puis il tolère les péchés mineurs! Or, ceux-ci peuvent ne pas l'être en réalité. Même s'ils paraissent bénins, ils peuvent, avec le temps, devenir des péchés graves. L'homme spirituel ne sous-estime pas la gravité de n'importe quelle faute et ne la considère pas comme bénigne, tout péché étant un grand mal. Tout péché conduit à la perte, "car le salaire du péché, c'est la mort." (Romains, 6:23) Il sépare l'homme de Dieu, car: "Quelle union entre la lumière et les ténébres." (II Corinthiens, 6:14) Tout défaut entache la perfection. Toute tache dans un vêtement, si petite soit-elle, porte atteinte à sa propreté.

L'homme spirituel est consciencieux dans sa résistance contre le péché, et se garde bien d'y succomber.

Il n'attend pas que le péché se présente à lui pour lui résister, mais il prend ses précautions pour s'en éloigner et pour lui bloquer toutes les voies par lesquelles il pourrait s'infiltrer. Si un péché l'assaille, il s'empresse consciencieusement de le chasser. Il est rigoureux dans tout son comportement.

Il se rappelle sans cesse les paroles de l'apôtre disant: "Ainsi prenez garde à votre conduite, qu'elle soit celle non d'insensés mais de sages." (Ephésiens, 5:15) C'est pourquoi, il examine minutieusement tout acte, qu'il s'agisse de ses moyens ou de ses conséquences pour lui et pour autrui. Il agit de même pour tout acte sain en lui-même, mais qui ne convient pas à la situation, tel que le dit l'apôtre: "Tout est permis, mais tout n'édifie pas." (I Corinthiens, 10:23)

Il prend garde à tous ses gestes, à ses entrées et à ses sorties, à sa voix et à son allure.

Il ne s'oublie jamais haussant le ton avec ses aînés ou les interrompant pour parler! Il est prudent, même dans ses mouvements comme le dit Saint Jean Saba: "il ouvre et ferme doucement la porte." En parlant, il prend soin pour que son enjouement ne dégénère pas en plaisanteries futiles ou en moqueries. Il se garde bien, en racontant une histoire, d'aboutir à la condamnation d'autrui, comme il se garde de passer du simple désir de donner un ordre à la volonté de dominer autrui, du désir de donner le bon exemple à l'amour des louanges et à l'ostentation. Il veille aussi à ne pas virer de l'objectivité à la subjectivité.

Chaque pas est bien calculé, il ne le laisse point entraîner par les courants ni par les fautes du temps. Il n'abandonne pas une position pour une autre sans réflexion.

Il est consciencieux dans ses relations avec Dieu, dans l'observance de Ses Commandements, dans ses promesses au Seigneur ,dans ses voeux, dans les dîmes et les prémices. Il ne marchande pas avec Dieu et il ne renonce jamais à un engagement pris envers le Seigneur.

4. Les Combats de Satan

Satan combat ainsi la minutie et la dénomme bigoterie ou manque de souplesse.

Par ces dénominations, l'Adversaire voudrait inciter l'homme spirituel, qui ne supporte pas d'être taxé de bigot, à abandonner sa minutie. Loin de là, ce qui mérite d'être critiqué, c'est le fait de tenir à la lettre et de se comporter avec pharisianisme et non d'agir avec minutie. La souplesse de même ne signifie pas l'abandon des valeurs. Mais la souplesse devra se maintenir dans le cardre de l'observance du Commandement non le violer. Que ces dénominations ne soient pas pour vous une provocation vous poussant à changer vos principes.

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